LXXII. — Assemblée tenue au Caylar. — Évêques de Lodève
On tint^ Tan 1 122, au Caylar, dans le diocèse de Lodève, sur les frontières du Rouergue, une assemblée à laquelle Pierre, évêque de Lodève, Gautier, évêque de Maguelonne, l'évêque d'Orange Se Arnaud, abbé de Saint-Thibéry, se trouvèrent. On y décida un différend qui étoit entre les religieux de Joncels dans le diocèse de Béiiers, 8c ceux de Conques en Rouergue, touchant l'église de Casouls dans ce dernier pays , laquelle avoit été donnée autrefois aux premiers par Raimond, marquis-comte. L'époque certaine de l'épiscopat de Pierre rend incertain tout ce qu'on nous dit^de celui de Raimond I, surnommé Pastor bonus, qu'on prétend avoir été évêque de Lodève depuis Tan 1102 jusques en ii38, & avoir succédé à Déodat de Chaslus, qui, ajoute-t-on, fut élu d'une manière simoniaqùe en iioo, 6c déposé deux ans après par ses comprovinciaux, malgré son appel au roi Philippe L Nous voyons d'aîUeurs^ que Pierre étoit évêque de Lodève en 11 29 Se 1134. Ce prélat avoit été élevé durant sa jeunesse parmi le clergé de l'église d'Agde, 8c il n'est pas sans doute différent de PierrQ-Raimondy qu'on met^ sur le siège épiscopal de Lodève depuis l'an ii38 jusques en ii54, 8c à qui on donne pour père un prétendu Galburge, comte de Comminges. On raconte plusieurs autres choses de lui qui ne sont pas plus certaines, entre autres que le pape Adrien IV lui accorda diverses grâces, aux mois d'avril &c de mai de l'an ii54j mais ce pape ne fut élu qu'à la fin de la même année.
LXXIII. — Alphonse- Jourdain assiégé dans Orange &» délivré par les Toulou*-
sains qui l'amènent dans leur ville.
Quoique Alphonse-Jourdain eût été reconnu pour comte de Toulouse 8c qu'il fût maître de cette ville dès l'an 11 20, il paroît cependant que Guil-
' Oïhenart, I^otitU Faseoniae, p. 535. — Le Père * PlantaTÎt, Séries praesulum Lodovensium, p. 80
Ange, Histoire généalogique des pairs de France, t. 2, & seq. — GaUia Christiana, t. 2 , p. 672.
p. 763. «Tome V, Chartes & Diplômes, n«« CCCCXI
' GaUia Christiana, nov. edit. t. i, p. 987. 8c CCCCXXXIV, la 3*^ pièce citée sous ce numéro.
'Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes, nu- ^ Piantarit^ Séries praesulum Lodovensium , p, Bo
méro CCCLXXXIX. 8c seq. — GaUia Christiana, t. 2, p. 672.
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laume IX, duc d'Aquitaine, son compétiteur, conservoit encore en 1112 quelques restes d'autorité dans le pays. C'est ce qu'on peut inférer d'un acte' passé cette année dans l'église de Sainte- Marie de Bragairac, alors du diocèse de Toulouse 8c aujourd'hui de celui de Lombez, & daté du pontificat du pape Callixte y régnant Louis y roi de France y Guillaume étant duc d" Aquitaine , £• Alphonse comte de Toulouse. Aymerî, prieur de Bragairac, se soumit par cet acte, avec tous ses religieux, du consentement d'Amélius, évêque de Toulouse, au gouvernement Se à l'autorité de Pétronille, abbesse de Fontevrault, qui ètoit alors sur les lieux. On peut croire toutefois que c'est à cause de la situation de cette abbaye dans le domaine du duc d'Aquitaine, qu'il est fait mention de ce prince dans la date de cet acte. En effet, outre qu'il y est marqué expressément qu'Alphonse étoit alors comte de Toulouse, nous apprenons, par divers autres monumens de cette année , que ce prince étoit alors généralement reconnu * par les Toulousains.
Ces peuples secouèrent entièrement, Tannée suivante, le joug du duc d'Aquitaine , qui , comme on Ta déjà remarqué , étoit demeuré maître du château Narbonnois. Ils assiégèrent dans ce château Guillaume de Montmaurel, qui en avoit le gouvernement au nom du duc, &c l'obligèrent enfin à se rendre. Ils se mirent^ en marche bientôt après pour aller au secours du comte Alphonse qui étoit assiégé dans Orange par le comte de Barcelone, allié de celui de Poitiers, &c qu'ils amenèrent en triomphe dans leur ville après avoir fait lever le siège. Les circonstances de ce siège 6c celles de la guerre qui y donna occasion & qui s'éleva en Provence entre les comtes de Toulouse & de Barcelone nous sont inconnues. Il parott seulement, par une charte^ du même Alphonse, de Tan 11 26, que cette guerre dura longtemps, qu'elle fut très-funeste au pays 8t que l'église cathédrale d'Orange fut entièrement détruite durant le siège de cette ville.
