XLIV. — Origine de Vautorité temporelle des évêques de Menie
sur le Gévaudan.
Quelque temps avant ou après ce concile, le roi Louis le Jeune, étant à Paris, donna un diplôme en faveur d'Aldebert III, évêque de Gévamian. Ce prélat, qu'on dit^ de la maison de Tournel, & qui avoit été auparavant prévôt de la cathédrale de Mende, en avoit été élu évêque en ii5i, après la mort de Guillaume III. Un de ses principaux soins fut de conserver ou d'augmenter le domaine temporel de son église; & dans un voyage qu'il fit à la cour, en 1 161, il obtint du roi Louis le Jeune un diplôme que l'on conserve dans les archives de l'évêché, & qu'on appelle la huile d'or^ parce qu'il fut scellé en or. Louis marque^, dans cette charte, w qu'on n'avoit vu de mémoire d'homme « aucun évêque de Gévaudan venir à la cour des rois de France, ses prédéces- « seurs, pour leur jurer fidélité, à cause que ce pays, de difficile accès, avoit « toujours été au pouvoir des évêques, qui y exerçoient non-seulement lau- V torîté spirituelle, mais encore la temporelle; que ce prélat, sachant que la c< justice appartenoit à l'autorité royale, étoit venu reconnoître, en présence « des principaux barons du royaume, que son évêché dépendoît de la « couronne de France 8c que, se soumettant à sa personne, il lui avoit prêté
' Gallla Christîana, t. 3, p. Syi.
* liid, p. 2o3 & teq.
' Conciles, t. lo, p. 1406 & suit.
^ Chronique de Saint-Pom, p. aa«
' Conciles, t. 10, p. 1406 & suit.
' Gmllia Christiana, nov. cdit. t. 1, p. 90. ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, na< méro DXXV.
' An iioi
« serment de fidélité. Le roi déclare enfin que cet acte ne préjudicîeroit en (( rien aux droits dont le même prélat avoit joui jusques alors, lui accorde, &c « à ses successeurs, tout l'évêché de Gévaudan avec les droits régaliens, Se veut tt que son église soit libre & exempte de toute exaction. »
Cette charte est le premier & le principal fondement de l'autorité temporelle dont les évêques de Mende^ qui se qualifient comtes de Gévaudan, jouissent aujourd'hui dans leur diocèse ; car on ne sauroit prouver par des monumens plus anciens qu'ils eussent exercé auparavant une pareille autorité sur tout le pays. On a vu, au contraire, par le témoignage tant des historiens du temps que des chartes, que le Gévaudan avoit toujours dépendu de la couronne, & qu'il avoit été gouverné, jusque bien avant dans la troisième race de nos rois, par des comtes & des vicomtes' particuliers qui étoient devenus héréditaires, comme ceux des autres diocèses du royaume. Le dernier comte de ce pays que nous trouvons est le fameux Raimond de Saint-Gilles qui se qualifioit^ comte de Gévaudan. vers la fin du onzième siècle, & qui aliéna peut-être ce comté en faveur des évêques, pour fournir aux dépenses immenses qu'il fit pour la guerre d'outre-raer. Il y avoit encore des vicomtes de Gévaudan dans le temps de la charte de Louis le Jeune ; cette vicomte appartenoit alors à Raimond-Béranger, comte de Provence, qui la transmit à ses successeurs, & qui en avoit hérité^ de Gilbert, vicomte de Millau, son bisaïeul maternel. ^ii®"^â On ne voit pas que ce prince se soit soumis à la suzeraineté d'Aldebert pour la même vicomte, & il paroît d'ailleurs que ce prélat trouva de la contradiction dans quelques seigneurs du pays qui refusèrent de reconnoître sa supériorité. C'est ce que nous inférons d'une lettre qu'il écrivit^ au roi Louis le Jeune, & dans laquelle il lui porta ses plaintes des persécutions qu'il avoit à souffrir depuis qu'il lui avoit prêté serment de fidélité 6» qu^il lui avott soumis son évêché avec ses biens paternels. Il se plaint surtout de son propre frère, qu'il accuse de n'être pas né légitime, 8c à qui il avoit donné une portion de son domaine en fief, après l'avoir fait chevalier ; il l'accuse de s'être associé avec d'autres, & de s'être emparé de deux châteaux de l'évêché. Il implora là-dessus la protection du roi, par un exprès qu'il dépêcha à ce prince, lequel, comme il paroît par une autre lettre ^ de ce prélat, tâcha de le consoler & prît ses intérêts à cœur. On assure^ qu'Aldebert fit fermer de murailles la ville de Mende, qui n'étoit auparavant qu'un bourg '^.
» Voyez tome IV, Vote XXVI, • Catel, Mémoires pour Vhistolre de Langatdoe,
* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- p. 3 09.
méro CCXCVIIl. ' On donnait autrefois le nom de bourg à toute
* Voyez tome IV, Vote XXVI. viUe qui n'aTait pas une enceinte de murailles; & ■* Duchesne, Recueil des historiens de France^ t. 4, c'est en ce sens que dom Vaissete appelle la ville
p. 55i. — Galîia Christiana, nov. edit. t. 1, p. 90. de Mende « un bourg », avant l'établissement de ^ Duchesncy Recueil des historiens de France, t, ^^ ses fortifications, par les soins de l'eTequc Aldep. 688. bert. [E. M.]
An 1161
XLV. — Pacification des différends que Guillaume VII, seigneur de Montpellier, avoit avec Gui, son frère, (/ avec le comte 6» la comtesse de Melgueil, &r.
Louis le Jeune étant à Chaumont donna un diplôme, l'année 1161, la trente-cinquième de son règne, en faveur de Jean de Montlaur, évêque de Maguelonne, qui reçut, au mois de juin * de Tan 1161, le serment de fidélité de Guillaume VII, seigneur de Montpellier.
Il y avoit alors de la division entre ce dernier & Gui, seigneur de Paulian, au diocèse de Béziers, qui se prétendoit héritier de Guillaume de Tortose, leur frère. Cette querelle engagea* Guillaume VI, religieux de Grandselve, leur père, à faire un voyage à Montpellier pour les mettre d'accord, & il les fit convenir d'une transaction , suivant laquelle Gui renonça à l'hérédité de Guillaume de Tortose en faveur de Guillaume VII, qui lui céda de son côté quelques biens pour le dédommager. L'acte fut passé dans la maison des templiers de Montpellier, au mois d'octobre de l'an 1161. Gui de Montpellier, seigneur de Paulian, fut surnommé Guerrejat, & vécut encore longtemps après. Il fut arbitre^, en ii65, d'un différend qu'avoit l'évêque de Maguelonne, & il donna, en 1174, à l'abbaye de Valmagne tous les droits qu'il avoit sur les moulins de Paulian. Jean, qui étoit alors abbé de Valmagne, avoit succédé à Ermengaud, en faveur duquel Guillaume VII, seigneur de Montpellier'*, confirma, en 1161, la donation qu'on lui avoit faite d'un terrain, dans la même ville, pour y fonder une maison de l'ordre de Citeaux, sous la dépendance de cette abbaye.
Guillaume VII avoit alors un différend bien plus considérable avec Bernard Pelet, comte de Melgueil, & la comtesse Béatrix, sa femme. On rapporte de la manière suivante ^ l'origine de leur querelle. On prétend que le comte & la comtesse, soutenus des seigneurs de la Vérune & de Pignan, enlevèrent des marchandises aux habîtans de Montpellier; que ceux-ci eurent recours à la protection de Guillaume, leur seigneur } que ce dernier ayant proposé des moyens de pacification , Bernard refusa de les accepter ; que sur ce refus la guerre s'alluma entre eux; que Guillaume ayant fait le dégât dans tout le comté de Melgueil, Bernard, devenu plus traitable, écouta enfin les propositions de ce seigneur, & qu'ils convinrent ensemble, dans une entrevue, d une trêve de cinq ans &c ensuite de la paix, par l'entremise de Jean de Montlaur, évêque de Maguelonne.
Il est vrai que nous avons^ un traité de trêve conclu pour cinq ans, au mois
' Tome V, CKartei & Diplâmei, n. DXXVIII, la ^ Cartutaire Je Vahhaye de Saîranès.
\^ charte cit^e soui ce numéro. ' Gariel, Séries praesuîum Magalonenstum, p. 2c5.
■ Ihid. n. DXXVI. • Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-
> Ihid, n. DXLIII , la 6* charte citée sous ce méro DXXVII. numéro.
An 1 162
7 An iioi
d octobre de Tan 1161, entre Bernard Pelet & Béatrix sa femme, d'un cjté, 8c Guillaume de Montpellier, de lautre, mais il n'est rien dit dans cet accord des diverses circonstances dont nous venons de parler : il parolt au contraire, par ce que nous rapporterons bientôt, que la guerre qu'ils avoient eue ensemble étoit une suite de la ligue que Guillaume àvoit formée avec le comte de Barcelone 8c le vicomte Raimond-Trencavel, contre le comte de Toulouse, dont le comte 8c la comtesse de Melgueil avoient embrassé les intérêts. Nous voyons d'ailleurs que ce fut Raimond de Montfcrrier qui négocia ce traité de trêve, dans lequel le comte 8c la comtesse de Melgueil promirent d'abandonner Bernard de Pignan ' , 8c ses frères, 8c tous leurs autres alliés.
Les seigneurs de Pignan firent leur paix l'année suivante avec Guillaume de Montpellier* Ils étoient trois frères nommés Bernard, Guillaume 8c Raimond. Le seigneur de Montpellier, pour les indemniser des dommages qu'il éd.oriffin. leur avoit causés, 8c à leurs associés, dans Varmée de Trencavel, en répara^tion d'avoir fait prisonnier le premier 8c détruit le château de Pignan, leur pardonna tout le mal qu'ils lui avoient causé à lui-même durant cette guerre, &c leur donna la somme de deux mille sols melgoriens. Ces trois chevaliers promirent de leur côté de ne plus faire la guerre à Guillaume 8c de ne plus servir avec lui en faveur de personne, excepté lorsque le comte 8c la comtesse de Melgueil, Raimond-Gaucelin (de Lunel), Pons de Besan, Béranger de Sauve, Bernard d'Aymargues 8c Bertrand de Torolle auraient quelque guerre personnelle contre lui. Bernard Pelet, Béatrix sa femme, les chevaliers qu'on vient de nommer, Se quelques autres ratifièrent cet accord 8c se rendirent cautions des seigneurs de Pignan envers Guillaume de Montpellier, avec promesse, en cas d'infraction de. leur part, de s'en rapporter au jugement de l'archevêque de Narbonne 8c de s^es successeurs. Nous inférons de ce traité que le comte, la comtesse de Melgueil 8c tous les chevaliers qui y sont nommés avoient déclaré la guerre à Guillaume de Montpellier, durant celle que Raimond-Trencavel 8c le comte de Barcelone, ses alliés, faisoient au comte de Toulouse, qui par là fit une diversion favorable du côté du bas Languedoc. Il paroit d'ailleurs que Bernard Pelet 8c la comtesse Béatrix, sa femme, étoient en différend au sujet du comté de Melgueil avec la maison de Barcelone ) car le comte de Provence, fils de cette comtesse 8c neveu du comte de Barcelone, s'en qualifioit comte ^ dans le même temps que Bernard Pelet, second mari de Béatrix, héritière de ce comté. Bernard prend, en effet, cette qualité dans divers actes, entre autres dans une vente ^ que lui 8c Béatrix, sa femme, firent en ii58 à Pierre, abbé d'Aniane, 8c dans une donation^ que cette comtesse fit l'année suivante aux pauvres de l'hôpital du pont de Casteinau, en présence de Guillemette de Montpellier, sa mère^.
* Tome V, Chartes & Diplômes, n. DXXIX. ' Tome V, Chartes & Diplômes, n. DXIV, le
' Diago, Histoire des comtes de Barcelone ^ 1. i, i*'*' titre cité sous ce numéro,
c. 168, — GcsttL comitum Barcinonensium, apud ^ Ihid. le 2' titre cité sous ce numéro.
Marcam, * Archires de l'archevêché de Narbonne.
An 1 102
XLVL — Mort de Guillaume VI ^ seigneur de Montpellier, religieux
de Cîteaux.
On a déjà vu que Guillaume VI, ancien seigneur de cette ville, & depuis religieux de Grandselve, vivoit encore au mois d'octobre de l'an 1161, contre le sentiment de ceux ' qui le font mourir beaucoup plus tôt. Il paroîi même qu'il vécut* encore plus d'un an après. Dès que ce seigneur eut embrassé l'institut de Cîteaux à Grandselve, il devint un modèle de religion & de piété. Son abbé l'employa bientôt après à l'établissement de diverses maisons de son ordre, 8c il contribua beaucoup par ses soins, en i i5o, à la fondation de celle^ de Candeil en Albigeois. Il fit ensuite un voyage en Catalogne & fut présent'^, au mois de décembre de la même année, lorsque Guillaume-Raimond de Moncade fonda ^ la célèbre abbaye de Vallaure, aujourd'hui Santa-Cruy sous la dépendance de celle de Grandselve. On assure qu'il fut nommé alors abbé de la première, qu'il la gouvernoit encore en 1164 Sctju'il mourut avant l'an I iSg, sous prétexte que Pierre étoit abbé de Vallaure cette dernière année; mais cela prouve seulement que Guillaume avoit fait alors démission de cette abbaye. Il entreprit^ un voyage, vers l'an iiSi, à Claîrvaux pour y voir saint Bernard, son ami, qui faisoit beaucoup de C:as de sa piété &c de son mérite, & qui lui apparut à Grandselve en ii53, le jour de sa mort. Guillaume, qui étoit alors dans ce monastère, retourna ensuite en Catalogne pour affermir la fondation de l'abbaye de Vallaure, qu'il transféra en iiSy à Santa-Cnq, Il revint peu de temps après en France & fit un voyage à Candeil 7, la même année 11 57. Enfin il se rendit à Grandselve, où il fit depuis son séjour ordinaire. Il y étoit en effet® en 1161, & il y décéda en odeur de sainteté l'année suivante, ou au plus tard en ii63« Les religieux de la maison assurent qu'il fut enterré dans l'église, auprès du marche-pied du grand autel, du côté de l'évangile, avec Guillaume VII, son fils &c Raimond, son petit-fils. On l'a mis au nombre des saints de l'ordre de Citeaux; mais nous ne voyons pas qu'on l'ait honoré encore d'un culte public. Divers auteurs^ l'ont confondu avec un simple frère convers de la maison, appelé Guillaume, qui, quoiqu'il n'eût jamais pu apprendre que ces deux mots, Ave Maria, parvint néanmoins à une éminente sainteté. Guillaume VII, seigneur de Montpellier, confirma'®,' au mois d'août de l'an 1161, l'exemption que Guillaume IV, son Éd. origin. père, avoit accordée par son testament de l'an 1 146 aux religieux de Cîteaux,
' Manrique, Annales Cistcrcienses , ann. iiSy, c. 3, n. 5$ ann. i i5i, c. 6, n. 2f ann. ii53, c S,
c. 5, n. 2. . n. 2. — Vita S. Bemardi, 1. 4, c. i, & se<{.
■ Tome V, Chartes 8t Diplômes, n. DXXVII. ' Voyes tome V,. Chartes & Diplômes, nu-
' Ibid, n. CCCCLXXIX, les deux actes cités sous méro DVII, la 2** charte citée sous ce nuinérc.
ce numéro. * Ibid. n. CCCCXCI, la 2' charte citée sco es
^ Marca Hispanica, p. i3io. numéro.
* Ibid, p. 5o2. ' Manrique, Annales Cistereienses,
^ Manrique, Annales Chtercienses, ann. 1149» '** Archives de Ta bhaye de Val ma «ne.
An 1161
de payer aucun droit ou péage à Montpellier. Il confirma ce privilège en particulier pour la maison de Valmagne : Tacte est daté de la maison de la milice du Temple située devant la place de Notre-Dame de Montpellier.
