‹ Histoire générale de Languedoc, avec des notes et les pièces justificatives (volume 3)Chapitre 65 sur 234 · LIVRE ONZIEME · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIEME

I. — Louis le Bègue, roi d'Aquitaine, succède à Charles le Chauve son père. . g

Sa conduite envers Bernard, marquis de Gothie, 6» les autres conjurés,

LOUIS le Bègue apprit en Artois la mort de lempereur Charles le Chauve ^^\\Jf!u son père , qui , avant son départ pour lltalie , lui avoit laissé le gouvernement du royaume '. Comme la conjuration que venoient de former quelques-uns des principaux seigneurs, entre autres Bernard, marquis de Gothie, 8c Bernard, comte d'Auvergne, lui faisoit appréhender de n'être pas généralement reconnu pour son successeur, & qu'il vouloit s'attacher ceux qui étoient demeurés fidèles, il disposa en leur faveur de divers fiefs & de plusieurs dignités vacantes. Cette conduite fut une nouvelle source de mécontentement pour les conjurés qui se plaignirent hautement de cette disposition faite au préjudice des héritiers de ceux qui les avoient occupées auparavant. Ils prétendirent que ce prince avoit manifestement contrevenu en cela aux articles que Charles le Chauve avoit solennellement promis d'observer dans l'assemblée de Kiersi, peu de temps avant son départ pour lltalie, & ils refusèrent^ sous ce prétexte, de reconnoître le roi son fils & de lui obéir.

Louis fut informé de ce refus à Compiègne^, où il s'étoit rendu; il apprit Éd^origin. en même temps que l'impératrice Richilde, sa belle-mère & sœur du duc

* Annal, Bertin, p. 262. * Voyez MabiUon, Ann. Bened, ad ann. 878, n. 20.

An 877

Eoson, étoit d'intelligence avec les conjurés qui s'étoient avancés jusques à Avenay en Champagne, après avoir ravagé diverses provinces dans leur marche. Dans cette extrémité, il écrivit' à Hincmar, archevêque de Reims, pour lui demander conseil. Ce prélat^ lui répondit par une longue lettre, dans laquelle il lui conseille d envoyer incessamment des députés au duc Boson, à Bernard, comte d'Auvergne , à Bernard, marquis de Gothie , & aux autres conjurés, pour leur proposer de choisir un lieu commode pour une diète générale, où Ton tâcheroit de les satisfaire sur leurs griefs, 8c où Ton prendroitdes moyens convenables pour pacifier le royaume & faire observer exactement les articles qui avoient été arrêtés dans l'assemblée de Kiersi.

Hincmar écrivit^ en même temps à l'abbé Goslin, chancelier de France, l'un des chefs de la révolte & oncle de Bernard, marquis de Gothie, pour l'exhorter à se reconnoître & à faire rentrer ce seigneur dans son devoir, aussi bien que Gosfrid, comte du Maine, son frère, qui étoit aussi du nombre des conjurés j mais tous les soins qu'il se donna auprès de Goslin furent^ inutiles. Il paroît qu'il fut plus heureux à l'égard d'une partie des rebelles, qui, s'étant assemblés en un lieu appelé Mont de Vitmar, envoyèrent feire des propositions de paix à Louis. Ce prince les écouta volontiers , & après quelques négociations , la plupart prirent le parti de se rendre à Compiègne avec l'impératrice Richilde, qui remit au roi les ornemens royaux avec l'acte par lequel l'empereur Charles le Chauve, son père, avoit disposé avant sa mort de tous ses États en sa faveur. Louis ayant promis ensuite solennellement à tous les grands du royaume, tant ecclésiastiques que séculiers, de les maintenir dans leurs honneurs, dignités & privilèges, fut couronné dans le même palais de Compiègne, le 8 du mois de décembre de l'an 877, par Hincmar, archevêque de Reims. Ce prince devint par là paisible possesseur de tout le royaume, & fit en même temps la paix^ avec Louis, roi de Germanie, son cousin, auprès duquel il tâcha d'excuser la conduite que l'empereur Charles le Chauve avoit tenue à son égard.

Bernard, comte d'Auvergne, fut du nombre des conjurés qui se réconcilièrent avec le roi Louis le Bègue; il obtînt non-seulement le pardon de ce prince, mais il eut encore dans la suite beaucoup de part dans sa faveur. j^^ g g Quant à Bernard H , marquis de Gothie, il persista dans sa révolte avec quelques autres seigneurs, ce qui causa sa ruine. Il s'empara au commencement de l'année suivante de Bourges; voici, à ce qu'il nous paroît, sous quel prétexte.

II. — Bernard II y marquis de Gothie y continue dans sa révolte 6» s'empare de

la ville de Bourges.

On a observé ailleurs <^ que, sous l'empire de Louis le Débonnaire, la ville

' Hincmar, Opcra, t. 2, p. 179 8c seq. ^ Annal. Bertin. p. 253.

' D uchtsnt y Recueil des H'nt, t. 2, p. 476 & suiv. * Annal, Fuli. p. 571.

' Frodoardy 1. 3, c. 24. ' Nous avons déjà lait remarquer, tome II de

&le diocèse de Bourges étoîent gouvernés par un comte nommé Wifred*, nom qui paroît être le même que ceux d'Egfrid & d'Humfrid. Ce comté passa dans la suite sur la tête d'un seigneur appelé Gérard *, qui en étoit paisible possesseur 3 en 867, quand Egfrid , abbé séculier de Saint-Hilaire de Poitiers ^, qui vraisemblablement descendoit du même Wîfred dont nous venons de parler, l'obtint de Charles le Chauve à force de présens, sans qu'il paroisse que Gérard eût rien fait qui lui méritât d'en être dépossédé. L'année suivante 5, Egfrid, voulant prendre possession de ce comté , s'avança dans le pays ; mais Gérard , qui n'étoit pas d'humeur à le lui céder, se mit en campagne, l'obligea de se renfermer dans un château où il l'assiégea ; & dans l'impossibilité de le forcer à se rendre, il prit le parti de mettre le feu au château , ce qui obligea Egfrid à Tabandonner. Les gens de Gérard, s'étant alors saisis de sa personne, lui coupèrent la tête qu'ils jetèrent dans le feu avec le tronc. Charles le Chauve, informé de cet attentat, parut vouloir en tirer vengeance, & il alla pour cela dans le Berri j mais il revint bientôt sans avoir puni Gérard, qui demeura^ paisible possesseur du comté de Bourges jusques à l'an 872, que ce prince en disposa en faveur du duc Boson , son beau-frère, soit que Gérard fût déjà décédé, ou que plus vraisemblablement il soit le même que le duc de Provence de ce nom, qui, l'année précédente, avoit été dépouillé des dignités dont il étoit revêtu 7.

Comme les comtés étoîent alors déjà héréditaires, Bernard, marquis de Gothie, avoit des prétentions sur celui de Bourges par la raison qu'il étoit ^, à ce qu'il paroit, de la famille d'Egfrid , que les gens de Gérard avoient fait mourir. Mais ses liaisons avec Boson, l'un des conjurés contre Charles le Chauve, l'empêchèrent sans doute de faire valoir ses droits sur ce comté, jusqu'à ce qu'enfin ce dernier ayant fait sa paix avec Louis le Bègue, il ne garda plus de ménagement avec lui. Il est certain, en effet, que Bernard se saisit de Bourges, peu de temps après la paix de Boson, & d'une partie des rebelles, & que pour grossir son parti, il ^ engagea dans sa révolte Emenon, son frère, Gosfrid, comte du Maine, son oncle maternel '°, & les fils de ce comte. Il défendit'* l'entrée de la ville de Bourges à Frotaire, qui en étoit alors archevêque, après l'avoir été'* successivement de Bordeaux, & évêque de Poitiers. Il usurpa les biens de l'église de Bourges, exigea de ses vassaux un serment de

An 878

édit. origin.

cette édition, que Wîfred ou Ecfrid, comte de Bourges, était un personnage fabuleux inventé par Tauteur de la translation des reliques de S. Genou. [E. M.]

