‹ Histoire générale de Languedoc, avec des notes et les pièces justificatives (volume 3)Chapitre 176 sur 234 · XCIX. — : Droit romain seul, observé enfin en Languedoc · texte numérisé non relu

XCIX. — : Droit romain seul, observé enfin en Languedoc

On a diverses preuves que ce droit ^ fut suivi en Languedoc durant le onzième siècle 8c que le codç Théodosien y avoit force de loi. ïl est fait mention cte la loi romaine 8c de la salique dans un acte^ qui est du commencement du même siècle, 8c de ces deux lois 8c de la gothique dans un autre ^ qui est environ de l'an loSy. Cette dernière étoit^ donc encore alors en usage dans le pays. Nous voyons en effet qu'elle étoit en vigueur dans le diocèse de Carcassonne l'an looa. Rangarde, veuve de Pierre-Raimond, comte de Carcassonne,

Benjamin Guérard dans son Introduction au Polyptrqtte drlrminoa a distingÀé, par des détlomlna tiens particulières^ les différeitts. états qu'ont traversés les populations rurales de la France avant d'arriver à la liberté civile. Il reconnaît trois âges dans Thistoire de la servitude : i^ l^esola^age embrassant réppque romaine : absence de toute liberté de fait 8t do droit; 2° la servitude pendant l'époque bar-, bare : la rigueur du droit, restée à peu de chose près la même que dans la période précédente, est adoucie en fiit par l'action bienjfaisànte dti pouvoir protecteur de l'Eglise $ 3° le seniage^t^m commençant avec la féodal ittê nous montre le serf entrant peu à peu en jouissance d'tine liberté & d'tlhepro-^ priété encote, il est vrai, conditionnelles & limitées, mais cependan-t très- réelles. Les serfs dont par-

lent les Bénédictins appartenaierit à cette dernière classe. Noos renverrons les lectduts qui voudront connaître plus amplement la condition des serfs au moyen âge, la manière dont ils se recrutaient & comment on les' affranchissait, à l'ouvrage de M. Charles GrandmaMon, int^itolé ; Etuii sur le seryage en Tour^inè^ , publié^ en tête d'u Liyr^ des serfs de Marmoutier» Tours, 1864,- in-8. [E. M.]

' Conciles, t. 9, p. 604 8c suiv. p. 1086.

' Hauteserre , Rerum Aquitaniae, 1. 3, c. 10 & seq. — Voyez tome V, CiaTtes-Bi EKpIômtfs, numéro CLXÏÏ.

3 Ibid» n. CXLVIII, la 2*^ charte citée sous ce numéro.

^ Ibid. n. CLXXIX.

* nid. n. CXXXVII.

": 4o8 HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIV.

An 1079 »

Éd. origin. clans uii actc ' de Tan 107 1, fait mention de son dixième, qui étoit un droit ^ que les lois des Visigoths donnoient aux veuves sur les biens de leurs maris. On ne trouve plus dans la Province aucun vestige de la loi gothique après cette année, 8c il est certain que la loi romaine, qui y avoit été la plus commune, y prévalut avant la fin du onzième siècle. C'est ainsi que Pierre, comte de Substantion, dans la donation ^ qu'il fit de son comté en io85 à l'Église romaine, voulut que celui qui y contreviendroit fût soumis à l'amende ordonnée par la sainte loi romaine publiée par les empereurs Théodose, Arcade &» Hon(h rius, & que Bertrand, fils de Raimond de Saint-Gilles, lorsqu'il épousa en 1095 Hélène de Bourgogne, lui fit^ une donation conformément à la loi romaine qui étoit la sienne. Le mélange des différens peuples qui habitoient la Province, Se qui après avoir été distingués jusque vers la fin du dixième siècle n'en formèrent plus enfin qu'un seul dans le suivant, contribua beaucoup à y rendre la jurisprudence uniforme & à y faire prévaloir la loi romaine, en sorte qu'à la réserve des juifs, dont le nombre étoit assez considérable dans la plupart des villes du pays, le reste des habitans ne forma plus qu'un seul peuple & une même nation.

