‹ Histoire générale de Languedoc, avec des notes et les pièces justificatives (volume 3)Chapitre 74 sur 234 · XLVIII. — Louis y fils de Boson, élu roi de Provence · texte numérisé non relu

XLVIII. — Louis y fils de Boson, élu roi de Provence

Les courses que les Normands portoîent quelquefois jusque dans les extrémités de la France, servirent de prétexte aux évêques & aux seigneurs du royaume de Provence pour se donner un nouveau roi. On a déjà vu qu'après la mort de Boson, roi de Provence, Louis son fils étoit allé trouver l'empereur Charles le Gros, qui l'avoit adopté pour son fils & reconnu pour son vassal,

'Voir ce qui a été dit, sur cette TalUe, au ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nutome Vïl de cette édition, dans notre Description méro XI. , géographique du Languedoc. [E. M.] ^ liid. n. XIII.

"Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ' Baluze, Capitulaires, t. 2, append. n. 124,

méro XXXVII. p. 1619 8c suir.

en lui donnant, à ce qu'il paroît, l'investiture du duché de Provence '. La reine Ermengarde, mère de Louis, qui gouvernoit sous son nom à cause de sa jeunesse, peu contente de cette dignité, résolut de le mettre sur le trône : dans ce dessein elle envoya Bernoin, archevêque de Vienne, à Rome, pour s'assurer de la protection du pape Etienne, tandis qu'au mois de mai de l'an 890 elle fit un voyage à la cour d'Arnoul, roi de Germanie, à qui elle fit des présens magnifiques, pour l'engager à consentir à l'exécution de ses projets. Ce prince n'y fut pas insensible , & après avoir fait un très-bon accueil à Ermengarde, il fit accompagner cette princesse à son retour par un évêque & un comte, qu'il nomma sans doute pour autoriser en son nom l'élection de Louis.

Elle se fit peu de temps après dans une assemblée qui fut composée des évê-^ ques & des principaux seigneurs, & qu'on tint à Valence sur le Rhône, en 890, avant* le mois de juillet. Aurélien, archevêque de Lyon, qui avoit été précepteur 5 du jeune prince, y présida j & les métropolitains d'Arles, d'Embrun 8c de Vienne y assistèrent. Ce dernier y fit le rapport de son ambassade à Rome : il dit qu'il avoit représenté au pape Etienne les maux que souffroit la Provence, qui étoit sans roi & sans prince depuis la mort de Charles le Gros, & où il n y avoit personne en état d'apaiser les divisions & les troubles qui s'y élevoîent tous les jours, & de protéger les peuples contre les incursions, soit des Normands qui menaçoient le pays d'une irruption, soit des Sarrasins qui y étoient déjà entrés & qui le ravageoient ; que le pontife, touché de la triste situation de la province, avoit écrit à tous les évêques pour les exhorter à élire unanimement pour leur roi le jeune Louis, fils de Boson & petit-fils par sa mère de l'empereur Louis II. Après le rapport de l'archevêque de Vienne, les prélats de l'assemblée, gagnés sans doute par les intrigues de la reine Ermengarde, consentirent tous à l'élection de Louis & ne firent aucune attention à sa jeunesse, qui ne permettoit pas d'attendre de lui les services dont ils se fia ttoient } ils tâchèrent de s'excuser sur cet article en déclarant qu'ils se déterminoient à l'élever sur le trône, tant par les espérances que son éducation Se son bon naturel leur faisoient concevoir de son gouvernement, que parce qu'ils comptoient que les principaux seigneurs du pays, mais surtout le duc Richard, son oncle ^ & son tuteur, 8c la reine Ermengarde sa mère, l'aideroient de leurs conseils. C'est ainsi que ce jeune prince fut élu à Valence & couronné roi de Provence.

Comme nous n'avons plus les souscriptions des évêques qui assistèrent à cette assemblée, nous ignorons si ceux de Viviers 8c d'Uzès, dont les diocèses faisoient partie du royaume de Provence dans le temps que Boson s'en empara, souscrivirent à l'élection de Louis. Il paroît au moins que ce prince régnoit quelques années après sur les pays situés des deux côtés ^ du Rhône j mais il

' Coneilium Valenùn, dans le Recueil des Concil, ' Baluze, Miseeîîanea,'p, i56 & seq.

t« 9, p. 424 & seq. — Annal, Fuld, p. 679. — ' Ibtd, p. 162.

