tome II, Note LXXXVII, n. 1 08. » Voyez tome IV, Notes XVI & XVII
3 Baluze, Histoire généal. de la maison d' A uver- «Voyez tome II, Note LXXXVII, & tome IV,
gne, t. 2, p. 18. Note XXVI, n. 7.
^Guillaume le Jeune, neveu de Guillaume le " Baluze, Hist, généal, de la maison d'Auvergne,
Pieux, est le troisième du nom, comte d'Auvergne, t. 2, p. 20 8(suiv. -— Labbe, Miscellanea, p. 5o3.
io5
grands biens dans ce dernier pays '. Ce fut lui sans doute qui défendit Nevers contre Raoul, & en effet il ne voulut jamais le reconnoître pour roi, comme il paroît* entre autres par la date de son testament & d'une donation qu'il fit à Tabbaye de Sauxillanges en Auvergne, car ces deux actes sont datés du 1 1 i^octobrcy la cinquième année depuis que les François avaient dégradé {Inhonestaverunt) leur roi Charles, 6» élu, contre le droit, Raoul pour leur roi. Acfred, qui dans ses chartes se qualifie duc d^ Aquitaine par la grâce 'de Dieu, se sert des mêmes termes^ par rapport à Raoul, dans la date d'une autre charte qu'il donna lorsqu'il n'étoit que comte. On n'a aucune preuve qu'il tût encore en vie après l'an 927 $ ainsi il survécut peu de temps au duc Guillaume, son frère. Comme il mourut sans postérité, il disposa par son testament^ de la plupart de ses biens en faveur des églises, & donna entre autres lalleu de Chamalières, en Vêlai, à celle de Notre-Dame d^Anis ou du Puy. Quant au duché d'Aquitaine & aux comtés d'Auvergne & de Vêlai, il^ paroit que Charles le Simple en disposa, après la mort d'Acfred, en faveur d'Ebles, comte de Poitiers ^.
An 927
XVI. — Hugues y duc de Provence, élu roi de Lomhardie. — Il se ligue
avec le roi Raoul.
Herbert, comte de Vermandois, piqué du refus que Raoul lui avoit fait du comté de Laon pour son fils Eudes, avoit alors tiré Charles de sa prison pour le remettre sur^ le trône ; mais ne lui ayant rendu ce service important que dans la vue de se servir de lui pour l'exécution de ses desseins, & s'étant raccommodé bientôt après avec Raoul, il s'assura de nouveau de la personne de ce prince, 8c le fit garder à vue comme auparavant. Raoul & Herbert, après leur réconciliation, prirent la route de Bourgogne pour aller conférer avec Hugues, roi d'Italie, qui passa exprès les Alpes pour cette entrevue.
Cet Hugues est le même que le duc de Provence de ce nom, dont on a déjà parlé. Les Italiens l'avoient ^ appelé chez eux depuis deux ans pour le placer sur le trône, après en avoir fait descendre Rodolphe, roi de la Bourgogne Transjurane, dont ils étoient mécontens. Hugues, dont les anciens auteurs parlent avec éloge, flatté de l'espoir d'une couronne, avoit équipé une flotte, s'étoit embarqué en un port de Provence, & à son arrivée à Pise, il y
An 928
' Acfred était abbé de Saint-Julien de Brioude en 922 & en 923, 8c par conséquent comte de Vêlai dès cette époque. [E. M.]
' Baluze, Hist, génial, de la maison d'Auvergne, t. 2, p. 20 8c suiv.
' Ihid. '
* Ibid.
* Voyez tome IV, Uote XVI, n. 3 8c suiv.
^ Les Bénédictins emploient ici une expression qui manque de justesse. Il est douteux qu*au dixième siècle les rois pussent disposer ainsi des
grands fiefs par leur seule autorité. Quelques chroniqueurs rapportent qu'Eble, comte de Poitiers, fut le successeur d^Acfred au comté d'Auvergne; mais n'est-ce pas plutôt à titre de parent qu'il hérita de ce dernier, si réellement il a été comte d'Auvergne? [E. M.]
' Frodoard, Chronicon, p. 597, 8c Hist, Rem» 1, 4, c. 22.
• Luitprand, 1, 3, c. 3 8c suiv. — Frodoard^ ChronUonj p. 697.
