VIII. — Vicomtes de Minerve
On a remarqué ailleurs que les vicomtes de Minerve^ se reconnoîssoîent vassaux du vicomte Bernard-Aton. Guillaume de Minerve donna^, en effet, le
* Baluze , Histoire généalogique de la maison ^ Archives de rhôtel de ville de Nimes.
J' Auvergne, t. i, p. 267, & suiv. ' Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCVI.
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- 'Voyez, au tome VII de cette édition, la suite
méro CCCXCV, la 6^ charte citée sous ce numéro. chronologique des vicomtes de Minerve.
-» lèiJ. ^ Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCIV,
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7 de mars de Tan 1 126, à ce vicomte & à ses enfans, les châteaux de Lauran& d'Olargues dans le Narbonnois, & les reprit ensuite de lui en fief, pour tenir le premier, après la mort du même Bernard-Aton, de celui de ses fils qui auroit la ville de Carcassonne, &(. l'autre, de celui à qui il laisseroit le château d'Ambialet. Le lendemain, Guillaume donna, en cas qu'il vînt à décéder sans entans, au même vicomte, à sa femme 8c à ses trois fils, les biens qu'il possédoit à Minerve & à Azillan, excepté cependant les châteaux que ses chevaliers ttnoïm de lui en fief, & qu'ils tiendroient dans la suite de Bernard-Aton.
Ce Guillaume de Minerve se dit' fils d'Agnès j mais nous ignorons le nom de son père. Il nous paroît cependant qu'il étoit fils puîné de Bernard, vicomte de Minerve qui vivoit* en 1122 & en 11 25 &qui fut probablement père du vicomte Béranger. Ce dernier fit son testament^ en ir35 & choisît par cet acte sa sépulture dans l'église de Saint-Étienne de Minerve, où il fit une fondation considérable. Il fit aussi des legs aux églises des châteaux de Saint-Martin de Beaufort & de Peyrac dont il étoit seigneur. Pierre, autre vicomte^ de Minerve qui vivoit en 1 146, & qui étoit sans doute son fils, partagea cette vicomte avec Guillaume dont on a déjà parlé. Celui-ci renonça^, en 1145, avec sa femme Garsinde & leurs fils Pons, Bernard, Guillaume, Pierre 8c Béranger à la 'dépouille des chapelains de l'église de Saint-Étienne de Minerve qui viendroient à décéder.
IX# — Union des trois vicomtes, fils de Bernard-Aton.
En conséquence du testament de Bernard-Aton, Roger, son fils aîné, fut vicomte de Carcassonne, de Razès 8c d'Ambialet ou d'Albi ; mais il prit plus communément le simple titre de Roger de Béliers. Raimond, son second fils, prit le surnom de Trencavel, 8c il fut vicomte de Béziers 8c d'Agde. Enhn origin. Bernard-Aton* le troisième, fut le cinquième vicomte de Nimes de son nom. On pourroit croire qu'il rencontra d'abord quelque difficulté de la part des habitans de Nimes, lorsqu'il prit possession de la vicomte de cette ville. Il est marqué en effet, dans une ancienne chronique^, que le château de Nimes fut assiégé en ii3o, mais nous ignorons les circonstances 8c le véritable motit de ce siège. Ce qu'il y a de vrai, c'est que ces trois frères vécurent toujours très-unis. Les deux premiers, peu de temps après la mort de leur père, passèrent un accord^ par lequel ils confirmèrent son testament, se substituèrent leur domaine 8c promirent de s'entr'aider envers tous 8c contre tous, excepté contre Cécile, leur mère. Chacun fit jurer en même temps par dix de ses prin-
•Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, rtti-
méro CCCCLX, l'alinéa commençant par : De ista méro CCCCLXXI.
hora in antea ego GuillelmuSj &c. ^ HiJ, n. CCCCLXII.
* Catel, Mim» pour Vkist, du Languedoc^ p. 585. • Voyez tome V, Chroniques, n. V.