XLVII. — Arrivée &» séjour du pape Alexandre III à Montpellier^
Guillaume VII fut un des seigneurs de tout le royaume qui se distingua le plus par son zèle & son attachement à la personne du pape Alexandre III. Aussi ce pontife, se voyant obligé de quitter l'Italie & de se réfugier en France, vint-il d'abord à Montpellier, où . il fit un assez long séjour. Alexandre ' s'embarqua àTerracine, au commencement de janvier de l'an 1162, & aborda à Gênes le 22 de ce mois. Il se rembarqua au port de cette ville, le 25 de mars, & aborda en l'île de Maguelonne le mercredi 11 d'avril suivant. Après son arrivée dans cette île, il dédia le grand autel de la cathédrale} mais comme le lieu étoit trop peu spacieux pour se loger avec toute sa cour, & qu'un grand nombre de prélats de France qui étoient venus au-devant de lui l'attendoient sur la côte, il jugea à propos de se rendre incessamment à Montpellier, ville fort peuplée, suivant l'historien contemporain qui nous a laissé le récit du voyage de ce pape. Alexandre fit le trajet de Maguelonne à Montpellier, qui est de près de deux lieues, avec pompe & cérémonie, monté sur une haquenée blanche & revêtu de ses habits pontificaux. L'affluence du peuple qui étoit accouru pour recevoir sa bénédiction étoit si grande, qu'il eut toutes les peines du monde à percer la foule. Guillaume, seigneur de Montpellier^ accompagné de ses barons & de plusieurs chevaliers, alla au-devant de lui & lui servit d'écuyer pendant un mille. Un auteur* du temps ajoute que ce seigneur se reconnoissoit pour vassal lige du pape. Alexandre entra ainsi à Montpellier en procession^ y au milieu des grands du pays qui s'y étoient rassemblés pour le recevoir & qui s'empressèrent de l'aller saluer après son arrivée; il y eut entre autres un prince sarrasin qui lui baisa les pieds avec sa suite, & qui le harangua en sa langue au nom du roi, son maître.
Raimond V, comte de Toulouse, se rendit à Montpellier pour y recevoir le pape, comme ce pontife le témoigne lui-même dans une lettre qu'il écrivit de cette ville, le 29 d'avril^, au roi Louis le Jeune, pour lui donner part de son arrivée. Alexandre se loue beaucoup de l'accueil que ce comte, le vicomte Trencavel , Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, plusieurs autres barons du pays y & tout le peuple, lui avoient fait, 8t aux cardinaux qui étoient avec lui. Dans une autre lettre 5, qu'il écrivit le lendemain à l'évêque de Soissons, il parle encore avec éloge de la magnifique réception que lui avoient faite le clergé 8c le peuple de Montpellier; & dans une troisième^, qu'il écrivit
' Baronius, ann. 1162, Acta Atexamdri III.
* Raoul de Diçay, p. 533.
' Baronius, ann. 1162, Acts Alexandri III,
^ Conciles, t. 10, p. i3t2 81 suiv, ' Ihid. p. l3l9& SUIT.
* Ihii. p. i356.
An ■■(»
Éd. origin.
quelque temps après au roi de France, il avoue que, dans cette occasion, la vicomtesse Ermengarde lui avoit rendu des services importans.
Alexandre d abord après son arrivée à Montpellier nomma des légats pour aller soutenir ses intérêts à la cour de France auprès du roi Louis le Jeune. Il choisit pour cette fonction l'archevêque de Reims, frère de ce prince, les évêques de Langres & de Senlîs, & Tabbé de Grandselve '. Il écrivît au roi & à la reine, le 21 d'avril, pour les leur recommander. Dans la lettre qu'il adressa au roi , il le remercie de ce que Raimondy comte de Saint-Gillesj étoit venu au-devant de lui , lui avoit fait offre de sa propre personne 8c de tous ses domaines, & lui avoit rendu toute sorte d'honneurs. Il ajoute qu'il en témoignera sa reconnoissance au comte dans l'occasion. Cet article de ta lettre du pape nous donne lieu de conjecturer que Raimond avoit fait d'abord difficulté de le reconnohre, & qu'il ne se soumit à son obéissance qu'à la sollicitation du roi Louis le Jeune, son beau-frère. On verra dans la suite que k comte de Toulouse ne fut pas toujours dans le parti d'Alexandre, & qu'il Tabandonna pour embrasser celui de l'antipape.
Le dimanche d'après -son entrée à Montpellier*, Alexandre célébra pontiâcalement la messe dans la principale église 8c y prêcha en présence d'une inanité de peuple. Dans son discours il rendit compte des circonstances de son élection 8c parla avec beaucoup de chaleur contre l'antipape 8c ses adhérens, qu'il déclara de nouveau excommuniés. Nous apprenons le nom de la plupart des cardinaux qui étoient à sa suite, par la souscription de deux bulles qu'il donna à Montpellier, l'une le 37 de maî^ en foveur de l'abbaye d'Alet, 8c l'autre sept jours après ^, pour le monastère de Salvanés en Rouerguej cette dernière est souscrite par onze cardinaux.
XLVm. — ÇonciU de Montpellier.
Alexandre tint un concile à Montpellier le jour de l'Ascension, 17 de mai, comme il paroît par une lettre ^ qu'il écrivit ce jour-là à l'évêque de Vérone, 8ç dans laquelle il marque à ce prélat qu'il jouissoit d'une santé par&ite, de même que tous les cardinaux} que les archevêques, les évêques, les rois Se les princes s'em^pressoient de \\A témoigner à l'envi leur attachement Se leur vénération, soit par eux-mêmes, soit par leurs envoyés. Parmi les archevêques il nomme ceux de Sens, de Tours &c d'Aix, 8c celui de Narbonne qu'il avoit sacré à Montpellier^ 8c entre les évêques, celui de Maguelonne. Il 'ajoute enfin qu'il avoit excommunié publiquement le même jour, de concert avec tous ces prélats, l'antipape Octavien 8c ses complices, 8c qu'il attendoit le letour des légats qu'il avoit envoyés aux rois de France 8c d'Angleterre. Ce
' Conciles^ t. lo, p. i3i3, i3i6 Stiuir. * fiaronius, Acta AUxaniri lU»
> Archires de l'église d*Alet.
* Voyez tom« V, CkartM & Diptômcs, noméro CXXXI, la i** charte citée sous ca numéro. ' CçnciUîf, t« 10, p. 1367 8l suit.
concile déclara* excommuniés les princes qui ne réprimoient pas les hérétiques, les pirates &c ceux qui fournissoient des armes aux Sarrasins, Si défendit aux moines, aux chanoines réguliers Se à tous les religieux de professer le droit &c la médecine. Raimond de Dourgne, abbé de Saint-Pons de Thomières, se trouva, à ce qu'on prétend, au même concile.
XLIX. — Archevêques de Narbonne. — Départ du pape Alexandre de Montpellier. — Il passe à Alais, à Mende &• au Puy.
On vient de voir que le pape sacra, au mois de mai de Tan 1 162, un nouvel archevêque de Narbonne j c'étoit Pons d'Arsac qui avoit été élu après la mort de Béranger de Narbonne, son prédécesseur immédiat, arrivée* le 7 d*avril de la même année ^ après cinq ans huit mois &• dix-huit jours d*épiscopat ; ainsi c'est mal à propos qu'on met Pons^ sur ce siège dès l'an 1160.
Il est certain par divers monumens qu'Alexandre séjourna à Montpellier jusques à la mi-juillet de l'an 1162, ce qui prouve que ceux^ qui le font partir de cette ville à la fin de mois de Juin se trompent. Il y confirma^, en effet, par une bulle, le 8 de juillet, un accord fait entre le prévôt 8c les chanoines de la cathédrale de Toulouse, d'un côté, & ceux de Saint-Sernin Se Hugues leur abbé, de l'autre, touchant la sépulture des chevaliers de Toulouse. Le pape écrivit^ aussi de Montpellier, le 10 8c le 14 du même mois, au roi Louis le Jeune pour le remercier de la protection qu'il accordoit au Saint-Siège, 8c des lettres que ce prince lui avoit écrites par l'abbé de Saint- Germàin des Prés, son envoyé.
Nous trouvons enfin deux brefs^ d'Alexandre, datés de Montpellier le i*' 8c le i5 du mois de juillet, en faveur de Guillaume VII, seigneur de cette ville, &c ces brefs appartiennent certainement à l'an 1162, quoique dans les copies que nous en avons ils soient datés de la quatrième année de son pontificat au lieu de la troisième. Par l'un, ce pontife prend Guillaume sous la protection du Saint-Siège, en considération des services qu'il avoit rendus à l'Église romaine, 8c fait défense à tout autre qu'au pape, ou à un cardinal légat a latere, d'excommunier ce seigneur 8c de mettre en interdit les chapelles de ses deux châteaux de Montpellier 8c de la Palu, qui dévoient payer chacun tous les ans un écu d'or de redevance au palais de Latran. Par l'autre il déclare à l'archevêque de Narbonne, au chapitre de la cathédrale d'Arles, à leurs suffragans 8c aux évêques de Viviers, de Mende, du Puy 8c de Rodez, qu'il a mis Guillaume &c les habitans de Montpellier sous sa protection, avec ordre à ces prélats de les défendre 8c de les protéger.
* Conciles, t, ïOy "p, 1410 & suit. 'Voyez tome V, Chartes 81 Diplômes, nu-
* Catel, Mém. pour l'hist, du Languedoc, p. 788. méro DXXXI, la 2' charte citée sous ce numéro. ' Gallia Christiana, t. i, p. 377. ' Conciles, t. io, p, i3i6 & i3i8.
* Baronius, ann. 1 162. — Fleury» Histoire eccU" ' Garïtl, Séries praesulum Magalonensium, 2'edit. siastifue, 1. 70, n. 60, &c. p. 21 1 & seq.
An 1164
An 1 162
Éd. origtn.
t. Il, p. 493.
Alexandre ' auroit fait encore un plus long séjour dans cette ville, sî la famine qui dësoloit tout le pays ne lui eût fait prendre la résolution de se rendre incessamment en France. Il partit donc de Montpellier, & passa par Alais 8c par Mende. Il écrivit* de cette dernière ville, le 24 du même mois de juillet, à Hugues, évêque de Soissons, pour le prier d'employer ses bons offices auprès du roi Louis le Jeune, qui s etoit un peu refroidi à son égard, & de l'empêcher de se rendre à la conférence qu'il avoit projeté d'avoir sur son élection avec l'empereur Frédéric I. Le pape demeura quelques jours à Mende 8c il y donna, le 29 de juillet de l'an 1162, une buUe^ souscrite par sept cardinaux en faveur de l'abbaye de Bonneval en Rouergue. IP se rendit ensuite au Puy en Vêlai, 8c arriva à Clermont en Auvergne le I4 du mois d'août, dans le dessein d'aller joindre le roi Louis le Jeune, qui de son coté s'étoit avancé jusques à Souvigni^, dans le Bourbonnois, pouraller à la conférence qu'il devoit avoir à Saint-Jean de Lône, en Bourgogne, avec l'empereur. Le pape alla trouver le roi 8t ils restèrent quelque temps ensemble à Souvigni, comme il paroît par une charte qui est datée de ce monastère^ 8c que Louis le Jeune accorda à l'abbaye de Saint-Guillem du Désert, en présence du pape Alexandre.
L. — Le roi Louis le Jeune prend connoîssance des différends qui étoïent
entre les vicomtes de Polignac &• les évêques du Puy.
Pendant le séjour de Louis à Souvigni , ce prince y jugea un différend qui duroit depuis longtemps entre les évêques du Puy 8c les vicomtes de Polignac, ce qu'il fout reprendre de plus haut. Armand IV, après avoir succédé dans cette vicomte à Pons, son père, mort vers l'an 1112, entre autres vexations qu'il commit dans le pays, établit ^ de sa propre autorité un péage sur les grands chemins qui conduisent au Puy, 8c se servit de ce prétexte pour rançonner tous les pèlerins qui alloient par dévotion visiter la cathédrale de cette ville. Il avoit deux fils, Pons 8c Héracle, qu'il associa à ses brigandages 8c qui commirent avec lui tant de ravages dans le Vêlai, que l'évêque se vit enfin obligé de se mettre en armes, soit pour défendre son propre domaine, soit pour soutenir les intérêts du peuple. Il y eut entre eux plusieurs négociations 8c plusieurs accords} mais la paix ëtoit à peine conclue, que les vicomtes recommençoient leurs hostilités 8c leurs brigandages.
Pons, qui se qualifioit déjà vicomte de Polignac en ii5i, du vivant d'Armand IV, son père, fit un accord^ cette année avec Pierre, évêque du Puy, à qui il donna trente chevaliers en otage pour la sûreté de ses promesses
* Baronius, ann. 1162.
* Conciles, t. 10, p. i3to.
' Archives de Tabbaye de Bonncral.
^ Baronius, ann. 1162.
' Pa^i, ad ann. 1 162, n. 4
' Acta Sanetorum ùrdinis saneti Benedietigtatc.^t part. I, p. 90.
' Bal use. Histoire géméalogi^ me de Im. maison d'ÀU" yergne, t. 2, p. 66.
* ArchÏTcs de Téglite Au Puy.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVIII. SîS ~ 7"
& lobservation des transactions précédentes. La guerre se renouvela bientôt après entre le vicomte Armand 8c ce prélat, & dura jusques à ce que Bernard, évêque de Valence, ayant reçu ordre du pape' Eugène III de pacifier le Vêlai, fit convenir Tévêque & le vicomte d'un nouveau traité, en .ii53, en présence de Guillaume, archevêque d'Embrun, & de Guillaume, évêque de Viviers. Le vicomte Armand & ses deux fils* firent serment, avec plusieurs de leurs vassaux, d'observer cette paix qui fut scellée du sceau de ces trois évêques} mais ils la violèrent peu de temps après, firent la guerre à l'évêque, établirent de nouveaux péages 8c commirent une infinité de ravages 8c de vexations dans tout le pays. Ce prélat tâcha de s'opposer à leurs entreprises 8c convint enfin avec eux d'un autre accord par l'entremise d'Aldebert, évêque de Mende. Les vicomtes jurèrent de l'observer, avec leurs chevaliers 6» vassaux, Se l'enfreignirent presque aussitôt. Guillaume^, comte d'Auvergne, se mêla alors de les accorder j mais ne pouvant se promettre d'établir parmi eux une paix durable, il se contenta de les faire convenir, en 1164, d'une trêve de sept ans, que le vicomte Pons 8c plusieurs de ses chevaliers firent serment de garder, avec promesse de ne plus exiger, pendant ce temps-là, aucun péage sur les grands chemins 8c de rétablir le château de Saint-Paulhan qu'il avoit détrui't. Ce seigneur, peu fidèle à ce nouveau traité, le viola presque aussitôt, ce qui engagea les abbés ^ de la Chaise-Dieu 8c de Mauzac à faire une nouvelle tentative pour pacifier le pays. Ils moyennèrent entre l'évêque 8c les vicomtes un nouvel accord dont nous ignorons les conditions, mais nous ne doutons pas que ce ne soit le même dont parle Aldebert, évêque de Mende, dans une lettre^ qu'il écrivit au roi Louis le Jeune, 8c dans laquelle il marque à ce prince que l'évêque du Puy ayant excommunié le vicomte de Polignac pour avoir continué de lever le péage sur les grands chemins 8c de vexer les passans, ils étoient néanmoins convenus d'un traité, suivant lequel ils dévoient partager les émolumens du péage 8c lui députer pour obtenir la confirmation de ce traité. Aldebert fit tous ses efforts pour détourner le roi de l'accorder 8c se récria beaucoup, dans sa lettre, sur l'injustice d'une convention suivant laquelle l'église du Puy devoit participer aux violences 8c aux vexations du vicomte.
Soit que le roi eût déféré aux plaintes de l'évêque de Mende 8c refusé cette confirmation, soit que les vicomtes de Polignac, accoutumés à ces exactions, eussent refusé de faire part à l'évêque du Puy des revenus du péage, il est certain que leur division^ recommença bientôt après, 8c qu'elle duroit encore lorsque le roi Louis le Jeune, étant venu à Souvigni^, en 1162, les manda éd.orîgin.
