‹ Histoire générale de Languedoc, avec des notes et les pièces justificatives (volume 3)Chapitre 167 sur 234 · LXX. — Cinquième concile de Toulouse · texte numérisé non relu

LXX. — Cinquième concile de Toulouse

La légation qu'exerçoit le cardinal Hugues le Blanc s'étendoit sur les provinces méridionales du royaume. Ce cardinal tint en effet la même année deux autres conciles en qualité de légat, l'un k Toulouse 8c l'autre à Auch. On croit* que le premier fut assemblé au commencement de l'année; mais il est certain que le second le précéda, puisqu'il fut tenu^ sous l'épiscopat de S. Austinde, archevêque d'Auch, 8c que Guillaume, successeur de ce prélat, assista à ceux de Toulouse 8c de Girone. Or, comme S. Austinde^ ne mourut que le a5 de septembre de l'an 1068, il s'ensuit que les conciles de Toulouse 8c de Girone furent tenus vers la fin de cette année.

Durand, évêque de Toulouse, fut le seul de la Province qui se trouva au concile de cette ville. Les archevêques Guillaume d'Auch 8c Aîmoin de Bourges y assistèrent avec huit évêques d'Aquitaine ou de Gascogne 8c plusieurs abbés, entre autres S. Hugues de Cluny, Bernard de Saint-Gilles, Bernard de Saint-Victor de Marseille, Raimond de Saint-Papoul 8c Protard de Saint-

' Conciles, ià\x, Hard. t. ii,p. 1671 & suit. ^ Cùnciles, X, 9, p. iiçS.

* MabîUon, ad ann. 1068, n. 29. ^ GaUia Càristiana, noY. edit. t. 1, p. 908.

' An 1068

Pons. Il ne nous reste de ce concile que le décret' qu'on y dressa pour le rétablissement de Téglise de Lectoure qui étoit détruite depuis longtemps. Il paroît, par cet acte, qu'on y fit divers canons qui nous manquent & qui sans doute furent semblables à ceux du concile de Girone, contre la simonie, le concubinage des prêtres Se des clercs, &c.

LXXI. — Roger II, comte de Foixy succède à Pierre y son père.

Le concile de Girone de Tan 1068 est le plus ancien monument que nous ayons où il soit ia\t mention de Dalmace, abbé de la Grasse, qui dans la suite parvint à Tarchevêché de Narbonne. Cette époque peut servir à fixer à peu près celle d'un acte sans date, suivant lequel* « le comte Pierre-Bernard, du « consentement du comte Roger, son fils, abandonne à Dalraace, abbé de et la Grasse & à la prévôté de Camon, soumise à ce monastère, différens droits « qu'il exigeoit dans le village de Calsan, moyennant une mule & dix sols, u monnoie de Toulouse, qu'Arnaud, prévôt de Camon & ses religieux lui « donnèrent, w

Le prieuré de Camon est situé dans la partie méridionale du diocèse de Mirepoix, & le lieu de Calsan dans celui de Pamiers} ainsi ils dépendoient^ l'un & l'autre du domaine des anciens comtes de Foix, & le comte Pierre-Bernard qui fit ce délaissement doit entrer dans la généalogie^ de ces comtes. Or, comme nous apprenons d'ailleurs que Roger II, fils de Pierre, se qualifioit^ comte de ^f( ^^|![5; Foix en 107 1, c'est une preuve que le dernier mourut entre l'an 1068 & cette année. On a remarqué ailleurs^ que ce comte Pierre étoit fils puîné de Bernard, comte de Conserans & de Foix, & en partie de Carcassonne ; que le comté de Conserans lui étoit échu vraisemblablement en partage, & qu'après la mort de Roger I, comte de Foix, son frère, décédé sans enfans, il lui succéda dans le dernier comté. Il épousa une dame nommée Ledgarde dont il eut Roger II qui, de son vivant, prenoit la qualité de comte comme on vient de le voir j d'où l'on pourroit peut-être inférer que Roger I , comte de Foix & comte en partie de Carcassonne, avoit fait ce dernier héritier de ses domaines. Il paroît^ en effet que Roger II succéda immédiatement dans le comté de Foix ii Roger I, son oncle paternel. Quoi qu'il en soit, Roger II épousa une dame nommée Sicarde & succéda aussi, ce semble, au comté de Conserans^. Nous voyons du moins qu'il posséda divers comtés, car suivant une donation^ qu'il fit vers l'an 1074 avec Ledgarde, sa mère, à l'abbaye de Saint-Pons de Thomières, il accorde aux religieux de ce monastère la liberté d'acquérir des biens fonds & même les fiefs qui dépendoient de sa mouvance &c de les posséder en alleu

* Conciles, édition de Hardouin, t. 9, p. ii 96 8c ^ Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes, n.CCLIV.

suiv. ' Voyez tome IV, ffoteWXi, n. 20 8c suiv.

'Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes, nu- 'Voyez tome V, Chartes 8c Diplôme», numéro CCXLV. méro CCCLV.

» Ihid. n. CLXX. • Ih'ti. n. CCX.

< Voyez tome IV, Uote XXII, n. to 8c suW. ' UU. n. CCLX.

An 1068

An io6p

An 1070

dans les évêchésy les comtés &• les terres qu'il possédoit actuellement ou qu'il acquerroit dans la suite.

Au reste, il paroît ' que le comte Pierre, qui en 1084 donna * à l'abbaye de Cluse en Piémont un alleu situé dans le Toulousain, conjointement avec ses deux fils Roger & Raimond, étoit frère puiné de Roger II, comte de Foix.

LXXII.-!-iVottv^ZZ^i" acquisitions du comte de Barcelone en deçà des Pyrénées.

Nous ignorons si ce dernier ou le comte, son père, s'opposèrent à l'aliénation qu'Ermengarde, leur cousine, fit à leur préjudice des comtés de Carcassonne & de Razès en faveur du comte de Barcelone, 8c s'ils se mirent en état de faire valoir leurs droits contre ce prince ; on sait seulement que Roger II, héritier de Roger I, comte de Foix, son oncle paternel, qui avoit possédé la moitié ^ du comté de Carcassonne, prétendit que ce comté lui appartenoit, qu'il intenta là-dessus une action contre Ermengarde, sa cousine, 8c qu'il céda'* enfin, en 1095, à cette dernière, tous ses droits par une transaction dont nous parlerons ailleurs.

Le comte de Barcelone n'omit rien de son côté pour s'assurer la possession des comtés de Carcassonne 8c de Razès, 8c c'est sans doute dans cette vue qu il acquit en 1068, avec sa femme Almodis, les droits qu'avoient Pierre 8c Bernard, cousins d'Ermengarde, sur les mêmes comtés, en qualité de fils du comte Guillaume, oncle paternel de cette vicomtesse. Ces deux frères vendirent alors au comte 8c à la comtesse de Barcelone la part quils avoient & qui devoit leur revenir par droit héréditaire dans les comtés de Carcassonne 8c de Razès 8c dans le Narbonnois, pour cinq cents mancuses, monnoie de Barcelone, tant en or qu'en argent, ce qui ne faisoit qu'environ soixante 8c douze onces d'or. L'on peut juger par là quelle étoit la part qu'ils avoient dans ces domaines.

Le comte 8c la comtesse de Barcelone acquirent^ encore, au mois de septembre de la dixième année du règne du roi Philippe, le château du Dourne dans le comté de Ra'^ès, pour le prix de cinq cents mancuses d'or fin, monnoie de Barcelone, 8c cent sols de deniers de Carcassonne, ce qui fait voir le dessein qu'ils avoient de s'agrandir en deçà des Pyrénées 8c d'y former un domaine considérable en faveur de Raimond-Béranger, leur fils.

Le comte de Barcelone étoit déjà en possession en 1070 du comté de Carcassonne, comme il paroit par une lettre^ que Bernard, comte de Besalu, écrivit à Bernard, abbé de Saint-Victor de Marseille, pour le prier de prendre sous son gouvernement l'abbaye de Sainte-Marie de Ri poil située dans son comté de Besalu, laquelle étoit alors en proie à l'avidité des simoniaques. Il y est marqué en effet que le comte de Barcelone avoit soumis depuis peu Tab-

* Voyez tome IV, ^^ote XXII, n. 20. * Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-

* Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes, nu- méro CCCX.

méro CCXCIII. * Ibid, n. CCXUII.

