‹ Histoire générale de Languedoc, avec des notes et les pièces justificatives (volume 3)Chapitre 218 sur 234 · XLVIII. — Seigneurs d'U-^ès, de Posquières, de Lunel, (/c · texte numérisé non relu

XLVIII. — Seigneurs d'U-^ès, de Posquières, de Lunel, (/c

L'évêque d'Uzès dont on vient de parler avoit succédé depuis peu à Raimond, qui occupoit ce siège en ii3o 6c qu'on dit* fils de Raimond-Decan, seigneur d'Uzès 6c de Posquières } mais il est certain qu'on se trompe^ & que Raimond, évêque d'Uzès, fils de ce seigneur, ne fut élu qu'en ii5o. Raimond-Decan mourut au mois d'août de Tan ii38 6c fut inhumé dans l'église de Saint-Pierre de Psalmodi, où on voyoit autrefois son épitaphe. II laissa plusieurs autres enËsins, savoir : Rostaing, qui fut le second seigneur de Posquières de son nom 8c qui épousa, en iiii, Ermessînde, fille de Ber- Mi,p"42°9. nard-Aton, vicomte de Carcassonne j Bcrmond, qui prit le surnom d'Uzès; Aldebert ou Albert, qui succéda, en 1141, à Guillaume, évêque de Nimes, Se fut sacré ^ à Rome, le jour de Saint-Thomas, par le pape Innocent II j Pierre, évêque de Lodève depuis l'an ii54 jusques en 1160; Raimond, évêque de Viviers en ii58 ou 1160} 6c enfin Faydide, femme d'Alphonse-Jourdain ^, comte de Toulouse 5.

Rostaing II de Posquières, fils de Raimond-Decan, eut deux fils d'Ermessînde de Béziers, sa femme : Pierre 8c Rostaing III dont on a parlé ailleurs. Bernard-Aton, vicomte deNimes, engagea^, en 1 146, au dernier, qu'il appelle son neveu, pour la somme de quatre-vingt-huit marcs d'argent du poids de Saint-Gilles, la justice des domaines que le même Rostaing possédoit dans le diocèse de Nimes, avec le droit d'exiger les sermens de fidélité dans les châteaux de Marguerites, de Beauvoisin 8c de Cauvisson, qu'Ermessinde, mère de ce seigneur, avoit ^ eus en dot. Aldebert, évêque de Nimes, Bermond d'Uzès, Rouscellin de Lunel 8c Pierre de Posquières, qui est sans doute le même que le frère de Rostaing III, furent présens à cet engagement. Il paroît que Rostaing II, père des deux derniers, étoit alors décédé, que ceux-ci moururent l'un 8c l'autre sans postérité, 8c que Bermond d'Uzès, leur oncle, recueillit leur succession. Ce dernier, qui vécut au moins jusques^ en 1169,86 qualifioit alors seigneur d^Ujès & de Posquières ^ mais il ne possédoit que la moitié de la seigneurie d'Uzès; l'autre appartenoit à Rainon ou Ratnier, son oncle, ou aux descendans de celui-ci. Tous ces seigneurs d'Uzès firent hommage, en 1 146, à Bernard-Aton^, vicomte de Nimes, pour différens fiefe quils possédoient dans le diocèse de cette ville, entre autres pour la châtellenie des Arènes 8c la tour qu'on nommoit épiscopale. Leur nom n'est marqué qu'en général dans l'acte. Raynon, seigneur d'Uzès en partie, eut'^ de Béatrix,sa

' GaUia CArîjtMiM^ noT. edi t. t. a, p. 1146. ' Voyex tome V, Chartes & Diplômes, nc-

* Voyez tome IV, Note LU, n. a & suit. méro CCCCLXIX.

* Voyez tome V, Chroniques, n. V. ' liU. n. CCCCLXXXVIII.

^ Voyez tome IV, Note L, n. 14. • Voyez tome IV, Note LU, n. 2 & suit.

* Voyez, sur les seigneurs d'Uzès, Histoire Je U 'Voyez tome V, Chartes Si Diplômes, fii> prrmiere maison d'Usés, par M. Char^et ; 81 tome VII mcro CCCCLXVII,

de cette édition , la Note sur les seigneurs d'Uzès. '* Voyez tome IV, Note LU, n. a & suiv.

femme, un fils appelé Guillaume, qui mourut sans postérité, 8c une fille nommée Roze ou Roscîe, qui épousa Rostaîng de Sabran & apporta dans cette maison la moitié de la seigneurie d'Uzès, Au reste, Rouscellin ou Roscellîn de Lunel dont nous venons de parler étoît seigneur de cette ville, située dans le diocèse de Montpellier, vers les frontières de celui de Nimes. Nous ne savons pas si Pons, Bertrand & Béranger de Lunel, frères, & Bernard-Raimond de Lunel * qui , en* ii38, possédoient des biens dans la Vannage, au diocèse de Nimes, étoient de sa maison.

XLIX, — (Quatorzième concile de Narhonne»

Les évêques de la Province s'assemblèrent de nouveau, en 1140, pour un

concile^ qui fut tenu dans la cathédrale de Narbonne. Arnaud, archevêque de

cette ville, y présida, & les évêques Bernard (il fout lire Bermond) de Béziers,

Raimond de Maguelonne, Raimond dé Carcassonne, Raimond de Toulouse

& Udalgarius d'Elne y assistèrent. Ce dernier se leva en pleine assemblée &

fit le récit des calamités auxquelles son diocèse étoit exposé par les courses

fréquentes des pirates sarrasins, qui massacroient impitoyablement les habi-

tans ou les emmenoient en esclavage , 8c demandoient actuellement cent

jeunes filles pour la rançon des prisonniers qu'ils avoient faits. Il ajouta qu'il

avoit promis aux infidèles de racheter ces captifs, mais que n'étant pas assez

riche, il se recommandoit à la charité du concile. Les évêques, touchés de ce

récit, ordonnèrent qu'on feroit une quête dans la Province; & pour engager

les fidèles à donner plus libéralement, ils accordèrent à ceux qui participe-

roîent à cette bonne œuvre, & qui auroîent fait une véritable confession, la

rémission plénière de leurs péchés, excepté des péchés publics.

L. — Accord entre Vévêque de Maguelonne &» le seigneur de Montpellier.

Raimond, évêque de Maguelonne, s'accorda^ au mois de septembre de la même année avec Guillaume VI, seigneur de Montpellier, sur plusieurs articles : i^ au sujet d'un château que ce seigneur avoit fait construire au bord de l'étang de Lates, qu'on nommoit pour cela le Palu {de palude) y & qu'il s'obligea de tenir en fief de l'église de Maguelonne; 2® touchant les navires qui abordoient au port de Lates & qui dévoient payer un certain droit à cette église } 30 sur les vassaux de la même église qui alloient s'établir à Montpellier ; 40 sur la justice des clercs, que Guillaume abandonna à l'évêque; 5^ enfin sur le lieu de Montpellieret, au sujet duquel ils s'en tinrent aux accords précédens. Le seigneur de Montpellier acquit ^ en fief, la même année, de

• Voycjs, tome VII de cette édition, la Kcte lur p. 494. — Voyez tome IV, Note LI, p. ^27, col. 1.

les seigneurs de Lunel. ''Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes, nu-

' Trésor des chartes de Toulouse, sac 2, n. 2. méro CCCCXLIII.

3 Conciles, t. 10, p. 1824.-— Marea Hispaniea, ^ Ihid» n. CCCCXLIX.

An iiSp

An 1 1 40

Béranger-Raîmond, comte de Melgueil &• marquis de Provence^ le château de t.îi, p?43Ô. Paulian, situé dans le diocèse de Béziers & dépendant du comté de Melgueil, pour la somme de dix mille sols melgoriens. Béranger s'engagea à faire ratifier cette vente par Raimond-Béranger, son frère, comte de Barcelone, & par BéatrïXj sa femme^ lorsqu'elle seroit en âge.