* Baluze, Histoire généalogique de la maison à* Au- ^ Baluze, Histoire généalogique de la maison d'An- -vergne , t. 2, p. 66, — Gallia Christiana , t. 3, vergne, t. z, p. 66,
p. 1 182. ' Duchesne, Recueil des historiens de France, t. 4,
* Baluze, Histoire généalogique de la maison d'Aw p. 676.
'rergne, t. 2, p. 66. * Baluze, Histoire généalogique de la maison d'Aw
' Baluze, /^f</. ^ ArchiTes de Tégltse du Puy. — vergne^ t. 2, p. 66 &suiT. Gallia Christiana, noT. éd. t. 2, p. 705. ' Voyez tome VII, Ifote III, n. 2.
An 1162
pour prendre connoissance de leur différend & &ire cesser par son autorité la désolation du pays« Ce prince les fit convenir d'un accord suivant lequel jo le vicomte Armand 6» ses fils jurèrent de vivre en paix avec Tévêque & de ne plus exiger à l'avenir des voyageurs aucun droit de passage. 2° Ils engagèrent pour la sûreté de leur promesse tout ce qu'ils tenoient en iîet de l'évêquey jusques à cinq cents marcs d'argent, 6c ayant accompagné ensuite le roi à Vézelai, ils y ajoutèrent celle de deux cents autres marcs. 3^ Ils se soumirent à perdre tous les domaines qu'ils possédoient en fief de ce prince & de Tévêque du Puy s'ils venoient à enfreindre cette paix, pour l'observation de laquelle ils donnèrent des otages Se remirent quelques châteaux tant au roi qu'à ce prélat. Nonobstant une convention si solennelle, les vicomtes y donnèrent bientôt atteinte, & il fallut, quelques années après, que le roi vint en personne dans le pays pour punir leurs nouvelles infractions, comme nous le verrons dans la suite.
Armand IV, vicomte de Polignac, vivoit donc encore en 1162. Bernard, prieur de Sainte-Gemme, fait mention de lui dans une relation ' des miracles opérés à la Chaise-Dieu au tombeau de saint Robert, qu'il écrivit en ii6o£c dans laquelle il atteste qu Armand, alors vicomte de Polignac, ayant mis en prison un de ses chevaliers^ surnommé le Renard, ce dernier fut délivré miraculeusement par l'intercession du saint. Ce vicomte mourut avant l'an 1160, dans un âge avancé. Pons, son fils aîné, qui, comme on l'a déjà dit, prenoit le titre de vicomte dès l'an ii5i & exerçoit dès lors une pleine autorité, lui succéda.
LI. — DîJJirends entre Véglise de Maguelonne £» l'abbaye de Cluny.
Le pape Alexandre, après son entrevue à Souvigni avec le roi Louis le Jeune, prit la route du Berry où il fit un assez long séjour. Il tînt à Tours, au mois de mai de l'année suivante, un concile auquel Pons d'Arsac, archevêque de Narbonne* & la plupart des évêques de la Province 8c des royaumes de France & d'Angleterre se trouvèrent. On décida dans ce concile ^ un difrerend qui étoit entre Jean, évêque de Maguelonne 8c son chapitre, d'un côte, & l'abbaye de Cluny de l'autre, touchant le monastère de Saint-Pierre Je Sauzet, situé auprès de Montpellier 8c dépendant de cette abbaye. Le concile défendit qu'il y eût plus de douze religieux dans ce monastère 8c de 1 ériger en abbaye. Durant le séjour qu'Alexandre III fit à Tours, il écrivit^ le 17 de juin , à l'archevêque de Narbonne 8c aux évêques de Carcassonne 8c d'Elne pour les reprendre de la conduite qu'ils tenoient envers les religieux de la Grasse, à qui ils faisoient acheter le saint chrême.
' AetA Sanctorum ordinis stncti Benedicù, saec. 6, ^ Baluze, Miscettaneti , t. 7, p. 87.
part. 2, p. io3 81 seq. 216 81 stq. ^ Martène, Thésaurus auecdotorum , t. i, P' 4^^'
* Conciles, t. ic, p. 1425.
LIL — Le comte de Barcelone termine la guerre de Provence avec le secours de Trencavel, de la vicomtesse de Narbonne 6» du seigneur de Montpellier.
Tandis que toute la France s'empressoit à Tenvi de donner à Alexandre des marques de sa soumission, l'empereur Frédéric faisoit tous ses efforts pour soutenir Victor & pour lui chercher des protecteurs. Ce prince, dans la vue d'engager Raimond-Béranger IV, comte de Barcelone 8c prince d'Aragon, & le comte de Provence, son neveu, à embrasser le parti de cet antipape, abandonna les intérêts des seigneurs de la maison de Baux, à qui il avoit donné en 1 155 la Provence en fief, 8c fit avec ces deux comtes, à la fin * de l'an 1 161 , ou au commencement de l'année suivante, un traité* par lequel on convint i^ qije l'empereur, en qualité de roi d'Arles, donneroit en fief à Raimond- Béranger 8c à son neveu le comté de Provence, situé entre la Durance, les Alpes, la mer 8c le Rhône, comme il avoit été partagé avec Alphonse, comte de Toulouse f ce qui en dépendoit à Avignon 8c ailleurs; la ville d'Arles 81 les droits régaliens sur cette ville, excepté ce que l'archevêque possédoit depuis cent ans ; 8c enfin le comté de Forcalquier, dont les comtes, qui seroient désormais vassaux de ces deux princes, ne tiendroient plus leur domaine qu'en arrière-fief de l'Empire 5 2^ que le comte de Provence s'engageroit à faire hommage 8c à prêter serment de fidélité à l'empereur pour tous ces domaines, & à* lui payer tous les ans, à Arles, le 2 de février, quinze marcs d'or de redevance, outre la somme de douze mille morabatins d'or qu'il lui donneroit avant la fête de la Noël suivante, celle de deux mille à l'impératrice, 8i celle de mille à la cour impériale ; 3<> que le comte de Provence reconnoîtroit Victor pour pape légitime, recevroit ses légats 8c regarderoit comme ennemis Jîoland (c'étoit le pape Alexandre III) 8c ses adhérens j 4*^ qu'il seroit permis ^^f^ <>"«•"• à ce comte ainsi qu'à celui de Barcelone, après qu'ils auroient reçu de l'empereur l'investiture des fiefs dont on vient de parler, 8c qu'ils en auroient fait hommage 8c prêté serment de fidélité, d'intenter contre Hugues de Baux l'action de parjure 8c de faux hommage, 8c que soit que Hugues se défendît ou qu'il se soumît, l'empereur 8c sa cour lui feroient justice j 5^ que si le comte accusoit Hugues de trahison 8c de félonie, 8c que ce seigneur refusât le duel contre un de ses pairs, ou si, l'ayant accepté, il étoit vaincu, l'empereur confisqueroît alors son domaine 8c ne le protégeroit plus, non plus que sa mère Se ses frères ; 6^ que les comtes de Barcelone 8c de Provence se rendroient, le 1" d'août suivant, à la cour de l'empereur pour exécuter entièrement ces articles; 7® enfin que la dot de Richilde, nièce du même empereur, 8c maintenant, dit-on, comtesse de Provence, seroit en sûreté. Cette princesse avoit donc épousé dès lors Raîmond-Béranger, comte de Provence, neveu du comte de Barcelone. Elle étoit veuve d'Alphonse VII, roi de Castille, qu'elle avoit
' Pagi, ad ann. 1162, n. 23. * Marca Hispanica, p. i33i & seq.
An I i6x
épousé en ii53 & qui étoit mort en iiSy. Comme ce prince se quaïifioit empereur, elle conserva le titre d'impératrice, après son second mariage, suh vant l'usage du siècle.
Cette alliance, qui fut suivie du traité dont nous venons de parler, lia trèsétroitement les comtes de Barcelone & de Provence avec l'empereur Frédéric & fut très-préjudiciable aux seigneurs de Baux. Les deux comtes les attaquèrent bientôt après & assiégèrent le château de ce nom. Le comte de Barcelone' étoit occupé à cette expédition au mois de février de Tan 1 161, ou de lan 1162 suivant notre manière de compter, comme il paroît par une obligation qui! passa alors durant le siège de Baux, en présence du vicomte Rairaond-Trencavel, d'Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, de Guillaume de Montpellier &c de plusieurs prélats Se seigneurs catalans. Les trois premiers avoient donc renouvelé leur ligue avec ce prince dès le commencement de Tan 1162 & Tavoient été joindre en Provence à la tête de leurs troupes, ce qu'on peut inférer encore d'un accord^ passé le dernier du mois de janvier de la même année, par Ventremise du comte de Barcelone 6» de sa cour, entre le vicomte Raimond-Trencavel & la vicomtesse Ermengarde, au sujet de quelques usages que cette dernière exigeoit sur les vassaux de l'autre, Trencavel étoit de retour à Carcassonne au mois d'août de la même année, comme on le voit par le serment ^ de fidélité que les chevaliers du château de Montréal, situé dans le voisinage de cette ville, lui prêtèrent alors & à Roger, son fils. Il reçut aussi, vers le même temps, le serment^ de fidélité des seigneurs de Saissac;
Lin. — Fin de Raimond-Béranger IV, comte de Barcelone. — Il partage à ses fils le domaine quil avoit ou prétendait avoir dans la Province.
Le comte de Barcelone , soutenu de l'autorité de l'empereur 8c des secoun de ses alliés, se rendit maître aisément du château de Baux & attaqua ensuite celui de Trinquetaille, auprès d'Arles, qui se défendit plus longtemps, mais qu'il prit enfin & qu'il rasa. Il s'embarqua quelque temps après avec le comte de Provence, son neveu, pour se rendre à Gênes, & ensuite à Turin, ou l'empereur étoit alors, pour conclure avec ce prince le traité dont ils étoient convenus.- Il fut à peine arrivé au bourg de Saint-Dalmace, auprès de Gênes, qu'il fut attaqué d'une violente maladie dont il mourut le 6 d'août de l'an 1162. Il disposa 5 verbalement, deux jours avant sa mort, de ses États en faveur de ses fils, qu'il laissa avec sa fille sous la tutelle de la reine Pétronille, sa femme, & sous la protection de Henri II, roi d'Angleterre. Il donna à son
' Diago, Histoire des comtes de Barcelone , 1. i, * Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes, nt-
p. 170. méro DXXXIII, la 1" charte citée $ous ce nt-
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- méro.
méro DXXX. * Diago, Histoire des comtes de Barcelone, 1, :,
* Ihid. n. DXXXIII, la 2* charte citée sous ce p. 173. — Gesta eomitum Bareinoncnsium^ apuà
numéro. Marcam Hispanicam,'p. 5^6 & se^.
An 1 161
fils aîné, qu'on avoit d'abord appelé' Raimond & qui prit ensuite le nom
d'Alphonse par le conseil de la reine, sa mère, le royaume d'Aragon qu'il
avoit uni à son domaine par son mariage avec cette princesse, & le comté de
Barcelone, Il légua à Pierre, son second fils, !<> le comté de Cerdagne & tout
le domaine des anciens comtes de ce nom, ce qui comprenoit le Capcir & le
Donazan; 2^ le comté de Carcassonne avec ses dépendances. Se tout ce que
le vicomte Raimond-Trencavel tenoit de lui; 'i^ le droit qu'il avoit sur la ville
de Narbonne, avec le fief qu'Ermengarde, vicomtesse de cette ville, tenoit de
lui, à condition que Pierre tiendront lui-même en fief ses domaines de son
aîné & qu'il n'en j oui roi t qu'après qu'il seroit chevalier. Nous verrons dans
la suite que ce second fils du comte de Barcelone changea de nom, à l'exemple
de son frère aîné, & qu'il prit celui de Raimond-Béranger. Quelques* auteurs
prétendent que le comte de Barcelone donna le Roussillon à Sanche, son ^Édo'^B'"^
troisième fils} mais outre que ce comté ne fut uni au domaine des comtes de
Barcelone que longtemps après, nous ne voyons pas que Sanche ait eu d'abord
aucune part^ à la succession de son père, qui se contenta de le substituer à
ses deux aînés* Ce prince donna enfin à la reine^ Pétronille, sa femme, le
comté de Besalu, d'où dépendoit celui de Fenouillèdes, en deçà des Pyrénées.
Cette princesse jouit de ces deux comtés jusques à sa mort, arrivée en 11 73;
ils furent alors réunis au domaine des comtes de Barcelone 8c rois d'Aragon.
Raimond-Béranger IV demanda d'être inhumé dans l'abbaye de Ripoll, en
Catalogne, où il avoit choisi sa sépulture ^ : il y fut porté aprte sa mort 8c
mis dans un cercueil d'argent. C'est ainsi que mourut ce comte, l'un des plus
grands princes de son temps.
Suivant l'éloge^ que font de lui les anciens historiens, il se rendit recommandable par les qualités du corps 8c de l'esprit, par sa piété, ses vertus militaires, la douceur 8c la sagesse de son gouvernement, sa probité, sa capacité dans les affaires, la magnificence de sa cour 8c surtout par sa modestie. Quoiqu'il possédât le royaume d'Aragon, dit un de ces historiens^, 8c qu'il pût par conséquent prendre le titre de roi, il s'en abstint cependant 8c se contenta de celui de prince 6» de marquis d'Aragon ^ 8c quand ses courtisans le pressoient de se revêtir de la pourpre 8c de se faire couronner solennellement, puisqu'il possédoit un royaume, il leur répondoit a qu'il ne le feroit pas, que tous ses « ancêtres n'avoient possédé que la dignité de comte, qu'il étoit fils de comte, « 8c que comme il n'étoit pas meilleur que ses pères, il ne vouloit pas être <t plus honoré qu'ils ne l'avoient été. Il ajoutoit qu'il refusoit d'un côté le nom « de roi 8c la dignité royale, afin que sa naissance ne parût par inférieure à ce sa fortune; mais que de l'autre il ne rejetoit pas la grandeur 8c la puissance
* Diago, Histoire des comtes de Barcelone, 1. 2, ' M.:rca Hispanica, p. 497, 1287 & seq.
p. I 73, & 1. 3, c. 6. ' Gesta comitum Barcinonensium, apud Marcam
' Bouche, Histoire de Provence, t. 2, p. i3i. Hispanicam, p. 647 & seq» — Mtirca Hispaniea,
^ Diago, Histoire des comtes de Barcelone, 1. 2, p. 497, 1287 8c seq.
p. 173, & 1. 3, c. 6. ' GuiUaume de Neubrige, Historié rerum Angli-^
* Ibid, carum, 1. 2, c. lo.
An I >62
83o HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVIIL
« royale, sous le simple titre de comte, afin que sa fortune secondât sa naîs- « sance. Enfin, disoit-îl, si je prenois le titre de roi, je serois obligé de céder a aux autres rois, soit pour la gloire, soit pour les richesses ; mais possédant u un royaume avec Tautorité royale, aucun comte du monde ne peut s'égaler « à moi. C'est pourquoi j'aime mieux être le premier des comtes que de n'être tt pas même le septième des rois. C'est ainsi, dit un ancien', qui rapporte a ces paroles, que cet homme admirable se mettant en quelque sorte au-dessus tt de la royauté par l'élévation de ses sentimens, railloit avec ses amis lors- « qu'ils vouloient l'engager à en prendre les marques. Il ne voulut pas même <( qu'on lui donnât la qualité de duc, mais seuleitlent celle de comte de Bar- « celone, quoiqu'il possédât, avec le royaume d'Aragon, le duché de Provence, c( c'est-à-dire le pays ainsi nommé qui s'étend depuis le Rhône jusques aux « confins de l'Italie* «
Raimond-Béranger passa presque toute sa vie dans l'exercice des armes, ce qui lui acquit une très-grande réputation de valeur. 11 fit entre autres une guerre implacable aux Sarrasins, ses voisins, recula leurs frontières & leur enleva diverses places qu'il unit à son comté de Barcelone, connu dans la suite sous le nom de principauté de Catalogne* Dans le dessein^ où il étoit de foire toujours la guerre à ces infidèles, il établit, en 1 143, dans une assemblée solennelle à laquelle se trouvèrent Bernard, comte de Comminges 81 Pierre, comte de Blgorre, un ordre militaire sous la dépendance des templiers. II fut le protecteur d« toutes les églises de ses États & renonça^, la même année 1143, à la dépouille des évêques de Barcelone dont ses prédécesseurs ètoient dans l'usage de s'emparer après leur mort. Il étendit cette concession, en ii5o, à toutes les églises de la Marche d'Espagne.
