XLI. — Rainulfi II, comte de Poitiers, élu roi d* Aquitaine
Tous les François ne réunirent pas cependant leurs suffrages en feveur d'Eudes ; plusieurs d'entre eux se déclarèrent pour d'autres seigneurs qui devinrent ses concurrens 8c se mirent en état de lui disputer la couronne'*. Un des principaux fut Gui, duc de Spolète, qui descendoit par les femmes de l'empereur Charlemagne, 8c qui se fit couronner roi de France, à Rome, dès qu'il eut appris la mort de Charles le Gros. Ce prince avoit un puissant parti dans le royaume, à la tête duquel étoit Foulques, archevêque de Reims. D'un autre côté Rodolphe ou Raoul, fils de Conrard, comte de Paris, s'empara de la Bourgogne Transjurane, 8c s'en fit couronner roi par quelques évêques qu'il assembla à Saint-Maurice en Valais. Enfin, Eudes eut un troisième compétiteur en la personne de Rainulfe II, comte de Poitiers 8c duc d'Aquitaine, ,qui étoit, à ce qu'il paroît^, de la race de Charlemagne, 8c fils de Bernard II, marquis de Gothie. Ce duc^^ voyant qu'Eudes n'avoitété élu roi que par les peuples d'une partie de la monarchie, 8c qu'il n'étendoit encore sa domination que jusques à la Loire, résolut d'envahir l'autre partie située entre ce fleuve 8c les Pyrénées, c'est-à-dire toute l'Aquitaine, la Septimanie 8c la Marche d'Espagne ; 8c il se fit proclamer, en effet, roi d'Aquitaine 7.
* Hugo Flaviniac— Bihlioth. nova mss. p. i23* — > Chronicon, apud Duchesne, t. 2, p. 336, 35o,&c.
* Abbon, de Bello Paris. 1. 2, p. 520.—- Reginon, ad ann. 888, p. 64. -— Jnnal. Mcttens, p. 324. — > Annal. FulJ. p. 678. — Frodoard, Hist, Rem. 1. 4,
^ Pagi, ad ann. 888, n. 3 & seq.
^ Luitprand, 1. 1, c. 6. — Herman le Contract, dans Canisius, éàït, in-fol. t. 3. — Reginon, Ckronic.
* Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 81 & seq.
' Herman le Contract, Chronicon , ad ann. 887.
' Ranulfe II était fih de Ranulfe I & non de Bernard II. Il descendait du duc Gérard, un des fidèles de Louis le Débonnaire, & aucun chroniqueur ne dit qu'il fût parent de ce prince ou qu'il appartînt à la famille de Charlemagne. Quant à la proclamation de Ranulfe II comme roi d'Aqui-
taine, le fait n'est rapporté que par Herman le Contract, historien qui ne mérite pas toujours une confiance absolue. Il est certain, du reste, que Ranulfe II ne voulut pas reconnaître Eudes pour roi légitime. Faute d'avoir suffisamment débrouillé l'origine & la filiation des comtes à cette époque, les Bénédictins n'ont rien compris au rôle )o^i par ces personnages pendant le règne des derniers Carlovingiens. Adhémar, fils d^Emenon, était leur ennemi, & loin de faire de l'opposition au roi Eudes, comme le prétend dom Vaissete dans le chapitre suivant, il avait tout d'abord embrassé son parti. C'est avec l'aide de ce prince qu'il s'empara du comté de Poitiers, en 893, sur le jeune Eble, fils de Ranulfe II. Voyez tome II de cette édition, l'addition à la Note LXXXVII. [£. M.]
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 89 ^^^m
XLIL — Eudes fait la guerre à Rainulfe.