LI. — Alphonse j comte de Toulouse, fait un nouveau pèlerinage à Saint- Jacques en Galice, — Il moyenne la paix entre les rois de Castille 6 dt Navarre,

Le comte de Barcelone avoît feît alors sa paix avec Alphonse VII, roi de Castille, qui lui disputoit le royaume d'Aragon. Ces deux princes convinrent de cette paix dans une entrevue qu'ils eurent à Carion*, au mois de janvier de l'an 1140. Le roi rendit au comte les villes de Saragosse Se de Tarragone &c plusieurs autres places du voisinage dont il s'étoit emparé, à condition que ce dernier reconnoitroit sa suzeraineté sur tous ces pays. Après cet accord, Alphonse se mit en armes contre Garcias IV, roi de Navarre, qu'il vouloit obliger aussi à devenir son vassal, & alla assiéger Pampelune. Garcias, après avoir pourvu à la défense de sa capitale, se mit de son côté en campagne pour s'opposer au Castillan, l'attaqua le 14 d'avril suivant &c remporta sur lui une victoire complète. Alphonse, honteux de sa défaite, leva de nouvelles troupes dans le dessein de faire une nouvelle irruption dans la Navarre, ce qui engagea Garcias à appeler le roi Louis le Jeune à son secours. Alphonse se préparoit à cette expédition &c avoit établi son quartier à Najara, sur les frontières des deux Etats, lorsque Alphonse-Jourdain, comte de Toulouse, son cousin germain , qui avoit entrepris un nouveau pèlerinage à Saint-Jacques en Galice, passa dans ce lieu à la mi-mai de la même année. Ce comte , également uni avec les deux rois, s'entremit aussitôt pour les pacifier &c les obligea enfin à convenir d'une suspension d'armes jusques après son retour de Saint-Jacques. Il travailla alors, de concert avec divers prélats & seigneurs, à établir entre l'un &c l'autre une paix solide, qui fut enfin conclue le 26 d'octobre suivant &c cimentée par le mariage de Blanche, fille du roi de Navarre, avec Sanche, fils aîné du roi de Castille.

LII. — Expédition du roi Louis le Jeune contre le comte de Toulouse.

Alphonse-Jourdain, après avoir repassé les Pyrénées, fit un voyage du côté du Rhône & se rendit la même année à l'abbaye de Saint-André d'Avignon, en faveur de laquelle il accorda alors* une charte, en présence de RaimondSi de Hugues de Baux, de Rostaing de Sabran &c de divers autres seigneurs de

' Sandoral, Cronica deî inelito emperador Alon^ * Voyez tome V, Chartes Se Diplômes, fl'>i-

so VIL — Pagi , ad ann. 1 140, n. 22 & seq. méro CCCCXXXI.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVII. 71g "T

Provence & du bas Languedoc. Il fut obligé bientôt après de revenir dans sa capitale, sur le bruit des préparatifs que le roi Louis le Jeune faisoit contre lui. Ce roi mit, en effet, une armée sur pied au printemps de Tan 1141, & s'étant j^^ ,,., avancé jusques à Toulouse, il entreprit le siège de cette ville. Cest tout ce que nous apprend de cette guerre un historien " qui écrivoit alors, 6c qui nous en laisse ignorer &c les motifs Se les circonstances. Il fait seulement entendre, dans un autre endroit*, que l'expédition ne fut pas heureuse pour Louis. Un auteur anglois^, qui a écrit un peu plus tard, prétend que ce prince demandoit à Alphonse, au nom d'Éléonor, sa femme, héritière d'Aquitaine, la restitution du comté de Toulouse que Guillaume IX, comte de Poitiers, aïeul de cette reine, pour fournir à ses dépenses, avoit engagé, dit-il, à Raimond de Saint- Gilles, père d'Alphonse, & que Guillaume X, père d'Éléonor, avoit négligé de retirer. Mais cet historien ajoute quelques autres faits dont la fausseté peut faire douter de la vérité de ce prétexte. Il dit que le comte Alphonse , qui n'avoit aucune bonne raison à opposer à Louis, s'appliqua uniquement à défendre ses États contre ce prince, & qu'il trouva enfin moyen de l'apaiser en faisant épouser à son fils Constance, sœur de ce roi & veuve d'Eustache, comte de Blois. Or il est certain, d'un côté^, que le roi Louis le Jeune répudia Éléonor le 18 de mars de l'an ii52, & que, de l'autre. Constance sa sœur n'étant devenue veuve qu'au mois d'août de l'an 11 53, elle ne peut avoir épousé Raimond, fils d'Alphonse, qu'après cette répudiation & plusieurs années par conséquent après la mort d'Alphonse. Louis n'avoit donc plus aucune prétention sur le comté de Toulouse dans le temps de ce mariage.

Quelques modernes ont ajouté diverses autres circonstances qui ne sont pas mieux fondées. Un^ entre autres a fait un vrai roman de l'expédition du roi Louis le Jeune contre Alphonse, comte de Toulouse. « La jeune reine Éléonor « qui avoit l'esprit extrêmement^ avancé, & plus qu'une fille de quinze ans ne « l'a ordinairement, dit cet écrivain, avoit déjà sollicité fortement son époux « de retirer le comté de Toulouse des mains d'Alphonse, qui le lui retenoit, tfu.^p!^. c( disoit-elle, injustement, &c qui faisoit partie de la succession de ses pères. « Cette ouverture plut extrêmement à Louis : il vit que ce comté étoit à sa « bienséance, 8cc. Il fit examiner le droit de sa femme dans son conseil, 8c on « trouva effectivement qu'il n'étoit point chimérique, 8ic. Alphonse fut donc « sommé de la part du roi de rendre ce comté, comme appartenant à sa femme. « Et comme il répondit qu'il lui avoit été vendu par son frère aîné, 8c non « pas engagé, on lui déclara la guerre. Suger n'étoit point de cet avis j non- « seulement il voyoit que le droit étoit douteux, parce que le Toulousain « faisoit paroître un contrat de vente en bonne forme, 8cc. j mais les pressantes « sollicitations d'une jeune épouse, qui sait employer adroitement 8c les larmes

* ûrderic Vital, 1. i3, p. 923. ^ Le P. Ange, Histoire généalogique des pairs de

* Ihid. p. 924. France, t. i, p. yS & suit.

^ Guillaume de Neubrige, Historia rerum Angli» * Gerraise, Fie de Suger, 1. 6, n. 6.

carum, 1. 2, c. 10. * liid.

« & les caresses pour obtenir ce qu'elle souhaite, sont un puissant charme. « Louis ne put y résister. Suger pour cette fois ne fut point écouté, Sec.» Il est inutile de s'arrêter davantage sur toutes ces circonstances dont l'auteur n'a d'autre garant que son imagination. Il auroit dû au moins éviter de se contredire; car il prétend, d'un côté, que le comté de Toulouse fut engagé kKaimond de Saint-Gilles par le comte Guillaume IV, son frère, & il fait dire, peu de lignes après, à Alphonse, qu'il lui avoit été vendu far son jrère 6» non pas engagé.

Enfin si nous en croyons un nouvel historien ' d'Angleterre, le roi Louis le Jeune entreprit de faire revivre les droits de la maison de Poitiers sur le comté de Toulouse, au nom d'Éléonor, son épouse, après la mort du duc Guillaume, son beau-père, contre Raimond V, comte de Toulouse, en feveur duquel il se désista enfin de ses prétentions après une longue négociation j cette afiaire ayant été terminée, ajoute cet historien, par le mariage du comte avec Constance, sœur de Louis. Mais cela ne peut regarder la guerre que ce roi entreprit, en 1141, contre Alphonse, père de Raimond, comme le même auteur le donne à entendre, & Louis ne peut s'être désisté de ses prétentions sur le comté de Toulouse dans le temps du mariage de sa sœur avec Raimond, puisqu'on vient de voir que ce mariage ne se fit qu'en ii54, 81 que Louis ètoit alors séparé d'Éléonor : si ce roi se désista donc de ses prétentions sur le comté de Toulouse, ce dut être en 1141, en faveur d'Alphonse, &c non en ii54,en faveur de Raimond.

