‹ Histoire générale de Languedoc, avec des notes et les pièces justificatives (volume 3)Chapitre 221 sur 234 · LICXV. — Union de Vabhaye de Grandselve à tordre de Citeaux · texte numérisé non relu

LICXV. — Union de Vabhaye de Grandselve à tordre de Citeaux

L'abbaye de Grandselve fut donc associée^ à Tordre de Cîteaux durant le voyage de l'abbé Bertrand à Clairvaux, ou au plus tôt durant le séjour que saint Bernard avoit fait à Toulouse. Elle avoit été fondée en 11 14, sous la règle de Saint-Benoît, 8c l'institut du bienheureux Gérard de Salles, ainsi qu'on Ta vu ailleurs. La régularité s'y é toit depuis toujours maintenue, tant sous le gouvernement d'Etienne, qui en avoit été premier abbé, que sous celui de Bertrand, son successeur, qui possédoit déjà cette dignité^en 1 128, lorsqu'un

Rd. origin.

i. Il, p. ^-^S*

' Conciles^ t. lo, p. i ii3.

* Pierre le Vénérable, 1. 4, Epist, lu

' S. Bernardy Epist: 242.

< Voyer tome IV, Note XXXVII, n. 8.

' Archives de Tabbaye de Grandselve.

TTiT^ 748 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV., XVII.

seigneur, nommé Guillaume Sicharii, fit une donation à ce monastère, « afin « que Dieu eût pitié de Tâme de son frère, mort excommunié, qu'Amélius, « éyêque de Toulouse, avoit absous après sa mort, & dont il avoît permis tt riolîumation, à la prière des frères de; Grancîselve. » Cette abbaye étoit encore .soumise à celle de Cadouin' en Périgord, sous le pontificat du pape Inpoqent II. Après* son union à Clairvaux, elle devint une des plus célèbres & des plu$ considérables de tout l'çrdre de Cîteaux, & produisit un grand nombre de personnages illustres, soit par leur science, sfoit par leur piété. L'abbé Bertranc^, dont on vient de parler^ fut un des plus recommandables, & il écjaira tous Içs environs par l'éclat de ses vertus & par la force de ses prédications. Sa, mémoire y est honorée par un culte public. On y honore aussi celle de quarante-cinq religieux qui moururent^ en deux mois de la contagion, vers Tan 1167. Parmi ceux qui parvinrent à 1 episcopat, Pons, après avoir été abbé de Grandselve, & ensuite de Clairvaux, fut élu évêque de Clermont, eh II 70, 8c mourut en 1187. Les seigneurs de Tlle-Jourdain'^, qui avoieni leurs terres au voisinage i firent beaucoup de bien à ce monastère,

LXXVL •-** Fondation des abbayes de Fontfioide, de Calers &• de CandeiL

Plusieurs abbayes célèbres doivent ou leur origine ou leur accroissement à .celle de Grandselve : entre les dernières est celle de Fontfroide, au diocèse de Narbonne, dont on attribue"^ la fondation aux vicomtes de cette ville qui y avoient leur sépulture j elle subsistoit^^ déjà dès la fin du onzième siècle*^, avoit, en 1 118, un abbé nommé Bernard, 8c dépendoit, en 1 143^ de celle de Grandselve, comme il paroît par une charte^ de Roger de Béziers, vicomte de Carcassonne, de Razès 6c d'Albi, qui exempta alors ces deux monastères de tout cens &c péage dans ses terres. Cette dépendance^ qui est encore aujourd'hui la même, nous donne lieu de croire que ces deux abbayes furent unies en même temps à l'ordre de Citeaux. Celle ^e Fontfroide est située à deux lieues Si demie de Narbonne vers le sud-ouest. Vital, qui en étoit abbé en 1167, reçut alors^ d'Ërmengarde, vicomtesse de cette ville, la donation du lieu de Font> froide 8c de ses dépendances* II avoit succédé à Sanche, qui donna '° de ses religieux à Raimond-Béranger IV, comte de Barcelone, pour les établir dans la célèbre abbaye de Poblet, au diocèse de Tanagone, que ce prince fonda le 18 de janvier de Tan 1149, '^ treizième année du règne de Louis le Jeune^

• Catel , Mémoires pour l'histoire du Languedoc, * Manrique, Annales Cistercicnses, c. 19, n. ti.

p. 879. ' Archives de TarcheTèché de Narl»onne.

' Herbert, de MiracuUs S, Bernardi, 1. 3, c. 1 81 ' Voyez, au tome IV de cette édition, la \orf sur

seq. — Manrique, Annales Cistercienses, ann. 1 1 47, Tabbaye de Fontfroide. c. 18. — Necrologium Cisterciense, ' Tome V, Chartes & Dipl6mes, n. CCCCLX.

' Exordium Cisterciensis ordinis, 1. i, c. 25 & seq. ' lèid, n. DVI , la i** charte citée sous ce nj>

^ Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes ^ nu- méro. méro CCCCXCI, ** Archives de Tabbaye de Fontfroide.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LÏV. XVIL

8c dans laquelle lui & la plupart des rois d'Aragon, ses successeurs, clibîsîreilt leur sépulture, . • . . ' i i -

Les abbayes de Calers 8c de Candeil * doivent leur origine à celle de Grandselve. La première, qui étoit autrefois du diocèse de Toulouse 8c qui est aujourdliuî de celui de Rieux, fut fondée* en 1147, Se l'autre, trois ans après, par quelques ^ seigneurs voisins. On prétend^ que Guillaume VI, seigneur de Montpellier,' alors religieux de Grandselve , fut le premier abbé dti monastère de Candeil , qui est situé dans la partie méridionale du diocèse d'Albî} mais c'est sans aucun foridément. IV est vrai que Guillaume ^ùt ^ député avec quelques autres religieux de Grandselve pour fiiré cet établissement; mais ce fut Gauzbert, son confrère, qui fut le premier abbé de Candeil, 8c qui Tétoît déjà^ en ilSi,

An 1147

LXXVIÏ» — Fondation des abbayes de Belleperche, de Franquevaux^ ^ de

Boulbonne. -^ Seigneurs de Lunel &•, du Caviar»

La réputation de sainteté que saint Bernard 8c les religieux de Clairvaux s'étoient acquise contribua beaucoup à la fondation d'un grand nombre de monastères de son ordre, sous la filiation de cette abbaye. De ce nombre est celui de Belleperche^, situé sur la rive gauche de la Garonne, dans le dîo<^èse de Montauban, 8c auparavant dans celui de Toulouse j il fut fondé ^ en ii43. Les seigneurs de Castelmairan, de la maison d'Argombaud, dans le voifiiinag^, furent ses principaux bienfaiteurs^ au douzième siècle.

L'abbaye de Franquevaux*®, au diocèse de Nimes ' ' , fut fondée aussi, en .11 43, sous l'autorité des abbés de Morimond, par un gentilhomme du pays'% appelé Pons-Guillaume, lequel fit donation de ce lieu à Gautier, qui en fut le premier abbé, 8c à ses religieux^ qui gardoient la règle du monastère de Citeaux. Rossolin'3, seigneur de Lunel '^, 8c ses frères Raynon 6c Guillaume-Raynon, seigneurs du Caylar, contribuèrent à cette fondation, en 1147, par la donation '^ du lieu de Levedon, situé sur la rive de l'étang de Scamandre, au voisinage de l'abbaye. Ces trois seigneurs avoient un quatrième frère '^, nommé

éd. origin, t. U, p. 449.

' Voyez, au tome IV de cette édition, les Notes sur les abbayes de Calers et de Candeil.

* Voyez tome V, Chartes & Diplânies, numéro CCCCLXXIII, la 2* charte citée sous ce numéro.

' nu. n. CCCCLXXIX.

^ GaUia Chriitiana, nqv. edit. t. l, p. Sv'S.

5 Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCLXXIX.

^ Man rique, ^nna/e5 C'tstercienses, aà ann. iiSa, n. 6 & 9.

^ Voyez, au tome IV de cette édition, la Note sur Tabbaye de Belleperche.

* Manrique, Annales CistcrcienseSj ad ann. i i^S, c. S, n. 2.

* Archtres de l'abbaye de fioulbonne.

*** Manrique, itfifnaZef Cistereitnses, ad ann« 1 147, ç. 7, n, 4.

" Voyez, au tome IV de cette édition, la Note sur Tabbaye de Franquevaux.

" Voyez tome V, Chartes & Diplômes, numéro CCCCLVIII.

" Les Bénédictins ont écrit ce nom de diTerses façons : Rossolin, Roscelin, Roscellin & Rouscellin (Rocelinus, Ro^elinus, dans les chartes citées).

** Voyez, au tome VII de cette édition, la Note sur les seigneurs de Lunel.

•' Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCLVIII,

*' Trésor des chartes de Toulouse, sac 4, n. i.

Rostaîng, qui étoît prieur de Saint-Gilles, en 1145, & qui termina alors, par une semence arbitrale, avec son frère Rpssolin, le dîf&rend -qui (toit entre les deux autres au sujet de la terre de Caylar. Raynon, seigneur* de ce lieu, 8c Raynon, son fils, firent aussi une donation considérable, en 1168, àlabba^yede Franqucvauxj.dontRaiimond-Gaucelin, seigneur de Liinel, exempta ,de pèag6 les religieux,.^n 1.173, dans ses terres. Ce, dernier .a.voit succédé, .ea- ii52^ à/Ross6lin% soapère,. dans la baronntie de. Lunel ^ U vendit alors, .étant -minBuc, ^ GujUaume VII, seigneur, de Montpellîçr, U terre de Lau- •xarguesy en recoimnissance de ce qu'il ravoit<^éZrvr^ 4e cçp^ivité^ ce que Pon$7GauceIlii,<son frère , confirma. Leur père avoit,reçn,cçUe terre de .Guillaume, jy^ .durant la gujerre que, ce: seigneur avoit:eue ^T^outenin

L'abbaye de Boiilbonne'^,. autrefois du diocèse de Toulouse ^ 9W>Qur4'hui de Celui dé Mirepaix., est aussi de la filiation deMorimond-^Elle subsistoit^ déjà dès^I'an ii3^o, sous la règle de Saint-Benoit, Se ètoit goui^ernée alors par un abbéL^ Elle s'agrégea ^y en .ii5o, à l'ordre de Citeaux Se kfal^bayede Booinefont, idans le diocèse, de Commtnges, fondée en 11 36 par les comtes de ce pays /^ui y avoient le!ur sépulture, Roger-Bernard,. comte de Foix, augmenta considérablement, en 11 60, les domaines de l'abbaye de Boulbonoe, eti y donnant^ tiout oe qu'il possédoit dans le bois de ce nom. Le seigneur de Saissac, Isarn de Verfeil & Jdurdain de l'Ile lui firent, eii 1168 & 1169, uhe pareille donation. Roger, comte de Poix, en fit bâtir l'église, vers J'an 1270-, sous l'invocation des apôtres saint Philippe &. saint Jacques, &v .fut inhumé en 1273. Cette abbaye a donné un pape à l'Église en la personne, de Benoit XII, lequel en étott religieux profès, de même que le car4.inal Guillaume Curti, surnommé le Blanc, son neveu j elle fut entièrement détruite, au seizième siècle, par la fureur des calvinistes. Les religieux furent obligés de se réfugier dans le collège qu'ils avoient à Toulouse & qui a donné son nom à la rue Boulbonne. Ils y demeurèrent jusques en i632, qu'ils rebâtirent leur monastère, à quelque distance de l'ancien, dans le lieu appelé Tramesaïgues {inter ambas aquas)^ situé vers le confluent du Lhers 8c de l'Ariége, sur les frontières du comté de Foix & du Languedoc. Roger, vicomte de Carcassonne, fut un des principaux bienfaiteurs de l'ordre de Citeaux. De concert avec Cécile, sa mère, il exempta 7, en 1146, l'abbaye de Salvanès, en Rouergue, de toute sorte de leude dans le lieu de Lacaune, eu Albigeois, Se lui fit du bien l'année suivante.