Éd.
t. II, p. '64.
origin.
avoit trouvé le pape Jean X & la principale noblesse d'Italie, qui Tavoient conduit à Pavie, où il avoit été couronné. La crainte d'un concurrent aussi puissant que Rodolphe l'engagea sans doute à venir en France conférer avec Raoul, pour s'assurer de son secours contre son compétiteur. Il paroîten effet qu'ils formèrent alors ensemble une ligue pour se soutenir mutuellement sur le trône, ce qu'on peut appuyer: i^ sur le témoignage de Luitprand ', suivant lequel Hugues n'eut pas plus tôt reçu la couronne des Lombards, qu'il chercha de tous côtés à se faire des alliés 8c à mettre les rois 8c les princes dans ses intérêts; 2® sur ce que*, dans la même conférence, il se démit du comté de Vienne en faveur d'Eudes, fils du comte de Vermandois, qui avoit toute la confiance de Raoul ; 3<> sur ce qu'il donna en mariage Berthe, sa nièce, à Boson, qualifié comte ^ d'Arles : ce seigneur, dont l'origine n'est pas bien connue, pourroit bien être le même que Boson, frère du roi Raoul, qui mourut en gSS jcar nous savons que quelques années après la même Berthe étoit veuve ; ainsi Hugues, pour obtenir l'alliance &c la protection de Raoul 8c du comte de Vermandois, leur aura cédé la Provence, qu'il possédoit auparavant en fief de la couronne, 8c ces deux princes l'auront partagée, en sorte que la partie méridionale, sous le titre de comté d'Arles, sera demeurée par ce traité à Boson, frère du roi Raoul, 8c la septentrionale, sous celui de comté de Vienne, à Eudes, fils du comte ^ de Vermandois. Nous voyons enfin que le roi Raoul avoit deux frères du nom de Boson, dont l'un vivoit encore en 989} ainsi Boson, premier du nom, comte de Provence ou d'Arles, aura été vraisemblablement l'un des deux. Au reste, la conférence dont on vient de parler dut se tenir à la fin de l'an 928, car Hugues étoit ^ à Vienne au mois de novembre de la même année, 8c nous savons d'ailleurs^ qu'il repassa en Italie aussitôt après cette entrevue. Raoul se rendit de son côté à Reims, où, pour s'affermir sur le trône, il fit enfin avec Charles le Simple un traité dont nos historiens "^ ne rapportent que ce qui suit : Raoul fit la paix avec Charles, lui rendit le palais d'Attigniy 6» lui fit divers présens. Il fut aisé au premier, qui étoit maître de la personne de l'autre, de lui imposer telles conditions qu'il voulut, 8c il l'obligea sans doute à lui céder la couronne.
An 920 XVIJ. — Mort de Charles le Simple. — Interrègne dans la Province.
Charles ne survécut pas longtemps à ce traité. Il mourut le 7 d'octobre de l'année suivante ^, dans la prison où le comte de Vermandois lavoit détenu jusques alors. Il laissa de sa femme Odgive {aliàs Ogive) un fils nommé Louis, âgé de neuf ans, que cette princesse avoit emmené en Angleterre, auprès du roi Aldestan, son frère, où elle alla chercher un asile, après que Charles, son
' Luitprand, 1. 3, c. 5.
■ Frodoard, Chronicon, p. 597.
^ Luitprand, 1. 5, c. 14.
^ MabiUon, ad ann. 989, n. 2.
' Spicilegium , t. 1 z, p. 147.
^ Frodoard, Chronicon, p. 598.
" Chronicon S» Pétri Viy'u
mari, eut été détrôné. Quoique Raoul parût devoir régner sur tout le royaume par la mort de ce roi & l'absence de son fils, les provinces méridionales, qui jusques alors lui avoient refusé Tobéissance, ne lui furent pas pour cela plus soumises, en sorte qu elles demeurèrent depuis dans une espèce d'anarchie, & que, s'obstinant à ne vouloir pas le reconnoître pour roi, on data communément les chartes', en Aquitaine, dans la Gothie&c la Marche d'Espagne, depuis la mort de Charles dans V attente d'un roi.