' Ecfrid, abbé de Saint-Hilaire de Poitiers, dont il est ici question, est celui qui fut comte de Toulouse en 841. Voir au tome II de cette édition la Note rectificative LXXXVII, p. 299. [E. M.]

' Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 1 5.

* Annal, Berlin, p. 229 & seq.

* Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 14.

^ Annal, Berlin, p. 23o.

° Annal, Berlin^ p. 2^3.

' Ibid, p. 241 .

• Voyez tome II, Note LXXXVII.

' Bernard II, marquis de Gothie, était neveu d'Emenon, comte de Poitiers, mais il n'avait aucun lien.de parenté avec Ecfrid qui, comme nous l'avons déjà dit plus haut, est Tancien comte de Toulouse de ce nom. [E. M.]

^^ Annal, Berlin, p. 254.

" Voyez tome II, Note LXXXVII, n.58.

*' Johan. VIII, Epistolae 104, io5 & 120. — Conciles, t. I. — Frodoard, Historia Rem, 1. 3, c. 24.

^^g g 4 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI.

fidélité contraire à celui qu'il devoît lui-même à son roi , commit divers ravages dans le Berri , & entraîna enfin dans sa révolte la Septimanie, où il paroit qu'on ' ne reconnoissoit pas encore Louis le Bègue, la seconde année du règne de ce prince.

III. — Invention des reliques de S, Bausile à Nimes, — Bertrand , vicomte

de cette ville.

Du Berri, Bernard passa* en Bourgogne, accompagné de Tabbé Goslîn, son oncle, & ils arrivèrent à Saissi-les-Bois dans le diocèse d'Auxerre^. S. Romule, abbé de Saint-Bausile de Nimes, qui gouvernoit une communauté de quatrevingts religieux, s'étoît réfugié dans cet endroit avec une partie de ses religieux, au commencement du huitième siècle, ou même, à ce qu'il paroît, dans un temps beaucoup plus reculé, pour éviter les courses des Barbares qui ravageoient la Septimanie , & il y avoit fondé un monastère. Trutgaud , abbé de Saissi , son successeur, venoit d'en faire réparer 8c agrandir l'église, lorsque Bernard, prince de Gothie, 8c l'abbé Goslin y arrivèrent. Il pria instamment avec ses religieux le premier de vouloir leur accorder une partie des reliques de S. Bausile, leur patron, qu'on conservoît à Nimes, lieu de son martyre. Bernard, charmé de pouvoir leur faire ce plaisir, qui ne lui coûtoit pas beaucoup, le leur promît; 8c étant parti peu de temps après pour la Gothie, deux religieux, députés par l'abbé 8c la communauté de Saissi, le suivirent dans cette province.

Bernard, à son arrivée à Narbonne qui en étoit la capitale, présenta à l'archevêque Sigebode les deux religieux de Saissi , 8c lui communiqua le sujet de leur voyage. Ce prélat, également recommandable par sa piété, son zèle 8c son autorité, les accueillit très-bien 8c promit de les favoriser en tout. Il résolut dans ce dessein d'aller à Nimes; mais une maladie qui lui survint l'en ayant empêché, il y envoya à sa place Théodard, son archidiacre, qui fut ensuite son successeur, 8c qu'il fit accompagner par les deux religieux, après leur avoir donné des reliques de S. Paul , premier évêque de Narbonne, 8c de S. Amand, évêque. Bernard y envoya , de son côté 8c en son nom , un seigneur ou prince appelé Ursus. A leur arrivée , ils trouvèrent la ville de Nimes dans le trouble & l'agitation j le bruit qui s'étoit déjà répandu parmi les habitans du diocèse qu'on venoit pour enlever le corps de leur saint patron, les avoit obligés à s'armer, résolus de s'y opposer de toutes leurs forces.

• Cela n'empêcha pas que Gilbert, évêque de Nimes, Wifred, évêque d'Uzès, plusieurs autres évêques 8c un grand nombre d'abbés de la province qui s'étoient assemblés dans cette ville par ordre de Sigebode, ne fissent fouiller pour déterrer ces reliques. On les trouva enfin renfermées dans un cercueil de plomb, que l'abbé S. Romule avoit fait enfouir dans la terre, sous une des murailles de Téglise, lorsqu'il avoit été obligé d'abandonner le pays. Les évêques qui étoient

' Voyez tome IV, Note XVIII, n. i. ^ Voyez tome I de cette édition, livre VIII,

* Voyez tome V, Chroniques, n. î, n. xvii, & tome V, Chroniques, n.l.

An 878

présens, charmés d'avoir trouvé un si précieux trésor, qui depuis avoit toujours

demeuré caché , entonnèrent alors le Te Deum^ lequel fut alors chanté par

cinq cents ecclésiastiques qui étoient accourus de toutes parts. C'est ainsi que les

précieuses reliques de S. Bausile, matty r de Nimes, furent découvertes le 1 4 d'avril

de l'an 878. Nous tenons cettexelation d'un auteur contemporain, qui l'avoit

apprise des ecclésiastiques mêmes qui y avoient assisté ; aussi n'y trouve-t-on rien

qui ne s'accorde parfaitement avec les monumens du temps. Cet auteur ajoute

que les évêques qui se trouvèrent alors à Nimes donnèrent une partie considé- ^^Vi^pî^^"'

rable de ces reliques aux deux religieux de Saissi , qui avoient donné occasion à

leur invention.

Le prince Ursus , nommé par le marquis de Gothie pour assister en son nom à cette cérémonie, étoit peut-être vicomte de Nimes j si cela est, il devoit avoir succédé à Bertrand qui ' possédoit cette vicomte depuis neuf mois, la première année que Charles le Chauve fut reconnu empereur^ c'est-à-dire en 876, & qui tint alors un plaid dans le château des Arènes , où il fut assisté de deux vicaires ou viguiers , Gisalfred 8c Gautier, & de plusieurs autres juges ; on remit dans ce plaid Gilbert, évêque de Nimes, en possession du lieu de Bisac dans la Vaunage, qu'on avoit usurpé sur son église.

L'auteur anonyme de l'histoire de la translation des reliques de S. Bausile remarque que cette découverte fut avantageuse à la Gothie, alors menacée de très-grands maux j qu'outre les miracles que Dieu opéra au tombeau du saint martyr, on recueillit une abondante moisson dans la province 5 que ses peuples furent plus dévots 8c plus religieux , 8c qu'enfin le prince Bernard en usa à leur égara avec plus de clémence &• de modération : termes qui, joints à un autre endroit où il dit que ce marquis marchoit comme un roi {ut rex ibat) dans son gouvernement, fontassez entendre 6c l'indépendance qu'il affectoit, 8c la révolte dans laquelle presque toute sa famille étoit entrée. En effet, Emenon son frère s'étant joint* à Hugues, fils naturel du feu roi Lothaire, ils coururent ensemble le pays qu'on appeloit alors le royaume de Lothaire , 8c y commirent une infinité d'excès. Emenon se saisit^, quelque temps après, de la ville d'Évreux dont il ravagea les environs, 8c s'empara des biens ecclésiastiques en diverses provinces.