LUI* — Le comte de Toulouse accorde divers privilèges aux habitans

de cette ville.

Alphonse, heureusement délivré des armes du roi Louis le Jeune, témoigna, après le départ de ce prince, sa reconnoissance ^ envers les habitans de la ville &c du faubourg de Toulouse qui l'avoient aidé à se défendre. Il leur accorda un privilège, tant en son nom que de toute sa postérité, de pouvoir vendre librement leur vin sans payer aucun usage. Se à ceux de la campagne de ne payer qu'un denier par saumée. Il permit aussi aux Toulousains de prendre le sel où ils voudroient sans rien payer, excepté ceux qui en fiaisoient commerce, qu'il chargea de donner un certain droit. L'acte est daté du mois de novembre de l'an 1 141 , sous le règne de Louis, roi de France ; ce qui feit voir que l'expédition que ce roi avoit entreprise contre Alphonse ne diminua rien de la soumission que ce dernier lui devoit.

Le comte de Toulouse étoit alors brouillé de nouveau avec le comte de Barcelone, 8c il favorisa ouvertement la révolte des habitans de Montpellier contre Guillaume VI, leur seigneur, allié de ce prince; ce qu'il faut reprendre de plus haut.

* p. de Rapin-Thoyraty Histoire d'Angleterre, * Catel, Mémoires pour l'histoire du I«iij>ri«:.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVII. 721 ~r

LIV. — Révolte des hahitans de Montpellier contre Guillaume Vly leur sei^ gneur. — Alphonse^ comte de Toulouse^ les soutient & est excommunié.

Après la maison des seigneurs de Montpellier, la plus considérable de cette ville étoît celle des Aimons ou Aimoins, qu'on fait descendre" de la même souche. Ces derniers possédoient divers droits à Montpellier, entre autres la viguerie dont ils faisoient hommage aux seigneurs, lesquels prenoient toujours un de cette famille pour leur lieutenant. Guillaume VI interrompit cet usage 8c nomma pour son viguier ou lieutenant une personne d'une autre maison. Les Aimons, irrités de cette préférence, résolurent de s'en venger, & Guillaume ayant voulu exiger, en 1141, des hahitans de Montpellier un nouvel hommage & serment de fidélité, ils profitèrent de cette occasion pour soulever le peuple. La révolte alla si loin que Guillaume fut chassé honteusement de la ville 8c obligé de se réfugier au château de Lates. Ce seigneur qui étoit fort lié d'amitié avec le pape Innocent II, qu'il regardoit d'ailleurs comme son suzerain, lui dépêcha aussitôt pour lui apprendre la rébellion de x^i\^^^^% ses sujets, 8c le prier d'interposer son autorité pour les faire rentrer dans leur devoir. Le pape répondit à Guillaume le 3 d'octobre de la même année ^ : il lui témoigne dans sa lettre une grande affection, le regarde comme un prince catholique &» un fils spécial de S. Pierre^ 8c l'exhorte enfin à avoir patience. Il excommunia cependant les rebelles , entre autres ceux quon appeloit consuls de Montpellier^ 8c mit la ville en interdit, dont il n'excepta que l'administration du baptême pour les enfans 8c celle du sacrement de pénitence pour les moribonds. Il écrivit le i" de janvier suivant à l'archevêque de "ÂnTuT" Narbonne, à ses suffragans, à Guillaume, évêque de Mende, 8c à Humbert, évêque du Puy, pour leur ordonner de défendre à leurs diocésains d'avoir aucune communication avec ceux de Montpellier. Ces lettres nous apprennent qu'il y avoit alors des consuls dans cette ville, 8c c'est le plus ancien monument que nous ayons de ces magistrats municipaux dans Montpellier.

Innocent II écrivit peu de temps après aux mêmes prélats pour les engager à détourner Alphonse, comte de Toulouse, de soutenir les hahitans rebelles de Montpellier, avec ordre, en cas de refus de la part de ce prince, de le déclarer publiquement excommunié 8c d'empêcher qu'on ne célébrât le service divin dans ses États. Le pape fait mention de cet ordre dans une autre lettre^ qu'il écrivit, le 11 de mars de l'an 1142, à Guillaume de Montpellier, 8c dans laquelle il lui marque que l'exprès qu'il lui renvoyoit lui apprendront ce qui avoit été résolu au sujet de l'évêque de Maguelonne. Nous inférons de cet endroit de la lettre^ que ce prélat avoit embrassé le parti des rebelles; 8c en effet, le pape ne s'adressa pas à lui, comme il l'auroit dû faire naturellement

' Ga rîel^ Séries praesulum Magalonensium, p. 1 80 ^ Gariel, Séries praesulum Magalonensium, inédit.

& seq. 2* édit. p. 182.

• Ihid. p. 181 & seq. * GaUiû Christtana, t. 3, p. 670.

in. ^

An 1142 '

pour les excommunier. Les évoques de la Province, en conséquence des ordres qu'ils avoient reçus du pape, firent tout leur possible auprès du comte de Toulouse pour l'engagera cesser de favoriser cette rébellion; mais toutes leurs remontrances étant inutiles, ils prononcèrent enfin une sentence d'excommunication contre lui.

LV. — Guerres particulières dans la Province. — Accord entre Alphonse, comte de Toulouse, &• Roger, vicomte de Carcassonne.

Ces divisions partagèrent presque toute la Province, dont les principaux seigneurs étoient d'ailleurs armés les uns contre les autres. Roger, vicomte de Carcassonne, 6c Sicard, vicomte de Lautrec, entre autres, se iâisoientMa guerre, en 11 41, au sujet de quelques domaines mouvans de l'abbaye de Saint-Benoît de Castres, que le dernier prétendoit lui appartenir par drou d'héritage, 8c qui lui demeurèrent par le traité de paix que ces deux vicomtes firent ensemble, au mois de septembre de la même année.

D'un autre côté, le même Roger étoit en différend, en 1 143, avec Roger 111, comte* de Foix, Isarn de Dourgne, le vicomte Isarn, 8c Guillaume-Aton de Villemur, qui lui avoient enlevé divers châteaux. Il parott qu'Alphonse, comte de Toulouse, protégeoit ces seigneurs 8c qu'il s'étoit même ligué avec eux pour faire la guerre à Roger : c'est ce qu'on peut inférer d'un acte^ du 26 de juin de l'an 1142, suivant lequel Alphonse promet : i^ d'obliger le comte de Foix 8c les trois seigneurs dont on vient de parler à rendre à ce vicomte les châteaux de Balaguier 8c de Dourgne, à (aire démolir le château neuf de Villemur 8c à lui permettre de recevoir le serment de fidélité des habitans du château de Graulhet 5 2^ de forcer le vicomte Isarn à lui rendre l'acte du serment qu'il avoit exigé des seigneurs £• des chevaliers de Penne, sinon de leur faire la guerre à tous, jusqu'à ce qu'ils se fussent accordés là-dessus avec lui ; 3° de renoncer aux sermens de fidélité qu'il avoit reçus dans les lieux d'Avignonet 8c de Brugnac en Lauragais ; 4** de faire jurer cette paix par sa barons i 5<>de l'aider envers tous 8c contre tous, excepté contre ses vassaux <i^ Toulouse £• de Saint-Gilles. Ce traité est souscrit par Bernard de Canetqui en avoit été le principal entremetteur, par Hugues, comte de Rodez, Bernard, comte de Comminges, Sicard, vicomte de Lautrec, Pierre de Minerve, !e vicomte Trencavel, frère de Roger, Rostaing de Posquières, 8cc. Les châteaux de Dourgne, de Balaguier 8c de Villemur étoient alors du diocèse de Toulouse. Le premier appartient aujourd'hui à celui de Lavaur, le second, à celui Je Mirepoix, &c le troisième, à celui de Montauban. Quant à ceux de Graulhei ^Éd.origîn^ St de Penne, ils sont situés en Albigeois} la situation du dernier sur les frontières du Rouergue nous donne lieu de conjecturer que le vicomte Isarn, cf lavoit envahi sur Roger, étoit vicomte de Saint-Antonin.