D'un autre côté, comme les Visigoths d'origine qui se confondirent avec les anciens peuples d'Espagne faisoient le plus grand nombre dans ce royaume, la loi visigothique y prévalut sur la romaine. C'étoit^ la seule qui y fût en vigueur en 1069 lorsque Alphonse , roi de Castille, après avoir épousé Mathilde, fille de Guy Geoffroi, duc d'Aquitaine, province où la loi romaine étoit observée, fit une tentative pour substituer celle-ci à l'autre dans ses États. Nous voyons aussi que Raimond-Béranger, comte de Barcelone, dans les fors ou usages qu'il établit dans ses États en 1068, suivit^ la disposition de la loi visigothique, à cause que la plupart de ses sujets étoient Visigoths d'origine,

C. — Justice. — Juridiction temporelle des évêques. — Plaids. — Assemblées.

Duel. «

Les comtes & les vicomtes de la Province rendirent souvent la justice'' par eux-mêmes dans ce siècle. On vit même quelquefois les comtesses & les vicomtesses présider aux plaids. Les évêques & les abbés y assistèrent aussi, soit en qualité d'arbitres, soit comme seigneurs temporels. Les grands vassaux commencèrent cependant alors à se reposer de l'administration de la justice sur leurs officiers qu'on appeloit viguiers ou vicaires, parce qu'ils jugeoient en leur place. On trouve dès l'an^ 107 1 un Raimond-Aton, viguier de Toulouse, & des viguiers de Béziers & de Carcassonne en 1091 8c 1092. A la fin

* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CCLIII. * Chronicon MaUeac, p. 210. ' Marco. Hispanica, p. 425. * Marca Hispanica, p. 466 & 543. ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- 'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, numéro CCXCVII. méros CXXXVII, CCT, CCLVI, CCCXX. ^ IbU. n. CCCXI. • Itid. n. CCXXXII.

An

du même siècle les comtes de Roussillon ' n'avoient qu'un seul juge pour tout leur domaine. Les comtes 8c les vicomtes, & les autres principaux seigneurs, inféodèrent^ les vigueries, ce qui les rendit héréditaires.

La juridiction temporelle des seigneurs ecclésiastiques commença proprement en ce siècle. Comme les évêques avoient été en quelque manière assujettis aux comtes & aux vicomtes depuis que ceux-ci avoient usurpé les droits régaliens dans les diverses provinces du royaume, jusques au pontificat du pape Grégoire VII, ils ne se furent pas plutôt tirés de cette sujétion qu'ils prétendirent exercer une pleine juridiction sur les vassaux de leurs églises comme ils Tavoient déjà sur tous les clercs du diocèse^. Ils ne parvinrent pas d'abord à ce degré d'autorité sans contradiction de la part des princes & des seigneurs qui les avoient voulu assujettir auparavant, mais ils se maintinrent enfin dans leur juridiction malgré tous les obstacles qu'ils rencontrèrent. C'est ainsi que les évêques de Maguelonne obligèrent en 1090^ les seigneurs de Montpellier à les laisser jouir paisiblement de la justice sur les clercs 8c de leur juridiction temporelle, avec la liberté de la faire exercer par leurs propres officiers. Les archevêques de Narbonne, par une transaction ^ qu'ils passèrent quelques années après avec les vicomtes, conservèrent de même la justice sur tous les clercs du diocèse 8c sur tous les laïques qui demeuroient dans l'étendue du domaine de l'archevêché.

On distinguoit au onzième siècle^ les grands à* avec les petits plaids. Les premiers étoient sans doute ceux qui étoient composés de plusieurs prélats, comtes, vicomtes 8c seigneurs, 8c d'un plus grand nombre de juges, tels que ceux qui furent tenus à Narbonne*^ en 1028 8c en 1080, en sorte qu'on peut comparer ces derniers aux assemblées provinciales qu'on tenoit dans la Narbonnoise du temps des Romains. Les principaux du pays s'assembloient encore souvent k l'occasion des translations des reliques, de la dédicace des églises, 8cc. Les seigneurs séculiers se trouvèrent aussi ordinairement aux conciles de la Province, qui dans ce siècle y furent assez fréquens, 8c ils concoururent avec les évêques 8c les abbés aux divers règlemens de discipline 8c de police qui y furent dressés.