Baluze, Miseellanea, t. 2, p. i52. •— Aeta Sancto- ^ Hu|fO Flaviniac. Chronîcon, p. m,

ramordinis sanctl Benedicîi, saec. 5, p. 71» ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, numéros

An 890

n'est pas bien certain si toute la partie de ce royaume, située à la droite de ce fleuve dans le Languedoc, lui fut d'abord entièrement soumise, car suivant une donation ' faite deux ans après à Rostaing, évêque de Viviers, & à son église, le roi Eudes étoit alors reconnu dans ce diocèse : ce qu'on peut confirmer par d'autres monumens *, & en particulier par l'autorité de Godefroi de Viterbe^, qui rapporte que le roi Eudes, aussitôt après son élection, déclara la guerre à Boson, qui lui céda le Vivarais & le Lyonnois. Il est vrai que ce dernier prince étoit déjà mort avant l'élection de l'autre, mais l'historien peut s'être trompé, & avoir pris Boson pour Louis, son fils. On pourroît donc croire Éd. origin. qu'Eudes étendit d'abord sa domination sur le Vivarais & les autres pays du royaume de Provence situés à la droite du Rhône, 8c que Louis les soumit depuis à son empire à la faveur des troubles qui s'élevèrent après le couronnement de Charles le Simple. Quoi qu'il en soit, nous savons que Louis, à l'exemple du roi Boson son père, établit à Vienne'* le siège de son royaume, 6c qu'il étoit maître ^ du Vivarais & du diocèse d'Uzès lorsqu'il reçut la couronne impériale en 901.

XLIX. — Excursions des Normands sur les côtes de la Méditerranée.

^^ g La crainte qu'avoient les Provençaux d'une irruption de la part des Nor-

mands n'étoit pas tout à fait sans fondement, car on assure^ qu'ils étendirent leurs courses, l'année suivante, jusque sur les côtés de la Méditerranée^, & remontèrent le long du Rhône, ce qui exposa la Septimanieà de nouveaux ravages de la part de ces pirates : ils avoient déjà fait une autre irruption dans cette province, en SSç, durant laquelle ils avoient pillé* les villes d'Arles & de Nimes. Eudes, touché de tous ces désordres, également préjudiciables au royaume & à la discipline ecclésiastique, ordonna ^, pour le rétablissement de la dernière, la tenue d'un concile à Meung-sur-Loire, où se trouvèrent Théodard, archevêque de Narbonne, avec Agilbert de Béziers & Servus-Dei de Girone, ses comprovînciaux, & Adolenus, évêque d'Albi, de la province ecclésiastique de Bourges.

Eudes n'étoit pas encore alors si affermi sur le trône, qu'il n'eût beaucoup à craindre de la part de divers seigneurs, ou mécontens de son gouvernement, ou attachés à la race de Charlemagne. Il se forma entre autres, en 892, une conjuration qui donna occasion au jeune Charles, fils de Louis le Bègue, de recou-

XVI Se XXVII. — Voyez aussi au tome I, 1. IX, ' Hugo FlaTÎniac. Chronicon, p. 123.

n. cil, la Note rectificative placée par dom Vaissete ' II n'est rîen moins que certain que ce soient les

à la page 672 de l'édition originale. Normands qui aient ravagé les côtes de la Provence

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XIX. en 892. Il est plus probable que ce furent despira-

* Columbi, Fivarienses Episcopij p. 206. tes maures, avec lesquels les chroniqueurs les ont ' Godefroi de Viterbe, c. 19, t. 3. — Pistor. souvent confondus. [E. M.]

p. 533. • Voyez tome V, Chroniques, n. V.

^ Mabillon, ad ann. 890, n. 47. * Chronicon S. Pétri Vivi, — Spicilegîum, t. 2.

* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n, xvi. p. 63^. — Conciles, t. 9.

An 892

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 47 ^^ g ^

vrerdu moins une portion du patrimoine de ses ancêtres. Comme Guillaume le Pieux, marquis de Gothie, eut avec sa famille beaucoup de part à cette révolution, nous entrerons là-dessus dans quelque détail.

Eudes porte la guerre en Aquitaine contre Guillaume le PieuXy comte d^ Auvergne 6» marquis de Gothie^ 6» quelques autres seigneurs.

Rainulfe, duc d'Aquitaine, se voyant dépouillé du comté de Poitiers par le roi Eudes, qui en avoit laissé la possession à Aymar ou Adhémar, résolut ' de s'en emparer par la force & d'en déposséder ce dernier. Il se ligua pour cela avec Guillaume le Pieux, son parent & son protecteur, & implora le secours des Normands. On prétend * que pour l'obtenir plus sûrement il épousa une fille de RoUon, l'un de leurs principaux capitaines. Adhémar, pour se maintenir dans la possession du comté de Poitiers, s'unit de son côté avec les comtes d'Angoulême 8c de Périgueux. Il avoit un frère appelé Adalelme, qui s'étoit distingué 3 avec lui à la défense de Paris contre les Normands, & qui avoit un fils nommé Waltharius, qualifié alors du titre de comte. Celui-ci, soit qu'il eût été gagné par Rainulfe II '♦j soit qu'il se fût lié avec plusieurs prélats & seigneurs, qui,mécontensdu gouvernement du roi Eudes, avoient déjà secrètement formé un parti contre ce prince en faveur du jeune Charles, se révolta le premier au mois de juillet de l'an 892 & se saisit de la ville de Laon. Eudes n'en fut pas plus tôt informé, qu'il marcha vers cette ville, la remit sous son obéissance, & fit trancher la tête à Waltharius, qui étoit son petit ^ neveu ou du moins son proche parent, mais la révolte avoit déjà passé en Aquitaine, où les principaux seigneurs s'étoient mis en armes.

