‹ Histoire générale de Languedoc, avec des notes et les pièces justificatives (volume 3)Chapitre 215 sur 234 · XXI. — Assemblée ou concile de Creixan · texte numérisé non relu

XXI. — Assemblée ou concile de Creixan

Ce dernier prend, en effet, la qualité de légat du siège apostolique dans les actes 7 d'une grande assemblée qui fut tenue le 5 de décembre de Tan iiSi, à Creixan, dans son diocèse, à l'occasion Me la dédicace de l'église de ce lieu. Les évêques Bermond ^ de Béziers, Raimond de Carcassonne & Jean de Nimes y assistèrent avec lui, & un grand nombre d'ecclésiastiques, de nobles (/ de non nobles. L'assemblée établit une sauvegarde {salvitatem) à Creixan, dont les évêques prescrivirent les limites par des croix qu'ils firent planter. Ces prélats prononcèrent en même temps anathème contre ceux qui donneroient atteinte à cette sauvegarde Se qui commettroient quelques désordres dans les bornes prescrites.

XXII. — Nouveau traité entre les deux vicomtes Roger (y Raimond-Tren^ cavel. — Le premier s'accorde avec le comte de Toulouse touchant Vévêché d'Albi.

Les deux vicomtes Roger & Raimond -Trencavel (qui se trouvèrent sans doute à cette cérémonie) passèrent ensemble un nouvel accord^, le 2 de décembre de la même année, en présence d'un grand nombre de gentilshommes de la Province. Ils s'appelèrent par cet acte à la succession l'un de l'autre, s^ils venoîent à mourir sans enfans. Se se donnèrent réciproquement des otages pour la sûreté de leur parole. Roger, qui étoit vicomte de Carcassonne, de Razès

' Conciles, t. lo, p. 963 & suiv. — - Bièliotheca ^ Garitl, Séries praesulum Magalonensium, ^, i y i,

Sebus'iana, p. 443. * Pagi» a<l ann. 1 i32j n. 3 & 16.

* Pagi, ad ann. 1 iSz, n. 1. ' Conciles, t. 10, p. 989.

^ Orderic Vital, p. 895. * Archives de l'église jde Harbonne.

^ Acta Innocenta H, apud Baron, ann. 1 132. ' Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCXXVI.

An ii3i

An ii3i ^

6c d'Albi, reçut', au mois d avril de la même année, l'hommage pour le château de Vintron en Albigeois. L'acte est daté de Carcassonne, où ce vicomte avoit fixé, à ce qu'il paroît, sa résidence ordinaire. Il s'accorda ^ la même année, par l'entremise d'Éléazar de Castries 8c de Bernard de Canet, ses barons^vitz Alphonse-Jourdain, comte de Toulouse, touchant Vévêché d'Albi i/ télection de Vévêque que le comte lui donna en fief, excepté la justice qui appartenoit à tévéque. L'acte est souscrit entre autres par Humbert, évêque d'Albi ; ce qui prouve que ce prélat, qui occupoit cet évêché dès l'an 1126, en étoit encore possesseur en ii32, contre le sentiment de ceux ^ qui admettent un Guillaume évêque d'Albi en 1127 ^ 1128.

XXIII. — Mort de Bernard IV, comte de MelgueiL — Béatrix, sa fille unîquej

lui succède,

Guillaume de Montpellier fut présent à l'accord des deux vicomtes. Il avolt acquis alors une fort grande autorité dans le diocèse de Maguelonne , par la mort de Bernard IV, comte de Substantion ou de Melgueil, son beau-frère. Ce dernier se voyant attaqué, vers le commencement^ de l'an iiSi, d'une maladie mortelle, résolut de se consacrer entièrement à Dieu par la profession monastique, dévotion alors assez usitée, même parmi les plus grands princes. Il fit prier ^ Guillaume, abbé de Saint-Chaffre en Vêlai, de lui envoyer quelques-uns de ses religieux pour être admis à cette profession. Le prieur & deux autres furent choisis &c se rendirent auprès du comte, qui les fit entrer dans sa chambre avec la comtesse Almodis, son aïeule, & Pons de Montlaur, & là il se donna pour religieux à l'abbaye de Saint-Chaffre, ordonna qu'on y transférât son corps après sa mort, légua à ce monastère la somme de cinq mille sols melgoriens & une rente annuelle de cent sols, & décéda peu de temps après.

Ce comte donna diverses marques de sa piété &c de son amour pour le bien public. Il fit des donations^ à l'abbaye d'Aniane 8c^ à l'église de Saint-Romain de Melgueil, & renonça 8, en faveur des habitans du diocèse de Maguelonne, au droit de naufrage tant sur terre que sur mer. Il laissa de Guillemette de Montpellier, sa femme, qui lui survécut, une fille unique nommée Béatrix, ^Éd. origin. âgée 5^ alors d'environ sept à huit ans. Il avoit déjà pourvu à sa tutelle par les divers accords *° qu'il avoit faits avec Guillaume de Montpellier, son beaufrère, qu'il en avoit chargé} ce qui fit que ce dernier prit l'administration

' Voyez tome V, Chartes & Di pleines , nu* * Voyez tome V, Chartes & Diplômes, numéro CCCCXVII. méro CCCCXCII, la 7* charte citée sous ce nu-

* Ibid. n. CCCCXXV. méro.

* GaWa Christiana, t. i, a« édit. » Ibid, n. CCCCVIII.

^ Voyez tome ÏV, Note XXXVI, n. 8. • Ibid. n. CCCCLXXVI.

* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ' Voyez tome IV, Note XXXVI, n. 8.

méro CCCCXX VII. — GaUia. Christiana, nov, eâït, '"Voyez tome V, Chartes & Diplômes, na-

t. 2^ p. 766. méro CCCCVII & n. CCCCXIX,

du comté de Melgueil aussitôt après la mort de Bernard. Alphonse, comte de Toulouse, s'y opposa " 8c prétendit de son côté à la régie de ce comté, soit par des motifs d'ambition, soit pour mettre obstacle à celle de Guillaume, en qualité de proche parent de Béatrix, soit enfin pour les intérêts d'Almodis, sa tante, qui étoit exclue de la tutelle de cette jeune comtesse, son arrière-petitefille.

