‹ Histoire générale de Languedoc, avec des notes et les pièces justificatives (volume 3)Chapitre 224 sur 234 · XII. — Comtes de Comminges · texte numérisé non relu

XII. — Comtes de Comminges

Bernarde se retira sans doute, après la mort du vicomte Roger, son mari, auprès de Bernard, comte de Comminges, son père. On assure que ce dernier

' Tome V, Chartes 8c Diplômes» n.CCCCLXXXI. 'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-

* Ibïd, n. CCCCLXXXII. méro CCCCLXXXIII.

""^[TïïsT" ^^^ rtWtÔIRË GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVIIt.

fut tué% la même année ii5o, auprès de Saint-Gaudens, Sa inhumé dans Tabbaye de Bonnefont qu*il avoit fondée. Bernard fut le quatrième* comte d« Cohiminges de son nom. On lui attribue aussi la fondation de l^abbayede Feùillans dans Tanciên diocèse de Toulouse, 8( aujourd'hui dam celui de Rieux. Il latissa de Dias de Muret, sa femme, plusieurs enians dont on a dèjii parlé ailleurs. On prétend^ que Bernard, son âlsaîné^ mourut jeune Scavant \vL\^ Si qu'Odon, ion second fils, lui succéda immédiatement. l4ous voyons cependant,' en ii57, un Bernard^ comte de Comminges, auquel son £ls Doden avoit déjà succédé au commencement de Tan 1166. Il faut donc que le père du comte Dodon fût fils de Bernard IV, 6c le cinquième comte de Comminges de ce nom* On veut aussi ^ que Roger, de qui on feit descendre fes vicomtes de Conserans de la maison de Commingfes, ait été fils de Bernard IV; mats d'autres^ croient que ce Roger, premier vicomte de Conserans, n'étoit que petit-fils de Bernard IV.

Xm. — Traité entre Trencavel £• le comte de Barcelone. — Le premier reconnolt la su-^eraineté de Vautre sur une partie de ses domaines^ an préjudice du comte de Toulouse.

Dans le même temps que Raimotid-Trencavel s'accorda avec Beriiafd-Aton, son frère, sur la succession du vicomte Roger, leur frère, il fit un traité avec lè comte de Barcelone, Pour mieux comprendre ce qui y donna occasion, il feut reprendre les choses de plus haut. Depuis que le vicomte Bernard-Aton eut soumis^, vers Tan 1122, la ville de Carcassonne, que Raimond-Bêfangeî III, comte de Barcelone, lui avoit enlevée par surprise, deux ans auparavant, ce vicomte 6c Roger son fils jouirent paisiblement de cette ville, de son comté, de celui de Razès Se du pays de Lauragais, sur lesquels le comte avoit des prétentions dont on a parlé ailleurs. Bemard-Aton Si son fils, après avoir secoué le joug de ce prince, se maintinrent dans la possession de tous ces pays, sous la protection d'Alphonse-Jourdain, comte de Toulouse, avec lequel ils s'unirent très-étroitement 8c qu'ils reconnoissoîent^ pour leur Éd, origin. suzerain. Les diverses guerres que Raîmond-^Béranger III 8c Ratmond-Béranger IV, son fils 8c son successeur, eurent à soutenir, tant en Espagne contre les Sarrasins, qu'en Provence contre les seigneurs de la maison de Baux, he leur permirent pas de foire valoir leurs droits sur ces difftrens pays. La mort d'Alphonse-Jourdain, comte de Toulouse, protecteur de la maison de Baux, & les nouvelles victoires que Raimond-Béranger FV rem-

* Le P. Ange, fUstoire généalogique Jes pairs âe ' Le P. Ange, Histoire généalogique des pairs et France, t. 2, p. 63o. — » Oï^«nart, VotUià ntrius^ue France, t. 1, p. 642.

Faieùniae^ p. 52i. ^ Oïkenart, Notitiéi «trîiufBe F^seonime, p. 5i(.

* Voyez tome IV, îéote XXII, n. 28 81 suit. ' Voyez ci-dessus, lÏTr* XVI, numéros lxtiii ' Le P. Ange, Histoire généalogique des pairs de & LXXT.

ff<tnce;'x, 2, p. 63o. * Duchesne, Ketmeil de9 hist^riews de Ff^aUy

^ Tome V, Chartes & Diplômes, n. DVII. t. 4, p. 71 3 & 718.

HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XVIIl. ySS

porta en ii48,sur les infidèles, par la prise de Tortose, ayant rendu ce dernier plus formidable, Raimond ' de. Baux, mari d'Étiennette de Provence, tante maternelle <le. ce prince, lalU trouver à Barcelone £c lui de^mands^ la paix. Le comte, de .Barcelone ,& le: Jeune comte de Provence, son neveu, reçurent ^a so$uinis3Îon, &,ce seigneur étant mort peu de temps après, ils se rendirent en Provence- au JPpis d'août 4e Tan i.i5o,^ convinrent d'un traité, au mois» de septembre» «siiivant^ aypc Étiennette, sa veuves, $i sea filsf^ qui leur cédèrent toutes les prétention^ qu'ils ayoient sur c<ïtiie pçirtie de la. Provence quiétoit éabneà. ËaiHiojid-jBérangei; lU p^ir je- partage qu'il, avoîf fait de cettcr provinte avee i)il^hQnj5j8-Jour4çiin,c0jnte.de Toulouse. En çonsé* quence., la même Eiienn^tte, Hugues de.:Ba'U$v:S0n fils aine, &c6çfit autres fils, pfêtèreat serment de fidélité p^ur. le. châteiau de Trinquetail^e aupx^ d'Arles, à.Kairaond^rBéraiager IV, qui ^ qualifia dans l'acte comiedej^arcf^ lone, prince d'Aragon &• marquis de Provenoéi^ è^aUf jeîU:ne cora,te d^e Proy^^nçe^ son neveu,

Raimond-Béranger ayant ternjiBé heureuseipent optte gjjerne, qjai jùsq^ije^ alors lui avoiî donné beaucoup d'ejnbarra?, tourna .ses- vues du coté de Raimond-Trencavel , frère & héritier du vicomte Rogef , fy. en. cette qualité possesseur du Carcasses, du Razès 8c du Lauragais, & résolut de l'assujettir. Il ne parôît pas que Trencavel>s;e^oi,t .mis en état de défensç; ftc soit qu'il ne se sentît pas a^sez fort poair. résister, soit qu'il eût alors ^quelque dérnêlé. ayjçc le ^eune comte. de Toulouse ,.^on 5e.igneur,.il abandonna les intérêts de ce prince §t se soumit entièr^^ment ^]x comte de Barcelone. Celui-ci, pax un traité qu'ils firent ensemble à Narbonne*, au mois dp novembre dej'an m5o, lui donna en fief les villes .$c les pays de Carcassonne Se de Razès, le château de Laurag & le Laur&gais, 8c toutes leurs forteres^s 8c, dépendances, c'est-àt dire tout l''ancien domaine de la maison de Carcassonne,, que la vicomtesse Ermengarde^, aïeule maternelle de Trencavel, avojt vendu en 1067 8c, 1070 à Raimond-Bëranger I, comte de Barcelone, bisaïeul de RaimondrEéranger IV, Trencavel fit ensuite hommage à ce dernier pour tous ces pajs &, pour celui de Termenois« C'est ainsi que les comtes de Barcelone, après avoir perdu depuis près de trente ans' la . suzeraineté qu'ils s'étoient acquise, sur cçtte portion de la Prpvince,. la recouvrèrent enfin } car pour le domaine i^tile, ou direct, il parott par divers monumens que Trencavel le conserva entièrement» Nous voyon3 en effet, entre autres, qu'il tint un plaid ^, assisté de Pons^ évêque.de Carcassonne 8c de plusieurs de ses vassaux, pour terminer. les différ^ends qu'avoient ensemble les seigneurs du château d'Auriaç^ en Laura^ gais, qui se faisoient la guerre. Ce vicomte s'allia quelque temps après 8c, à ce qu'il paroît, par l'entremise du comte de Barcelone, avec Roger-Bernard, comte de Foix, qui avoit succédé alors au comte Roger III, son père.

* Marca Hispaniea, p. 1807 & seq. — Bouche, ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-

Histoire de Prùvjençt^ t. 2vp« ■'4 & suir. méro CCCCLXXXIX, le i3* extrait cité sot» ce

■TomeV,Chartes&Diplômes,n.CCCCLXXXlV. numéro.

An 1 1 5o

An 1 1 5o

XIV. — Mort de Roger III, comte de Foix. — Roger-Bernard, son jils, lui

succède &• épouse Cécile, fille de TrencareL

Quelques auteurs ' prétendent que Roger III , comte de Foix , mourut en 1144. Il est certain cependant qu'il vivoit encore au mois de novembre de Tannée suivante, qu'il restitua* à l'abbaye Saint-Volusien de Foix plusieurs droits dont il setoit emparé. Il est vrai que l'acte de cette restituiion est daté de l'an 1144; mais il est évident qu'on doit le rapporter à Tan 1145, tant par l'épacte & le concurrent, que par le pontificat d'Eugène III, qui y est marqué. On n'a d'ailleurs aucune preuve que Roger III soit mort avant Tan 1149. On raconte^ à son sujet diverses fables auxquelles nous ne nous arrêterons pas.

Roger-Bernard reçut '^ peu de temps après la mort du comte Roger III, son père, l'hommage des seigneurs de Mirepoix. Il restitua^ en 1 1 49, à 1 église de Saint-Ântonin, à Raimond, évoque de Toulouse qui en étoit abbé, 8c aux chanoines qui la desservoient , le village de Frédelas où elle étoit située, le château avec le village ancien & nouveau de Famiers qui étoit tout auprès, & toutes les autres dépendances de l'abbaye, de la même manière que le Éd.originu comte Roger soTi père en avoit feit restitution en son temps. Roger-Bfernard se soumit ensuite, en cas d'infraction de sa part, à l'anathème dont les papes Urbain &c Pascal II , & le cardinal Gautier, avoient frappé le comte Roger, son aïeul. D'un autre côté, Raimond, évêque de Toulouse, en qualité dabbé de Saint-Antonin, pour empêcher ce comte & ses successeurs de s'emparer de nouveau du domaine de l'abbaye, leur donna avec ses chanoines la garde & la défense du château de Pamiers, du village de Frédelas & de tous leurs autres biens, avec la moitié des droits féodaux &c de la justice, à quelques réserves près. Enfin Roger-Bernard lui prêta serment de fidélité à cette occasion. C'est là l'origine du paréage de la ville de Pamiers entre les abbés ou les évêques, leurs successeurs, 8c les comtes de Foix, qui l'observèrent régulièrement 8c le confirmèrent dans la suite. Cet acte nous donne à peu près l'époque de la fondation de cette ville, laquelle a été formée dans sa naissance du village de Frédelas, du château de Pamiers 8c de deux villages voisins, qui, s'étant agrandis dans la suite, n'ont composé qu'un seul corps sous le nom de Pamiers.

L'alliance que Raimond-Trencavel contracta avec Roger-Bernard , comte de Foix, fut cimentée par le mariage de ce dernier avec Cécile, fille de l'autre 8c d'Adélaïde, sa première femme. Roger-Bernard, par un acte^datc

' Le P. Ange, Histoire généalogique des pairs de ^ Marcr, Histoire de Béarn, p. 720.

France, t. 3, p. 343. — Marca, Histoire de Béarn, * Voyez tome V, Chartes & Diplânes, ttu-

p. 720. méro CCCCLXXVII.

' Tome V, Chartes & DiplômeS| n. CCCCLXIII. * Marca Hiipanica, p. i3i 1 & scq. — XxitrsL

' Oihagaray, Histoire de Foix* ch&teau de Foix, caisses 4t 5, 17 & 22.

An I i5i

du II de juillet de Tannée ii5i, la quatorzième du règne de Louis, donna d abord à Cécile, de lavis du comte de Barcelone, son seigneur £• son oncle, la jouissance du domaine qu'il possédoit dans le diocèse de Carcassonne & qui comprenoit les lieux d'Arsens, Alairac, Preixan 8c Foncian. Cet acte est souscrit, après le comte de Barcelone, par Béranger & Guillaume-Arnaud de Béziers, Pierre-Raimond de la Livinière, Artaud de Castelnau, Guillaume de Saint-Félix, Raimond-Aton d'Auterive, Raimond de Dun & Guillaume de Saint-Sernin. Deux jours après, on passa lé contrat de mariage par lequel Raimond-Trencavel donna en dot à Cécile, sa fille, la somme de dix mille sols melgoriens, savoir cinq mille en deniers £• cinq mille en sols ^ les deux châteaux de Cintegabelle 8c de Montaut, la part qu'il avoit au bois de Boulbonne, 8c tout le domaine qu'il possédoit depuis la colline d'Alsapans jusques à TAriége. Il déclare en même temps, entre les mains &» sous la foi du comte de Barcelone, son seigneur, que s'il vient à décéder sans enfans mâles légitimes, Cécile, sa fille, le comte de Foîx 8c leurs enfans lui succéderont dans la ville de Carcassonne 8c le Carcasses, dans le Razès, dans tout le domaine du Toulousain qui dépendoit de Carcassonne 8c qui comprenoit le Lauragaîs, 8c dans la ville de Béziers 8c le Béderès. Enfin, par un acte séparé, Roger-Bernard assigne le même jour pour douaire à Cécile, sa femme, les châteaux de Pamiers 8cde*Beaupuy, avec leurs dépendances, 8c la moitié de ses autres domaines; il donne, par le même acte, le comtéde Foix au premier enfant mâle qui naîtra de ce mariage 8c déclare que s'il n'en a point, ni de quelque autre femme, les filles qu'il aura de Cécile hériteront entièrement de lui. L'acte est souscrit par Raimond de Durban 8c Raimond de Vergnole.

XV. — Le comte de Foix reconnoït le comte de Barcelone pour son seigneur^

Ces actes font voir i^ que c'est sans aucun fondement qu'un généalogiste moderne ' donne pour femme à Roger-Bernard, comte de Foix, une prétendue Cécile de Barcelone, ne faisant ainsi qu'une seule personne de Ximène de Barcelone 8c de Cécile de Béziers, l'une mère de Roger-Bernard, 8c l'autre sa femme ; 2° que ce comte reconnoissoit alors celui de Barcelone pour son seigneur. Un historien^ catalan prétend que ces deux princes s'étoient brouillés auparavant au sujet de quelques châteaux; que le comte de Foix se défendit d'abord par la force contre le comte de Barcelone 8c le comte de Provence, son neveu, qui l'avoient attaqué ; qu'il fit enfin la paix avec eux au mois de mai de l'an ii5i; qu'il leur remit, par le traité qu'ils firent ensemble, les châteaux d'Eyras 8c de Foixj qu'il les prit ensuite en fief du comte de Barcelone, 8c qu'il donna à ce prince la somme de dix mille sols pour le dédommager des frais de la guerre. Cet auteur cite en général, pour preuve de ce

* Le P. Ange, Mistotre ^Kitéalo^t^ue des pairs dc * Diago, Histoire des comtes de Barcelone, 1. 2)

France, t. 3, p. 334. c. i6i.