Eudes n'en fut pas plus tôt informé qu'il vint dans le pays , & s'étant assuré de la ' ville de Poitiers, il en donna le comté à Robert, son frère. Adhémar* ou Aymar, fils d'Emenon, autrefois comte de Poitiers, qui en avoit été dépouillé par l'empereur Louis le Débonnaire, disputa alors ce comté à Robert; prétendant, sans doute, qu'Eudes devoit l'avoir préféré pour cette dignité, tant à cause qu'il étoit son allié, que parce qu'il étoit de la race de Rainulfe^, 8c qu'enfin^ son père l'avoit possédé. Résolu de soutenir ses droits, il se mît en campagne; Scs'étant approché pendant la nuit de l'armée d'Eudes , il l'attaqua 8c la mit en désordre; mais celui-ci eut le lendemain sa revanche. Il paroît cependant qu'Eudes fut obligé de laisser Adhémar paisible possesseur ^ du comté de Poitiers, 8c qu'après avoir soumis seulement une partie de l'Aquitaine, il repassa bientôt la Loire pour retourner en France où ses affaires l'appeloient.
XLIIL — La Septïmanie &» la Marche d* Espagne refusent de reconnoître
Eudes pour roi.
Aux approches de ce prince, Rainulfe s'étoît retiré sans doute en Auvergne, auprès de Guillaume le Pieux, comte de ce pays 8c marquis de Gothie, son proche parent, qui, à ce qu'il paroît, favorisa ses démarches ambitieuses, Eudes ne fut pas, en effet, sitôt reconnu dans cette partie de l'Aquitaine, non plus que dans la Gothie ou Septimanie 8c la Marche d'Espagne. C'est ce qui paroît, à l'égard de cette dernière province, dans une donation^ que Wifred le Velu, comte ou marquis de Barcelone, 8c les comtes Sunifred, Rodulfe 8c Miron, firent à Sunifred, abbé, 8c au monastère de la Grasse du lieu de Prades dans le comté de Conflans, pour Vâme de leur père Sunifred, &» de leur mère Ermesînde au mois de mai, Vannée de la mort de V empereur Charles, dans Vat~ tente d*un nouveau roi {rege expectante). Eudes n'étoit donc pas encore reconnu alors dans la Marche d'Espagne. Au reste, cette charte sert beaucoup ^ Éd. origin. à éclaircir l'origine des comtes héréditaires de Barcelone; car elle nous apprend que Rodulfe ou Raoul 8c Miron, l'un comte de Conflans 8c l'autre de Roussillon, étoient frères de Wifred le Velu, comte de Barcelone, 8c fils tous les trois de Sunifred.
On pourroit cependant rapporter la date dont on vient de parler au mois de mai de l'an 878, dans le temps de la révolte de Bernard II , marquis de
■ Abbon, de Bello Paris. 1. 2, p. 5io & 622. *♦ Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 91.
• Voyez tome II, Note LXXXVII, n. B6 & suit. ' Abbon, de Bello Paris, 1. 2, p. 620 8c 622.
' Adhémar, fils d'Emenon, comte de Poitiers, • Voyez tome II, aux Prettve5, Chartes &Dipl6-
n'était point de la race de Ranulfe. Voyez au mes, n. CXII. tome n, l'addition à la Note LXXXVII. [E. M.] ^ Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 44 Stsuir.
An 888
Gothie' } car outre que nous apprenons* d'ailleurs que Louis le Bègue n'étoit pas encore alors reconnu dans cette province, il semble que Wifred le Velu, comte de Barcelone, étoit déjà soumis à lautorité d'Eudes au mois d'avril de l'an 888, puisque l'acte de fondation qu'il fit alors de concert avec Gudinilde, sa femme, de l'abbaye de Sainte-Marie de RipoU, dans le diocèse d'Ausone ^, est daté de la première année du règne du roi Eudes. Quoi qu'il en soit, nous ne pouvons pas douter par d'autres monumens, que du moins une partie des seigneurs & des peuples de la Marche d'Espagne & de la Septimanie n'aient d'abord fait difficulté de se soumettre à ce prince. C'est ce qu'on voit entre autres dans l'acte de vente que fit Servus-Dei^, évêque de Girone, d'un village du diocèse d'Agde, qu'il tenoit héréditairement d'Agilbert, son père, & d'Adeltrude, sa mère,à Agilbert, évêque de Béziers, le i5 décembre de Van 888, sous le règne de J.-C, (y en attendant que par sa grâce il donne un roi. On peut ajouter à cela l'acte^ de la dédicace de l'église du monastère de Saint- Etienne de Bagnols, dans le comté de Besalu, dont le même évêque de Girone fit la cérémonie, & qui est daté du premier de mars de la seconde année après la mort de Vempereur Charles^ Nôtre-Seigneur J.-C. régnant, en attendant un roi de sa main libérale. Il paroît donc que Guillaume, comte d'Auvergne Se marquis de Gothie ou de Septimanie, refusa d'abord de reconnoître le roi Eudes pour roi, & qu'il s'attacha au parti de Rainulfe II, duc d'Aquitaine, son parent, 8c compétiteur de ce prince. Nous verrons dans la suite qu'Eudes fut obligé quelque temps après de marcher contre Guillaume & de lui faire la guerre.