XXIV. -^Traité entre Alphonse^ comte de Toulouse &» Guillaume de MontpeU lier, touchant le comté de Melgueil, pendant la minorité de Béatrix,

Le comte de Toulouse , voyant que Guillaume^ n'étoit pas d'humeur à lui céder volontairement l'administration du comté de Melgueil , mît des troupes sur pied & lui déclara la guerre. La crainte que diverses personnes de considération eurent des suites funestes de cette querelle les porta à s'entremettre pour la faire cesser dès son commencement. Alphonse & Guillaume convinrent enfin, parleur médiation : i<> que le premier jouiroit pendant six ans consécutifs du château de Melgueil & de la partie du comté de ce nom située entre les rivières de Vidourle 8c de Lez , c'est-à-dire de la partie orientale du diocèse de Maguelonne j 2^ que si, durant ce temps-là, Alphonse faisoit fabriquer de la monnoie à Melgueil, elle seroit du poids 8c de l'aloi marqués dans l'acte, 8c que Guillaume retireroit trois deniers pour livre sur cette monnoie, conformément aux traités qu'il avoit faits là-dessus avec le comte Bernard 5 3® que Guillaume jouiroit de son côté, pendant le même terme de six années consécutives, du château de Montferrier 8c de l'autre partie du comté de Melgueil} 4® qu'Alphonse 8c Guillaume s'engageroient de ne rien aliéner du domaine de ce comté; 5^ qu'après les six ans expirés, la jeune Béatrix, comtesse de Melgueil, se marîeroit par leur conseil 8c qu'ils lui restitueroient alors tout son domaine , à la réserve de ce que possédoit l'ancienne comtesse de Melgueil, supposé que celle-ci fût en vie, 8c à la réserve aussi de ce qui avoit été donné à Guillcmette, comtesse de Melgueil, sœur du même Guillaume, si elle vivoit dans ce temps-là ; 6^ que si Alphonse 8c Guillaume ne pouvoient s'accorder entre eux sur le choix du mari qu'ils donneroient à cette jeune comtesse, ils s'en rapporteroient à l'arbitrage d'Arnaud, archevêque de Narbonne 8c de Hugues, comte de Rodez ; 7<* enfin que si Béatrix venoit à décéder avant son mariage , le château 8c la monnoie de Melgueil appartîendroient alors entièrement à Alphonse, avec la partie du comté dont il devoit avoir la jouissance pendant six ans, 8c le château de Montferrier avec l'autre partie du comté à Guillaume, qui seroit tenu d'en faire hommage à ce prince. Tels furent les articles de ce traité qui fut passé en présence de Raimond de Baux, de Raimond de Barjac, de Rostaing de Sabran, Hugues, comte de Rodez, Gauzbert Se Artaud, vicomtes, 8cc. En conséquence, Alphonse promit par serment à

» Voyez toir.c IV, Uote XXXVI, n. 8. " Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCXXVIII.

An 11 32

An 1 132

Guillaume de Montpellier de le protéger, de même que ses domaines « situés « depuis Tévêché d'Uxès jusques à la mer vers Saint-Gilles, & depuis le <c Rhône & les frontières du diocèse d'Uzès 6c la mer jusques à THérauli, « envers tous & contre tous, excepté contre Bernard d'Anduze St Bernard- « Âton, vicomte de Nimes. » Ces actes ne sont pas datés, mais ils doivent* être de Tan iiSi,

XXV. — Guillaume de Montpellier promet Béatrix en mariage à Béranger- Raimond, comte de Provence^ (f s'accorda avec lui touchant le comté de Melgueil.

Comme Guillaume avoit été forcé en quelque manière à conclure ce traité, il se mit peu en peine de l'exécuter & chercha peu de temps après *, sans la participation du comte de Toulouse, à marier Béatrix avec quelqu'un qui fût en état de la protéger & de tenir tête à ce prince. Les liaisons étroites que lui & son père avoient toujours eues avec la maison de Barcelone lui firent jeter les yeux sur Béranger-Raimond, comte de Provence, jeune prince âgé de dix-sept à dix-huit ans, 6c frère de Raimond-Béranger IV, comte de Barcelone. Il lui promit Béatrix en mariage, lorsqu'elle seroit parvenue à un âge nuhilej en attendant ils convinrent ensemble des articles suivans : i^ Béranger-Raimond^, qui dans l'acte se qualifie comte de Gévaudan £• marquis de Provence, confirme Guillaume dans la possession de tous les domaines dont Guillaume son père 8c lui avoient joui durant la vie de Bernard IV, comte de Melgueil, père de Béatrix j 2^ il approuve tous les accords que Guillaume avoit passés avec ce comte , entre autres la donation que celui-ci lui avoit t. H, p'!'4"i, fsi't^ d^ ^^o's deniers pour livre sur la monnoie de Melgueil j 3° il s'oblige de ne faire fabriquer cette monnoie que du poids &c de l'aloi exprimés dans I acte; 40 il assigne à Guillaume le château de Montferrand avec une partie du comté de Substantion 8c de Melgueil dont il jouiroit en engagement après la mort de la comtesse Almodis, pour la somme de quinze mille sols melgoriens qu il avoit prêtés à cette comtesse, 8c dont les cinquante pesoient un marc d'argent fin j 5° il lui promet de faire ratifier tous ces articles par Béatrix, jille de GuiU lemette, sœur du même Guillaume, lorsqu'elle aura atteint tâge prescrit par les lois; 6° supposé qu'après être parvenue à l'âge de douze ans accomplis St lavoir épousée, elle vînt à déccJer sans enfans, il promet de donner alonen fief à Guillaume le château de Montferrand avec une partie du comté Je Melgueil, de la même manière que la comtesse Almodis les possédoit; 7° il se réserva dans ce cas-là le château 8c le reste du comté de Melgueil, à condition cependant que s'il venoit à mourir sans enfans, Guillaume en hériteroit; 8° il s'engagea d'épouser une des filles du même Guillaume , si Béatrix venoit à décéder avant qu'elle eût atteint Tâge de douze ans; g® enfin il promet de

* Voyez tomt IV, ffott XXXVI, n. S. * Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu*

" Ihid. méro CCCCXXIX.