Le duc Rainulfe, Gauzbert son frère & l'abbé Ebles étoient à la tête des rebelles de cette province. Le dernier étoit ^, à ce qu'il paroît, oncle paternel des deux autres, & s'étoit signalé aussi à la défense de Paris contre les Normands. Comme c'étoit un seigneur également recommandable par sa naissance & par son propre mérite, le roi Eudes, à son avènement à la couronne, fit tout son possible pour se l'attacher. Il le maintint dans la possession des abbayes de Saint- Hilairede Poitiers, de Saint-Denis & de Saint-Germain-des-Prés, & le nomma chancelier de France ^j mais les intérêts de sa propre Êimille l'emportèrent

' Adhémar de Chabanais, p. 164. — Chronîcon MaUeac,

* Besly^ Histoire des i:omtes de Poitou^ p. 119. ' Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 91.

^ Mabillon, ad ann. 892, n. 68.

* Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 91.

< nid. 82 & SUIT.

' Il y a plusieurs inexactitudes dans ce que rapportent ici les Bénédictins. Ranulfe II ne put prendre part à la levée de boucliers de ses frères en 892, puisqu'il était mort en 890. Gauzbert 8c Ebles, ses frères, se révoltèrent seuls en 892. Le

dernier était abbé de Saint-Hîlaîre de Poitiers ; mais il n'est pas le même qu'Eble, abbé de Saint- Germain-des-Prés 8c de Saint-Denis , qui Tivait à la même époque. Les frères Adhémar 8c Âdelelme, qui, selon Abbon, prirent part à la défense de Paris contre les Normands, ne sont pas les mêmes qu^Adhémar, filsd'Emenon, 8c son frère Adalelme, qui périt dans une attaque contre le ch&teau d*Aurillac. Enfin, ce ne fut pas Ranulfe II, mais Ebles, son fils, qui épousa une fille de Rollon, duc des Normands. Voyez, tome II de cette édition, l'addition à la Note LXXXVII. fE. M.]

sans doute auprès de lui, sur la fidélité qu'il avoit promise à ce prince. Abbon', auteur contemporain, met encore au nombre des seigneurs aquitains qui, dans cette occasion, se soulevèrent contre Eudes, Guillaume, comte d'Auvergne Se marquis de Gothie, qui fut suivi sans doute de plusieurs autres, puisque selon le même historien, il paroît que presque toute l'Aquitaine se révolta alors.

Eudes avoit déjà repris la ville de Laon sur le comte Waltharius lorsqu'il Éd. origin. apprit Cette révolutiou. Il partit incontinent, & s étant avancé ^ vers le Poitou, il se joignit à Adhémar, comte de ce pays & ennemi de Rainulfe. Il fit d'abord le dégât dans les terres des rebelles sans vouloir entreprendre le siège d'aucune place forte. Il passa de là dans le Limousin, 8c ensuite en Auvergne, où il se campa auprès des conjurés, à la tête desquels étoit Guillaume, comte d'Auvergne 8c marquis de Gothie. Les deux armées, qui n'étoient séparées que par une rivière, demeurèrent en présence, 8c Eudes n'osa tenter le passage. Il se contenta de déclarer criminel de lèse majesté le comte Guillaume 8c de le dépouiller de ses dignités, entre autres du comté d'Auvergne, dont il disposa en feveur d'Hugues, qui avoit été auparavant comte de Bourges ^.

Celui-ci'* voulant se mettre en possession de l'Auvergne, s'avança dans le pays accompagné de deux vaillans capitaines, le comte Roger, son neveu, 8c Etienne. Guillaume, de son côté, connoissant son dessein, marcha à sa rencontre, 8c leurs troupes en vinrent bientôt aux mains. Le combat fut d'abord très-vif. Roger 8c Etienne jetoient la terreur dans le camp de Guillaume qui avoit déjà perdu cent de ses meilleurs soldats, lorsque ce prince ayant rencontré Hugues, qui avoit fait à peu près une égale perte, ils en vinrent tous les deux à un combat singulier. Guillaume porta un si rude coup de lance à l'autre qu'il le désarçonna 8c le fit tomber à terre. Hugues, se voyant sans ressource, eut recours à la clémence de son vainqueur. Guillaume, se laissant emporter à l'ardeur du combat, écouta moins alors son inclination naturelle que son ressentiment particulier. Il répondit à Hugues que c'étoit trop tard qu'il demandoit quartier, lui enfonça en même temps la lance dans la poitrine & le laissa mort sur la place. Cette action fit plier aussitôt le reste des ennemis de Guillaume 8c lui assura la victoire, dont le principal fruit fut la paisible possession de ses dignités. Mais revenu depuis à lui-même, 8c honteux d'avoir porté trop loin son ressentiment contre Hugues, il témoigna du regret de n'avoir pas accordé la vie à ce seigneur, quoique son ennemi.

LI. — Charles le Simple reconnu roi de France. — Eudes quitte V Aquitaine

(y marche contre lui.

Eudes étoit occupé de cette guerre 8c faisoit tous ses efforts pour remettre ^

' Abbon, de BeUo Paris. 1. 2, p. $22. * Abbon, de BeUo Paris, 1. 2, p. 522.