On voit par la disposition que ce prince fit de ses États qu'il domindt ou qu'il prétendoit dominer sur une grande partie de la Province, & quil mettoit entre autres le vicomte Raimond-Trencavel & Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, au nombre de ses vassaux. On a parlé ailleurs des motih qui engagèrent cette vicomtesse à se soumettre à la suzeraineté du comte de Barcelone ; mais il ne paroit pas qu'elle ou ses successeurs aient reconnu dans la suite les descendans de ce prince pour leurs suzerains. Quant àTrencavel, Éd. origîm il s'étoit déclaré vassal de Raimond-Béranger pour les comtés de Carcassonne 8c de Raxès, Se le pays de Lauragais dont il conserva le domaine utile; ce qui fut un nouveau sujet de querelle entre ce dernier 8c le comte de Toulouse, qui avoit droit de suzeraineté sur tous ces pays 8c qui le recouvra bientôt après, ainsi que nous le verrons dans la suite. Raimond-Béranger avoit engagé aussi le comte de Foix à se reconnoitre pour son vassal, mais nous ne voyons pas qu'il dominât sur le pays de Foix dans le temps de sa mort : il n'en dit
' Cuillaumc de Nevbrigt, Historla. rermm Àm^li^ ' Marta Hîspinita, p. I2S3 & Mq. — Diago,
earum, 1. 2, c. 10. fiistcire dts eomteM de BareeUtte, t. 2« c. i5i. —
* Marcû His^nicû, p. ^SS, iiçr & ttq. -^ Pagi, Gesta comitum Barcinonensium, apvd Manmm Hls-
ad ann. 1143, n. i3. panîcam, p. 647.
rien du moins dans son testament. Enfin ce prince, outre le comté de Fenouillèdes 8c quelques pays voisins dont il étoit le maître, eut l'administration de la vicomte de Gévaudan, au nom du comte de Provence, son neveu & son pupille, qui d'ailleurs avoit des prétentions sur le comté de Melgueil. Tout cela joint à la liaison intime que le comte de Barcelone eut soin d'entretenir avec les seigneurs de Montpellier, lui donna un très-grand crédit dans la Province.
Rairaond-Béranger IV auroitvécu longtemps après Tan 1162, si on devoit s'arrêter à la fausse époque qu'un moderne' a donnée à deux accords faits entre ce prince 8c le seigneur de Moncade, 8c que cet auteur rapporte mal à propos à l'an ii65, sous prétexte que ces actes sont datés de la vingt-septième année du règne de Louis le Jeune. Mais il n'a pas fait attention que Raimond-Béranger étant mort certainement au mois d'août de l'an 1162, il ne peut avoir transigé en ii63. Il faut donc compter les années du règne de Louis, dans la date de ces chartes, depuis qu'il fut associé au trône par le roi Louis le Gros, son père, en II 3i, 8c les rapporter à l'an 11 58. Elles prouvent que les comtes de Barcelone reconnoissoîent encore alors la souveraineté de nos rois, dont ils étoient feudataires, comme les autres grands vassaux de la couronne. Il est vrai que depuis qu'ils eurent uni le royaume d'Aragon à leur domaine, ils négligèrent souvent de faire mention du règne de nos rois dans la date de leurs chartes, & qu'enfin ils discontinuèrent entièrement cet ancien usage. Nous voyons cependant par divers monumens* que les peuples de Catalogne le conservèrent jusques en 1 180, qu'on l'abolit dans un concile de Tarragone, ce qu'on ne pouvoit faire au préjudice des droits légitimes de nos rois. Aussi, malgré le décret qui fut fait alors à ce sujet, nous avons des actes postérieurs^ où on fait mention du règne des rois de France, qui par conséquent étoient reconnus pour souverains du pays. On en trouve même quelques-uns^ d'Alphonse, roi d'Aragon 8c comte de Barcelone, fils de Raimond-Béranger IV j mais les successeurs de ce roi cessèrent absolument de donner cette légère marque de dépendance jusques à Jacques II, roi d'Aragon, qui fit en 1268 un traité avec le roi saint Louis, touchant la souveraineté que ce dernier prince avoit sur la Catalogne.
Après la mort du comte de Barcelone au bourg de Saînt-Dalmace, Raimond- Béranger, comte de Provence, son neveu, continua sa route vers Turin, où il rencontra l'empereur Frédéric qui l'y attendoit, 8c qui, suivant leur traité précédent, lui donna en fief, par un acte^ solennel daté du 18 d'août de 1 an 1162, le comté de Provence comme il avoit été limité par le partage réglé entre le comte de Barcelone, son aïeul, 8c Alphonse-Jourdain, comte de Toulouse, le comté de Forcalquier 8c les autres domaines énoncés dans le même traité. Hugues de Baux, qui s'étoit rendu de son côté à la cour impé-
' Baluze, Marea Hispanlcd , p. Sop, 1840 & seq. ^ Baluze, Marea Hispattiea, p. 514, 1377, & seq.
* Ihid, p. 514, 1349, i35i, i363, &seq. — Tome VUI, Chartes & Diplômes, n. XIII.
' Ihid, p. 5i4> 1377, &seq. ^ Dingo, Hist» des comtes de BareelonCj l.2y c. 174.
An 1 162
riale pour soutenir ses prétentions sur la Provence, en fut débouté, & lesdem diplômes favorables qu'il avoit obtenus là-dessus, Tun de lempereur Conrad, oncle de Frédéric, 8c l'autre de Frédéric lui-même, furent cassés par ce dernier; en sorte que le comte Raimond-Béranger demeura seul maître de la partie de la Provence située entre le Rhône, la Durance, les Alpes & la mer, sans qu'il paroisse que les seigneurs de Baux aient insisté davantage dans la suite pour leurs droits. Il paroît au contraire qu'ils vécurent depuis en bonne intelligence avec les comtes de Provence de la maison de Barcelone, & qu'ils les reconnurent pour leurs suzerains dans les terres qu'ils possédoient dans cette portion du pays. Ils furent aussi vassaux des comtes de Toulouse pour les autres terres qu'ils avoient à la droite de la Durance.
Le comte de Provence se rendit ensuite en Catalogne*, où il fit un séjour de deux ans pour veiller à l'éducation 8c aux intérêts des princes, ses cousins, t.^n p"^Q7 conjointement avec la reine Pétronille, leur mère, avec laquelle il partagea le gouvernement des États du jeune Alphonse, roi d'Aragon, pendant la minorité de ce prince, qui n'avoit alors que dix ans* 8c qui fut le deuxième de son nom. Cette reine conclut^ d'abord une trêve de treize ans avec le roi de Navarre 8c fit un traité d'alliance, le 27 de septembre de Tan 1 162, avec Sancbe, roi de Castille. Elle convoqua, le 11 du mois d'octobre suivant, les États généraux d'Aragon 8c de Catalogne à Huesca 8c fit autoriser par cette assemblée, à laquelle Guillaume VII, seigneur de Montpellier, se trouva, le partage que le comte de Barcelone, son mari, avoit fait de ses États entre ses fils; elle prit ensuite l'administration de l'Aragon, où elle établit sa résidence, Se laissa le gouvernement de la Catalogne 8c des autres domaines de la maison de Barcelone au comte de Provence.
LIV. — Henri II, roi d* An gif terre, conclut une trêve avec le comte àt
Toulouse. — Rupture de cette trêve.
On a vu que lorsque Raimond-Béranger IV, comte de Barcelone, mourut au mois d'août de l'an 1162, il regardoit Henri II, roi d'Angleterre, comme son allié, puisqu'il mit ses enfens sous la protection de ce prince. Cela nous donne lieu de croire que leur ligue contre le comte de Toulouse duroit toujours. Il paroît, en effet, que Henri menaça Toulouse la même année d'un nouveau siège : c'est ce qu'on peut inférer i^ du témoignage d'un historien du temps ^, qui nous apprend que ce roi, après l'entrevue qu'il eut à Coucisur-Loire avec le pape Alexandre III 8c le roi Louis le Jeune, vers le commencement de septembre de l'an 1162, demeura en Aquitaine 8c en Gascogne pour régler les affaires de ces provinces, jusques à l'Avent, qu'il retourna en
' Geita cùmitum Barcinonensium, apud Marcam * Diago, Histoire des comtes de Baneîene, 1. 3,
Hispanicam, p. 55o. ci.» Ferreras, ad ann. i 162, n. 3.
* Marca Htspanica, p. 1394. ^ Robert du Mont, Chronieon, ann. 1162, p. ?3i.
Normandie; 2° d'une lettre' que les habitans de Toulouse écrivirent au roî Louis le Jeune en ces termes :
ce Le commun conseil de la ville & du faubourg de Toulouse, à Louis, par « la grâce de Dieu leur magnifique & très-cher seigneur, l'esprit de conseil « & de force.
« Que votre aïtesse ne soit pas surprise, très-cher seigneur, si nous vous c( écrivons souvent. Après Dieu nous avons recours à vous, comme à notre bon u seigneur, notre défenseur 6c notre libérateur, lorsque nous sommes menacés « de quelque chose de sinistre, ayant une entière confiance en votre bien- « veillance. Vous avez mandé, par vos lettres, de vous informer de tout ce €( qui se passeroit ici d'intéressant ; nous avons appris par nos amis que le roi « d'Angleterre se prépare cette année à nous faire la guerre. Vous pouvez en a être instruit plus tôt que nous, à cause que vous êtes voisin de ce prince, « & nous le faire savoir pour n'être pas opprimés par ses hostilités. Toute « notre espérance est dans votre protection. Le souvenir des promesses que « vous nous avez faites nous rassure & nous cause une joie extrême. Nous u rendons grâces à Dieu & à vous de ce que nous possédons votre sœur, notre « dame. Adieu. Le Seigneur tout-puissant conserve longtemps & votre perce sonne & votre royaume. » Il est évident que cette lettre est postérieure à l'expédition que Henri II, roi d'Angleterre, entreprit en 1169 contre Toulouse, puisque les habitans de cette ville appellent le roi Louis le Jeune leur défenseur 6» leur libérateur y & que ce roi les délivra en effet alors, par sa présence, des entreprises de Henri. Or ce dernier demeura en Angleterre* en ii63 & 1164, & ne fit alors la guerre que par ses lieutenans au comte de Toulouse, ainsi que nous le verrons bientôt : il aura donc menacé de marcher lui-njême contre les Toulousains en 1162.
Louis le Jeune répondit à cette lettre, comme on voit par une autre ^ que les habitans de Toulouse lui écrivirent. Se dans laquelle ils le remercient de les avoir consolés au milieu des travaux 6» des périls éminens dont ils étaient menacés. « Nous prions votre altesse, ajoutent-ils, de vous souvenir toujours de « nous, de protéger notre seigneur le comte, la sérénissime reine, notre dame, « votre sœur, Se nous qui vous appartenons, 6c de nous conseiller suivant nos Cl besoins. »
Enfin il paroît ^ par une lettre que le comte de Toulouse écrivit au roi vers la fin de l'année 1162, ou au commencement de la suivante, qu'il étoit convenu depuis peu d'une trêve avec le roi d'Angleterre & de reconnoître sans doute par provision ce prince pour son suzerain. Cette lettre est conçue en ces termes v
« A Louis, par la grâce de Dieu magnifique roi des François, son seigneur
* Duckesne, Recueil iei historiens de France, t. 4, ' Duchesne, Recueil des historiens de France, t. 4,
' Robert du Mont, Chronicon, ad ann. 1162, ** Ibid, t. 4, p. yiS.
IJI. 53
An 1162
Êi.origin. « très-chcr & très-excellent par dessus tous les autres , Raimond, far la « même grâce^ duc de Narbonne, comte de Toulouse, marquis de Provence: « le salut par celui qui le donne aux rois.
« Seigneur, nous avons vu vos lettres 8c entendu leur teneur. Nous nous u sommes rendu à Castelsarrasin au jour marqué, & nous y avons eu une « conférence avec un grand nombre des plus sages Anglois, au sujet de la « trêve dont on étoit déjà convenu; mais ils n'en ont fait aucun cas, â moins « qu'on ny comprit nommément Trencavel 6» le roi d'Aragon, fils du cornu « de Barcelone. Le premier est notre vassal, & le roi d'Angleterre n'a aucun « droit sur lui pour nous obliger à le comprendre dans la trêve, ou pour la « rompre à cause de lui. Nous lui avons toujours fait la guerre, sans que u personne nous en ait empêché, & il n'a pas été compris dans les trêves «« précédentes, non plus que le comte de Barcelone. Cependant, voulant satis- « faire en quelque sorte au désir des Anglois, nous leur avons dit de vous « dépêcher un envoyé qui iroit à la cour avec le nôtre, ce qu'ils ont négligé « de faire. Pour nous, craignant de transgresser vos ordres, nous ne rora- « prons pas la trêve présente , jusqu'à ce que vous nous ayez déclaré votre « volonté, ne dépendant entièrement que de vous. C'est en vous, après Dieu, a que nous mettons toute notre confiance, & nous agirons toujours confcr- R mément à vos désirs. Du reste, nous ne croyons pas, magnifique seigneur, « que votre royale majesté ignore que si nous venons à perdre notre domaine « qui est en vos mains, ce ne sera pas le nôtre que nous perdrons, mais le « vôtre ; car je suis proprement à vous, 8c tout ce que j'ai vous appartient (( Nous supplions donc instamment votre clémence de ne pas nous laisser, « s'il lui plah, longtemps déshérités. Adieu. »
Il est aisé de voir que cette lettre, qui est sans date, appartient à l'époque que nous avons déjà fixée, 8c de déterminer les circonstances qui y donnèrent occasion. D'un côté elle est. postérieure à la mort du comte de Barcelone, décédé au mois d'août de l'an 1163; de l'autre, elle est antérieure à la paix que le comte Raimond conclut avec Trencavel , au mois de juin de l'an ii63, 8c dont nous parlerons bientôt. Il s'ensuit qu'elle fut écrite vers la fin de l'an 1162, ou au commencement de l'année suivante. Nous apprenons par là i® que depuis l'an iiSg, que Henri II, roi d'Angleterre, assiégea Toulouse, il y eut divers traités de trêve conclus entre ce prince 8c le comte de Toulouse jusques à la mort du comte de Barcelone, lequel n'y fut pas compris ; 2® que le roi d'Angleterre 8c le comte de Toulouse convinrent d'une nouvelle trêve, en 1162, 8c que le dernier s'assembla quelque temps après avec les ministres de l'autre pour la confirmer, mais que ce fut sans succès : aussi voyons-nous que la guerre ou la division entre ces deux princes conti^uoit encore en ii63 8c même au commencement de l'année suivante, selon la date d'une charte ' de l'abbaye de Saint-Marcel en Querci, pavs du
' GaUia Christlana, noT. e<lit. t. i, instrumenta, p. 46, col. 2.
An ii63
domaine du comte de Toulouse. Fait Van Ii63 de V Incarnation, est-il dit dans cette charte, le septième jour de la lune, au mois de janvier, Raimond de Saint-Gilles étant en différend (litigante) avec Henri, roi d* Angleterre.