An ii3i

ratifier cet acte lorsqu'il sera parvenu à un âge compétent, c'est-à-dire sans doute à 1 âge de vingt-cinq ans. Béranger & Guillaume promirent ensuite solennellement de s'entr'aider contre tous pour l'exécution de ce traité, & le • dernier n'excepta que Raimond d'Anduze. Plusieurs gentilshommes firent de part 8c d'autre la même promesse au bas du traité & s'en rendirent garants. Eln conséquence de cet accord, Béranger-Raimond prit dès lors le titre de comte de Melgueil avec celui de comte de Provence, comme il paroît par divers actes, quoiqu'il n'ait épousé ' Béatrix que longtemps après. Quant à la qualité àe comte de Gévaudan, que ce prince se donne dans le même acte, on a déjà remarqué ailleurs* qu'il ne possédoit proprement que la vicomte de ce pays avec celle de Millau en Rouergue, vicomtes dont il réunissoit le titre sous celui de comte de Gévaudan.

On voit par cet acte que Béranger-Raimond avoit établi sa résidence en deçà des Pyrénées dans les domaines que Raimond-Béranger III 5 comte de Barcelone, son père, lui avoit laissés en partage. Cela paroît encore par une donation qu'il fit, en ii32, en faveur de l'abbaye de Lérins^ & dans laquelle il se qualifie comte de Melgueil (y marquis de Provence. Il donna, au mois d'avril de l'an ii33, étant alors à Millau, capitale de ses domaines^ du ""ÂTTiâT Rouergue 6c ^\x Gévaudan, une maison de cette ville à l'abbaye de Saînt- GuillelVn du Désert qu'il prit sous sa protection.

XXVI. — Le comte de Toulouse se met en armes du côté du Rhône. — Il confirme les privilèges de V abbaye de Saint- André.

Il paroît qu'Alphonse, comte de Toulouse, irrité du traité que Béranger- Raimond Se Guillaume de Montpellier avoient conclu ensemble à son préjudice, leur déclara la guerre. Nous verrons du moins bientôt qu'il étQit en armes du côté de la Provence quelque temps après, 8c il est certain qu'en ii33 il fit un voyage dans ce pays. Il se rendit alors à l'abbaye de Saint-André sur le Rhône 8c confirma les donations-^ que ses prédécesseurs avoient faites en faveur de ce monastère, entre autres celles de la montagne ou puy d'Andaon, où l'abbaye est située, 8c du village voisin qui porte aujourd'hui le nom de Villeneuve. Alphonse accorda divers autres privilèges à J'abbaye de Saint-André 8c fixa les limites de ses dépendahces. La charte est souscrite de sa part par Rostaing de Sabran, Pierre- Amicus, son fils y &c plusieurs autres seigneurs; 8c de celle des religieux par Guiraud de Pujaut, abbé de Saint-André, Bernard de Roquemaure, sous-prieur, Pierre de Sabran, doyen, 8cc. On voit enfin que le comte de Toulouse étoit en armes du cc)té du Rhône, l'année suivante, par

■ Voyez tome IV, Vote XXXVI, n. 8. ''Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-

* Ibid. n. iS &'suiv. * méro CCCCXXX, la 3* charte citée sous ce nu-

' Vîncentius Barrali, Chronoîogia Sanetorum & méro.

aliorum virorum iUustrium & abbetum sacrne insulae ''Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes , nu-

Lerincnsis. Lugduni, Rigaud, i6i3. In-4*'. méro CCCCXXXI.

"TTiTâT" ^^^ HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVII.

le récit de ce qui se passa au sujet d'un concile qui fut tenu alors à Montpellier & .dont voici l'occasion,

XXVIL — Differens^ plaids tenus dans la Province. — Concile de Montpellier»

Béranger', évêque d'Agde, après avoir donné, vers la fin du onzième siècle, à l'abbaye de Saint-Thibéry, l'église de Bessan, située sur l'Hérault, dans son diocèse, en fit une nouvelle donation quelques années après en faveur de l'abbaye de la Chaise-Dieu en Auvergne. Ce prélat étant décédé, les religieux de ce dernier monastère s'adressèrent à Bernard, son successeur, qui les mit en possession de cette église. Ceux de Saint-Thibéry, qui en avoient joui jusques alors, s'y opposèrent & furent maintenus dans leur jouissance par un t.^ii,p?4T3. jugement rendu dans un plaid tenu à Cabrils , en présence de Bertrand, archevêqife de Narbonne^ & par conséquent avant l'an 1106. Nonobstant cette décision, les religieux de la Chaise-Dieu renouvelèrent leurs prétentions sur l'église de Bessan sous l'épiscopat d'Aldebert, évêque d'Agde qui succéda à Bernard vers l'an 1121 & qui les condamna, avec Arnaud, archevêque de Narbonne, Si Jean, évêque de Nimes, dans un autre plaid assemblé à Corbian. Ils appelèrent de ce jugement, ce qui engagea Arnaud, archevêque de Narbonne, à assembler, vers la fin de l'an 1 1 2g, à Loupian dans le diocèse d'Agde, les évêques Aldebert d'Agde, Jean de Nimes, Pierre de Lodève & Raimond de Maguelonne, avec Augier, abbé de Saint-Sauveur de Lodève, Raimond, archidiacre d'Agde, & plusieurs autres ecclésiastiques, pour terminer ce différend. Etienne, abbé de la Chaise-Dieu, & Arnaud, abbé de Saint-Thibèry, qui étoient présens, défendirent leurs droits par le ministère de leurs avocats, & l'assemblée donna encore gain de cause au dernier. Les religieux de la Chai,se-Dieu en appelèrent alors au pape.