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, na-
méro CCCCXXXV, dernier alinéa. méro CCCCXIV,
Éd t. II, p. 404.
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cîpaux vassaux 1 observation de ce traité, qui est souscrit par la vicomtesse, leur mère, Béranger de Ventajon, abbé de Saint-Aphrodise de Béziers, Bernard de Canet, son frère, &c.
Ces deux vicomtes se promirent' encore par un nouveau serment, le 28 de février de Tan ii3o, de défendre le domaine l'un de Tautre pendant cinq ans, à compter depuis la fête de Pâques prochaine, contre leurs ennemis communs, 8c de ne pas faire la paix avec eux sans le consentement de l'un & de l'autre & celui de leur mère. Dix-sept chevaliers ou gentilshommes, entre autres Rostaing de Posquières*, leur beau-frère, & Guillaume de Minerve, firent serment en même temps par leur ordre d'abandonner celui des deux qui enfreindroit l'accord & de tourner leurs armes contre lui. Guillaume de Montpellier, Bernard d'Anduze, le comte de Foix, Gausfred, comte de Roussillon, beau-frère des deux vicomtes, 8c plusieurs autres seigneurs furent présens à cet acte.
X. — L* aîné se ligue avec Roger III^ comte de Foix. — Alphonse, comte de
Toulouse, leur accorde sa protection.
On voit par là que Roger III, comte de Foix, vécut en bonne intelligence avec les fils de Bernard-Aton. Il fit serment^, vers le même temps, aux deux aînés de les protéger 8c s'unit plus particulièrement avec le vicomte Roger, par un serment mutuel de s'entr'aider envers tous 8c contre tous, excepté contre le comte de Toulouse. Le comte de Foix promit de plus au vicomte Roger de lui faire prêter le même serment par ses enfans, lorsqu'ils seroient parvenus à un âge compétent. Roger de Béziers promit de son côté au comte de Foix que lorsqu^il auroit des enfans i^ qu'ils seroient en âge, ils lui feroient un pareil serment.
La protection qu'Alphonse-Jourdain, comte de Toulouse, accorda aux trois fils de Bernard-Aton, peu de temps après la mort de ce dernier, contribua aussi sans doute à les maintenir dans la paisible possession de leurs domaines. Il leur promit par serment^ de les laisser jouir en paix de leurs villes, bourgs Se châteaux, 8c de ne leur causer aucun dommage, à moins qu'ils ne se fissent la guerre l'un contre l'autre. Alphonse fit cette promesse en présence de Raimond de Baux, Rostaing de Posquières, Guillaume-Hugues de Monteil, Rostaing de Sa bran, Eléazar de Castries, Pierre-Bermond de Sauve, Aymeri de Narbonne^ 8cc.
' Voye2 tome V, Chartes 8c Diplômes, nu- Kous reriendrons sur cet outrage qui modifie en
méro CCCCXIV. plusieurs points la Note LII du tome IV de cette
' C*est Rostaing II de Posquières, qui a donné édition, lorsque nous donnerons, dans le tome VII,
naissance à la branche des seigneurs de Posquières. la suite chronologique des seigneurs d^Uzès. [E. M.]
Voyez G. Char^et, Etude historique & généalogique 'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-
sur la première maison d'V^ès, suivie du Catalogue méro CCCCXV.
analytique des évêques d^U^es, Alais, 1870. In-S". * liid,
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XL — Cécile^ mère des trois vicomtes, prend V administration de leurs
domaines»
Il paroît que Cécile de Provence, mère des trois vicomtes, établit sa résidence, après la mort de son mari, au château de Cessenon dont elle devoit avoir la jouissance, & qu'elle prit l'administration de tous leurs domaines, conforméjTïcnt au testament de Bernard-Aton, leur père, de l'an ni8. Nous voyons, en effet, qu'elle reçut non-seulement le serment de fidélité' pour ce château, mais encore conjointement avec Roger & Raimond, ses fils, pour ceux de Razès, &c. Hugues de Saissac promit aussi à la même vicomtesse & à son fils Roger de ne pas leur faire la guerre, moyennant la somme de mille soh melgoriens neufs 8t cent sols hugonens qu'ils lui donnèrent.