• Voyez tome V, Charte» & Diplômes , nu- ' Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCLIV.

méro CCCCL. ' Ihid.

f An 1 1 42

LVL ^— Renouvellement de la guerre. — Le vicomte de Carcassonne se ligue

avec le comte de Rodei^ contre le comte de Toulouse.

Ce traité ne fut pas exécuté, ou, s'il le fut, la paix ne fut que de peu de durée. Il est certain, en effet, que la guerre se renouvela bientôt après entre ces divers princes 8c seigneurs, comme il paroît en particulier par la ligue que formèrent ensemble, au mois de novembre suivant', le vicomte Roger & Hugues, comte de Rodez. Celui-ci promit alors à l'autre par serment « de u le secourir fidèlement contre Alphonse, comte de Toulouse, de ne faire « jamais ni paix ni trêve avec ce comte, sans sa participation, & de Taider « contre tous, excepté contre Sicard de Lautrec & ses propres vassaux. » Roger fit, de son côté, le mcme serment au comte de Rodez, avec promesse de le secourir contre tous, excepté contre Raimond-Béranger, comte de Barcelone.

On voit par ces divers monumens qu'en 1142 la plupart des princes & des principaux seigneurs de la Province étoient armés les uns contre les autres; que les comtes de Barcelone 8c de Rodez, le vicomte de Carcassonne 8c, à ce qu'il paroît aussi, les vicomtes de Béziers 8c de Nimes, ses frères, le vicomte de Lautrec 8c le seigneur de Montpellier s'étoient ligués contre le comte de Toulouse, 8c que ce dernier, de son côté, s'étoit ligué avec le comte de Foix 8c le vicomte de Saint-Antonîn. Nous verrons bientôt qu'Ermengarde , vicomtesse de Narbonne, entra dans la ligue du vicomte de Carcassonne pour se faire restituer sa vicomte que le comte de Toulouse lui détenoit.

LVII, — Le comte de Toulouse favorise la guerre que les seigneurs de Baux

faisoient au comte de Provence.

Le comte de Toulouse, pour se soutenir contre tant de puissances, continua de favoriser la rébellion des habitans de Montpellier contre leur seigneur, malgré l'excommunication dont les évêques de la Province Tavoîent frappé pour cela par ordre du pape. Il aida aussi de toutes ses forces les seigneurs de la maison de Baux qui étoient en guerre avec Béranger-Raimond, comte de Provence, frère du comte de Barcelone.

Pour mieux entendre le sujet de cette guerre dont Alphonse, comte de Toulouse, fut peut-être le promoteur, afin de donner de l'occupation aux comtes de Barcelone 8c de Provence, ses ennemis, il feut se ressouvenir que Gilbert*, vicomte de Millau 8c de Gévaudan, n'eut de son mariage avec Gelberge, comtesse de Provence, que deux filles. Douce 8c Étiennette j que celle-ci épousa Raimond de Baux 8c n'eut pour sa dot que quelques terres situées en Provence, lesquelles furent appelées dans la suite terres Baucenquesy 8c qu'enfin Douce hérita du comté de Provence 8c de tous leurs autres domaines, lors-

' Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCLV. * Marca Hispanicaj p. i3o6 & seqi

quelle épousa, en 1112, Raîmond-Béranger III, comte de Barcelone. Il ne paroît pas que Raimond de Baux se soit plaint de Tinégalité de ce partage durant la vie de Douce 81 du comte de Barcelone, son mari; mais quelques années après leur mort, lui & son fils Hugues prétendirent à la moitié du comté de Provence, déclarèrent la guerre à Béranger-Raimond, fils puinè 81 héritier de Douce, & furent soutenus par Alphonse, comte de Toulouse.

L'union qui étoit entre ce dernier 6c les seigneurs de la maison de Baux paroît par divers monumens, entre autres par une charte de ce prince, qui, s étant rendu * avec son fils Raimond dans Tabbaye dç Saint-André sur le Rhône, au mois de septembre de Tan 1142, y restitua en plein chapitre,en présence de Bertrand de Sabran, de Hugues de Baux 8c de plusieurs autres seigneurs de Provence 8c de Languedoc, les biens qu'il avoit usurpés sur ce monastère, 8c confirma les donations que lui 8c ses prédécesseurs y avoient déjà faites, moyennant deux mules du prix de trois cents sols, dont Guiraud, qui en étoit abbé, lui fit présent.

LVIII. — Nouveau traité de paix entre Alphonse y comte de Toulouse^ b • Roger, vicomte de Carcassonne. — Le premier rend la vicomte de Narbonne à Ermen garde. — Premier mariage de cette vicomtesse.

Le comte Alphonse fit la paix quelque temps après avec Roger, vicomte de Carcassonne, Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, 8c quelques-uns des seigneurs de la Province ligués contre lui. Roger fut le seul qui stipula avec ce comte dans le nouveau traité*, qui fut moyenne par le même Bernard de Canet qui avoit négocié ^ le précédent, i** Alphonse promet de rendre la ville de Narbonne à Ermengarde 8c de renoncer au serment de fidélité qu'il avoit exigé des habitans de cette ville £• du Narbonnois ; il est dit que cette vicomtesse feroît jurer, de son côté, l'observation de la paix qu'elle avoit conclue avec ce comte, par quarante chevaliers de Narbonne j son mari, par vingt Éd.origin. autrcs chevaliersj Roger de Béziers, par un pareil nombre, de Carcassonne 8c de Razès; Trencavel 8c Raimond-Étienne, par vingt chevaliers des diocèses de Béziers 8c d'Agde } 8c enfin Pierre de Minerve, Guillaume 8c le vicomte Sicard, par vingt autres; le tout par l'autorité de Bernard de Canet. 2° Le comte de Toulouse promet au vicomte Roger de lui rendre le château d'Aritat; de lui remettre le serment de fidélité qui lui avoit été prêté pour le château de Brugnac} de faire démolir les fortifications qu'il avoit faites à Candeil; Je lui faire restituer, s'il étoit possible, les châteaux de Balaguier 8c de Dourgne, sinon de déclarer la guerre à ceux qui s'en étoient emparés; d'obliger le vicomte Isarn à reconnoître qu'il tenoit de Roger le château de Graulhet, 8c à lui remettre le serment de fidélité qu'il avoit exigé des seigneuR&Jej

* Voyez tome V, Chartes & Diplâmes, nu* * Tome V, Chartes 8t Diplômes^ n. CCCCLVl.

ttiéxo CCCCXXXI, la 3^ charte citée sous ce numéro. ' Ihid. n. CCCCLIV.