Innocent II étant venu dans la Province l'année suivante, Arnaud, abbé de Saint-Thibéry, le pria de confirmer cette sentence; mais le pape jugea à propos de soumettre cette affaire à un nouvel examen qu'il renvoya k BernarJ, archevêque d'Arles, légat du Saint-Siège, 81 à Pierre, évêque de Viviers. Ce> deux prélats s'assemblèrent pour cela à Nimes. L'abbé de Saint-Thibérv comparut devant eux ; mais l'abbé de la Chaise-Dieu ayant refusé de !es reconnoître pour ses juges, le pape confirma la sentence rendue à Loupian. Raimond, archidiacre de Béziers, qui fut élu évêque d'Agde peu de temp; après, somma Arnaud, archevêque de Narbonne, avant que de recevoir la consécration de ses mains, de mettre à exécution cette sentence confirmée par le pape & fit assigner devant lui les religieux de la Chaise-Dieu pour les obliger à s'y conformer. Sur ces entrefaites, Arnaud, abbé de Saint-Thibéry, étant venu à mourir, Adhémar, son successeur, inquiété par ces religieux, implora la protection de Gui, cardinal-diacre, que le pape Innocent II avoii

• Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCXXXIV.

An 1 133

An 1 184

nommé son légat dans la Province. Celui-ci écrivit fortement vers Tan ii32, à Arnaud, archevêque de Narbonne, légat de VÈglise romaine. Si à Raimond, évêque d'Agde, qu'il chargea de faire exécuter cette sentence 8c de protéger labbaye de Saint-Thibéry. Comme néanmoins ceux de la Chaise-Dieu pressoient de leur côté Innocent d'en venir à un nouveau jugement, ce pape nomma Hugues, archevêque de Rouen, légat du Saint-Siège, pour ouïr les parties 8c porter une sentence définitive.

Ce prélat fit citer les abbés de la Chaise-Dieu 8c de Saint-Thibéry pour se trouver, le 3 de novembre de l'an 1 134, à Montpellier, où il avoit indiqué une assemblée d'évêques. L'abbé delà Chaise-Dieu, se défiant de la justice de sa cause, envoya un exprès à Tarascon pour s'excuser, sous divers prétextes, auprès de l'archevêque de Rouen, de se rendre à l'assemblée. Ce prélat lui répondit qu'il n'admettoit pas de pareilles excuses 8c qu^il s'exposoit beaucoup plus lui-même pour obéir au pape, devant passer au milieu des ennemis 6» des embûches qu'Alphonse lui avoit dressées en divers endroits. Hugues arriva cependant à Montpellier au jour marqué, 8c il y trouva Bernard, archevêque d'Arles, 8c Arnaud, archevêque de Narbonne, légat du Saint-Siège, qui s'y étoîent rendus avec plusieurs évêques 8c autres personnes ecclésiastiques. Le nom de la plupart de ces prélats nous est inconnu j nous savons seulement que les évêques Raimond d'Agde, Raimond de Maguelonne, Pierre de Lodève 8c Guillaume d'Orange assistèrent à ce concile de Montpellier avec Pierre, abbé de Saint-Gilles. Adhémar, abbé de Saint-Thibéry, s'y présenta, mais l'abbé de la Chaise-Dieu n'y comparut pas, ni personne de sa part. L'archevêque de Rouen fit toutes les informations nécessaires, 8c après avoir interrogé successivement l'évêque d'Agde 8c son clergé, l'archevêque de Narbonne, les évêques de Maguelonne 8c de Lodève, 8c tous ceux qui pouvoient être informés du fait, il rendit un jugement favorable à l'abbaye de Saint- Thibéry 8c écrivit au pape Innocent II pour lui rendre compte de ce qu'il avoit fait. Cette affaire ne fut cependant entièrement terminée que cinq ans après, dans un autre concile qui fut tenu à Uzès. Nous nous sommes peut-être un peu trop étendus là-dessus; mais, outre qu'on voit par ce récit quel étoit t5ii*î!^7'. alors l'ordre judiciaire dans les matières ecclésiastiques, nous apprenons en même temps la succession de plusieurs de nos évêques, 8c qu'il y avoit alors en France un grand nombre de légats du Saint-Siège : il s'en trouva trois, en effet, à l'assemblée ou concile de Montpellier. Au reste, nous ignorons les motifs qui engagèrent Alphonse, comte de Toulouse, à dresser des embûches à l'archevêque de Rou«n ; il paroît seulement que le voyage que ce prince fit au delà des Pyrénées, vers le mois de septembre de l'an ii34, mit ce prélat dans une entière liberté d aller à Montpellier &c d'y tenir le concile.

lîî. 44

An 1 1 34

XXVIII. — Mort i*Aymerï II j vicomte de Narhonne. — Le comte de Toulouse s^empare de cette vicomte sur Ermengarde, sa fille 6» son héritière.