■ Ihid, ' Abbon, de BeUo Paris. 1. 2, p. 52 2. — Reginon,

* Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 73. Chronicon. — Annal, Mettens, p. 328.

l'Aquitaine sous son obéissance , quand il apprit la conjuration de plusieurs seigneurs françois. Foulques, archevêque de Reims, qui étoit à leur tête', entretenoitdes liaisons très-étroites avec les fils de Gosfred, Tun des principaux rebelles aquitains, & avec le comte Egfrid ou Acfred, qui paroi t le même que le comte de Carcassonne de ce nom, beau-frère de Guillaume le Pieux. Le dessein des conjurés ëtoit de détrôner Eudes & de mettre k sa place le jeune Charles, qui étant alors âgé d'environ quatorze ans, se trouvoit en état de gouverner par lui-même avec le conseil des grands du royaume 5 en sorte que par là tomboit entièrement le spécieux prétexte dont Eudes s'étoit servi pour exclure ce prince de la succession k la couronne.

Ces mouvemens donnèrent de l'inquiétude au premier , qui s'alarma bien ÂTlôaT plus quand il fut informé que l'arcbevêque Foulques avoit couronné l'autre à Reims, sur la fin de janvier* de l'an 893. Eudes résolut aussitôt de passer en France, & se pressa d'apaiser les troubles d'Aquitaine, soit par la voie des armes, soit par celle de la négociation. Il écrivit en même temps à Arnoul, roi de Germanie, qu'il avoit eu la précaution de mettre dans ses intérêts, pour se plaindre de la conduite de l'archevêque de Reims 8c des autres conjurés de France, qui, k son préjudice, venoient d'élever le jeune Charles sur le trône. Cette lettre eut l'effet qu'il en attendoit. Arnoul écrivit aussitôt k ce prélat pour lui témoigner le mécontentement qu'il avoit de sa démarche. Foulques répondit ^ k ce prince 8c fit son apologie. Il insiste principalement sur l'abus qu'Eudes faisoit de son autorité 8c sur l'injustice qu'on avoit faite ^ Charles de l'exclure de la couronne de France dont il devoit hériter par sa * naissance, comme Arnoul avoit hérité lui-même par un droit semblable de celle de Germanie. Il l'exhorte ensuite vivement k prendre la défense de ce jeune prince, son parent, s'il vouloit assurer la succession de son royaume k ses enéins 8c ôter k des étrangers le prétexte de l'envahir.

Eudes, après avoir engagé Arnoul k se déclarer en sa faveur, se hâta de terminer les affaires d'Aquitaine. Il se rendit k Poitiers'* où il fit, k ce qu'il paroît, un traité avec Rainulfe II, l'abbé Ebles 8c le comte Guillaume. ^n^pj^jJ: On voit du moins, par la suite, que Rainulfe 'fut rétabli dans le comté de Poitiers, Ebles dans ses dignités, 8c que Guillaume demeura paisible possesseur du marquisat -de Gothie 8c du comté d'Auvergne. Eudes ^ accompagné du comte Robert, son frère, prit ensuite la route .de France 8c marcha k la rencontre du roi Charles, qui s'étoit mis en armes k la tête de son parti } mais ce jeune prince, se voyant trop foîble pour résister k son compétiteur, se retira dans la Germanie auprès du roi Arnoul, son cousin, qu'il alla trouver k Worms, où ce dernier tenoit une diète au mois de juillet. Charles implora son secours 8c sa protection contre Eudes, 8c il fit tant, soit par ses présens ,

* Frodoard, Historia Remens. 1. 4, c. 1, 3, ** ÂdhéAar de Chabanais, p. i63. — Chron.MaU 4 & 5. leac. p. 20.

• Mabillon, ad ann. 862, n. 38 j 894, n. 75. * Reginon, Chronieon. '— Annal, Mettens. p. 3x8. ' Frodoard, Historia Remens, l, 4, c. 5. — Abbon, de Bello Paris. 1. 2, p. 622.

An 893

JO

soit par sa soumission, qu'enfin Arnoul lui promit lun 81 l'autre, 8c ordonna aux évêques 8c aux comtes des pays situés le long de la Meuse de se mettre en armes 8c de s'assembler en corps d'armée. Il en donna le commandement à Zuentibold, son fils naturel, avec ordre de marcher contre Eudes. Ces troupes se mirent aussitôt en mouvement 8c s'avancèrent jusques à la rivière d'Aisne ; mais sur la nouvelle de l'approche d'Eudes, elles se débandèrent 8c abandonnèrent le roi Charles à la merci de son concurrent; ce qui obligea ce jeune prince, pour ne pas tomber entre les mains de ses ennemis, à chercher son salut dans la fuite. Il se retira en Bourgogne 8c il n'y fut longtemps sans reprendre les armes. Il rentra en France 8c fit la guerre aux partisans du roi Eudes, qui se tenoit du côté de Paris pour mettre cette ville à couvert des entreprises des Normands. Ainsi le royaume étoit alors également désolé 8c par les courses de ces pirates 8c par la guerre civile.