Les grands vassaux 8c les autres seigneurs ® aux noms desquels^ on rendoit

Éd. origin.

t. II, p. 246.

' JMarca Htspanicaj -p, 1219.

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, numéros CCLXXV & CCCXXXVI.

» lèiJ. n. XXIII.

< lèid. n. CCCIII.

5 jyid. n. CCCLX.

« Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CXL VI.

7 lèU, n. CLIV, CCLXXXI.

• Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCX. — Marca Hispan'ica, p. io5i 8c seq.

^ Sous la domination des Carlovingiens, la justice était rendue par les comtes, qui, de bonne Heure, se déchargèrent de ce soin sur les vicomtes, se réservant plus particulièrement Texercice des

fonctions militaires. Plus tard, lorsque la féodalité fut constituée, le droit de rendre la justice devint un des principaux attributs de la puissance, ou, si l'on aime mieux, de la propriété. Tous les seigneurs s'attribuèrent le droit de rendre la justice, & ils déléguèrent ce droit à des juges nommés viguiers, qui n'avaient de commun avec les viguiers carlovingiens que la similitude des fonctions, sans que l'on puisse prétendre qu'ils en étaient les successeurs. Voyez à ce sujet les travaux de M. Guérard, en tête du Polypti^ue d'Irminon & des Cartulaires de Notre-Dame de Chartres & de Sa'tnt-Bertin, [E. M.]

An 1079 »

là justice en retiroient les profits & les émolumens de même que ceux des seigneurs ecclésiastiques qui avoient droit de la faire exercer dans l'étendue de leur domaine. Il est inutile que nous remarquions ici que le duel ou combat singulier fut encore en usage au onzième siècle au défaut de preuves & qu'il étoit autorisé * par les lois. Nous en avons rapporté divers exemples pour la Province.

CI. — Langue romaine ou provençale. — Les Languedociens compris sous le nom général de Provençaux. — Origine de la poésie provençale.

On parloit en Languedoc, au moins depuis la fin du dixième siècle, le même langage qu'on y parle aujourd'hui. C'est ce qui paroît par divers termes^ employés dans les hommages & sermens de fidélité ; nous en avons un^ du milieu du onzième siècle entièrement en langage du pays. On a de semblables '^ actes qui prouvent que la langue des peuples de la Catalogne & des autres pays d'Espagne soumis à la domination françoise étoit la même. On^l'appeloit langue romaine vers la fin du même siècle, de même que celle qu'on parloit dans les autres provinces de France, pour la distinguer de la latine dont on se servoit dans les actes publics, mais qui étoit fort éloignée de sa pureté. C'est de là^ que vient le nom de romans qu'on a donné aux histoires fabuleuses, soit en prose, soit en vers, depuis le dixième siècle, parce que ces ouvrages furent écrits en langue romaine ou vulgaire. Cette langue étoit donc commune^ à tous les peuples de France au onzième siècle, mais il est certain qu'il y eut de la différence dans le suivant entre le langage vulgaire qu'on parloit dans les provinces méridionales du royaume 8c qu'on appela langue provençale^ & celui dont on se servoit dans les pays situés à la droite de la Loire & qu'on nomma langue françoise. « Le langage romain, dit un célèbre « auteur^, fut appelé La langue provençale, non-seulement parce qu'il reçut tt moins d'altération dans la Provence que dans les autres cantons de là France, a maisencore parce que les Provençaux s'en servoientordioairèmentdans leurs (( compositions, ou même parce que la Provence étant toujours regardée comme u la province des Romains, on ne faisoit point de distinction entre le langage H provençal & le romain. » 1 » . ..^ 1

Nous examinerons bientôt si c'est la Provence proprement dite -qui a donné seule son nom à ce qu'on appeloit langue provençale , mais il paroît toujours pa,t ce témoignage 5c par divers monumens, que la langue qu'on parloit avant le douzième siècle dans le Languedoc & la Provence, 8c qu on appeToït langue romaine, est la même que celle <ju'on parle encore aujourd'hui dans ces pro-

' Voy«c tODLe V» Chartes & Diplômes, nunvé- ' Catel, Histoire des comtes de Toulouse^ p, 9).