XII. — Nouvel accord entre Bernard, comte de Melgueil, &• Guillaume
de Montpellier.
Cette monnoie neuve de Melgueil fut fabriquée en ii3o, en conséquence d'un nouvel accord* que Bernard, comte de Melgueil, 8c Guillaume de Montpellier, son beau-frère, passèrent ensemble au mois d'avril de la même année. Par cet acte i*^ Bernard donne en fief à Guillaume & à ses successeurs, jWgneurs ou dames de Montpellier, trois deniers pour livre sur la monnoie de Melgueil, tant à cause qu'il l'avoit affoiblie, qu'en reconnoîssance de la somme de dix-huit mille sols melgoriens que ce seigneur lui avoit donnés; 2® il régie Taloi & le poids de la monnoie quMl fera fabriquer à l'avenir ; 3® il déclare qu'en t5u,°p!4o5. ^^ ^^® 1^^ enfans qu'il pourroit laisser en mourant ne fussent pas dans un âge à pouvoir se gouverner par eux-mêmes, ils seroient sous la tutelle de Guillaume & de ses successeurs qui seroient chargés de l'administration de a monnoie & du château de Melgueil, du comté de Substantion , & en£n de tout son domaine jusqu'à ce que les mâles fussent faits chevaliers 6c que les filles fussent mariées, de l'avis du même Guillaume Se de ses successeurs; 4^ il promet, en cas que quelqu'un des cinquante otages ou cautions qu'il donne à ce seigneur pour la sûreté de cet accord vînt à mourir, d'en substituer un autre à sa place, à condition que les successeurs de Guillaume lui prêteront !e même serment que ce dernier lui avoit prêté. Il ordonne en même temps aux comtes &• aux comtesses de Melgueil qui lui succéderont de faire, de leurccîé, aux seigneurs de Montpellier le même serment qu'il avoit fait à Guillaume. Ces deux sermens sont à la suite de l'accord. Guillaume promet par le sien à Bernard de ne pas contrefaire la monnoie de Melgueil, 8c ce comte promet a Guillaume de le faire jouir des trois deniers pour livre qu'il lui avoit donneî
•Voyez tome V, Chartes & Diplômes, iiu- * Voyez tome V, Ckartes 8c Diplâmes ,
méro CCCCXV, méro CCCCXIX.
•Il»
sur cette monnoie/ La comtesse Guillemette, femme de Bernard & sœur de Guillaume, ratifia tous ces actes qui furent passés en présence de divers seigneurs & d'Arnaud, archevêque de Narbonne, qui les confirma par ordre d'Innocent II.
XIII. — Arrivée du pape Innocent II dans la Province. — Plusieurs prélats &• seigneurs du pays se déclarent en sa faveur contre Vantipape,
Ce pape se trouvoit alors en France, où il avoit été obligé de se réfugier. Il avoit été élu le i5 de février de Tan ii3o, par la plus saine partie des cardinaux, après la mort d'Honoré II, son prédécesseur. D'un autre côté, le cardinal Pierre de Léon, qui prit le nom d'Anaclet II, ayant été élu par le reste du sacré collège, il se forma deux partis dans Rome en faveur des deux contendans à la papauté. Celui d'Anaclet prévalut & Innocent fut obligé de sortir de cette ville. Celui-ci s'embarqua' sur deux galères qu'il trouva sur le Tibre, & après s'être arrêté quelques jours à son passage à Pise & à Gênes, il aborda enfin à Saint-Gilles sur le Rhône. Il se rendit de là à Arles & à Avignon & envoya aussitôt divers légats au roi Louis le Gros 8c aux grands vassaux du royaume, pour les porter à le reconnoître comme canoniquement élu.