IV. — Miron, comte de Roussillon , 6» Lindoin, vicomte de Narbonne, ravagent

la Septimanie,

La Gothîe ou Septimanie, dont Bernard étoit gouverneur, fuf* exposée d'un

tre côté aux brigandages de Miron, comte de Roussillon, 8c d'Humfrid , son

frère, qui abandonna le cloître où il avoit embrassé la profession monastique 8c reçu le diaconat. Ces deux seigneurs s'emparèrent, soit par adresse, soit par force, de toutes les places fortes; ils en chassèrent la plupart des ministres des

* Voyez tome IV, Note XVIIl, n. 2. ' Annal, Berlin, p. 254. — Contin.Aim, 1. 5,c. 36.

• Johan. VIII, EpiiU 23. * Johan. VIII, Epist. 102.

autre

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autels , leur substituèrent des personnes indignes , & disposèrent à leur gré de tous les bénéfices ecclésiastiques. Lindoin, vicomte de Narbonne, qui s'étoit associé avec eux, ne causa guère moins de maux dans le diocèse de cette ville j il bannit les curés & les prêtres de leurs églises ; & usant d'un pouvoir despotique, il donna leurs bénéfices aux créatures de Miron. Pour comble de malheur, les officiers de Bernard, marquis de Gothie,sous prétexte de s opposer aux entreprises de ce comte &de ses complices, achevèrent, d'un autre côté, de ruiner le pays ; en sorte que la province fut réduite à la dernière désolation.

V. — Louis le Bègue marche contre Emenon 6» Gosfiid, comte du Maine , l'un

frère 6» f autre oncle du marquis de Gothie.

Tous ces maux étoient les tristes suites de la foiblesse du gouvernement & de l'ambition des grands du royaume , qui ne cherchoient qu'à se rendre absolus dans leurs gouvernemens , & qui s'emparoient sans scrupule des biens consacrés aux autels par la piété des fidèles. Le roi Louis le Bègue", naturellement pacifique, se trouvoit d'ailleurs peu en état de réprimer ces désordres au commencement d'un règne agité encore des divers troubles qui avoient précédé. Il tâcha cependant d'y apporter quelque remède, se mit en campagne aussitôt après Pâques, & passa la Seine, tant pour s'opposer aux nouvelles courses des Normands que pour arrêter les entreprises d'Emenon, de Gosfrid, comte du Maine, & des fils de ce dernier, tous* proches parens & principaux associés de Bernard II, marquis de Gothie. Mais il tomba malade à son arrivée à Tours } il trouva cependant moyen de soumettre Gosfrid & ses fils, en les laissant paisibles possesseurs des biens qu'ils avoient usurpés sur la succession du feu comte Odon.

VI. — Arrivée du pape Jean VIII à Arles. — Décision d*un différend qui était

entre Vévèque de Nimes &• Vahbé de Saint-Gilles.

Louis apprît à Tours l'arrivée du pape Jean VIII en France , où il venoît chercher un asile contre la fureur de plusieurs tyrans qui , depuis la mort de Charles le Chauve , désoloient l'Italie. Ce pontife arriva par mer à Arles le 1 1 du mois de mai de l'an 878, jour de la Pentecôte ; il donna avis de son arrivée èi Bozon , duc de Provence , qui commandoit dans le pays 3. Ce duc l'alla joindre aussitôt avec la duchesse Ermengarde, son épouse, & lui fit tous les honneurs dus à sa dignité } divers prélats des provinces voisines allèrent aussi joindre le pape à Arles durant le séjour qu'il fit dans cette ville , entre autres ^âïxT^fT Léon^, abbé de Saint-Gilles. Cet abbé lui porta ses plaintes contre Gilbert,

* Annal. Bertin. p. 264. ' Mabillon, adann. 878, n. 2. — Ann. Bertin.

•Voyez tome II, Note LXXXVII , n. 67 & p. 264. — Johan. VIII, £piir. 112. seq. ^ Baluze, Misccllanea^ t. 7, p. 349. — Bollan-

évêque de Nîmes , qui, sans aucun égard pour les privilèges de son monastère soumis immédiatement au Saint-Siège, s'en étoit rendu maître & avoit surpris des lettres du roi & du pape Nicolas I pour se maintenir dans son usurpation. Léon produisit les titres c^ui exemptoient labbaye de Saint-Gilles de la juridiction des évêques de Nimes, 8c Jean VIII, pour juger cette affaire avec maturité, assembla les évêques qui étoient à sa suite & ceux du voisinage, entre autres Ictérius, évêque de Viviers, avec les jurisconsultes du pays. Cette assemblée ayant ouï les défenses de Gilbert & examiné ses prétentions, décida que le monastère de Saint-Gilles étoit soumis au pape , qui y envoya Deusdet, duc de Ravenne, pour en prendre possession en son nom. L'évêque de Nimes parut acquiescer à cette décision ; mais le pape fut à peine sorti de France, qu'il envahit de nouveau labbaye de Saint-Gilles, en chassa les moines 8c se saisit de leurs biens. Jean VIII, averti de cette entreprise, en témoigna de l'indignation, 8c écrivit * sur cela, au mois de juin de Tannée suivante, à Rostaing, archevêque d'Arles, à Sigebode, archevêque de Narbonne, 8c à Robert, archevêque d'Aix*. Il leur ordonna d'assembler un concile pour obliger Gilbert à remettre les choses dans leur premier état, 8c à laisser les moines de Saint-Gilles dans la paisible possession de leur monastère, 8c en cas de refus de sa part, de le déposer de son siège 8c même de l'excommunier. Nous ignorons les suites de cette affaire; il paroît cependant que Gilbert, évêque de Nimes, restitua les biens usurpés, 8c qu'il laissa jouir en paix l'abbaye de Saint-Gilles de ses anciens privilèges. Ce prélat avoit ^ succédé à Isnard, qui vivoit sous le pontiiicat de Nicolas I, 8c qui obtint de ce pape, à ce qu'on'* prétend, la confirmation de la charte par laquelle l'empereur Louis le Débonnaire^ avoit soumis l'abbaye de Saint- Gilles, avec celle de Tornac, à l'église de Nimes. On^ ajoute que le roi Carloman donna à Gilbert celle de Psalmodi.

Un moderne 7 prétend qu'Abbon, évêque de Maguelonne, alla joindre le pape Jean VIII à Arles, 8c le pria de venir à Montpellier pour y consacrer l'église de Notre-Dame des Tables; mais ce fait est avancé sans preuve, 8c il n'y en a aucune que cette ville, 8c encore moins l'église de Notre-Dame, subsistassent dans ce temps-là.

VII. — Lettre du pape à Miron, comte de Roussillon, 6* à Humjrid, sonjrère^ sur les violences quils avaient exercées dans la Septimanie*

Ce fut saris doute durant le séjour que le pape Jean VIII fit à Arles, qu'informé des violences que Miron , comte de Roussillon, Humfrid, son frère, 8c

distes, Conat, ad catalog» pont'if, part, i, p. 140 ^ Voyez tome V, Chroniques, numéro V.

8c seq. ' Voyez tome II, aux Preuves, Chartes 8c Diplu-

* Johan. Vni, Epist. 102. mes, n.XXII.

'Voyez dans Mena rd, Histoire de "Nimes, t. 1, * Voyez tome V, Chroniques, n. V,

les différentes pièces de ce procès. [E. M.] ' Cariel, Séries praesulum Mag. p. 89, 2* écl,

' Voyez au tome IV Note XVIII.