'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, ilu- ^ Ârchi Tes de l'a bKaye de Boulbonne.

tnéro CCCCLVIII. * Manriqut, Annales Cistereienses,9iA ann. iiSo,

* Ihid, n. CCCCXC. c. 1 1, n. 6.

' Voyez, au tome IV de cette édition, la Note < ArchÎTes de Tabbaye de Boulbonne.

fur Tabbaye de Boulbonne. ' Tome V, Chartes & DiploxAcs, n. CCCCLHH.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIY. XVII. j5i

An 11^7

LXXVIH; '^-J Ancêtres de. Hogery vicomte de CarcassonM. *^ Mort de iâ ■

' f vicomtesse Cécile y sa ntèri^

Ge vkomie signala a^ssi .sa' libéralité^ ea 1147, eqvers l'église deiNotre* Dame de Bôaumont*, eh Rouerguej fondée par ses ancêtres^ Diafronisse^ veuve d'Aton^ vicomte! d'Albî^' Bon filsi Bernard, vicomte d'Albi-Bc de Niimie», Gauciane,femine de ce dernier, 8t le.iar« frUFrotaîne^ évêque d'Albî, & le vicomtô Alort ILy avoientétabli', vers le milieia du dixième siècle, uneporoniuriàuté de clercs, 'soos l'autorilé d un prévôt. Ces' clercs. demandèi-ent* à embrasser l'état 'régulier au pape Eugène. III, par l'entremisede Pierre, évèque de IRode^i & de Trentavel, vicomte de Béziers^ frère du vicomte de Caara ssbnne. Le pape 'leur accorda leur demande par un bref dajé d^Albe en Lombardie-, le 19 d'octobre de^J'aii 1146, & ordonna qu'ils embrasseroient l'institut des chanoines régulierB de Saint^Ruf, ce qoii fut exécuté. En conséquence 3, la vicomtesse: Cécile & les vicomtes Rogery Raimond^Ttérkcavel Ai Bernard- Âton, ses^fils, tétant assemblés, au mois d'août de l'an 1147, à Murasson en Rouergue, sur les frontières de l'Albigeois, confirmèrent les donations que leurs- ancêtres avoient faites en faveur de cette église &c lui doiunèrent les domaines dd diverses paroisses, tant dans Je Rouergue que dans l'Albigeois, en- présence de Rigaud, évêque d'Albi, 8c de plusieurs seigneurs séculiers, La régularité s^est conservée jusques à nos yçurs dans la prévôté de .Beaumont, située à présent clans U diocèse de Vabre, sur la petite rivière d'Alrance, vers les frontières de l'Albigeois. Le chapitre consiste en un prévôt 8c dix^huît chanoines, dont trois desservent des prieurés-cures. Il y a, <iutre cela, six prébendes séculiers amovibles. Le pape Adrien IV confirma^ en ii56, ces ^^^f ^"■^^5°; chanoines dans leurs possessions, sous la règle de-Saint-Augustin 8c la congrégation de Saint-Ruf. ^

Cécile de Provence, veuve du vicomte Bernard -Aton, vîvoit donc encore au mois d'août de l'an 1147. Nous apprenons d'ailleurs qu'elle 8c' les trois vicomtes, ses fils, permirent '^ alors aux chanoines de la cathédrale dé Béziers de percer une porte dans la muraille de leur cloître, à condition que s'il s'élcvoit quelquef guerre, ils nommeroient un chanoine pour-la garder. Il n'est plu5 fait depuis aucune mention de cette vicomtesse, qui mourut sans doute bientôt après. Il paroît du moins certain qu'elle décéda avant l'an ii5o, puisque le vicomte Roger, mort cette année, fit une donation^ aux templiers afin que Dieu eût pitié de l'âme de son père Bernard-Aton &• de Cécile , sa mère^ Il y a lieu de croire qu'elle conserva jusques à sa mort, la principale

•Voyez toflie V, Chartes & Diplômes, nu- '•Voyez tomt V, Charte* & Diplômes, nu-

i.iéro CCCCLXX. — Voyez tome IV, Note XXI, méro CCCCLXXI, la 2* charte citée louf ce nu^

n. I & suiv. méro.

* Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCLXX. * Ihid, n. CCCCLXXV, la 4* chartt citée foui ce

* Ibid* la i*" charte citée sous ce numéro. numéro

An 1147

administration des domaines des vicomtes, ses fils. Les actes dont on vient de parler semblent le prouver*. Elle fut inhumée dans Tabbayc d'Ardorel en Albigeois, dont on lui attribue* la fondation 6c où Ton voit son épîtaphe, 61 non pas dans un prétendu monastère de Tordre de Citeaux fondé à Mont* pellier, en ii65, par cette vicomtesse, comme Ta avancé un auteur^.

LXXIX. — Départ des princes croisés pour la Terre Sainte. — Raimond,

prince d'jéntioche, natif de Toulouse.

Cependant les princes qui avoîent pris la croix pour rexpédîtîon de la Terre Sainte, ayant disposé toutes choses pour leur départ, se mirent^ en chemin. L'empereur Conrad prit les devants vers les fêtes de Pâques de Tan 1147, à la tête d'une armée de cent mille hommes; & ayant traversé la Hongrie, il arriva à Constantinople le 8 de septembre. Il passa ensuite le détroit; mais s'étant engagé mal à propos dans la Bithynie, il eut le malheur de perdre presque toute son armée au mois de novembre, soit par la perfidie des Grecs, soit par les armes des Turcs; en sorte qu^il eut beaucoup de peine à se sauver avec quelque débris de ses troupes. 11 gagna les environs de Nîcée, où il rencontra le roi Louis le Jeune qui y étoit campé 5.

Ce dernier prince, suivi d'une armée aussi considérable, étoit parti de son côté avec la reine Éléonor, sa femme, le samedi 14 de juin,& avoît pris !a même route que Conrad. Il éprouva comme lui la mauvaise volonté de Manuel Comnène, empereur de Constantinople, qui, sous des apparences d'amitié, fit tout son possible pour Êiire périr ses troupes. II se sépara de Conrad à

' Tome V, Chartts & Diplômes, n. CCCCLI.

* Gaîlia Christiana, nov. éd. t. i, instrum. p. 14 & teq

* Gitïtl, Séries praesulum MagaîoHensiMm,^,2ij^» ^ Odon de Deuil. — Guillaume de Tyr, 1. 16,

c. 1 8 & SUIT. -^ Gesta Ludovici F//, c. 4 & seq.

' Dom Vaissîte n*a pas retracé fort exactement l'itinéraire de Louit VII lors dt son départ pour la croisade. Voici cet itinéraire tel qu'il est décrit par les éditeurs du Recueil des historiens des croisades,ti\ tête de l'édition de Guillaume de Tyr.

Louis VII prit la croix à Vézelay le 3 1 mars 1 146 & partit de Mets le 1 1 juin 1 147, traversa le Hhin à Worms le 29, vint à Wurtzbourg, à Ratisbonne, à Passau, à Kewburgum (Rlosterneubourg), traversa le défilé désigné par Odon de Deuil sous le nom de Portes de Hongrie, se rendit à Belgrade, à Brundu* sium, petite Tille qui n'était éloignée que d'une journée de marche de Belgrade, à Nit, à Hesternit, à Philippopolis, à Andrinople & arriva à Constantinople. Vers le mois d'octobre il passa en Asie, suivit les bords du golfe de Nicomédie & vint dresser son camp sous les murs du château de Lu*

par* Il quitta ce lira pour aller trouver Cettni qui était campé sur les bords du lac de Nicée k avoir une entrevue avec ce prince j dans les premiers jours du mois de novembre il revint au ck&teau de Lupar, ott Conrad ic rejoignit après s'être muni de vivres à Nicée. Les croisés se mirent en marche & arrivèrent au ch&teau d'Esseron après là fête de la Saint-Martin. Puis, prenant la roots des bords de la mer, ili arrivèrent à Éphèsc. Cest à Ephèse que les deux monarques se séparer» t. Conrad retourna à Constantinople, & Louis VH, se remettant en marche, arriva sur les bords dd Méandre. Il ne parvint à passer ce fleuve qu'après avoir livré un combat. Il se diri^a ensuite sur Laodicée en suivant la rive méridionale du Méandre. A peu de distance de Laodicée, l'armée entra dans des montagnes escarpées qu*Odon de Deuil appelle les monts exécrables ; attaquée p.ir Its Turcs, elle éprouva une défaite, & ce nVstqaà grand'peine qu'elle parvint à Satalie où Louis VII s'embarqua. Il aborda au port Saint-Siméon & arriva à Antioche de Syrie le ly mars 1 148, & ncc 1: II mars 1 148 comme le dit dom Vaissete. [LM.j

An M 47

An 1 148

Éphëse, continua sa route & alla camper sur les. bords du Méandre, veri Laodicée, après les fêtes de Noël. Il passa ce fleuve, malgré 1 opposition des Turcs, qu'il battit ^ & s achemina vers Antiochej mais iliperdit la mioitiéde son année, avec presque tous ses bagages ,^ dans un combat que lefe idîfidèles lui livrèrent quelque tempjs après. Il arriva cependant à Attalie^, viUe maritime & capitale de la Pamphilie. Il fut obligé d'y laisser le reste de ses troupes, qui y périrent, pour la plupart, & de s'embarquer pour Antioche, où il ser rendit enfin avec la reine Éléonor, ^a femme, le 19 de mars de l'an 1148, après une périlleuse navigation. Raimond, prince de cette ville, les y reçut & leur fit tout l'accueil possible.

Raimond étoit fils puîné * de Guillaume IX, comte de Poitiers & ducd'Aquitaine, 8c de PI;iilippe de Toulouse, & par conséquent oncle de la reine Éléonor. II étoit né à Toulouse en 1099, dans le temps que le duc, son, père, étoit maître de cette ville. Après la mort de ce prince^, il alla chercher fortune, à la cour de Henri I, roi d'Angleterre, où il reçut l'ordre de chevalerie. Il étoit parfaitenK^nt bien fait & d'une taille avantageuse, pieux, libéral,, magnifique, affable, gracieux. Il airaoit les gens de lettres, quoiqu'il ne les eût pas cultivées; enfin il étoît si brave & si excellent capitaine, qu'un historien grec de son temps 3, qui n'est pas suspect, l'appelle un second Hercule^ Ces grandes qualités étoient mêlées de quelques défauts, & l'auteur^, qui fait l'éloge de ses vertus, l'accuse de peu de prévoyance, d'un amour excessif pour le jeu, de colère, de précipitation 8c de fougue dans ses actions,. &c de peu de fidélité dans ses promesses. Raimond étoit à la cour d'Angleterre lorsquç Boémond.II, prince d'Antioche, qui n'avoît qu'une fille unique en bas âge, nommée Constance, ayant été tué en ii3o, il s'éleva de grands différends pour le gouvernement de cette principauté, entre Alix, mère de cette princesse, & Foulques d'Anjou, roi de-Jérusalem. Celui-ci, pour mettre des bornes à l'ambition d'Alix, envoya secrètement offrir à Raimond, du conseil du patriarche d'An- ^fi^^^^^^l tioche 8c des principaux du pays, la jeune Constance en mariage. Le prince d'Aquitaine accepta volontiers une proposition si avantageuse. Il partit aussitôt 8c prit si bien ses mesures pour se mettre à couvert des embûches que ses ennemis lui avoient dressées dans sa route, qu'il arriva sain 8c sauf à Antioche. Il fut reçu dans cette ville avec de grandes démonstrations de joie 8c épousa Constance, en iiSy, quoiqu'elle n'eût pas encore entièrement atteint l'âge de puberté. Il eut ensuite de grands démêlés avec le patriarche 8c fut obligé de soutenir la guerre contre Manuel Comnène, qui lui enleva diverses places, assiégea sa capitale 8c l'obligea enfin à se déclarer son vassal.

