LXVIII. — Fondation de la ville de Montolieu
Roger, vicomte de Carcassonne, 8c le vicomte de Béziers, son frère, fondèrent, en 1146, la ville de Montolieu auprès de l'abbaye de Saint-Jean de
' Manuscrit d'Aubayt, n. 88. * Tome V, Chartes 8l Diplômes, n. CCCCLXVI.
* GaUia Christiana, t.* 3, p. 1 140. ^ Archives du grand prieuré àt Saint-Gilles.
Valseguîer. C'est ce que nous apprenons i® par un acte ' suivant lequel Tabbé
de ce monastère & ses religieux promettent avec serment, le 3 de juin de ^Éd. orîgin.
cette année, de rendre aux deux vicomtes le château £• le hourg de Monto-
lieu toutes les fois qu'ils en seroient requis; 2^ par un accord * passé entre
eux, le 26 du même mois, dans lequel le vicomte Roger déclare « qu'il fait
« bâtir un château dans le comté de Carcassonne Se l'alleu de Saint-Jean-
« Baptiste de Valseguier, appelé autrefois le château de Mallast, & aujour-
<c d'huî Montolieu, dans la vue de pourvoir à la sûreté de ce monastère 8c
« de ses dépendances, du consentement & de la volonté de l'abbé Bernard &
« de ses religieux, de Pons, évêque de Carcassonne, de Bernard de Canet,
c( de Bertrand de Beaupuy, de Guillaume d'Amansas, frère du même abbé, de
» Hugues de Saissac & de ses frères, 8c de plusieurs autres nobles 8c gens de
« probité, » Ce vicomte établit ensuite le droit que lui 8c Raimond-Trencavel,
son frère, en cas qu'il vînt à mourir sans enfans, auroient sur le château 8c
le bourg de Montolieu. Telle est l'origine de cette petite ville, qui a depuis
donné son nom à l'ancienne abbaye du château de Mallast ou de Valseguier.
Trois jours après ^, le même Roger 8c Bernarde, sa femme, cédèrent à Pons,
èvêque de Carcassonne, 8c à son église, la leuâe^ qu'ils exigeoient des vassaux
de cette église.
LXIX. — Alphonse y comte de Toulouse , se croise à Vassemhlée de Vé-^elay.
Alphonse, comte de Toulouse, voulant marcher sur les traces du comte Raimond de Saint-Gilles, son père, 8c du comte Bertrand, son frère, se croisa pour la Terre Sainte; voici à quelle occasion : les infidèles ayant repris sur les chrétiens la ville d'Édesse, place forte située sur l'Euphrate, une perte si considérable alarma le roi de Jérusalem 8c le prince d'Antîoche 8c les porta à demander du secours. Le pape Eugène III, touché de ce fâcheux événement, écrivit sur cela^, le i«^ de décembre de l'an 1145, au roi Louis le Jeune, qui étoit déjà résolu d'aller dans la Terre Sainte, 8c adressa des lettres à tous les princes 8c les fidèles de la Gaule pour leur enjoindre de se mettre en armes 8c de marcher à la défense de l'église d'Orient. Il accorda à tous ceux qui s*engageroient dans cette entreprise les mêmes indulgences 8c les mêmes privilèges qu'Urbain II, son prédécesseur, avoit accordés à ceux qui setoient engagés dans la première croisade. En conséquence, le roi Louis le Jeune convoqua^ une assemblée générale de la nation, appelée parlement y à Vézelay en Bourgogne, à la fête de Pâques de l'an 11 46, qui tomboit le 3i de mars. Les évêques 8c les seigneurs s'y rendirent en foule, 8c
' Voyes tome V, Chartes & DiplSmes, nu- ^ Droit de péage exigé sur le bétail, les marcha n-
méro CCCCLXVIII. . dises, &c. [E. M.]
' Ihid, ^ Conciles, t. lo, p. 104.
^ Ibii. n. CCCCLX, la dernière charte citée sous ^ Gesta Ludovici VII, c. 3, t. 4. — Duchesne,
ce numéro. Historia Ludovici VII, p. 41-3.
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il y eut un si grand concours de peuple qu'on fut obligé de tenir rassemblée en rase campagne. Saint Bernard qui s y trouva y prêcha sur une espèce de théâtre qu'on avoit dressé & parla avec tant de force, que tout le monde sempressa à Tenvi de demander la croix. Le roi & la reine Éléonor, sa femme, la reçurent les premiers, 8c ensuite Alphonsêy comte de SainuGilles, Thierri, comte de Flandres, Henri, fils du comte de Blois, Gui, comte de Nevers, Raynald, son frère, comte, de Tonnerre, Robert, comte de Dreux, frère du roi, Yvon, comte de Soissons, & plusieurs autres princes & grands seigneurs. Alphonse est nommé le premier de tous par les historiens du temps, après le roi 6t Ja reine & avant le comte de Flandres 8c le frère même du roi. Ausâ ne cédoit-il à aucun des grands vassaux du royaume, soit pour la dignité & la naissance, soit pour l'étendue du domaine. Le roi tint une autre assemblée à Chartres, trois semaines après, pour régler le départ, 8c on jugea à propos de le différer à l'année suivante.