An ii5i

An I i5i

fait, un titre qui se trouve dans les archives royales de Barcelone, mais il auroit dû le rapporter, car nous avons lieu de douter de son exactitude. Il donne, en effet, le nom de Gui au comte de Foix, tandis qu'il est certain qu'il se nommoit Roger-Bernard. D'ailleurs il dit que cette guerre se passa en t n,p?47Ô. Provence, où il paroît mettre le château de Foix ; mais nous ne voyons pas que Its comtes de Foix aient jamais possédé aucun domaine dans cette province. Tout ce qu'on peut donc conjecturer de plus vraisemblable sur ce témoignage, c'est i^ que Roger- Bernard aura marché en Provence au secours des seigneurs de la maison de Baux, contre le comte de Barcelone & le comte de Provence, son neveu, conjecture qu'on peut appuyer sur ce qu'il ètoit vassal du comte de Toulouse, qui soutenoit ces seigneurs j 2^ que le comte de Barcelone ayant assujetti Trencavel à la fin de l'an ii5o, il se sera attaché ensuite à soumettre à sa domination le comte de Foix, son neveu, &c Taura obligé, de gré ou de force, au mois de mai de Tan ii5i, à se déclarer son vassal, tant pour la partie du comté de Foix' située depuis le Pas de la Barre jusques aux frontières d'Espagne, que pour les domaines qu'il possédoit dans le comté de Carcassonne.

XVI. — Ligue entre Ermengarde, vicomtesse de Narhonne, 6» Raimond-

Trencavel,

Quoique le comte de Foix & Raimond-Trencavel eussent .reconnu le comte de Barcelone pour leur seigneur suzerain dans une partie de leurs domaines, au préjudice du comte de Toulouse, ils ménagèrent cependant ce dernier, comme il paroît par le serment* mutuel que le comte Trencavel 8c Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, se firent au mois de juillet i i5i, &c par lequel ils promirent de s'entr'aider envers tous & contre tous, excepté contre le comte de Barcelone, le comte de Toulouse (/ de Saint-Gilles^ le comte de Rodez & l'archevêque de Narbonne.

Ce serment nous fait comprendre que la vicomtesse Ermengarde administra toujours par elle-même ses domaines du vivant des deux maris qu'elle épousa successivement. Nous voyons d'ailleurs qu'elle rendoît alors la justice, comme il paroît en particulier par les assises ^ qu'elle tint, au mois de décembre de l'an ïi52, en présence de Guiraud de la Redorte, de Guiraud de Narbonne &c de plusieurs autres de ses vassaux, au sujet d'un différend qui étoit alors entre Raimond de Caune Se Ermengaud de Leucate : or elle étoit mariée en ce temps-là, puisque Guillaume de Durban & ses fils lui promirent^, l'année suivante, de tenir le château de Montferré d'elle & de ses enfans, si elle en avoit quelques-uns.

' Voyei tome IV, Uote XXII, n. iS. * Arckites ée TabKayt de FontfroUe.

'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu«- ^ Voyez tome V, Chartes 8l Dipl6mcs« na*

méro CCCCLXXXV. méro CCCCXCII, la 4* charte citée sous ce neméro.

An 1 1 5a

XVIL — Bernard-Aton^ vicomte de Nimes, acquiert théritage de ses deux

sœurs Matheline (y Pagane.

Il paroît que Bernard-Aton , vicomte de Nimes & d'Agde, ne prit aucune part aux liaisons de Trencavel, son frère, avec le comte de Barcelone 8c qu'il £t sa principale occupation du soin d'administrer ' la justice &c de conserver son domaine. Il donna en fief* en 1149, de concert avec Aldebert, évêque de Nimes, les tables qui étoient devant la porte rouge de Notre-Dame de Nimes. Il fit diverses autres inféodations^ les années suivantes & donna en fief, en ii5i, le péage du marché de Nimes, du consentement de Guillemette, sa femme. Il fit un échange % la même année, avec Hugues de Brodes, qui lui donna de son côté la moitié de la viguerie de Nimes. Pagine &c Matheline, ses sœurs, lui cédèrent^, en 1162, toutes leurs prétentions sur la succes$Lion de leur père. Guillaume de Randon, Pierre de Mercœur &c quelques autres seigneurs du Gévaudan furent présens à la cession de Pagane, ce qui nous donne lieu de croire qu'elle étoit mariée dans ce pays &c qu'elle n'avoit point d'enfans; l'autre fit la sienne en présence d'Aldebert & de Guillaume de Crussol, de Géraud de Bastet, tige de la maison des ducs d'Uzès, & de divers autres seigneurs du Vivarais. Matheline s'étoît remariée peut-être dans ce pays après la mort de Guillaume-Arnaud de Béziers, qu'elle^ avoit épousé en iio5. On 7 prétend qu'elle épousa, au plus tard vers Van 1129, Bertrand V de la Tour & qu'elle fut mère de Bernard V, seigneur de la Tour, né quelques années avant Van 1169, ce qui n'est pas possible, puisqu'il est certain que Matheline étoit déjà nubile en iio5. Elle mourut donc vraisemblablement sans enfans, de même que sa sœur Pagane.

XVIII. — Réunion du château de Mè-^e au domaine de Trencavel. — Comtes

de Roussillon. — Vicomtes de Fenouillèdes.

Le vicomte Raimond-Trencavel recouvra de son côté, au mois de septembre de l'an ii52, une partie du domaine de sa maison par la vente ^ que lui fit Gérard ou Guinard de Roussîllon^, son neveu, fils de sa sœur Trencavelle, pour la somme de cinq mille sols melgoriens, du château de Mèze dans la vicomte d'Agde, qui avoit été donné en dot à la même Trencavelle'*^ lorsqu'elle se maria, en i iio, avec Gausfred, comte de Roussillon, père de Gérard. Cette

'TomeVyCHartes&DiplômeSyn.CCCCLXXXin. ' Baluze , Histoire généalogique de la maison

* Trésor des chartes de Toulouse, sac i3, n. 9. d'Auvergne, t. 1, p. 267 & suit.

' Ihid, sac 14, n<*' II, 1 5, 16 & 23. — Tome V, • Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes, nu- Chartes & Diplômes, n. CCCCLXXXVII. méro CCCCLXXXVIII.

^ Trésor des chartes de Toulouse, sac 21 , n. 1. * Ce comte de Roussillon est appelé Géraud dans

^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- les textes que citent les Bénédictins, & non Gérard

méro CCCCLXXXVII. ni Guinard. [E. M.]

« Ibid, n. CCCXLII. •• D*Achery, Spicilegium, t. 9, p. iS/.

An 1 1 Si

comtesse avoît donné', cinq ans auparavant, avec le même Gérard, son fils, /n p"^*?! ^^^ ^^ qualifioit alors vicomte de Roussillon, à labbaye de Val magne, dans le diocèse d'Agde, le droit d avoir un bateau pour la pêche sur 1 étang de Mèze, Cet acte pourroît faire croire qu'elle s'étoit alors retirée dans le château de ce nom avec son fils, & qu'elle étoit séparée du comte de Roussillon, son mari, qui la répudia^ sous le pontificat du pape Eugène III pour épouser une autre femme; mais il paroit que cette répudiation n'arriva que vers la fin de l'année n5i ou le commencement de la suivante. Nous avons lieu d'inférer, en effet, que Gausfred vivoit encore en bonne intelligence avec Trencavelle au mois de juin de l'an ii5i, lorsqu'il fit donation^ entre-vifs, en faveur de son fils Gérard, de la ville de Perpignan 8c du fief qu'il tenoit du vicomte de Narbonne, & après sa mort, du comté de Roussillon, puisqu'il fit cette donation en présence de Raimond-Trencavel, son beau-frère. D'un autre côté, la vente que fit Gérard, au mois de septembre de l'an iiSs, du château de Mèze, prouve, ce semble, que Trencavelle sa mère étoit alors séparée du comte son père. Quoi qu'il en soit, le pape Eugène III excommunia^ Gausfred à cause de cette répudiation & le pape Adrien IV, successeur d'Eugène^ frappa, vers l'an ir56, ce comte d'un nouvel anathème « pour avoir quitté sa femme « légitime & en avoir épousé une autre. Adrien déclare en même temps que c( quand même la femme légitime de Gausfred viendront à décéder, il ne lui c( seroit pas libre d'épouser l'autre, 6c que les enfens qu'il avoit déjà eus de « cette dernière étoîent déchus pour toujours de l'hérédité de leur père. »

On voit par là que Trencavelle vivoit encore en* ii56. Nous ignorons l'époque de sa mort. Quant à celle du comte Gausfred, son mari, elle arriva le 24 de février^ de l'an ii63. Il confirma quelque temps auparavant la donation qu'il avoit déjà faite de ses domaines en faveur de Guinard ou Gérard, son fils, qui après sa mort lui succéda dans le comté de Roussillon, nonobstant les prétentions des enians que son père avoit eus de sa seconde femme. Au reste, Guinard prit sans doute le titre de vicomte du vivant de Gausfred, son père, à cause du château de Mèze, au diocèse d'Agde, qui appartenoit à sa mère ; car quoiqu'il se qualifiât vicomte de Roussillon, nous voyons que la vicomte de ce pays appartenoit alors à une autre maison, & nous trouvons un acte^ du milieu du douzième siècle, dans lequel on ait le dénombrement des droits qui appartenoient au vicomte de Mè-^^e. Or Guinard possédoit alors ce château, qui fut réuni en iiSi, comme on vient de le voir, à la vicomte d'Âgde dont il avoit été démembré.

Udalgarius, vicomte de Fenouillèdes^, fut présent à la donation que Gausfred, comte de Roussillon, fit en ii5i à son fils Guinard. Il eut^ deux fils,

' Tome V, Chartes &Dipl6mtf,n.CCCCLXXIII. ' Voyes tome V, Chartes & Diplômes,!»-

' Marca HispanUa, p. 5o5. méro CCGCLXXXIX.

' Ihid, p. i3i2 81 seq. ' Marea Htspanica, p. i3l2,

« Ihid. p. 5o5. • Tome V, Chartes & DiplÂmes, n. OXVIll, le

' Ihid, p. 5o3 & 5o8. dernier extrait cité sous ce numéro.

' ^ An 1 1 02

Pierre & Arnaud, d'Ave sa femme, & fonda avec eux, en 1161, de quoi entretenir une lampe dans l'abbaye de Fontfroidej il vivoit encoce en ii63. Il étoit fils sans doute d'un autre vicomte de Fenouillèdes appelé aussi Udalgarius, qui se dit fils de la vicomtesse Matheline & qui offrit ', en 1 148, avec la comtesse Noricie, sa femme, leur fils Girbert à l'abbaye de Saint-Pons de Thomières pour y être religieux.

XIX. — Trencavel &• Sîcard, vicomtes de Lautrecy confirment la paix.

Principaux vassaux du premier.

Raimond -Trencavel & Sîcard, vicomte de Lautrec, confirmèrent*, en 1 162, la paix que ce dernier avoit faite onze ans auparavant avec le vicomte Roger, frère du même Trencavel. Celui-ci étoit alors en différend avec plusieurs sei-gneurs de ses vassaux, en particulier avec Guillaume de Limoux, son ministre, touchant la justice^ &c les droits domaniaux de ce lieu, qui furent adjugés au vicomte par une sentence arbitrale. Raimond, évêque de Toulouse '♦, rendit avec quelques gentilshommes, ses assesseurs, un pareil jugement vers le commencement de l'année suivante, au sujet des démêlés qui étoîent entre le même vicomte & un seigneur, nommé Hugues d'Escafré, 6c ses frères. 1° Ces seigneurs furent maintenus dans la justice civile du lieu d'Alzonnej la criminelle fut adjugée au vicomte. 2^ Il fut dit que la ville ou village de Sorèze, qu'ils vouloient transférer ailleurs, subsisteroit au même endroit sous la protection du vicomte. 3® Ils furent condamnés à reconnoître tenir de lui le château de Roquefort. Enfin Raimond -Trencavel s'accorda^, vers le même temps, avec les seigneurs de Cabarés, au sujet du château de ce nom 6c de celui de Surdespine, par l'entremise de Pons, évêque de Carcassonne, de Éd. origin. Bernard de Canet 8c de quelques autres de ses sujets.

Ce vicomte reçut^, en ii52 6c ii53, divers hommages, entre autres celui des seigneurs des châteaux d'Aniort 8c de Castelpor, dans le pays de Sault. Il dominoit aussi sur le pays de Chercorb, portion du diocèse de Mirepoix, comme il paroît par l'hommage ^ de Bernard de Congost, à qui il avoit donné un emplacement dans son château de Villefort pour y bâtir, à condition qu^il administreroit ce pays. Le même vicomte 8c Roger, son fils, reçurent encore l'hommage de Sicard de Laurac^ pour le château de Montlandier en Albigeois 5 des seigneurs de Saissac^ pour celui de Verdun en Lauragaîs, 8cc. Raimond-Trencavel donna alors en fief le château d'Exalabre ou de Chalabre à Roger de Saint-Benoît*'', 6c celui de Verdale à Isarn de Puylaurens 8c à

* Archiy es de Tabbaye de Saint-Pons. • Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-

* Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes, nu- méro CCCCLXXXIX, la 6* charte citée sous ce méro CCCCL. numéro & suit.

* IhU, n. CCCCLXXXIX, la dernière charte ' Ihid. citée sous ce numéro» ' Jiid.

^ Ih'td, la a^ » Ib'td.

* Ihid. la 9«. " Ibid. la i2«.

An II 52

Pierre son frère. Ce dernier épousa ' , en 1 iSi, Dias de Pabersan. Il étoit fils, à ce qu'il parolt, de Gauzbert de Puylaurens, qui renouvela*, en 1149, à Pons de Dourgne & à Alphonse, son fils, le serment qu'il leur devott pour le château de Puylaurens. Isarn de Dourgne avoit^ en ii5i deux frères, nommés Begon &c Pierre. Ce détail sert à nous £siire donnottre les principaux vassaux deTrencavel, dont la plupart l'aidèrent dans la guerre qu'il eut k soutenir contre Raimond V, comte de Toulouse.