L'espérance que Raimond avoit conçue que le roi Louis le Jeune l'aideroit à reprendre ces places, 8c même à étendre ses conquêtes, l'engagea à faire à

* ChronUon Malleacense, p. 216. ' Jean Cinnam, 'loripia, 1. 3, p. 725 8t 1. 5,

• Orderic Vital, 1. i3,p. 914 & suît. — Guil- p. izS.

la Lime de Tyr, 1. 14, 1 5 8c 17. — Jean Cinnam, * Guillaume de Tyr, 1. 14, i5 & 17,

'l<JT<Spia, 1. I & seq.

An 1148 ' ~

ce prince Taccueil le plus favorable. II ne négligea rien, en effeti pourexiget ce service du roi, Se il çmploya pour l'obtenir le crédit qu'il avoit sur l'esprit de la reine Éléonor, sa nièce, qui le seconda de son mieux; mais ils ne purent rien gagner ni l'un ni l'autre. Louis avoit résolu d'aller faire se? dévotions à Jérusalem, avant que d'entreprendre aucune expédition militaire;} & voyant que Raimond tramait contre lui de mauvais desseins pour le forcer à lui accorder sa demande, il partit secrètement d'Antioche &c se r<endtt ^ Tripoli'. L'empereur Conrad, après avoir passé l'hiver à Constantinople, qù il étoit retourné, s'embarqua de son côté, au commencement du printemps, 8t aborda, dans la semaine de Pâques^, au port d'Acre ou de Pto]émaïde,où:Âlphonse- Jourdain, comte de Toulouse, arriva peu de temps après,

LXXX. — Arrivée d'Alphonse^ comte de Toulouse, dans la Palestine. — Sa

mort 6» son éloge.

Ce comte setoit mis en marche^ plus tard que les autres princes, parce qu'ayant résolu de faire le trajet par mer, la route n'étoit pas si longue. Avant son départ de Toulouse, il témoigna son affection envers les peuples de cette ville & déclara, par une charte^ de l'an 1147, qu'il n'avoit aucun droit de queste ou de tolte, m dans Toulouse, ni dans ses &ubourgs, non plus que le droit de chevauchée commune, à moins qu'il n'eût guerre dans le Toulousain. Il confirma en même temps tous les habitans de Toulouse dans la possession des bonnes coutumes 6» des franchises dont ils jouissoient, qu'il leur ami données 6» quil avoit fait rédiger. Alphonse s'emban^ua, vers la fin du mois d'août de la même année, sur une flotte qu'il avoit fait équiper à la tour de Bouc^^ sur la côte, vers les embouchures du Rhône, à l'endroit où on construisit depuis le port d'AJgucs-Mortes. Nous ignorons \t nom des seigneurs qui l'accompagnèrent dans ce voyage. Nous savons seulement qu*il amena avec lui un fils naturel, nommé Bertrand, Se une fille naturdle; que Raimond- Trencavel, vicomte de Béziers^ 8c d'Agde, le suivit, & qu'il avoit mis sur pied une armée considérable. Un moderne^ prétend que Faydide, sa femme, fut aussi du voyage; mais il n'y en a aucune preuve. Il parott même que cette princesse étoit alors déjà décédée. Le comte de Toulouse passa Thiverdans quelque port d'Italie, & peut-être même à Constant! nople, ôc s'étant rerais en mer au commencement du printemps, il aborda au port d'Acre ou de Ptolémaïde, & mourut bientôt après.

* D*Antioche Louis VII se rendit directement a ' Voyex tome V, chroniques, n. V, Ckrom^aeie Jérusalem, sans s'arrêter à Tripoli comme il en </r A^imej, ad ann. 1 149. — VoyeK ComelV, A^tfrU avait eu Tintention & comme l'avance dom Vais- n. 12 & suiv.

seic. [E. M.] ^Geoâroi, prieur du Viçeois, dans Labbe, ^i-

* Othon de Freisingen, 1. i, c. 58. hliotheea noya manuscriptorum, t. z, p. 3o6.

' Voyez tome IV, Note L, n. 12 & suiv. ' Genraise, Fie de Suger, 1. 6, n. 34&i5.-

^ Tome V, Chartes & Diplômes, n, CCCCLXXIII, Voyez aussi tome IV, Note L, n. 14. la ■'''^charte citée sous ce numéro.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVII. ySS

An 1148

Un auteur* contemporain rapporte les circonstances suivantes de l'arrivée Se de la mort de ce prince, u Alphonse, comte de Toulouse, fils du comte ft Raimond l'ancien, qui se distingiia si fort à la première croisade, arriva au « port d'Acre peu de temps après l'empereur Conrad. Ce prince étoit très- « recoramandable par son propre mérite, mais il 1 etoit encore bien plus par « la mémoire de son père. Il prit ensuite la route de Jérusalem pour y rendre « giicei à Dieu de son heureuse arrivée , & mourut du poison qu'on lui « donna, dit-on, à Césarée, peu de jours après son débarquement. Tout le « peuple attendoit avec impatience l'arrivée de ce comte de précieuse mé- « moire,' & on avoît conçu 'de lui de très-grandes espérances pour le royaume « de Jérusalem. » Unautre historien^ du temps parle de cet événement à peu 3rès dans les mêmes termes. Il dit que la bonne opinion que les chrétiens de a Terre Sainte avoient d'Alplionse étoit fondée tant sur ses qualités naturelles, que sur ses actions, qui rendoient en sa faveur un glorieux témoignage. Il ajoute qu'après avoir débarqué à Acre, il fut empoisonné dans le souper qu'on lui servit, la première nuit de son arrivée à Césarée; que tous les habitans de ^^^^j- «"'e'j^ la Syrie, tant pauvres que riches, témoignèrent un extrême regret de sa mort, dont on ignoroit J'auteur. Enfin un troisième historien ^ du siècle assure que ce fut la reine ç\\x\ fit donner k Alphonse le poison dont il mourut. On prétend que l'auteur qui rapporte ce fait est le même que Robert, abbé du Mont- Saint-Michel j mais on ne trouve rien de ce fait dans sa véritable chronique'*. Quelques modernes ont avancé, sur cette autorité, que ce fut la reine Éléonor, femme de Louis Ije Jeune, qui fit empoisonner Alphonse, par ressentiment de ce qu'il lui- détenoit le comté de Toulouse qu'elle prétendoit lui appartenir; mais Guillaume de Nangis^ disculpe cette princesse, en disant que ce fut la reine de Jérusalem qui fit périr le comte par le poison. Cette reine, appelée Mélisende, partageoit le gouvernement du royaume de Jérusalem avec le roi Baudouin III, son fils. Nous ignorons le motif qui la porta à commettre un si noir attentat. Qn voit par ce que nous venons de rapporter qu'Alphonse- Jourdain mourut vers la mi-avril de l'an 1148. Il étoit âgé alors de quarante^» cinq ans«

Ce comte fut un des plus grands princes de son siècle. Il étoit encore enfent lorsque Bertrand, sont frère aîné, étant parti pour la Terre Sainte, d'où il ne revint plus, lui laissa tous ses domaines d'Occident. Il en perdit une partie pendant sa minorité, par la querelle que Guillaume IX, duc d'Aquitaine, lui suscita ; mais il les recouvra entièrement, avant Tâge de dix-huit ans, & les conserva dans la suite, malgré les puissans ennemis qu'il eut sur les bras, entre autres le comte de Barcelone, avec lequel il fit une paix avantageuse, & le roi Louis le Jeune, qui, ayant des prétextes très-plausibles pour le dépouiller de ses États, le laissa en paix après lui avoir fait la guerre. On voit

' Guillaume de Tyr, 1. i6, c. 28. ^ Robert du Mont, Chronicon, édit. d*Ach€ry.

* Gesta Ludoviti Vil, c. 16. * Guillaume de Kangis, Chronicon, ad ann. 1 14S.

' Appené* ad Chron, Sigiherti, éd. i583, p. ^Sp.

An 1 148 '

par là qu'Alphonse avoit de la valeur 5 mais nous ignorons le détail de ses exploits. Il est aisé de juger de sa capacité pour les affaires & les négociations par ce qu'il fit en Espagne, où il fut plus d'une fois l'arbitre d€;s diffC^rends qui s'élevèrent entre les rois de Castille, d'Aragon & de Navarre» L'amour que lui portoient ses sujets est une preuve de la douceur de son gouvernement. Les Toulousains entre autres lui furent toujours très-attachés, & c'est à leur fidélité qu'il fut redevable de la conservation de sa capitale & d'une partie de ses États. Aussi leur en témoigna-t-il une vive reconnoissance, & c'est à lui qu'ils doivent' la plupart de leurs privilèges, en particulier la première compilation de leurs coutumes & l'institution de leurs magistrats municipaux, qu'on appelle capîtouls. Outre les prérogatives qu'il leur accorda, 8c dont on a déjà parlé, il les affranchit d'un droit* fort onéreux appelé portaticum, qu'on levoit à Toulouse sur les denrées & les marchandises; enfin il règla les droits qu'il avoit pour la justice criminelle de cette ville. Il accorda au monastère de la Daurade^, 8c aux habîtans du bourg .8c de la cité, la liberté de faire construire un pont sur la Garonne, avec exemption de tout droit de passage, à condition que les religieux de ce monastère célébreroîent tous les ans un anniversaire pour son père 8c ses parens 8c prieroîent Dieu pour lui pendant sa vie. Ce pont ne subsiste plus ; on en a bâti depuis un autre qu'on appelle le Pont-Neuf, qui est un des plus beaux du royaume.

Ce prince donna diverses marques de sa piété : outre les donations qu'il fit en faveur de plusieurs églises, il renonça à la coutume où étoient ses prédécesseurs de s'emparer de la dépouille desévêques de Toulouse après leur mort. II entreprit par dévotion deux pèlerinages à Saint-Jacques en Galice, £c ce fut par un motif de religion qu'il s'engagea dans la croisade où il perdit la vie. Il confirma les donations^ que Raimond de Saint-Gilles, son père, avoit faites aux abbayes de la Chaise-Dieu 8c de Saint-Gilles, 8c fit de grands biens à celle de Lérins^, en Provence. Il eut, à la vérité, des démêlés avec celles de Saint-Gilles 8c de Saint-Audard de Montauban ; il leur causa du préjudice Se s'engagea dans quelques démarches qui lui attirèrent diverses fois lanathème, soit de la part du pape, soit de la part des évêques de la Province; mais, outre le soin qu'il eut de se feire relever de l'excommunication, il paroît qu'il agit en cela pour des raisons d'État, qui l'emportent quelquefois auprès des princes, même les plus pieux, sur celles de la religion.

