‹ Histoire générale de Languedoc, avec des notes et les pièces justificatives (volume 3)Chapitre 79 sur 234 · LXX. — Comtes de Roussillon · texte numérisé non relu

LXX. — Comtes de Roussillon

Ce comte vîvoit encore au mois de juillet de la quatrième année de Charles le Simple ou de l'an 901, 8c rendit* alors un jugement en faveur de l'abbaye de Cuxa. Comme il n'est plus parlé de lui dans la suite, il y a lieu de croire qu'il mourut peu de temps après ^. Quoiqu'il paroisse que les comtes de Rous-

* Marca Hispan'ica, p. 833 & seq. — Voyez tom« IV, Note IV. •

* Marca Hispanica, p. 835.

^ Les auteurs de VHistoire de Languedoc ont commis plusieurs erreurs dans ce qu'ils rapportent ici sur les comtes de Roussillon. D'abord Miron, frère de Wifred le Velu & comte de Roussillon, mourut en 895 8c non après Tannée 901. Raoul fut

seulement comte de Conflans; Oliba, son fils, mourut avant lui. Le successeur de Miron au comté de Roussillon fut Suniairell, qui était comte d'Àmpurias depuis 880 au moins. Celui-ci est l'auteur de la famille des comtes de Roussillon. Il eut quatre fils : Bencion ScGauzbert, comtes d'Ampurias &.dc Roussillon après lui $ Elmerade & Wadalde, qui furent successivement évêques d'Elne. Quant à décider

An 902

sillon, ses successeurs, fussent de sa famille, qui étoit la même que celle des comtes de Barcelone , nous ne connoissons pas bien cependant leur descendance. Nous trouvons d'abord un comte nommé Radulfe ou Raoul, qui, de' concert avec Ralinde, son épouse, donna la sixième année du règne de Charles le Simple, ou Tan 904, à labbaye de la Grasse , le lieu de Padillan dans le Roussillon. Nous ne doutons pas qu'il ne fût comte de ce pays, & peutêtre est-il le même que Raoul, comte de Conflans, qui aura succédé à son frère Miron dans le comté de Roussillon. On voit par la même donation du comte Raoul, qu'il avoît alors un fils nommé Oliba. Nous ignorons si celui-ci lui succéda dans ses dignités. On trouve* ensuite Bencion & Gauzfred, frères d'Almérade, évêque d'Elne, qui possédoient le Roussillon par indivis en 916. Le premier mourut vers le même temps &, à ce qu'il paroît, sans postérité; car ui'Cpf^t'. Gauzfred, son frère, qui lui survécut longtemps, jouit du comté de Roussillon en entier. On^ conjecture qu'ils étoient fils du comte Suniarius & d'Ermengarde, dont le même Gausbert fait mention dans une charte^ de l'an 930. On peut encore conjecturer qu'ils étoient proches parens des comtes de Carcassonne Se de Razès qui vivoient alors,. Se parmi lesquels on trouve les noms d'Oliba & de Bencion.

LXXI. — Alliance de V empereur Louis V Aveugle avec Guillaume le Pieux.

L'alliance que Guillaume le Pieux, duc d'Aquitaine, marquis de Gothie 8c comte d'Auvergne, avoit contractée avec l'empereur Louis l'Aveugle, dont il avoit épousé la sœur, nommée Ingelberge^, contribua sans doute beaucoup à affermir le dernier sur le trône de Provence & à maintenir l'autre dans l'autorité qu'il s'étoit acquise, par ses dignités, sur une grande partie du royaume. L'union qui étoit entre eux paroît en particulier par un diplôme que Louis étant ^ à Vienne sur le Rhône, au mois de novembre de l'an 902, peu de temps après son retour d'Italie, accorda à la prière de Guillaume, duc &• marquis^ en faveur de Bernard 8c Teutbert, ses vassaux, à qui il donna l'abbaye d'Ambierle dans le Forez, à la droite du Rhône. Le royaume de Provence s'étendoit donc alors jusque dans ce pays. Quant à l'époque du mariage de Guillaume le Pieux avec Ingelberge, sœur de Louis, on^ convient qu'il ne se fit qu'après Tan 886 8c sans doute même plusieurs années après, puisqu'il paroît certain^ que cette princesse étoit fille d'Ermengarde, seconde femme de Boson , roi de Provence, que ce prince n'épousa qu'en 876. Aussi n'avons-nous

si Suniaire II était parent des comtes de Barcelone, ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-

c>st ce qu'on ne peut faire sans témérité. On ne méro LXXXVII, n. lop&suiv.

peut pas savoir davantage s*il était parent des ^ Voyez au tome II de cette édition, Paddition à

comtes de Carcassonne & de Razès. Cela est peu pro- la Note LXXXVII , où est rapportée la généalogie

bable. [E. M.] des comtes de Roussillon. [E. M.]