LU. — Nouveaux troubles en Aquitaine. — Soumission de ce royaume

£» de la Septimanie au roi Eudes,

Il paroîtque cette guerre continuoit toujours dans l'Aquitaine 8c que tous les rebelles du pays n'avoient pas encore mis bas les armes. L'abbé Ebles qui assiégeoit entre autres un château, qu'on prétend' être celui de Brillac, en Poitou , y fut tué d'un coup de pierre * le dixième jour d'octobre de l'an 893. Nous ignorons si cet abbé, meilleur soldat que bon ecclésiastique , avoit entrepris ce siège ou pour ou contre le reste des rebelles d'Aquitaine. Il paroi t cependant assez vraisemblable qu'il avoit pris les armes pour remettre le duc Rainulfe II, son neveu 3, dans la possession du comté de Poitou dans lequel Eudes l'avoit rétabli 8c que le comte Adhémar faisoit difficulté de lui remettre. Quoi qu'il en soit, le même Rainulfe ne survécut pas longtemps à son oncle. Le roi Eudes, lorsqu'il eut fait sa paix avec lui, avant son départ d'Aquitaine, doutant apparemment de la sincérité de sa réconciliation, 8c voulant s'assurer de sa personne, lui persuada de le suivre 8c le fit empoisonner quelque temps après^. Rainulfe, avant que d'expirer, fit appeler le comte Géraud, son parent 8c son ami , qui se trouvoit alors à la cour 8c lui recommanda le jeune Ebles, son fils, qu'il avoit eu d'une concubine. Sa mort arriva en ^ 898, après le i5 du mois d'octobre ^.

' Labl>e, Tahl. génial, p. 386.

* Reg;lnon, Chronicon, — Annal. Mettens, p. 828. — Mabillon, ad ann. 892, n. 69.

' Ebles l'abbé était frcic de Ranulfe II Scnon son oncle. Il ne put travailler en 898 à rétablir Ranulfe dans son comté, puisque Ranulfe était alors mort depuis deux ans. Quanta ce que dom Vaissetc rapporte au sujet de la mort de ce comte arrivée à la cour du roi Eudes & de la jeunesse d'Ebles, c'est le récit d' Adhémar de Chabanais qu'il 'emprunte ; mais ce récit est dénué de vraisemblance. Voyez au

tome II, notre addition à la NoteLXXXVll, [E. M.] ^ Adhémar de Chabanais, p. i63. — Chronicon MaUeac, p. 201. — Besly, ^iif . des comtes de Poitou, p. 2o3.

» Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 85.

^ La mort de Ranulfe II, telle qu'elle est racontée ici, paraît être une fable. Voyez notre addition à la "Note LXXXVII, où nous avons établi que Ranulfe II mourut en 890 ou 891 au plus tard, & non en 893, comme le veulent tous les auteurs, d'après Adhémar de Chabanais. [E. M.]

HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XI. 5i ^^^ g 3

Eudes, après s'être défait de ce duc, fit venir Adhémar & lui donna le comté de Poitiers. D'un autre côté, le comte Géraud, fidèle à sa promesse, emmena secrètement le jeune Eblesen Aquitaine, auprès de Guillaume, comte d'Auvergne 8c marquis de Gothie, leur parent commun, qui prit soin de son éducation. Il paroît qu'Eudes disposa quelque temps après en faveur du même Guillaume du duché d'Aquitaine, dont Rainulfe avoit été revêtu, soit pour le gagner à son parti, soit pour l'empêcher de tirer vengeance de la mort de ce dernier. On pourroit croire aussi que Guillaume, qui étoit de la même race que Rainulfe» s'empara de ce duché après sa mort comme d'un bien héréditaire, 8c qu'Eudes n'osant blâmer son entreprise lui en confirma la possession : car, i^ c'est seulement depuis ce temps-là que Guillaume le Pieux, comte d'Auvergne, prit le titre de duc d'Aquitaine ; 2® il fut, depuis, en bonne intelligence avec le roi Eudes, qu'il appelle * son seigneur , longtemps après la mort de ce prince, &c du vivant de Charles le Simple ; 3<> enfin nous voyons que le roi Eudes régna toujours depuis paisiblement sur toute l'Aquitaine, la Septimanie 8c la Marche d'Espagne 8c que ce ne fut qu'après sa mort que Charles le Simple fut reconnu dans ces provinces. Nous inférons de tout cela qu'Eudes confirma le comte Guillaume dans la possession de ses dignités.

LIIL — Mort de S, Théodard j archevêque de Narbonne. — Fondation de

Vabbaye de Montauriol, aujourd'hui Montauban.

Au milieu des troubles cpie causoit dans le royaume la guerre civile, la Sep- Éd orimn. timanie eut le malheur de perdre l'un de ses principaux ornemens en la personne de Théodard, archevêque de Narbonne. L'amour que ce saint prélat* avoit pour l'église 8c pour son troupeau le rendit également attentif à procurer l'avantage de l'un 8c de l'autre. Son zèle pour la beauté de la maison du Seigneur parut surtout par .le soin qu'il prit d'élever dans sa cathédrale un autel de marbre blanc, soutenu de colonnes de la même matière, à la place d'un autre que les Sarrasins avoient détruit dans le temps qu'ils s'étoient rendus maîtres de Narbonne. Après y avoir fait travailler depuis son élévation à l'épiscopat, il en fit la dédicace le 3 du mois d^octobre de Van 890, la cînquième année de son épiscopat £» la troisième du règne d^Eudes, indiction vill. Il fit élever auprès un trône épiscopal de marbre.