On cultiva la poésie provençale à la cour d'Alphonse. Géraud^ le Roux,

i^zd.oriRin. natif de Toulouse, 8c fils d'un pauvre chevalier, s'y rendît célèbre entre

autres par ses chansons, dont il nous reste ^ quelques-unes, 8c que lui inspira

* Caiel, H'istotre des cpmtes de Toulouse, p. 192 ^ Voyez tome V, Chartes & Diplnmes, nca suiv. lîiéros CCCXVI & CCCCLXXXVI.

* Ibid. p. 193 & SUIT. ^ Chronicon Lerinense, part. 2, p. 162.

' Catcl, Histoire des comtes de Toulouse, p« 196; ' Manuscrit de la bibliothè<|ue du roi, n. 722U,

8c Mémoires pour l'histoire du Languedoc, p. loâ. aujourd'hui fonis français, n. 835.

' Ihid,

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC, LIV. XVII. n^i "T 7

' f An 1 1 48

Tamour qu'il conçut /?0£/r la comtesse, fille de ce prince. On cultiva aussi à Toulouse, sous Alphonse, la poésie latine. Pierre le Vénérable, abbé de Cluny *, fait une réponse en versa un religieux de son ordre, moine de cette ville, nommé Raimond, qui, dit-il, avoit fait revivre la réputation des anciens poètes toulousains iii qui lui avoit envoyé diverses pièces de sa façon ^,

LXXXI. — Çnjans d'Alphonse^ Jourdain, comte de Toulouse. — Raimond V

^Alphonse, ses fils, lui succèdent.

Alphonse eut plusieurs enfans de Faydide d'Uzès, s^ femme, Raimond, laîné, né en ii34, lui succéda dans le comté de Toulouse & dans le reste de ses États} mais il paroît qu'il les partagea, ou du moins qu'il posséda le marquisat de Provencç^ par indivis avec Alphonse, son frère puîné. Ce dernier, qui a étjé inconnu jusqu'ici & qu'on a confondu avec Albéric, surnommé Taillefer, fils de Raimond V, son frère, vécut du moins jusques en 1167, comme nous, le verrons dans la suite. Il ne paroit pas qu'il ait laissé postérité* Alphonse-Jourdain eut un troisième fils dont on ignore le nom, & qui mourut jeune. Il fut inhumé dans le cimetière de la Daurade, a Toulouse, où on voyoit son épitaphe^ sur une pierre de marbre qui a été transférée dans le cloître près le chapitre, où elle est appliquée sur la muraille de l'église. Nous avons encore une épitaphe^ d'un autre fils d'Alphonse -Jourdain, nommé Pons, qui mourut le i5 d'avril de l'an i2o3 & fut inhumé dans l'église cathédrale de Nimes; mais il paroît que celui-ci n'étoit pas légitime.

On assure^ qu'Alphonse-Jourdain eut une fille nommée Faydide, comme sa mère, §c qu'elle épousa Humbert III, comte de Savoie. Il est vrai qu'on voit, par un acte^de l'an ii5i, que la femme de ce dernier prince, lequel succéda en 1149 à Amé III, son père, s'appeloit Faydide, mais il n'est marqué nulle part qu'elle fût fille du comte de Toulouse } ainsi ce n'est qu'une conjecture qui cependant paroît tout à fait vraisemblable. Faydide, première femme d'Humbert III, étoit déjà morte en iiSy, puisque ce prince passa alors à de secondes noces. On donne ^ encore une autre fille à Alphonse, & on la à\t Jemme de Roger, vicomte de Bé-^iers, fils de Raimond-Trencavel 6» père de Raîmond-Roger; mais on se trompe : Adélaïde, femme du vicomte Roger, étoit petiie-fille 6c non pas fille d'Alphonse-Jourdain. Enfin un généalogiste^ met au nombre des enfans d'Alphonse-Jourdain un prétendu Béraud, qu'il fait vicomte de Lautrecj mais outre qu'il n'en donne aucune preuve, il est

* Pierre le Vénérable, 1. 4, Epist, 23. ^ Catel, Histoire des comtes de Toulouse, p. 198.

• Voyer , au tome VII de ceuc édition , la Note * Tome V, Chartes & Diplômes, n. DLIII.

sur les troubadours à la cour des comtes de Tou- ^ Guichenon, Histoire généalogique de la royale

louse. ^ maison de Savoie, t. 1, p. iSp.

' Voyez tome IV, à la fin de la Note L, la recti- ^ Ibid, t. 3, p. 4t.

fication que dom Vaissete a insérée dans le tome V, ' Labbe, Table généalogique, p. 468.

p. 68 1, col. I, de rédition originale. ^ De la Roque Harcourt, 1. 11, p. i334 & luiv.

^^^^ ^ 758 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC* LIV. XVIl.

certain que Sicard, vicomte de Lautrec, contemporain d'Alphonse-Jourdam, laissa des fils qui lui succédèrent Se qui laissèrent postérité.

Ce comte eut un fils naturel & une fille naturelle qui le suivirent à la Terre Sainte, ainsi qu'on Ta déjà remarqué. Un ancien auteur' cir parle en ces termes, sous Tan 1148 : « Après la mort d'Alphonse, son fils, qui étoit « encore en adolescence, se jeta dans un château du comte de^Tripoli, /on « cousin germain {patruelis)^ ou plutôt son neveu à la mode de Bretagne, & « fut fait prisonnier avec sa sœur par la trahison de ce comte, d Nous apprenons d'ailleurs que ce fils d'Alphonse s'appeloit Bertrand, qu'il n'étoit pas légitime, qu'il fut pris par les Turcs avec sa soeur, & qu'il fut enfin délivré de leurs mains. « L'empereur * Manuel Comnène s'étant rais en marche, « en 1 iSç, avec le roi de Jérusalem, dît Guillaume de Tjr, poubr aller assiéger « Alep sur Noradin (Nour-ed-Din), envoya des ambassadeurs à- ce prince « infidèle 8c obtint, par leur moyen, la délivrance de Bertrand, fils naturel « du comte de Saint-Gilles, Se de quelques autres captifs, y La même chose est rapportée par un historien^ g^^c» contemporain, qui appelle homme italien le fils du comte de Saint^GilleSj auquel Noradin accorda la liberté en cette occasion, ainsi qu'au mahre des templiers & à plusieuiis autres per* sonnes de distinction. Il les avoit faits prisonniersj ajoute-t^il, quand les All^ mands 6c les Génois avoient tait leur expédition en Asie, c'cst*à-dire en 1148* Ainsi Bertrand demeura onze ans en esclavage parmi les Turcs. C'est tout ce que nous savons de lui. Quant à la fille naturelle d'Alphonse \ Noradin, prince d'Alep, de sa captive en fit son épouse; il en eut un fils qui, après sa mort, arrivée en 1174) lui succéda sous la tutelle de cette princesse. Elle & son fils conclurent alors une trêve de sept ans avec le roi de Jérusalem de qui ils reçurent une somme considérable.

tîu'*p!^H. Alphonse-Jourdain fut le quatrième comte de Toulouse qui mourut à la Terre Sainte, 8c de ces quatre il fut le troisième qui, à 1 exemple de Raimond, son père, 8c de Bertrand, son frère, se croisa contre les infidèles. La croissKJc n'étoît pas encore commencée lorsque Guillaume, son oncle paternel, décéda à Jérusalem, vers l'an loçS. La maison de Toulouse eut aussi la gloire de donner, en la personne des comtes de Tripoli, descendans du même Bertrand, plusieurs autres héros qui se rendirent également célèbres en Orient, par leurs exploits, 8c dont l'histoire abrégée que nous allons reprendre terminera ce livre.

LXXXII. — Retour des croisés^ — Mort de Raimondj prince d'Antiochty

6» de Raimond I, comte de Tripoli.

Nous ignorons le motif pour lequel Raimond I, comte de Tripoli, livra entre les mains des Turcs le fils 8c la fille d'Alphonse, comte de Toulouse,

' Appeni. ad Chr^n, Sigi^ertî, p. 469, cd. i583. * Jean Cinnam, ^I^répta, I. 4, p. 109.

' GuiUaume de Tyr, 1. 18, c. 26. * Robert du Mont, Chronico*, ad ana. 1174*

' 7 An 1 1 48

son grand-oncle paternel 5 mais c'est une marque que ces deux princes étoient brouillés ensemble. Raimond avoit succédé, en iiSy, à Pons, comte de TripoH, son père, dont il vengea aussitôt la mort, ainsi qu'on la rapporté ailleurs. Sanguin, prince' turc, lui déclara la guerre peu de temps après, & assiégea sur lui la ville de Raphania ou de Montferrand, située dans son comté de Tripoli. Raimond dépêcha aussitôt à Foulques d'Anjou, roi de Jérusalem, son oncle maternel & son beau-frère, qui se joignit à lui pour faire lever ie siège. Le. prince infidèle étant sorti alors de ses lignes vint au-^ devant d'eux, leur livra bataille & les défit, entièrement» Foulques trouva moyen de .se réfugier dans la place, mais le comte de Tripoli demeura prisonnier avec plusieurs chevaliers. Ils furent délivrés peu de temps après par la-valeur du prince d'Antiodtie & du prince d'Édesse, qui, ayant marché vers Montferrandy obligèrent Sanguin à décamper & firent un traité avec lui, par lequel il rendîtik liberté au comte de TripoH &( aux autres prisonniers qu'il avoit faits. Ce comte se trouva ensuite avec le prinjce d'Antioche au siège & à la prise de la ville de Panéade; 6c. lorsque le roi Louis le Jeune, son cousin j piassa à Tripoli^ en 11 48, il le reçut dans cette ville, lui fit tout l'accueil possible & n'omit riea pour l'engager à l'aider à étendre les limites de ses Etats; mais il ne put obtenir sa demande, parce que Louis vouloit aller' auparavant à Jérusalem. Ce refus fut peut-être la raison pour laquelle Raimond n'assista pas à l'assemblée générale qui fut tenue, le 20 de mai de la même année, à Acre ou Ptolémaïde, S^ dans laquelle on résolut le siège de Damas. Il ne paroit pas non plus que le comte de Tripoli se soit trouvé à ce siège, que les princes croisés furent obligés de lever honteusement; mais il y a lieu de croire que les troupes qu'AIphonse-Jourdaîn, comte de Toulouse, avoit amenées dans la Palestine prirent part à cette expédition & qu'elles repassèrent la mer, l'année suivante, avec le roi Louis le Jeune, qui, après avoir célébré la fête de Pâques à Jérusalem, s'embarqua pour retourner dans ses Etats &c débarqua, à ce qu'il paroit^, à Saint*Gilles.

Noradin, successeur de Sanguin, ajant rassemblé une armée formidable, quelque temps après le départ de Louis, vint assiéger un château qui appartenoit à Raimond, prince d'Antioche. Celui-ci se hâta de marcher au secours &c jeta quelques troupes dans la place; mais il eut l'imprudence de camper au voisinage, où Noradin, infiniment supérieur en troupes, vint l'attaquer. Le prince d'Antioche combattit en héros & fit des prodiges de valeur, jusqu'à ce qu'enfin, accablé par le nombre, il fut tué malheureusement dans l'action, le 27 de juin de l'an 1149* Telle fut la fin de cet illustre Toulousain, qui eut pour successeur dans la principauté d'Antioche Boémond III, son fils aîné : il laissa deux filles parfaitement belles, dont l'ainée épousa l'empereur de Constantinople.