TOS CUV, CXCIV, CCXLVIjil. , — Hauteserre, Rerum Aquitan'tcazum 1. 10, p. i3,

> nu. n. CXII, CXXVI, CXXXVIU. p. 5oo. "^

* Ibid» n. CCIX. • Huet, Origine des Romans^ édit. 1771,, p- .187

^ MarCA Hiipanica^ p. 1037, io85, 112S & seq. & suiv. ii3o 8c, seq. ' Ibid, p. 161 8c suiy.

tances 5c qui a moins reçu d'altération que dans les autres cantons de la France : par conséquent le provençal est plus ancien * que le François, & celuici n'a été formé qu'aprèis le onzième siècle.

Quant au nom de provençale, qu'on donna à la langue dont on se servoit dans les provinces méridionales de France, après que les peuples des pays septentrionaux eurent adopté un idiome différent, il est certain qu'elle ne fut pas ainsi nommée parce qu'elle fut d'abord particulière aux peuples de la Provence proprement dite, mais à cause qu'on comprenoit alors sous le nom de Provençaux* tous les peuples de la partie méridionale de la France. Les divers, auteurs qui ont écrit à la fin du onzième siècle l'histoire de la première croisade nous en fournissent des preuves. On nommoit Provençaux y dit un de ces historiens 3, les peuples de Bourgogne, d'Auvergne , de Gascogne , de Gothie & de Provence ; les autres s*appeloient François , mais les ennemis donnaient le nom de Francs aux uns &» aux autres* Les Aquitains ^ étoient aussi compris sous le nom de Provençaux. Suivant le témoignage d'un autre auteur^ du temps, la différence qu'on mettoit entre les peuples qui habitoient le nord de la France, & qu'on appeloit François (Francigena)^ & ceux des provinces méridionales qu'on nommoit Provençaux, étoit fondée sur celle de leur langage. Enfin une preuve certaine qu'on désignoit encore au douzième siècle, & dans une partie du suivant, sous le nom général de Provençaux tous les peuples des provinces méridionales du royaume, c'est le titre de poètes provençaux qu'on donnoit alors k tous ceux qui se mêloient de composer des chansons & autres poëraes en langue vulgaire, car ce nom fut commun nonseulement aux poètes natifs ou habitans de la Provence proprement dite, mais encore du Languedoc, du Dauphiné^ de l'Aquitaine, &c. Il est certain enfin que dans ces siècles la poésie provençale fut plus cultivée^ dans ces provinces que dans la Provence propre, comme il est aisé de s'en convaincre sur l'autorité de deux anciens manuscrits ^ de la Bibliothèque du roi qui contiennent la vie &L les ouvrages de ces poëtes. De cent dix d'entre eux ou environ, dont il est parlé dans ce recueil, à peine en trouve-t-on huit k dix natifs de la Provence proprement dite, tandis qu'on en compte deux ou trois fois autant du Languedoc ^.

Le plus ancien des poëtes provençaux dont il soit fait mention dans ce recueil est Guillaume IX, comte de Poitiers de duc d'Aquitaine, né en 1071 Se

An 1079,

Éd. origio.

t. Il, p. 247.

' Caseneave, Orîghtt det Jeux'Fîoruux, p. 10 & SUIT. — Voyez tome I de cette édition, livre X, numéros XV Se cxx $ & tome VII, Nt9 sur les Ungaes /ojntfjeoi.

* Caseneuve, Originû èes Jeux^Flvmux, p. 1 o 8c sttiv, .^ Adrien d€ Valoit^r Natitia GaUUrum , p. 5i5 & suiv.

' Raymond de Agiles, Histçirt dt Jérusalem, p. 144.

* R.ob. Histoire de Jérusalem, 1. 7, p. 63.

* Gesta Tancredi, c. pp.

^ Gatel , Mémoires de l'histoire du Languedoc, p. 398 8t suiv. — Caseneuve, Origine des Jeux^ Floraux^ p. ^8 & suiv.

' Manuscrits n°* yiaS, 7698.