LV# — Paix entre Raimond, comte de Toulouse , &• TrencaveU
Le vicomte Raimond-Trencavel étoit donc en guerre avec Raîmond V, comte de Toulouse, au commencement de Tan ii63; maïs il se réconcilia enfin entièrement avec ce prince, après une longue inimitié, au mois de juin de la même année, &c, à ce qu'il paroit, par ordre &c en considération du roi Louis le Jeune, comme nous le verrons plus bas. La paix fut conclue' dans l'église d'Olmes , lieu situé sur les frontières du diocèse àp Mirepoix 8c du comté de Foix. Le comte Raimond promit d'abord par serment à ce vicomte , le samedi 8 du même mois, de n'attenter ni à sa personne, ni aux domaines qu'il possédoit actuellement ni à ceux qu'il acquerroit dans la suite avec son conseil, & enfin de l'aider envers tous, excepté contre Bernard'- Aton, neveu du même Trencavel, & ses propres vassaux dont il promit de lui faire justice. Le lendemain, le comte, du conseil de ses vassaux 6» de ceux de Trencavel, s'obligea à rendre à ce dernier la somme de trois mille marcs d'argent qu'il lui avoit fait payer pour sa rançon, lorsqu'il le tenoit prisonnier à Toulouse, & lui donna pour cela en engagement le château de Lunas au diocèse de Béziers, & ses dépendances, pour mille marcs; 8c pour les deux tHilp!^ùL autres mille marcs d'argent fin, i° le château vieux d'Albi, avec les lieux de Tarsac, Abirac 8c Marsac, 8c ses autres dépendances, à la réserve des châteaux de Saint-Marcel 8c de Cestairols ; 2^ les droits 8c le domaine qu'il avoit dans la ville 8c les faubourgs d'Albi, excepté la paix, c'est-à-dire le droit de commun de paix, ou la pezade, qu'il se réserva. Le comte stipula exprès* sèment que Trencavel jouiroit de tous ces domaines en engagement, 8c que la jouissance ne seroit pas imputée sur le capital. Il s'obligea en même tempS| en faveur du vicomte 8c de son fils Roger, d'accorder quarante jours à leurs vassaux du Toulousain 8c de l'Albigeois qui enfreindroient cette paix, pour leur donner le temps de réparer le dommage. Nous n'avons pas le serment que Trencavel * prêta alors à son tour au comte de Toulouse ; mais nous ne doutons pas qu'une des principales conditions de la paix ne fût qu'il reconnoitroit tenir tous ses domaines de ce prince, ainsi que ses prédécesseurs l'avoient fait, 8c qu'il n'ait --énoncé à l'hommage 8c au serment de fidélité qu'il avoit fait au comte de Barcelone, comme la suite nous le fera voir. Bernard 3, évêque deToulouse, Guillaume, évêque d'Albi, Roger-Bernard, comte de Foix, Hugues, comte de Rodez, Guillaume, seigneur de Mont-
• Tome V, Chartes & Diplômes, n. DXXXVIII, > Voye« tome V, Chartes & Diplômes, nula i'" charte citée sous ce numéro. méro DXXXVIII, la 3* charte citée sous ce nu-
* Duchesne, Recueil des historiens de France, t. 4, méro. p. 721. ,
An ii63
pellier, Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, Bermopd d'Uzès, Hugues de Baux, Guillaume de Sabran, Raimond de Termes, Pierre de Minerve, &c.j furent présens à ce traité; d'où nous prendrons occasion d'ajouter ici quelques réflexions au sujet de plusieurs d'entre eux.
LVI. — Êvêques de Toulouse. — Roger-Bernard j comte de Foix, marie une
de ses filles^
Bernard, évêque de Toulouse, avoit succédé depuis peu à Raimond qui fonda ' en iiSç, à Mérens, dans le comté de Foix, un monastère de filles de l'ordre de Ckeaux, sous la dépendance de l'abbaye de Boul bonne, à laquelle ce monastère fut uni dans le quinzième siècle. Raimond mourut le i5 de mars de l'an ii63. Bernard, son successeur*, prenoit le surnom de Bonhomme^, Il avoit été auparavant prévôt, de la cathédrale, dignité qu'il conserva avec l'évêché. Géraud de la Barthe, archidiacre de l'église d'Auch, lui avoit déjà succédé ^ dès l'an 1164. Celui-ci passa à l'archevêché d'Auch en 11 70, après avoir signalé sa libéralité envers le chapitre de Toulouse, dont il fit revenir les biens aliénés, &c auquel il donna entre autres le cens annuel que les Juih de la ville dévoient lui payer.
Il paroît que Roger-Bernard, comte de Foix, fut plus occupé du gouvernement de son domaine que des exercices militaires. Les seigneurs^ de Dun lui donnèrent, en 1162, tout ce qu'ils avoient dans le Toulousain, & il le leur rendit en fief. Il maria ^, au mois de décembre de la même année, du consentement de Cécile de Béziers, sa femme, une de ses filles dont il ne marque pas le nom, avec Guillaume-Arnaud de Marquefave, auquel il en promit une autre, si celle-là venoit à décéder. L'acte fut passé en présence de Déodat de Girbert, fière 6» maître de la milice du Temple de la maison de Toulouse^ & de plusieurs gentilshommes du pays. Roger-Bernard donna des marques de sa piété par la cession qu'il fit'', au mois de* mars suivant^ de la forteresse de Saint-Félix, en faveur du monastère de Saint-Antonin de Pamiers, 8c par une donation® qu'il fit, au mois de décembre suivant, à l'abbaye de Bouîbonne. Il donna en fief, en ii65, avec son fils Roger, la tour de Saverdun.
' Archives de Pabbaye de Boulbonne.
* GaUia. Christiana, t. i, p. 683.
' Catel, Mémoires pour l'histoire Je Languedoc , p. 883 & suiv. — GaUia Christiana, t. i, p. 684.
^ Voyez tome V, Chartes 8( Diplômes, numéro DXLIII, la 5* charte citée sous ce numéro. — Voyez aussi, tome IV de cette édition, la Note sur les évéques de Toulouse.
s Voyez tome V, Chartes & Diplômes , numéro DXXXVI, la 1^' charte citée sous ce nu* méro.
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, numéro DXXXV, — Voyez, au tome VII de cette édition, la Note sur les comtes de Foix.
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, naméro DXXXVI, la 2*^ charte citée sous ce numéro. — - Voyez aussi , au tome VIII de cette édition, le catalogue des actes de révéché de Pamiers.
• Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes, numéro DXXXVI , la 3** charte citée sous ce numéro. — Voyez, au tome VII de cette éditicn, le caLilogue des chartes de Tabbaye de Boulbonne.
' An iio3
LVII. — Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, se réconcilie avec le comte de Toulouse. — Gaucelin d'A'^illan &• Gilbert Assalit^ maîtres des hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, natifs de la Province. — Vicomtes de Minerve.,
Il y a lieu de croire qu'Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, qui jusques alors avoit été étroitement liée avec le comte de Barcelone, son cousin germain, qu'elle avoit reconnu pour son seigneur, au préjudice des droits du comte de Toulouse, se réconcilia avec ce dernier en même temps que Trencavel. Elle fit du bien à diverses églises de son domaine & donna ', au mois de juillet de Tan ii5i, à labbaye de Grandselve douze charges de sel tous les ans à prendre dans les salines de Narbonne. Elle confirma, le 4 d'octobre de l'an ii63, l'abbaye de Quarante dans la possession de la moitié du château de Cœmeraco, en présence d'Arnaud de Montescot, maître de la milice, de Gaucelin d'A-^^illan, maître de VHôpital de Jérusalem, de Pierre, vicomte de Minerve, Pierre-Rai mbnd de Narbonne, viguier, Guillaume de Durban, Guillaume de Peiteus, &c. Enfin elle fit une donation*, le i3 de décembre de la même année, au monastère de Sainte-Eugénie, dans le diocèse de Nar- ^^^j ^^f^^ bonne, qui a été uni dans la suite à celui de Fontfroide.
Gaucelin d'Azillan, dont nous venons de parler, ainsi nommé d'un château de même nom situé dans le diocèse de Narbonne, est le même Gaucelin qui se qualifie dans un autre acte, passé au mois de décembre de l'an 1161, prieur^ de l^ Hôpital de Jérusalem : ainsi nous ne doutons pas qu'on ne doive le mettre "^ au rang des grands maîtres des hospitaliers, malgré le silence des historiens de l'ordre de Malte. Il étoit venu sans doute alors en Occident, soit pour les affaires de son ordre, soit pour celles de la Terre Sainte. On vient de voir qu'Arnaud de Montescot, maître de la milice, c'est-à-dire de l'ordre des templiers, s'étoit joint à lui. Gaucelin eut pour successeur dans la maîtrise des hospitaliers Gilbert Âssalit, né aussi d'une £amille noble de Languedoc^, lequel fut élu vers l'an 1167 8c fit démission de sa dignité deux ans après.
Pierre, vicomte de Minerve, possédoit une portion de cette vicomte depuis l'an 1 146. Il vivoit encore^ en 1166, qu'il fonda avec son fils Béranger un anniversaire dans l'abbaye de Salvanès en Rouergue, à laquelle il donna divers biens situés dans ce pays. L'autre portion de la même vicomte étoit dans une autre branche, dont le chef, qui s'appeloit Guillaume, se qualifioit aussi vicomte de Minerve^. Ce dernier fit yne restitution, au mois de janvier
■ Voyeï tome V, Chartes & Diplômes , nu- * Voyex tome IV, Note LV.
méro DXLI, la 2* pièce citée sous ce numéro. ' Ihid,
* Archives de Tabbaye de Fontfroide. 'Voyez tome V, Chartes 81 Diplômes, nu-
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- méro DL, la 2* pièce citée sous ce numéro.
méro DXXIV, la 3* pièce citée sous ce numéro. ' Archives de Tabbaye de Quarante.
An 1 165
de lan ii55, à l'abbaye de Quarante, en présence de Guillaume d'Olonzac 8c de Guillaume d'Azîllan, de concert avec Ermengarde, sa femme, dont il eut quatre fils, savoir : Guillaume, Pierre, Pons & Bernard, comme il paroît par l'acte qu'il donna ', de concert avec eux & leur mère, le jeudi 4 de février de l'an 1164, c'est-à-dire de l'an ii65, en faveur de l'église de Saint-Étienne de Minerve, entre les mains de Pons, archevêque de Narbonne.
LVIIL — Seigneurs de Termes. — Divers plaids tenus par Trencavel
Evéques de Carcassonne.
Enfin Raîmond de Termes & Guillaume, son frère, firent hommage* de ce château, de même que de celui de Durfort, au vicomte Raimond-Trencavel & à Roger, son fils, en présence d'Ermengarde, vicomtesse de Narbonne,de Pierre de Minerve, &c., par un acte daté de Carcassonne, au mois d'octobre de Tan ii63. Ces deux frères, qui se disent fils de Guillaume, dans cet acte, étoient alors en différend pour le partage du même château de Termes; le vicomte Raimond -Trencavel, leur seigneur suzerain, vida leur querelle par une sentence qu'il rendit à Carcassonne^, au mois de décembre de la même année, assisté de Pons, évêque de cette ville, de ses deux viguiers, Guillaume de Saint-Félix & Pierre de Vilar, l'un du comté de Carcassonne, & l'autre de celui de Razès, de trois gentilshommes, ses vassaux, 8c de deux jurisconsultes. Il adjugea les deux tiers du château de Termes à Raimond & à Rixovende, femme de Bernard de Montesquieu, laquelle étoit, à ce qu'il paroit, sœur du même Raimond, & l'autre tiers à Guillaume. Quant à leurs autres domaines qui consistoient dans les châteaux de Durfort 81 de Carcassonne, 8( le village d'Ârques, aujourd'hui baronnie dont le seigneur a droit d'entrée aux États de la Province, il en adjugea la moitié à chacun. Ce jugement fut rendu en présence d'Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, d'Udalger, vicomte de Fenouillèdes, 8c de plusieurs seigneurs 8c gentilshommes du pays.
Raimond-Trencavel tint un autre plaid ^ à Carcassonne, au mois de novembre de la m^ême année, assisté de Pons, évêque de cette ville, & à peu près des mêmes assesseurs. Il y termina les démêlés qui étoient entre Hugues d'Escafré 8c ses frères, d'un côté, 8c Isarn-Jourdain de Saîssac 8c ses parens, de l'autre, au sujet des châteaux de Saissac &c de Montréal, dont les chevaliers promirent par serment de faire observer ponctuellement Taccord qui fut arrêté alors entre ces seigneurs. Pons, évêque de Carcassonne, qui assista à ces deux plaids, étoit de la maison de Brugal, comme il paroît par une transaction^, datée de Carcassonne au mois de septembre de lan ii63 k passée par la médiation de Raimond-Trencavel, en présence de Rogcr-Ber-
' Voyez tome V, Chartes &. Diplémet , nu- ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-
inéro DL, la i*"* pièce citée tous ce numéro. méro DXL.
* Ihid. n. DXXXIX. > Wd. n. DXLI , la i" pièce citée sous ce no-
' Ihid, méro.
nard, comte de Foix, d'Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, 8cc. Ce prélat avoit succédé, dès le mois d'octobre de Tan 1169, à Pons de Tresmals (& non pas de Trèbes, comme on le prétend'), son prédécesseur, mort* le 11 de février de la même année.
LIX. — Mort de Bernard-Aton V^ vicomte de Nîmes &» d'Agde^ frère de Trencavel. — Bernard-Aton VI ^ son fils posthume^ lui succède.
La promesse que Raimond V, comte de Toulouse, fit à Trencavel au mois éd.origin. de juin de Tan ii63, & dans laquelle il excepte Bernard-Aton, neveu de ce vicomte, nous fait comprendre que Bernard-Aton , vicomte de Nimes Se d'Agde, frère de Trencavel, étoit alors décédé j car il est faux qu'il ne soit mort que le 24 de septembre de Tan 1166, ainsi qu'un moderne^ Ta avancé. Il donna en fief'*, en 1164, le château de Bernis à Éléazar de Sauve, en présence d'Aldebert, évêque de Nimes, & de Raimond, évêque d'Uzès,jÇer^ de ce prélat. Il fit un échange^, la même année, avec Raimond de Vezenobre Se vivoit encore^ en ii56; mais nous n'avons plus rien de lui après cette année. Il fut le cinquième vicomte de Nimes de son nom 6c de sa maison, &c ne laissa de Guillemette, sœur de Guillaume VII, seigneur de Montpellier, sa femme, qu'un fils appelé Bernard-Aton*^ comme lui, qui lui succéda dans les vicomtes de Nimes & d'Agde, & dont elle accoucha après sa mort. C'est ce que nous apprenons par le serment de fidélité^ qu'Éléazar de Sauve, étant aux Arènes de Nimes, prêta pour le château de Bernis, â la vicomtesse Guillemette, femme de feu Bernard-Aton, tant quelle posséderont la seigneurie du château des Arènes, (/ à l'héritier quelle auroit du même Bernard-Aton, dont elle étoit grosse. Cet acte, qui fait voir que le château des Arènes étoit le chef-lieu de la vicomte de Nimes, n'est pas daté; mais il ne sauroit être postérieur à l'an 1 169, puisque Guillemette étoit alors veuve de Bernard-Aton, comme il paroit par une donation ^ faite cette année à Aybiline, abbesse du monastère de Saint-Sauveur de la Font de Nimes, en présence d'Aldebert, évêque de cette ville, in. de la vicomtesse Guillemette. Nous voyons d'ailleurs, par un grand nombre de titres'*', que le jeune Bernard-Aton, vicomte de Nimes, ne fut majeur que vers l'an 11 72, 8c que Guillemette, sa mère, eut jusques alors la tutelle de sa personne &c l'administration de ses domaines, quelle partagea^', ce semble, avec Bermond de Vezenobre, baile de Montpellier.
• GaUia Chr'tstUnay t. a, p. 456. • Tome V, Chartes & Diplômes, n. DXVII.
' De Vie, Hist. des évêques de Careassonne, p. yS. ' Ihid. n. DXVIII, la 2" charte citée sous ce nu-
' Baluze, Histoire généalogique de la maison d'Ju- méro.
vergne, t. 1, p. 268. . '* Trésor des chartes de Toulouse, sac i3y n. 23,
** Trésor des chartes de Toulouse, sac i3, n. i5* 3i, 33; sac 14, n. 36 & suit.; n. 43, &c. .» Voyez
^ Ihid, sac 21, n. 3. tome V, Chartes & Diplômes, n. DLL
* Tome V, Chartes & Diplômes, n. D. *' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. DLI, ' GeofTroi, prieur du Vigeois, p. Soy. la 4* charte citée sous ce numéro.