' Guillaume de Tyr, 1. 14, c. 26 & suiv. c. 29; 'hi<Spia, 1. 3, c. 14. — Gêna Lud^vicl F7/, c. 17. 1. 1 5, c. 9. ^ Ducheine, Recueil des historiens de France, t. 4,

' Jèid, 1. 16, c. 29 &9uiT. 1. 17.— Jean Cianam, p. 627.

"777^^ 760 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDO'C. UV. XYII.

' Raimond I, comte de Tripoli, son cousin du second: au troisième degré, lui survécut peu d'années. Il conçut de }& jalousie d'Hodierne ', sa femme, £]le de Baudouin du Bourg, roi de Jérusalem, 61 se brouilla avec elle^ Baudouin III, roi de Jérusalem, tâcha de les raccommoder & se rendit pour cela à Tripoli, en liSz, avec la reine Mélîsende, sa mère, sœur d'Hodîerne ; mais nayant pu réussir, la reine, amena avec elle la comtesse sa sœur à Jérusalem. Le comte' Raimond les accompagna jusques au «dehors delà vtile, & à- son retour il fut massacré à la porte par îes Assasins^, peuples du viisînage. lipamlt que ce prinoeconservoit, de même que Pons son pèrei, ou prétendoit-cxH^sener quelque droit sur les domaines queiBertrandy-comtede^ Toulouse, son aïeul, u'iCp]t^5 21 voit possédés en Languedoc. Ildonna^ ein effet^ en 1141, à Huntbert, évêque du Puy Bi à l'église de cette ville, du conseil de Cécile, sa mère, d'Hodieme, sa femme, de Raimond^ 3on iils, 6c de Philippe, son frëre^ en pcésen^ee de son connétable, de son inaréclial^ de ses< barons Se: de plusieurs pr^ats, toutes les ppssessions que ses prédécesseurs avoient. dans leadmtë de Vêlais Nous avons encore une donation 1 du même comte de Tripoli^ d'Hodierne sa femAie, 8c de leur-fils Raimond, datée du mois de janvier de Fan -1146, en ÊSkveur du monastère du Mont-Thabor. Lacté est scellé du sceaxi de oe covtite, dont ndus parlerons ailleurs.

LXXXIII. — Raimond 11^ dernier comte d^ Tripoli de la maison de Toulouse»

Raimond I laissa deux enfans d'Hodierne, sa. femme, savoir Raimond II, qui lui succéda dans le comté de Tripoli, sous la tutelle de cette princesse, & qui n avoit pas encore douze ans accomplis, & MéJisende. Dans la suite celle-ci fut promise en mariage à Manuel Comnène, empereur de Constantinople, qui refusa^ de Tépouser, ce qui engagea Raimond II, qui setoit jeté à cette occasion dans de très-grandes dépenses, à lui déclarer la guerre pour avoir raison de cette injure. Le comte arma plusieurs galères, & setant mis en mer, il ravagea les îles & les côtes de l'empire grec. Il entreprit cette expédition la même année que Baudouin III, roi de Jérusalem, son cousin^ermain, mourut, c'est-à-dire en 1162. Noradin^, quelque temps après, fit une irruption dans le comté de Tripoli, qui ne lui fut pas avantageuse; maïs ayant ramassé déplus grandes forces, il vint assiéger le château de Harenc sur le comte, qui marcha aussitôt au secours de la place avec le jeune Boémond, prince d'Antioche, &

' Guillaume d< Tyr, 1. 17, c. 19; l. u.c. 5. » Voyex tome V, Chartes 8t Diplômes, nu-

* Les Assasins ou Ismaéliens obéissaient à Tau- méro CCCCLIII , la i'* charte citée sous ce nu-

torité d'un prince que les chroniqueurs désignent méro.

sous le nom de Vieux de la montagne. Hs for- * Voytz tome V, Chartes & J3îpl6nes, nu-

maient une secte créée vers l'an 1090 de J.-C. par méro CCCCLIII, la i* charte citée sous ce no-

Hrissan, fils de Sabah, dont les descendants for- méro.

mèrent une dynastie connue sous le nom de dynas- * Guillaume de Tyj-, 1. 18, c. 3i, 53 ^suir.

tie des Assasins. [E. M.J « IhU. 1. 19, c. 8 & suiv.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVII. 761 "l T

' An 1 148

plusieurs autres prin<?es, &c obligea les infidèles à lever le siège. Raimond les ayant attaqués ensuite imprudemment eut le malheur d^être défait dans une bataille qu'il perdit le lo d'août' de l'an iiôS, Si dans laquelle il fut fait prisonnier.

Le comte de Tripoli souffrit^ toute sorte de mauvais traitemens durant sa prison 9 d'où il ne sortit que la hui tième année, c'est'à-<lire, en 1 1 7 1 , après s'être engagé à payer une rançon de quatre-vingt. mille ducats d'or. Il reprit alors le gouvernement de ses^États^ qu'Àmauri, roi de Jérusalem, frère & successeur de Baudouin III) avoit administrés pendant sa captivité. Âmauri étant mort au mois de Juillet^ de la même année, le comte de Tripoli, en qualité de plus proche parent, fut élu régent du royaume durant la minorité du jeune Baudouin IV, fils &i successeur de ce prince. Un historien^ du temps fait, à cette occasion^ le portrait du comte de Tripoli. « Ce prince est, dit^iJ, maigre ft & fluet, mais d'une taille avantageuse. Il a le nez aquilin, les cheveux, plats <( Se bruns^ les yeux vifs. Il est actif 8c prévoyant. Se d'un extérieur composé; « il esc libéral Se afÉa^ble envers les étrangers, sévère à l'égard de ses domes-^ « tiques, médiocrement instruit dans les lettres qu'il a apprises durant sa « priso;i. Il s'applique à l'intelligence des saintes Écritures Se se plah à pro* Cl poser les difficultés qu'il y rencontre, lorsqu'il trouve quelqu'un capable de « les lui résoudre. Il a épousé, en iiyS, Esquive, veuve de Gautier, prince de <( Galilée, laquelle a plusieurs enfans de son premier mariage, que le comte « aime comme les siens propres. » Tel étoit Raimond II, comte de Tripoli , lorsque Guillaume de Tyr écrivoit, en 1 182, le XXI« livre de son histoire.

Ce prince, au commencement^ de sa régence, marcha contre Saladîn, Soudan d'Egypte, qui, après avoir fait une irruption dans la Cœlé-Syrie, s'empara du royaume de Damas sur le fils de Noradin. Raimond fit ensuite la paix avec ce prince infidèle Se entreprit^ en 1Î77, aVec Philippe, comte de Flandres, qui étoit arrivé à la Terre Sainte, le siégç de Harenc, situé à douze milles d'Antîoche; mais ils le poussèrent si négligemment, qu'enfin ils furent obligés de le lever. Le comte de Tripoli se trouva. Tannée suivante, à là malheureuse bataille de Sidon, d'où il s'échappa Se se sauva à Tyr. Il fut de nouveau en guerre, quelque temps après^, avec ce Soudan qui avoit fait une irruption dans son comté. Se fut obligé de faire la paix avec lui. Il se brouilla, en 1181, avec Baudouin IV, roi de Jérusalem 8, à l'occasion suivante : il s'étoit avancé jusques à Giblet dans le dessein d'aller à Tibériade, capitale de la principauté de Galilée qui appartenoit à sa femme. La mère, le frère Se les autres ministres de ce prince, qui étoit attaqué de la lèpre Se peu en état de gouverner, t^fi^^p^^l^ê. craignant que lorsque le comte seroit au voisinage de Jérusalem, îl ne s'aperçût

' Martène» Amplissima CoUeetio, t. i, p. 870 -'' Guillatime de Tyr, 1. 21, c. 8 & suir.

ti scq. ^ IhiJ, 1. 21, c. 19 & 25.

* Guillaume de Tyr, 1. 20, c. 3i. ' Hitl, 1. 22, e. 3.

^ Ibid. 1. 21, c. 1 & suW. * lèid, 1. 2 2, c. 9.

^ Ibid, 1. 21, c. 5.

^„j 3 7^^ HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XVII.

de leur mauvaise administration , résolurent de l'écarter. Dans ce dessein, \\\ persuadèrent à Baudouin qu'il tenoit pour le dépouiller de ses États 6c se feire élire roi à sa place. Ce prince, trop crédule, ajouta foi à ces injustes soupçons & fit défendre à Raimiond de passer outre 8c d'entrer dans ses États; en som qu'il eut la corifusion de' se voir obligé de s'en retourner k Tripoli. Les plus sages du royaume ne doutèrent pas que le comte ne cherchât à se veiiger d'une telle insulte^ 8t' prévoyant les conséquences 'de cette brot»illerie, ih £rem tant pour l'dpaîser^ qu^enfifn il se rendit à Jérusalem stnr leurs in staqiccs, après qu'ils y. eureAt fait consentir le roi comme malgré lui. Ces deux princes, quelque temps après leur réconctKiation , marchèrent' ensemble, en ii83, contre Skladin,- qui avoît rompu la trêve qu'il avoit cemohie avec leroi. Ce dernier Ty avoit en quelque manière obligé par ses démarches) ce qu-H nauroit pas fait, dit un historien du temps:, ^il avoit suivi tes conteJlsds.Raimond, qui, ajoute-t*il^ étoit un prince prudent, habik ftcexpérimenté dans. IWt militaire^ 8c qui en donna des preuves durant cette guerre pendam laqudlç il se distingua* * ' ' : ^

Baudouin* IV désigna ^ouT son successeur % au' mois dé novembre de Kau 1 185^ Baudouin , son neveu / fils de sa soeur, âgé seulement dé cmq ans, & choisft^^ du conseil de' ses barcms, le comte de Tripoli pour administrer le ro^'aume pendant sa maladife Se la minorité du jeune roi. Ce choix fu-i également applaudi des grands Se du peuple^ qui regardoient le comte comme seul capable de gouverner & de rétablir les affaires du royaume qui étoient fort délabrées. C'est ainsi qxre s'exprime Guillaume de Tyr, témoin oculaire, dont la sincérité est généralement reconnue, & qui finit ici son histoire. Tout ce que nous venons de rapporter de Raimond II est appuyé sur l'autorité de ce célèbre écrivain* Les auteurs qui ont écrit après lui parient fort dîvensement de la suite des actions Se de la fin de ce comte. Nous nous a-rrêterons à ceux qui méritent plus de croyance.

