V. — Évêques de Maguelonne
Raîmond avoit succédé depuis peu à Gautier, évêque de Maguelonne', qui siégeoit* encore au mois de mai de la même année. On fait un grand éloge de ce dernier, que quelques-uns^ ont confondu avec Gautier de Castillon, poëte célèbre du treizième siècle. On loue surtout sa piété, sa sagesse, sa science, son éloquence & le soin qu'il eut de réparer son église & d'en entretenir les bâtimens. Il est marqué dans son épitaphe quil fut inhumé dans le même t.^n. ^'^ôi. endroit que Godefroy, son prédécesseur & son maître. On conclut^ de là qu'il mourut à la Terre Sainte & qu'il fut inhumé au château du Mont-Pèlerin; mais nous avons fait voir ailleurs qu'il est faux que Godefroy soit mort au-delà de la mer : ainsi Gautier, son successeur, aura été inhumé avec lui à Maguelonne.
On prétend^ que Raimond, successeur de Gautier, étoit de la maison des seigneurs de Montpellier & doyen de Posquières. On ajoute que Bernard, comte de Melgueil, soutenu de Guillaume, seigneur de Montpellier, s'opposa à l'élection de ce prélat, sous prétexte du droit qu'il tenoit de ses ancêtres de nommer les évêques, & qu'ayant mis des troupes sur pied, il ravagea les biens de l'évêché. On rapporte en preuve de tous ces faits une charte par laquelle i^ Bernard, comte de Melgueil, pour réparer le dommage quil avoit causé injustement à Véglise de Maguelonne dans le temps de l'élection de Raimond, s'oblige tant pour lui-même, qu'au nom de ceux qui après lui auroient le château de Melgueil, de donner tous les ans un repas à tous les habitans de Maguelonne. 2^ Il restitue aux chanoines de Maguelonne, en conséquence d'un jugement porté par Pons de Montlaur & quelques autres arbitres, les droits qu'il avoit usurpés sur l'étang entre les rivières de Lez 8c de l'Amausson, 3° II promet de protéger l'église de Maguelonne, ce que la comtesse Guillemette, sa femme, approuva & confirma. Mais on ne peut inférer de cet acte sinon que Bernard, comte de Melgueil, causa quelque dommage à l'église de Maguelonne dans le temps que Raimond en fut élu évêque, sans qu'on en sache le véritable motif, 6c ce n'est que par conjecture qu'on pourroit dire que ce fut pour faire valoir le droit que ses prédécesseurs prétendoient à la nomination à l'évêché. Quanta la circonstance qu'on ajoute, que Guillaume de Montpellier l'aida à commettre tous ces désordres, il n'en est rien dit dans l'acte. Nous voyons
• Nous avons donne, au tome IV de cette édi- ' Pagi» ad ann. 1102, n. i3.
tion, la liste des évêques de Maguelonne & de ^ Garni, Séries praesulum Magalonenslum, 'p, i^i
Montpellier. [E. M.] & seq. — GaUia Christiana, t. 3, p. 56j & seq.
' Garïely Séries praesulum Magalonensium, p, 142 ' GsLtiel, Séries praesulum Magalonensium^ p. 167
^ seq. & seq. «- GaUia Christiana, t. 3, p. 56j & seq.
An 1 lap
au contraire, par le contrat de mariage de ce seigneur avec Sybille, qu'il vivoit en bonne intelligence avec Raimond, nouvel évoque de Maguelonne, dès le commencement de Tépiscopat de ce prélat.
VL — Trei-^ième Concile de Narhonne.
Arnaud, archevêque de Narbonne, qui fut présent à ce contrat de mariage, avoit tenu, dans sa ville métropolitaine, au mois de mars précédent', un concile de sa province, auquel les évêques Bermond de Béziers, Aldeben d'Agde & Arnaud de Carcassonne avoient assisté. Il confirma dans ce concile la donation faite par Dalmace, son prédécesseur, aux chanoines réguliers de la cathédrale de Téglise de Saint-Jean d'Oveillan. Ce prélat, qui se qualifie légat du Saint-Siège dans l'acte de cette confirmation*, étoit en grande vénération dans tout le pays, suivant la lettre que les religieux de Saint-Chinian lui écrivirent vers ce temps-là, après la mort d'Ermengaud, leur abbé, pouT lui demander la confirmation de celui qu'ils avoient élu en sa place.