LXXrV. — Alphonse y comte de Toulouse, excommunié par Callixte IL
Comtes de Comminges,
Hugues, abbé de Saint-Gilles, Se ses religieux se déclarèrent peut-être, durant cette guerre, en fiaveur du comte de Barcelone. Nous savons^ du moins que le comte Alphonse s*empara de force, vers ce temps-là, de l'abbaye de Saint- Gilles & qu'il en chassa l'abbé 8c les religieux qui en- portèrent leurs plaintes au pape Callixte II. Ce pape écrivit en leur faveur une lettre du palais de Latran, le 22 d'avril, à Aton, archevêque d'Arles, à Raimond, comte de Barcelone, & à Gaufred-Porcelet, seigneur provençal, qu'il exhorte à les protéger. Il déclare en même temps qu'il avoit excommunié le comte Alphonse 8c ses
' Gallla Cknstiana, t. i, p. 682 & seq, • Voyez tome IV, Note L, n. 6 & suit.
> nu.
^ GaïUa Christtana, noT. éd. t. 1 , înstmm. p. 32. — Voyez tome IV, Hôte L.
^ Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCXC
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complices', mis leurs terres en interdit & délivré les sujets de ce prince du ser- Éd. ©rigin. ment de fidélité, jusques à ce qu'il eût rendu le monastère de Saint-Gilles à labbé & aux religieux, qu'il eût feiit démolir le château qu'il avoit fait construire depuis peu dans cet endroit, 8c qu'enfin il eût réparé les dommages qu'il avoit causés. Les complices du comte Alphonse nommés dans cette lettre sont Raimond de Baux, Guillaume de Sabran, Éléazar de Castries, Guillaume- Raimond de Medènes & Raimond du Caylar, qui avoient embrassé par conséquent le parti de ce prince contre le comte de Barcelone.
Il y a lieu de croire que les comtes de Foix & de Comminges favorisèrent le rétablissement d'Alphonse-Jourdain dans son comté de Toulouse, 8t qu'ils se déclarèrent contre les comtes de Barcelone & de Poitiers, ses ennemis. On a vu, en effet, que Roger II, comte de Foix, reconnoissoit Alphonse pour son suzerain au mois de mars de l'an 1 121, Se nous avons un plaid ' auquel Fortanier, comte de Comminges, présida, & qui fut tenu aux environs de l'abbaye de Lézat, Van 1 1 23, dans le temps que le comte Alphonse occupoit la ville de Toulouse. Ce comte Fortanier, que Roger II, comte de Foix, avoit mis en 1 121 au nombre des protecteurs de cette abbaye, avoit eu* plusieurs frères, avec lesquels il avoit possédé par indivis le comté de Comminges; mais il paroît que ceux-ci étoient alors tous décédés & qu'il avoit l'administration de tout ce comté, tant en son nom qu'en celui de Raimond-Guillaume, son neveu, fils de Bernard, son frère aîné. Nous ignorons si ce Raimond-Guillaume survécut au comte Fortanier, son oncle; nous savons seulement que Bernard quatrième du nom, son frère, possédoit en ii3o tout le comté de Comminges 8c qu'il le transmit à ses descendans.
LXXV. — Alphonse se ligue avec le vicomte Bernard-Aton. — Ce dernier reprend Carcassonne. — Origine des mortes-payes de cette ville,
Alphonse-Jourdain, après son entier rétablissement dans le comté de Toulouse, témoigna aux habitans de cette ville, par divers privilèges^ qu'il leur accorda, la reconnoissance qu'il avoit de leurs services. Il jouit depuis du comté de cette ville 8c de tous les autres domaines qui avoient appartenu à ses ancêtres, 8c se qualifia consul ou comte de Toulouse , duc de Narbonne 6» marquis de Provence y comme on voit entre autres par^ un acte daté du commencement de l'an 1 1 24. Il s'unit étroitement vers le même temps avec le vicomte Bernard- . Aton, qu'il aida sans doute à soumettre Carcassonne. Ce vicomte reprit 5, en effet, alors cette ville sur les habitans qui s'étoient révoltés contre lui 8c qui l'avoient chassé quelques années auparavant. Alphonse promit à Bernard-Atqp , par la ligue ^ qu'il fit avec lui, de ne pas lui ôter la ville de Carcassonne 8c
* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ^ Voyez tpme V, Chartes & Diplômes, nu»
méro CCCXCII, la 2' pièce citée sous ce numéro. méro CCCXCIX.