Le comte de Toulouse entreprit ce voyage à l'occasion d'une révolution qui venoit d'arriver en Espagne; ce qu'il faut reprendre de plus haut. Alphonse I, roi d'Aragon ', résolu de continuer la guerre contre les Maures, assiégea sur eux, en ii33, la ville de Fraga, située sur la rivière de Cinca vers les frontières de ses Etats. Les approches de l'hiver ne lui ayant pas permis de poursuivre cette expédition, il la reprit l'année suivante & appela à son secours divers princes François, entre autres Centule, comte de Bigorre, Gaston, vicomte de Béarn & Aymeri, vicomte de Narbonne, Les infidèles s'avancèrent de leur côté pour faire lever le siège, ce qui obligea le roi d'Aragon à sortir de ses lignes &à marcher au-devant d'eux pour leur présenter la bataille. Les deux armées en vinrent aux mains le mardi, 17 de juillet* de l'an 1134, entre TEbre Scia Sègre, & les chrétiens eurent le malheur d'y être entièrement défaits. Le comte de Bigorre, les vicomtes de Béarn 8c de Karbonne 8c plusieurs autres seigneurs de marque y demeurèrent sur la place, avec presque toute l'armée du roi Alphonse, lequel trouva avec bien de la peine son salut dans la fuite 3. On prétend"^ qu' Aymeri, vicomte de Narhonne, dont on vient de parler, étoit le quatrième de son nom 8c qu'il avoit succède depuis peu à Aymeri III, son père, que nous appelons Aymeri II, parce que nous ne mettons pas au nombre des vicomtes de cette ville le prétendu Aymeri I, père de S. Guillaume de Gellonej mais il n'est pas certain que le

• Orderic Vital, 1. i3, p. BçS 8c luiv.

* Catel, Mémoires pour l'histoire du Languedoc, p. 587.

' Alphonse d'Aragon, surnommé el Batallador, voulant étendre les frontières de son royaume jusqu'à la Méditerranée & devenir le maître de la navigation de TEbre, résolut de s^emparer, en 11 34, de la ville de Tortose, située à Tembouchure de ce fleuve dans la mer. Il réunit autour de lui les plus braves guerriers, & c'est ainsi que de nombreux chevaliers français vinrent se ranger sous ses bannières. Mais avant d'entreprendre la conquête de Tortose, il fallait s'emparer de quelques villes situées dans l'intérieur & dont les garnisons gênaient 'les approches de cette ville importante. Mequinenza fut d'abord emportée d'assaut; mais Lerida & Fraga offrirent des obstacles plus sérieux. L'armée chrétienne mit le siège devant cette dernière ville. Les habitants se défendirent avec courage : ils auraient peur-étre succombé si les Walis musulmans n'étaient venus à leur secours; Yahia ben Gania, qui commandait à Lerida, accourut avec de nombreuses troupes levées à Murcie & à Valence. Néanmoins le siège continua, & Alphonse

jura publiquement de prendre cette forteresse ou de mourir. Selon les usages du moyen &ge, vingt des plus illustres vassaux de c« prince se rendirent cautions de sa promesse & prêtèrent le même serment. On avait fait venir dans le camp des é?êqu» & de nombreux religieux qui avaient apporté dc$ reliques des saints protecteurs de l'Espagne. Deui fois les Sai'rasins qui venaient pour délivrer U place furent vaincus & mis en fuite. Les habitants de Fraga, n'espérant plus de délivrance parla force des armes, offrirent de rendre la ville, maii Alphonse ne voulut point leur accorder ce qti'ili demandaient comme gage & récompense de leur soumission à ses armes. Ils résolurent alors de se défendre jusqu'à la dernière extrémité. On tenait une embuscade aux Aragonats qui tombèrent dios le piège & furent vaincus. Alphonse mourut sur le champ de bataille, ou peu de temps après avoir rg la défaite de son armée. Suivant la chronique romane de Montpellier, il aurait été fait prisonnier à cette bataille. « En l'an mcxxxiv, fou le desbnt de Fraga, & fou près lo rei d'Aragon. » [E. M.j

* Catel, Mémoires pour l'histoire du Lûnguis^, p. 5^5.

vicomte de Narbonne qui fut tué à la bataille de Fraga ne soit pas le même qu'Aymeri IL La suite des dernières actions de celui-ci, que nous allons rapporter, pourra fournir là-dessus quelque éclaircissement.,

Ce vicomte donna en engagement', en 11 26, avec Ermengarde,sa femme,

8c leur fils Aymeri, aux chanoines de Saint-Just de Narbonne, tout ce qu'il

possédoit dans le terroir de Fourques auprès du Rhône, pour la somme de

cinq cents sols melgoriens. Il épousa depuis une seconde femme nommée

Ermessinde, 8c il étoit déjà marié^ avec elle au mois de janvier de Tan ii3o,

comme il parolt par le bail à fief des moulins d'Abunhan qu'il fit alors avec

elle, 8c avec son fils Aymeri 8c ses autres enfens. Aymeri II, après avoir passé

quelque temps à la cour de Raimond-Béranger III, comte de Barcelone, son

frère utérin, dont il fut exécuteur testamentaire, étant de retour à Narbonne

au mois de novembre de l'an ii33, fit un testament^ par lequel il fonda un

anniversaire dans la cathédrale de cette ville, du consentement 6» en présence

de Bérangevy abbé de la Grasse^ son frère. Nous avons enfin un hommage^

rendu k 9 de juin de l'an ii34, à Aymerî de Narbonne, fils de Mahaud; ce

qui prouve que c'est du même Aymeri qu'il est parlé dans un acte^ du

6 d'avril de la même année, par lequel la vicomtesse Cécile 8c ses fils Roger 8c

Raîmond-Trencavel confirment la donation que le vicomte Bernard-Aton leur

père avoit faite d'une partie du château de Montserré dans le Narbonnois, à

quelques seigneurs qui leur promirent de les aider contre Aymeri de Narbonne

6» les vicomtes de cette ville. Nous n'avons plus aucun acte 011 il soit fait

mention de ce vicomte, ni d'Aymeri son fils, 8c nous ignorons si ce dernier

lui succéda, en effet, comme on le prétend. On ne peut savoir par conséquent

si ce fut le père ou le fils qui fut tué à la bataille de Fraga, le 17 de juillet de

l'an ii34} mais nous croyons pour deux raisons que ce fut le père : la

première, parce que celui-ci vivoit encore le 9 de juin de la même année; la

seconde^, parce qu'Ermengarde, fille d'Aymeri II, déclare avoir hérité de son

père de la vicomte de Narbonne ; elle lui aura donc succédé immédiatement,

8c Aymerî son frère sera mort avant lui.