Éd. origin.
t. II, p. 40 3«
VII. — Le vicomte Bernard-Aton partage ses domaines à ses fils par son
dernier testament. — Sa mort,
Arnaud, évêque de Carcassonne, se trouva présent à un échange que le vicomte Bernard-Aton, Cécile, sa femme, & leurs fils firent vers le même temps avec Bernard, abbé, & les religieux de Castres. Par cet acte^ les derniers donnèrent au vicomte le village d'Assoal, dans le Toulousain, à la réserve de Téglise & des droits ecclésiastiques, 8c reçurent en échange Vxilleu de Sais en Albigeois, où on a bâti depuis une très-belle chartreuse. C'est un des dernien actes de Bernard-Aton, qui étoit alors dans un âge avancé. Ce vicomte s'étant rendu quelque temps après k Nimes, y fut atteint, en 11 29, d'une maladie mortelle, ce qui l'engagea à mettre ordre à ses affaires. Il fit un testament^, & changea une partie des dispositions d'un autre qu'il avoit faît^ en 11 18. Par celui de. l'an 1 1 29, il donne à Roger, son fils aîné, les vicomtes de Carcassonne, de Razès & d'Albi, avec tout ce qui dépendoit du domaine de Carcassonne dans le Narbonnois, excepté le château de Cessenon. Il lui donne aussi toutes les terres qu'il possédoit en qualité de seigneur d'Ambîalet ou de vicomte d'Albi, dans le Rouergue & le Narbonnois. Il lègue à Raimond Trencavel, son second fils, les vicomtes de Béziers & d'Agde, le château de Cessenon avec ses dépendances, & tous les fiefs que le seigneur d'Anduze tenoii du domaine de Béziers. Il dispose en faveur de Bernard-Aton, son troisième fils, de la vicomte de Nimes, & du fief du comte de Melgueil dans le pays
' Voyez tome V*, Chartes & Diplômes , numéro CCCCIX.
' Ib'td.
' Tome V, Chartes 8t Diplômes, n. CCCCVI. ^ IhU, n. CCCCXIII.
5 IhU, n. CCCLXXVII.
de Substantion. Il charge Roger de marier sa sœur Pagane, de Tavis de sa mère 6* de ses barons y de la doter sur les domaines dont il disposoit en sa faveur, en considération de ce qu'il augmentoit son partage, & de payer ce qu'il devoit à Matheline, son autre sœur; il substitue enfin ses fils l'un à l'autre. L'acte fut passé en présence de la vicomtesse Cécile, sa femme, de Raimond-Decan de Posquières, &c.
On vient de voir que Bernard-Aton laissa trois fils auxquels il partagea ses domaines. Le troisième n'est pas nommé dans le testament que ce vicomte fit en 1118, sans doute parce qu'il le destinoit alors à l'état ecclésiastique ou à la religion. Quant à ses filles, outre les deux qu'il nomme, & dont l'une avoit épousé, en iio5, Guillaume-Arnaud de Béziers, & l'autre n'étoit pas encore mariée, il en eut au moins encore deux autres, dont il ne dit rien dans son testament, savoir : Ermengarde, surnommée Trencavelle, qui avoit épousé en II 10 Gausfred, comte de Roussillon, 8c Ermessinde, mariée en 11 21 à Rostaing de Posquières. Un historien moderne', en parlant des enfians de Bernard-Aton, ne dit rien de Roger & met à sa place un prétendu Pierre. Il met aussi au nombre des filles de ce vicomte Béatrix, femme de Raimond VI, comte de Toulouse, mais celle-ci étoit petite-fille de Bernard-Aton par Raimond Trencavel, son fils, & non pas sa fille.
Bernard-Aton mourut à Nimes peu de temps après avoit fait ce testament &, à ce qu'il paroît^, au commencement de l'an i i3o. On voit par cet acte qu'outre les vicomtes d'Albi & de Nimes dont il fut le quatrième vicomte de son nom, & qu'il tenoit de ses ancêtres paternels, il possédoit encore alors celles de Carcassonne, de Razès, de Béziers & d'Agde dont il avoit hérité d'Ermengarde de Carcassonne, sa mère, & diverses terres en différens pays. Il avoit augmenté considérablement ces domaines par son économie & la sagesse de son gouvernement, & avoit fait de nouvelles acquisitions les dernières années de sa vie. Il acquît entre autres^, en 1 1 iS, deux parties du fief de Cauvisson dans le diocèse de Nimes. Il renonça à peu près vers^ le même temps, conjointement avec Cécile, sa femme 8c ses trois fils, en faveur des habitans de cette ville, aux questes b toltes qu'il levoît sur eux, pour la somme de mille sols melgoriens. Enfin Roland de Bisan lui remit ^, au mois d'avril de l'an 1127, tous les fiefs qu'il tenoit de lui, & en particulier la tour de Béziers avec ses dépendances.