XX. — Coutumes 6» capitouU de Toulouse* — Raîmond, comte de cette vilky

déclare la guerre à Trencavel 6» le fait prisonnier»

Ce comte, après avoir dissimulé pendant quelque temps la félonie du vicomte, résolut de la punir. Il écrivit d'abord^ à Guillaume, évêque de Béziers, pour l'exhorter à ne pas permettre que Trencavel usurpât les droits de son églisç, avec promesse de lui accorder la même protection que ses prédécesseurs avoient accordée aux autres évêques, & une plus grande même s'il étoit possible. Il le prie enfin de l'avertir quand il auroit besoin de son secours. Raimond mit par là le clergé de Béziers dans ses intérêts ; & pour gagner de plus en plus l'affection des Toulousains, il confirma^ en iiS: divers règlemens dressés par le commun conseil de la ville &» du faubourg de Toulouse, avec ordre de les observer à perpétuité, sauf la fidélité du comte. Ces règlemens ont donné l'origine aux coutumes de Toulouse qui furent rédigées dans la suite. Ils regardent principalement la police, la nature des amendes qui dévoient être payées par ceux qui causeroient du dommage dans les biens d'autrui , & enfin la justice criminelle ; la civile est réservée au jugement du comte &» de sa cour, de même que la punition du vol & des complots séditieux. On voit à ta fin de ces règlemens les noms de six habitons de Toulouse qui se qualifient capitulaires [capitulariï)^ de quatre autres qui sont appelés juges, & enfin de deux autres qu'on nomme avocats. C'est là le plus ancien monument que nous ayons où il soit fait mention des capitulaires de Toulouse, ou magistrats municipaux, qu'on appelle aujourd'hui capitouls, terme qui dérive, non pas du Capitole qu'on voyoit dans cette ville du temps des Romains, comme quelques-uns l'ont voulu faire croire, mais du mot latin capitulum, qu'on exprimoit par celui de capitol dans l'ancien langage du pays. On appeloit en effet capitulum^ l'assemblée des principaux bourgeois de Toulouse ; & comme il y en avoît six d'entre eux qui présidoient à l'assemblée du commun conseil ou du chapitre de la ville & des faubourgs, on nomma ceux-ci capitularii, capitulares, ou domini de

' Tome V, Chartes & Dipldmet, Yi. CCCCXCII , > Catel, ffistotre des comtes de Tosloose, p. i53,

la 3* charte citée sous ce numéro. • 217 8i suit.

* Trésor des chartes de Toulouse, sac 12, n. 2. ' Catel, Histoire des comtes it Tomî^mse, p. 25 h ' Ihid, sac 2, n. 2. 33. -» Duchesne, Recueil des kistorieHs de Frû»ctt

* GaUia Christiana, t. 2, p. 415. t. 4, p. 714, 718 & suir.

An 1 152

capitula, & en langage du pays les capitols. Leur fonction étoit la même que celle des autres magistrats municipaux des différentes villes de la Province, qu'on nommoit consuls*. Nous parlerons ailleurs de l'origine des uns & des autres. Le nombre de ceux de Toulouse augmenta dans la suite jusques à vingt-quatre. Il est aujourd'hui réduit à huit.

Ceux qui prétendent^ que le. nom des capitouls de Toulouse dérive de l'ancien capitole de cette ville citent, pour le prouver, un passagp û\x traité que Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, écrivit vers l'an ii35 contre les hérétiques pétrobrusiens qui avoient infecté cette ville dç leurs erreurs, & dans lequel le saint abbé ^ semble parler du capitole de Toulouse & des sénateurs qui s'y assembloient j mais outre qu'on n'a aucune preuve que l'ancien capitole de Toulouse subsistât alors, & que Pierre le Vénérable parle ironiquement 8c en orateur, il est constant, par tous les anciens monumens'* du temps, que l'assemblée des principaux habitans de Toulouse, au douzième siècle, s'appeloit capitulum : ainsi ce passage prouve seulement que clu temps de Pierre le Vénérable, c'est-à-dire vers le milieu du même sièclej cette vîllç étoit gouvernée par des magistrats municipaux.

Raimond V, résolu de se venger du vicomte Trençavel, lui déclara la guerre*», se mit en campagne, l'attaqua, le fit prisonnier le ip d'octobre de l'an u53, & le fit renfermer à Toulouse dans une étroite prison où il le tint longterîips; Il fit aussi prisonnier Guillaume VII, seigneur de Montpellier, 6c plusieurs autres chevaliers dont nous parlerons dans la suite; c'est tout ce que nous savons de cette guerre. Un auteur^ prétend que « Trençavel, ayant entrepris ce une course sur les frontières du comte, s'avança un jour si avant qu'il fut « jusques aux portes de Toulouse avec quelque cavalerie. Les chevaux, ajovite-* « t-il, furent si las d'une si longue traite, qu'ils se rendirent au retour, 6i « furent cause de la perte de Trençavel 8c des siens ; » mais il n'apporte aucune preuve de cette circonstance. On pourroit croire que le comte de Barcelone marcha pour la défense de ce vicomte, son vassal, 8c qu'il fit la guerre au comte Raimond dont il étoit certainement alors ennemi, sur ce qu'avec les titres de comte de Barcelone 8c de marquis de Provence il prend celui de duc de Tou-

Éd. origûu t. Il, p. 473.

An ii53

' Les Bénédictins se seraient montrés encore plus affirmatifs sur Tétymologie vraie du nom àeCapitouls s*ils avaient pu étudier sérieusement les archives de rhâtel de ville de Toulouse ; mais la rareté des emprunts qu'ils ont faits à ce riche dépôt montre surabondamment qu'on ne leur laissa pas la faculté de l'exploiter : plusieurs des privilèges dont la municipalité toulousaine se montrait le plus jalouse» n'avaient rien à gagner à être dégagés de l'obscurité légendaire entretenue à dessein par le patriotisme trop complaisant des chroniqueurs officiels.

L'importante question des origines du consulat en Langualoc & particulièrement dans la capitale de la province est, sans contredit, un des points les plim négligés de TaBuvre de dom Vaiuete. Nous essaierons

de combler cette lacune en publiant, au tome VII de cette édition, une étude d'ensemble exclusivement fondée sur les documents originaux. [E. R.]

* Adrien de Valois, Nçttùa GaUlarum, p. 620. — Mabillon, Diplomatica, p. 33o.

* Pierre le Vénérable, m Epistoî. contra Petro^ èrusUnos, Magnà Bihi, Patrum, Lugdun. t. 22, p* 1 162*

^ Catel, Histoire des comtes de Toulouse, p. 26 & 33. — Duchesne, Recueil des historiens de France, t. 4, p. 714, 718 & suiv.

' Catel^ Histoire des comtes de Toplouse, cbron. p. i6o. — - Voyez tome V, Charteè €1 Diplômes, n. CCCCXCIII.

' Andoque, Histoire dm Languedoc , p. 291*

louse^ dans une donation qu'il fit en ii53 à l'église de Nicej mais il paroh que c'est une faute de copiste ^ 6c qu'on a lu Toulouse au lieu de Tortose. Nous savons, en effet, que Raimond-Béranger IV se qualifia^ marquis de Tortose, depuis qu'il eut conquis cette ville en 1148 sur les Sarrasins. Quoi qui) en soit, il est du moins certain^ que Hugues, comte de Rodez, promit à ce prince, au mois de février de l'an ii53, en présence de Raimond deCanillac 6c de quelques autres seigneurs, de l'aider envers tous 6c contre tous. Se nom* mément contre le comte de Saint-Gilles 6» de Toulouse, qui par conséquent étoit alors son ennemi.

XXL — Mort de Hugues, comte de Rode-^* — Partage de ses domaines

entre ses fils.

An 1 1 54

Nous ignorons quelle fut la suite de cette promesse : il parott seulement que le comte de Rodez n'y survécut pas longtemps; car nous n'avons plus rien de lui après l'an 11 54, qu'il restitua '♦, avec Ermengarde sa femrae & Hugues leur fils, à l'abbaye deSaint-Guillem du Désert, une partie de l'église de Creixel en Rouergue. Hugues fut le premier comte de Rodez de son nom. Il étoit vassal du comte de Toulouse pour le comté de Rodez &c la vicomte de Lodève, 8c du cpmte de Barcelone, dont il étoit proche parent, pour une partie du Carladois. Il laissa^ trois fils d'Ermengarde sa femme, savoir: Hugues II, qui lui avoit déjà succédé en 1 iSç dans le comté de Rodez j Hugues, qui fut évêque de cette ville depuis environ l'an 1164, jusque vers l'an nio; &c Richard qui eut pour son partage une partie de la vicomte de Carlad, avec celle de Lodève. Ermengarde, veuve de Hugues, vécut encore longtemps après lui 5 elle se donnai y avec tous ses biens, en 1 170, à l'abbaye de Nonenque en Rouergue, où elle prit sans doute l'habit religieux.

XXII. — Testament de Trencavel durant sa prison à Toulouse. — Il obtient

sa délivrance.

Trencavel étoit encore en prison à Toulouse au mois d'avril de Tan 1104. Ce vicomte craignant ou d'y mourir, ou du moins de n'en pas sortir sitôt, fit alors son testament^. Il choisit sa sépulture dans le monastère de Cassan, au diocèse de Béziers, où il fonda un anniversaire. II fait des legs aux hospitaliers 8c aux templiers de Jérusalem 8c ordonne de réparer les dommages qu'il avoit causés à leurs maisons, 6c aux églises, durant sa chevauchée en Roussillon. Il défend d'exiger dans ses domaines d'autres leudes 6c usages que ceux qui

' GaUiû. ChristUna, noT. edit. t. i, p* 429. Frunee, t. 4, p. 697. ^GaZZic CArîstiait«,noT.e^it'

* Marca HispanicA, p. i3o3 & seq. t. 1, instrumenta, p. 5i.

' Ib'td* p. 3i5. * GaUia Christiana, noT. tdit. t. 1, instrumenu,

^ Martène, Thésaurus unecdotorum, t. 1, p. 435« p. 288.

■ U P. Ange, Histoire généalogique des pairs de ' Tome V, Charus & Diplâme», n. CCCCXCUI.

étoîent déjà établis du temps de Bernard-Aton , son père. Il lègue à Cécile, sa fille ainée, femme du comte de Foix, les châteaux de Balaguier 5t de Chercorb, le pays de Chercorb, cinq mille sols melgoriens, &c. Il donne à sa seconde fille, dont il ne marque pas le nom, vingt mille sols melgoriens, ses habits 6c quelques domaines, à condition qu'elle épousera Guillaume de Montpellier; sinon il ne lui donne que dix mille sols & ses habits, & prie le comte de Barcelone de la marier avec Hugues, fils de Hugues, comte de Rodez, ou avec quelque autre, du conseil de Bernard d'Anduze, de Guillaun)e de Montpellier 8c de ses vassaux. Il dispose en faveur de Roger, son fils, de tous ses domaines, dont il veut que sa femme soit dame &• seîgneuresse, tant qu'elle vivra, ajoute-t-il, en viduité, avec ses enfans &• les miens : preuve que les deux filles de Trencavel étoient de son premier mariage avec Adélaïde. 11 i.tC^]%\. ordonne que si sa femme veut se retirer, on lui rende ou son douaire [sponsalitîum) , ou deux cents marcs d'argent avec ses habits 6c une partie des meubles, à son choix. Il laisse l'administration de ses domaines, pendant la minorité de son fils, à divers seigneurs, savoir : la ville de Béziers 8c le Bédérès*à Guillaume-Arnaud de Béziers 8c Aymar de Murviel , pour les gouverner avec }e conseil de Béranger de Béziers; la ville de Carcassonne 6c le Carcasses à Bernard de Canet le fils, Guillaume de Saint-Félix 6c Bernard Pelapoul, avec ordre à eux dagir du conseil de Bernard de Canet le père; l'Albigeois 6c les domaines du Toulousain 6c du Comminges, k Jsarn de Dourgne, Hugues de Cessenon 8c Guillaume-Aton de Curvale. Il substitue ses deux filles à son fils Roger, à qui il ordonne d'être fidèle ami de Guillaume de Montpellier, qui a été fait prisonnier^ ajoute-t-il , â cause de moi, 8c de l'aider envers tous 8c contre tous, excepté contre le comte de Barcelone. Il ordonne aussi h son fils de vivre en amitié avec Bernard d'Anduze ; il le met sous la protection d'Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, sa cousine, 8c sous celle du comte de Barcelone, avec sa femme, ses enfans 6c ses vassaux ; enfin il charge le même comte de Barcelone de l'éducation de son fils 6c du soin de le faire chevalier. Trencavel fit ce testament en présence de Bernard d'Anduze, de Guillaume deTortose, frère du seigneur de Montpellier, de Hugues 8c Bernard de Cessenon, d'Aymar de Murviel, Gaucelin de Claret, Pierre de Puylaurens, Raimond de Termes 8c plusieurs autres seigneurs dont la plupart étoient ses vassaux; ce qui prouve qu'ils avoient été faits prisonniers avec lui.

Le comte de Toulouse délivra enfin Trencavel; mais il en coûta cher à ce dernier, qui pour sa rançon fut obligé de lui payer la somme de trois mille marcs d'argent , de lui céder ' diverses places 6c de le reconnoître pour suzerain dans tout le reste de son domaine. Trencavel étoit déjà sorti de sa prison * * au mois de mai de l'année suivante, lorsqu'il engagea à Béranger de Béziers une partie du domaine de cette ville, sans doute pour payer une partie de sa

• Voy«2 tome V, Chartes 8( Diplômes, nu- ' Voye* tome V, Chartes & Diplômes, nu-

méro DXXXVIII, la 3« citée. — Guillaume de méro CCCCXCIX, le 2" extrait cité sous ce nu- Neuhrige, Hiitoria rerum Anglicarum, 1. 2, c. lo. méro.

rançon. Guillaume de Tortose obtint aussi sa liberté vers le même temps, car nous avons un acte* de lui de Tan ii54, par lequel nous apprenons qu'il étoit alors hors de prison.

XXIII • — Mariage de Raimond V, comte de Toulouse, avec Constance , sœur

unique du roi Louis le Jeune»

L'alliance que Raimond V, comte de Toulouse, contracta en 1164 avec le roi Louis le Jeune, dont il épousa la sœur, nommée Constance, ne contribua pas peu à le faire respecter davantage par les grands vassaux de la Province, qui, comme on vient de le voir, s'étoient ligués presque tous contre lui avec le comte de Barcelone} elle lui fut aussi très-utile pour le maintenir dans la paisible possession de ses Etats, contre les entreprises de Henri II, roi d'Angleterre, qui, ayant .épousé alors depuis deux ans Éléonor, duchesse de Guyenne, après que le roi Louis le Jeune, qui en avoit eu deux £]les, l'eut répudiée^ réveilla quelques années après les prétentions des ancêtres de cette princesse sur le comté de Toulouse & porta la guerre dans le pays. Constance, dans le temps qu'elle épousa Raimond V, comte de Toulouse, étoit^ veuve dËustache de Blois, qui avoit été associé, en ii52, à la couronne d'Angleterre par le roi Etienne, son père^ Se qui étoit mort sans enfans le 10 d'août de l'an ii53. Elle avoit épousé Eustache dès le mois de février de l'an 1140, ou 1141 suivant notre manière de compter} ainsi elle étoit beaucoup plus âgée que le comte de Toulouse, son second mari, qui en 1154 n'avoit que vingt ans. Elle conserva toujours le titre de reine après ce second mariage, suivant l'usage dexe temps-là, parce que son premier mari avoit été couronné roi, & non pas seulement parce qu elle étoit sœur de roi, ainsi que quelques auteurs l'ont avancé. Ce mariage combla les Toulousains de joie : ils^ firent une entrée magnifique à leur nouvelle comtesse, & les chevaliers du faubourg célébrèrent ses noces par des joutes & des tournois, avec ceux de l'Ardenne, qui est une grande campagne située aux environs de Toulouse.