Quoi qu'il en soit, celui qui fut tué à la bataille de Fraga fut le dernier vicomte de Narbonne de sa race, dont il ne resta plus que la même Ermen- f\i^^^l garde 8c Ermessinde, qui étoient certainement filles d'Aymeri II, 8c alors dans un âge peu avancé; l'aînée, qui se maria en 1142, ne mourut en effet qu'en 1197. Celle-ci étoit sûrement fille d'Ermengarde , première femme d'Aymeri II j mais il paroît qu'Ermessinde, sa sœur, étoit fille d'Ermessinde que ce vicomte avoit épousée en secondes noces vers l'an ii3o} ce qu'on peut appuyer, tant sur son nom, que sur ce qu'elle ne se maria que vers l'an iiSi.

' Catel, Mémoires pour l'histoire du Languedoc, ^ Voyez tomt V, Chartes Si Diplômes , nu«

p. 585. m^ro CCCCXXXII.

* Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCXVIII. > Ihid. la 2' charte citée sous ce numéro.

* Catel , Mémoires pour l'histoire du Languedoc, ^ Diago, Histoire des comtes de Barcelone, 1. i^ p. 595. c. 167.

"TTITaT" ^9^ HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVII.

Du reste, nous n'avons aucune connoissance de ce qui se passa dans la vicomte de Narbonne pendant leur minorité, jusque vers Tan 1143, qu'Alphonse- Jourdain, comte de Toulouse', rendit cette ville à Ermengarde. Nous inférons de là que ce comte se saisit de Narbonne d abord après la mort du dernier Aymeri, soit par droit de suzeraineté 8c comme protecteur de la jeune Ermengarde 8c de sa sœur, soit dans le dessein d'unir cette vicomte à sou domaine. En effet, Alphonse en étoit maître en ii3g; car il donna ^ alors en fief les moulins d'Abunhan, qui, comme on Ta déjà vu, dépendoieni en ii3o du domaine ^ d'Aymeri IL Venons maintenant aux suites de la bataille de Fraga, qui engagèrent ce comte, après s'être assuré de la vicomte de Narbonne, à passer au-delà des Pyrénées,

XXIX. — Le prince Ramire, moine de Saint-Pons de Thomières^ est place sur

le trône £ Aragon.

Quelques Espagnols modernes prétendent qu'Alphonse I, roi d'Aragon, après la perte de cette bataille, rallia les débris de son armée, 8c qu'ayant rassemblé d'autres troupes, il se mit en état d'empêcher les Sarrasins de profiter de leur victoire 8c leur livra un nouveau combat dans lequel il fut défait 8c tué, le 7 de septembre de la même année} mais un historien contemporain^ nous apprend au contraire que ce prince s'étant retiré dans ses Etats après la perte de la bataille de Fraga, le chagrin qu'il en eut fit une si forte impression sur lui, qu'il tomba malade 8c mourut huit jours après. Nous savons d'ailleurs^ qu'il décéda le 7 de septembre.

Alphonse mourut sans postérité 8c laissa par son testament les chevaliers du Temple héritiers de tous ses États, qui comprenoient les royaumes de Navarre 8c d'Aragon. Les peuples de ces deux royaumes, sans avoir égard à cette disposition, s'assemljlèrent après sa mort pour élire un autre roi à sa place; mais ne pouvant s'accorder, ils se séparèrent sans rien conclure. S'étant ensuite rassemblés en particulier, les Navarrois à Pampelune, 8c les Aragonois à Jacca, les premiers élurent Garcias IV, qui étoit de la race royale, & les autres, Ramire, frère puîné d'Alphonse 8c religieux de l'abbaye de Saint-Pom de Thomières, au diocèse de Narbonne, depuis^^ Tan loçS. Ramire avoitètc promu au sacerdoce j mais il est faux^ qu'il ait été successivement abbé de Sahagun &c évêque de Burgos, de Pampelune &c de Balbastro, comme quel- ^ ques modernes 8 l'ont avancé. Il est certain, en effet, suivant le témoignage de tous les anciens historiens^, dont quelques-uns sont contemporains, quVi

'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- * Catel, ^isf. rf«fowf« <fe 2*oaîoa5r, p. 92 &»-!'•

méro CCCCLVI, ' Pagi, ad ann. 1 134, n. 29, 3i & secj.

* Ibid, n, CCCCXLVII, • Mariana, Kerum Hispanicarum I. 10, c. i5, &- 5 Ibid. n. CCCCXVIII. 9 Orderic Vital, 1. i3, p. 9ç5, -^ GvWhvzat i'.

* Orderic Vital, 1. i3, p. 893 & suiv. ; p. 900. Neubrige, I. 3, p. 14*— (xesta comitum Barcinom'i' ^ Pagi, ad ann. 1 13^, n. 29. sium, c. 21, apud Marcam Hispanicam, p. 5^'*

fut tiré immédiatement de l'abbaye de Saint-Pons pour monter sur le trône d'Aragon.

ti Après la cérémonie de son couronnement qui se fit à Huesca, dit un « de ces auteurs*, les grands du royaume l'obligèrent à se marier, & il u prit pour femme la sœur du comte de Poitiers dont il eut une fille, à a laquelle on donna le nom de Pétronille, 8c dans la suite celui d'Urraque, « Il la donna en mariage à Raimond-Béranger, comte de Barcelone, Se dès « qu'elle fut nubile, il retourna à son monastère qu'il avoit enrichi pendant « son règne par le don qu'il lui fit de plusieurs terres Se églises situées dans « l'Aragon Se la Navarre, que cette abbaye possède de nos jours j en sorte que « par le mariage d'Urraque avec le comte de Barcelone, le royaume d'Aragon « entra dans la maison de ce comte Se fut depuis uni à ses États. » Telles sont les circonstances du règne de Ramire rapportées par Roderic, archevêque de Tolède, qui acheva d écrire son histoire en 1248, la trente-troisième année de son épiscopat. Se qui par conséquent est presque contemporain. Ce prélat ajoute que Ramire fut heureux dans la guerre, doux, modéré 8t libéral. Dans un autre endroit*, il fait mention en peu de mots des guerres que ce prince eut à soutenir contre Alphonse VII, roi de Castille, qui lui disputa la couronne d'Aragon, Se contre Garcias, roi de Navarre, Divers historiens ajoutent plusieurs autres circonstances. La liaison qu'elles ont avec notre histoire nous engage à les examiner Se à entrer dans quelque détail au sujet du règne de t^t\^^p!^l\ ce prince.