' Ibid* n. CLXX. ^ Martène, Ampl. colîect, t. i» p. 473 & st^.

baye de la Grasse, dans le diocèse de Carcassonne, à celle de Saint-Victor. Cette lettre est sans date, mais on peut en fixer 1 époque par celle de l'union ' de labbaye de Ripoll à la congrégation de Saint- Victor, qui est du 28 de décembre de Vannée 1070, la dixième annîe du règne du roi Philippe. Nous apprenons de cette même lettre que Guifred, archevêque de Narbonne, 6c les évêques de t iup?mJ. Girone 8e d'Ausone, ses frères, aidèrent le comte de Besalu à chasser l'abbé simoniaque qui s'étoit emparé du monastère de Ripoll. Du reste, il ne paroît pas que l'union de labbaye de la Grasse à celle de Saint-Victor ait duré longtemps^. Deux religieux^, entre autres, se rendirent célèbres vers le même temps dans la dernière : l'un, nommé Jean de Toulouse, qui y mourut en odeur de sainteté, & l'autre, Béranger de Minerve, qui étoit sans doute de la maison de» vicomtes de ce nom dans le diocèse de Narbonne.

LXXIII. — Nouvel achat des comtés de Carcassonne 6» de Ra^ès parle comte

de Barcelone^

Le comte de Barcelone domînoîtdoncen loyosur le comté de Carcassonne^, dont il ne fit proprement l'acquisition que cette année; ce qui peut donner lieu de croire qu'il doutoit de la validité des actes précédens. Le vicomte Raimond-Bernard, surnommé Trencavel, 8e la vicomtesse Ermengarde, sa femme, vendirent Iç 26 de juin de la même année, « à ce comte, à Almodis « sa femme 8e à leur fils Raimond-Béranger, pour le prix de deux mille onces a d'or cuit (coctum) de Barcelone , tous les droits qu'eux 8e leurs vassaux « pouvoient prétendre sur le comté de Razès, le Conserans, le Comminges, le « Carcasses, le Narbonnois 8e le Toulousain, de la même manière qu'avoient « possédé ces domaines Roger le Vieux, comte de Carcassonne, Eudes «t son frère, comte de Razès, Bernard-Roger, Raimond-Roger 8e Pierre- « Roger, évêque, fils tous les trois de Roger le Vieux, le comte Pierre-Raimond, « Roger son fils, la comtesse Rangarde 8e leurs vassaux, soit villes, comtés, « évêchés, vicomtes &• autres dignités, soit châteaux, forteresses, églises, pa- « roisses, villages, maisons, cens, rentes, marchés, 8ec.^ à l'exception cepen- « dant des deux abbayes de Saint-Jean de Valseguîer (ou de Montolieu) 8e « de Saint-Pierre de Caunes que les vendeurs se réservèrent pour les tenir en « fief du comte 8e de la comtesse de Barcelone 8e de leur fils. » Le vicomte Raimond-Bernard déclare dans l'acte « que tous ces biens lui étoîent échus « par sa femme Ermengarde, 8e celle-ci assure, de son côté, qu'ils lui apparte- « noient tant par la succession de ses parens que par le don que lui en avoît a fait Roger, son frère. » L'un 8e l'autre ratifient en même temps en faveur du comte 8e de la comtesse de Barcelone la vente qu'ils leur avoient faite auparavant de ces mêmes droits, 8e ajoutent qu'ils comprenoient dans cette vente le

• Martine, Ampl. Colîeet, t i, p. 478 & seq, » Martène, Ampl, coUect. t. 1, p. 479.

• Voyez tome IV, Note XCII, la suite chronolo- * Voyez tonie V^ Chartes & Diplômes, nugique des abbés de la Grasse. [E. M.] méro CCXLVIl.

château d'Ornesons dans le diocèse de Narbonne, & celui de Peyrîac dans le Minervois, avec leurs dépendances. Ils se réservent enfin les alleux que Guillaume^ vicomte de Bé-^îers y aïeul de Pierre-Raimond, père d'Erraengarde, possédoit dans le comté de Narbonne & le Minervois, avec les fiefs que le même Pierre-Raimond tenoit dans ces pays de l'archevêque de Narbonne. Cet acte est souscrit après le vicomte Raimond-Bernard & la vicomtesse Ermengarde, sa femme, par Guillemette, leur fille, qui le confirma, par Guifred, archevêque de Narbonne, Guillaume, évêque de Girone, la comtesse Rangarde & Adélaïde, sa fille.