An 1 1 63
Bernard-Aton, qui fut le sixième vicomte de Nimes de son nom, naquît donc posthume vers Tan iiSg. Il s éleva quelques troubles dans cette vicomte durant sa minorité * : Pons de Vezenobre se révolta contre lui avec plusieurs autres chevaliers, & contre la vicomtesse Guillemette, sa mère; mais ils rentrèrent bientôt après dans leur devoir. Il y eut vers le même temps une grande dispute* entre les chevaliers 6» les bourgeois de Nimes, qui fut terminée par un accord en 1166. Éléazar de Sauve 8c Rostaing, son frère ^, renouvelèrent leur serment de fidélité à ce vicomte, vers l'an 1168, pour le château de Bernis.
LX. — Le comte de Toulouse prend le jeune vicomte de Nimes sous sa pro^ tection. — Il promet en mariage Albéric, son fils puîné, à BéatriXj héritière du Dauphiné, dont il prend possession.
Le comte Raimond avoit déjà pris le jeune Bernard-Aton, son vassal, sous sa protection, lorsqu'il conclut la paix avec Trencavel, oncle paternel de ce vicomte. Nous avons, en effet, un acte de serment^ prêté à Raimond, le i" de juin de l'an ii63, par les chevaliers des Arènes, « qui lui promettent de vivre « en paix avec lui & de ne pas lui faire la guerre avec leur vicomte, depuis « ce jour, jusqu'à ce que ce vicomte eût atteint l'âge de quatorze ans, 8c supc( posé qu'il s'élevât quelque guerre dans le pays, de l'aider à la défense de c( son domaine depuis la rivière de Vidourle jusques au Rhône. » Le comte leur promit, de son côté, de les protéger 8c leur donna six de ses vassaux, du nombre desquels étoient Guillaume de Sabran, Géraud Amici 8c Éléazar d'Uzès, pour cautions de sa promesse. Le comte de Toulouse reçut ce serment à Nimes 8c assigna ^ alors à Pierre-Gérard, chevalier des Arènes, le remboursement de la somme de cinq mille cinq cents sols melgoriens qu'il lui devoit, sur le domaine de Saint-Gilles 8c sur Bermond d'Uzès.
Ce prince, après avoir conclu la paix avec Trencavel, retourna du côté du Rhône 8c, s'étant rendu à Saint-Gilles, accorda^, le i" d'août de l'an ii63, une exception de péage dans toutes ses terres à l'abbaye de Fontfroîde. II écrivit vers le même temps au roi Louis le Jeune, son beau-frère, pour lui rendre compte de la paix qu'il avoit conclue avec le vicomte Raimond-Trencavel. « Dès qu'un accord amiable nous a uni avec Trencavel, marque-t-il au « roi dans cette lettre 7, 8c qu'un serment réciproque a rétabli parmi nous une « paix éternelle, notre dessein a été de prier votre excellence en hvGur des « otages de Montaigu ; c'est pourquoi je vous supplie de les foire mettre en
• Tome V, Chartes & Diplômes, n. DU, la * Tome V, Chartes 8c Diplômes, n. DXXXMI,
3* charte citée sous ce numéro. la i'* charte citée sous ce numéro.
■ Voyez tome V, Chroniques, n. V. s IhU. la i* charte citée sous ce numéro.
' Trésor des chartes de Toulouse, sac i3, n. iS, • Archives de l'abbaye de Fontfroîde.
3i,33{ sac i4,n.36 81 suir.j n. 43, Sic. — TomeV, » Duchant^ Recueil des historiens dt FrëMce,t,j^
Chartes & Diplômes, n. DLI, le 5* acte cité. p. 721.
An 1 163
« liberté & d'exhorter Trencavel par vos^ lettres à une fidélité inviolable. Je Éd ongin.
« ferai part en même temps à votre altesse de la promesse de mariage que
« je viens de conclure, après avoir pris toutes les sûretés nécessaires, entre
« mon fils, votre neveu, & la fille du comte Dauphin } en sorte que j'ai déjà
« cette princesse en mon pouvoir, avec la plus grande partie de son domaine.
« Comme mon agrandissement rejaillit sur la gloire de votre règne, je prie
« votre excellence d'approuver ce mariage, de le protéger dans le besoin, soit
a par vos paroles, soit par vos actions, & d'écrire là-dessus à la comtesse, mère
« du Dauphin, 8c aux principaux du pays. Quoique le comté du feu comte
« Dauphin appartienne à la juridiction dé l'empereur, cela ne laisse pas
« d'accroître votre autorité & de lui ouvrir une porte pour l'étendre. Dieu
« vous conserve pendant longtemps, mon seigneur & mon roi, afin que vous
« puissiez continuer de me protéger, comme vous avez déjà commencé, dans
Cl l'affaire du roi d'Angleterre. »
On voit par cette lettre que Raimond V, comte de Toulouse, promit en mariage', vers la fin de l'an ii63, Albéric-Taillefer, son fils puîné, à Béatrix, fille & héritière de Guigues IV ou V, comte d'Albon, de Viennois 8c de Graisivaudan, alors déjà décédé*, &c qu'il s'assura de la plus grande partie de ses domaines, .ce qui augmenta considérablement son pouvoir. Ce mariage s'accomplit, en effet, dans la suite, mais non pas si tôt, car le fils du comte de Toulouse n'avoit alors que cinq à six ans, 8c Béatrix n'étoit guère plus^ âgée. Pendant leur minorité, Raimond confia le gouvernement de Dauphiné à Alphonse, son frère, qui eut à soutenir contre Humbert, comte de Savoie, une longue guerre dont nous parlerons ailleurs.
LXI. — Suites de la paix entre le comte de Toulouse b Trencavel.
Constance, femme de Raimond, écrivit aussi au roi Louis le Jeune, son frère, peu de temps après la paix de Trencavel. Voici les termes de sa lettre :
« A Louis'*, par la grâce de Dieu roi de France, son respectable seigneur « 8c très-cher frère, Constance, sa sœur unique, comtesse de Toulouse, « duchesse de Narbonne, marquise de Provence, salut avec la félicité de « l'une 8c de l'autre vie.
tt Votre altesse saura que Trencavel se comporte fidèlement à l'égard de «c mon seigneur le comte 8c de vos neveux, 8c qu'il m'a priée très-instamment « de vous écrire pour obtenir la délivrance de ses otages } c'est pourquoi je « prie votre clémence, comme celui en qui je mets tout mon espoir, d'accorder <c leur liberté à mes prières 8c à la piété de vos neveux. Je prends Dieu à u témoin que si je connoissois qu'il vous fût utile de garder encore ces pri-
• Voyez tome IV, Vote L, n. 19. * Voyez tome IV, }fote L, n. 19.
' Duchesne, Recueil des historiens de France, ^ Duchttne^ Reçacil des historiens de France^ X, j^,
« sonniers, je ne vous aurois jamais parlé de leur liberté. Si vous jugez à « propos d'exaucer ma prière, écrivez à Trencavel d'être plus fidèle à l'avenir « qu'il ne l'a été par le passé à mon seigneur le comte & à vos neveux, & « qu'il n'entreprenne plus aucune guerre contre eux. Enfin je vous prie de « m'envoyer Frédéric, chanoine de Saint-Victor, avec la permission de son « abbé. Adieu. » Trencavel lui-même écrivit au roi vers le même temps, en ces termes :
« A Louis', par la grâce de Dieu suprême roi des François, son ami & « ion seigneur très-cher, Raimond-Trencavel, vicomte de Béziers, salut & tt obéissance dans un légitime service. L'attachement & l'affection que je « crois que vous avez pour ma personne me donnent la confiance de vous « demander conseils & secours dans mes besoins. Se de vous faire part de mes « plus importantes affaires. Ayant considéré ce que les membres doivent à leur « chef, j'ai fait incessamment la paix, pour l'amour de vous, avec le seigneur « Raimond, comte de Toulouse, & je lui ai rendu ensuite tous les services V possibles, de même quâ la dame reine. Comme je suis enfin parvenu « à cette union, je ne crains pas de vous prier d'ajouter foi à ce que vous « dira de ma part Pierre-Raimond, chevalier, que je vous envoie. Se que « j'ai chargé de cette lettre. Je vous prie* de lui donner des marques de votre a amitié pour l'amour de moi. »
Toutes ces lettres nous font voir que Trencavel ne fit sa .paix avec le comte de Toulouse, qu'^ la prière & par l'autorité de Louis le Jeune j que ce roi, durant la négociation, obligea ce vicomte à donner des otages pour la sûreté de ses promesses; que ces otages se rendirent prisonniers au château de Mont^fi^pî^Si taigu en Albigeois, 8c que Louis différa à leur rendre la liberté, jusqu'à ce que la paix étant bien affermie, le comte & la comtesse de Toulouse s'employèrent pour leur délivrance, & c'est sans doute cette délivrance que Pierre- Raimond alla négocier à la cour de la part du vicomte.
LXn. — Arrivée de deux ambassadeurs de Vempereur de Constantinople à Saint-'Gilles. — Leur négociation avec le roi Louis le Jeune &• le comte ù Toulouse.
Ces mômes lettres prouvent que le roi Louis le Jeune avoit acquis alors une très-grande autorité dans la Province, 8c qu'il y entretenoit correspondance. C'est ce qu'on voit encore par diverses autres lettres * dont nous parlerons dans peu. Se parmi lesquelles il y en a quelques-unes de Bertrand de Saint-Cosme, abbé de Saint-Gilles, que ce prince honoroitdes siennes, & à qui il accorda^, en ii63, un diplôme en Ëiveur de son monastère. Cet abbé
* Duchesne, Recueil des histonens Jt Frûnce^ t. 4, Recueil des historiens de France, de dom Bou^ue:, p, 718. t. 1^, p. 56, 69 & suiv.
* Ihid, ^ Ces lettres ont été reproduites dans le > Tome V, Chartes & Diplômes, n. DXUl.
écrivît' entre autres à Louis dans une occasion, en lui envoyant, pour marque de son amitié (in pignus amicitiae)^ diverses sortes d'épiceries du Levant.
Ces marchandises abordoient directement au port de Saint-Gilles sur le Rhône, vers l'embouchure de ce fleuve dans la Méditerranée. Les ambassadeurs que Manuel Comnène, empereur de Constantinople, envoya en France, en 1162, débarquèrent dans ce port, qui étoit alors le plus fréquenté de tout le royaume sur cette côte. Ces ambassadeurs* étoient l'abbé d'Andrinople & le prieur de l'Hôpital de Constantinople, dont l'un tomba malade à Saint-Gilles, 8c fut obligé de s'y arrêter, 8c l'autre continua son chemin. Ils venoient tant pour rendre obéissance de la part de leur maître au pape Alexandre JII, que pour proposer quelques affaires secrètes au roi 8c à Raimond, comte de Toulouse, qui les fit accompagner à la cour par ses propres ambassadeurs. Il paroît que les affaires secrètes^ qu'ils étoient chargés de négocier avec ces princes regardoient une nouvelle expédition dans la Terre Sainte, que Louis 8c Raimond résolurent, en effet, d'entreprendre. Le premier'* fit reconduire ces ambassadeurs jusques à Saint-Gilles par ceux qu'il avoît destiné d'envoyer à l'empereur grec} mais il les rappela bientôt après. Raimond, de son côté, envoya les siens à Constantinople avec ceux du pape &c écrivit^ au roi pour lui apprendre qu'il avoit pris des engagemens, conformément à ses desseins, avec les ambassadeurs de Manuel, 8c le prier d'en envoyer incessamment d'autres à ce prince qui fussent capables de terminer heureusement la négociation qu'ils avoient commencée.
LXIIÏ. — Le roi Louis le Jeune permet à Ermengarde^ vicomtesse de Narbonne, de rendre elle-même la justice. — Lois romaines observées dans la Province.
Depuis la réconciliation de Trencavel 8c d'Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, avec le comte de Toulouse, le roi Louis le Jeune donna diverses marques de sa bienveillance à la dernière. C'est ce qu'on apprend entre autres par une lettre^ que ce prince lui écrivit, en ces termes : a Louis, par « la grâce de Dieu roi des François, à sa très-chère illustre dame, Ermen- « garde de Narbonne, salut. Vous nous apprenez par l'abbé de Saint-Paul « 8c Pierre-Raimond, vos envoyés, qu'on décide chez vous les procès conforte mément aux lois des empereurs, qui défendent aux femmes de rendre la « justice. La coutume de notre royaume est beaucoup plus indulgente j elle « permet aux femmes de succéder au défaut des mâles, 8c d'administrer elles- « mêmes leurs biens. Souvenez-vous donc que vous êtes de notre royaume, « 8c que nous voulons que vous en suiviez les maximes } car quoique vous
* Duch»ne, Recueil des historiens de France, t, 4, ^ Duchesne, Recueil des historiens de France, t. A^ p. 736. p. 619, 691 & suiv.
* Ibid, t. 4, p. 612, 619, 691 8c SUIT, p* 7I9> ' lèid. t. 4, p. 691. ' Baroniusy ad ann. 1 180. ^ Ihid, t. 4. p. j^i.
An 1 163
An 1 1 63
« soyez voisine de l'Empire, vous ne devez pas suivre ses lois & ses usages « sur cet article. Rendez donc vous-même la justice, & examinez les affaires « avec attention. Employez le zèle de celui qui, pouvant vous créer homme, M ne vous a créée que femme, & qui par sa bonté a mis dans vos mains le tt gouvernement de la province de Narbonne. Quoique vous ne soyez donc c( qu'une femme, nous ordonnons, par notre autorité, qu'il ne soit permis à « personne de décliner votre juridiction. »
Cette lettre prouve évidemment que les lois romaines étoient alors exactement observées dans la Province, puisque sous ce prétexte on y feisoit difficulté de souffrir que la vicomtesse Ermengarde rendît elle-même la justice; mais sans avoir recours à l'autorité du roi qui le lui permit, elle pouvoit se servir de l'exemple de plusieurs comtesses ou vicomtesses du pays, qui avoient auparavant présidé à divers plaid$, 81 se fonder ainsi sur un usage déjà établi, & pour lequel on avoit dérogé en cela au droit romain.
Cette vicomtesse écrivit ' de son côté au roi Louis le Jeune qu'elle qua- Éd.origin. lifie, dans la suscription de sa lettre, ci très-honorable & très-heureux roi Cl des François, &• son unique seigneur» Elle s'y qualifie elle-même vassale ce (foemina) spéciale de ce prince, aux ordres duquel elle marque qu'elle est « toujours prête d'obéir; elle déclare que tout ce qu'elle a au monde est (c soumis à son empire, 6c le prie de lui donner des marques fréquemes de ce son souvenir, parce qu'après Dieu elle met toute sa confiance en lui. C'est Cl pourquoi, ajoute-t-elle, je vous enverrois tous les jours quelque nouveau « messager, si j'en avois la commodité, pour vous prier de vous souvenir de Cl moi. » Elle s'excuse ensuite de ce qu'elle ne lui avoit pas envoyé le che^l qu'il lui avoit demandé, parce qu'elle n'en avoit pas encore trouvé de bon; elle promet de lui envoyer incessamment le meilleur qui se trouvera dans son domaine.