Quelques auteurs assurent que le mariage de Ramire avec la sœur du comte de Poitiers se fit par dispense du pape : le cas étoit trop hors des règles pour ne pas la demander. Les uns disent que cette dispense fut accordée par l'antipape Anaclet, parce que le comte de Poitiers, dont Ramire épousa la sœur, étoit sous son obéissance. Se les autres, par le pape Innocent II. Ceux-ci paroissent beaucoup mieux fondés } car, outre que Ramire Se les Aragonois ne reconnurent que ce dernier, il n'est pas vraisemblable qu'en s'adressant à l'antipape ils eussent voulu s'exposer au risque de voir casser un mariage qui leur étoit important Se déclarer illégitimes les enfans qui en prpviendroient. Un auteur du temps^ fait entendre d'ailleurs que ce prince se maria avec la permission d'Innocent II.

Il n'y a pas lieu de douter que la femme de Ramire ne fût fille de Guillaume IX, comte de Poitiers Se duc d'Aquitaine, Se de Philippe de Toulouse, Se, par conséquent, nièce à la mode de Bretagne d'Alphonse-Jourdain, comte de cette dernière ville; mais les auteurs ne conviennent pas de son nom. Tous les Espagnols l'appellent Agnès; d'autres"* la nomment Mathilde, sur l'autorité d'un historien du temps ^ qui ajoute qu'elle étoit alors veuve d'Ayméri,

* Roderic de Tolède, 1. 6, c. i & z. * Pagi, ad ann. 1 184, n. 35.

' I*i<{. 1. 7, c. 7. 5 Robert du Mont, ad ann. II 59.

• Robert du Mont, ad ann. iiSp. — Pag»» ad ann. 1 134, n. 29, 34 8c seq.

vicomte de Thouars. Il y a lieu de croire qu'elle prenoit Tun & l'autre nom, conformément à l'usage assez ordinaire dans ces siècles, Guillaume, vicomte de Thouars, fils de cette princesse du premier lit, l'appelle Agnès dans un titre de * Tan iiSg.

Ramire étoit déjà reconnu pour roi d'Aragon dès le mois d'octobre de l'an ii34, comme il paroit par une charte^ qu'il donna alors à Balbastro, & dans laquelle il se qualifie roi (y prêtre èa non pas roi & évêque, comme quelques-uns l'ont avancé.

XXX, — Les comtes de Toulouse, de Foix 6» de Commînges, le seigneur de Montpellier, (/c, vont à Saragosse (y moyennent la paix entre les rois de Cas tille G» d* Aragon.

Une ancienne chronique latine 3, composée par un Espagnol anonyme, contemporain d'Alphonse VII, roi de Castille, rapporte, à ce qu'on prétend,

« que ce prince se mit en armes bientôt après l'élection de Ramire, sous

« prétexte qu'elle n'étoit pas valable 8c qu'il n'étoit pas capable de régner,

« & que pour ces raisons le royaume d'Aragon lui appartenoit de droit. Al-

« phonse VII, ajoute cette chronique, après avoir soumis la partie de l'Aragon

« située à la droite de l'Ebre, passa ce fleuve, se rendît à Saragosse à la mi-

« novembre (d'autres disent à la mi-décembre) de l'an ii34, & fut reçu dans

« cette ville 8c reconnu pour souverain sans aucune opposition, Raîmond-

« Béranger, comte de Barcelone, Roger, comte de Foix, Alphonse-Jourdain,

« comte de Toulouse 8c de Saint-Gilles, Ermengaud, comte d'Urgel, Miron,

« comte de Pailhas, 8c plusieurs autres princes 8c seigneurs de Castille, d'Ara-

« gon 8c de France, allèrent alors trouver ce prince à Saragosse. Le roi

<( Ramire se rendit aussi dans cette ville, consentit à lui en laisser la posses-

« sion 8c lui fit hommage pour le reste de ses États. Le roi de Castille fiten-

« suite de grandes libéralités à tous ces princes : il donna la ville de Saragosse

« au comte de Barcelone; diverses seigneuries avec un vase d'or du poids de

« trente marcs, plusieurs chevaux de prix 8c de riches bijoux au comte de

« Toulouse} des terres jusques au Rhône à tous les grands seigneurs de

« Gascogne, 8c des bijoux d'or 8c d'argent, avec des chevaux, à Guillaume

« de Montpellier. Tous ces princes se rendirent ses feudataires 8c lui jurèrent

« obéissance. Il donna en même temps l'ordre de chevalerie à plusieurs fils de

« ducs 8c de comtes de France qui se rendirent aussi ses vassaux 8c auxquels

« il fit des présens magnifiq^ues. » Tel est l'extrait de cette chronique, suivant

la traduction espagnole qu'on en a donnée j sur quoi l'auteur* qui le rapporte remarque qu'on peut comprendre par là quelle étoit alors la grandeur & la

' Besly, Histoire des comtes de Poitou,^, 474. ' Sandoval, Croniea. del incUto emperadw AU^

* ZwTixz y Annales de la couronne d'Aragon, i. ly so Vil, c. 27, édition de i6oo. c. 53 & suiT. ^ Ihid,

magnificence du roi de Castille, & que ses États s'étendoient depuis les extrémités de rOcéan jusques au Rhône.