chevaliers de celui de Penne, ou de faire la guerre à ce vicomte en cas de

refus; d'engager Guillaume-Aton à démolir le nouveau château qu'il avoit

construit à Villemur; de donner la liberté, sans rançon, à Gaillard de Fanjaux

& à quelques autres prisonniers; de faire rendre ce que les habitans de La-

vaur avoient reçu de Jourdain de l'Ile; & enfin d'obliger le vicomte Sicard à

s'accorder avec lui, par l'arbitrage de Bernard, comte de Comminges, au sujet

de la destruction de Molandier. 3^ Il promet au même vicomte Roger de lui

donner soixante mille sols melgoriens 8c d'obliger Sicard à lui faire hommage

pour les châteaux d'Avignonet & de Castelnaudary, comme ce seigneur avoit

fait auparavant au vicomte Bernard-Aton , son père; 4® de faire observer la

paix dans les châteaux que Roger possédoit dans le Toulousain & l'Albigeois,

lorsqu'il la feroit observer dans les siens propres ; & en cas d'infraction de

la part des gens de Roger, ou de refus de la sienne de faire rétablir la paix

dans l'espace de quarante jours, il se réserve le pouvoir de les y obliger,

comme dans son domaine. 5® Alphonse se désiste, en faveur de Roger, de la

demande qu'il lui faisoit du château neuf d'Albi. 6^ Il promet de rendre à

Trencavel, vicomte de Béziers, le château de Lunas, ou ce que ce dernier

avoit donné pour ce château , ou enfin la dot qu'Austorge avoit donnée à sa

soeurj 7<>de rendre à Bernard-Aton, vicomte de Nimes, le serment de fidélité

qu'il avoit reçu à Bernis, & de ne plus en recevoir à l'avenir. 8® Enfin le

comte de Toulouse promet de demeurer au pouvoir de Bernard de Canet

jusqu'à ce qu'il eût rendu la ville de Narbonne, 81 de se soumettre, quant

à l'exécution des autres articles, à la médiation & au jugement de Bernard,

comte de Comminges, de Trencavel, du vicomte Sicard 6c de Guillaume de

Brulhan ; & au défaut de quelqu'un des quatre, de s'en rapporter au jugement

de Bernard de Canet, ou de Pierre de Pepieux; avec promesse que si Roger

venoit à mourir, le traité auroit la même force envers les vicomtes Trencavel

& Bernard-Aton, ses frères. Nous avons déjà parlé ailleurs de la situation de

la plupart des châteaux ' dont il est fait mention dans" ce traité. Quant à ceux

de Lavaur, Castelnaudary, Molandier, Lunas & Bernis, les deux premiers

sont assez connus; le troisième est situé dans le Lauragais & le diocèse de

Mirepoix; le quatrième, dans le diocèse de Béziers; 6c enfin le dernier, dans

celui de Nimes.

Ce traité n'est pas daté ;. mais la ligue formée au mois de novembre de Tan 1142J entre le vicomte de Carcassonne 6c le comte de Rodez, contre le comte de Toulouse, fait voir qu'il est postérieur à cette époque, 6c nous verrons bientôt qu'il est antérieur au mois de février de l'année suivante. Il y est fait mention, d'ailleurs, du mari d'Ermengarde de Narbonne. Or cette vicomtesse ne se maria que le 21 d'octobre de l'an 11 42. Elle épousa alors un comte espagnol, nommé Alphonse, dont on ignore la maison 6c auquel*, par le contrat de mariage, elle fit donation de la vicomte de Narbonne dont ils joui-

* Voyez ci-dessus, n. lv» p. 722. ■ Catel, Mém, pour Vhist, du Languedoc, p. 689.

An 1 1 42

Éd.

roient en commun, pendant leur vie, & qui passeroit ensuite à leurs enfans. Au défaut de ceux-ci, Ermengarde appelle à sa succession ses proches. Pierre de Minerve est le plus qualifié des témoins qui souscrivirent à cet acte.

Ermengarde avoit une sœur, nommée Ermessinde, qui se maria environ dix ans après avec un autre seigneur espagnol, nommé Manrique de Lara, comte de Molina ', lequel se rendit aussi recommandable par sa valeur & ses exploits, qu'il Tétoit par sa naissance. Ce seigneur fut successivement gouverneur de Tolède 8c de plusieurs autres villes considérables d'Espagne, & alferej origiti; major d'Alphonse VII, roi de Castille, dignité qui répond à celle de connétable. L'historien de la maison de Lara prétend qu'Ermessinde partagea avec sa sœur la vicomte de Narbonne, mais il n'en donne aucune preuve : nous voyons au contraire qu'Ermengarde se qualifia toujours seule vicomtesse de Narbonne jusques à la fin de ses jours 8c que, se voyant sans enfans, elle déclara pour ses héritiers ses neveux, fils d'Ermessinde, laquelle demeura toujours au delà des Pyrénées, avec le comte Manrique, son mari.

Il y a lieu de croire qu'Ermengarde rentra dans la possession de la vicomte de Narbonne aussitôt après la conclusion du traité de paix fait entre le comte de Toulouse 8c le vicomte de Carcassonne, 8c que le premier exécuta fidèlement ses engagemens. Nous voyons, en effet, que s'étant élevé peu de temps après quelque difficulté* entre eux au sujet de la restitution du château neuf d'Albi, du nouveau bâtiment de Bruniquel 8c du lieu de Bessède, dans le Lauragais, Bernard, comte de Comminges, le vicomte Trencavel 8c Sicard de Lauran, arbitres nommés dans le même traité, décidèrent ce nouveau différend au mois de février de l'an 11 43. Le comte de Foix 8c quelques autres seigneurs furent présens à ce jugement.

Le lieu de Bruniquel, dont on vient de parler, étoit différent du château de ce nom situé en Querci, sur les frontières de l'Albigeois. Le vicomte Roger l'avoit fait bâtîr^ depuis peu, dans un lieu appelé anciennement Verdun^, St l'avoit donné en fief à quelques seigneurs qui lui en firent hommage en 1141; il dépendoit du château d'Ambîalet ou de la vicomte d'Albi , 8c le vicomte en partageoit la seigneurie avec l'abbé de Sorèze.

An 1143

' Salasar y Mardones, Historia dt la casa de Lara, 1. 3, c. I.

'Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes, numéro CCCCLVI, la %* charte citée sous ce numéro.

' Ihid, n. CCCCLI, la i" charte citée sous ce numéro.

^ Ce château de Bruniquel, ainsi appelé du nom de la montagne où il était situé, avait été construit sur remplacement d'un cb&teau plus ancien, désigné dans les actes sous le nom de Verdun, Verd'iniui, appellation que le peuple rendait par celle de Pech- •^rt, en français Puyvert, qui n*e$t dans le fond qu'une version de Ferdunius. La synonymie de ces

di/Térentes appellations est établie par le ca^si» de Sorèze, fait vers le milieu du dernier siècle : et cadastre énumère, parmi les hîens de la cotcssnauté, <c une grande partie de terres hennés & ithchers, dont partie inaccessihles, masures & annens vestiges de la ville de Pechverd, appelée, sutntit les anciennes chroniques latines, Verdinius, au Xiu dit à présent Bruniquent. » Détruits en 121c psr Simon de Montfort, le chiteau & la ville de Puyvert sont restés depuis lors abandonnés. Voyez, s;r cette ancienne ville, la Notice historique sur S^r,: & ses environs, par J.-A. Clos. — Touloux, i3j' In-8". [E. M.)

7^7 An 1143

LIX. — Guillaume VI, seigneur de Montpellier, reprend cette ville sur les

habit ans rebelles.

Le comte de Toulouse, après avoir fait sa paix avec le vicomte de Carcassonne 8c la vicomtesse de Narbonne, songea à se réconcilier avec l'Église 6c. à se faire relever de l'excommunication dont il avoit été frappé, à l'occasion de la querelle des habitans de Montpellier contre leur seigneur, qu'il avoit favorisée. Ces liabitans, également las de vivre dans l'anathème, eurent recours à Guillaume, archevêque d'Arles' & légat du Saint-Siège, le prièrent instamment de lever l'excommunication, firent serment de se soumettre à son jugement touchant leurs différends avec leur seigneur, 8c lui donnèrent divers otages pour la sûreté de leur promesse. Ce prélat, touché de leur demande, leur donna enfin l'absolution, à condition cependant qu'ils se présenteroient devant lui un certain jour qu'il leur marqua, pour entendre leurs raisons 8c porter ensuite un jugement définitif; mais ils manquèrent à leur parole 8c ne comparurent pas au jour indiqué. Guillaume IV, seigneur de Montpellier, dépêcha aussitôt au pape Innocent II, pour se plaindre de ce procédé. Le pape écrivit en conséquence à l'archevêque d'Arles le i" de janvier de l'an ii43} lui ordonna d'excommunier de nouveau les consuls 8c les habitans rebelles de Montpellier, de remettre incessamment cette ville en interdit 8c de défendre à ses diocésains de communiquer avec eux 8c de leur donner aucun secours; il lui permit cependant d'absoudre ceux qui se soumettroient. Guillaume chercha en même temps à joindre les armes temporelles aux spirituelles pour soumettre ses sujets rebelles. Il implora* pour cela la protection du comte de Barcelone, son allié, des Génois 8c de divers seigneurs de la Province. Le premier donna ordre à un corps qu'il envoyoit en Provence pour soutenir le comte, son frère, dans la guerre qu'il avoit contre les seigneurs de la maison de Baux, de marcher en passant au secours de Guillaume; les Génois lui envoyèrent quatre galères armées, avec des troupes de débarquement ; 8c entre les seigneurs de la Province, Rouscellin de Lunel le secourut à la tête de ses vassaux. Après la jonction de ces diverses troupes, Guillaume assiégea la ville de Montpellier, qui se défendit avec beaucoup de vigueur pendant longtemps ; mais enfin les habitans manquant de vivres 8c souffrant une cruelle famine, ils furent obligés de se rendre. Guillaume rentra ainsi dans la possession de cette ville dont il étoit chassé depuis deux ans. Pour témoigner sa reconnoissance envers les Génois qui l'avoient aidé èî la soumettre, i® il leur restitua la somme de mille marcs d'argent qu'il leur avoit enlevée auparavant sur leurs galères; 2® il leur accorda le droit de bourgeoisie à Montpellier, avec divers privilèges, 8c un emplacement pour les marchands de leur nation,