XXIV. — Voyage du roi Louis le Jeune dans la Province à son retour d'Espagne. — Il accorde un diplôme à l'église de Maguelonne.

Louis le Jeune se rendit à Toulouse vers la fin de la même année. Il rêvenoit alors d'Espagne où il avoit été faire un pèlerinage à Saint-Jacques en Galice^. Si nous en croyons quelques historiens espagnols, ce voyage de dévotion servit de prétexte à ce prince pour couvrir le dessein qu'il avoit de origin. s'instruire par lui-même, en passant, s'il étoit vrai que la reine Constance,

t. II, p. 473.

' Tome V, Chartes 8c Diplômes, n. CCCCXCII, ' Catel , Mémoires pour l'histoire du LangaciK,

le 6* extrait cité sous ce numéro. p. 127 8i t36.

"Voyez ci-dessus, lÎTrc XVII, n. lu, p. yiS. ^ Voyes Tome V, Charus 8c Diplômes, no-

— Le P. Ange , Histoire généûhgifme des pairs de méro CCCCXCIV. Voyes tome IV, Note LUI. France^ t. i , p. ySt

qu'il avoît épousée après avoir répudié Éléonor^ n'étoît que fille naturelle d'Alphonse VII, roi de Castille , ainsi qu'on le lui avoit rapporté ; mais nos meilleurs critiques' font voir l'absurdité d'un pareil motif. Louis s'arrêta à Toulouse^ à son retour, & s'étant rendu dans le chapitre de Saint-Sernin, il y donna une charte, du conseil &» de la volonté de Raimond, comte de Toulouse, en présence des citoyens 6» des bourgeois, par laqu-elle il confirma les privilèges accordés à la cathédrale de cette ville, à l'église de Saint-Sernin & à celle de la Daurade par Charlemagne (Carolus Magnus)^son prédécesseur. Ces dernières paroles ont donné lieu, sans doute, d'attribuer à Charlemagne la fondation dé l'église 6t du monastère de Saint-Sernin; mais il s'agit ici du rôi Charies le Chauve qui donna, en effet, un diplôme*, en 848, en faveur de ces trois églises; Louis le Jeune alla de Toulouse à Castres^, pour honorer les reliques de saint Vincent, martyr. Durant sort séjour dans cette ville, il arriva un funeste accident. Le seigneur de Capendu, chevalier de mérite, du diocèse de Carcassonne, que le roi honoroit de sa bienveillance, fut poursuivi 8t assassiné cruellement par trois de ses ennemis, devant la maison où ce prince étoît logé. On s'employa aussitôt auprès de lui pour obtenir la grâce des meurtriers. Louis l'accorda enfin, à condition qu'ils expieroient leur crime par la pénitence & qu'ils prendroienl Thabit monastique dans l'abbaye de Castres. Ce prince prit ensuite la route du bas Languedoc, 8c ayant^ passé à Maguelonne, il se rendit dans le chapitre de la cathédrale & y confirma les privilèges de cette église en faveur de Raimond, évêque de Maguelonne. Louis fit expédier quelques jours après la charte qui est datée du lieu d'Arsac, le mercredi des Cendres, 9 de février de Van 1 155. On voit par là que le notaire qui a expédié ce diplôme commençoit l'année à la Nativité de Jésus-Christ. Nous ne connoîssons pas bien la situation du lieu d'Arsac où cette charte fut donnée : il ne devoit pas être éloigné de Maguelonne, car nous trouvons^ alors une ancienne famille de ce nom aux environs. Louis confirrtia'^ cette charte en 1161 8c donna alors de plus aux évêques de Maguelonne le droit d'exercer la justice civile &. criminelle dans leur domaine, de même qu'aux barons 8c châtelains, vassaux de cette église, dont les principaux étoient Guillaume de Montpellier, Raimond-Pierre de Ganges, Pierre de la Vérune 8c les seigneurs de Vie.

XXV. — Accord de Raimond, comte de Toulouse 6» d* Alphonse, son frère,

avec Vévêque de Carpentras, — Maison de Sahran*

Il y a lieu de croire que Raimond, comte de Toulouse, accompagna le roi de France, son beau-frère, dans son voyage de Languedoc. Nous voyons, en effet, que ce comte étoit du côté de Maguelonne en iiSi, 8c qu'il passa alors

' Pagi, ad ann. ii5^, n. 11. 'Voyez tome V, Chartes & Diplâmet, nti'*

•Tome V, Cbartes & Dipl^es, n. CCCCXCIV. méro CCCCXCV.

' Tome II, Chartes 81 Diplômes, n. LXIII. * Voyez à h table sous le nom è^Anac.

* D'Achery, SpictUfiam, t. 7, p. 3i^3. ' Tome V, Chartes & Diplômes, n» ÇCCCXCV,

An 1 1 55

un accord au pont de Vidourle, sur les frontières de ce diocèse & de celui de Nimes, avec Raimond, évêque de Carpentras. Par cet acte Raîmond reconnut' du conseil de ses barons, tant en son nom qu'en celui d'Alphonse, son frère que la moitié de Carpentras appartenoit de tout temps à Tévêque, auquel il promit de faire rendre la leude ou péage que les habitans de Montélimar avoient usurpée sur son église, suivant le serment que les témoins avoieni prêté à la cour du comte Alphonse, son père. Il déclara enfin qu'il ne permettroit pas qu'on élevât aucune tour à Carpentras sans le consentement de l'évêque. Le comte donna pour caution de sa promesse Guillaume de Sabran, Géraud Amici, son fièrcy Richard de l'Ile, Hugues de Baux & Bermondde Pôsquières, qui étoient sans doute les barons de ce prince, dont il parle au commencement de l'acte, & qui firent serment de l'observer. Le comte de Toulouse s'étant rendu peu de temps après à Carpentras, y confirma cet accord.

Géraud Amici fit une branche de la maison de Sabran, établie dans le bas Languedoc & en Provence. Il épousa^ en ii52 Galburge, fille de Guillaume- Rai non du Caylar, 6c lui constitua pour douaire autant qu'elle en apportoit en dot, suivant Vautorité de la loi romaine. Il paroît qu'elle étoit veuve, en ii65, lorsqu'elle engagea à Rainon du Caylar, son oncle, pour la somme de dix mille sols melgoriens, les* droits qu'elle avoit sur le lieu ou village de Galdanenque Se sur les châteaux de Châteauneuf & de la Tour. C'est peutêtre la même que Galburge, qui, en 1169, fit hommage ^ à Uzès avec Hugues d*Ussel, son fils, à Raimond, comte de Toulouse, pour les châteaux d'Ussel, de Saint-Laurent & de Roche-Colombe. Géraud ou Guiraud Amici fut père, ^Éd.origiii. à ce q^'ii paroît, d'un autre Guiraud Amici, de la maison de Sabran, lequel épousa Alix^, fille de Bertrand I, comte de Forcalquiej-, dont il eut Guillaume de Sabran. Ce dernier se qualifioit, en 1209, comte de Forcalquier^ comme héritier de sa mère, au préjudice de Garsinde, héritière de ce comté. Celle-ci eut de Rainon de Sabran, son mari, Garsinde de Sabran, qui épousa en 1193 Alphonse II, comte de Provence, & unit par ce mariage le comté de Forcalquierà celui de Provence. Guillaume de Sabran, fils de Géraud Amici, avoit en 1209 un frère qui s'appeloit Géraud Amici.

XXVI. — Ermengardej vicomtesse de Narbonne, renonce à ia dépouille deî

archevêques de cette ville après leur mort.

Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, se trouva à Montpellier lorsque le roi Louis le Jeune y passa au commencement de l'an ii55, comme il paroii par la renonciation^ solennelle qu'elle fit alors à l'usage où étoient les vicomtes

* GaUiû Chrittiana, nov. edit. t. i, instrumenta, ^ Trésor d«s chartes de Toulouse, sac 7, n. 6. p. 148. ^ Ruffi, Dissertation sur les comtes de Farcal^uir.

* Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCXCII, * Catel, Mémoires pour Vhistoire du Langueàc, la 2* charte citée sous ce numéro. — Trésor des p. Sço & suit. -^Baluze, Notue in coucori.Hantt chartes de Toulouse, sac 12, n. i5. Hispanieae, 1. 8, c. 18, nor. edit.

de Narbonne, ses prédécesseurs, de s'emparer des biens des archevêques de cette ville après leur mort. Ermengarde fit cette renonciation en faveur de Pierre, archevêque de Narbonne, qui en reconnoissance lui donna la somme de deux mille sols melgoriens, de Tavis d'Aldebert, évêque de Niraes, de Pierre, évêque de Lodève, Artaud, évêque d'Elne, Bertrand, abbé de Saint-Gilles, 8c de Pons & Roger, archidiacres de Narbonne. L'acte qui fut passé en présence de Pons d'Arsac, de Pons de Montlaur, de Bermond de Castries & de plusieurs autres gentilshommes du pays, est daté de Montpellier le samedi^ i5 de janvier de Van 11 55, régnant le roi de France y qui revenoit alors de Saint-Jacques : preuve qu'il appartient à l'an ii55, suivant notre manière de compter, & non à l'an 1 156, selon l'ancien style, comme le prétend un de nos historiens*. Ermengarde prêta serment de fidélité^ le même jour à l'archevêque de Narbonne, lui fit hommage & donna une déclaration de toutes les usurpations des vicomtes, ses prédécesseurs, sur 1 église de cette ville.

XXVII. — Légation du cardinal Hyacinthe dans la Province, — Comtes ou princes d'Orange de la maison de Montpellier. — Origine des comtes de Valentinois.

La vicomtesse Ermengarde céda, en ii54, à Rîcuîn 3, abbé de Quarante & à ses chanoines, les droits qu'avoit Raimond-Gaucelin sur le château d'Arzil- 1ers. Cet abbé nous est connu d'ailleurs par un échange '^ qu'il fit avec les chanoines de la cathédrale de Narbonne, 8c dont il obtint la confirmation d'Hyacinthe, cardinal-diacre, légat du pape^ Anastase IV dans la province de Narbonne 8c en Espagne. Les lettres de ce légat sont datées de cette ville le dernier de mars de l'an iï54, la première année du pontificat d* Anastase^.

Adrien IV, successeur de ce pape^, confirma, au mois d'avril de l'an ii55, les privilèges de l'église de Maguelonnej ce qu'il fit sans doute d'autant plus volontiers, qu'il avoit été auparavant simple clerc dans l'église de Saint-Jacques de Melgueil dans ce diocèse. Il avoit embrassé ensuite l'institut des chanoines réguliers dans l'abbaye de Saint-Ruf, auprès d'Avignon, dont il avoit été abbé. Il écrivit au commencement de son pontificat à l'archevêque de Narbonne, à ses suffragans 8c à Raimond, évêque de Maguelonne, une lettre par laquelle il met sous la protection du Saint-Siège Guillaume de Montpellier, avec tout son domaine, 8c charge ces prélats de défendre, de même que ses vassaux, le château de Castries 8c les autres terres de Guillaume de Tortose, son frère, « qui pour la rémission de ses péchés avoit entrepris le voyage de Jérusalem, « oti il avoit résolu de demeurer un an entier. »

' Fleury, Histoire ecclésiastique, L 70, n. 17. * Cartulaire de la cathédrale de "Narbonne»

* Catel, Mémoires pour l'histoire du Languedoc, * Pagi» ad ann, ii55, n. 10.

p. 590 & suiv. — ArchÏTes de la TÎcomté de Nar- ^ Ibid,

bonne. ' Gariel, Séries praesulum Magalonensium, p. içS

^ Archtres de l'abbaye de Quarante. & seq.

An 1 155

An 1 1 56

^^,^^y 798 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVIIL

Le château de Castries appartenoit à Guillaume de Tortose par Ermessinde, sa femme, fille & héritière * de Dalmace, seigneur de ce château. Erraessinde étant enceinte, en i iSy, fit son testament peu de jours avant sa mort & institua son mari héritier. Ce dernier fit le sien * au mois d'octobre de la même année. Il choisit sa sépulture au monastère de Sauzet, de l'ordre de Cluny, situé auprès de Montpellier ; & comme il n'avoit pas d'enfans, il fit héritier Guillaume, seigneur de Montpellier, son frère, tant pour le château de Castries que pour ses autres domaines. Il mourut sans doute bientôt après : il étoit certainement décédé^ en 1161, lorsque Gui, son frère, disputa sa succession à laoïr aine. Guillaume de Tortose mourut dans la maison des templiers de Montpellier, où il avoit pris l'habit de leur ordre.

Guillaume d'Omelas, oncle paternel de ce seigneur, mourut avant lui & ht son testament^ au mois de mars de l'an ii5.6. Il avoit deux filles qui s'appeloient Tiburge; l'une étoit mariée avec Aymar, seigneur de Murviel, dans le diocèse de Béziers, & l'autre étoit veuve de Gausfred de Mornas, seigneur ^Éa. origîn. provençal. Il légua à la première le château de Mbntbazen dans le diocèse de Maguelonne, outre ce qu'il lui avoit déjà donné en dot, 81 lui substitua Sicard & Raimond-Aton de Murviel, ses pelits^-fils. 11 donna à l'autre le village de Murviel dans le diocèse de Maguelonne, & la somme de mille sols melgoriens qu'il chargea son fils Raimbaud de lui payer lorsqu'il servit fait cfuvalitr. Il fit ce dernier son héritier, lui donna les châteaux d'Omelas, de Popian, du Pouget, de Frontignan, 6ic., & tous ses autres domaines, le mit sous la protection de Guillaume, seigneur de Montpellier, son neveu, 8t chargea ce dernier de le faire chevalier. Il donna l'usufruit d'un village à Ermessinde, sa mère, &c laissa la jouissance de tous ses biens, pendant treize ans, à Pierre- Raimond de Montpeyroux pour payer ses dettes. Il choisit sa sépulture dans l'abbaye d'Aniane, à laquelle il légua le domaine de Flex, que Bernard, son frère, avoit donné à ce monastère. Guillaume d'Omelas mourut peu de temps après, 6c il étoit déjà décédé au mois de mai suivant^.

Ce seigneur ne marque pas dans son testament le nom de sa femme; mais on sait d'ailleurs^ qu'elle s'appeloit Tiburge & qu'elle étoit fille & héritière de Raimbaud, comte d'Orange. Il eut encore de cette comtesse un autre £is, nommé Guillaume; ce dernier partagea avec Raimbaud, son frère, la seigneurie ou comté d'Orange après la mort de Tiburge, leur mère, qui fit son testament en ii5o & qui, étant morte peu de temps après, fut inhumée dans l'église abbatiale de Saint-Florent d'Orange, où on voyoit'^ son tombeau avant que les religionnaires l'eussent détruit. Guillaume ', fils aîné de Guillaume d'Omelas & de Tiburge d'Orange, se maria & eut un fils & une fille, auxquels

* GBtxtl, Séries praesttlum Mmgalûmensium,^» t^J ^ Voyei tome V, Ckartes & Diplâmcs , tic-

& seq. néro DI.

