‹ Histoire générale de Languedoc, avec des notes et les pièces justificatives (volume 3)Chapitre 66 sur 234 · XXI. — Siège de Vienne · texte numérisé non relu

XXI. — Siège de Vienne

Charles* le Gros, fidèle à sa parole, arriva d'Italie & joignît les deux roîs Éd. ongin. ses cousins, dans le temps qu'ils venoient de soumettre la ville de Mâcon. Ils marchèrent ensuite tous trois ensemble contre Boson qui , ayant déjà passé le Rhône, faisoit mine de vouloir leur tenir tête ; mais à leur approche il repassa bientôt ce fleuve & alla se jeter dans Vienne. Ne se croyant pas encore en sûreté dans cette ville, dont les princes François menaçoient de faire le siège, il se retira dans les montagnes 8c abandonna la défense de la place à la princesse Ermengarde, sa femme, avec la meilleure partie de ses troupes. Les princes françois s étant cependant approchés de Vienne en formèrent aussitôt le siège & le continuèrent assez longtemps, jusqu'à ce que Charles le Gros, voyant qu'il traînoit en longueur, tant par la vigoureuse défense des assiégés que parce que la place étoit très-bien pourvue , en laissa la continuation aux deux frères & repassa en Italie, où il se fit couronner empereur par le pape Jean VIII, le jour de Noël de la même année. Avant son départ, il fit un traité avec Louis & Carloman dont nous ignorons les circonstances. On a Jieu cependant de conjecturer qu'il leur céda de nouveau ses prétentions sur le royaume de Lothaire pour celles qu'ils avoient sur celui d'Italie; ce qu'on peut appuyer sur ce que ce prince demeura depuis paisible possesseur^ de ce dernier royaume, du consentement des deux rois de France, Se sur la promesse qu'il leur fit avec serment de leur rendre, après la mort du roi de Germanie, son frère, la partie supérieure du royaume de Lothaire que le roi Louis le Bègue avoit été obligé de lui céder.

Louis & Carloman poursuivirent le siège de Vienne après le départ de Charles, pendant le reste de Tannée, & travaillèrent en même temps à sou- AnTTT" mettre les rebelles de Provence. Louis fut obligé de le quitter au commencement de l'année suivante pour aller repousser les Normands qui faisoient de nouvelles courses dans ses États. Carloman le continua pendant quelque temps; mais il fut obligé, à ce qu'il paroît, d'en laisser le soin à ses généraux pour aller en France au secours du roi, son frère, contre les Normands. On voit en effet, par divers diplômes^, que ce prince n'étoit plus devant Vienne depuis le mois de mai jusques à celui d'août de la troisième année de son règne, ou de l'an 881.

* Voyez tome II, tîote LXXXVII, n. 68 8c suiv., ' Annal, Mettent, p. 3i8. — Voye« aussi clans

& la note additionnelle où nous avons établi que le Recueil de Pertz, t. i, p. 5i3, \ti Annales de

Bernard III, marquis de Gothie, est bien Bernard Saint-Bertin,

Planterelue. [E. M.] ^ Mabillon, ad ann. 880, n. 35; ad ann. 8St,

■ Annal, Bert'tn, 8( Fuld, p. SyS. n. $7.

An88i

XXn. — Diplômes de Carloman en faveur de diverses églises de la province,

Guîstrimirey comte de Carcassonne.

U I, pri3.

origin.

Par l'un de ces diplômes, ce prince, de l'avis de son conseil, confirma en faveur d'Attale, abbé de Saint-Polycarpe, dans le Razès 8c le diocèse de Narbonne',les privilèges accordés à cette abbaye par Charles le Chauve, avec toutes les donations que le comte Austrimire avoit faites à ce monastère, soit dans le Roussillon, soit dans le comté de Carcassonne. Ce comte est sans doute le même que celui qu'une autre charte* appelle Guistrimire, ce qui nous porte à croire qu'il avoit été comte de Carcassonne ou de Roussillon, mais nous ignorons en quel temps. Carloman ordonna^ que les hommes libres qui demeuroient dans les limites du monastère de Saint-Polycarpe, fixées auparavant par le comte Bernard & un autre commissaire, 8c qui y possédoient des terres que le fisc leur avoit données à défricher, ne fussent sujets qu'aux services des hommes libres, de crainte, dit la charte, que leur liberté ou leur noblesse ne Jût avilie. Il voulut de plus qu'il leur fût permis de disposer librement des biens qu'ils tenoient du fisc, soit en faveur de quelqu'un d'entre eux, soit en faveur du monastère de Saint-Polycarpe. Ce prince accorda enfin aux religieux de cette maison la liberté d'élire leur abbé conformément à la règle de S. Benoît. La charte est datée de Pierrefitte, lieu'^ dont on met la situation aux environs de Paris, le 18 du mois de mai, la troisième année de son règne.

Carloman étoit, le 4 du mois de juin suivant, à Pauliac^, qui est peut-être le même que le lieu de^ Pouillé au diocèse d'Auxerre, ou celui de Pauliac dans le Berri ; il y accorda, à la sollicitation de l'abbé Hugues, un autre diplôme en faveur de Sigebode, archevêque de Narbonne &• de Raines qui étoit à sa suite, 8c confirma à cette église diverses grâces qu'elle avoit obtenues de Louis le Bègue. Elle étoit alors réduite à une extrême indigence, soit par les ravages que Miron, comte de Roussillon, 8c Lindoin, vicomte de Narbonne, avoient causés dans le pays, soit par l'usurpation d'une grande partie de ses biens. Sigebode avoit eu recours à la protection du roi Louis le Bègue qui, pendant le concile tenu à Troyes, l'an 878, avoit donné quelques bénéfices ou fiefs à son église pour la relever. Carloman confirma cette donation 8c unit aux églises des SS. Just 8c Pasteur 8c de Saint-Paul de Narbonne, également soumises à l'archevêque, l'abbaye de Saint-Laurent, située sur la rivière de Nielle {Nîgella)^ à condition que les archevêques de Narbonne y entretiendroient une communauté de religieux 8c pourvoi roient à leurs besoins : ainsi ces^ sortes d'unions se feisoient alors par la seule autorité royale 8c ne donnoient prçprement aux

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n.II. ' Spiciîegium, t. 8, p. 355.

' Voyez tome V, Chartes 8t Diplômes, n. II. ^ Mabillon, ad ann. 881, n. 57.

' Voyez tome V, Chartes 8t Diplômes, n. II. ^ Mabillon, ad ann. 88t, n. 57.

' Baluze , Not, in coneiU proyinc, Nar J. p. 20 8c seq.

évêques que radmiiiistration des biens temporels des abbayes unies à leurs églises, en sorte que la communauté, gouvernée par un abbé, subsistoit toujours dans les monastères unis. Carloman donna aussi à Téglise de Narbonne, ou plutôt il la confirma dans la possession de la moitié des salines, delatélonie, des naufrages 8c autres droits domaniaux des comtés de Narbonne 81 de Razès, à quoi il ajouta plusieurs villages, entre autres celui de Limoux, qui est devenu depuis la capitale du Razès & une des plus considérables de la Province '. Enfin ce prince donna à l'église de Narbonne tout ce que le fisc avoit droit d'exiger des Espagnols réfugiés qui demeuroient dans les lieux de la dépendance de cette église, & confirma à celle de Saint-Paul les biens qu'elle avoit eus autrefois dans le comté de Béziers 81 dont le comte s'étoit emparé.

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