An 878

Éd. origin.

t. II, p. 6.

Lîndoîn , vicomte de Narbonne, exerçoient dans la Septîmanie, il écrivit une lettre ' qui nous reste, dans laquelle il menace le premier de l'excommunier s'il ne répare incessamment les maux qu'il avoit causés, 8c lui ordonne de se rendre à Lyon pour se présenter ensuite au concile, général qu'il avoit dessein de tenir, 8c y rendre compte de sa conduite. Quant à Humfrid, il lui enjoint de rentrer au plus tôt dans son monastère pour y expier par la pénitence ses fautes passées, à moins que, sûr de son innocence, il ne voulût se trouver au concile pour s y purger des crimes dont il étoit accusé. Il lui déclare enfin qu'yen cas de désobéissance, il ne pouvoit s'empêcher de l'excommunier.

VIII. — Concile de Troyes ^ plusieurs évêques de la province s'y trouvent.

Le pape se rendit quelque temps après à Lyon *, où il écrivit au roi Louis le Bègue, encore malade à Tours, pour le priçr de lui assigner une ville où ils pussent conférer ensemble. Le roi le fit prier de se rendre à Troyes, où il espéroit l'aller joindre dans peu. Alors Jean VIII convoqua dans cette ville, pour le i®'^ d'août, un concile national de tout le royaume. Il y invita les rois de Germanie, dans le dessein d'obtenir leur protection avec celle de' Louis le Bègue contre les factieux d'Italie, 8c de porter ces princes à conclure entre eux une bonne paix qui pût les mettre en état de remédier à un grand nombre d'autres maux qui affligeoient l'Église, 8c en particulier celle de France.

Dans sa route depuis Lyon jusques à Troyes, le pape invita au concile les divers évêques des Gaules. Les lettres ^ qu'il écrivit sur ce sujet à Sigebode, métropolitain de la province de Narbonne, sont datées de Langres, du 2 de juin. Cet archevêque se rendit k Troyes, accompagné de quatre évêques de sa province, savoir de Walefrid , d'Uzès; Alaric, de Béziers (il est appelé mal à propos Marie dans l'édition du P. Labbe)j Abbon, de Maguelonne, dans la Septimanie, 8c Frodoin, de Barcelone, dans la Marche d'Espagne. Ce dernier obtint, durant ce concile, du roi Louis le Bègue, un diplôme^ qui le confirme dans la possession des biens de son Église, entre autres de .la troisième partie des droits domaniaux du comté de Barcelone , dont Bernard II , marquis de Gothie, lui avoit procuré une autre confirmation du roi Charles le Chauve. Louis accorda aussi alors ^ à Sigebode, archevêque de Narbonne, l'union de quelques bénéfices à son Église, réduite à une extrême pauvreté, sans doute par les vexations du comte Miron 8c de ses complices.

IX. — Bernard II y marquis de Gothie y cité au concile de Troyes y excommunié

&» dépouillé de ses dignités.

Jean VIII appela aussi au concile de Troyes, par une lettre^^ du 10 de juin,

' Johan. VIII, Epist, 102.

* Annal. Bertin. p. 254.

' Johan. VIII, Epist, 98.

* Capituî, t. 2, append. p. i5o2 & seq< ' Baluze, ConciL Narb. app. p. 69.

^ Johan. VIII, Epist, 99.

Frotaîre, archevêque de Bourges, & les évêques de sa province. Frotaire, dans sa réponse, lui porta ses plaintes contre les violences que Bernard, marquis de Gothie , exerçoit sur son Église , & de ce qu'il Tempêchoit d'entrer dans sa ville métropolitaine. Le pape écrivit une. seconde lettre ' à ce prélat, dans laquelle , après lui avoir témoigné combien il désapprouvoit la conduite du marquis, il lexhorte à se rendre incessamment à Troyes. Il écrivit^ en même temps une lettre paternelle à Bernard, pour l'engager à réparer les maux qu'il avoit faits à Frotaire Se à l'église de Bourges, dont il déclare qu'il ne peut se dispenser de prendre la défense.

Ce marquis tâcha d'excuser sa conduite , & répondit ^ au pape qu'il ne s'étoit emparé de la ville de Bourges que pour prévenir le dessein qu'avoit Frotaire de la livrer aux ennemis du roi ; mais ce n'étoit qu'un vain prétexte , & le pape, persuadé de l'innocence de l'archevêque, qui offrit de se justifier là-dessus, écrivit une seconde fois à Bernard pour le sommer de se rendre au concile de Troyes avec Gérard, son vicomte 8c ses autres complices, & y être jugé tant par l'autorité des canons & des lois civiles, que par celle du roi qui devoit s'y rendre incessamment.

La maladie'^ de ce prince l'empêcha de se trouver à Troyes à l'ouverture du concile qui se fit le 11 du mois d'août} il n'y arriva ^ que le i" de septembre, accompagné de Frotaire, archevêque de Bourges. Après son arrivée, on agita*^ l'affaire du marquis de Gothie, qui refusa de comparoître, quoique cité deux fois par le pape & une fois par le roi ^. On prononça® contre lui une sentence d'excommunication, comme atteint 8c convaincu d'avoir usurpé les biens de diverses Églises, 8c en particulier de celle de Bourges, d'en avoir chassé l'archevêque Frotaire 8c d'être rebelle au roi. Son frère Émenon ^ 8c Hugues , fils naturel du feu roi Lothaire, furent menacés du même anathème, si dans l'espace de trente jours ils ne discontinuoient leurs brigandages 8c ne se soumettoient au roi.

An 878

X. — Soumission de Miron ^ comte de Roussillon , ^ de Lindoin, vicomte

de Narbonne.

Il y a lieu de croire que Miron , comte de Roussillon , Humfrid , son frère , 8c Lindoin , vicomte de Narbonne , firent des réflexions salutaires sur la lettre qu'ils avoîent reçue du pape 8c qu'ils tinrent une conduite plus sage ; car il ne paroît pas qu'ils aient été ni excommuniés , ni même menacés d'excommunication par le concile. Nous voyons, au contraire, que Miron conserva ^'^ encore longtemps après le comté de Roussillon , 8c qu'il accorda sa protection, l'année suivante, aux religieux d'Exalade dans le même pays , qui furent obligés de se transférer à Cuxa où ils s'établirent, à cause d'une inondation extraordinaire

' Joann. VIII, Epist, 104.

* Ibid. Epist. io5.

^ Ibid. Epist, I 1 5.

^ Conciî. t. 9, p. 307.

^ Annal. Bertin. p. 264.

« Voyez tomeIT, Note LXXXVII, n. 54.

' Johan. Vin, Epist. 120.

• Ihid. Epist. 1 12.

9 Ibid, Epist. 123.

**» Marca Hispanica, p. 8o3, 810, 812, 8ic,

, ^ ^ lo HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI.

An 878

qui avoit renversé leur monastère. Au reste, Lîndoin est le plus ancien vicomte de Narbonne que nous connoissions.

XL — Le concile de Troyes ajoute au code des lois des Visigoths une loi contre

les sacrilèges.