Théodard ne se rendit pas moins recommandable par sa charité, dont il donna des marques éclatantes en deux occasions : la première, lorsque les Sarrasins d'Espagne, qui faisoient de fréquentes incursions sur les côtes de la Septimanie, eurent emmené en captivité un grand nombre de ses diocésains } 8c l'autre dans le temps que le pays souffroit d'une cruelle famine depuis trois ans. Après avoir employé d'abord tous les revenus de son évêché 8c les biens de son propre patrimoine, il vendit jusques aux vases sacrés de son église, tant

' Baluze, Histoire généal. de la maison ^'Auvergne, ' Fita S. Theod, dans les Bollandistes , 1" mai,

t. 2y p. I I & suiv. p. 1 5o & seq.

An 893

pour racheter les captifs que pour soulager une infinité de misérables qui mouroient de faim. Il dédommagea dans la suite son église, à laquelle il fit divers présens & qu'il enrichit de précieux reliquaires.

Ce saint * prélat fut attaqué, au milieu de ses travaux apostoliques, d une fièvre qui le mina insensiblement pendant les trois dernières années de sa vie, jusqu'à ce qu'enfin voulant éprouver si l'air ilatal ne pourroit pas contribuera rétablir sa santé, il se fit transportera Montauriol, où ses ancêtres avoientfait bâtir un monastère sous l'invocation de S. Martin, évêque de Tours. Il fut à peine arrivé dans ce lieu, situé sur les frontières du Toulousain 8c du Querci, à l'endroit où le ruisseau de Tescou qui sépare ces deux pays se jette dans le Tarn, que sentant son mal augmenter, & qu'il approchoit de son terme, il se fit administrer les derniers sacremens par l'abbé & les religieux, & mourut enfin au milieu d'eux le premier de mai de l'an 893. Il fut inhumé dans le même lieu, & le concours extraordinaire de peuple qui accourut au bruit de sa mort, pour assister à ses funérailles, fut une marque bien sensible de la réputation de sainteté qu'il s'étoit acquise. Son corps fut d'abord déposé dans un cercueil de pierre près de l'autel d'où il fut tiré dans la suite* pour être rais dans une châsse d'argent & exposé à la vénération des fidèles. Les miracles continuels que Dieu opéra à son tombeau ne contribuèrent pas peu à accélérer sa canonisation, &c il étoit déjà reconnu pour saint au milieu^ du dixième siècle. Le monastère de Saint-Martin où il étoit inhumé avoît déjà pris alors son nom, ou celui de Saint-Audard, qui est le même. Il prit dans la suite celui de Montauban, après qu'Alphonse Jourdain, comte de Toulouse, eut fondé cette ville en 11 44, auprès de laquelle il étoit situé. Le pape Jean XXII l'érigea en cathédrale au commencement du quatorzième siècle & il fut détruit au seizième par les calvinistes qui pillèrent la châsse du saint & dispersèrent ses ossemens. On prétend^ qu'un pieux ecclésiastique trouva moyen d'en recueillir une partie, qu'on conserve encore dans l'église de Montauban. Celle de Narbonne en possède une petite portion.

Au reste, l'historien de l'église ^ de Montauban se trompe visiblement, lorsqu'il avance que l'abbaye de Saint-Martin ou de Saint-Théodard fut fondée au huitième siècle, sous le règne de Pépin le Bref, par des religieux de celle de la Chaise-Dieu, en Auvergne, puisque cette dernière ne commença que vers la fin du onzième. Nous n'avons donc rien de certain touchant l'origine de l'abbaye de Montauban que quelques traditions fabuleuses rapportées par le même auteur, & qui ne méritent aucune créance. Ce qu'il y a de vrai, c'est que cette abbaye subsistoit déjà à la fin du neuvième siècle, & qu'elle fut soumise dans la suite à celle de la Chaise-Dieu qui la réforma. Cette dépendance a duré jusques à l'érection en cathédrale du monastère de Montauban, qui fut enfin sécularisé en i526.

» BoUandistcs, i" mai, p. i55 & seq. * Voyez tome V,Chartes& Diplômes, n. XCVII.

■Le Bret, Histoire de Montauban, p. 41 & ^ Le Bret, Kisroire «/eMpntaiiiaff , p. 42 & suit.

SUÎY. s liid. p. 37 & SUIT.