" Gar'itly Séries praesulum Magalonensium, p. i83 — Zurita, Annales de la couronne d'Aragon, 1. 2,

gc seq. c. 5. — Gariel , Séries praesulum Magalon, p. i83

' Annales Genuenses, Script, rer.Ital, t. 6, p. 261. &scci. — Tome V, Chartes & Diplômes, n.CCCCXC.

^^ , j^3 728 HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XVIL

^Éd.origin^ appelé le Fundique de Bruni de Toulouse ^ Z^ il les exempta de tous impôts^ péages dans son domaine.

Nous comprenons par diverses lettres du pape Célestin II, qui succéda le 25 de septembre de l'an 1143, à Innocent H, que la ville de Montpellier ne se soumit que vers ce temps-là à Guillaume, son seigneur. Ce pape, dans une lettre qu'il écrivit ' le 8 dé décembre suivant à Arnaud , archevêque de Narbonne 8c à ses suffragans, leur parle en ces termes : « Guillaume de Montce pellier ayant recouvré cette ville dont la plupart des habitans lui avoient « fait serment de fidélité, ainsi que vous devez en être informés, jai appris « que quelques-uns des rebelles, entre autres les Aimons, se sont retirés dans « vos diocèses, qu'ils y causent du trouble & se préparent k une nouvelle « guerre contre ce seigneur ; ayez donc soin d'avertir vos diocésains de ne « leur donner aucun secours , excommuniez ceux qui seront désobéissans à a ces ordres 5c qui recevront les rebelles 8c mettez en interdit tous les lieuï « où ces derniers se retireront. »

Célestin II écrivit, deux jours après, à Guillaume pour le féliciter de ce qu'il avoit réduit la ville de Montpellier, l'assurer qu'il trouveroit en lui la même protection que ses prédécesseurs lui avoient accordée, 8c l'exhorter à gouverner son peuple dans la justice 8c dans l'équité. Il écrivit aussi en même temps à Pierre, abbé de Saint-Gilles, 8c lui marqua que Guillaume de Montpellier lui ayant fait savoir par ses envoyés qu'il se disposoit à foire bâtîr une chapelle neuve dans son château de Montpellier, il eût à se transporter dans cette ville pour y recevoir, au nom de l'Église romaine, la donation du lieu où l'on devoir construire cette chapelle, y établir un cens annuel, 8c payable à sa personne 8c aux papes ses successeurs, y poser la première pierre, 8c avoir attention que Guillaume pourvût honorablement les clercs qui dévoient la desservir. Cette chapelle fut nommée Notre-Dame du Château, à cause du lieu où elle fut construite; elle subsiste encore, dans le palais des anciens seigneurs de Montpellier, 8c sert à la chambre des comptes 8c aux autres cours de justice.

LX. — Alphonse, comte de Toulouse, est absous de son excommunication.

Cependant Alphonse, comte de Toulouse, fit quelques démarches auprès de l'archevêque de Rouen, légat du Saint-Siège 8c de l'évêque de Saint-Paul Trois-Châteaux, pour obtenir l'absolution de son excommunication. Cest ce qui paroît par la lettre* que le premier de ces deux prélats lui écrivit en ces termes :

« Hugues, archevêque de Rouen, légat du Saînt-Sîége apostolique, à « Alphonse, très-noble comte de Toulouse, duc de Narbonne, marquis de « Provence; tout ce que nous pouvons 8c devons vous mander de bon.

* GdLt\t\^ Séries praesulum Magalonemiuirij^, \^^ * Guibert de Notent , Optra, édit. d^Acket),

& seq. p. 688.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVII. 72g "T T

« Dîeu ayant placé votre illustre personne dans une dignité éminente 8c « vous ayant donné la probité en partage, vous devez tâcher de lui plaire, « puisque vous tenez de lui Tune 8c l'autre &c qu'il les a en sa main. Votre « Libéralité nous a écrit de venir à votre rencontre à Lyon, à Vienne ou à « Valence; nous choisissons cette dernière ville, si vous le trouvez bon, &c nous « nous y trouverons. Dieu aidant, suivant votre demande, le 7 de mars. Nous « espérons que vous agirez de bonne foi , ainsi que vous l'avez promis à notre « vénérable frère l'évêque de Trois-Châteaux, 8c à nous-même par votre lettre. « Hâtez-vous, illustre prince &c seigneur, de vous réconcilier avec l'Église, « votre mère, afin de croître toujours en honneur. Adieu, w

Il y a lieu de croire que le comte de Toulouse tint sa parole 8c qu'il reçut l'absolution, à Valence, au jour marqué.

LXI. — Accord entre Alphonse, comte de Toulouse, £» les archevêques d^ Arles,

touchant la terre d*Argence.

Alphonse ' avoît depuis longtemps un différend avec les archevêques d'Arles, au sujet de la terre d'Argence, qui comprend la partie du diocèse d'Arles qui est en deçà du Rhône. Ces prélats se plaignoient de ce que les comtes de Toulouse qui possédoient depuis longtemps le domaine de cette terre y avoient usurpé divers droits sur eux. Enfin Alphonse s'accorda là-dessus, le 2 de septembre de l'an 1143, avec l'archevêque Raimond de Montredon. i® Il lui rendit, de l'avis de quelques-uns de ses barons^ savoir : de Raimond de Baux, de Hugues son fils, de Rostaing de Sabran, Raimond de Melac, Bermond d'Uzès, Gaucelin de Claret, Pierre de Lambesc 8c Arnaud de Raimond, les dîmes des nouvelles terres du territoire d'Argence, l'île du bois comtal. 2® Il reconnut qu'il devoit tenir en fief de l'église d'Arles tout ce que lui 8c ses vassaux possédoient dans ce territoire^ 8c en faire hommage à ce prélat, qui de éd origîn. son côté le lui donna en fief. Alphonse fit serment en même temps à l'archevêque d'Arles de lui on erver le temporel de son église. Ces actes furent passés à Fourques sur le Rhône.

LXII. — Mort de Béranger-Raimond, comte de Melgueil 6» de Provence. Son fils lui succède sous Vautorité du comte de Barcelone.

L'union qui régnoit alors entre Alphonse, comte de Toulouse, 8c les seigneurs de la maison de Baux, nous donne lieu de croire que le premier favorisoit toujours les autres dans la guerre qu'ils avoient entreprise contre Béranger-Raimond, comte de Provence. Celui-ci étoit, de son côté, en guerre avec les Génois que ces seigneurs avoient peut-être appelés à leur secours.

■ Gallia Chr'tstianaj nov. cdit. t. i, p. 56o}fft5triim. p. 97. — Tome V, Chartes & Diplômes, n.CCCCLVll.

Xn,i^ 73o HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVII.