Il semble cependant par un^ acte passé en Rouergue le 22 du mois d'avril, la première année de la mort du roi Charles , lorsque Raoul commença à régner y que ce dernier étoit reconnu en ce pays en çSoj mais cela marque seulement ÂïTôir qu'il régnoit en France depuis la mort de Charles. Nous verrons en effet plus bas qu Ermengaud, comte de Rouergue & marquis de Gothie, ne se soumit à ce prince que deux ans après. D'autres monumens^ du diocèse de Narbonne donnent lieu de croire qu'aussitôt après la mort de Charles le Simple, on y reconnut le jeune Louis, son fils, quoiqu'il fût absent du royaume. En un mot, chaque notaire se prescrivit sa formule de dater durant cette espèce d'interrègne, quoiqu'on se servît plus communément de la suivante : Régnant NotreSeigneurj &» en attendant un roi^ mais toujours sans aucune marque de soumission pour Raoul.
Ce prince, résolu de soumettre cette partie de la monarchie à sa domination, s'avança ^ vers la Loire au commencement de l'an 980 , sous prétexte d'aller combattre les Normands qui ravageoient l'Aquitaine & qui s'étoient étendus dans le Limousin. Il les rencontra dans ce pays & les défit entièrement. Cette victoire lui acquit beaucoup de gloire & de réputation. Se disposa les Aquitains à se soumettre, ce qu'ils firent enfin. Raoul n'alla pas plus loin dans cette province} les nouveaux différends survenus entre Hugues le Grand, fils du feu roi Robert, & le comte de Vermandois, & les guerres que se faisoient entre eux divers seigneurs, le rappelèrent bientôt en France : ainsi la partie méridionale du royaume se maintint toujours dans l'indépendance.
XVIII. — Hugues y roi d'Italie y cède la Provence à Rodolphe y roi de Bourgogne.
Hugues, roi d'Italie, abandonna alors les intérêts de Raoul, son allié, pour s'accommoder avec Rodolphe, son compétiteur, dont le parti s'étoit ranimé en Italie 5 & à qui il céda, par un traité, tout ce qu'il possédoit en deçà des Alpes. Rodolphe céda de son côté à Hugues toutes ses prétentions sur le royaume de Lombardie, dont ce dernier demeura par là paisible possesseur^. C'est tout ce que nous savons de ce traité, en conséquence duquel Rodolphe & les rois de la Bourgogne Transjurane, ses successeurs, étendirent leur domination jusques à
* Baluze, ffot. tn Capituî, t. 2, p. i535.— JVfanca ^ MabiUon, ad ann. 922, n. 5o. Hispaniea, p. 846. — Mabillon, ad ann. 922, n. 5o. ^ Frodoard, Chronicon, p. 5o8. — Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LV. * Luitprand, 1. 3, c. i3,
• Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LIV, * Ibid.
An 93o
io8 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII.
la mer Méditerranée, & unirent à leurs États le royaume de Provence, que Boson avoit usurpé, à l'exception cependant du Vivarais & de TUzège, c est-à-dire de presque toute la partie orientale du Languedoc qui en dépendoît auparavant, & qui demeura soumise à l'empire François. Comme ce traité fut conclu au i. ti^p.??; préjudice de nos rois ' , légitimes souverains de la Provence, & que Hugues navoit aucun droit de transférer le royaume à Rodolphe, on doit regarder toutes les entreprises de celui-ci & de ses successeurs comme une véritable usurpation. Aussi Raoul * Se les rois de France qui régnèrent après lui exercèrent-ils leur autorité souveraine sur la Provence, & firent tout ce que la foiblesse où étoît alors le gouvernement leur permit pour réunir à la couronne cette ancienne partie de la monarchie.
Quelques modernes rapportent diverses circonstances de ce traité. Ils prétendent entre autres que Hugues se réserva, sa vie durant, le comté d'Arles, qui s'étendoit depuis l'Isère jusques à la mer; mais tout cela est avancé sans preuve, & il paroît^ au contraire, par divers monumens, que Rodolphe & Conrad le Pacifique, son successeur, régnèrent sur toute la Provence du vivant de Hugues. Ce dernier céda par conséquent à l'autre l'autorité qu'il avoit sur ce royaume 5 il se réserva seulement quelques terres ou alleux du pays & des provinces voisines, dont il disposa dans la suite en faveur des églises ou de Berthe, sa nièce.