LIV. — Translation des reliques de S* Majan à Vahhaye de Villemagne.

An 893

On assure que vers la fin de Tépiscopat de S. Théodard, & sous celui t^ii®"^^d'Agilbert, évêque de Béziers, deux religieux de labbaye de Villemagne dans ce dernier diocèse allèrent, sous prétexte de dévotion', dans un lieu de l'ancien Toulousain, situé près de la ville de Lombez, à la gauche de la Garonne, où Ton conservoit les reliques de S. Majan, confesseur; qu'après avoir fait quelque séjour en ce lieu ils enlevèrent secrètement ces reliques & les transportèrent dans leur abbaye, qui, à ce qu'ajoute l'historien de cette translation % changea alors sçn nom de Cogne en celui de Villemagne , qu'il feit dériver de Vîlla-Maiani ^ mais cet auteur se trompe en cela, puisqu'il est certain que ce monastère subsistoit déjà sous le nom de Villemagne dès le commencement du neuvième siècle, comme on peut voir par le catalogue des monastères dressé au concile d'Aix-la-Chapelle, l'an 817. Il est vrai cependant que l'abbaye de Villemagne s'appeloit^ anciennement Cogne. On la nomma Villemagne VArgentièrey parce qu'il y avoit autrefois des mines d'argent dans les montagnes du voisinage. S. Majan fut son principal patron depuis '^ cette translation.

LV. — Paix entre Eudes 6» Charles le Simple. — Partage du royaume entre

ces deux princes. — Sort de la Province.

Charles, à qui la postérité a donné le surnom de Simple, à cause de son peu de capacité pour le gouvernement, continuoit cependant de disputer la couronne de France à Eudes ; mais ne se sentant pas assez fort pour l'emporter sur ce dangereux concurrent, il étoit enfin résolu d'appeler les Normands à son secours 8c de se liguer avec eux, quand Foulques, archevêque de Reims, son principal partisan, averti de ce dessein 5, fit tousses efforts pour l'en détourner. Charles étoit réduit à cette extrémité parce qu'il ne pouvoit plus compter sur Arnoul , roi de Germanie, qu'Eudes avoit trouvé moyen de remettre dans ses intérêts. Ce dernier ayant été obligé d'aller en Aquitaine pour achever de pacifier le pays, l'archevêque de Reims négocia si heureusement pendant son absence auprès de Zuentibold, roi de Lorraine & fils naturel d'Arnoul, qu'il le gagna au parti de Charles & l'engagea de s'armer en faveur de ce prince. Zuentibold entreprit le siège de Laon. Eudes n'en fut pas plus tôt informé, qu'ayant repassé la Loire, il vint au secours de la place & obligea le roi de Lorraine à se retirer. A la faveur de ces troubles , les Normands coururent toute l'Aquitaine^ & la mirent au pillage.

* Voyez tome V, Chroniques, n. II, — Mabinon, ' Ihid. n. II.

Acta Sanctorum ordinis sancti BeneUcti, satc. 4, ^ Baluze, îfot. In Capital, t. 2, p. 1099.

part. 2, p. 590 & seq. ' Frodoard, Historia Remens, 1. 4, p. 6o8.

• Voye« tome V, Chroniques, n. II. • Duchesne, t. 4, p. 53.

An 895

An 890 "

Il n'y avoit que la paix entre les deux prétendans au trône qui pût faire espérer la fin de ces malheurs. Charles 8c Eudes s'accordèrent* enfin par lentremise de l'archevêque de Reims & firent un traité suivant lequel ils partaj^^ 2 6 gèrent entre eux la monarchie. Les pays situés entre la Seine, TOcéan, les Pyrénées, TEspagne & la Méditerranée, échurent au dernier, qui en étoit déjà le maître & qui en demeura par là paisible possesseur, à condition néanmoins de tenir de Charles cette portion du royaume 6c de le reconnoître pour son seigneur. Celui-ci eut pour sa part les pays situés entre la Seine & le Rhin, ce qui fait voir qu'il prétendoit que le royaume de Lothaire devoit lui appartenir, quoique Zuentibold l'occupât alors. Cette paix entre les deux rois fut conclue vers le milieu de Tan 896*. Eudes continua ainsi de régner sur l'Aquitaine, la Septimanie & la Marche d'Espagne jusques à sa mort. On a, en effet, une médaille^ que la ville de Toulouse fit frapper en son honneur.

LVL — Abbaye de Montredon dans la Septimanie*

Ce prince exécuta fidèlement l'article de ce traité, suivant lequel il devoit reconnoître Charles le Simple pour son seigneur j c'est ce qui paroît entre autres par un de ses diplômes^ suivant lequel il maintint pour le bien de son âme y &» au nom du roi Charles son seigneur {In eleemosynam domni £» senioris nostri Caroli) le monastère de Montredon dans la Septimanie, dans la possession de ses biens situés dans les pays de Girone, de Razès &c de Carcassonne, 8c confirma les chartes que les rois, ses prédécesseurs, avoient accordées en sa faveur. Ce diplôme qui est sans date est donc postérieur à la paix conclue entre les deux rois. Téneric étoit alors abbé de Montredon, 8c il avoit fait un voyage exprès à la cour pour représenter à Eudes la pauvreté 8c le mauvais état de ce monastère, dont on ignore la véritable situation } il étoit vraisemblablement dans le diocèse de Narbonne où l'on voit un lieu de ce nom.

