XCVII. — Noblesse. — Chevalerie. — Tiers état. — Serfs
On dîstînguoit'® en Languedoc les nobles de ceux qui ne l'étoient pas dès le commencement du onzième siècle. Il paroît que par le titre de nobles on entendoit alors non-seulement les seigneurs & ceux qui possédoient des fiefs, mais encore les gens** riches & puissans & les principaux citoyens des villes. On appela aussi '* dès lors milites ceux qui faisoient profession des armes & les principaux vassaux des comtes 8c des vicomtes obligés par leurs fiefs au service
* Catel , Mémoires de l'histoire du Languedoc, p. 78.
* Nous arons inséré, au tome II de cette édition, une Note sur les Monnaies celtiques & mérovingiennes de la province de Languedoc. On trouvera, dans le tome X, un travail spécial sur les monnaies seigneuriales & autres qui, au moyen &ge, ont eu cours dans la Province. Ce travail contiendra les séries les plus importantes ainsi que la description des monnaies. [£. M.J
' Baluze, Conciles de Varhonne, p. 19.
^ Cartulaire de la cathédrale de Béliers» ^ Quae octena esset, aut plata hona & fina, ad computum îihram per solidos 84.
' Voyez au sujet de cette monnaie, au t. 3 des mémoires de la Soci^é archéologique de Montpellier, le Mémoire sur les anciennes monnaies seigneuriales de Melgueil & de Montpellier, de M. A. Germain. [E. M.]
'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, numéros CCLXXV & CCLXXXVIII.
• liid. n. CCXLIII.
• Voyez tome V, Chroniques, n. IV.
'" Voyez tome V, Chartes & Diplômes, numéros CLXIV, CLXXVI, CCLXXXII, CCLXXXV.
" Ihid, n. CCLXXXI.
'* Catel, Histoire des comtes de Toulouse, p 126. ^Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCXXVII.
t. II, p. 344.
ÈM 1079 ~
&L origin. mîHtaîre. Il est rare cependant de voir dans ce temps-là. les seigneurs du pays se donner eux-mêmes la qualité de miles, qualité qui dans la suite, marqua toujours la noblesse , parce que les nobles ' eurent seuls le droit de faire la guerre à cheval & de s'armer de casques, de cuirasses & de cottes d'armes, & qu'on ne qualifioit milites que ceux qui combattoient à cheval. De là vient qu'on appela toujours chevaliers en langue vulgaire ceux qu'on nommoit milites en latin, & qu'à la fin du même siècle, pour désigner un homme de race noble, on dîsoit qu'il étoit de l'ordre de chevalerie*. On distinguoit aussi alors les nobles qui servoient dans une armée, d'avec ceux qui ne 1 etoient pas, en nommant^ les premiers simplement milites &i les autres p^if/f/.- ceux-ci eombattoient à pied armés de flèches. On distingue enfin dans le concile de Limoges'* de l'an io3i les principaux seigneurs, qu'on appelle les premiers princes ou les puissances majeures, d'avec les chevaliers particuliers ou princes moins considérables. On entendoit par les preipiers les comtes 8c les autres grands vassaux qui possédoient des fiefs de dignité, ou jouissoient des droits régaliens. On trouve cette même distinction dans les actes du concile de Saint-Gilles, tenu^ vers l'an 1042, dans lequel il est parlé des grands 8c des petits chevaliers : milites majores &» minores*
Quelque distinction qu'il j eût en général dans le onzième siècle entre les nobles 8c ceux qui ne l'étoient pas, on a cependant de la peine à distinguer en particulier les uns des autres dans les actes 8c les souscriptions de chartes où l'on trouve leurs noms, parce qu'à la réserve des comtes 8c des vicomtes ils n 7 prennent ordinairement aucune qualité. Ce n'est donc que par le rang qu'ils occupent ou par quelque autre circonstance qu*on peut juger de leur noblesse: d'ailleurs les noms propres dont l'usage avoit commencé dans la Province depuis quelque temps n'y devinrent un peu communs que vers le milieu de ce siècle. Il est vrai que comme les gentilhommes prirent le surnom de leurs terres 8c de leurs châteaux, il semble que quand on trouve diverses personnes qui ont le même surnom, on soit assuré par là de leur descendance commune: mais outre que les noms propres ne furent pas d'abord bien fixes dans les familles, on voit que les roturiers prirent souvent leur surnom des villes 8c des châteaux où ils avoient pris naissance.
On reconnoissoit trois ordres de personnes libres en Languedoc dana le onzième siècle, savoir : les ecclésiastiques, les nobles, 8c les bourgeois des villes ou principaux habitans du pays. Cette ^ distinction est expressément marquée dans les actes d'une assemblée tenue à Narbonne en 1080. Toutes les personnes libres étoient distinguées en général des serfs occupés ordinairement à la culture des terres ou aux services domestiques 7* Lorsque les maîtres don«
* Du Gange, Not, in AUmUJ.^. $96 8c leq. • Voycï terne V, Chartes 81 Diplômes, na-
* E» e^uêstrî ord'tne, (Guibert , H'tst, JerosoL méro CCXXXI. 1. 7, c. 17, &c.) ' Les Bénédictins auteurs de Vffistoirg de Lan-
' Hiit. JerosoU mus, Ital, t. I, part, ft, p. xSp. guedcc passent bien lé^rement sur la condition des
* ConeiUs, t. 9, p. poS 81 seq. serfs qtii, comme ils le disent, faisaient le fond de ^ /«£i4. pr roiS.-— Voyez tome IV, iVorr XXXI V. la population agricole du moyen è^. Le savant
noient la liberté à ceux-ci, c'étoit' dans les églises, en présence des clercs ou des religieux.