Béranger-Raimond, ayant médité une expédition contre ces peuples, setoit embarqué' en 1 144, lorsqu'une galère de Gênes alla l'attaquer dans le ponde Melgueil. Durant le combat, un arbalétrier génois tira si adroitement sur ce prince, qu'il le fit tomber roide mort,

Béranger-Raimond ne laissa qu'un fils, nommé Raimond-Bérangcr, qui étoit alors en bas âge Se qu'il avoit eu de Béatrix, comtesse de Melgueil, sa femme. Ce jeune prince lui succéda dans le comté de Provence, dans les vicomtes de Millau 6c de Gévaudan, dans une partie de celle de Carlad. II naquit sans doute dans le comté de Melgueil, ou le diocèse de Maguelonne; car Béranger-Raimond, son p^re, faisoit sa résidence ordinaire dans ce pays, Se nous ne voyons pas que Béatrix, sa mère, en soit jamais sortie. Cette comtesse se remaria bientôt après avec Bernard Pelet, seigneur d'Alais; ce qui fit que le comte de Barcelone, oncle paternel du jeune comte.de Provence, le prit sous sa tutelle, l'amena à sa cour, oîi il le fit élever. Se continua la guerre contre les seigneurs de la maison de Baux. Il prit d'abord^ sur eux la ville d'Arles, qui s'étoit déclarée en leur faveur, & dont il fit démolir une partie des tours Se des fortifications, leur enleva la plupart de leurs châteaux Se obligea enfin les principaux vassaux du comté de Provence à lui faire hommage &à lui prêter serment de fidélité, dans une grande assemblée qu'il tint à Tarascon, au mois de février de l'an 1146. On prétend qu'il envoya alors des ambassadeurs à Alphonse, comte de Toulouse, pour l'engager à prendre, conjointement avec lui, la tutelle du jeune comte de Provence, & à faire la guerre aux seigneurs de Baux; mais cela n'est fondé que sur un titre manifestement^ supposé. Ce qu'il y a de vrai, c'est que cette guerre, qu'il termina enfin heureusement, l'obligea de faire un assez long séjour en Provence, dont il se qualifia comte durant la minorité de son neveu, & même pendant toute sa vie. Il fut aussi reconnu par les vassaux de la vicomte de Gévaudan, 8c on a les sermens^ prêtés en i i5o par Guiraud de Peyre & quelques autres seigneurs du pays « à Raimond-Béranger, comte de Barcelone, fils de la comtesse u Douce, 81 à son neveu Raimond-Béranger, fils de la comtesse Béatrix, avec » promesse de les défendre Se de leur conserver les châteaux de Grèzes, Ci Baldasse, Montrodat, Moreire & Maurcastel. »

Béranger-Raimond, comte de Provence & de Melgueil, mourut peu de temps après ^ que Guillaume VI, seigneur de Montpellier, eut soumis cette ville, & par conséquent vers le commencement de l'an 11 44. Il paroit, dun autre côté, que le pape Luce II croyoit encore ce comte en vie, le 29 de mars de l'an 1144, lorsqu'il écrivit^ à Raimond, évêque de Maguelonne, pour lui

' Gaffa ri. Annales Genuenses, Script, rer, Ital. ^ Trésor des chartes de Toulouse, sac 3, n. 53;

t. 6, p. 261. — Marca Hispanica, p. 597. sac 1 1, n. 96.

' Bouche, Histoire de Provence, t. 2, p. iiS 8c ' Zurita, Annales de la couronne d' Aragon, \.i.

SUIT. — Diago, Histoire des comtes de Barcelone, c. 5. — Dtago, Histoire des comtes de Fartelone,li,

' Bouche, Histoire de Provence, t. 2, p. 122. • Tome V, Chartes 8( Diplômes, n. CCCCLÏX.

ordonner d'engager le comte de Melgueil & les autres seigneurs qui détenoient les biens que Bernard, comte de Melgueil, avoit légués par son testament à labbaye de Saint-Chaffre en Vêlai, à les restituer, ou de les excommunier en cas de refus. On peut fixer par là à peu près l'époque de la mort de ce prince, que les auteurs* provençaux font décéder en 1145. Son corps fut inhumé dans l'église de la commanderie de Trinquetaillc, auprès d'Arles, de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem.

LXIIL — Alphonse y comte de Toulouse y fait un voyage en Espagne &» moyenne

la paix entre les rois de Castille 6» de Navarre*

Alphonse, comte de Toulouse, fit en 1144 un voyage en Espagne, où* il négocia la paix entre Alphonse, roi de Castille, son cousin germain, & Garcias, roi de Navarre, qui s'étoient brouillés à l'occasion de la guerre que le dernier avoit faite Tannée précédente au comte de Barcelone & prince d'Aragon, beau-frère de l'autre. Le comte de Toulouse les fit convenir d'un traité qui fut cimenté par le mariage du roi de Navarre, alors veuf d'une première femme, avec Urraque, fille du roi de Castille. Les noces furent célébrées à t.'^n.^'Çsé. Léon, le 24 juin de la même année, avec beaucoup de pompe & de magnificence.

LXIV. — Alphonse, comte de Toulouse, fonde la ville de Montauhan.

Le comte de Toulouse, qui assista sans doute à cette cérémonie, étoit de retour dans ses États au mois d'octobre suivant, qu'il fonda la ville de Montauban. On a dit ailleurs que S. Théodard ou Audard, archevêque de Narbonne, fut inhumé, à la fin du neuvième siècle, dans une abbaye fondée par ses ancêtres sous l'invocation de saint Martin, à l'extrémité du Quercî, sur les frontières du Toulousain, & située au confluent de la petite rivière de Tescou avec le Tarn. Cette abbaye, qui fut réformée dans le onzième, & soumise à celle de la Chaise-Dieu, prit depuis le nom de Montauriol, d'un village voisin qui en dépendoit. La beauté de sa situation inspira à Alphonse, comte de Toulouse 8c de Querci, le dessein de fonder une ville tout auprès & à la droite du Tarn. Il en fit tracer l'enceinte 8c donna avec Raimond de Saint-Gilles, son fils, un lundi du mois d'octobre de l'an 1144, une charte^ pour régler les droits que les habitans de la nouvelle ville leur payeroient, & à leurs successeurs^. Alphonse marque dans cet acte qu'il a imposé à cette ville le nom

* Bouche, Histoire de Provence, p. 1 15 & 1 138. ^ Comme origine, la TÎUe de Montauban se rat-

* SandoTal , Cronica del inclito emperador Alon- tache à la classe des viUes neuves. Créée par un so VII, p. 180. — Ferreras, ann. 1 144, n. 2 & seq. seigneur puissant, sur un terrain à lui apparte-

* Manuscrit de Colbert, n. 1067, aujourd'hui nant, la viUe neuve ne tardait pas à acquérir une lonHs latin, n. 6009. — Catel , Mémoires pour population nombreuse, gr&ce aux franchises accorl'histoire du Languedoc, p. 323 8c suiv. dées aux habitants par la charte de création ou aux

An 1144 '

deMontauban, nom qui dérive de sa situation sur une élévation & du grand nombre de saules qui croissent aux environs, & qu'on appelle alba en langage du pays. Ce prince établit entre autres droits sur les nouveaux habitansde Montauban douze deniers d'acapte pour chaque maison qui auroit six astades^ (sorte de mesure) de large & douze de long, 8c non pas pour chaque espace de terre qui auroit six stades de contenance^ ainsi que la traduit un moderne\ Le comte régla aussi les droits qu'il auroit pour la justice dans la nouvelle ville. Telle est l'origine de Montauban, origine sur laquelle les protestans^ ont débité bien des fables. Cette ville s'est depuis fort agrandie, 8c elle renferme aujourd'hui dans son enceinte l'ancienne abbaye de Saint-Martin &( de Saint-Théodard, qui lui a donné naissance 8c qui fut érigée en cathédrale au quatorzième siècle. Elle est présentement l'une des plus belles 8c des plus considérables de toute la Guyenne, 8c la résidence du commandant de cette province. Comme le Tarn fait en cet endroit la séparation de la Guyenne 8c du Languedoc, la partie de Montauban qui est à la gauche de la rivière 8c qui est jointe à l'autre par un pont est dans les limites de cette dernière province. Aussi l'évêque, dont le diocèse, à la réserve de la partie de la ville qui est à la droite du Tarn, est un démembrement de celui de Toulouse, assiste-t-il aux États de Languedoc.