■ D'Achery, Spicilegium, t. 9, p. 148. « IhU. — Voyer tome IV, JVote XXXVII, n. 15,

> Tome V, Chartes & Dipifimes, n. DXXVI. ' La Pise, Généalogie des princes d'Orû*ge,f.Ci.

^ Ibid. n. D\y la 1^* pièce citée sous ce numéro. * Voyez tome IV, Note XXXVII, n. 10.

il partagea la moitié de la seigneurie d'Orange qui lui étoit échue. La dernière, nommée Tiburge, donna sa portion aux hospitaliers de Jérusalem; l'autre, appelé Guillaume, eut un fils, nommé Raimbaud, qui mourut sans enfans Se donna aussi sa quatrième partie d'Orange aux mêmes hospitaliers. Quant à Raimbaud, fils puîné de Guillaume d'Omelas Se de la comtesse Tiburge, il quitta le nom d'Omelas 8c prit' le surnom d'Orange. Il eïigagea, en 1 168, à Guillaume de Montpellier, son cousin, tout son domaine d'Omelas, situé dans les diocèses de Béziers &c de Maguelonne, pour la somme de quatre mille sol$ melgoriens; mais il le retira sans doute bientôt, puisqu'il l'engagea^, en 1171^ à Aymar de Murviel, son beau-frère, pour la somme de dix mille deux cents sols melgoriens. Il mourut sans enfans, vers Tan 1173, à Courteson, dans la principauté d'Orange^, 8c partagea par son testament tous ses domaines entre ses deux soeurs. 11 donna sa portion d'Orange 8c des terres qui en dépendoient à Tiburge, veuve auparavant de Guillaume de Mornas, &c alors femme en secondes noces de Bertrand de Baux, fils puiné de Raimond 8c d'Étiea-nette de Provence, 8c à leurs enfans, ses neveux, qui succédèrent ainsi à leur mère dans la moitié de la seigneurie d'Orange. Guillaume de Baux, qui étoit l'ainé, recueillit cette moitié 8c fut le premier qui se qualifia /^rfnc^ d'Orange, par la concession des empereurs d'Allemagne, rois de Provence., Ses s^uccesseurs trouvèrent moyen de réunir à leur domaine toute cette principauté. Raimbaud laissa la seigneurie d'Omelas 8c tout le domaine qu'il avoit en Languedoc à Tiburge ou Tiburgette, son autre sœur, femme d'Aymar de Murviel, 8c à leurs fils, ses neveuî^. Raimond-Aton de Murviel, l'un d'entre eux, jouissoit en effet, en 1187, de cette seigneurie 8c en fit donation alors en faveur de Guillaume VIII, seigneur de Montpellier, de qui il la reprit en fief, comme nous le dirons ailleurs.

Au reste, Raimbaud, fils de Guillaume d'Omelas 8c comte ou seigneur d'Orange, n'est pas différent de Raimbaud d'Orange dont il est parlé en divers endroits d'un recueil manuscrit'* des vies 8c des ouvrages des anciens poètes provençaux, écrit vers le milieu du treizième siècle, 8c dans lequel il est placé au rang des mêmes poètes. On y voit quelques pièces de sa façon, mais sa vie n'y est pas décrite comme celle de plusieurs autres. Jean de Nosjtradamus en parle fort au long^ dans ses vies des poètes provençaux 8c il le dit « seigneur de Courteson, bon chevalier, vaillant aux armes 8c bien estimé « en la poésie provençale } » mais on ne peut pas faire beaucoup de fond sur ce qu'il rapporte} car outre que l'ouvrage de cet auteur est un tissu de fables 8c d'anachronismes, il (ait mourir Raimbaud en 1229, ^ disant ensuite ^àw, origm. qu'il fut exilé aux îles d'Hyères par Raimond, comte de Provence, il le fait

■ Voyee tome V, Chartes 8c Diplômes, nu* * La Pïst, Généalogie des princes d'Orange, p, 6i

méro DI, la 3* pièce citée sous ce numéro. — 8c suiv. — Voyez tome IV, Vor^ XXXV II, n, lo. D Achery, Spicilegium, t. 8, p. i lo. * Manuscrit de la Bibliothèque du roi, n. 7226,

'Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes, nu- aujourd'hui fonds français, n. 854. méro DI, la y pièce citée sOus ce numéro. ' Nostradamus, Vie des poètes provençaux, p. 94.

An 1 1 56

rappeler de son exil par Marguerite de Provence, fille de ce comte, lorsqueUe fiit reine de France. Or Marguerite de Provence n'épousa S. Louis qu en 1234. Le même auteur attribue à Raimbaud un traité intitulé la Maestria d'amour\

Suivant le recueil manuscrit dont on vient de parler, la comtesse de Die, femme de Guillaume de Poitiers^ se rendit amoureuse de Raimbaud d'Orange 8c fit des vers à sa louange : c est tout ce qu on rapporte d'elle à la tête de ses poésies. Jean de Nostradamus* parle plus au long de cette comtesse, mais à son ordinaire d'une manière fabuleuse. Il assure que, « vivement touchée de « la mort de Guillem Ademar, gentilhomme de Provence, qu'elle avDÎt aimé, « elle ne se voulut jamais marier St qu'elle se rendit religieuse à Saint-Honorê « de Tarascon, oii elle mourut de douleur la même année iigS. » On vient de voir cependant, par un témoignage bien plus certain, qu'elle épousa Guillaume de Poitiers, qui acquit par ce mariage le comté de Diois & le transmit à sa postérité avec celui de Valentinois.

Au reste, nous sommes persuadés que ce seigneur n'est pas différent de Guillaume de Peiteus ou de Poitiers {de Pictavo)^ l'un des principaux barons de là Province, dont il est fait mention dans plusieurs titres^ du pays, mais surtout du diocèse de Narbonne, depuis l'an 11 46 jusques en ii63. Nous croyons encore qu'il étoit fils naturel de Guillaume IX, comte de PoitiereSt duc d'Aquitaine, qui l'aura eu durant le séjour qu'il faisoit à Toulouse vers l'an iii5. Voici sur quoi nous fondons nos conjectures, i^ On ne connoît^ pas l'origine de Guillaume de Poitiers premier du nom, conite de Valentinois, qui mourut avant Tan ii8g. 2^ Nous ne connoissons pas non plus les ancêtres de Guillaume de Poitiers, établi dans la Province au douzième siècle, & nous ne trouvons avant lui aucun seigneur de ce nom dans le pays, 3^ Il est certain 5 que ce dernier étoit d'une noblesse très-distinguée. ^^ On sait assez le penchant qu'avoit pour les femmes Guillaume IX, comte de Poitiers. 5^ Enfin les temps s'y rapportent parfaitement. Guillaume de Poitiers, tige des comtes de Valentinois & de Diois, sera donc né en Languedoc 8c après un assez long séjour dans cette province, il se sera établi le long du Rhône par son mariage avec l'héritière de ces deux comtés, alliance que Rairaond V, comte de Toulouse, seigneur suzerain du Valentinois 8c du Diois, en qualité de marquis de Provence, aura sans doute favorisée. Il est, en effet, très-probable que le comte Raîmond donna en cette qualité, vers l'an ii65, nnvesti-

' Voye2,au tome VU de cette édition, la Nete sur les troubadours a la cour des comtes de Toulouse.

* Nostradamus, Fie Jes poètes provençaux, p. 47. -—Voyez sur la foi qu^on doit ajouter aux récits de Jean de Nostradamus, la Note sur les trouba> dours à la cour des comtes de Toulouse, tome VII de cette édition.

^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes , numéros CCCCLXIV, CCCCLXXXIII, CCCCLXXXV, la i'"'^ charte ci lée sous ce numéro; CCCCXCIl, la j^^ charte citée sous ce numéro, DIX, DXXX,

DXXXVIII, la 4* chaite citée sous ce numéro. & DXLI, la 2* charte citée sous ce numéro. — Msts Hispanica, p. 5o5 8c i3i8.

* Le P. Ange, Histoire généal, des pairs ie fr&tue, t. I, p. 186 & sulv.

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , numéros CCCCLXIV, CCCCLXXXIII, CCCCLXXXV, la 1'* charte citée sous ce numéro; CCCCXCIl, la 4* charte citée sous ce numéro, DIX« DXXI, DXXXVIII, la 4** charte citée sous ce numé.o, & DXLIy la 2** charte citée sous ce numéro.

An 1 ido

ture de ces deux comtés à Guillaume ; nous savons du moins ' qu'il en investit en 1 189, après la mort de ce seigneur, Aymar, son fils & son héritier. Revenons à la maison de Montpellier.

XXVIII. — Mariage de Guillaume Vlly seigneur de Montpellier, avec

Mathilde de Bourgogne.

Guillaume VII, seigneur de Montpellier, se maria Tannée de la mort de Guillaume d'Omelas, son oncle paternel. On a déjà vu que le vicomte Raimond-Trencavel lui destinoit pour femme, en ii54, une de ses filles, mais ce mariage n'eut pas son exécution, 6c Guillaume épousa^, deux ans après, Mathilde, fille de Hugues II, duc de Bourgogne, & de Mathilde de Turenne, & sœur d'Eudes II, duc de Bourgogne. Guillaume assigna d'abord, par un acte daté de Montpellier le iS de février de l'an ii56, pour le douaire de son épouse, les châteaux de Montferrier & de Pignan, les bains de Montpellier & divers autres droits de son domaine, sous la garantie de Guillaume de Tortose, son frère, de dix-huit autres seigneurs ou gentilshommes du pays, du vicomte Raimpnd-Trencavel & de Bernard d'Ânduze. Peu de temps après, le seigneur de Montpellier alla au Puy au-devant de Mathilde, qu'il épousa dans cette ville, en présence de Henri, évêque d'Âutun, frère de cette princesse, de Geoffroi, évêque de Langres, 8c des évêques de Châlons-sur-Saône 6c de Maguelonne. Bernard d'Ânduze , Hugues , comte de Rodez , Bernard-Âton , vicomte de Nimes, 6c son frère Raimond-Trencavel assistèrent à cette cérémonie 6c promirent par serment de garantir le douaire de cette princesse. Guillaume de Montpellier jura en même temps, avec quelques-uns de ses vassaux, de ne la répudier, pour quelque sujet que ce pût être, qu'après une sentence définitive rendue par l'archevêque de Lyon j il ajouta quelques domaines à son douaire, entre autres le droit qu'il avoit sur les Juifs de Montpellier. Mathilde, après son mariage avec Guillaume de Montpellier, tfii,^.^%. se qualifia toujours duchesse, k cause de sa naissance, suivant l'usage du siècle.

Il y a lieu de croire que les comtes de Barcelone 6c de Provence se trouvèrent à Montpellier dans le temps de ce mariage. Le premier^ accorda, en effet, par une charte datée de cette ville au mois de mars de l'an ii55, à Tabbaye de Valmagne, une exemption de péage, tant dans ses terres que dans celles du comte de Provence, son neveu : or cette charte doit appartenir à l'an 1 156, suivant notre manière de compter; car nous en avons une autre ^, datée de Montpellier au mois d'avril de Tan ii56, par laquelle Raimond- Béranger, comte de Provence, 6c son neveu Raimond-Béranger, comte de Melgueil, de Provence & de Millau, exemptent de péage, dans la ville de

' Duchesne, H stoire de la maison de Valois. ' Tomt V, Chartes 6i Diplômes, n. CCCCXCVII,

'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- la i" charte citée sous ce numéro, méro D. ^ Ibid, la 2*".

An Ji56

Millau en Rouergue, les religieux de labbaye de Salvanès. L'acte fut passé en présence de Pierre de la Rovière, maître de la milice du Temple, 6 de Guillaume y autrefois seigneur de Montpellier^ maintenant pauvre moine 0 pauvre de Jésus^Chrîst.

XXIX. — Trencavel engage une partie de ses domaines. — Il en recouvre une

autre partie des vicomtes de Bruniquel, ses cousins.

Le vicomte Trencavel accorda, la même année, une pareille exemption' dans la ville de Béziers aux mêmes religieux de Salvanès, en présence de Bernard d'Anduze Vancien^ & de Bernard d'Anduze, son fils. Il engagea, vers le même temps, à Guillaume de Montpellier* la leude qu'il levoit sur le chemin de Saint-Thibéry, pour la somme de treize mille sols melgoriens, & à Bernard- Raimond de Capendu, pour celle de trois mille sols, une partie du domaine qu'il avoit dans le château de ce nom. Il acquit^ alors pour la somme de sii mille cinq cents sols melgoriens, des deux frères Armand & Adémar, vicomtes de Bruoiquel, ses cousins, tous les domaines qui avoient été donnés en dot à Guillemette, leur aïeule, mère d'Aton, vicomte de Bruniquel, leur père, & tante de Trencavel. Le château de Brusque, situé sur les frontières du Rouergue & de TAlbigeois, & dont le seigneur de Lunas, au diocèse de Béziers, tenoit la moitié en fief des deux vicomtes de Bruniquel, (aisoit partie de cette dot. Il paroit qu'Armand 6c Adémar descendoient des anciens vicomtes de Toulouse, 8c qu'ils moururent sans postérité.

XXX. — Béranger de Narbonne, archevêque de cette ville. — Privilèges de

Véglise de Nimes.

Le pape Adrien IV confirma^ la renonciation de la vicomtesse Ermengardeîi la dépouille des archevêques de Narbonne après leur mort, par une bulle datée du 9 de décembre. Il donna cette bulle en ftiveur de Béranger de Narbonne, qui fut élu 5 archevêque de cette ville & succéda à Pierre, son prédécesseur, vers le mois d'août de l'an ii56. Béranger avoit été d'abord religieux de Sain^Pons^ 8c ensuite abbé de la Grasse pendant près de cinquante-trois ans. La vicomtesse Ermengarde, sa nièce, contribua sans doute beaucoup à son élection. Ce prélat, ainsi que plusieurs autres archevêques de Narbonne, ses prédécesseurs, fut légat du Saint-Siège, comme il parott i® par les actes de la dédicace^ de Téglise d'Arles en Roussillon, qu'il fit au mois d'octobre de l'an ii57, assisté de quatre évêques de la Marche d'Espagne, &c en présence

' Voyec tome V, Chartes & Diplômes, nu- ^ Coaci'/m^ t. 10, p. i lyS.

méro CCCCXCIX, la 4* charte citée sous ce numéro. ' Catel, Mémoires pour l'histoire du Langue.'.»:»

* liiJ, la 2* charte citée sous ce numéro. p. 788.

» Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes, n. DU. • Voyez dans ceTolume, livre XVI, n**- in & m.

— • Voyez tome IV, Note XXXIII, n. 7. ' Marca Hispanicu, p. i32i & seq.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVHI. 8o3 : • .-,-

AQ I |dO

d'une nombreuse assemblée, à laquelle la vicomtesse Erraengarde, sa nièce, Pons, abbé & archidiacre de Narbonne, Bernard, abbé de Saint-Thibéry, Sic., se trouvèrent j 2^ par une lettre' que le pape Adrien IV lui adressa, de même qu'à Artaud, évêque d'Elne, Se à tous les barons du Roussillon, pour confirmer la sentence qu'Eugène III, son prédécesseur, avoit portée contre Gausfred, comte de ce pays, qui avoit répudié sa femme légitime pour en épouser un^ autre.

