LIVRE QUINZIÈME
I. — Etendue du domaine de Guillaume IV ^ comte de Toulouse^ £• de
Raimond de Saint-Gilles, son frère.
IL paroît que Guillaume IV , comte de Toulouse , & Raîmond de Saint- — — ^— — Gilles, son frère, partagèrent entre eux les domaines de leur maison, après Éd^ofil^, être enfin parvenus, vers Tan 1079, à la jouissance paisible de tous les pays *• ''» p* **^' qui avoîent appartenu à la branche de Rouergue. Nous voyons en effet par diverses chartes ' , postérieures à cette année, que le premier se qualifie comte 6» duc du Toulousain, de V Albigeois , du Çuerci, du Lodevois, du Périgord, du Carcasses, de f A génois &» de VAstarac ^ & l'autre * comte de Rouergue, de Gévaudan, de Nimes, d!Agde, de Bé-^iers, de Narbonne, & d'un septième pays dont le nom est à moitié effacé dans la charte, mais qui paroît être celui d'Uzès. Ainsi tous les domaines qu'Eudes, comte de Toulouse, leur quatrième aïeul, avoit possédés, & dont une partie avoit été donnée en partage à Ermengaud, comte de Rouergue, son fils puîné, furent réunis dans la branche de ces princes qui descendoit de Raimond II, frère aîné du même Ermengaud.
Outre les comtés dont nous venons de parler, Raimond possédoit de son Éd. orîgin. chef le comté ou marquisat de Provence qui lui étoit échu, comme il y a lieu^ de le croire, par son mariage avec la fille unique & héritière du comte Bertrand, son oncle paternel. Quant au comté de Saint-Gilles qu'il avoit aussi, & qu'il ne nomme pas dans cet acte, il le comprenoit sans doute dans celui de
■Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- * Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-
méro CCLXXVIII, les dernières chartes citées sous méro CCLXVIII. ce numéro. ' Voyez tome IV, Note XLI.
t. II, p. 35o.
": 4i6 HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XV.
An 1079 "
Nîmes dont il avoit été séparé & qu'il avoit réuni à son domaine. C'est ainsi qu'il renfermoit la qualité de marquis de Gothie sous celle de comte de Rouergue y qu'il prit fort souvent toute seule depuis qu'il eut recueilli la succession de la comtesse Berthe, sa cousine.
Ce détail nous fait voir que la plus grande partie du domaine utile du marquisat de Gothie étoit échue à Raimond de Saint-Gilles, & que de tous les comtés particuliers qui le composoient, il n'y eut que celui de Lodève qui fût sous la domination immédiate de Guillaume IV, comte de Toulouse. Ce dernier prince se réserva cependant, à ce qu'il paroît, l'autorité médiate & suzeraine sur la Gothie pour en jouir par indivis avec Raimond, son frère.
Guillaume n'avoit aussi qu'une autorité médiate sur quelques pays dont il prenoit le titre de comte, & à proprement parler, il ne dominoit immédiatement que sur le Toulousain, l'Albigeois, le Querci & le diocèse de Lodève. Il avoit seulement la suzeraineté, en qualité de marquis de Toulouse, sur le comté de Carcassonne, possédé alors par le comte de Barcelone. Quant au Périgord, à l'Agenois, à l'Astarac dont il se qualifie comte, il faut ou que les comtes particuliers de ces pays l'eussent reconnu pour leur suzerain, ou, ce qui paroît plus vraisemblable, qu'il ait prétendu exercer une autorité supérieure sur ces comtés en qualité de successeur de Raimond-Pons, comte de Toulouse & duc d'Aquitaine, son bisaïeul. Nous voyons en effet que Guillaume, dans plusieurs actes', prit le titre àt duc^ non pas de Narbonne, comme un moderne^ l'a avancé, mais du Toulousain, de l'Albigeois, du Querci & de divers autres pays qui avoient fait partie de l'Aquitaine. Il est donc assez naturel de croire qu'en se donnant la qualité de duc, Guillaume aura voulu faire revivre en sa personne, non-seulement le droit des anciens comtes de Toulouse ses prédécesseurs qui ^ avoient pris la même qualité à cause qu'ils avoient une autorité suzeraine sur une grande partie de l'Aquitaine, mais encore le droit particulier qu'il tiroit de Rairaond-Pons, son bisaïeul. Celui-ci en avoit possédé en effet le duché, dont le roi Louis d'Outre-mer avoit disposé après sa mort, au préjudice de ses descendans, en feiveur des comtes de Poitiers.
Quoi qu'il en soit, on voit par l'énumération des pays & des diocèses dont Guillaume, comte de Toulouse & Raimond de^ Saint-Gilles, ses frères, se qualifioient comtes^, que presque tout le Languedoc étoit sujet à leur domination médiate ou immédiate , en sorte que le premier occupoit la partie occidentale, & l'autre la partie orientale de cette province, & qu'il ne reste que les comtés d'Uzès, de Viviers, de Maguelonne, de Vêlai, de Razès & de Fenouillèdes, qui puissent souffrir de la difficulté; sur quoi nous ferons quelques réflexions : jo outre qu'il paroît certain que l'Uzège est le septième pays dont Raimond prend le titre de comte dans l'acte dont on a déjà parlé, on ne sauroit
« Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCLXXVIII. ' Voyeztome II, aux Preuves, Chartes & Diplô-
• Le P. Ange, Histoire généaî. des pairs de France, mes, n. G, 8c même tome, Note LXXXVII, t. 1, p. 684. ** Ihid.
^ ' Art 1079
douter d'ailleurs qu'il ne dominât sur ce diocèse' en io65 & 1096; 2^ il est également certain qu'il étoit seigneur du Vivarais, puisque Bertrand*, son fils, assigna en 1096 la ville, le comté & Tévêché de Viviers pour le douaire d'Electe, son épouse j 3® on a remarqué^ ailleurs que Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, se réserva la suzeraineté sur les comtés d'Auvergne & de Vêlai en les donnant en fiefs aux vicomtes de Clermont; on ne sauroit du moins douter que Raimond de Saint-Gilles, son petit-fils, n'ait dominé^ sur le Vêlai 5 4® le même Raimond prit^ la protection de Guillaume V, seigneur de Montpellier, qui, à ce qu'il paroît^, le reconnut pour son suzerain : il dominoit donc médiatement sur le comté de Maguelonne ou de Substantion, où la seigneurie de Montpellier étoit située; 5° le Razès étoit certainement^ une ancienne dépendance du marquisat de Toulouse, de même que le Carcasses : or, on a déjà vu que Guillaume IV, comte de Toulouse, jouissoit de la suzeraineté sur ce dernier pays, avec lequel le Razès étoit alors uni 8. Il avoit donc également droit de la prétendre sur celui-ci, & il aura compris ces i^d. origîn.
J ll-JJ/- J > t. II,p. 25l,
deux pays sous le seul titre de comte de Carcassonnej 6° nous n avons aucune preuve particulière que les comtes de Toulouse aient eu la suzeraineté sur le pays ou comté de Fenouillèdes & sur le Roussillon, qui faisoient partie de l'ancien marquisat de Gothie. Comme ces comtés appartenoient alors à la maison de Barcelone , & que cette maison alloit de pair pour l'autorité avec celle des comtes de Toulouse, ce fut peut-être la raison pour laquelle Guillaume ne fit pas valoir ses droits de suzeraineté sur ces deux pays.