XLIV. — Charte du roi Eudes en faveur de f église de Narbonne 6» de
V abbaye de Montolieu.
Nous apprenons toutefois que les diocèses de Carcassonne & de Narbonne étoîent déjà soumis à Eudes, dès le mois de juin de l'an 888. Car 1° ce prince^^ étant dans l'abbaye de Saint-Maximin ou Mesmin de Micy dans l'Orléanois, au commencement de ce mois, y confirma alors les privilèges du monastère de Montolieu dans le diocèse de Carcassonne, en feveur d'Ugobert qui en étoit alors abbé; 2^ Théodard, archevêque de Narbonne, étant à Orléans le 24 de juin de la même année à la cour d'Eudes, ce prince confirma "7, à sa prière, le rétablissement de l'évêché d'Ausone ou de Vie, dans la Marche d'Espagne soumise à sa métropole, avec la donation que le comte du pays avoit faite à cet évêché des droits royaux de la ville de Manrèse. Eudes fixa en même temps les limites du nouveau diocèse d'Ausone, & donna à Godemar, qui en étoit évêque, & à ses successeurs, la troisième partie des droits de son domaine
• C«st cette dernière date qui doit être adoptée » Marca Hispanica, p. 817, n. 1.
pour l'acte dont parle dom Vaissete, car Wilfred le ^ Ibid, p. 377 8c 820.
Velu reconnut tout de suite l'autorité du roi Eu- ' îhid, p. 822.
des. [E. M.] * CapitulaireSj t. 1, Append. n, 122, p. 1517.
■ Voyez tome IV, îfote XVIII & suiy. ' Mana Hispanica, p. 819 fit seq.
An 888
t. II, p. 23.
dans l'étendue de cet évêché } ce qu'il fit sans doute à l'exemple de Pépin 8c de Charlemagne, qui ayant délivré les églises de laSeptimanie 8c de la Marche d'Espagne de la tyrannie des Sarrasins leur donnèrent, pour les rétablir, le tiers des droits domaniaux des comtés où elles étoient situées, 8c la moitié à la métropolitaine} enfin le roi Eudes étoit reconnu dans le domaine d'Eudes, comte de Toulouse, dès le mois de mai de la première année de son règne, comme on voit par une donation ' faite alors à l'abbaye de Vabres en Rouergue. Nous remarquerons ici, par occasion, que les deux chartes du roi Eudes dont nous venons de parler, 8c quelques autres semblables^, sont datées de la seconde année de son règne, quoiqu'il paroisse qu'elles sont certainement de Tan 888, ce qui pourroit donner lieu de croire qu'il avoit déjà été élu au commencement de l'année précédente, quelques mois après que Charles le Gros ayant fait un traité honteux à la nation, avec les Normands, pour les obliger à lever le siège de Paris, s'en alla du côté du Rhin pour ne revenir plus en France. Eudes aura daté d'abord ses chartes de cette époque, jusqu'à ce qu'ayant été enfin reconnu par Arnoul, roi de Germanie, il aura compté les années de son ^<\-, «^^'çn. règne depuis la mort de Charles le Gros ^. On pourroit appuyer cette conjecture sur l'autorité d'un ancien auteur, qui prétend qu'Eudes se fit reconnoître pour roi en Aquitaine 8c couronner à Limoges plus d un an avant la mort de Charles le Gros, 8c son élection par les François; qu'il fit frapper alors dans/:ette ville de la monnoie à son coin, après avoir fait effacer l'empreinte de Charles, 8c que dans le même