Le comte de Tripoli ^ n'accepta la régence du ro^^ume de Jérusalem, dit un de ces auteurs, qu'aux conditions suivantes, savoir : i^ qu'il ne seroit pas chargé de garder la personne du jeune roi Baudouin, afin d'éviter tout soupçon^ en cas que ce prince vint à décéder pendant son administration { i^ que les chevaliers de l'Hôpital Se du Temple auroient par la même raison , durant ce temps-là, la garde de tous les châteaux & de toutes les forteresses du royaume; 3<»que pour la sûreté du remboursement des dépenses qu'il seroit obligé de fiiine pour le bien de l'État pendant sa régence, on lui donneroit une place du royaume en engagement ; 4^^ que n'y ayant aucune trêve de conclue avec les infidèles, Se étant obligé par là de se tenir sur la défi^nsive, sa régence dureroit dii ans, afin d'avoir le temps de prendre de justes mesures & à peu de frais, pour leur résister en cas d'attaque j 5^ enfin que si le jeune roi venoit à mourir durant

' Guillaume de Tyr, 1. 21, c. 14^ t5, 22, 27. ^ Guillaume de Tyr, apmd D. Marten. CdUçti»

* IhiJ» 1. 22, c. 3o. ûmplissima, t. 5, p. 53^ & »e^.

' Ibidf 1. 23, c. it

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVIL 763 "TT^ljr

cet intervalle, il continueroit de gouverner le royaume, jusquà ce que Iç pape, TempereUr d'Allemagne 6c les rqis de France et d'Angleterre eussent décidé à laquelle des deux sœurs de Baudouin IV, Sybille ou I^abelle^ appar-* tenoit le royaiïme de Jérusalem } le droit de la première^ quoique rainée, étant litigieui parce t{u'elle n'étott pas née, comme l'autre, dans le temps que le roi Amau ri leur père étoit sur le trône. Baudouin IV. &. tous les grands-du royaume, ayant accepté volontiers tous ces articles^ que le comte de Tri poli, ne demanda que pour conserver la paîfx dans le -royaume en cas que le jeune Baudouin vînt à mourir, çln convî'nt que Josselin, comte de* Joppé, grandoncle de ce dernîery l'amèneroit avec, lui là Acre, qu'il se chargeroit de sa garde 6c de son éducation, 6t qu'on donneroit au coiate de Tripoli la.viUede Béryte en engagement pour' la! sûreté qu'il' avoit demandée* Tout étant ain»si réglée, Raimond prit radmintstration du royaume, i . ' , . . .

Il arriva,rau commencemeiit dé sa régence, une: extrême sécheresse , ce qui engagea ce pri:n:ce à. conclure une trêve de.quatrq ans avec fies 34ti;rasin$ , du conseil de tous les barons, pour empêcher par là ces infidèles de profitç-r de cette conjoncture & de porter la guerre dans le royaume. Baudouin IM étant décédé vers la fin de l'aniiiSS, le jeune Baudouin Y fut couronné solenrt^HementjSi tous les vassaux du royauihe luir firent hommage* Lé comte def Tripoli' lui ^^à.on^n. rendit le sien en qualité deinégent Si demandai en mêm'e temps à ^us )e& barons & chevaliers du royaume lerenouvelleitiieait de.laprùîBessecfuils lui.avoÂent déjà faite pour la succession à la couronne^ en cas que jce prince vint à m<nirir durant les dix ans de la réfgence, ce qui. lui fut unanimement raccordé; aprèls quoi le comte Josselin ramena avec lui .le nouveau roi à Acre ou Ptoléraaïdeî oïl ce jeune prince mourutau mois dîe septembrede l'an ii86.

Après sa mort il s'éleVa un^grand différend dans le royaume au 5ujet de sa succession '« Sybille y comtesse de îoppé, fille ainée du feu roi Amauri £( Gui de Lusignan, son second mari, soutenus du patriarche, du maître de^ templiers &c de quelques autres, s'emparèreht de Jérusalem, fen firent fermer les portes & se firent couronner reine & roi de cette ville en l'absence du comte de Tripoli, des princes & des barons du. pays qui refusèrent de Içs reconnoitre, conformément aux conventions dont on a déjà parlé* Saladin^ ayant appris ces funestes divisiojris, résolut d'en profiter. Il mit sur pied une armée formidable, au printemps de l'année suivante, H s'étant approché de la Galilée, il détacha sept mille hommes pour aller faire le dégât dans cette province. Ce détachement y pénétra le i*' de mai de l'an 118I7 & étendit ses courses jusques à Nazareth, où les maîtres du Temple &ç de l'Hôpital se trouvoîent alors. Le roi Gui les envoyoit au comte de Tripoli qui étoit à Tibériade,. pour conclure la paix avec lui, afin de se joindre ensuite contre Saladin. Ces deux grands maîtres marchèrent aussitôt avec quelques-uns de leurs chevaliers, & ce qu'ils purent rassembler de troupes, contre le détache-

' Raoul de Coggeshale, apud D. Marten. Collectiç ampUsiima, t. 5, p. 588 & seo.

ment de rdrmée turque qu'ils combattirent d'abord avec assez de valeur, mais ils furent obligés de céder au nombre après une perte très-considérable. Le mattre des hospitaliers demeura sur la place 5 celui des templiers eut le bonheur de se sauver.

Le comte de Tripoli 'eut un chagrin mortel de cette défaite & dit dans sa douleur : u Afin qu'on he croie pas que ce malheur est arrivé par ma faute, « oii à ma sollicitation, j'irai me soumettre au roi, à la reine & aux seigneurs « de Jérusalem, 8c j'obéirai entièrement à leurs ordres. » Les archevêques de Tyr & dé Na:îareth, & le maître du Temple, qui avbient été envoyés pour négocier avec lut, dépêchèrent aussitôt dans cette capitale pour y feire savoir les bonnes dispôsîHons du comte, son départ pour aller se soumettre & la douleuf quil avoit de la mort du maître de l'Hôpital & des autres. Ils prièrent en mêitie temps le foi de venir à leur rencontre, afin de faire connoître de Son c3té Combien \\ cherchoit la paix. Gui partit aussitôt, 8c ayant rencontré Raimond dans la campagne de Béthanie, ils descendirent tous les deux de cheval du pltts loin qu^ils se virent, 6c s'embrassèrent tendrement en présence des évêques, des chevaliers du Temple 8c de THôpitai, des barons du pays, 8c d*un nombre infini de peuple qui étoit accouru. Ils entrèrent ensuite dans Jérùsaleiîi, 8c le comte de Tripoli ayant fait son homtnage au roi &: à la reine, ils se ^concilièrent parfaitement 8c se pardonnèrent tous leùfs griefs de part 8c d'autre. Le comte retourna ensuite à Tibériade, oii il manda toutes les milîées du comté de Tripoli 8c delà principauté de Galilée, 8c le roi demeura à Jérusalem pour y assembler les siennes 8c marcher ensuite contre les infidèles.

Ces deux princes s'étant rejoints avec toutes leurs forces dans la vallée de Saffarîe, leur armée se trouva forte de douze cents chevaliers 8c d'environ dix-huit mille fantassins. Saladîn de son côté après avoir passé le Jourdain, mis le feu aux moissons 8c désolé toute la campagne, s'approcha de Tibériade 8c entreprit le siège de cette place, le jeudi 2 de juillet de l'an 1187. La comtesse de Tripoli k qui elle appartenoît 8c qui y étoît restée avec peu de monde, dépêcha aussitôt au roi 8c au comte, son mari, pour leur demander du secours. Dutant ce message elle né put empêcher la prise de la ville, oii Saladin mit le feu, ce qui obligea cette princesse de se retirer dans le château. Ce prince infidèle en différa l'attaque, comptant de la prendre quand il voudroit, & se disposa à marcher contre l'armée chrétienne qu'il résolut de combattre. Cepent.^îi\**p!458 ^^^^ ^^ ^^^ ^"* ayant appris le siège de Tibériade, assembla le conseil de guerre pour délibérer sur ce qu'il y avoit à faire. Tous les avis alloientà marcher dès le lendemain matin au secours de la place, lorsque le comte de Tripoli prenant la parole, dit : « La ville de Tibériade m'appartient', & aa Cl femme y est dedans^ ainsi personne n'a plus d'intérêt que moi de la secourir:

' Raoul de Coggeshale, apud D. Marten. Collectio * Raoul de Coggeshale, apud D. Marten. ColUcfi-

amplisiima, t. 5, p. 588 & sc<]. amplissima, t. 5, p. 588 & sec[. — Guillaumt ds

Tyr, même recueil, t* 5, p. 602.

u cependant je ne suis pas de ce sentiment, &c je nç crois pas qu'il faille u quitter un camp où noxxs avons de Teau 6c tous les vivres uéce^aires pour, « aller traverser un désert aride 8t nous exposer à. périr. de soif dans une u saison brûlante. Les infidèles ne sauroient venir nous attaquer san^ s exposer « au même inc9nvénient3 attendons-les donc de. pied, fermç, puisque nqus « savons que leur résolution est de venir à nous. II. nous serg, aisé, lorsqu'ils « arrivçroqt fatigués, 8c manquant de tout,. de les vaincre, ayqc des.tfoupes c( toutes fraîches Sc.postéçs dans un lieu, où nous. avons toutes cl>p?jes en fib^on- « dance, 6c un asile a,ssuré en cas d'accident 4ans le§ places; des environs.,)! Par malheur l'avis du comte de Tripoli ne fut pas suivi, 6c ses ennemi^ furent assez injustes pour laccuser de T^^voir donné à ,^\auyaise, intention. Le maître du Temple, qui étoit le princippl, fut trouver. Ip roi Iç ^pir. mênie, 6c a;^ftUt pris en particulier, ce prince, sur Tesprit duquel .il avoit un très-g.ran.4 ascendant, i^l lui persuada . qu'il étoit plus à propos daUejf ^ 1^ rencontre d,es, ennemis, ce qui précipita larnuée daij^ le dernier dps m^heurs. .., ,

On décampa' dpnc le lendemain, vendredi 3 de juillet» Le, comte, de Tripoli eut l'avant-garde, conjàrmément à la dignité de son r^ng ; le rpi se mit dans le centre,. 6c les templiers formèrent l'arri^rei-gardef L'armée arriva ainsi à trois milles de Tibériade où on fut obligp. de fajfe halte^ tant paxce que les troupes, accablées de soif 8c de lassitude^ n'en pouvoient, plus, .que parce que les infidèles les harceloient de toutes, par,t^^ Le, comt^ fit. bientôt après prier le roi de faire avancer l'armée jusqu'à la. mer cle Galilée, qui n'étoit plus qu'à un mille, afin d'avoir la commodité, de l'^u* Comme on se dispospit à marcher, les Turcs attaquèrent lavant-garde 6c la mirent en désordre, ce qui détermina le roi à camper dans cet endroit, 6c }\ ordonna aussitôt qu'on dressât les tîntes. L'armée chrétienne souffrjt extrêmement pendant toute, la. nuit d'une soif ardente que les soldats ne trouvoient aucun moyen d apaiser, 6c que les ennemis augmentèrent beaucoup par un grand nombre de feux qu'ils allumèrent exprès autour du camp.

Le lendemain, samedi 4 de juillet, le sultan Saladin ayant rangé son. armée dès la pointe du jour, se disposoit à attaquer les chrétiens, lorsque ceux-ci s'étant mis de leur côté en ordre de bataille, firent un mouvement pour tâcher de s'approcher de la mer de Galilée, afin d'y étancher la soif qu'ils souffroient, 6c qui les avoît mis aux abois. Le comte de Tripoli, dans le dessein de se saisir le premier d'un poste que les ennemis vouloient occuper, s'avança aussitôt avec sa cavalerie soutenue par l'infanterie, qui avoit ordre d'écarter les infidèles à coups de flèches. Dans ce temps-là Saladin ayant donné le signal du combat, marcha à la tête de son armée 6c attaqua le comte, dont l'infanterie se débanda pour gagner le haut d'une colline. Le roi 6c les évêques, alarmés de ce désordre, font tous leurs efforts pour tâcher de rallier ces troupes 6c les ramener au combat} mais c'est en vain : les soldats harassés

' Haoul de Coggcshale, apui D. Marten. ColUctlç amplissima, t. 5, p. 588 8c seq.