Hugues, pour assurer à sa postérité le royaume d'Italie^, s'associa alors Lothaire, son fils, & appela de Provence plusieurs de ses proches, qu'il combla de biens & d'honoeurs. L'un des principaux fut Manassés, archevêque d'Arles, son neveu du côté de sa sœur, qui abandonna^ le soin de son église pour passer en Italie, & ne fit pas scrupule de garder cet archevêché avec plusieurs évêchés du royaume de Lombardie dont il se fit pourvoir. Hilduin, autre évêque, après avoir été chassé de son église, alla trouver aussi en Italie^ le roi Hugues, son allié, 8c il '^obtint de ce prince l'évêché de Vérone, & ensuite l'archevêché de Milan. Quelques auteurs "^ prétendent que ce prélat, lorsqu'il passa en Italie, avoit été expulsé du siège épiscopal de Lodève; mais ces auteurs se trompent, & ils ont pris^ Lodève pour Liège. II est certain, en effet, qu'Hilduin, qui alla joindre le roi Hugues, son allié, n'est pas différent d'Hilduin, qui, après avoir envahi l'évêché de Liège ou de Tongres, se voyant obligé de l'abandonner, emmena avec lui en Italie ^ Ratherius, moine de Lobbes, qui lui succéda dans l'évêché de Vérone.
Hugues, après avoir cédé la Provence à Rodolphe, établit sa résidence au delà des Alpes & ne se mêla plus des affaires de France. Comme il avoit fait cette
' Voyez tome IV, îfote I. • Luitprand, 1. 3, c. ii.
* Voyez Note I, n. 22, & 'SoteWl, ' Plantavit, Evèqties de Lodève, p. 42 & suiv. —
* Voyez NoteWl. Gallia Christiana, t. 2, p. 672.
^ Luitprand, 1. 4, c. 1. — Voyez Pagi, ad ann. • Laudocensis pour Lcodicensisj dans Luxtprand.
pSo, n. 5. ' Voyez Luitprand, 1. 4, c. 3. — Mabillon, ad
' Luitprand, 1. 4, c. 3. ann. 920, n. 28.
cession au préjudice de Raoul qu'il avoit reconnu pour son souverain, & qui, en qualité de roi de France, avoit un droit légitime sur la Provence , ce dernier se mit en état de soumettre ce royaume à son obéissance & marcha dans ce dessein' vers le Rhône, au commencement de Tan çSi. A son arrivée à Vienne, Charles-Constantin, fîls de Louis l'Aveugle, alors maître de cette ville, lui en donna l'entrée & lui prêta serment de fidélité.
Si Ton en croit les historiens provençaux, Hugues ayant envahi le royaume de Provence aussitôt après la mort de Louis, donna dans le même temps le comté de Vienne à Charles-Constantin pour le dédommager en quelque manière de la succession de son père, dont il le prîvoit ; mais ce fait est démenti par Frodoard, auteur contemporain, qui donne à Hugues le titre de comte de Vienne en 924, peu de temps après la mort de Louis l'Aveugle. Il est d'ailleurs constant que Hugues céda le même comté en 928 à Eudes, fil^ du comte de Vermandois. Charles-Constantin ne le possédoit donc pas encore alors j & bien loin de croire que Hugues le lui ait cédé, il est au contraire très-vraisemblable qu'il le dépouilla de toute la succession aux États de Provence. Il paroît que Charles-Constantin, profitant de l'absence de ce prince lorsqu'il passa en Italie en 928, ou peut-être seulement lorsqu'il eut traité avec Rodolphe en 980, se sera emparé du comté de Vienne, & que, pour se maintenir dans la paisible possession de ce pays, il se sera ensuite soumis à Raoul, roi de France j en effet, ce dernier, depuis la mort de Charles le Simple, ne ménagea plus tant le comte de Vermandois dont le fils avoit reçu de Hugues l'investiture du même comté, & qui se brouilla même vers le même temps avec lui. Ce qu'il y a de certain, c'est que Charles-Constantin posséda ce comté depuis l'an 981, sous l'autorité de nos rois. Raoul domina aussi sur le reste du royaume de Provence ou le comté d'Arles, s'il est vrai, comme nous le conjecturons, que Kd.^ongin. Boson, comte d'Arles Se mari de Berthe, est le même que Boson, frère de ce roi*.