Adrien IV confirma les privilèges de l'église de Nimes en faveur d'Aldebert, évêque de cette ville, par une bulle* datée du 10 décembre de Van ii56, indiction V^ la troisième année de son pontificat} ce qui fait voir qu'il datoit quelquefois ses bulles suivant le calcul pisan. Il est marqué dans cette bulle que le monastère de Saint-Sauveur de la Font, les églises de Saint- Martin des Arènes, &c de Saint-Etienne du CqpitoU dans la ville de Nimes, l'abbaye de Cendras $c le monastère de Tournac étoient soumis à l'évêque Aldebert, qui possédoit le château de la porte d'Arles 6» le tiers du domaine de la ville.

XXXI. — Divers vassaux du comte de Toulouse servent en Provence , en faveur

des seigneurs de Baux, contre le comte de Barcelone.

Cependant la guerre se renouvela en Provence entre Raimond-Béranger, comte de ce pays, soutenu par le comte de Barcelone, son oncle, & les seigneurs de la maison de Baux. Hugues^, chef de cette maison, peu content du traité que lui, Étiennette, sa mère 8c ses frères avoient conclu, en ii5o, avec le ^{^^^ comte de Barcelone, prit en ii55 l'investiture de la Provence de l'empiereur Frédéric I, qui prétendoit en être souverain, & s'étant mis en armes, il fit tous ses efforts pour la soumettre à sa domination. Le comte de Barcelone se mit, de son côté, non-seulement en état de défense, mais il attaqua 6( assiégea sur lui le château de Trinquetaille, situé dans l'Ile de Camargue, aux portes de la ville d'Arles. Comme ce château étoit très-fort, le siège en fut long &c mis au rang des événemens mémorables, ainsi qu'il parott par la fondation que fit Pons, évêque de Carcassonne^, dans sa cathédrale, le 22 £ avril de Van ii56, régnant Louis, roi de France, lorsque Raimond-^Béranger, très-vaillant comte de Barcelone, assiégeoit le château de Trinquetaille. Le comte de Barcelone fut obligé cependant de lever le siège; mais ayant continué la guerre contre les seigneurs de Baux, Se leur ayant pris divers châteaux, ils lui demandèrent la paix qui fut conclue la même année. Le principal^ article fut qu'Étiennette & ses fils s'engageroient de remettre au comte de Barcelone, & au comte

' Baiuze^ MiseeUanea, t. 2, p. .224. ^DtyïCfChronoUgiaepiscoportunCareassonenùttmj

* ArchÎTes & cartulaire de Téglise de Nimes. p. yS & seq.

^ Diago, Histoire des comtes de Barcelone, 1. 2, ' Bihliotheea Sehusiana, p. 55 & seq.-— Bouche,

c. 166. — Bouche, Histoire de Provence, t. 2, Histoire de Provence, t. 2, p. 128 & suit.

p. 127 & SUIT.

An ii56

de Provence, son neveu, le château de Trinquetaille toutes les fois quils en seroient requis, Guillaume & Rostaingde Sabran, Raimond & Guillaume de Roquemaure, Etienne de Saint-Gilles, Bertrand de Laudun, Bertrand-Adémar de Melgueil, & quelques autres chevaliers du bas Languedoc & de la Provence se rendirent cautions pour les seigneurs de Baux de Texécution du traité, avec promesse de se rendre prisonniers dans l'île de Valabrègues, en cas d'infraction de la part de ces seigneurs. Géraud de Simiane, Raimond de Castellane, Bernard Pelet, comte de Melgueil, & Bertrand d'Aymargues garantirent aussi l'exécution du traité jusqu'à la somme de dix mille sols melgoriens, qu'ils s'engagèrent de payer en cas de contravention.

Comme la plupart de ces chevaliers étoient vassaux de Raimond V, comte de Toulouse, il y a lieu de croire que ce prince favorisa dans cette guerre les seigneurs de Baux, dont il étoit d'ailleurs le protecteur; ce qu'on peut confirmer sur ce qu'il résidoit alors avec Constance, sa femme, dans son palais de Saint-Gilles sur le Rhône, où il accorda', vers la fin du mois de mars de l'an ii56, à l'abbaye de Franquevaux, l'exemption du droit de péage dans tous ses domaines.

XXXII. — "Naissance de Raimond VI, comte de Toulouse. — Diplômes du roi Louis le Jeune en faveur des églises de Maguelonne 6» d^U':[ès.

Constance*, femme de Raimond, accoucha le 27 d'octobre de la même année de Raimond, leur fils aine. La naissance de ce prince lia de plus en plus ce comte avec le roi Louis le Jeune, son beau-frère, qui continua d'exercer son autorité dans la Province par de nouveaux diplômes. Il en accorda un entre autres, par lequel il confirma^ Béranger, abbé de Villemagne au diocèse de Béziers, Se ses religieux, dans la possession de leurs domaines, leur accorda la justice civile & criminelle & leur permit de fortifier le bourg de Villemagne. Il en donna un autre à Paris ^, l'année ii56, la vingtième de son règne, tn faveur de l'église de Maguelonne, dans lequel il déclare qu'il ne permettrait jamais que cette église fût soumise à d'autre qu'à lui-même, & que lui Se ses successeurs la conserveroient toujours inviolablement sous le domaine de la couronne : article qui fut peut-être inséré exprès contre les prétentions du pape, qui se prétendoit seigneur suzerain dans le diocèse de Maguelonne, pour les raisons que nous avons expliquées ailleurs.

Louis accorda 5, la même année, un diplôme en feveur de l'église d'Uzès & de Raimond qui en étoit évêque. Ce prélat étoit fils^ de Raimond-Decan, seigneur d'Uzès & de Posquières, & avoit déjà succédé, en 1 164, à Ébrard, son

'Voyez tome V, Chartes & Diplômei, nu- ^ ArchÎTet du domaine de Montpellier, vi^ueri:

miro CCCCXCVIII. de Montpellier, titres particuliers, 3.

' Tome V, Chroniques, n. VII. >» Guillaume de * Voye* tome V, Chartes & Diplômes, na-

Puylaurens, c. 5. méro DIII.

^ Cartulaire de la cathédrale de Narhonne, * Voyez tome IV, Note LU*

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVIII. 8o5 "T 77

An 1 1 oO

prédécesseur, suivant une bulle ' que le pape Adrien IV accorda alors en faveur de Guillaume, abbé d'Aniane. Louis déclare* dans ce diplôme qu'en l'accordant à l'église d'Uzès, il suit l'exemple des rois Raoul 6» Louis ^ ses prédécesseurs. Il feit ensuite Ténumération des abbayes qui étoient alors soumises à cette église, 8c dont aucune ne subsiste plus aujourd'hui. Elles étoient au nombre de six, savoir : de Saînt-Firmin, située dans un village voisin d'Uzès; de Saint-Étîenne, de Saînt-Julien, de Saint-Sulpice, de Saint-Ferréol, & de Saint-Privat du Gers. Il marque que les châteaux de Bermond 6* de Rainon dans la ville d^U^^ès dépendoient du domaine de la même église, ainsi que la monnoie qu'on febriquoit à Uzès. Enfin Louis accorda à cette église, dont les fier es o\x chanoines, ajoute-t-il, vivoient en commun, dans l'étendue du Éd.orîgin. diocèse, tous les revenus de la paix, qu'on nommoit alors compensum, & qu'on a appelés depuis le commun de paix, ou la pelade. On voit par là que ce droit étoit alors devenu domanial, sans que la trêve de Dieu, pour laquelle il avoit été établi^, en fût guère mieux observée.

XXXIII. — Autres diplômes de ce prince en fiiveur des églises de Nimes, de Narbonne 6» de Lodève. — Origine de Vautorité temporelle des évêques de Lodève sur leur diocèse.

Aldebert, évêque de Nîmes & frère ^ de Raimond, évêque d'Uzès, obtint l'année suivante, la vingt 6» unième du règne de Louis le Jeune, un diplôme de ce prince qui confirma les privilèges de son église Se lui donna la justice sur les clercs du diocèse & sur les vassaux de l'église, avec l'autorité sur les monastères de Psalmodi, de Tournac 8c de Cendras. Ce même roi accorda vers le même temps une autre charte ^ en faveur de Béranger, archevêque de Narbonne : il confirma ce prélat dans la possession de la moitié des droits domaniaux du diocèse 8c dans l'autorité qu'il exerçoit sur les abbayes de Saint-Paul, de Saint-Laurent, de Saint-Etienne de Bagnols,de Quarante, 8cc., 8c lui donna une entière juridiction sur le bourg de Saint-Paul 8c sur divers châteaux.

Enfin on prétend^ que Louis le Jeune donna, en iiSy, à Pierre, évêque " de Lodève, les droits régaliens sur tout son diocèse, avec les mines d'argent qui s'y trouvoient. Ce prélat étoit frère des évêques de Nimes 8c d'Uzès, 8c fils de Raimond-Decan, seigneur d'Uzès 8c de Posquières. Un de ses successeurs' ajoute "7 qu'il délivra les évêques de Lodève du joug &• de la servitude des comtes de Rodej, ce qu'on doit entendre sans doute par le diplôme dont on

'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- 'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, numéro CCCCXCII, la 8' charte citée sous ce numéro. méro DIV.

' Ihid, n. DIII* ^ PlantaTit, Chronologia praesulum Lodoyensium,

* Voir plus haut, 1. XIV, n. ix, p. 3o3 & suiv. p. 86 & seq. —Voyez tome IV, I^ote XXV,

'* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ^ Plantay'itf Chronologia praesulum Lodorensium,

méro DV. p. 86 & seq.

An II 57

IMMki

An 1157

vient de parler. Il paroît cependant* que ce» comtes qui, en qualité de vicomtes de Lodève, étendoient leur autorité dans le pays, l'y exercèrent encore longtemps après Tépiscopat de Pierre, sous celle des comtes de Toulouse, qui en possédoient le haut domaine, jusqu'à ce qu'enfin les uns 8c les autres ayant cédé ou vendu leurs droits aux évêques, ceux-ci furent reconnus pour les seuls seigneurs suzerains de tout le diocèse^ suzeraineté dont ils jouissent encore de nos jours. Pierre d'Uzès, évêque de Lodève, vivoit encore en 1161. Gaucelin', qu'on dit de la maison de Âlontpeyroux, &. qui avoit été auparavant àbbé d'Aniane, lui succéda. Ce dernier étoit fort appliqué à l'étude de» saintes lettres, comme on voit par la lettre* que Hugues, religieux de Salvanès, lui écrivit pour lui demander l'explication de quelques endroits difficiles de l'Écriture sainte. Hugues fait un grand éloge des vertus de Gductlin. Ce prélat^ orna sa ville épiscopale de divers édifices publics 8c particuliers. Il obtint en 1162, du roi Louis le Jeune^ un diplôme^ daté d'Étampes, par lequel ce prince le confirma dans la possession des domaines de son église, entre autres du château de Montbrun, 8c lui accorda^ les droits régaliens dans tout l'évêché, les mines qu'on y avoit découvertes ou qu'on y découvriroit dans la suite, la justice civile &c criminelle, 8cc.

XXXIV. — Accord entre le comte de Toulouse &» Trencavel. — Vicomtes

de Lautrec.

Raimond, comte de Toulouse 8c le vicomte Raimond-Trencavel étoient parfaitement réconciliés au mois d'août de l'an iiSy. Le premier promit alon par serment "^ à l'autre de lui conserver ses domaines, ses fiefs 8c ses alleux envers tous 8c contre tous, excepté contre ses propres vassaux 8c contre Bernard*Aton, vicomte de Nîmes, frère de Trencavel. Sicard, vicomte de Lautrec, Guillaume, évêque d'Albi, Sicard de Lauran, Isarn de Dourgne, Bermond, évêque d*Uzès 8c plusieurs autres seigneurs d'entre les principaux de la Province furent présens à cet acte»

Guillaume, évêque d'Albi, dont nous venons de parler, étoit, suivant un acte de l'an 1171, frère de Begon, seigneur de Dourgne, château situé dans le diocèse de Lavaur, au voisinage de l'abbaye de Sorèze. Quant à Sicard, vicomte de Lautrec^, il fut le quatrième de son nom, 8c offrit^, à la fin de l'année suivante, son fils Raimond k l'abbaye de Saint-Pons de Thomîères pour y être religieux. L'acte est souscrit par Sicard, son autre fils, qui lui avoit

• Voyez tome IV, Note XXV. » Voyez tome V, Chartes & Diplômes, ou-

' PlantaTÏt, ChronologU praesalum L^doyensium, m^ro DXXXII.

p. 88 81 seq. * Voyez tome IV, Note XXV.

' Dom Martine, Thésaurus aneciotorum, t. i» ' Tome V, Chartes & Diplômes» n. DVIH.

p. ^66, • Voyez tome IV, Note XXI, n. 7.

^ Plantavit, ChronologU praesulum Lodovtnsium, ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , ns-

p. 88 & seq. méro DXVI, le 1*' acte cité sous ce numéro.

' An 1157-

déjà succédé en n6o, 8c qui confirma alors avec Pierre, son frère, la donation que le vicomte, leur père, avoit faite par son testament en faveur de labbaye de Candeil. Sicard V, vicomte de Lautrec, délivra Tannée suivante, en présence de Guillaume de Montpellier, le legs qui avoit été fait à cette abbaye par le même testament 8t épousa dans la suite Adélaïde, fille de Raimond-Trencavel, vicomte de Béziers Se de Carcassonne.

XXXV. — Entrevue entre Trencavel 6» le comte de Barcelone, — Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, se soumet à ce dernier. — Foires de Carcassonne.

Raimond-Trencavel, après sa réconciliation avec le comte de Toulouse, ^ti^^l^l'^^ s'appliqua au gouvernement de son domaine. Il donna', au mois de juin de Tan iiSy, à Pierre de Villar, le village de Coustausa dans le comté de Ra-^iès, pour y construire un château, à condition qu'il le tiendroit en fief de lui & de sa postérité. Il reçut*, au mois de juillet de Tannée suivante, dans son palais de Carcassonne, Thommage pour les châteaux de Berens, Gaillac, Cahusac & Montaigu en Albigeois, 8c celui de Sicard de Laurac pour les châteaux, de Laurac 8c de la Pommarède en Lauragais. Le seigneur de Laurac promit de lui être fidèle envers tous 8c contre tous, excepté contre le comte de Toulouse j preuve que Trencavel reconnoissoit alors ce prince pour suzerain du Lauragais.