C'est apparemment à l'occasion des usurpations des biens ecclésiastiques de la Septimanie , soit par ce vicomte , soit par le comte Miron & ses associés, que le concile de Troyes fit un décret ' contre ces sortes d'usurpateurs, & en particulier contre ceux de cette province. Comme elle étoit alors* habitée par un grand nombre de Goths naturels, que dans le code des lois de cette nation il n'y avoit aucune peine statuée contre les ravisseurs des biens de l'Église, & qu'enfin il étoit défendu aux juges , par une loi du même code, de rien décider qui ne fût autorisé par les lois , il arrivoit que les sacrilèges jouissoient impunément du fruit de leur crime. Sigebode , archevêque.de Narbonne , touché des suites funestes d'une telle impunité, s'adressa au pape avec les évêques de sa province; & ayant présenté au concile le code des lois visigothiques , il demanda qu'on décernât quelque peine contre les usurpateurs des biens ecclé- Éd origin. siastiques, & que le décret que le concile feroit là-dessus fût inséré dans le même code. L'assemblée, composée, à ce qu'il paroît, des deux puissances, écouta favorablement la demande des évêques de la Septimanie, & fit une loi pour la punition des usurpateurs des biens de l'Église, dont on ordonna l'observation dans toutes les provinces où les lois des Visigoths étoient en vigueur. Cette loi fut prise de celle du droit romain, qui condamne les sacrilèges à cinq livres pesant d'or d'amende ; mais on n'en suivit pas toute la rigueur, & on la modéra, conformément à une constitution de l'empereur Charlemagne, qui réduit cette amende à trente livres pesant d'argent fin , vingt sols d'argent faisant une livre , en sorte que dix sols d'argent pesoient alors un marc. Le concile fit ajouter en même temps au code des lois visigothiques ce décret, qui fut adressé par le pape « aux évêques, aux comtes, aux vicomtes, aux centeniers & à tous les juges des deux provinces d'Espagne 6» de Gothie. » La première de ces deux provinces comprenoit la Marche d'Espagne ou Catalogne, au delà des Pyrénées , & l'autre la Septimanie ou province ecclésiastique de Narbonne, en deçà de ces montagnes , ce qui prouve qu'elles faisoient alors deux gouvernemens séparés, quoiqu'elles fussent comprises toutes les deux en général dans ce qu'on appeloit le royaume d'Espagne , de Septimanie ou de Gothie, comme nous le verrons bientôt.

XII. — Diflèrendde Willafredy évêque d'U-^ès, avec Rotfrid, évêque d^ Avignon.

♦ Willafred , évêque d'Uzès ^, porta ses plaintes au concile de Troyes contre

* Conciî, t. 9, p. 3o8 81 seq. ' Johan. VIII, Epist. 122. — Concil, t. 9, p. $14

* Ihid, p. 3ii^. &3i8.

Rotfrid , évêque d'Avignon , qui prétendoit étendre sa juridiction sur quelques lieux de son diocèse } mais l'absence du dernier fut cause que le pape renvoya le jugement de cette affaire au concile des deux provinces d'Arles & de Narbonne, qu'il ordonna de tenir sur ce sujet. Pour abréger le travail des évêques de ces deux provinces, il leur envoya les autorités des pères & des conciles qui dévoient servir à la décision de ce différend,

XIII. — Bernard, comte d* Auvergne , succède à Bernard II dans le marquisat

de Gothie.

Le 7 de septembre, Jean VIII ' fit la cérémonie de couronner à Troyes le roi Louis le Bègue» Trois jours après, c'est-à-dire le jour de la clôture du concile , le roi fut visiter le pape, 8c le lendemain ce prince célébra chez le duc Boson les noces de Carloman , son fils , avec la fille que ce duc avoit eue d'un premier lit*. Alors Louis le Bègue disposa , de l'avis des principaux seigneurs de sa cour, des charges & dignités que Bernard II , marquis de Gothie , excommunié par le concile, laissoit vacantes par sa rébellion. Il les partagea ^ entre Thierry, grand chambellan , Bernard , comte d'Auvergne , Se quelques autres seigneurs qui les avoient briguées secrètement, & pour lesquelles ils lui prêtèrent serment de fidélité.

Bernard, comte d'Auvergne, eut^ pour sa part le marquisat de Gothie, & fut le troisième de son nom qui le posséda. Il rentra par là dans le patrimoine de ses ancêtres, car il étoit fils du èimeux Bernard , duc de Septimanie, que le roi Charles le Chauve fit mourir en 844^. Bernard III étoit né à Uzès à la fin de l'an 840 , & avoit par conséquent trente-huit ans lorsqu'il fut pourvu du marquisat de Gothie. Il le garda le reste de ses jours avec le comté d'Auvergne & les transmit à Guillaume le Pieux, duc d'Aquitaine, son fils. Quant aux autres dignités de Bernard II , marquis de Gothie, comme nous trouvons que Thierri, grand chambellan^, possédoit le comté d'Autun l'année suivante, cela nous donne lieu de croire qu'il eut cette dignité des dépouilles de Bernard II , car nous verrons que ce dernier, qui persista dans sa révolte, avoit quelque autorité sur cette ville, qu'il se jeta dedans & tâcha de s'y maintenir après sa proscription. Il paroît d'ailleurs que Bernard II Se Bernard III , marquis de Gothie, étoient de la même^ maison ; que ce dernier avoit possédé autrefois le comté d'Autun & qu'il s'en étoit démis en faveur de l'autre, lorsqu'il fut promu lui-même vers l'an 869 au comté d'Auvergne'. Ainsi, quoique les descendans

' Annal, Berlin, p. z56. comme le croît dcm Vaissete. H n'y avait aucun

" Voyez tome IV, Ifote I, n. i8. lien de parenté entre lui 8t Bernard II, qui appar-

^ Annal. Bertin, ^, 256. tenait à la famille d'Emenon, comte de Poitiers.

* Voyez tome II, Note LXXXVIT , n. Si & Voir, à ce sujet, la Note LXXWll dxi tome II de suiY.; n. 65 & suiv. — Marca, Benearn, p. 687 cette édition. [E. M.]

& 694. ' Annal. Bertin. p. z58.

* Bernard III était Bernard Plantevelue^ comte ' Voyez tome II, Note LXXXVI, & tome I, li-' d'AuTcrçne, fils de Bernard I, comte d'Auvergne 8c vre X, n. cm.

de Luitgarde, 8c non pas Bernard, fils de Dodane, ' Bernard, fils de Dodane, était de la famille de

An 878

An 878

en ligne directe de S. Guillaume de Gellone , aïeul de Bernard IIJ , eussent été dépouillés du duché de Septimanie ou marquisat de Gothie , ce gouve-^nement étoit demeuré cependant dans sa famille en la personne des successeurs de Bernard I, duc de Septimanie, ses parens collatéraux.