temps , il partagea le Limousin en plusieurs vicomtes. Enfin, on pourroit ajouter qu'Eudes dut être couronné en France l'an 887, car il est marqué dans une chronique ^ du temps, que Wautier, archevêque de Sens, le sacra la même année qu'il fut élu. Or, l'élection de ce prélat tombe au mois^ d'avril de l'an 887. Il est vrai que l'on prétend^ que les diplômes dont on vient de parler sont de l'an 889, 8c qu'il y a erreur 8c dans l'indiction 8c dans l'année de l'Incarnation j mais on ne sauroit dire que la charte qu'Eudes donna à Orléans le 24 juin soit de l'an 889, puisqu'il est constant'^ qu'il étoit le même jour de cette année à Montfaucon, où il défit les Normands.
XLV. — Eudes reconnu par Arnoul roi de Germanie. — Charte de ce prince
en faveur de Vahhaye de Saint-Polycarpe.
Quoi qu'il en soit, Eudes fut obligé d'interrompre son expédition en Aquitaine, soit pour marcher contre ces peuples qui faisoient le siège de Meaux dont ils se rendirent enfin les maîtres, soit pour se mettre en état de résister à Guijduc^ de Spolète, qui, ayant passé les Alpes, s'avança jusques à Metz, après
* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. VIIÏ. * Mabillon, ^n/iaZ. BeneJ, ad ann. 887, n. 2.
* Capitulaires, t. 2, Append. n. 121, p. i5i5 81 ' Ihid, ad ann. 889, n. 89. sei{. — Mabillon, de Re dipïomatiea, p. 556. ' L'Abbé des Thuilleries, Dissertation sur la moa^
^ Adhémar de Chabanais, p. i63. >ance de Bretagne, p. 27.
^ Duchesne, t. 2, p. 6Zj, «^ Spicilegium, t. 2, * Luitprand, 1. 1, c. 6.
TîTsaT" 4^ HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI.
avoir envahi une grande partie de Tancien royaume de Lothaire. Ce duc étoît sur le point d'entrer dans ce qu on appeloit alors France romaine, dans le dessein de s emparer du trône, mais ayant aliéné les cœurs des François par sa mauvaise conduite, & voyant d'ailleurs en la personne d'Eudes un dangereux concurrent, il prit le parti d'abandonner les Gaules & de retourner en Italie, dont il disputa la couronne à Béranger, duc de Frioul.
Eudes eut un adversaire plus' redoutable en la personne d'Arnoul, roide Germanie, qui, quoique bâtard, avoit sur lui l'avantage de descendre par mâles de Charlemagne. Ce prince ayant été informé du choix que les François avoient fait du comte Eudes pour leur roi, partit de Ratisbonne & s'avança jusque sur la frontière du royaume, dans la résolution d'y entrer & de le soumettre. Il s'arrêta quelque temps à Worms, où il tint une diète à laquelle il fit citer Eudes qui s'y rendit en effet, & qui fit tant par ses soumissions que ce prince consentit enfin à le laisser paisible possesseur du royaume de France. Arnoul & Eudes s'étant séparés bons amis, le premier marcha vers l'Alsace contre Rodolphe, roi de la Bourgogne Transjurane, qui se soumit & le reconnut pour son souverain à l'exemple d'Eudes. Celui-ci, de son côté, étant de retour en France, alla se camper pendant l'automne sous les murs de Paris, pour empêcher les Normands de tenter de nouveau le siège de cette ville comme ils menaçoient de le faire.