Trencavel ménageoit toujours cependant Raimond-Béranger, comte de Barcelone. Il eut une entrevue ^ avec lui à la fin du mois de janvier de Tan 1 158, à Narbonne, où ce comte s'étoit rendu, 8c ce fut en sa présence qu'il promit alors par serment^ à Béranger, archevêque de Narbonne, de Taider envers tous 8c contre tous, excepté contre Raimond, comte de Barcelone, Raimond, comte de Toulouse, 6» ses propres vassaux. L'archevêque de Narbonne fit de son côté à Trencavel un pareil serment^, dans lequel il excepte le comte de Barcelone 8c ses propres vassaux. Ce prélat, qui était oncle de Raimond-Béranger, 8c Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, qui étoit cousine germaine de ce comte, après Tavoir reçu dans cette ville, l'accompagnèrent à son retour jusques à Perpignan, 011 on assure <^ que la même vicomtesse se soumit à lui au mois de février suivant, avec tous les domaines dont elle avoit hérité du vicomte Aymeri, son père, en reconnoissance des services qu'elle en avoit reçus 8c en dédommagement des dépenses qu'il avoit faites pour la soutenir. On ajoute qu'elle lui donna pour otages de sa promesse deux des principaux barons de son domaine, savoir, Guillaume de Peiteus, 8c Ermengaud de Leucate. Ces deux seigneurs "^ 8c plusieurs autres de la Province se trouvent, en effet , parmi les témoins de la promesse réciproque que l'archevêque de

■ Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCXCIX, * Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes, n. DIX,

la 5* charte citée sdus ce numéro. le 2' acte cité.

' Ihid, n. DXIII, le 1" acte cité sous ce numéro. ^ Diaço, Histoire des comtes de Barcelone y 1. 2,

^ Diago, Hist, des comtes de Barcelone, 1. 2, c. 167. c. 167.

^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. DIX, . ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. DIX,

le i**^ acte cité. les deux actes cités sous ce numéro.

An ii58

An II 58

Narbonne & Trencavel s'étoient faite peu de temps auparavant^ en présence du comte de Barcelone.

Trencavel, après son retour dans son palais de Carcassonne ' , 7 disposa, le 4 de mars 11 58, en faveur de Roger, son fils, par préciput sur tous »ses autres engins, des villes de Carcassonne èa de Razès, & de leurs dépendances. En conséquence de cette donation, Roger, du. consentement du vicomte, son père, confirma les privilèges des habitans de Carcassonne, & en particulier les deux foires qu'on y tenoit tous les ans. Se que le vicomte Roger, son oncle, avoit déjà établies.

XXXVL — Ligue du comte de Barcelone avec Trencavel , Guillaume de Montpellier, Ermengarde de Narbonne, Henri II , roi d'Angleterre, &c., contre le comte de Toulouse.

La bonne intelligence ne dura pas longtemps entre le vicomte Trencavel & le comte de Toulouse. Ils étoient déjà brouillés de nouveau le 20 du mois daoût de la même année, comme il paroît par l'accord* que le comte de Barcelone fit alors à Montpellier avec ce vicomte, qu'il appelle son vassal^ Se qu'il promet d'aider de toutes ses forces, dans la guerre quil allait avoir maintenant avec Raimond, comte de Toulouse & de Saint-Gilles, ou dans celle quil auroit dans la suite avec sa postérité. Il lui promet en même temps de ne faire ni paix ni trêve avec ce prince sans son aveu & son consentement & lui donne pour otages huit de ses principaux vassaux. Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, Se Guillaume, seigneur de Montpellier, furent présens à cet accord. Il y a lieu de croire qu'ils se liguèrent aussi alors avec le comte de Barcelone contre le comte de Toulouse.

Cette ligue déjà formidable par elle-même le devint bî^n davantage par celle ^ que fit, à la fin de cette année ou au commencement de la suivante^, le comte de Barcelone avec Henri II, roi d'Angleterre, dans une entrevue quils eurent à Blaye. Le dernier, après avoir épousé Éléonor, héritière du duché de Guyenne, forma de grands projets sur le comté de Toulouse qu'il prétendoit appartenir à cette princesse, pour les raisons que nous avons développées ailleurs. Il demanda d'abord la restitution de ce comté à Raimond V, qui n'eut garde d'acquiescer à sa demande & regarda ses prétentions comme des chimères, ce qui fit naître entre eux un grand différend, lequel commença dès l'an iiSy, suivant une ancienne chronique^. Henri ne pouvant tirer Éd.origin. raison de Raimond que par les armes, résolut enfin de lui déclarer la

guerre. Comme il n'ignoroit pas les divers sujets de querelle qui étoient

' Voyes tome V, Chartes & Diplômes, nu- Triret, CAronicoit^ dans le tome 8 du ^picilr^isni je

méro DX. d'Achery.

' nu. n. DXII. ^ Voyez tome IV, Note LIV.

' Robert du Mont, édit. d'Achery, p. 777. — ^ I^abbe, Bihliotkeea n^ra manuscnpiormm, 1. 1»

Guillaume de Ncubrige, 1. a, c. 10. — Nicolas p. 391.

depuis longtemps entre ce comte & celui de Barcelone, lequel étoît en état, d'ailleurs, tant par ses propres forces que par celles des alliés ou des vassaux qu'il avoit dans la Province, de favoriser son entreprise, il rechercha l'amitié de ce dernier & ménagea avec lui l'entrevue dont nous venons de parler. Ils y conclurent un traité par lequel ils résolurent d'unir leurs armes contre le comte Raimond ; & pour cimenter davantage leur union, ils convinrent que Richard, fils puîné de Henri 8c d'Éléonor, auroit le duché de Guyenne pour son partage & qu'il épouseroit Bérengère, fille du comte de Barcelone. Trencavel & Guillaume de Montpellier entrèrent aisément dans cette ligue : le premier, par le désir de se venger sur le comte de Toulouse de la longue prison qu'il lui avoit feit souffrir & de la grosse rançon qu'il avoit exigée de lui ; & l'autre, à cause des liaisons étroites que sa maison conservoit depuis très-longtemps avec celle de Barcelone.

XXXVII. — Le roi Louis le Jeune marche au secours du comte de Toulouse^

son heau'-jrère.

Le comte Raimond songea de son côté à se défendre contre tant d'ennemis. Il se ligua entre autres avec Bernard Pelet & Béatrix, comtesse de Melgueil, sa femme, 8c avec divers chevaliers du diocèse de Maguelonne, qui entreprirent la guerre contre le seigneur de Montpellier Scies autres alliés du comte de Barcelone 8c firent diversion dans le bas Languedoc, comme nous le verrons dans la suite. Raimond implora encore le secours du roi Louis le Jeune, son beau-frère, qui avoit d'ailleurs un intérêt particulier de s'opposer à l'agrandissement du roi d'Angleterre. Il fit, en 1 158, un voyage du côté du Rhône, où il confirma ' l'abbaye de Psalmodi dans ses possessions, en présence de Bermond d'Uzès, de Raimond-Gaucelin de Lunel,de Guillaume de Sabran 8c de plusieurs autres chevaliers qui lui demeurèrent fidèles. Il tint un plaid*, au mois d avril de la même année, en présence des capitulaires ou capitouls de cette ville, dans lequel il confirma l'usage où étoient les tanneurs ou corroyeurs de la ville de lever un certain droit sur les cuirs qu'on apportoit du dehors. Les tanneurs de Toulouse vendirent^ ce droit au roi en 1280.

Il y a lieu de croire^ que le roi Louis le Jeune étoit en marche pour aller au secours du comte de Toulouse lorsqu'il accorda à Bourges une charte ^ en faveur de Pons, évêque du Puy, qu'il appelle son ami &• son féal, 8c par laquelle il confirma les privilèges de cette église, conformément à une autre qu'il avoit déjà donnée en 1145. On peut rapporter en effet cette charte, qui est datée^ simplement de l'an ii58, aux premiers mois de l'année suivante, selon notre manière de compter.

•Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes, nu- * Voye* tome IV, Note LIV.

méro DVII , la 3^ charte citée sous ce numéro. * GaWa. Christiana, noT. edit. t. ■} p* yoS, ins-^

* Tome V, Chartes 8i Diplômes, n. DXI. trum. p. iSz.

' Trésor des chartes de Toulouse, sac 19, n. 47. ' liid.

An ii58

An 1 1 59

^„, , 8io HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUpDOC. LIV. XVIII.

XXXVIII. — Expédition du roi d'Angleterre contre le comte de Toulouse» Il entreprend le siège de cette ville (y est obligé de le lever »

Quoi qu'il en soit, Henri II, roi d'Angleterre, après avoir conclu sa ligue avec le comte de Barcelqne, se disposa ' à la guerre contre le comte de Toulouse Se fit assembler, à la mi-carême de Tan iiSç, pour cette expédition une nombreuse armée composée de Normands, d'Ânglois, d'Aquitains & de divers autres peuples, ses sujets. Il fit une levée sur tous ses vassaux qui par leurs fiefs étoient tenus au service militaire & sur les églises de ses États, & employa cet argent à soudoyer ses troupes. Avant son départ * d'Angleterre pour aller se mettre à la tête de larmée, il se. fit couronner pour la troisième fois à Winchester avec la reine Éléonor, sa femme, le jour de Pâques 12 d avril. 11 partit ensuite accompagné de Malcolm, roi d'Ecosse, de Guillaume de Blois, fils d'Etienne, roi d'Angleterre, de Thomas Becket, son chancelier, qui se mit^ à la tête de sept cents de ses vassaux, & qui fut ensuite archevêque de Cantorbéry^ & enfin de plusieurs seigneurs & prélats de ses États. Ce prince arriva à Périgueux^ à la fin du mois de juin de Tan i iSg, & se voyant sur le point d'entrer dans les terres du comte de Toulouse, il donna la ceinture militaire au roi d'Ecosse, qui la ceignit lui-même à une trentaine de jeunes seigneurs. Henri avoit pratiqué dans Cahors une intelligence qui réussit. Cette ville se révolta contre le comte de Toulouse, son seigneur, & se déclara en faveur de l'Anglois. Henri écrivit^ en même temps au comte de Barcelone, à Trencavel & à Guillaume de Montpellier, pour les presser devenir le joindre avec leurs troupes j en attendant il attaqua "^ divers châteaux qui se rendirent Éd.origin. les uns de gré &c les autres de force. Il emporta ^ entre autres celui de Verdun, situé sur la Garonne, à cinq lieues de Toulouse, & celui de Castelnau d'Estrétefonts, à quatre lieues de la même ville vers le nord-ouest, où il campa pendant quelque temps.

Le comte de Barcelone ne joignit le roi d'Angleterre que vers le commencement du mois d'août^} il étoit encore *° au delà des Pyrénées, prêt à se rendre à t armée y le i\ de juillet de Van iiSç, comme il paroît par la promesse solennelle qu'il fit alors à l'évêque de Girone de confirmer à son retour, dans une cour générale, la restitution qu'il lui fit de divers biens usurpés sur son église. Enfin Henri ayant reçu les troupes auxiliaires de Languedoc & de Catalogne qu'il attendoit, & s'étant avancé vers Toulouse, entreprit le siège de cette ville.

' Robert du Mont, p. 778. ^ Guillaume de Neubrige, 1. 2, c. 10.

* Roger de HoTeden, p. 28 1 , ▼". —Voyez tome IV, • Robert du Mont, p. 778.

Note LIV, f Voyez tome V, Chroniques, n. V. — Catel, Bis-

' Vie de saint Thomas, dans Belleforêt, Histoire toire des comtes de Toulouse, p. 164.

de Louis le Jeune. — Geoffroi, prieur du Vigeois, ' Voyez tome IV, Vote LIV.

Chronieon, p. 3i 1. ' Catel, Histoire des comtes de Toulouse , p. 20?.

^ Voyez tome IV, ffote LIV, •• Marca Hispanicûf p. i326.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVIII. 8l I

Le roi' Louis le Jeune, qui étoit déjà arrivé dans la Province, prévoyant le dessein de ce prince, Tavoit prévenu; il s'étoit jeté dans Toulouse, qu'iJ avoit eu soin- de fortifier 8c de munir de toute sorte de provisions, dans la résolution de la défendre jusqu'à la dernière extrémité, avec le comte Raimond, son beau-frère, qu'il étoit venu secourir. Henri, de son côté, après avoir cornmencé le siège de cette»ville*, ne négligea rien pour en avancer les travaux; mais après y avoir dépensé des sommes immenses, s'être donné des mouvemens infinis Se avoir perdu une partie de ses troupes 8c plusieurs seigneurs de marque, entre autres Guillaume, comte de Boulogne, fils d'Etienne, roi d'Angleterre, 8c Aymon, fils du comte Glocester, il se vit obligé de décamper, tant à cause de la saison déjà avancée, que de la vigoureuse défense des assiégés. Pour couvrir la honte de sa retraite, il prit prétexte de ne vouloir pas donner l'assaut à une ville défendue par son souverain; 8c sous les apparences spécieuses du respect qu'il avoit pour le roi Louis le Jeune, il reprit la route de ses États. Il attaqua cependant en chemin quelques châteaux du domaine du comte de Toulouse 8c arriva ainsi à Cahors, que le roi de France avoit remis^ sous Tobéissance de Raimond, après en avoir fait chasser ceux qui tenoîent le parti anglois. Henri assiégea cette ville, la prit 8c y laissa une garnison sous les ordres de Thomas ^, son chancelier, à qui il confia le gouvernement de toutes les places qu'il avoit enlevées au comte de Toulouse 6c qu'il chargea de continuer la guerre contre ce prince, conjointement avec le comte de Barcelone, le vicomte Trencavel, le seigneur de Montpellier 8c ses autres alliés. Il remit ^ au même Trencavel quelques châteaux que ce vicomte, pour sortir de prison , avoit été obligé de céder au comte Raimond 8c arriva à Uzerche^, en Limousin, à la Saînt-Michel de septembre^ après avoir employé trois mois'^ à son expédition. Il prit la route de Normandie au mois d'octobre 8, suivi de Malcolm, roi d*Écosse, 8c de Guillaume, comte de Mortagne, qui mourut en chemin. Il fut obligé de se rendre dans cette province, pour s'opposer aux progrès de Henri, évêque de Beauvais, 8c de Robert, comte de Dreux, que le roi Louis le Jeune, leur frère, dans le dessein de faire diversion, avoit envoyés sur les frontières avec un corps d'armée. Les deux rois convinrent^ cependant d'une trêve, au mois de décembre, signèrent enfin un traité de paix, au mois de mai de l'an ii6o, 8c le confirmèrent au mois d'octobre suivant.

* Rob«rt du Mont, p. 778. — Roger de HoTeden, ' Vie de saint Thomas, dans Belleforêt, Histoire p. 281 verso. — Guillaume de Neubrige, 1. 2, c. 10. de Louis le Jeune,

— Voyeztome IV, Note LIV. — Aimoin, 1. 5, c. 5i . ^ Robert du Mont, p. 778. — Vie de saint Tho-

* Ce siège eut alors un grand retentissement. On mas, dans Belleforêt, Histoire de Louis le Jeune. lit à la fin d'une charte de Téglise de Tours : ^ Guillaume de Neubrige, 1. 2, c. 10.