Si nous en croyons un moderne*, Innocent aborda d'abord à Maguelonne, d'où il se rendit à Saint-Gillesi mais cet auteur ne donne aucune preuve de ce fait. Il ajoute que Guillaume, seigneur de Montpellier, n'eut pas plutôt appris l'arrivée du pape, qu'il alla au-devant de lui pour lui offrir ses services, ce qui est assez vraisemblable. Nous avons, en effet ^, un bref d'Innocent II, adressé à Guillaume & daté d! Avignon le 24 de mars, la première année de son pontificat, par lequel, après avoir loué ce seigneur de son dévouement envers le Saint-Siège & envers lui-même, il le met avec la ville de Montpellier & tout son domaine, sous sa protection, 8c le qualifie chevalier spécial de saint Pierre (^ac specialem B. Pétri militem). On voit encore l'union qui étoit entre Innocent II 8c Guillaume, par quelques autres lettres de ce pape, entre autres par celle^ qu'il lui adressa de Saint-Germain le 21 de septembre suivant, pour le prier, comme son propre fils spirituel 6» de saint Pierre, d'agir pour les intérêts de l'Église romaine, avec promesse de conserver une éternelle reconnoissance de ses services. Ces lettres prouvent i® que Guillaume de Montpellier fut un des premiers seigneurs du royaume qui reconnut Innocent II 8c qu'il s'employa pour le faire reconnoître dans le pays; 2^ que ce pape arriva en France bien plus tôt qu'on ne l'avoit cru^ jusqu'ici : on vient de voir, en effet, qu'il étoit à Avignon dès le 24 de mars de l'an ii3o, trente-neuf jours après son élection.
' Jeta Innocenta 11, apud Baron, ad ann. i i3o, ^ Garicl, Séries praesulum Magaîonensiurtif p. i-jo»
n. 67, — Orderic Vital, 1. i3, p. 896. * Ihid,
* Gar'ielf Séries praesulum Magalonensium, p» 170. ^ Pagi, ad ann. 1 i3o,«l. $4 & 36*
"TTTisT" ^7^ HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVII.
Les légats qu'Innocent avoît envoyés au roi Louis le Gros & dans les diverses .provinces de France lui attirèrent beaucoup de partisans. Le roi ayant convoqué à ce sujet un concile à Etampes, vers le mois d'avril * de la même année, ce prince se déclara en sa faveur avec toute rassemblée. Anaclet, de son côté, se donna de grands mouvemens pour prévenir les François, & envoya d'abord un légat au roi & un autre en Aquitaine. Il se flattoit d'autant plus de trouver de la protection en France, qu'outre qu'il y avoit été élevé & avoitpris l'habit monastique à Cluny, il s'étoit fait beaucoup d'amis durant la légation qu'il avoit exercée en diverses provinces du royaume, & en particulier* dans t. ^' p"4o6 la Narbonnoise & l'Aquitaine; mais tous ses soins eurent fort peu de succès, On prétend qu*il avoit mené une vie très-déréglée dans ces provinces, & ses adversaires lui reprochèrent entre autres le scandale qu'il avoit causé alors par ses débauches, à Montpellier & aux environs. Innocent avoit au contraire des mœurs très-pures, ce qui ne contribua pas peu à lui gagner les cœurs. Aussi tout le royaume se déclara-t-il bientôt pour lui, à la réserve d'une partie de l'Aquitaine que Gérard, êvêque d'Angoulême, homme ambitieux & débauché, attira au parti d'Anaclet, qui le créa son légat sur cinq provinces de France. Tous les efforts de Gérard en faveur de l'antipape auroient abouti cependant à peu de chose, si Guillaume X, duc d'Aquitaine, n'avoit eu le malheur de se laisser séduire par cet évêque. On a déjà vu qu'Arnaud, archevêque de Narbonne, reconnoissoit déjà Innocent au mois d'avril de l'an ii3o, & ce fut sans doute par reconnoissance que ce pape le confirma dans la fonction de légat du Saint- Siège dès le commencement de son pontificat, comme il paroît par divers monumens.