* Les études philologiques sur les langnes romanes du midi de la France ont fait de grands progrès 4Qputs la publication de l'Histoire des Bénédictins. Il en est de même de l'histoire des troubadours; unç. Note insérée au tome VII de cette édition mettra cet ouvrage, au 'courant des progrès accomplis par la science moderne sur ces questions. [E. M>}

-r 413 HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIV.

mort en 11 26. Il y est qualifié bon troubadour, & Ton y rapporte de lui une chanson écrite en langage provençal. On trouve encore ailleurs * quelques autres pièces de ce prince dans la même langue, ce qui nous fait connoître son talent pour la poésie. « Comme il étoit fort gai 8c fort jovial, dit « un ancien historien*, il chanta après son retour de la Terre-Sainte les mala heurs qui lui étoient arrivés durant ce voyage, & il fit des vers rimes sur ce « sujet. » Guillaume revint de ce pèlerinage en 1102 ; ainsi c'est au plus tard au onzième siècle ^ qu'on doit rapporter l'origine de la poésie provençale, ainsi nommée non de ce qu'elle a été inventée & mise en usage par les seuls Provençaux proprement dits, mais par tous ceux qu'on appeloit alors de ce nom & qui parloient la même langue, c'est-à-dire par les peuples de Languedoc, Auvergne, Guyenne, Gascogne, &c.

Un illustre François'* fait remonter l'origine de cette poésie jusque vers la fin du dixième siècle, contre le sentiment d'un célèbre Italien^, qui prétend au contraire que Guillaume IX, duc d'Aquitaine, est le premier versificateur en langue provençale Se que ce prince a donné l'origine à la poésie vulgaire. Il faut avouer que nous n'en connoissons pas de plus ancien. Quoi qu'il en soit, ces deux fameux auteurs conviennent^ que la poésie provençale a donné naissance à la françoise & à l'italienne. On ne sauroit donc guère Éaire remonter au-dessus du douzième siècle les anciens romans que nous avons en vers françois^. .

Le nom de Provençaux donné dès la fin du onzième siècle Se dans le douzième aux peuples des provinces méridionales de France, de même que leur langage, tirent leur origine, à ce qu'il nous paroît, du fameux Raimond de Saint- Gilles qui dominoit sur une grande partie de la Provence de même que sur le Languedoc 6c sur divers pays de l'Aquitaine j car comme il est certain que les auteurs du temps ont souvent voulu désigner l'étendue de sa domination en le qualifiant simplement comte provincial ou provençal, ou bien comte de Provence, ils^ auront voulu aussi désigner tous ses sujets sous le nom de Provençaux. Ce n'est en effet que depuis ce prince qu'on a donné ce dernier nom en général aux peuples du voisinage de la Provence proprement dite, 8c c'est sans doute pour la même raison qu'on a appelé depuis langue provençale le langage de tous ces peuples.

On prétend ^ que depuis le temps du même prince la Gothîe ou Septimanie porta communément le nom de province de Saint-Gilles 8c que cette dénomination dura pendant tout le douzième siècle. Il est vrai que quelques

* Hauteserre, Rerum Aquitanicarum 1. lOyC. 14. ' Voyez, sur ctt questions lon|;temps controTer-

* Orderic Vital, 1. 10^ p. 79$. sées & sur lesqueUes on est aujourd'hui fixé, la

* Ihid, 1. 6, p. 698. Note sur la langue romane & celle sur les trouba~ ^ Huet, Origine des Romans, p. 169 8c 204. dours 81 leurs œurres insérée au tome VII de cette

* Crescinbeni, flist, de la Volgar, pois, 1. 1, édition. [E. M.]

p. 7 j 1. 2, p. 87, édit. 1714. • Voyez tome IV, Note XLV,

' Huet, Origine des Romans, p. 166 & suir. -— * Ihid,

Crescinbeni, Hist, de la Volgar, pois, 1. i. p* 71 1. 2, p. 87. édit. 1714.

HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIV. 4i3 ~~

' An 1079

auteurs qui ont vécu dans ce siècle ont donné le nom de province de Saint- Gilles à la Narbonnoise première, mais ce sont des étrangers qui ne sont d aucune autorité, & qui voyant que les comtes de Toulouse prenoient assez souvent le titre de comte de Saint-Gilles tout seul ont cru faussement que cette dernière ville étoit la capitale de leur domaine & qu'elle donnoit son nom à toute la Province : mais nous n avons pas un seul monument domestique qui prouve qu'on ait jamais donné à la Septimanie ou au Languedoc le nom de province de Saint-Gilles.

Cil. — Vie civile. — Chronologie. — Poids, mesures.

Un ancien historien', qui vers la fin du onzième siècle décrit les mœurs Éd.origin. des Provençaux j cest-k-dire des sujets de Raimond de Saint-Gilles, repré- ^* 'P-*^sente ces peuples moins belliqueux que les François, mais plus laborieux & plus économes. Il ajoute qu'ils négligeoient l'ornement extérieur du corps & prenoient un soin particulier de leurs chevaux & de leurs équipages.

L'usage étoit déjà reçu en Languedoc avant la fin du onzième siècle de ne commencer l'année qu'à Pâques ; mais cet usage n'étoit pas si général qu'on ne trouve plusieurs exemples du contraire , en sorte qu'on compta indifféremment le commencement de l'année pendant tout ce siècle & le suivant , ou depuis la Nativité de Jésus-Christ & le i" de janvier, ou depuis Tlncarnatîon & le jour de Pâques. On sera peut-être surpris de la diversité de cet usage durant un si long intervalle} mais outre les preuves incontestables que nous en avons dans les chartes du pays & que nous ne manquons pas de feire observer dans l'occasion, on voit par le témoignage 4'un historien* qui vivoît vers la fin du douzième siècle, qu'il y avoit alors une grande variété pour marquer le commencement de Vannée, qu'il n'y avoit rien de stable, là-dessus, 6» qu'un chacun le comptoit comme il le Jugeoit â propos, soit depuis la Na* tivité , soit depuis Pâques. De là vient que les historiens & les auteurs des chroniques qui ont écrit dans ces siècles ne sont pas uniformes pour la chronologie ; que les uns suivent la première manière de compter & les autres la seconde. Il faut convenir cependant que l'usage de commencer l'année à l'Incarnation ou à la fête de Pâques devint peu à peu plus commun & qu'enfin il étoit généralement observé dans la Province au treizième siècle. On y conservqit encore dans le onzième celui de dater quelquefois les chartes de l'ère espagnole^.

■ Geita Tancredi, c. 61. princeou par celles du gouverrtemeni des Màê% des

■ Gerv^s^Dorobern. Chron. ad ann, 1 170. différents monastères dont ces chartes émanent.

' Bien que l'on ait des exemples de remploi On trouve encore au onzième siècle dans les

de rère de l'Incarnation dans le midi de la France chartes du Languedoc des exemples de Tère d'Espa-

dès le huitième siècle , ce n^est cependant qu'à gne. Cette ère, on le sait, date de la conquête de

partir du onzième siècle qu'on en voit Pusage ' l'Espagne par Auguste. Elle commence trente-huit

devenir général. Beaucoup de chartes de cette épo- ans révolus avant la naissance de Jésus-Christ.

que néanmoins ne sont datées que des années du Elle fut en usage dans les actes dès le septième siè-

An 1079 • •

Les diverses villes de la Province avoient' différens poids & différentes mesures dans ce siècle & au commencement du suivant; on peut rapporter lorigine de cette variété aux diverses dominations qui s'établirent dans le royaume à la £n de la seconde race.

cle, & on continua <le s'en servir plutôt que de de Plncarnation. Les royaumes de Castille, d*Ara>

celle de Plncarnation pour les conciles, les ins- gon & de Valence suivirent bientôt son exemple;

truments publics, &c., dans les provinces de Nar- mais le Portugal en maintint l'usage jusqu'au quin-

bonne & d'Arles, 8c ce n'est qu'à la fin du douzième zième siècle. [E. M.J

siècle qu'elle fut tout à fait abandonnée en Lan- ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, numé-

guedoc. Le premier coup lui fut porté par la métro- ros CCXLI, CCCLX.

pôle de Tarragone, qui adopta de préférence Tère

44J^44444oU444444444444 4 44 4 4 4 4 4 44 4 4 444444

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