« Anno MCLIX^, régnante Ludovico juniore Fran- * GeofTroi, prieur du Vigeois, Chronicon, p. 3ii,

eorum rege, Joscio Turonorum archiepiscopo , anno ' Voyez tome IV, Note LIV.

arehiepiscopatûs tertio, ^uo rex Angîorum Tolosam • Robert du Mont, p. 778.

ohsedit. 11 Collection de dom Housseau, n. 1821. ' Ibid. p. 780.

An 1 1 59

An 1 160

"TTHôT" 8*2 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVIII.

XXXIX. — Le comte de Toulouse dépouille Vévêque de Vaison de ses domaînes.

Durant ces négociations, Raîmond, comte de Toulouse, fit un voyage du côté du Rhône. Ce prince alla à Carpentras, où il rendit', le ii de janvier de l%in 1160, tant en son nom qu'en celui d'Alphonse, son jrère, moyennant la somme de deux mille sols melgoriens, à Raimond, évêque de cette ville, le château de Venasque, avec ceux de Baux & de Malamort, & quelques villages qui en dépendoient, & ne retint sur ces domaines, tant pour lui que pour son fière, que les chevauchées (y Valbergue. Guillaume de Sabran, jon connétable, Bertrand de Baux 8c cinq autres seigneurs ou barons du pays jurèrent l'observation de cette restitution, que le comte confirma le lendemain.

Ce prince ne traita pas si favorablement Béranger de Mornas, évêque^ de Vaison , qu'il assiégea vers le même temps dans sa ville épiscopale dont ce prélat se prétendoit seigneur j comme les habitans manquoient d'eau, ils furent bientôt contraints de se rendre. Le comte livra alors la ville & le palais ^•ofigjg épiscopal au pillage & fit ensuite mettre le feu aux quatre coins, en sorte qu'elle fut bientôt consumée. Il se saisit des domaînes de l'évêché, entre autres des châteaux de Crestet & de Râteau, qu'il garda jusqu'à la mort de Béranger, laquelle arriva en 1178. On ignore le véritable motif de cette exécution militaire, & les conjectures qu'un moderne ^ a données là-dessus n'ont aucun fondement. Peut-être que l'évêque de Vaison s'étoit ligué avec le comte de Barcelone Se les autres ennemis de Raimond.

Nous avons une nouvelle preuve que ce dernier prince étoit du côté du Rhône en 11 60 dans une donation qu'il fit^ alors, avec la reine Constance, sa femme, à l'abbaye de Saint-Gilles & à Bertrand qui en étoit abbé. Cet abbé, qui étoit de la maison^ de Saînt-Cosme, obtint du pape<^ Adrien IV une bulle qui l'exemptoit de la juridiction de l'archevêque de Narbonne, légat du Saint- Siège, &c de tous les autres légats, à moins qu'ils ne le fussent a latere. Adrien lui accorda en même temps l'usage de la mitre, à cause de la dignité de son église.

Le comte de Toulouse, après avoir mis ordre aux afi&ires de son marquisat de Provence, repassa le Rhône & vint à Nîmes, où il vendit, au mois d'octobre^ de Tan 1160, au chapitre de la cathédrale la moitié des marais du lieu de Fontcouverte, dans ce diocèse. La reine Constance, sa femme, qui l'accorapagnoit dans tous ses voyages, confirma cette vente & la souscrivit. Raimond étoit de retour à Toulouse à la fin de l'année 5 il accorda alors une exemption^

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, numéro DXX, la 1** charte citée sous ce numéro. méro DXXIX.

' Columbi, de Rehus gestis episeoporum Vaiionen-^ * Archiyes de Tabbaye de Saint-Cilles.

5i«m, p. iSy&seq. 'Voyez tome V, Chartes & DiplSmcs. nc-

^ Ibid. p. 385. méro DXX, la 2' charte citée sous ce numéro.

^ Arc h i Tes de l'abbaye de Saint-Gilles. ' Ibii,

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVIIl. 8i3

de péage dans tous ses domaines aux religieux de labbaye d'Aiguebelle, de Tordre de Cîteaux, située dans le Toulousain.

XL. — Monnoie de Carcassonne. — Prjvîléges de la ville de Castres. — Juifs

de Béjiers,

Trencavel, de son côté, s'étant rendu à Carcassonne après Texpédîtion de Toulouse, donna, par un acte du 8 d'octobre' de l'an i iSg, la monnoie de cette ville à fabriquer, & en régla le poids & Taloi. Il confirma % Tannée suivante, V affranchissement 8c les privilèges que les vicomtes Bernard-Aton, son père, & Roger, son frère, avoient accordés autrefois aux chevaliers &• aux bourgeois de Castres. Ces privilèges consistoient principalement dans Texemption de queste & de tolte. Le vicomte retint, avec la justice que son père s'étoit réservée, le droit de chevauchée sur les habitans de cette ville qui étoient tenus de marcher à son service dans TAlbigeois & le Toulousain, quand il le jugeoit à propos, 8c dans les autres pays, seulement lorsqu'il combattoit en personne.

Ce vicomte reçut la même année une somme considérable des Juifs de Bézîers, pour l'abolition d'une ancienne coutume qui leur étoit fort onéreuse. Le jour des Rameaux^, Tévêque montoit en chaire 8c faisoit un discours au peuple pour Texhorterà tirer vengeance des Juifs qui avoient crucifié Jésus-Christ. II donnoit ensuite la bénédiction à ses auditeurs, avec la permission d'attaquer ces peuples 8c d'abattre leurs maisons à coups de pierre, ce que les habitans, animés par les discours du prélat, exécutoient toujours avec tant d'animosité 8c de fureur, qu'il ne manquoit jamais d'y avoir du sang répandu. L'attaque, dans laquelle il n'étoit permis d'employer que les pierres, commençoit à la première heure du samedi avant les Rameaux 8c continuoit jusques à la dernière heure du samedi d'après Pâques. Guillaume, évêque de Béziers, honteux sans doute de ce que ses prédécesseurs avoient autorisé une coutume qui, pour être ancienne, n'en étoit pas moins blâmable, consentit à son abolition avec son chapitre 8c en donna un acte authentique entre les mains du vicomte Raimond-Trencavel, le 2 mai de Tan ii6o, avec menace d'excommunier tous les clercs qui inquiéteroîent dorénavant les Juifs, 8c promesse de ne plus soutenir les laïques. Il reçut pour cela la somme de deux cents sols melgoriens des Juifs de Bézîers, qui s'engagèrent de plus à payer tous les ans, le jour des Rameaux, quatre livres monnoie de Melgueil, pour être employées aux ornemens de la cathédrale. Suivant cet acte, les Juifs occupoient alors à Bézîers un quartier séparé 8c entouré de murailles. Un auteur^ rapporte cet événement à Tan 1162, mais il se trompe.

* Tome V, Chartes & Diplômes, n. DX1X. Labbê, t. 2, p. 3o6 & seq. — Catel» Mémoires peur

* Ihid, n. DXXI. l'Histoire du Languedoc, p. SzZ & suit.

' Geoifroi, prieur du Vigeois, Chronicon, dans ^ Andoque, Histoire de Béliers, p. 65.

An 1 160

An 1 1 6 1

~7y^ 814 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVIII.

XLI. — Evêques de Bé-^iers. — Divers hommages rendus au comte de Faix

6» à TrencaveL

Guillaume, évêque de Bézîers, qui abolit cette coutume, avoit succédé depuis peu à Raimond, II est fait mention de ce dernier dans une exemption de péage, que Hugues, abbé de Villemagne', accorda en irSç aux religieux de Salvanès Éd. origin. en Rouergue, en présence de Béranger, archevêque de Narbonne, légat du Saint-Siège, de Raimond, évêque de Béyers, de Pierre, évêque de Lodève,& d'Ermengarde, vicomtesse de Narbonne.

Il paroît que Trencavel demeura en paix durant toute Tannée 1160 & la suivante, Êc nous n'avons de lui, pendant ce temps-là, que divers hommages qui lui furent rendus. Il reçut, le 8 de mars de l'an 1160, celui du château de Montpezat*, en présence de Roger-Bernard, comte de Foix, qui reçut luimême en 1160 & 1161, avec son £ls Roger, les hommages^ de ses vassaux, entre autres des seigneurs de Mirepoix. Trencavel fit une donation^ à l'église d'Albi, au mois de février de l'an 1161. Il étoit dans l'église de Sainte-Marie de Carcassonne, située auprès de son palais^ lorsque Guillaume, fils de Guillaume, vicomte de Minerve & de Garsîride, lui prêta serment de fidélité, & à Roger, son fils, au mois de décembre de la même année, pour le château deLauran, dans le Narbonnois, que son père lui donna ^n même temps; ce qu'il fit en présence de Gaucelin, prieur de VHôpital de Jérusalem.

XLII. — Nouveau voyage du comte de Toulouse du côté du Rhône.

Raimond, comte de Toulouse, entreprit un voyage avec Constance, sa femme, aux environs du Rhône, au commencement de l'an 116I) & il vendit alors pour la somme de cent cinquante marcs d'argent^ aux Jr ère s de la milice du Temple de la maison de Saint-Gilles^ & à Hugues de Barcelone, procureur de cette même milice en Espagne & en Provence, soixante muids de terre dans le pays d'Ârgence, situé le long du Rhône : l'acte est souscrit par Bermond d'Uzès Se Éléazar, son fils. Le comte revint sans doute bientôt après dans sa capitale, car la guerre s'étant renouvelée^ dès la fin de l'année précédente entre les rois de France &c d'Angleterre, il avoit tout sujet d'appréhender que ce dernier ne commit quelques hostilités contre lui. Les deux rois étant cependant convenus d'une trêve à la Saint-Jean de l'an 1161, celui d'Angleterre vint assiéger le château de Castillon, situé au-dessus d'Agen, & le prit le jour de Saint-Laurent, après sept jours de siège. Un historien^ moderne prétend que

* Voyez tome V, Chartes & Dipldmes, nu- ^ Tome V, Chartes 8c Diplômes, n. DXXIV, h

mkto DXVIII, la i*** charte citée sous ce numéro. i*^ charte citée sous ce numéro.

' Ibii, n. DXXIV, la 2' charte citée sous ce nu- ' Ihii. n. DXXIII.

méro. * * Rohcrt du Mont, Chronicon,

' Ihid, n. DXXIl, le i'' extrait cité sous ce nu- ' Daniel, Histoire de France, iàït. in-fol. t. i,

méro. p. i22i(.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV, XVIII. 8i5 ""T T^

An^iôi

ce prince fit alors une incursion dans le comté de Toulouse, & que le château de Castillon ou Châtillon dont il s'empara appartenoit au comte Raimond j mais les anciens ne rapportent point cette circonstance, & il est certain que les comtes de Toulouse navoient alors aucun domaine dans TAgenois. Il est donc plus vraisemblable que Henri assiégea ce château sur les Gascons qui s etoient révoltés contre lui, ainsi qu'un ancien historien ' le donne assez à entendre. Il ne paroît pas d'ailleurs que ce prince ait fait la guerre en 1161 au comte Raimond j nous voyons au contraire qu'il entra en paix cette année dans Toulouse, 8c qu'il assista avec le roi Louis le Jeune à un célèbre conclu; qui fut tenu alors dans cette ville, & dont voici l'occasion.

XLIII. — Onzième concile de Toulouse. — Èvêques de Maguelonne.

Le pape Adrien IV étant décédé le i" de septembre de l'an iiSg, le plus grand nombre des cardinaux élurent Alexandre III pour remplir la place, tandis que les autres nommèrent de leur côté le cardinal Octavien, qui prit le nom de Victor III, ce qui mit le schisme dans rÉglise^ Victor trouva moyen d'attirer à son parti l'empereur Frédéric I, qui assembla un concile à Pavie sous prétexte d'y examiner quel des deux papes étoit le légitime, & se déclara entièrement en sa faveur. Cet antipape, fier d'avoir gagné un tel suffrage, mit tout en œuvre pour se faire de nouveaux protecteurs, & sachant les services considérables que les seigneurs de Montpellier avoient rendus autrefois en France aux papes persécutés, il tâcha de gagner Guillaume VII, à qui il écrivit de Pavie % le i3 de septembre de l'an 1160, au nom de l'empereur. La lettre de Victor est pleine de termes de douceur, d'amitié 6c d'estime envers le seigneur de Montpellier donj il implore la protection. « C'est pour cela, ajoute-t-il, « que nous envoyons vers votre grandeur Bardin, notre sous-diacre, en qualité « de légat a latere du siège apostolique : nous vous prions de le recevoir favoa rablement Se de l'aider en tout ce qui dépendra de vous dans les affaires qu'il a a à traiter dans l'étendue de votre domination. » Guillaume ne fit aucun cas de cette lettre & se déclara ouvertement en faveur d'Alexandre, ainsi qu'un grand nombre d'évêques de France que le roi Louis le Jeune assembla à Beauvais au mois de juillet de l'an 1 161. Jean de Montlaur, évêque de Maguelonne, fut entre autres un des premiers & des plus zélés protecteurs du même pape. Ce prélat étoit d'une ancienne maison^ du diocèse : après avoir été cha- Éd. ongîn. noine de Maguelonne, il avoit succédé à Raimond, qu'on fait de la maison de Posquières & qui avoit été élu en 1 1 29. Ce dernier possédoit encore l'évêché de Maguelonne au mois d'octobre de l'an 11 58, comme il paroît par la lettre que le pape'* Adrien IV lui écrivit alors, pour lui défendre de s'approprier, comme

' Robert du Mont, Chronieon. ^ Gariel, Séries praesulum Magalonensium , 2* édit.

* G^.r\fXy Séries praesulum Magalonensium^ 2*édic. p. 202. — Gallia Christiana, t. 3, p. 568 & seq. p. 202. ^ Gariel, ibid, p. 199.

An ii^i

il faisoit, les revenus de son chapitre. On prétend' que Raimond se démit de son évêché la même année, en faveur de Jean de Montlaur, & qu'il vécut encore longtemps après ; mais il n'y a aucune preuve que le premier ait survécu à 1 autre. On ajoute que Jean de Montlaur se rendit encore plus recommandable par son savoir &c son éloquence, que par la noblesse de son extraction. Ce prélat reconnoissoit Alexandre III dès le commencement de lan 1161, comme il paroit par diverses lettres^ que ce pape lui écrivit alors; il assista sans doute au concile qui fut tenu la même année à Toulouse.

Ce concile fut assemblé après celui de Beauvais^, & par conséquent vers la fin de Tannée. Les deux rois de France & d'Angleterre qui l'avoient fait convoquer s y trouvèrent en personne, avec cent évêques ou abbés de leurs États. Les légats d'Alexandre & de Victor, savoir trois cardinaux du parti du premier, Se deux de celui du second, s'y rendirent avec les ambassadeurs de l'empereur & du roi de Castille. On assure^ que Raimond de Dourgne, abbé de Saint-Pons de Thomières, y assista aussi. L'assemblée^, après avoir mûrement examiné les raisons des deux contendans, que leurs légats firent valoir autant qu'il leur fut possible, se déclara enfin pour Alexandre 8c excommunia Victor.

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