LXIV. — Démêlés de cette vicomtesse avec Béranger de Puiserguîer.
Ermengarde eut une nouvelle occasion d'avoir recours à l'autorité du roi, dans une affaire qui lui tenoit fort à cœurj voici le fait : Béranger*, seigneur de Puiserguier, dans le diocèse de Narbonne, à l'exemple de plusieurs autres seigneurs qui ne faisoient aucun scrupule de tyranniser les peuples, avoit établi de son autorité un nouveau péage sur le grand chemin qui va de Narbonne à Béziers, Scvexoit par là impitoyablement tous les passans. La vicomtesse, qui aimoit la justice, & dont Béranger étoit vassal, voulut faire cesser ces violences j mais comme ce chevalier étoit sous la protection du comte de Toulouse, elle écrivit au roi Louis le Jeune pour le prévenir & le prier de l'appuyer de son autorité. Elle en obtint des lettres favorables contre
' Duchesne, Recueil des historiens de France, t. 4, * Duchesne, Recueil des historien: de France, \.if
le seigneur de Puiserguier qu'elle fit citer ensuite à sa cour, & qu'elle condamna en présence de Jean, évêque de Maguelonne, de Tévêque de Béziers, de Tabbé de Saint-Gilles, de Guillaume, seigneur de Montpellier, & de plusieurs autres prélats 8c barons qui s'y trouvèrent, à discontinuer de lever le nouveau péage, conformément aux lettres du roi qui lui furent présentées. Béranger refusa de les recevoir, & comme on voulut l'obliger à les prendre, 8c qu'on les lui eut mises dans le sein, il les jeta par terre, avec le sceau royal qui y étoit attaché. L'évêque de Maguelonne & Guillaume de Montpellier marquent toutes ces circonstances dans les lettres qu'ils écrivirent quelque temps après au roi, pour lui recommander le droit d'Ermengarde dans cette affaire, 8c le prier de punir la témérité de Béranger.
Guillaume appelle ce prince son seigneur^ dans sa lettre', 8c se qualifie son chevalier très-dévoué 6» très-fidèlcy 8cc. Ainsi, quoique le même Guillaume se regardât en quelque manière comme vassal du pape, il reconnoissoit cependant l'autorité supérieure de nos rois. Il en est de même de l'évêque de Maguelonne 8c de son chapitre, qui, da'ns une lettre^ qu'ils écrivirent en ii63 au roi Louis le Jeune, l'appellent Z^wr y^i^n^^r 8c le remercient de ce qu'il avoit écouté favorablement leurs envoyés, ce qui augmente, ajoutent-ils, notre fidélité. Ils le prient de recevoir avec la même bonté leurs nouveaux députés 8c de leur obtenir une audience d'Alexandre III, si ce pape étoit encore sur les lieux, ou de lui écrire en leur feveur pour l'affaire dont ces mêmes députés étoient chargés, 8c qui regarde, ajoutent-ils, votre église de Maguelonne.
Béranger de Puiserguier, après avoir plaidé luî-mêrae sa cause à la cour de la vicomtesse Ermengarde, se voyant condamné, appela de ce jugement au conseil du roi, sous prétexte qu'il étoit vassal immédiat de ce prince, 8c résolut d'aller soutenir son affaire à la cour. Avant son départ, il eut recours à la protection du comte 8c de la comtesse de Toulouse, qui lui donnèrent des lettres 3 de recommandation auprès de Louis. Le comte, pour' engager ce prince, son beau-frère, à protéger Béranger, qui est, lui dit-il, votre homme lige, lui marque que ce seigneur étoit son ami particulier, qu'il lui avoit rendu des services considérables 8c qu'il s'étoit feit des ennemis pour l'amour de lui. La comtesse marque'* au roi, son frère, que ce chevalier étoit trèsattaché à sa maison 8c que, suivant le témoignage des voisins de Puiserguier, son château relevoit immédiatement de la couronne.
Ermengarde envoya de son côté des députés à la cour, pour y défendre ses droits, 8c elle obtint en faveur de ces envoyés une nouvelle lettre^ de recommandation de Guillaume de Montpellier, lequel se sert de la suscriptîon suivante : a A mon très-noble seigneur 8c très-respectable cousin, Louis, par
* Duchesne, Recueil des historiens de France, t. 4, ^ Duchesne, Recueil des historiens de France, t. 4,
' Jhid, p. 65o. ' Ihid. p. 713,
' Ibid. p. 718.
An ii63
An 1 163
^Édjoriçn^ « la grâcc de Dieu roi des François, Guillaume, seigneur de Montpelu lier, &c. Il marque à ce prince qu'il ne doit pas souffrir que les comtes « & les barons de son royaume qui tiennent leur domaine de lui soient à « la merci de leurs propres vassaux, qu'il ne doit pas écouter par conséquent « ce que lui dira Béranger de Puiserguier contre la vicomtesse Erraengarde, « Se que s'il accorde sa protection à ce seigneur, il .pourra en arriver un « très-grand malheur dans le royaume. »
"^^"[■T Cette vicomtesse, pour mieux réussir dans son dessein, engagea le pape
Alexandre III à écrire au roi en sa faveur. La lettre d'Alexandre est datée de Sens' le 3 d'avril de l'an 1164, ce qui nous donne l'époque de ce différend; le pape prie fortement Louis le Jeune, dans sa lettre, d'accorder sa protection à Ermengarde 8c de vouloir bien écouter ses prières. « Les ser- « vices qu'elle nous a rendus, dit-il, lorsque nous étions dans le pays, nous « engagent, & nos frères les cardinaux, à l'aimer comme une fille spèdale « de rËglise, & à lui accorder ses demandes en tout ce qui est conformée « la justice, &c. » Enfin Ermengarde écrivît* elle-même au roi pour l'avertir que Béranger, chevalier, son vassal, devoit aller bientôt à la cour. « Toute « la province est témoin, dit cette vicomtesse, que ce chevalier, qui doit être « soumis à ma juridiction, tâche, sous votre protection, de s'en soustraire par « des mensonges. Je supplie donc votre majesté de ne pas se laisser sur- « prendre par ses artifices, mais de me le renvoyer comme étant mon sujet, « ainsi qu'il est convenable. Cependant, si vous ne jugez pas à propos de vous « en rapporter à moi, ordonnez que nous nous représentions tous les deux « devant vos évéques, savoir devant celui de Maguelonne 8t les autres. ■ Elle ajoute à la fin ; « Vous m'avez commandé de conserver une paix ferme « avec le comte de Toulouse & de le servir, c'est ce que j'ai déjà fait, & je « dois l'aller joindre avec mes troupes quinze jours après l'Assomption, pour « le suivre contre ses ennemis. »
Il paroît que, malgré tous les soins d'Ermengarde, Béranger de Puiserguier gagna son procès à la cour du roi Louis le Jeune. Ce seigneur marque, en effet, dans une lettre^ qu'il écrivit à ce prince 6c dans laquelle il prend la qualité de son chevalier & de son homme lige, qu'à son retour de la cour il y avoit eu un jugement entre lui & Ermengarde qui y avoit été déboutée de ses demandes. Il dit ensuite ; « J'ai ouï dire qu'elle a envoyé de nouu veaux ambassadeurs à la cour pour obtenir de votre libéralité un ordre (t pour me pousser plus vivement dans un autre plaid} c'est pourquoi je c( supplie très-humblement votre altesse sérénissime de ne lui accorder rien t( qui puisse lui donner un nouveau droit sur moi, qui suis votre vassal « & votre chevalier, ni sur la province de Narbonnej mais qu'elle soitseu- « lement à mon égard comme elle étoit lorsque je me suis rendu à votre
' Conciles, t. lo, p. i356. ' DucKesne, Becueil des historiens de Frtinctt\.\^
' Duchcsne,KecB«iZ dés historiens de France, t. 4, p. 372.
"/ An 1164
« cour. » Béranger marque au bas de sa lettre que, n'ayant pas son sceau, il Ta scellée avec son anneau.
LXV. — Le roi d'Angleterre renouvelle la guerre contre le comte de Toulouse.
L'article de la lettre d'Ermengarde, où elle parle au roi Louis le Jeune de son union avec le comte de Toulouse, fait voir aussi qu'elle l'écrivit en 1164, car la guerre s'étoit alors renouvelée entre ce comte & le roi d'Angleterre, ainsi qu'on l'a déjà vu & qu'il paroît par la date d'une charte de l'abbaye de Saint-Marcel en Querci, donnée^ Van de V Incarnation MCIXIV, le jeudi 14 de mai, Henri, roi £ Angleterre, étant en dijjfërend avec Raimond, comte de Toulouse.
On peut rapporter à cette même guerre une lettre* de Pierre, évêque de Rodez, au roi Louis le Jeune, dans laquelle ce prélat s'excuse de ce qu'étant près de partir pour la cour, il n'a pu se mettre en chemin à cause des courses des Anglois qui désoloient le Rouergue, pays soumis à la domination des comtes de Toulouse. Il ajoute qu'il avoit été obligé de demeurer pour la défense du pays, 6c que le comte de Rodez, qui alloit à la cour, suppléeroit à son dé&ut. Il se loue beaucoup de ce comte, nommé Hugues, &c l'appelle le père de la patrie. On prétend ^ que Pierre n'étoit plus évêque de Rodez en 1164, & que Hugues lui avoit déjà succédé en 1160 ou 1161 ; ce qui prouveroit que cette lettre est antérieure à l'an 1164. Mais comme il est certain que Pierre se qualifioit^ encore évêque de Rodez en ii63, & qu'on ne fonde le commencement de Tépiscopat de Hugues, son successeur, que sur une bulle Éd.oririn. d'Alexandre III, datée de Veroli, en Italie, le 14 de mai de la seconde année ' ***' de son pontificat, au lieu qu'elle est certainement de la onjième, rien n'empêche que Pierre n'ait été encore évêque de Rodez en 1164.
Il paroît qu'on doit rapporter aussi à la guerre que le roi d'Angleterre fit, cette dernière année, au comte de Toulouse, une lettre ^ que les habitans de cette ville écrivirent au roi Louis le Jeune pour le remercier de la protection qu'il leur avoit accordée contre ce prince & le prier de la leur continuer. « Nous voulons, très-cher seigneur, disent-ils, vous faire part de ce qui vient Cl de nous arriver depuis peu. L'archevêque de Bordeaux, servant plutôt dans « la milice du roi d'Angleterre que dans celle de Jésus-Christ, vient de feîre a une course jusques aux portes de Toulouse, dont il s'est approché d'un jet u de pierre. Il a rasé plusieurs châteaux, brûlé ou détruit diverses églises, « fait prisonniers quelques-uns de nos concitoyens & fait mourir quelques « autres. Il y a longtemps que notre seigneur le comte n'est pas avec nous,
* GaUia Christiana, noT. edit. t. i, p. i83. ^ ^ GaUia Christiana, noT. edit. t. f, p. 207.
* Duchesne, Recueil des historiens de France, t. 4, * Ducbesne, Recueil des historiens de France, t. 4« p. 699 & SUIT. p. 718. •— Recueil des historiens de France, dt dom
* GaWa Christiana, t. 3, p. 956, 8( noT. edit. t. i. Bouquet, t. i6.
^^,,g^ 848 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVIIL
» c'est pourquoi nous supplions votre altesse de ne pas souffrir davantage
« qu'on désole ainsi la ville de Toulouse & son territoire, qui vous appar-
c( tiennent, Se nous-mêmes, qui sommes aussi à vous; car si vous ne nous
« secourez prompteraent, tout le pays va devenir un désert. »
LXVL — Voyage du comte de Toulouse dans le has Languedoc. — Il s'accorde,
avec Guillaume VU, seigneur de Montpellier^
Il est d'autant plus vraisemblable que cette lettre appartient à l'an 1164, que nous savons que le comte Raimond demeura du côté du Rhône pendant cette année, de même que la précédente, tant pour conclure le mariage de son fils avec l'héritière de Dauphiné, que pour d'autres affaires. Il étoit, en effet', à Montpellier au mois de juin de Tan 1164, Se il convint alors de la paix avec Guillaume VII, seigneur de cette ville ; ils promirent par un serment mutuel de s'entr'aîder & de se conserver leurs domaines. Raimond fit encore un accord*, en 11 64, à Saint-Saturnin du Port, aujourd'hui le Pont-Saint-Esprit sur le Rhône, avec les religieux de ce monastère, touchant le domaine & la justice du lieu, dont ils réglèrent le partage, en présence de Bermond d'Uzès, de Guillaume de Sabran, connétable du comte, &c. Raimond revint cependant à Toulouse avant la fin de l'année 5 car outre qu'on a vu qu'Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, devoit l'y aller joindre à la tête de ses troupes vers le commencement de septembre, il fit une donation^, en 1164, en faveur de l'abbaye de Grandselve & accorda une exemption de péage dans toutes ses terres à celle de Belleperche, d'où il résulte qu'il devoit être alors aux environs de Toulouse où ces deux abbayes sont situées.
LXVIL — Bernard Pelet, comte de Melgueil &• seigneur d'AlaiSy se soumet au comte de Toulouse. — Il est excommunié. — Maison d'Andui^e.
Durant le séjour que le comte Raimond fit, en 1164, dans le bas Languedoc, Bernard Pelet, qui étoit seigneur d'Alais de son chef & comte de Melgueil par Béatrix, sa femme, se soumit à la domination de ce prince. Cest ce que nous apprenons d'une lettre^ que Guillaume, seigneur de Montpellier, écrivit alors au roi Louis le Jeune, avec cette suscription : « A son très- « excellent seigneur Louis, roi des François, Guillaume de Montpellier son u cousin Se son chevalier très-dévoué : joie 6c plaisir sans fin. » Suivant cette lettre, & quatre autres ^ à peu près semblables qu'écrivirent au roi en même temps Aldebert, évêque de Nîmes, Bertrand, abbé de Saint-Gilles, Guillaume de Sabran, connétable, 8c Bermond d'Uzès (ces deux derniers se qualifient
' Tome V, Chartes & Diplômes, n. DXLIV. * Duchesne, Recueil des historiens Je Frûnce,t.<^
• nid. n. DXLVIII. p. 716.
» Ihid. n. DXLV, la i*"" charte citée. « Ihid. p. 674, 707, 709 & ySS.
aussi chevaliers du roi)^ Bernard d'Anduze & le comte de Melgueîl ayant établi un nouveau péage du côté d'Alaîs, le roi, qui vit que cet établissement étoit très-onéreux au public, leur défendit de le lever. Sur cette défense, Bernard d'Anduze, chevalier également sage & discret, voulant donner des marques de sa soumission, fit cesser de son côté la levée de ce nouveau droit, mais le comte de Melgueil continua à l'exiger ; ce qui engagea le seigneur d'Anduze à le rétablir, conformément à la permission que le roi lui en avoit donnée par son envoyé. Ce seigneur, reconnoissant cependant l'injustice d'une telle exaction, y renonça pour toujours, prit ensuite l'habit monastique & mourut peu de temps après, laissant Pierre-Bernard, son £ls & son héritier, sous la tutelle de Guillaume de Montpellier, son proche parent Se son ancien ami. Celui-ci, dans sa lettre au roi, répond de la fidélité de ce pupille & le prie de lui accorder sa protection. Guillaume, les deux prélats Se les deux seigneurs dont on a déjà parlé le prient aussi de défendre au comte j^-®''^f^' de Melgueil, qui continuoit de lever le nouveau péage contre ses ordres, de l'exiger davantage à peine d'encourir son indignation. « Il est de votre devoir, Cl ajoutent-ils dans leurs lettres, d'empêcher de pareilles vexations dans votre «( royaume. Écrivez au comte Raimond, votre beau-frère, pour lui ordonner, u en considération de la fidélité 8c de l'amitié qu'il vous doit, de faire cesser « cette injustice en la personne du comte de Melgueil, qui s'est soumis « depuis peu à son autorité & à sa domination. Se pour lui défendre de <( donner aucun secours à ce comte, avec ordre de le traiter comme son c( ennemi, s'il n'obéissoit pas. Persuadez aussi au pape d'étendre dans tout c( le domaine du même comte de Melgueil, tant sur celui qu'il possède en « propre, que sur celui dont il jouit en commun, l'excommunication qu'il (( a déjà lancée contre sa personne ; en sorte qu'on ne célèbre plus l'office et divin partout où il sera. Se que le pape ordonne aux évêques de Nîmes, de Cl Mende, de Maguelonne 8c d'Uzès de faire observeV cette sentence dans tt leurs diocèses. » Enfin Guillaume finit sa lettre au roi en priant ce prince d'ajouter foi à l'exprès qu'il lui députoit sur cette affaire.