^^,, g 766 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. L!V. XVtl.

êc brûlant de soif déclarent qu'ils ne sont pas en état de combattre 6c refusent d obéir. Les hospitaliers & les templiers, qui étoient à l'arrière-garde avec le resté de la cavalerie, se défendent cependant avec beaiicoup de valeur, mais ils sotlt enfin obligés de plier, accablés par le nombre, sanà que le roi dont ils imploroient le seoours fût en état de les soutenir; Le comte de Tripoli, qui se battbît toujours à l'aVant-gafde avec une partie des chevaliers, & que les ennemis avoient enveloppé, vo^'ânt q*u4l ne liiî étoit pas'pdssible de rejoindre le grcs de l-armée, cherche alors soh salUt dans fa fuite & est assez heureui fout ^e sauver j avec plusieurs seigneurs de marque, à travers les rochers' & les défilés. Le reste de l'armée fût bientôt après entièrement défait : le roi y demeura prisonnier avec le makre des templiers, !é marquis de Monfcmt, Tévêque de Lidde, Sec, 6c les infidèles se saisirent de la vraie <:roix qu'on portoit dans le camp* Le lendemain Sàladin sOTnmà lacomtesse de Tripoli de uu'*p!% '^^ rendre le château de Tibériade, ce qu'elle fut obligée dfc feirc. Tout ce qu'elle put obtenir fut la liberté de se retirer où die voudrait. • Tel est le récit fidèle que nous a laissé un auteur contemporain *, témoin oculaire 8c nullement suspect de cette mémorable journée, qui fut suivie de te perte de Jérusalem 6c de presque toute la Palestine. Son témoignage est appuyé de celui d'un historien arabe, auteur grave & exact, qui a écrit la vie de Saladin dont il avoit toute la confiance, 6c qu'il accompagna dans la plupart de ses expéditions. Voici ce que rapporte ce dernier historien * : « Saladin « ayant rassemlplé toutes ses forces ^ rangea son armée 6( s'avança vers les . ft ennemis, qui, sur le bruit de sa marche, s'étoient rendus dans la campagne « de Sapphora 6c le territoire de Ptolèmaïde. Il poussa ce jour-là, qui étoîtun « vendredi, jusqu'au lac de Tibériade, auprès d'un village nommé Alsûbaira, « 6c alla camper, le mercredi suivant, en ordre de bataille au couchant de la a ville de Tibériade où il attendit les François. Comme il vit qu'ils ne fkisoîent tt aucun mouvement, il attaqua cette vilk avec sa cavalerie, après avoir laissé a le reste de ses troupes dans le camp pour faire tête à l'ennemi. Il emporta « Tibériade d'emblée, la pilla 8c y mit le feu; mais la citadelle se défendit. « Les chrétiens, sensibles k cette perte, se mettent aussitôt en marche, dans la « résolution d'en tirer vengeance. Le sultan, averti de leur dessein, s'avance « de son côté. Les deux armées se rencontrent, sur le soir du jeudi, ven le « côté occidental de la montagne de Tibériade, mais la nuit les empêcha de « rien entreprendre. Le lendemain à l'aurore le combat s'engagea auprès du « village d*Allubia 6c fut extrêmement sanglant pour les chrétiens, dont les « musulmans firent un horrible carnage. La nuit sépara les combattans, Biles <( deux armées demeurèrent sous les armes jusqu'à la pointe du jour du samedi « suivant que l'action recommença. Les musulmans, qui avoient le Jourdain « derrière eux 6c les ennemis en face, se voyant dans la nécessité de vaincre.

* Raoul de Coggesliale, apuJ T>. Marier.. Coîîectio * Bokadin, f^e de Satadtn, c. $4 în suÎt, p. ^

ar.jpUssima, t. 5, p. 5iî 81 seq. 81 suiv. édition de Leyde; 1732.

H font alors un dernier effort. Leurs deux ailes donnent de concert avec le K centre sur les chrétiens 6c jettent la terreur parmi -eux. Le. comte de Tripoli, « Tun des plus braves & de^ plus forts entre les sîens, prévoyant l'entière « déi&ite de rarméechrètienne, n'eut aucun égard à. la grande, réputation de « valeur qu'il s'étoit acquise jusqu'alors, & sans se donner la pein^ de se mettre (t en bçi taille -Sc.de. se présenter au combat, il prend la fuite dès lecommence- « ment de. l'action & tire vers Tripoli* Un fiorps de musulmf^ns. se met à .sa « poursuite, m^ais il se sauve seul ; en sorte que par sa retraite VarmU miuulr <t mane nci plus rien à craindre, ni. de la ruse ni de la malice, de ce capitaine. « Alors le suUan. ayant ri^nfermé lesj ch.rétiens. pomme dans les., toiles d'un « chasseur les taille en pièces* Une partie d'entre eux veut qhjercher son= salut « dans la fuite ) ;nç^is ils spnt poursuivis si vivement, qu'il, n'en échappe p^^ c< un seul. Les,ai|tres se réfugient sur une colline aupçès du. village d'Â^irrm. « Les musulmans les environnent, & ayant mis le. feu aux forêts voisine3^ les « forcent enfin à, se rendre vplpntairement.Xeç principauic furent mis aux fersy tt & le feste fu^ mîLfisacré. pu f^it Qsclave^ Lie roi Qepffroi , son frère., ,8tc., « demeurèrent prisonniers. Quanit aux autres. chefs, voici que) fut leur sort.* « Le comte de Tripoli ', après ?on arrivée dans cette vi}}e, mourut de pl^eurésie « par >ine, punitipu divine» Le sultan condamw i mort les iii3Ure^ des hosr tt pitaliers * 8t des templiers, &c. »

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' Bohadin , f^U de Salûdin, e. 34 & stiW. p. fo, ' Kous croyons derptr insérer à la £n.de ce liyre une lettre, du 4 août 17Ô1» qui fut adressée par M. Raybaud d^Arles à dont Vaissete, peu de temps après la l^uMicàtîon dti dernier- ▼olume de VHis^ toire générale de La^guedott EHeçott tient plofieuiaf rectifications ou remarques importantes relativement à ce que les Bénédictins ont avancé sur l'histoire de Pordre de Saint*-Jean de Jérusalem :

w II y a plus de trente an$ j'iai foumi à dam Gabriel Mardand tout ce que )t pouvois savoir sur tout ce qui regardoit Tordre de Malte. J*ai reconnu, en lisant votre histoire, des pages presque entières qui en provencàent^ mais j'étois alors asses feune^ & plusieurs articles que )e lui donnai n^étoient point de la dernière e^ctitude... Depuis ce tempslà j'ai eu le moyen de visiter, non-seulement les archives du grand prieuré de Saint^Gilles^ mab encore celles du prieuré de Toulouse & )'ai vu le» titres ori|pinaux. Je me suis aperçu de quelques erreurs & )'ai fait en même temps de nouvelles découvertes. Je prends la liberté de vous les envoyer, îe souhaite qu*elles puissent vous être de quelque utilité.

« Page 36i [du tome II de rédition originale;-* tome III, p. 601 de cette édition], vous parles de la fondation du grand prieuré de Saint-Gilles &vous rapportez Topinion de Naberat en .son Sommaire des privilèges de l'ordre de Saint- Jean qui,^ p,irlant

de la boUe dtf pape-Pascal II, de Van if t^y pè il fstfait mention. de la. maison ou h6pit«} de.^arnt'» Gillc», rapporte qu'il est dit qu'elle fut fondée par Raimond, conite de Toulouse. Cependant il n'en est pas paHé dans cette* bulle. -Vorus suires cette opinion Bi voue ajoutez pourtant que ce pounroit être le cpmte Bertrand, son fils$ m^is cela nV»t pas probable, parce que, suivant les preuves que j'ai rapportées dans mon histoire manuscrite du grand prieuré de Saint-G^Ues^ cette Jmaisoin fq« établie di» vivant du comte Raimond, mais on ne trouve nulle part que ce prince en soit le fondateur. Ce fut le grand maître Geraud, qui vint en France au commencement de 1101, fil ce fut la pmmière maison' qu'il établit dans le royaume. Je l'appelle Geraud 8c non point Gérard, parce que. tous les titres anciens qui parlent de lui, même la bulle de Pascal II, l'appellent Cesaldus.

. a Vous dites, à la page S6i {tDv»e III» p. 601 &^ 6o5 de cette édition], que les hospitaliers de Saint- Gilles étoient gouvernés par un prieur nommé Arnaud; mais |e dois. vous faire* remarquer qu'il y avoit déjà un prieur établi au commencement de ce siècle.

« Vous ajoutez que Gausfred ou GeoflTroi étoit prieur en 11 65 & que ses successeurs prenoient le titre de commandeur, comme il se voit par les privilèges que Raimond V, comte de Toulouse, accorda, en 1177, à l'Hôpiul de Jérusalem... 8c. à.

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On voit par le témoignage de ces deux auteurs contemporains, & par celui de quelques autres historiens arabes, le peu de fond qu'on doit &ire sur

Pierre Gautier, commandeur du même Hôpital de Sainc-Gîlles. Je vous ferai remarquer qu^il y avoit alors un prieur & un commandeur $ ce dernier étoit la seconde personne & gouvernoit la maison lors de l'absence ou du décès du prieur.

R Vous ensei|^ez, à la page 363 [tome III, p. 604 de cette édition], qu'Âmiei, évêque de Toulouse, accorda, en 1120, aux hospitaliers de Saint-Jean, Péglise de Saint-Remi où ils s'établirent. C'est «ncore un mémoire que j^avqis donné àdom Mardand sur la foi de ce qui est dit dans un catalogue des commandeurs & grands prieurs de Toulouse, composé par feu frère Bernard Estival, prêtre de Tordre de Saint-Jean, que )^vois connu; mais, depuis ce temps-là, j*ai vu Toxiginal de la donation de réglise de Saint-Remi, qui fut faite à frère Geraud, prieur de Saint-Gilles, différent du grand maître de ce nom, par Tostt de Toulouse, Quile, sa mère. Ponce, son époux. Si leurs enfans, en présence d*Amélius, évéque de Toulouse, d'Arnaud- Raimond, prév6t, & d'Aicard, archidiacre. La date de l'année n'est pas marquée; il est dit seulement i « Faettt donatiù tempore Lodoieo Franeorum rege & « Guillelmo Pietavensi, Tolosano comité & Philippa « commitissa sma UMore, Facta earta in metist madii m Muh die feria IF^, » J'ajoute que cet acte ne peut avoir été passé en 1120, parce que, comme vous l'avez remarqué page 389 du mime volume [tome III, p. 648 & 649 de cette édition] , Alphonse chassa Guillaume de Poitiers qui, pendant la Jeunesse dudit Alphonse, s'étoit emparé du comté de Toulouse. Ce qui fut fait pour le plus tard en 1 lao. Ainsi, puisque lors de cette donation Guillaume régnoit encore, elle ne peut avoir été faite pour It plus tard qu'en 1119.