Pour juger plus sûrement de ces faits 8c de leurs circonstances, il seroit à souhaiter que les historiens d'Espagne qui en font mention, 81 qui sur ce fondement prétendent que les comtes de Toulouse & de Barcelone firent en cette occasion hommage de leurs États à Alphonse, roi de Castille, nous eussent donné le texte même de la chronique, ce qu'ils ji'ont pas encore feit; car il est à craindre qu'ils n'aient altéré la force des termes en les traduisant. Éd.origîn. Mais quand même l'auteur de la chronique auroit avancé que ces comtes se rendirent alors vassaux du roi de Castille, on devroit faire peu de fond sur son témoignage, & nous avons lieu de croire qu'il aura pris pour un hommage le serment qu'ils peuvent avoir fait alors à ce prince de lui être fidèles, de n'attenter ni à sa vie ni à ses domaines, &cc., serment que les grands se faîsoient fréquemment entre eux, dans ce siècle, & qui n'emporte aucun vasselage. Voici sur quoi nous nous fondons.

i<^ Il est certain d'abord que Tauteur de la chronique n'est pas exact, suivant le témoignage même de ceux qui s'appuient' le plus sur son autorité Se qui avouent que, selon d'autres mémoires, Ramire n'alla point à Saragosse trouver le roi de Castille, & que ne se sentant pas assez fort pour lui résister, il se retira dans les montagnes de Sobrarbe. Cet auteur paroît d'ailleurs se contredire : il dit* d'un autre côté que plusieurs prélats & seigneurs, entre autres Oldegarius, archevêque de Tarragone, les comtes de Barcelone, d'Urgel , de Toulouse, de Foix, de Pailhas 8c de Comminges, avec le seigneur de Montpellier, s'entremirent pour accommoder les deux rois, 8c que les ayant fait convenir d'un traité, Ramire s'engagea, tant pour lui que pour ses successeurs, à tenir en fief du roi de Castille les villes 8c les châteaux du royaume d'Aragon dont ce dernier s'étoit saisi, 8c qu'il lui remit j en quoi il n'y a rien que de vraisemblable 8c qui ne soit conforme à ce que rapporte un historien d'Aragon sur de bonnes preuves. « Ramire^, obligé de s'enfuir de Saragosse aux apc< proches d'Alphonse, roi de Castille, dit cet historien, se retira dans les tf montagnes au château de Montclus, où il demeura jusques au mois de février a de Tannée suivante, 8c continua de se qualifier roi d'Aragon, de Sobrarbe 8c « de Saragosse. Il ajoute, sur l'autorité de Roderic^ de Tolède, que le roi de « Castille ayant pris sur Ramire plusieurs places au delà de l'Ebre, ces deux « princes s'accordèrent enfin après une longue guerre ^ que le dernier s'engagea « à tenir en fief de l'autre toutes ces places dont il fit hommage; que cette « mouvance dura jusques au siège de Cuença , 8c qu'Alphonse IX, roi de « Castille, la remit alors à Alphonse II , roi d'Aragon. »

Nous croyons donc, sur ces différens témoignages, qu'Alphonse VII, roi de

' Sandoval, Croniea del inelito cmperador Alon- * Zurita, Annales de la couronne d'Aragon, l, i,

sa yil, c. 27, édition de 1600$ 81 édition de i6i5, c. 54.

p. i55. * Roderic de Tolède, 1. 7, c. 7.

* Ibid» p. i52 vers. & i55, éd. i6i5 & lôS^.

Gastille, prétendant succédera la couronne d'Aragon à Texclusion de Ramire, lui fit la guerre 8c lui enleva diverses places, entre autres Saragosse, capitale du royaume d'Aragon j qu'Alphonse-Jourdain, comte de Toulouse, cousin germain du premier, les comtes de Barcelone & de Foix, ses beaux-frères, les comtes de Pailhas 8c de Comminges, Guillaume de Montpellier, 8c plusieuR autres seigneurs de France qui avoient passé en Espagne après la perte delà bataille de Fraga pour s'opposer aux progrès des infidèles, négocièrent la paix entre les deux rois; que les soins qu'ils se donnèrent, pour la foire réussir au gré du roi de Castille, engagèrent ce prince, qui étoit naturellement généreux 8c magnifique, à les combler de présens, 8c que, pour une plus grande sûreté du traité qui venoit d'être conclu par leur médiation, ils firent serment à ce roi de lui conserver ses domaines, de ne pas attenter à sa vie, &c., sans cependant lui rendre aucun hommage.

2^ L'un des plus célèbres historiens d'Espagne ' convient, en effet, que les comtes de Barcelone ne reconnurent la suzeraineté du roi de Castille que pour la principauté ou le royaume d'Aragon qui passa dans leur maison par le mariage de Pétronille, fille unique de Ramire, avec Raimond-Béranger IV, comte de Barcelone. Aussi voyons-nous, par la date d'une foule de monumens, que non-seulement les comtes de Toulouse , de Foix 8c de Comminges & les seigneurs de Montpellier continuèrent depuis de reconnoître la souveraineté de nos rois, mais encore les comtes de Barcelone*, de même que les peuples de Catalogne, contre le sentiment d'un critique moderne^, qui, faute d'y faire attention, a avancé le contraire. Il paroît même que Raimond-Béranger IV, comte de Barcelone, reconnoissoit,.en 1 167, le roi de France pour son suzerain en Aragon, puisqu'il date une de ses chartes^ du château de Morel en Aragon^ le iZ de mars de Vannée iiSy, la vingt-deuxième du règne de Louis le Jeune, 3^ On peut ajouter que si les comtes de Toulouse, de Foix 8c de Com- ^Éd.origim minges, &c le seigneur de Montpellier eussent reconnu la souveraineté des rois de Castille, il en resteroit quelques traces dans les chartes ou les raonumens du temps j mais bien loin d'en trouver quelqu'un, nous voyons, par les titres magnifiques dont ces rois aimoient à se parer, qu'ils prétendoient dominer à la vérité sur l'Aragon 8c la Navarre , mais non pas en deçà des Pyrénées.

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