Enfin Bernard II , marquis de Gothie , fut dépouillé aussi sans doute en même temps du duché d'Aquitaine 81 du comté de Poitiers , qu'il possédoit ', à Éd.^origin. ce qu'il paroît, depuis la mort de Rainulfe I, son cousin, arrivée en 867*; mais nous ignorons en faveur de qui le roi Louis le Bègue en disposa. Il y en a qui prétendent que Boson, frère de Richilde, veuve de Charles le Chauve, fut duc d'Aquitaine. Si cela étoit bien prouvé, nous croirions volontiers quil eut , des dépouilles de Bernard II , marquis de Gothie , cette dignité avec le comté de Poitiers. Ce qu'il y a de vrai , c'est que Rainulfe II, ^Is de ce dernier, & tige des ducs héréditaires d'Aquitaine , possédoit ce duché avec le comté de Poitiers en 887, ce qui fait voir que s'il ne succéda pas immédiatement dans l'un & dans l'autre à Bernard II , marquis de Gothie, son père , à quoi il y a beaucoup d'apparence, il les obtint peut-être vers l'an 880 des rois Louis & Carloman, fils de Louis le Bègue, après que le duc Boson, qui les possédoit, se fut révolté contre ces princes & eut usurpé le royaume de Provence,

XIV. — Union du comté d* Albigeois au domaine des comtes de Toulouse.

Au reste, le duché d'Aquitaine, dont les comtes de Poitiers furent pourvus, ne comprenoit qu'une partie de cette ancienne province \ lautre dépendoit du duché de Toulouse, possédé alors par Eudes, qui augmenta considérable* ment son autorité dans le pays , en unissant vers le même temps à son domaine le comté particulier d'Albigeois. Nous n'avons pas à la vérité de preuve certaine & de l'époque & des circonstances de cette union ; mais nous ne doutons pas que Garsinde, femme du même Eudes, comte de Toulouse, ne fût fille & héritière d'Ermengaud, comte d'Albi, qui vivoit en 864, & que le premier n'ait acquis l'Albigeois par ce mariage, soit à cause des droits de Garsinde, sa femme, car nous voyons que les filles succédoient^ déjà à leurs pères dans les comtés dès la fin du neuvième siècle ; soit plutôt par la disposition de nos rois, qui, faute de descendans mâles d'Ermengaud, comte d'Albi , auront donné ce comté à Eudes ou à Raimond, son fils. Voici sur quoi nous fondons nos conjectures là-dessus : i<>il est certain que l'Albigeois appartenoit à la maison des comtes de Toulouse, du moins dès le commencement du dixième siècle,

s. Guillaume; il fut lui-même comte d'Autun. * Bernard II, marquis de Gothie, n*a été ni

A sa mort, arrivée en 872, le comté d'Autun fut comte de Poitiers, ni duc d'Aquitaine. Ranulfc II,

donné à Bernard II, marquis de Septimanie, 8c fils de Ranulfe I, succéda directement à son père

lors de la révocation de ce dernier, le même comté dans le comté de Poitiers. C'est ce qui a été pxouvé

fut donné à Théodoric ou Thierri, qui descendait dans Taddition à la Uote LXXXVII du tome II de

d'Hildebrand, le premier comte d'Autun connu. cette édition. [E. M.]

Voyez la I^ote LXXXVII du tome II de cette édi- ' Baluze, H'nt, géncal, de la maison d'Auvergne ^

tion. [E M.] t. I, p. 6, ' Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 18 & 85.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XL i3 ^ ^^

An 878

Se qu'il étoît alors possédé par Raimond du vivant d'Eudes, comte de Toulouse, son père, comme nous le prouverons ailleurs; 2<> on voit, en 878, un Raimond , comte d'AIbi , & rien ne nous oblige de le distinguer du fils d'Eudes, puisque celui-ci pouvoit avoir alors environ dix-huit à vingt ans, & être en état de posséder un comté particulier; 3® enfin nous ' voyons qu'Eudes , comte de Toulouse , eut un fils appelé Ermengaud comme le comte d'Âlbi, qui vivoit en 864. Ainsi Garsinde^ femme d'Eudes, aura été fille de ce dernier. Quoi qu'il en soit, nous trouvons un Raimond, comté d'AIbi, qui tint un plaid* au mois d'août de l'an 878 dans cette ville, & y jugea un différend que Carissime^ abbesse de Saint*Saturnin de Rodez, Se une de ses religieuses, appelée Fulcrade, avoient au sujet d'une succession qu'elles dévoient recueillir de leurs parens 81 dont les biens étoient situés dans l'Albigeois, ce qui prouve que la profession religieuse n'empêchoit pas alors de succéder.

XV. — Accord du roi Louis le Bègue avec le roi de Germanie* — Le premier demeure maître du Vivarais, du diocèse d'Ujès 6» des deux côtés du Rhône.

Après le concile de Troyes, le roi Louis le Bègue se rendit le i*'de novembre à Foron^, près de Maëstricht, où il eut une conférence avec Louis, roi de Germanie, son cousin. Ces deux princes convinrent de s'en tenir, par rapport au royaume de Lothaire, au partage que leurs pères en avoient déjà fait^j en sorte que, suivant cet accord, les deux côtés du Rhône depuis Lyon jusques à la mer, & par conséquent le Vivarais 6c le diocèse d'Uzès, demeurèrent au premier; mais comme la partie du même royaume qui avoit appartenu à Louis II, empereur & roi d'Italie, n'avoit pas été partagée entre Charles le Chauve & le roi de Germanie, son frère, à cause des différends qui étoient survenus entre eux , il fut conclu entre les deux rois que chacun demeureroit possesseur de ce qu'il tenoit actuellement de cette portion jusques au 6 du mois de février suivant, qu'ils convinrent de s'assembler avec les deux autres princes de Germanie, pour convenir tous quatre d'une paix solide Se durable, 8c procéder au partage du royaume d'Italie qu'avoit possédé le même empereur Louis IL Les deux rois de France 8c de Germanie se séparèrent ensuite , après s'être donné des marques d'une amitié très-étroite. L'union entre les deux rois subsista après leur entrevue ; ce qui paroît entre autres par la lettre que le roi .de Germanie écrivit à celui de France , à qui il donne le titre de roi des Gaules , d'Aquitaine 6* d'Espagne. Ce dernier royaume est le même qu'on nommoit plus commune- Éd. origin. ment royaume de Septimanie , dont on a déjà parlé.

* Voyez tome IV, IJote VIII, n. i6. ' Annal, Bertin, p. 256, 8c seq.

* Voyez tome II, aux Preuves, Chartes & Di- * Voyez cet accord dans Pertz, Leges, t. i, p. Si?, plômes, n. CIX & suiv.

An 87a

An 879

XVL — Bernard II y ancien marquis de Gothie, persiste dans sa révolte. — Mort du roi Louis le Bègue* — Bernard Illy marquis de Gothie , tuteur du roi Louis III.

Si 1 assemblée projetée entre les trois princes de Germanie & le roî Louis le Bègue eût pu se tenir, ils seroient sans doute convenus d'une paix solide dont le royaume avoit alors un extrême besoin , surtout pour apaiser les troubles domestiques qui n'étoient pas encore entièrement assoupis. Bernard', ancien marquis de Gothie , après avoir été excommunié 8c proscrit à Troyes , s'étoit cantonné dans le comté d'Autun , d'où il mettoit tout le pays à contribution. Louis le Bègue , résolu de le réduire , partit du palais de Pontion au commencement du mois de février de Tan 879, mais sa mauvaise santé l'obligea de s'arrêter à Troyes. Pour ne pas laisser cependant la révolte de Bernard impunie, il fit marcher contre lui toute son armée sous les ordres de Louis, son fils aîné ; de Bernard , comte d'Auvergne & nouveau marquis de Gothie j d'Hugues l'abbé, duc ou marquis d'Outre-Seine ; de Boson, duc de Provence, & de Thierri , grand chambellan, à qui il avoit donné le comté d'Autun. Le roi donna dans cette occasion une marque de l'estime qu'il feisoit de Bernard, comte d'Auvergne, en lui confiant le gouvernement & la tutelle de Louis, son fils aîné} il prit ensuite la route de Compiègne, où son mal ayant empiré, & se voyant près de sa fin, il envoya les ornemens royaux à ce jeune prince, avec ordre aux généraux de l'armée de Bourgogne de le foire couronner, dès qu'ils auroient appris la nouvelle de sa mort, qui arriva le vendredi saint, dixième du mois d'avril de l'an 87g. Louis le Bègue laissa un autre fils nommé Carloman, d'Ansgarde, sa première femme, fille du comte Ardouin. Il l'avoit épousée contre la volonté du roi Charles le Chauve , son père , & avoit été obligé de la répudier par son ordre. Il se maria ensuite à Adélaïde, qui, dans le temps de sa mort, étoit enceinte d'un prince qui fut nommé Charles, & surnommé le Simple.