« Vous avances, à la même page [tome III, p. 604 de cette édition] , que Tévéque Amiel permit. Tan 1121, à Gérard, pri«ur de l'Hôpital de Saint- Jean, d'acquérir des biens-fonds dans son diocèse, preuve que ce grand maître de l'ordre ne mourut pas en 1118, comme on le prétend communément. Geraud, nommé dans cette charte, étoit le prieur de Saint^Gillet, dont )'ai parlé ci-devant| il portoit le même nom que le grand maître. D'ailleurs, il ne pouvoit pas être ce dernier qui étoit mort en 1 120, comme on le voit par la Chro^ ni^ue de Maillerais,

(( Guigues, comte de Forcalquier, avoit donné, en 1 147, à l'ordre de Saint- Jean, la ville de Manosque en Provence; Adélaïde, femme de Sicard, vicomte de Lautrec, s«ur de Guigues, se départit des droits qu'elle avoit sur cette ville, moyennant soixante-quinze marcs d'argent qu'elle reçut de

frère Gaucelin d'Azillan, grand prieur, par un acte du 1^' octobre 1 1 52. {Cartulaire du grand prittri It Saint-Gilles, p. 160.) Vous ne parlez pas de cette dame. Je compte que Sicard étoit le quatrième du nom.

« Au tome II, Note LV, p. 644 8c suiv. [tome IV, p. 234 & suiv. de cette édition], vous rapportez ui\ acte, du 4 octobre Ii63, par lequel Ermenprde, vicomtesse de Karbonne, confirmée Tabbaye de Quarante dans la possession de la moitié du chsteau de Colmérac, eft présence d'Arnaud de Montescot, maître de l'Hôpital de Jérusalem, d^oii vous concluez que ce dernier étoit grand maître de l'ordre de Saint-Jean. Agréez que i'aye l'honneur de tooi représenter que d'Azillan n'étoit point grand maître & ne l'a jamais été. Pour le prouver il faut remarquer qu'anciennement, dans cet ordre, on donnoit le titre de maître de l'Hôpital (en cermesabsolus^i des personnes qui s'étoient rendues recommandâmes par de belles actions. Le même Gaucelin d\Vzillan est qualifié maître de l'Hôpital en termes assoles dans une donation Cùte à l'ordre par Ermengarde de Saisac, l'an ii6i« (Archives du grand prieuiè de Saint-Gilles, armoire de la comnandcric de Cressan, liasse du d<imeine de Saint-Nazairc, n. ^,) Frère Guilhard Aiaeri, qui stipula dans cet aae, est aussi qualifié maître de l'ordre, il n'étoit pourtant'que ^rand prieur de Saint-Grilles. L'uss^ede donner le titre de maître de l'ordre à de simples particuliers s'observoit aussi à Jérusalem. Dans une donation faite à l'ordre, au mois de janvier ii3ç, par Roger des Loges, d'une gastine 00 pâturage, da consentement de la princesse Adélaïde, sa da1B^ vtuve de Boémond II, prince d'Antioche, il est in qu'elle fut faite in manu domini Stephami kospitthi Jérusalem moMistri. (Archives de la c^ncellene de Malte.) Cet Etienne n'étoit cependant pas grand maître de l'ordre. Cette dignité étoit alors possédée par frère Raimond du Puy. Il s*en trouve d'autm exemples.

« Les templiers observoient la même chose. Dans la permission que Raimond, abbé de Saint-Gilles, donna, en 1169, à frère Arnaud de Tarroice, maître éc* maisons du Temple en Provence & cfi AragoA, de bitir une église à Saint-Gilles, il er qualifié maître du Temple de Salomon en ternes absolus. (Archives du grand prieuré de Saint-GiUcs, liasse des églises, n. 2.)

ff Frère Pierre de la Rovère, maître de Pronnc Si d'Aragon, est qualifié maître de Tordre dans une donation faite en 1 142. (Archives du grand prieure de Toulouse, liasse de La Clau, n. 1.) D'ov Ica doit conclure qu'Arnaud de Montescot ti'iicn

divers auteurs postérieurs, qui accusent le comte de Tripoli d'avoir livré en cette occasion rarmée chrétienne à Saladin par une trahison des plus noires^ crime horrible , auquel ils ajoutent des circonstances qui sont également déshonorantes pour sa mémoire*, & que la plupart de nos modernes ont adoptées sans beaucoup d'examen; mais il est aisé* de le justifier sur tous les chefs d'accusation qu'on a formés contre lui.

Ce prince, après la funeste^ bataille de Tibériade, se retira d'abord à Tyr avec le fils du prince d'Antioche & quelques autres seigneurs qui avoient échappé de la défaite. Saladin parut bientôt devant cette place j mais n'osant l'attaquer, il assiégea &. prit Sidon & alla ensuite mettre le siège devant Giblet & le château de Boterin qui appartenoient au comte. Celui-ci, voyant que les infidèles désoloient ses États & menaçoient Tripoli , se rendit par mer dans cette ville dans le dessein de la défendre, mais il mourut quelque temps après en duel, ou d'une pleurésie, suivant l'autre historien ^ qu'on a déjà cité;

Ce comte décéda sans postérité, & en lui finit sa branche, à laquelle Ber-

Anii48

éd. origin.

pasy en ii63, grand maître de l'ordre des templiers.

« Vous dites, mon révérend Père, dans la même note, qu'on ne trotive rien du grand maître Raimond du Puy depuis Vêti ii55; cependant on trouve dans les archives de Malte des titres de lui des années il 56 & iiSy* 11 étoit dans le prieuré de Saint-Gilles, en Languedoc, en Tannée ii57, 8c à Lyon le i5 juillet ii58. (CdrtaUirt du grand prieuré de Sûint-Gilles, p. 174.) Ce grand maître vivoit encore en 1169, comme il conste par les chartes de la chancellerie de Malte.

R Vous doutes de Tcxistence du grand maître Auger de Balbeyi cependant rien de plus certain. Non-seulement il est nommé dans les anciens catalogues des grands maîtres, mais encore il se trouve dans la chancellerie de Malte plusieurs titres de lui , dont le plus ancien est une donation faite à l'ordre par Baudoin III, roi de Jérusalem, de cinquante familles de Bédouins que ce grand maître accepta. (Chancellerie de Malte, n. 69.) Cet acte est du 3 des calendes de décembre de Pannée 1 i6o| & le plus moderne est une concession faite par ce l^rand maître à Raoul Bourdin, d'une maison située rue de Saint-Cosme^ à Jérusalem , en 1162. {Jiid. n. 75.)

a A l'égard de Bertrand de Comps , il ne vécut dans le magistère que quelques mois, puisque Gihert Assaly, son succeueu'r, siégeoit déjà en 1 163. {liid. n. 84.)

a L'ordre des templiers ayant reçu une règle du concile général tenu à Troyes, en Champagne, sous le pape Honoré II, l'an 1 1 28, ils s'établirent bientôt en France & principalement en Languedoc. Raimond Ratier, fils de Toset de Toulouse, son frère 8c tes soeurs, donnèrent au grand maître Hugues

Payen tout l'honneor qui étoit depuis l'iglise do Notre-Dame de la Dalbade jusqu'à la rue, & jusqu'à celle qui alloit devant l'église de Saint-Remesi. Cette donation est sans date, mais elle fut prol>a«> hlement faite L'an 1129. (Archiv. du grand prieuii de Toulouse, liasse des donations, n. 3 de l'ancien inventaire.)

« Alphonse^ comte de Toulouse, donna auvciievaliers dm Temple, le i5 août ii34y un dtplâme par lequei il permit à ses lujets de leur donner dei seigneuries & autres biens, & permit à ceuv-là de pouvoir les posséder, tout de même qu'ils avoient obtenu la permission en Orient du, roi de Jérusalem, du prince d'Antioche & du comte de Tripoli* Cet acte est fait m €uria Sanctae Mariae de Pûdio, en présence de Guillaume, évéque du Puy, de Raimond-Trcncavel, vicomte de Bésiers, & Raimond- Béranger, comte de Barcelone, de GuÂlUvme d^ Montpellier, de Roger de Béciers, de Rostaîng de Sabran, &c. (Cartulaire de la maison du Temple de Saint-Gilles, p. 787, V.)

« Enfin, mon révérend Pare, tous faites mention, page 406, de Humbert, évéque du Puy. Je sub bien aise de vous apprendre quelle étoit sa famille* Dans une acquisition que les templiers firent de quelques maisons dans la ville du l'uy, il est dit que Humbert, fils du comte d'Albon, étoit alors évéque de cette ville. (Archiv. de Toulouse, armoire de Douzains, Cartulaire, lettre D.) Collectien de Languedoc^ t. 187, p. 3o6. » [E. M.]

• Voyez tome IV, ^ote LVI.

■ Ihid.

' Continuateur de Guillaume de Tyr, Martène, Colleetio amplisstma, p. 607 & 609.

^ Bohadin, Fie de Saladin, c. 84 81 suiv. p. 66*

trand^ comte de Toulouse, son bisaïeul, avoit donné rorigine. Il fit son béritier Raimond, son filleul, second fils du prince d'Antioche, qui jouit depuis de tous ses domaines. Ce jeune prince étoit de la maison des comtes de Poitiets, diics d'Aquitaine, 8c arrière-petit-fils, par Raimond, prince d'An tioche, son aïeul, de Guillaume IX, duc d'Aquitaine, 8c de Philippe de Toulouse. Il laissa à sa mort le comté de Tripoli à Boémond IV, son frère, qui unit ce comté à la principauté d'Antioche 8c transmit l'un 8c l'autre à ses descendans, qui les possédèrent jusqu'k^oçrnond YH^ décédé sans enfans en 1287.

Si nous en croyoin» Huguds de 6aitit-Cii^c,-<jui-la écrît-'^ vers l'an 1225, la vie des poètes provençaux, la comtesse de Tripoli, veuve de Raimond II, embrassa la profession religieuse après la mort du comte son époux. Voici ce qu'il rapporte là-dessus dans la vie du poète Geoffroi Rudels. n Geoffroi « Rùdels, dit-il, natif de Blaye, fut grand gentilhomme 8c prince de Blaye. « Il devint amoureux de la comtesse de Tripoli, sur le seul rapport que lui « firent de sa personne les pèlerins qui venoient d'Antioche. Il composa pour « elle diverses chansons 8c eut un si grand désir de la voir, que pour le satisft faire il se croisa 8c passa la mer. La maladie s étant mise dans le vaisseau « duranf le -voypgq, Ç^ffroi, eji, (ut attaqué 8c arriva fort malade à Jripoli, et où il se mit dans une auberge. La comtesse, informée du sujet de son « voyage, l'alla voir, ce qui rétablit un peu ses forces; mais bientôt après il « expira entre ses bras, content de l'avoir vue. Cette princesse le fit inhumer « dans la maison du Temple, 8c pénétrée de douleur de sa mort, elle prit ' « rhabit religieux. » Jean* <!e Nostradam-us rapporté-àpeu^ {nrès les m^c? ciiton^tartcés 8c éri ajoute plusieurs autres qui sont très-douteuses. W prétcml entre autres que Geoffroi Rudels étoit seigneur de Blîeux en Provence, m lieu de Blaye auprès de Bordeaux 3 il ajoute qwe Geoffroi-, duc de Bretagne,

fils de Hénii II, rot d'Angleterre, le retînt quelque temps à sa conr.

'Mâtiutcrit dé la Bibliothèque du roir, n. 721$» • Wd«raéamn$, Vhi its plus tHH/ts & i«f!ci

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