LfOuis répondit favorablement à la demande des prélats 8c des seigneurs qui s'étoient adressés à lui 8c agit selon leurs souhaits auprès d'Alexandre IIL Ce pape écrivit en conséquence de Sens, le 17.de janvier' de l'an ii65, à Pons, archevêque de Narbonne, 8c aux évêques de Nîmes, d'Uzès, de Mende 8c de Maguelonne. Il approuve par cette lettre le zèle de ceux d'entre eux qui l'avoient sollicité d'empêcher l'établissement des nouveaux péages , 8c ajoute que c'est dans ce dessein qu'il a écrit à Bernard, comte de Melgueil, sans lui donner cependant le salut, à cause du refus qu'il faisoit d'exécuter leurs ordres, pour lui commander de s'y soumettre 8c de supprimer les nouveaux péages qu'il exigeoit. « Sinon, ajoute-t-il, nous ratifions la sentence que vous, notre «c frère, archevêque, avez prononcée contre lui, 8c nous vous enjoignons de la
' Gariel, Séries praesulum MagaUnenslum, 2* iàit, p. 11 3.
"T Z — 85o HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVIIL
An 1 104
« faire obsei'ver jusqu'à ce qu'il y ait entièrement satisfait, vous ordonnant « de faire garder l'interdit à Alais &c dans tout le reste de son domaine, a?ec « défense d'y célébrer l'office divin quand il y sera présent. »
On peut inférer de cette lettre que Bernard Pelet possédoit des domaines tant de son chef qu'au nom de Béatrix , comtesse de Melgueil , sa femme, dans les diocèses de Nimes, de Maguelonne, de Mende & d'Uzès. Quanta Bernard d'Anduze, qui jouissoit en commun avec Bernard Pelet de la seigneurie d'Alais, on a déjà vu qu'il mourut vers ce temps-là, après avoir pris l'habit religieux. On prétend ' qu'il laissa plusieurs enfans d'Adélaïde de Roquefeuil, sa femme, héritière de cette maison, entre autres Frédol d'Anduze, abbé de Saint-Victor de Marseille, élu évêque de Fréjus* en ii64,&Bermond, chanoine de Maguelonne & évêque de Sisteron en 1174; mais ces prélats étoient plutôt ses frères, puisque son fils aine & héritier étoit encore pupille vers Tan 1164, 8c qu'il paroît d'ailleurs qu'il n'eut que ce fils. Du reste, le même Bernard n'est pas différent, sans doute, de Bernard d'Ânduze, dit V Ancien f qui vivoit encore^ en 1162 8c qui possédoit la baronnie du Luc 8c la seigneurie de Portes, sous la mouvance du monastère de Sauve. On &it^ ce dernier oncle paternel 8c héritier d'un autre Bernard d'Anduze, second mari d'Ermengarde , vicomtesse de Narbonne, ce qui prouveroit que celui-ci mourut avant l'an 1164^ mais on ignore l'époque précise de la mort de ce second mari d'Ermengarde, ce qui vient sans doute de ce qu'elle ne partagea pas son autorité avec lui, comme fit Béatrix, comtesse de Melgueil, avec Bernard Pelet, son second mari. On trouve cependant ^ quelques sermcnsde fidélité prêtés à Bernard d^Ândw^e, mari d'Ermengarde, dans lesquels on excepte le droit d'Ermessinde, sœur de cette vicomtesse. Ces actes, qui sont sans date, prouvent que comme la première n'avoit point d'enfans, ni espérance d'en avoir, on regardoit sa sœur comme son héritière présomptive. Ermengarde se remaTia peut-être en troisièmes noces après la mort de Bernard d'Ânduze; car nous avons deux titres^ de l'an iiSç, passés en présenct d'Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, (y de Bermond, son maître ^ à moins que ce dernier ne soit le même que Bernard d'Ânduze, dans la maison duquel le nom de Bermond fut fort usité 8c lui servit ensuite de surnom.
LXVIII. — Accord entre Trencavel &• la vicomtesse de Narhonne au sujet des mines d'argent de leur domaine. — Diffèrens actes de ce dernier.
Éd. onaîn. Cette vicomtesse eut un différend en 1164 avec Trencavel, au sujet des mines d'argent qui avoient été découvertes dans les montagnes situées sur les
' Le Laboureur, Histoire manuscrite de la maison ^ Le La1>oureur, Histoire manuscrite de h mmai
d'Anduze, d'Anduze,
■ Gallia Christiana, nOY. edit. t. l, p. 423 & 486. * Catel, Mém, pour l'hist, du Languedoc, p. 5;3.
' Tome V, Chartes & Diplômes, n. DXXXIV, « Tome V, Chartes & Diplômes, n. DXVlIIJs
la i'*^ & la 2* charte citées sous ce numéro. i'*^ & le 2' extrait cités sous ce numéro.
HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XVIIl.
An 1164
frontières de leur domaine vers Tabbaye de Villemagne, qu'on nomme à cause de cela VArgentière. Comme Trencavel 8c Ermengarde avoient toujours été très-unis, ils terminèrent aisément leur différend par une transaction qu'ils passèrent, au mois de juillet ' de la même année, 8c dans laquelle il fut dit que les seigneurs particuliers des lieux où étoient les mines auroient la moitié de leur revenu, 8c que l'autre moitié, avec les lods, vente 8c confiscation, appartiendroit au vicomte 8c à la vicomtesse, excepté dans le domaine de l'abbaye de Villemagne, laquelle percevroit le tiers de ces mêmes droits dans les mines de ses dépendances.
Cette transaction fut passée, selon toutes les apparences, dans cette abbaye, car le vicomte* Trencavel y reçut, à la fête de la Magdelaine de la même année, le serment de fidélité des seigneurs de Vinsan ou Vinassan, au dio* cèse de Narbonne. Ce vicomte autorisa^ vers le même temps, par son propre sceau, une donation faite à l'abbaye de Salvanés 8c l'oblation qu'une femme, nommée Bertrande, fit de sa personne à l'abbaye de Castres pour être religieuse {monacha) sous l'obéissance de Rigaud, abbé de ce monastère. Trencavel étoit^ à Carcassonne, le jeudi 18 de mars de Van 1164, ou de l'an ii65 suivant notre manière de compter. Il donna en fief, au mois d'avril suivant, à divers 5 chevaliers le château de Saint-Jory, en Albigeois, qu'il avoit fait construire. Il fit publier^ à Carcassonne, étant dessous F orme au devant son palais, avec son fils Roger, le 12 de juillet de la même année, une ordonnance en faveur des habitans de cette ville, touchant la manière dont sa cour devoit se comporter, tant envers leurs débiteurs qu'envers leurs créanciers, 8c fit foire serment à Guillaume de Saint-Félix, son viguier, de l'observer. Il accorda 7 la même année à l'abbaye de Salvanés, en Rouergue, l'exemption du péage dans toutes ses terres, en présence de Guillaume, évêque d'Âgde, Vital, abbé de Fontfroide, Ermengaud, abbé de Valmagne, Raimond, abbé de Saint-Thibéry 8c Jean, prieur de Cassan. Enfin ce vicomte assista, vers le mois de mai de l'an ii65, au concile de Lombers en Albigeois^. Ce concile fut tenu contre les hérétiques qu'on nomma depuis albigeois, qui avoient fait alors de grands progrès dans la Province 8c les pays voisins, 8c qui y excitèrent dans la suite une guerre de religion également sanglante 8c opiniâtre. Cette guerre causa une révolution générale dans tout le Languedoc 8c occasionna la réunion de cette province au domaine de la couronne, ce que nous développerons dans le volume suivant^, après avoir rassemblé ici sous un seul point de vue, pour une plus grande intelligence de cet événement célèbre, quelques observations sur le gouvernement &c les moeurs des peuples du pays durant le douzième siècle.
An ii65
* Tome V, Chartes & Diplômes, n. DXLVl. » Ihid. n. DXLVIl, la 2- charte cit^e.
' li'id, la 3' charte citée.
* liid. la i" charte citée.
^ Ihid, la 3^ charte citée.
' Tome V, Chartes & Diplômes, n. DXL1X. ' Ihid, n. DXLVIl, la 5* charte citée sous ce numéro.
• Voyez tome VII, Note I.
' Tome VI de la présente édition.
"7m^ 852 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVIII.
LXIX. — Gouvernement (/ mœurs, des peuples de la Province au dow^îèmc siècle. — Principaux seigneurs du pays. — Étendue de leur domaine»
Le domaine de la Province continua d'être possédé pendant ce siècle par les grands vassaux ou par leurs feudataires, lesquels ne donnèrent guère, durant tous ce temps-là, d'autres marques de dépendance envers nos rois, que de dater les chartes des années de leur règne. Les comtes de Toulouse dominèrent, soit directement, soit indirectement, sur presque toute la Province, sur une grande partie de l'Aquitaine & sur la moitié de l'ancien comté de Provence; de sorte qu'ils alloient de pair avec nos rois, s'ils ne les surpassoient en étendue de domaine : il étoit borné au levant par les Alpes; au midi par la Durance, la Méditerranée & les Pyrénées; au couchant parle duché de Gascogne; 8c enfin au nord par l'Isère, les montagnes d'Auvergne 5t la Dordogne. Aussi eurent-ils une cour proportionnée à leur puissance, & on voit qu'ils avoient dès lors un connétable, un chancelier & d'autres grands officiers. La fonction de leur chancelier ne regardoit pas cependant l'administration de la justice : elle consistoit principalement à dicter 8c à (aire expédier leurs chartes 8c à les sceller de leur sceau. Quant à la justice, ces princes l'administrèrent par eux-mêmes avec leur cour, c'est-à-dire assistés de leun principaux barons 8c officiers 8c de quelques jurisconsultes, ou la firent rendre par des yicaires ou viguiers, qui étoient leurs lieutenans en cette fonction, & qui étoient toujours des personnes de condition. On trouve des viguiers de Toulouse 8c des sous-viguiers ', qui leur étoient subordonnés, dès la fin du Éd. orîçin. onzième siècle 8c pendant tout le suivant. Les comtes de Toulouse, ou leurs viguiers en leur absence, présidoient ordinairement au commun conseil om chapitre de la ville de Toulouse, composé de capitulaires ou capitouls, de deux juges, de deux avocats ou assesseurs, 8c des principaux bourgeois de cette ville; ce commun conseil forma proprement, depuis son établissement, la cour des comtes dans cette ville. Quant à leur domaine, ces princes le feisoient administrer dans le même siècle par des bailes (bajuli) ou baillis.
Les comtes de Barcelone étendirent leur autorité dans ce siècle sur une partie considérable de la Province. Outre le comté de Fenouillèdes & la vicomte de Gévaudan, dont ils avoient le domaine direct, ils prétendirent la suzeraineté sur les comtés de Carcassonne &c de Razès, sur le Lauragab 8c le Termenois, &cc., pour les raisons que nous avons dites ailleurs. Cette suzeraineté leur fut contestée par les comtes de Toulouse, ce qui causa diverses guerres entre eux. Ils en jouirent tour à tour suivant que les vicomtes 8c les autres seigneurs qui possédoient le domaine utile de ces pays voulurent bien se soumettre aux uns ou aux autres. Les comtes de Barcelone s'efforcèrent encore d'étendre leur domination dans le Languedoc, en s assujettissant les
' Catel) Mim^iret p9ur VhUuire du Languedoc, p. 73.
vicomtes de Narbonne & les comtes de Foix, qui les reconnurent, en effet, pour leurs suzerains pendant une partie du douzième siècle, au préjudice des droits anciens Se légitimes des comtes de Toulouse.
Après ces princes, la plus puissante maison de la Province, sinon en dignité, du moins en domaines, fut celle des Trencavels, qui posséda les vicomtes de Béziers, Agde, Carcassonne, Razès, Albi & Nimes, avec plusieurs châteaux & seigneuries dans le Toulousain, le Narbonnois, &c. Ces vicomtes, quoique vassaux des comtes de Toulouse, tranchoient du souverain & exerçoient les droits régaliens. Ils faisoient battre monnoie, établissoientdes foires & des marchés, Êiisoient des ordonnances pour la justice & la rendoient à leurs vassaux, soit par eux-mêmes, soit par leurs officiers, dont les principaux étoient les viguiers de Carcassonne, de Razès, de Béziers, &c.
Les comtes de Foix, descendus d'une branche puinée de la maison des anciens comtes de Carcassonne, étoient supérieurs aux Trencavels en dignité, mais ils leur étoient beaucoup inférieurs en étendue de domaine. Comme le comté de Foix, qui le composoit presque en entier, étoit situé dans le Toulousain, ils reconnurent pendant longtemps les comtes de Toulouse pour leurs seuls suzerains, jusqu'à ce que les comtes de Barcelone les engagèrent, vers le milieu du douzième siècle, à se déclarer leurs vassaux : c'est ce qui a donné l'origine, à ce que nous croyons % à la division qu'on voit dans la suite du comté de Foix, en pays situé en deçà Se au delà du Pas de la Barre, ou en partie septentrionale Se méridionale. Les comtes de Foix, dans les hommages postérieurs, avouèrent toujours tenir la première des comtes de Toulouse; &c il paroît que c'est pour l'autre qu'ils reconnurent pendant quelque temps les comtes de Barcelone pour leurs seigneurs. Cette mouvance n'empêcha pas cependant les comtes de Foix de jouir des droits régaliens.
Les comtes de Melgueil ou de Substantion exerçoient aussi les mêmes droits. Leur domaine, renfermé dans le diocèse de IVfaguelonne, aujourd'hui de Montpellier, n'étoit pas fort étendu } mais il étoit très-considérable par le profit qu'ils tiroient de la monnoie qu'ils faisoient fabriquer dans leur château de Melgueil, 8c qui avoit cours non-seulement dans toute la Province, mais dans les voisines, & jusques au-delà des Pyrénées. Quant à la mouvance de leur comté, il n'y a pas lieu de douter qu'étant situé dans l'étendue du duché de Narbonne, ou de l'ancien marquisat de Gothre, ils ne dussent le tenir des comtes de Toulouse, qui possédoient ce duché ou marquisat. Mais Pierre, comte de Melgueil, s'étant rendu vassal de l'Église romaine sous le pontificat de Grégoire VII, les comtes de Toulouse n'osèrent contester aux papes, ses successeurs, la suzeraineté sur ce comté, jusques à Raimond V, comte de Toulouse, qui assujettit enfin Bernard Pelet, comte de Melgueil, à son autorité 8c unit ensuite le comté de Melgueil à son domaine*.
' Voyez tome IV, "Note XXII, n. 23. chronologie des comtes de Melgueil 8c de <Subs<
' Voyez , au tome VII de cette édition , la tantion.
An ii65
Après ces maisons comtales, l'une des plus distinguées étoit celle des
vicomtes de Narbonne, qui jouirent aussi des droits régaliens. Les autres
Éd origin. maisons vicomtales de la Province, au douzième siècle, furent celles des
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vicomtes de Toulouse ou de Bruniquel , de Polignac, de Lautrec, de Fenouillèdes, de Sault, de Gîmoez ou de Terride, & de Minerve'. La vicomte de Lodève appartenoit alors aux comtes de Rodez, hommagers des comtes de Toulouse pour Tune 8c l'autre de ces deux dignités.
Parmi les maisons des simples seigneurs, celle qui figura le plus en Languedoc, durant ce siècle, fut celle des seigneurs de Montpellier, qui tenoient en fief cette ville des évêques de Maguelonrie, & le reste de leur domaine, qui étoit assez étendu, ou de ces prélats, ou du comte de Melgueil, ou enfin des vicomtes de Bézîers 8c de Narbonne. Les seigneurs d'Uzès, d'Alais, d'Anduze, de Sauve, de Lunel, de Sabran, de Tlle-Jourdain, 8cc., la plupart vassaux immédiats des comtes de Toulouse, étoient ensuite les plus considérables du pays. Au reste, c'est seulement dans ce siècle que quelques-uns de ces seigneurs particuliers commencèrent à se qualifier seigneurs^ 8c en latin domini, des villes ou châteaux dont ils avoient le domaine ; cependant ils ne prirent plus communément durant ce temps-là, comme auparavant, que le simple titre de Guillaume de Montpellier, de Bernard d'Andu-^e, de Bermond d'Ujès, Sec. Les vassaux employèrent même très-rarement alors le nom de dominas à l'égard de leurs seigneurs^ qu'ils appeloient communément senior ou seniores^ terme qui signifie la même chose.