XVII. — Bernard II y ancien marquis de Gothie y chassé d'Autun. — Couronnement de Louis &• Carloman , fils du roi Louis le Bègue.

L'armée de Bourgogne étoit occupée à remettre le comté d'Autun sous l'obéissance du roi Louis le Bègue , lorsqu'on apprit la nouvelle de sa mort. Les généraux s'étoient alors déjà rendus maîtres, à ce qu'il paroît, de cette ville, & en avoîent chassé Bernard. Il s'éleva aussitôt*, au sujet de ce comté, un différend entre le duc Boson & Thierri, grand chambellan. Leur querelle fut enfin terminée par l'entremise de l'abbé Hugues, qui adjugea le comté d'Autun

* Annal. Berlin, p. 268 & seq. — Annal, Met- ' Annal, Berlin, p. 258 & seq.

tens, p. 317.

HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. i5 —j^^ —

à Boson, lequel en échange donna à Thierri les abbayes du pays dont il setoit emparé ' .

Les grands du royaume, qui étoient dans Tarmée avec le jeune Louis, indiquèrent aussitôt une diète à Meaux pour le couronnement de ce prince , & se pressèrent d'autant plus de la tenir, que labbé Goslin , oncle de Bernard II, ancien marquis de Gothie, & quelques autres mécontens ou rebelles, excitoient de nouveaux troubles. Ces derniers , après avoir tenu une autre assemblée à Creil, où ils offrirent la couronne à Louis, roi de Germanie, appelèrent ce prince, qui passa bientôt après le Rhin & entra dans le rojaume à la tête d'une puissante armée. Les seigneurs attachés aux fils de Louis le Bègue, dont Bernard III, marquis de Gothie & comte d'Auvergne étoit le principal, se virent alors forcés, pour éloigner ce roi, de lui faire des propositions de paix & de lui céder la partie * du royaume de Lothaire, située le long de l'Escaut 8c de la Meuse, qui étoit échue à Charles le Chauve par le partage qu'il avoit feît de ce royaume avec le roi de Germanie son frère. A ces conditions, le jeune roi de Germanie repassa le Rhin, laissa tout le reste du royaume aux enfans de Louis le Bègue 8c abandonna les factieux. Louis 8c Carloman, son frère, s'étant délivrés par là d'un ennemi dangereux à des conditions désa* vantageuses à la vérité, mais nécessaires, se firent couronner ensuite dans l'abbaye de Ferrières.

XVIII. — Le duc Boson se fait couronner roi de Provence &» règne sur le

Vivarais &» le pays d'Ujès.

Il paroh que Boson, duc de Provence 8c beau-père du roi Carloman, se trouva k cette cérémonie. Il se montra du moins fort attaché ^ aux intérêts de ce prince 8c du roi Louis, son frère, 8c il fut un de ceux qui contribuèrent le plus à engager le roi de Germanie à sortir du royaume 8c à faire sa paix avec eux. Mais il se laissa bientôt séduire par Ermengarde, sa femme, fille unique de l'empereur Louis II, qu'il avoit enlevée pour l'épouser, après avoir fait périr ^ par le poison la première.

Cette princesse, également fière 8c ambitieuse, se voyant réduite par ce Éd. origin. mariage au simple titre de duchesse, elle qui étoit fille d'un empereur d'Occident 8c avoit été promise autrefois à celui d'Orient 5, résolut à quelque prix que ce fût de devenir reine. Dans cette vue, elle persuada à Boson, son époux, de s'emparer de l'autorité souveraine 8c de se faire reconnoître roi de Provence, pays dont il tenoit le gouvernement au nom des deux rois Louis 8c Carloman. Boson entra d'autant plus volontiers dans ce projet qu'il se flatta de le faire réussir aisément. Il étoit assuré de l'affection des peuples du pays, qu'il

' Thierri ou Théodoric ne jouit pas longtemps ^ Annal, Berlin, p. a58 & seq. — Reginon,

des avantages de cet échange, car il mourut cette Chronicon, ad ann. 879.

même année 879. [E. M.] * Annal, Fuldenses, p. 571.

* Voyez tome IV, Note I, n. 10. * Annal, Bertin, p. 268 & seq.

t. II, p. 10.

An 879

avoit su gagner par la sagesse de sa conduite 8c la douceur de son gouvernement. Le royaume étoit agité au dedans de divers troubles, causés par les factions des mécontens, Se exposé au dehors aux courses des Normands. La jeunesse des deux rois Louis & Carloman mettoit ces princes peu en état de se faire craindre. Il comptoit sur le crédit de Timpératrice , sa belle-mère, veuve de l'empereur Louis II, & sur celui de l'impératrice sa soeur, veuve de l'empereur Charles le Chauve : enfin il avoit mis le pape Jean VIII dans ses intérêts. Boson, animé par toutes ces circonstances qui lui parurent extrêmement favorables, résolut de s'ériger en souverain ' dans toute la partie méridionale de l'ancien royaume de Lothaire. Il fit d'abord courir des bruits désavantageux* aux deux rois 8c rendit leur naissance suspecte, sous prétexte que Louis le Bègue, qui avoit épousé leur mère contre le gré de Charles le Chauve, son père, avoit été obligé de la répudier. Il tâcha ensuite de gagner, soit par caresses, soit par promesses, les évêques 8c les seigneurs du pays, 8c intimida par des menaces ceux qui étoient en état de lui résister. S'étant ainsi assuré des suffrages, il convoqua une assemblée à Mantaille, lieu situé à une demi-lieue du bord oriental du Rhône,. entre Vienne 8c Valence, 8c s'y fit élire 8ccouronnerroi de Provence le i5 du mois d'octobre de l'an 87g. Les évêques prirent pour prétexte de cette élection qu'ils n'avoient personne pour les gouverner ou pour défendre le pays, depuis la mort de Louis le Bègue. Ils étoient au nombre de vingt-trois, entre lesquels il y avoit cinq métropolitains. Étherius de Viviers, 8c Walefrid d'Uzès, dont les diocèses faisoient partie du duché de Provence 8c de l'ancien royaume de Lothaire, furent de ce nombre. Ily en a qui prétendent, sur l'autorité des souscriptions des évêques à l'acte de l'élection de Boson, que Richard, évêque d'Agde, se trouva à cette assemblée, ce qui prouveroitque Boson étendit sa domination bien avant dans le Languedoc} mais il est évident^ que c'est une faute de copiste, 8c que Richard étoit évêque d'Apt en Provence 8c non pas d'Agde en Languedoc.

Suivant ces souscriptions, Boson fut reconnu pour roi dans tous les pays'* situés entre le Rhône 8c les Alpes, depuis Lyon jusques à la mer, c'est-à-dire dans la Provence propre, le Dauphiné 8c la Savoie ; 8c de plus dans le Lyonnois 8c la Franche-Comté qui appartenoient à la haute Bourgogne Cisjurane, Se dans les diocèses de Mâcon 8c de Châlons-sur-Saône, qui dépendoient de la basse, dans quelques diocèses de la Bourgogne Transjurane, 8c enfin dans toute la partie orientale du Languedoc, savoir : dans les diocèses de Viviers 8c d'Uzès, 8c dans la partie de ceux de Vienne, de Valence, d'Avignon 8c d'Arles qui est en deçà du Rhône.