On peut appuyer cette conjecture sur une charte de^ l'an 982, suivant laquelle un seigneur nommé Humbert donna, un mardi, premier jour d'août, sous le règne de Raoul, au monastère de Notre-Dame de Caseneuve ou de Goudargues, dans le diocèse d'Uzès, une terre qu'il avoit dans celui de Diej d où il s'ensuit que Raoul étoit alors reconnu dans ces deux diocèses. Il est vrai qu'on peut également rapporter cette. date à Rodolphe ou Raoul, roi de Bourgogne} mais comme nous savons d'ailleurs^ que Raoul, roi de France, fut reconnu dans l'Uzège, cela prouve que c'est de son règne qu'on a voulu dater cette charte, & qu'ainsi il fut reconnu aussi dans la Provence.
* Frodoard, Chronicon, p. 699. peut consulter aussi le Cartulaire Je l'ahiaye d'Ai-
* Voyez, sur les rois de Proyence & de la Bour- nay, publié dans la même collection par M. A. Bergogne transjurane, l'introduction du Cartulaire de nard. [E. M.]
Saint-Victor de Marseille, publié dans la collection * Voyez tome V, Chartes 8t Diplômes, n. LIV,
des documents inédits relatifs à Thistoire de France quatrième charte citée sous ce numéro.
& les chartes renfermées dans ce cartulaire. On ^ Voyez tome IV, A^ote XV, n. 2.
t. II, p. 66.
XIX. — Suite de Vinterrègne dans la Province. — Concile de Narbonne, —
Èvêques de Carcassonne.
Les différens troubles qui agitèrent les provinces septentrionales du royaume, les premières années du règne de ce prince depuis la mort de Charles le Simple, ne lui permirent pas d'aller soumettre celles du midi, qui continuèrent toujours à lui refuser Tobéissance. C'est ce que prouvent manifestement : i^ une donation ' faite par Wadalde, évêque, & Gauzbert, comte de Roussillon, à la cathédrale de Sainte-Eulalie d'Elne le lo d* avril de la seconde année après la mort de Charles y fils du roi Louis y J.-C. régnant, &» en attendant un roi} 2^ une autre donation* qu'un seigneur nommé Raimond fit à l'abbaye de Saint-Hilaire, au diocèse de Carcassonne, de divers alleux situés dans le comté de Razès, le 25 de juillet^ la seconde année depuis la mort du roi Charles, fils de Louis. Enfin il n'est fait aucune mention du règne de Raoul dans la date d'un échange ^ fait en 981, entre Gimera, évêque de Carcassonne, iw consentement des clercs de sa cathédrale, & Alphonse, abbé, & les religieux du château de Mallast ou de Montolieu, de diverses terres situées dans le royaume de Septimanie &» le comté de Carcassonne.
Il est marqué à la fin de cet acte que Gimer^ le fit ratifier dans un concile d'évêques qui fut tenu sans doute dans la Province, mais dont nous n'avons pas d'autre connoissance. Ce prélat avoit fait un autre échange^ six ans auparavant, savoir : Z^ 18 de juin de la vingt-huitième année du règne de Charles depuis la mort du roi Eudes, avec le même Alphonse, abbé de Montolieu. Il avoit été élu vers l'an 902, & il occupa le siège de Carcassonne jusque vers l'an 982 qu'Abbon lui succéda. On a fait^ de Gimera trois évêques de Carcassonne de ce nom, 8c deux autres de Gisande, qui succéda à Abbon entre le 12 d'avril Se le 24 de mai de l'an 984.
XX. — Ermengaud &» Raimond^Pons, princes de Gothie, se soumettent à Raoul. — Ce roi dispose en leur faveur du duché d^ Aquitaine 6» des comtés d^ Auvergne, de Gévaudan &» de Vêlai.
T ' Raoul n'étoit donc pas encore reconnu dans le Languedoc en 981 . Il vint en
Aquitaine à la fin de cette année, pour concilier quelques seigneurs du^ pays qui se faisoient la guerre ; mais de semblables dissensions entre les seigneurs de France l'ayant obligé de repasser bientôt la Loire, il remit à l'année suivante l'exécution du projet qu'il avoit formé de réduire sous son obéissance le reste des provinces méridionales du royaume, qui refusoient de la lui ren-
* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LIV, ♦ Capitulaires, t. 2, p. 1634. — Besse, Histoire de quatrième charte citée sous ce numéro. Narbonne, p. 446.
• Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LU. * Voyez tome ÏV, Note XIII.
' liid. n. LUI. ' Frodoard, Chronicon, p. 600.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. m
An 982
dre. Dans ce dessein, il revint ' en Aquitaine en 982, Se s'étant avancé dans le pays, Raimond &» Ermengaud, princes de Gothie, allèrent à sa rencontre, se soumirent enfin à son autorité, & lui prêtèrent serment de fidélité. Raoul étendit par là sa domination sur toute la Septimanie, le comté & marquisat de Toulouse 8c la partie de l'Aquitaine qui dépendoit du domaine de ces deux princes j car on a déjà remarqué que Raimond possédoit le comté de Toulouse, & Ermengaud, son oncle, celui de Rouergue, 8c qu'ils jouissoient par indivis tant du marquisat de Gothie que des comtés d'Albigeois 8c de Querci. Loup- Aznar, comte ou duc de Gascogne, se trouva à la même entrevue 8c se soumit aussi à Raoul. Frodoard remarque à cette occasion que ce dernier montoit un cheval qu'on prétendoit avoir plus de cent ans, 8c qui néanmoins étoit encore très-vigoureux.
Cet historien ne nous apprend pas le lieu de cette entrevue ; nous verrons bientôt qu'il paroît que ce fut dans la Septimanie, ou du moins sur les frontières de l'Aquitaine. Il ne marque pas non plus à quelles conditions Raimond 8c Ermengaud se soumirent enfin à l'obéissance du roi Raoul ; mais il n'y a pas lieu de douter* que ce roi, à qui il importoit extrêmement de gagner les deux princes de Gothie, n'ait disposé alors en leur feveur du duché d'Aquitaine, iai^^%\ qu'ils possédèrent depuis par indivis, 8c qu'il n'ait pourvu Ermengaud du comté de Gévaudan, 8c Raimond de ceux d'Auvergne 8c de Vêlai. Il paroît à la vérité que Charles le Simple, dans le temps de son élargissement, avoit déjà disposé de ces dignités, vacantes par la mort d'Acfred, duc d'Aquitaine, en feveur d'Ebles, comte de Poitiers, mais Raoul n'eut ^ aucun égard à cette disposition.
Depuis l'entrevue dont on vient de parler, Raoul fut généralement reconnu pour roi dans tout le Languedoc 8c la Gascogne, provinces qui avoient toujours été fidèles au roi Charles le Simple jusques à sa mort, 8c même longtemps après, comme on vient de le voir. On y data dans la suite les actes des années du règne de Raoul, en ne les comptant^ cependant que depuis la mort de Charles le Simple j 8c dans quelques-uns ^ que depuis la soumission d'Ermengaud 8c de Raimond. C'est par là que finit cette espèce d'interrègne^ qui dura neuf ans de suite dans la province, savoir depuis l'emprisonnement de Charles "7. Les comtes de Toulouse profitèrent de cette conjoncture pour augmenter leur autorité 8c leur indépendance. Aussi prenoient-ils alors la qualité de princes, comme l'on voit dans plusieurs chartes 8c dans les historiens ^ du temps, qui ne font pas difficulté de la leur donner, 8c même celle de princes très-puissans. Il ne restoit plus à Raoul que la Marche d'Espagne à soumettre pour être généralement reconnu dans toute la monarchie } mais la plupart des comtes de
* Fro<loard,CAronxcoii,apudDuchesne,t. 3,p. 340. * Voyez A^ote XIII, n. 5.
' Voyez tome IV, Note$ XVI, XVII & XXVI. * Voyez tome II, aux Preuves, Chroniques, n. î.
5 Ibid. ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CLXII.
^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LVII, * Frodoard, dans Duchesne, t. 3, p. 340.
An 932
cette province continuèrent' jusques à sa mort à lui refuser Tobéissance &à dater les actes depuis la mort de Charles le Simple. La situation de ce pays à l'extrémité du royaume & la nécessité où se trouva Raoul de retourner en France, où son autorité n'étoit pas encore bien affermie, ne lui permirent pas sans doute d'entreprendre cette expédition.