Le lendemain, 27 de juin, le vicomte Raîmond-Bernard & sa femme s'engagèrent par un acte' particulier à ne vendre ni aliéner, en faveur de qui que ce fût, les deux abbayes de Montolieu & de Caunes qu^ils tenaient en fiefàyi comte & de la comtesse de Barcelone Se de leur fils, excepté néanmoins en faveur du même comte & de sa femme, de leurs fils &c de leurs filles, ou du religieux qu'on enverrait dans ces monastères pour y faire le service divin. Ils confirment en même temps les aliénations qui avoîent été déjà faites des dépendances de ces abbayes dans le temps que Raimond-Étienne de Servian & Arnaud-Guillaume de Sauvian s'étoient rendus à Girone pour servir d'otages au comte &c à la comtesse. Il est marqué de plus dans cet acte, que si le vicomte & sa femme venoient à décéder sans enfans mâles, ces deux abbayes reviendroient au pouvoir du comte & de la comtesse & de leurs enfans*, à la réserve du fief qui avoit appartenu à Aton le Vieux, vicomte d'Ambialet ou d'Albi^. Le vicomte & la vicomtesse ratifient ensuite la vente qu'ils avoient faite le jour précédent de leurs droits sur le Razès, le Carcasses, Sec, en faveur du comte & de la comtesse de Barcelone, auxquels il donnent en otage sept de leurs vassaux qui dévoient s'aller remettre à Carcassonne, à Saissac, à

ta origîn. Laurac, à Razès, ou dans tel autre château que le comte, la comtesse 8c leurs t. ii| p. 234. ,,,. I

fils leur indiqueroient, avec ordre à ces otages, « en cas que le comte & la a comtesse eussent quelque grief au sujet de cette vente 8e que le vicomte 8c « la vicomtesse ne voulussent pas y satisfaire, d'ordonner le duel dans le « comté de Carcassonne 8c de fournir pour cela un champion à cheval qui a n'eût jamais combattu dans une pareille occasion 8c qui se battroit armé d'un « bouclier 8c d'un bâton, en présence de quatre juges qu'on choisiroit de part « 8c d'autre. »

Le 2 du mois d'août suivant, Adélaïde, sœur d'Ermengarde, fit de son côté une donation^ entre-vifs au comte 8c à la comtesse de Barcelone 6» à leur fils Raimond-Béranger, de tous les droits qu'elle avoit sur le comté de Razès, le Conserans 8c les autres pays marqués dans l'acte du 26 juin précédent; a droits, dit-elle dans l'acte, qui me sont échus par la succession du comte

* Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- tiste de Montolieu & de Saint-Pierre de Cannes,

méro CCXLVIII. » Voyez tome IV, Vote XXI.

'Voyez tome V, le catalogue analytique des ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes , na«

actes relatifs auv abbayes de Saint- Jean -Bap- méroCCXLIX.

« Pierre-Rai mond, mon père, de Roger, mon frère, & de la comtesse Ran- « garde, ma mère. »

Enfin la même Rangarde, par un acte ' dans lequel elle se dit fille de la comtesse Amélie ^ vendit le 22 d'avril de Tannée suivante, « pour le prix de ^^ « quatre cents onces d'or pur, à Raimond, comte de Barcelone, à la comtesse « Almodis, sa sœur, femme de ce comte, & à Raimond-Béranger , leur fils, « tous les droits qu'elle avoit ou devoit avoir sur le comté de Razès, le Conseu rans & les autres pays dont il est parlé dans les actes précédens & qui lui (( étoîent échus, soit par acquisition, soit par donation, soit par le testament (t du comte Pierre-Raimond, son mari, soit pour son dixième (ou douaire)*, tt soit par la succession du comte Roger, son fils^^ soit enfin de quelque autre a manière que ce fût. » La comtesse Rangarde déclare en même temps qu'elle comprend dans cette vente les châteaux de Coufoulens, de Razès, Ventagion, Capendu, Peyriac & Auriac, avec leurs domaines, monnoies, justices & le droit de reprise^ ou autres qu'elle y avoit j ce qui nous fait comprendre que ces sept châteaux lui avoient été assignés pour son douaire.

Le dernier étoit situé dans le Toulousain, celui de Peyriac dans le Minervois & le diocèse de Narbonne, Se les autres dans les comtés de Carcassonne &c de Razès.

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