'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ' Mabillon, ^nnaZ. ^eixe<£. ad ann. 902, n. i3.

méro XXVIII. ' Baluze, Histoire génial, de la. maison d'Auver^

' * Marea Hispanica, p. 889 & seq. gne, t. i, p. 12.

* Ibid. p. 383. • Voyez ci-dessus, n. xxxix

An 90^

aucun monument qui prouve que Guillaume le Pieux & Ingelberge aient été mariés avant Tan 898 ' .

Louis, frère de cette princesse, fit un voyage à* Lyon au mois de septembre ^„ 3 de lan 903 & y donna, à la recommandation du comte Teutbert dont on vient de parler, à Amélius, évêque d'Uzès, son vassal, le lieu de Frétas & leglise de Saint-Remi dans le comté d'Avignon : nouvelle preuve que Louis TAveugle étendoit sa domination à la droite du Rhône; il paroît, d'ailleurs^, que ce prince étoit maître du Vîvarais. On voit par là que ce pays & celui d'Uzès étoient alors frontières du royaume de Septimanie.

LXXII — Royaume de Septimanie,

Il est fait mention de ce dernier royaume dans une charte du roi Charles ^ le Simple du ^Z de juin de l'an 904, par laquelle ce prince, à la recommandation de Robert, frère du roi Eudes, donne en propriété à un de ses vassaux nommé Théodose, tant pour lui que pour sa postérité, plusieurs terres qui appartenoient au fisc dans le pays de Narbonne & dans les comtés de Roussillon & de Besalu, avec la liberté de faire des acquisitions dans tout son royaume de Gothie ou de Septimanie, sans être assujetti à aucun service. Charles soumet en même temps tous ceux qui faisoient leur demeure dans ces terres, aux mêmes corvées & obligations, à l'égard de Théodose & de ses successeurs, auxquelles les Espagnols réfugiés ou autres vassaux étoient assujettis envers les comtes du pays. IJn privilège si singulier^ prouve que ce seigneur, dont on ne connoît pas l'origine, étoit un personnage de considération.

Cette charte prouve aussi que le royaume de Gothie ou de Septimanie^ dont il est parlé dans divers autres monumens^ du dixième siècle, s'étendoit en deçà & en delà des Pyrénées & qu il comprenoit non-seulement la Septimanie propre, ou partie du Languedoc avec le Roussillon, mais encore la Marche d'Espagne ou Catalogne, contre le sentiment d'un moderne® qui paroît soutenir que le s^iil diocèse d'Urgel dans la Marche d'Espagne étoit compris dans ce royaume. Au reste, la charte dont on vient de parler est datée de Vienne, ce qui pourroit peut-être faire croire que Charles le Simple s'étoit avancé, alors, du côté du Rhône pour faire la guerre à Louis, roi de Provence. Mais outre que nous trouvons en Champagne un^ palais appelé Vienne, où Charles aura été plus vraisemblablement, les entreprises continuelles que les Normands fai-

' Baluze, Histoire génial, de la maison d'Auver- ait jamais fait un royaume particulier. Il n'y a

gne^ t. 2, p. 10. jamais eu de rois de Gothie ou de Septimanie. Ce

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XXIX. pays est appelé royaume par Charles le Simple,

3 /4,*^. parce qu'il faisait partie de ses États. [E. M.]

< Capttulatres, t. 2, p. i525 & suir. ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XXXVI

' Marca Hispaniea, p. 877. & XLIII.

« De ce que la Septimanie est qualifiée royaume • Baluze, Not. in concil. Narb. p. 6 Scseq.

dans plusieurs documents, il ne s'ensuit pas qu'elle » Adrien de Valois, Notitia Galliarum.

An 90^

An 904 '

soient en ce temps-là dans l'intérieur du royaume ne permettoient guère à ce prince de s'engager dans une pareille expédition.

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