Eudes se rendit ensuite dans le Chartrain & l'Orléanoîs pour les mettre à couvert* des incursions de ces pirates. Il étoît encore dans ce dernier pays au mois de juin de l'année suivante, quand l'évêque Hermenmire & le comte Suniarius le prièrent ^ de prendre sous sa protection l'abbaye de Saint-Folycarpe dans le Razès, dont Arnulphe étoit abbé. Ce prince leur accorda leur demande & mit sous sa sauvegarde les biens qui dépendoient de ce monastère, tant dans les comtés de Razès, de Carcassonne & d'Elne, & le pays de Pierrepertuse en deçà des Pyrénées, que dans le comté d'Empurias, 8c le pays de Pierrelate au delà de ces montagnes, avec les domaines que cette abbaye tenoit de la libéralité du comte Gastrimîre. L'évêque Hermenmire & le comte Suniarius qui sollicitèrent ce diplôme paroissent les mêmes, l'un que le faux évêque qui avoit usurpé le siège épiscopal d'Ausone ou de Vie, 8c l'autre que Suniarius, comte d'Urgel, protecteur de Selva, prétendu évêque de cette dernière ville, qui avoit ordonné Hermenmire.
XLVL — Eudes bat les Normands avec le secours des Aquitains*
Les Normands, malgré toutes les précautions d'Eudes, entreprirent de nouveau le siège de Paris, ce qui engagea ce prince à rassembler toutes ses forces pour aller les combattre 8c les obligera se retirer. Dans ce dessein, ayant
' Annal. Fuli, p. 678. — Herman U Contract, ■ Mabillon, ad ann. 889, n, Sp. — Annal. Met-
t. 3. — Chronicon Normannorum» — Duckesne, rrnj. & Reginon, ad ann. 889. ç. 2, t). 529. • Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. V.
An 889
été joint par les milices de France', de Bourgogne & d'Aquitaine, il attaqua ces brigands & les défit entièrement à Montfaucon le jour de S. Jean-Baptiste de Tan 889*. Dix-neuf mille d'entre eux restèrent sur la place à cette f^ù^'^^d journée, ce qui n'empêcha pas leurs compatriotes de se répandre encore dans le royaume. Il paroît qu'ils firent vers ce temps-là une nouvelle irruption dans l'Aquitaine, & qu'Eudes, pour se mettre en état de leur résister, appela à son secours Rodolphe, roi de la Bourgogne Transjurane, qui, suivant un ancien ^ historien, les battit dans le Limousin. Malgré tant de pertes, les Normands s'établirent^ alors dans une partie de la Neustrie, où ils fixèrent leur principale demeure, & qui prit ensuite leur nom.
XLVIL — Plaid tenu à Nimes, — Raimond, comte, 6» Allidulfe, vicomte de cette ville. — Nouveaux diplômes d^Eudes en faveur des églises de la Septimanie.