' Voyez tome IV, Note XXII, n. 33 & suiv. « Ihid. n. CCCXCVII.
' Catel, Histoire des comtes de Toulouse, p. 192. ' Uid, n. CCCXCIII.
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Éd.
t. II, p. 394
oricin.
toutes les autres de son domaine, & de le secourir contre tous ceux qui voudroient len déposséder, & en particulier contre le comte de Poitiers 6» ses enfans y le comte de Barcelone £» ses enfans. Cet acte, qui n'est pas daté, est souscrit par Amélius, évêque de Toulouse, & Bertrand, évêque d'AIbijcequi prouve qu'il est antérieur à Tan 1126, puisque Humbert avoit ' déjà succède alors à Bertrand dans Tévêché d'Albi. Plusieurs seigneurs séculiers s'y trouvèrent aussi présens, entre autres Raimond de Baux, Guillaume de Castelnau, Éléazar de Castries, Guillaume-Pierre de Caraman, Bertrand de Villemur, 8cc.
Le vicomte Bernard-Aton, après avoir repris la ville de Carcassonne, exigea un nouveau serment de fidélité des nobles du pays & des environs, ses vassaux, dont on peut voir les noms* dans l'acte inséré dans nos Preuves. lisse rendirent cautions les uns des autres. L'évêque de Carcassonne fut garant en particulier de la fidélité de Pierre-Raimond d'Auriac, & la vicomtesse cautionna pour Guillaume de Durfort. Bernard-Aton confisqua "^j d'un autre côté, tous les biens de ceux qui lui avoient été rebelles 8c en disposa avec sa femme & ses fils en faveur de ceux qui étoient demeurés fidèles. Entre les dernien étoient Bernard de Tresmals, Pierre de Laurac, Arnaud son frère, Arnaud de Pelapoul, Pierre son frère, & divers autres gentilshommes, au nombre de seize, à qui ce vicomte donna en fief les tours & les maisons de Carcassonne qu'il avoit confisquées, à condition de faire guet & garde dans cette ville, les uns quatre & les autres, huit mois de l'année, & d'y résider avec leur famille & leurs vassaux durant tout ce temps-là. Ces seigneurs, qui se qualifient dans l'acte châtelains de Carcassonne, promirent par serment au vicomte de garder fidèlement la ville.
Bernard-Aton accorda divers privilèges à ces châtelains, qui s'engagèrent à leur tour à lui faire hommage Se à lui prêter serment de fidélité j c'est ce qui a donné l'origine, à ce qu'il paroît, aux mortes-payes de la cité de Carcassonne, lesquels sont des bourgeois qui en ont encore la garde Se qui jouissent pour cela de diverses prérogatives. Un auteur^ rapporte les circonstances suivantes de la soumission de Carcassonne à Bernard-Aton. Il prétend a que Ie> « habitans lui ayant refusé, en 11 20, l'entrée de leur ville, ce vicomte l'asa siégea d'abord Se changea ensuite le siège en blocus j que ne pouvant la prendre, il se rendit à Barcelone avec l'évêque j que les habitans ayant député de leur côté au comte de Barcelone, ce prince leur fit conclure ensemble -une paix perpétuelle } & qu'enfin les habitans reçurent le vicomte à son retour. Se lui firent une entrée magnifique au mois d'août de l'an ii:3, après trois ans de siège ou de blocus. » Mais tout cela n'est fondé que sur des mémoires incertains qu'on se contente de citer en général. Il paroît au contraire, par les monumens qui nous restent^, que le comte de Barcelone ne se
' Gaîîia Christiana,i\oy, edit. t. l, p. i3.
* Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCXCVII.
' nu. n. CCCXCVIII.
^ Besse, ffistoire Je Carcassonne, p. 1 14 8c suiv. ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, numéro CCCXCVII.
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mêla en aucune manière de la paix que Bernard-Aton fit avec les habitans de Carcassonne ; que ce vicomte soumit la ville par la force & qu'il punit sévèrement ceux d'entre les habitans qui ne lui avoient pas été fidèles. Quant au temps de cette soumission , le plus ancien acte * par lequel le vicomte disposa des biens des rebelles est du lundi dow^îème de janvier de Van 11 25, preuve qu'il soumit Carcassonne au moins dès la fin de Tannée précédente.