LVn. — Diplôme de Louis, roi de Provence, en faveur de Véglise d'Ujès.

Durant la division qui régna entre Eudes 8c Charles le Simple, Louis , roî de Provence , étendit sa domination sur la partie de ce royaume située à la tli,^?.^]"'. droite du Rhône, si tant est qu'il ne Teût déjà fait aussitôt après son couronnement. Il est du moins certain qu'il étoit maître de ce pays à la fin de l'an 896, puisqu'Amelius, évêque d'Uzès, le regardoit alors comme son souverain. Ce prélat 5 fut le trouver, en effet, à Orange, pour le prier de foire restituer à son église plusieurs biens qu'on avoit usurpés 8c de la confirmer dans la possession

' Frodoard, Historia Remens, 1. 4, c. 4, p. SçS & * Daniel, Histoire de France, p. 862.

£cq. — Duchcsne, t. 3, p. 356.-^^ Marca Hispanica, ^ Mabillon, Annal, Bened. t. 3, p, 3oi, nu-

p* 374. méro 694.

• Voyez tome IV, Note IV. » Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n XVI.

de ceux dont elle jouissoit actuellement. Louis lui accorda toutes ses demandes 8c lui donna de plus, en considération de sa fidélité &• de ses services, de même qu'à ses successeurs & à sa cathédrale de Saint-Tliéodorite, martyr, 1 église de Saint-Bausile située au voisinage d'Uzès, vers le septentrion, que S. Firrain, évêque de cette ville, avoit fait construire 8c dans laquelle il avoit été inhumé 5 celle des SS. Julien, martyr, André, apôtre. Se Basilisse, vierge, bâtie au milieu de la ville par les soins du même pftlat j celle des apôtres S. Pierre 6c S. Paul que S. Féréol^ aussi évêque d'Uzès, avoit fait édifier Drès de cette ville, du côté du septentrion, 8c dans laquelle il avoit son tom-- )eau; 8c quelques autres églises ou domaines. Il paroît, par un diplôme" du roi Louis le Jeune, que ces trois églises appartenoient à autant de monastères; ainsi celui que S. Féréol avoit fait bâtir à Uzès au milieu du sixième siècle subsistoit encore au milieu du douzième.

LVIII. — Arnuste, archevêque de Narbonne. — Comté de Minervois.

Arnuste, archevêque de Narbonne, obtint de son côté, en 896, une bulle du pape Etienne, successeur de Formose, pour la confirmation des privilèges de son église. Ce prélat avoit succédé immédiatement, à ce qu'il paroît^, à S. Théodard, quoique les preuves les plus anciennes que nous ayons de son épiscopat ne soient que de cette année ; car il est faux^ qu'il ait tenu un concile à Jonquièresen 894, dans le diocèse de Maguelonne, comme l'ont cru quelques auteurs. La bulle du-pape Etienne dont on vient de parler 8c qu'on peut voir en différentes collections'*, est datée de Rome, le 20 du mois d'août, indiction Xiv, la première année après le couronnement d'Arnoul, empereur, ce qui revient à Tan 896. Le pape confirme en faveur d'Arnuste, qu'il qualifie archevêque du premier siège de la sainte église de Narbonne, les privilèges de cette église, de celle de Saint-Paul de la même ville, 8c du monastère de Saint-Laurent qui dépendoit de la première, 8c leur accorde la possession des biens qu'elles tenoient de la libéralité des empereurs 8c des rois , dans les comtés de Narbonne, de Razès , de Minervois , d'Ausone, de Béziers 8c de Nimes. Le pape ajoute que lorsque le siège de Narbonne viendroit à vaquer, les successeurs d'Arnuste seroient tirés du clergé de cette église, s'il s'y trouvoit quelqu'un digne d'être élu , 8c que dans la vacance des autres églises de la province, l'archevêque de Narbonne, qui présideroit à l'élection des nouveaux évêques , pourroit proposer quelqu'un de son clergé , en cas que dans celle qui vaqueroit il ne se trouvât aucun sujet capable de remplir le siège épiscopal.

Nous trouvons ici le titre de comté donné au Minervois, pays compris alors dans le diocèse de Narbonne, 8c aujourd'hui , pour la plus grande partie, dans

' Voyez tome V, Chartes 8t Diplômes, n. CIH. ^ Catel, Mim, pour l'histoire du Languedoc, p. 772.

•Voyez tome II, îfote XCII. ^Gaîlia Christiana, 1. 1, p. 371.— Labbe, Bibl. novet

» Baluze, Not, in concil, Narh, p. 4 & seq. mss, t. 1, p. 804. — Conciles, t. 9, p. 476 & suiy.

An 896

An 896

celui de Saint- Pons. On pourroit conclure de là que ce même pays étoit gouverné au neuvième siècle par un comte particulier, & qu'il avoit été détaché de l'ancien comté de Narbonne, en même temps que ceux de Razès & de Fenouillèdes, qui feisoient partie du diocèse de cette ville. Nous ne connoissons cependant aucun comte de Minervois, mais seulement des vicomtes de ce pays, dont nous parlerons dans la suite *.

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