Ce nouveau roi fut à peine couronné qu'il se montra dans les diverses provinces qui venoient de se soumettre à son empire, 8c y exerça divers actes de souveraineté. Il ^ accorda diverses grâces aux églises de son royaume, Sc^ con-

• Reginon, Chronicon, ad ann. 879. * Voyez tome IV, Note l, n. 1 1.

* Annal. Berlin, p. 258 &seq. — Reginon, Chro^ * Ihid.

nicon, ad ann. 879. — Conciles, t. 9, p. 33 1 & * Mabillon, ad ann. 879, n. 22.

»"»▼• * Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. I.

firma entre autres en feveur de Rostaing, archevêque d'Arles, les chartes par lesquelles l'empereur Lothaire 8c le roi Lothaire, son fils, ses prédécesseurs^ avoient soumis à son église labbaye de Cruas, située auprès du Rhône, dans le comté de Viviers. On croit ' que les religieux de ce monastère, pour se soutenir contre les entreprises des évêques du pays, avoient demandé eux-mêmes à ces princes de leur donner les archevêques d'Arles pour protecteurs. Rostangou Rostaing fut promu à l'archevêché * de cette ville en 871. Il avoit été auparavant religieux 8c ensuite abbé d'Âniane au diocèse de Maguelonne. Il conserva néanmoins longtemps après cette abbaye, avec le prieuré de Goudargues au diocèse d'Uzès qui en dépendoît. Le pape Jean VIII l'établit son vicaire dans les Gaules 8c le chargea de diverses commissions importantes } il mourut, t.Vp.Til à ce qu'on prétend, en 91 3.

XIX. — Louis 6» Carloman partagent le royaume. — Le Languedoc échoit

au dernier.

Tous les princes François, également irrités de l'usurpation de Boson, résolurent d'un commun accord de lui faire la guerre. Les deux frères Louis 8c Carloman s'abouchèrent ^ d'abord sur la fin de Tannée à Orbe, dans la Bourgogne Transjurane, avec Charles le Gros, roi d'Italie, qui leur céda alors, à ce qu'il paroît^, ses droits sur le royaume de Lothaire, en échange des prétentions qu'ils avoient sur la Lombardie. Louis, roi de Germanie, appelé de An 880 nouveau par les mécontens de France, s'avança de son côté au commencement de l'année suivante jusqu'à Ribemont, sur la rivière d'Oise, dans l'espérance de pouvoir envahir le royaume j mais désespérant du succès de son entreprise, il fit bientôt après sa paix avec les rois de France, ses cousins, 8c convint avec eux d'avoir, le mois de juin suivant, au palais de Gondreville, une entrevue où Charles le Gros se trouveroit, tant pour traiter plus amplement des articles de la paix que pour se liguer contre leurs ennemis.

Après la conclusion de cette paix, Louis 8c Carloman s'appliquèrent à remédier aux désordres du royaume 8c à réprimer les courses des Normands. Ils se rendirent à Amiens^ au mois de mars, 8c là ils convinrent du partage de la monarchie par l'avis de leurs principaux vassaux. Tout ce qui dépendoit de l'ancien royaume d'Austrasie ou de France, en deçà de la Meuse, échut à Louis, avec le royaume de Neustrie 8c ses Marches. Carloman eut pour sa part les royaumes de Bourgogne 8c d'Aquitaine, avec les Marches qui dépendoient de ce dernier, savoir le marquisat de Toulouse, la Septimanie 8c la Marche d'Espagne, 8c enfin toute la partie du royaume de Lothaire dont le duc Boson s'étoit emparé 8c dont ils résolurent de le déposséder.

' Columbi, Vtvarienses episcopl, p. 201. * Voyez tome IV, Note I, n. 1 1.

■ Gallia Christiana, nov. éd. t. i, p. 647 & seq. ' Annal. Berlin, p. 269. — Chronicon Florlaceme,

— Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XXVI. dans Duchesne, t. 3, p. 355. ^ Annal. Berlin, p. 258 & seq.

An88o

i8 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI.

XX. — Louis (/ Carloman déclarent la guerre à Boson, — Bernard II ^ ancien

marquis de Gothie^ fait prisonnier à Mâcon.

Les deux rois, ayant reçu, en conséquence de ce partage, le serment de fidélité des seigneurs qui étoient présens 8c qui devenoient par là leurs vassaux, se rendirent à Compiègne, où ils célébrèrent la fête de Pâques; ils prirent ensuite la route de Reims & de Châlons-sur-Marne, & se rendirent à Gondreville pour la conférence dont ils étoient convenus avec le roi de Germanie. Ce dernier ne pouvant s'y trouver y envoya ses plénipotentiaires qui, de concert avec Charles le Gros qui y assista, convinrent sans doute des articles d une paix durable : nous en ignorons les conditions. Un historien moderne ' en rapporte quelques-unes. Maison sait seulement qu'ils résolurent de* joindre leurs armes contre leurs ennemis communs, savoir contre Hugues, fils naturel du feu roi Lothaire, qui vouloit s'emparer sur le roi de Germanie de la partie supérieure du royaume de Lothaire , & contre Boson qui en avoit envahi l'inférieure sur Louis & Carloman. Charles le Gros ayant été obligé cependant de partir pour l'Italie, il n'y eut que ces deux derniers princes qui se mirent à la tête de l'armée ^ du roi de Germanie qui étoit prête à marcher, & avec laquelle ils attaquèrent & défirent Hugues le Bâtard. Ayant ensuite assemblé leurs propres troupes, qu'ils joignirent à celles de Germanie, ils se rendirent à Troyes au mois de juillet 8c y attendirent le retour de Charles le Gros, qui avoit promis de venir les trouver pour agir tous ensemble contre Boson .

La première place qu'ils attaquèrent sur cet usurpateur fut celle de Mâcon, défendue par un seigneur nommé Bernard. Il paroît que ce dernier est le même que Bernard II, marquis de Gothie, qui, après avoir été chassé d'Autun l'année précédente, se joignit selon toutes les apparences avec Boson, favorisa sa révolte & obtint de lui le comté de Mâcon dépendant du nouveau royaume de Provence. Louis & Carloman, ayant en^n forcé cette ville à se rendre à composition, y arrêtèrent prisonnier le comte Bernard & punirent sans doute sa révolte par le dernier supplice. Il n'est plus parlé, du moins depuis ce temps-là, de Bernard II, ancien marquis de Gothie. Ce prince'^ laissa plusieurs fils, entre autres Rainulfe II , qui dans la suite fut duc d'Aquitaine & comte de Poitiers 5. Après la prise de Mâcon, les deux rois disposèrent du comté de cette ville en faveur d'un autre comte nommé Bernard & surnommé Plantevelue,

' Daniel, Histoire de France, t. i, p. 829. comté de M&con; il dut périr à la prise de la

* Annal. Berlin, p. 269. ville. Mais dom Vaîssete se trompe lorsqu'il dit

' liid. p. 260. — Annal, Fuld. p. ÔyS. que Bernard II laissa des enfants & fut père de

^ Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 81 & Ranulfe II, comte de Poitiers. Bernard mourut

suiv. sans postérité, & Ranulfe II était fils de Ranulfe I.

^ C'était bien Pancien marquis de Gothie qui. Voir la Note LXXXVII du tome II de cette édi-

s*étant réconcilié avec Boson, en avait obtenu le tien. [E. M.J

An88o

que quelques auteurs confondent mal à propos ' avec Bernard III, marquis de Gothie & comte d'Auvergne.

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