Les évêques & les seigneurs de la province ne se contentèrent pas de se sou- ""TTTT" mettre à Eudes j plusieurs d'entre eux s'empressèrent de lui aller faire leur cour, & eurent recours à son autorité dans leurs affaires particulières. C'est ce que fit, entre autres, Gilbert, évêque ^ de Nimes, qui alla trouver ce prince l'année suivante, lorsqu'il étoit à la chasse dans la forêt de Cuisse, & lui porta ses plaintes contre un seigneur appelé Génésius, qui, sans aucune forme de procès, s'étoit emparé du domaine de son église. Le roi écouta le prélat, & se. tournant vers Raimond, comte de Nimes, qui étoit présent, il lui demanda, devant plusieurs évêques & seigneurs, pourquoi il avoit souffert cette usurpation. «1 Génésius m'a remis vos ordres, répondit le comte, pour lui donner l'investi- « ture de cette terre; » mais les courtisans firent difficulté de l'en croire, ce qui porta le roi à ordonner par un diplôme à Raimond de se rendre incessamment à Nimes pour s'informer de la vérité du fait, 8c rendre justice à qui il appartiendroit. Le comte obéît, 8c à son arrivée dans le pays, l'évêque lui ayant remis ses titres de propriété, il fit citer Génésius devant son tribunal ; 8c sur le refus que ce dernier, sous divers prétextes, fit de comparoître, il commanda à Allidulfe, son vicomte, de se transporter sur les lieux 8c d'y rendre justice k l'évêque conformément aux ordres du roi. Allidulfe se rendit aussitôt dans la Vaunage, où étoit le domaine usurpé sur l'église de Nimes j 8c là, ayant convoqué les principaux du pays, tant ecclésiastiques que séculiers, au nombre de plus de deux cents, il les somma de lui dire ce qu'ils savoient sur cette affaire. Les plus nobles furent interrogés les premiers, 8c ensuite les autres, 8c tous portèrent témoignage en faveur de l'église de Nimes. Quatorze d'entre eux ayant été nommés ensuite pour se rendre dans la cathédrale
' Abbon, p. 52 1.— • Annal, Mettens» p. 324. «• ' Adk^ar dt Chabanais, p. 16S. •— Ealuffé|
Duchesne, Chronicén Normann, t. 2, p. 529. Histor» Tutellens, p. 23.
' L'abbé des Thuilleries, Dissertation sur U mou^ ^ Adbémarde Cbabanais, p. f 63,8t Chron, Norm»
vance de Bretagne, p. 27. * Voyez tome V, Chartes & Diplômts, n. XII*
de cette ville, y furent interrogés de nouveau par le vicomte; 8c sur leur déposition uniforme, qu'ils confirmèrent par serment, il remit 1 evêque Gilbert en possession du domaine qu'on avoit usurpé sur son église. L'acte qui en fut dressé est daté d'un jeudi du mois d'avril, de la troisième année du règne du roi Eudes.
Nous sommes entrés d'autant plus volontiers dans le détail de cet acte, qu'il nous apprend quelle étoit alors la forme de procéder, & avec quelle simplicité on agissoit dans les affaires. Au reste La Vaunage {Vallis Anagiae) dont il est fait mention dans le même monument, compose un petit pays du diocèse de Nimes, & comprend une assez longue vallée arrosée par le ruisseau de Rhoni, qui se jette dans le Vistre*. Quant à Raimond, comte de Nimes, nous le croyons le même que Raimond II, fils d'Eudes, comte de Toulouse ; il est vrai qu'il ne succéda que longtemps après à son père dans ce dernier comté, mais rien n'empêche qu'il n'ait joui de celui de Nimes, de son vivant, & qu'il ne l'ait acquis ou de la libéralité du roi Eudes ou par succession. Nous voyons d'ailleurs dixhuit ans* après un Raimond, comte de Nimes, & que ce comté étoit dans la maison des comtes de Toulouse, avant le milieu du dixième siècle. Enfin Allidulfe, vicomte de Nimes, avoit succédé k Bertrand qui occupoit cette vicomte en 876.
Le roi Eudes fit expédier la même année trois autres diplômes en faveur des églises delà province; il accorde par le premier^ du 3o janvier, à Sunifred, abbé de la Grasse, la confirmation des privilèges de son abbaye qu'il met sous sa protection ; par le second "^ daté d'Orléans le 26 de juin suivant, il confirme à la sollicitation d'Askericus, évêque de Paris, k Théodard, archevêque de la première Narbonnoîse 6» de Vcglise de Ra-^ès, qui se trouvoit alors à sa cour, une charte du roi Carloman donnée en faveur de cette église, 8c en particulier le droit de jouir de la moitié des droits domaniaux dans les comtés de Narbonne Lii.^^pl^i;. ^ ^^ Razès; enfin le troisième est daté ^ de Senlis, le 21 novembre, Eudes maintient par ce dernier Andegarius, abbé de Joncels, au diocèse de Béziers, dans la jouissance des privilèges de son abbaye, & confirme les religieux dans la liberté d'élire leurs abbés.