XXL — Époque de la soumission du Languedoc à Raoul. — Charte de ce prince
en faveur de l'abbaye de Montolieu.
Nous avons dit qu'il paroît que ce prince s'avança jusque dans la Gothie pour y recevoir les soumissions de Raimond & d'Ermengaud. C'est ce que nous inférons de la date d'une de ses chartes ^ donnée au palais d'Anse, dans le Lyonnois, le 20 du mois de mai de l'an 982, en faveur d'Alphonse, abbé du château de Mallast ou de Montolieu, qu'il confirma à la prière de Dalmace, son vassal (miles)^ dans la possession de différens biens qui avoient été donnés à ce monastère dans les comtés de Carcassonne, de Razès 8c de Narbonne. Raoul vint donc vers le midi du royaume la même année qu'il fut reconnu par les deux princes de Gothie : or, comme leur soumission doit être antérieure à cette charte, puisque les comtes de Toulouse avoient la suzeraineté sur le comté de Carcassonne, où labbaye de Montolieu est située, c'est une preuve que la paix entre les princes Raimond &Ermengaud,& le roi Raoul, se fit vers le commencement de l'an 982, & que ce dernier, qui à son retour prit la route de Lyon, s'étoit approché du pays. On peut fixer encore plus précisément l'époque de cette soumission par une autre charte^ suivant laquelle Frotard, vicomte de Cahors, avec sa femme Adalberge 8c du conseil du comte Raimond, leur seigneur y donna différentes terres dans le Querci à l'abbaye de Beaulieu, située sur les frontières de ce pays 8c du bas Limousin, pour l'âme d'Odolric, son père, 8c de Beletrude, sa mère, au mois de mars de Van 982, indiction v, sous le règne de RaouL II est certain que le comte Raimond dont il est parlé dans cet acte est le même que Raimond-Pons, comte de Toulouse 8c marquis de Gothie, qui dominoit sur le Querci, comme nous l'apprenons d'ailleurs} d'où l'on doit conclure que ce prince étoit déjà soumis à Raoul dès le mois de mars de l'an 982 8c que leur entrevue se fit vers le commencement de la même année.
XXIL — Prise de Vienne par RaouL — Èvêques &» vicomtes de Béiçiers.
Raoul parcourut la Bourgogne en 982 } il s'avança l'année suivante jusques à
Vienne, assiégea cette ville 8c la prit^, ce qui nous donne lieu de croire que
* Baluze, Not. tn Capltul. t. 2, p. i536. — Marco. ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LIV, IIispanica,'p. 847. la 3' charte citée sous ce numéro.
* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LIV, ^ Frodoard, Chronicon, p. 6oo. la 3" charte citée sous ce numéro.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. ii3
An 933
Rodolphe, roi de Bourgogne, pour faire valoir la cession que Hugues lui avoit feite du royaume de Provence, s'étoit emparé de la même ville sur Charles- Constantin, vassal de Raoul, qui rétablit ainsi son autorité à la gauche du Rhône.
Il affermit de plus en plus celle qu'il avoit établie Tannée précédente à la droite de ce fleuve, ce qu'on voit en particulier par un acte passé au nom' des rii,**p!^68! exécuteurs testamentaires de Réginald, évêque de Béziers, le i^ de mars de la quatrième année du règne de Raoul depuis la mort de Charles. Entre ces exécuteurs étoient les vicomtes Teudon & Odon : le dernier est le même que le vicomte de Narbonne de ce nom dont on a déjà parlé, & qui, selon les apparences, étoit parent ou allié de Réginald, évêque de Béziers. Quant à Teudon, comme il étoit certainement vicomte de Béziers & d'Agde, il étoit fils, selon toutes les apparences, de Boson *, vicomte de ces deux villes, mort vers Tan 922.
Réginald, évêque de Béziers, descendoit vraisemblablement de Réginald ou Rainald, vicomte de cette ville à la fin du siècle précédent. Il légua ^ différens biens à sa cathédrale, entre autres le lieu de Saint-Pierre d'Apoull. On prétend^ qu'il vécut jusques en 987 & qu'il reçut alors une donation de Pons, comte de Toulouse; mais, outre que la charte ^ qu'on cite là-dessus ne fait point mention de lui, on voit par l'exécution de son testament, faite en 983, qu'il étoit alors déjà décédé. Rodoalde, qui lui avoit déjà succédé dès l'an 987, étoit<^ auparavant abbé de Saint-Thibéry, dans le diocèse d'Agde, & possédoit cette abbaye la vingt-septième année du règne de Charles le Simple.