Le comte Alphonse, en fondant Montauban, porta pféjudice à l'abbaye de Saint-Théodard ou Audard. Pour peupler la nouvelle ville^ il obligea les vassaux de ce monastère, entre autres ceux du village de Montauriol , à quitter leurs habitations pour s'y aller établir; il chagrina l'abbé 8c les religieux qui s'y opposoient, les chassa de leur maison 8c menaça de les traiter avec la dernière rigueur. II fit construire deux châteaux dans le fonds de l'abbaye, 8c un troisième dans un terrain qu'il avoit vendu depuis peu à ce monastère. Albert, qui en étoit abbé, pour se mettre à couvert de ces menaces, prit le pani d aller s'en plaindre au pape, 8c s'étant ménagé des lettres de recommandation de plusieurs évêques du pays, il les remit à Eugène III qu'il rencontra à Viterbe. Ce pontife, touché de ses plaintes, écrivit, le 23 de juin de l'an 1140, à Arnaud, archevêque de Narbonne 8c à Raimond, évèque de Toulouse, & les chargea d'ordonner de sa part au comte de laisser en paix l'abbé 8c les religieux de Saint-Audard, de démolir les châteaux qu'il avoit h\t bâtir dans leur fonds, de réparer les dommages qu'il leur avoit causés 8c d'abolir les mauvaises coutumes qu'il avoit établies dans leur monastère 8c dans ses dépendances. En cas de refus de la part de ce prince de satisfaire en quarante joun à tous ces articles, il leur enjoint de mettre la ville 8c le diocèse de Toulouse

faibles redcTances auxquelles ils étaient soumis. ' Du Cange, Glossaire.

Cette institution aida puissamment au déyeloppe- * Le Bret, H'ntQirt de Montauban, X.i^c.î.^.tC'

ment & à TéHvation des classes moyennes dans les ' Ihid, p. 84 & suit.

Tilles, en établissant une sorte de concurrence entre ^ Catel, Mémoires pour l'histoire du Langued»,

les seigneurs & un abaissement relatifdes redcTanccs p. 882. — Le Bret, Histoire Je Montauban, \. U

féodales. [E. M.J c. 8, p. 33 8( 96.

' An 1144

en interdit, avec ordre à eux de le faire observer exactement, & défense expresse d'y exercer aucune fonction ecclésiastique, excepté ladministration du baptême & du sacrement de pénitence aux moribonds. Le pape déclare enfin qu'il ne pourra s'empêcher d'excommunier le comte, s'il persiste à désobéira ses ordres. Nous ignorons la suite de cette affaire; apparemment qu'elle fut suspendue par la nouvelle croisade dans laquelle Alphonse s'engagea quelque temps après. Elle ne fut terminée, en effet, qu'après sa mort.

LXV. '— Le vicomte Roger renonce à la dépouille des évêques d'Alhi.

Mariage du vicomte de Nimes, son frère.

Le vicomte Roger, plus religieux envers l'église d'Albi, renonça ' en 1144, ^^^jO"*^"entre les mains de Rigaud, évêque de cette ville, à l'usage dans lequel les vicomtes ses prédécesseurs avoient été jusques alors de s'emparer de la dépouille des évêques qui venoient à décéder. On voit par divers hommages * qui furent rendus à ce vicomte, la même année ou les suivantes, qu'il domînoit sur les châteaux de Lauran dans le Narbonnois, de Cabarez & de Surdespine dans le diocèse de Carcassonne, de Montant, de la Roche d'Olmes, de Lavaur & de Saint-Félix dans le Toulousain, de Sénégas, de Gaillac, de Bérens, de Montaigu & de Cahuzac en Albigeois. L'autorité qu'il exerçoit sur ce dernier pays paroît encore par un plaid qu'il y tint vers le même temps 8c auquel assistèrent avec lui Bernard, comte de Comminges, Rigaud, évêque d'Albi, Bernard de Canet, Guillaume Mancip, Guillaume-Hunaud de Lanta, Pons de Dourgne & Élie de Lautrec. Cette assemblée prit connoissance d'un différend qui s'étoit élevé entre les divers seigneurs des châteaux de la Salvetat 8c de la Bastide en Albigeois, de Lavaur 8c de Verfeil dans le Toulousain, qui, après s'être fait la guerre, avoient choisi pour arbitre Sicard, vicomte de Lautrec. Roger confirma, avec toute sa cour, le jugement que ce dernier avoit porté là-dessus.

Bernard- Aton, vicomte de Nîmes, frère de Roger, avoit déjà épousé, dès le -— ^— mois de mars de l'an 1146, Guillemette, fille aînée de Guillaume VI, seigneur " "'^ de Montpellier, comme il paroît par un acte 5, suivant lequel il donna en fief à quelques seigneurs les usages &c les leudes du marché de Nîmes &c la moitié des droits des foires qu'il avoit résolu d'établir dans cette ville pendant huit jours, à la Saint-Martin. Ce titre 8c quelques autres de l'an 1144^ font mention des droits seigneuriaux dont ce vicomte jouissoit à Nîmes 8c dans le diocèse. Il vendit, cette dernière année, au peuple de la même ville, pour la somme de mille sols monnoie de Saint-Cilles, les pâtis qui étoient aux environs. Il est parlé dans cet acte des consuls de Nîmes.

• Voye* tome V, Chartes Se Diplômes, nu- ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nutnéro CCCCLX, la 2' charte citée sous ce numéro. méro CCCLXI, la 2* charte citée sous ce numéro.

* Ihid, la 4' charte citée sous ce numéro, & suir. ^ Ihid» la i*^ charte citée sous ce numéro,

An 1 14a

LXVL — Alphonse f comte de Toulouse, tient un plaid à U':^ès.

Alphonse, comte de Toulouse, tint en 1145 un plaid à Uzès,à l'occasion de quelques différends qui s'étoient élevés entre Rainon, sa femme Béatrii & Bermond d'Uzès, son neveu, qui possédoient' une partie du domaine de cette ville, & Ébrard, évêque d'Uzès, le prévôt & les chanoines de la cathédrale, au sujet de la monnoie & de quelques fiefs que ces derniers avoîent vendus aux autres. Bermond, par un compromis de l'an 1144, s'étoit d'abord soumis au jugement de Pierre, abbé de Saint-Gilles, de Rostaing de Posquières, Pons de Montlaur, Raimond de Castries & Bertrand de Marguerites. Alphonse, comte de Toulouse, termina tous ces différends dans le plaid dont on vient de parler & rendit là-dessus une sentence définitive. Ébrard, évêque d'Uzès, mourut en ii5o. On fait dans son épitaphe* un grand éloge de sa droiture, de sa prudence Se de sa charité envers les pauvres.

LXVII. — Béatrix, comtesse de Melgueil, épouse Bernard Pelet en secondes

noces.

Béatrix, comtesse de Melgueil, avoit déjà épousé Bernard Pelet en secondes noces dès le mois de mars de l'an 11 46, suivant notre manière de compter, comme il paroît par l'accord ^ que l'un & l'autre firent alors à Mo- Iina,avec Guillaume VI, seigneur de Montpellier. Suivant cet acte, Béatrix 8c Bernard Pelet, son mari, confirmèrent en faveur de Guillaume i^ la sentence arbitrale que l'archevêque de Tarragone Se les autres arbitres nommés par le pape Callixte II avoient rendue, en 1126, au sujet des différends qui étoient alors entre le même seigneur 81 Bernard IV, comte de Melgueil, père de Béatrix; 2^ l'acte par lequel ce dernier avoit donné en engagement à Guillaume divers domaines, avec clause expresse que ce seigneur en jouiroit pendant la vie de Guillemette, sa sœur, mère de Béatrix; 3<> enfin le bail à fief de trois deniers pour livre sur la monnoie de Melgueil^ dont Bernard IV avoit disposé en faveur de Guillaume. Plusieurs chevaliers des plus distingués du pays furent présens à cet accord. Au reste, on fsLit Bernard Pelet, mari de la comtesse Béatrix, fils de Raimond Pelet. Nous trouvons un Bermond Pelet, seigneur d'Alais, qui, en H43, fit une donation^ à l'hôpital de Saint-Jean de Jérusalem.

Page 1