XXIII. — Plaid tenu à Narbonne. — Raimond-Pons, comte de cette ville.
Nous avons un plaid daté^ aussi du mois de mars y la quatrième année du règne de Raoul depuis la mort de Charles. Ce plaid fut tenu à Narbonne, & Aymeri, archevêque de cette ville, 6» Pons y comte 6» marquis, y présidèrent. Dix-huit juges, tant Goths que Romains 6» SalienSy ou François, y assistèrent avec eux, savoir : trois juges & un sajon ou huissier de la nation & de la loi des Goths, onze de celle des Romains, & trois de la nation & de la loi salique ou françoise. Il y avoit plus de juges romains que des autres nations ; sans doute parce que les anciens peuples de la Province qu'on appeloit Romains faisoient le plus grand nombre des habitans, & que la loi romaine y étoit par conséquent la plus suivie. Plusieurs personnes de considération du pays, désignées dans l'acte sous le nom général de Bons hommes ou diAuditeurSy se trouvèrent aijssi à cette assemblée. On y jugea un différend que Donadeus, abbé du château de Mallast ou de Montolieu, & son monastère avoient avec le
'Voyez tome V^ Chartes & Diplômes, nu> 'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, numéro LVII. méro LXIV.
* Voyez tome IV, }fote XX, n. i & 2. * Estiennot ^ Antiquitates Bened, Oceit, t. i,
^ Voyez tome V, Chartes 81 Diplômes, n. LVII. p. 104 8c seq.
^ Gallia Christiana, t. 2, p. 41 1. ' Voyez tome V, Chartes 8( Diplômes, n. LVI.
An 933 'M HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XII.
comte Pons , l'un des présidens de l'assemblée , dont les gens avoîent exigé certains droits sur les alleux que cette abbaye possédoit dans le comté de Narbonne. Le procureur du monastère, après avoir formé sa plainte , représenta les titres sur lesquels il fondoit l'exemption de ces alleux. Les juges 6» les auditeurs demandèrent alors au comte quelle étoit sa loi. Pons, pour toute réponse, excusa sa conduite, & ayant avoué franchement qu'il avoit ignoré que ces fonds fussent libres, l'assemblée lui ordonna d'en maintenir la liberté à l'avenir 6c l'obligea à donner caution, suivant ce qui est marqué dans la loi salique, ce qu'il fit volontiers.
Ce monument, très-intéressant pour notre histoire, nous donne occasion d'ajouter ici quelques réflexions. Il nous apprend : 1° que Raimond-Pons, comte de Toulouse, le même que le comte Pons qui présida à cette assemblée, étoit dans ce temps-là non-seulement marquis de Gothie, mais aussi comte particulier de Narbonne, puisque ses gens levoient certains droits sur les terres de ce comté 5 2® que ce prince, qui fut jugé suivant la loi salique, étoit par conséquent d'origine françoise, 8c en effet, suivant cet acte 6c quelques autres semblables, les différens juges pris d'entre les trois peuples qui habîtoient le pays n'assistoient aux plaids qui y étoient tenus que pour juger Chaque partie conformément à la loi de sa nation j 3° que ces trois peuples n'étoiçnt pas encore confondus dans la Province vers le milieu du dixième siècle ; 4® que quoique les grands vassaux du royaume eussent déjà commencé à s'emparer alors des droits régaliens 8c qu'on voie ici que le comte de Narbonne levoit certaines redevances sur les terres que nos rois avoîent exemptées de toutes charges, ils n'étoient pas encore parvenus cependant à ce point d'autorité 8c de pouvoir arbitraire dont ils usèrent dans la suite, puisqu'ils défendoient leur propre cause comme des particuliers dans les assemblées provinciales 8c se soumettoient à leurs jugemens} 5° enfin on trouve ici un monument de la modéralIîi^"?"' ^^^^ ^ de l'équité de Raimond-Pons, comte de Toulouse; nous en rapporterons bientôt de sa piété 8c de sa religion.