XXIV. — Acfred II, comte de Carcassonne £» de Ra-^ès
Donadeus, abbé de Montolieu, défendit non-seulement les anciens droits de p^^ 3 son monastère, il en augmenta encore les domaines 8c reçut' l'année suivante la donation que fit à cette abbaye le comte Acfred, soit de plusieurs alleux situés dans le comté de Carcassonne, que le comte Oliba, son père^ avoit possédés par la libéralité de nos rois, soit de quelques autres biens qui lui appartenoient en propre. Acfred II étoit donc fils 8c successeur d'Oliba II, comte de Carcassonne ; mais il paroît^ qu'il ne lui succéda pas immédiatement, du moins dans tout ce comté, 8c que l'ayant possédé d'abord par indivis, de même que celui de Razès, avec Bencion, son frère, il recueillit enfin la succession de ce dernier vers la fin du neuvième siècle. C'est par ce seul monument
' Voyez lome V, Chartes & Diplômes, n. LIX. " Voyez tome II, Note LXXXVII, n. io5 & suiv.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. ii5 ^^ 3
qu'Acfred II nous est connu. Il vivoit en 984, car sa donation à Tabbaye de Montolieu est datée du 24 de mai, la cinquième année du règne de RaouL Or, on ne comptoit les années du règne de ce prince, dans la Septimanie, que depuis Tan 929 ou la mort de Charles le Simple, ainsi qu'on Ta déjà vu. Nous n'avons aucune preuve qu'Acfred II ait laissé des enfans, & il est fort vraisemblable qu'il fut le dernier comte de Carcassonne de sa race. Arnaud, qui paroît ' d'une famille différente, lui avoit succédé dès l'an 944 dans ce comté 8c dans celui de Razès, & avoit épousé la comtesse Arsinde, qui ëtoit peut-être fille & héritière du même Acfred.
XXV. — Mort d*Ermengaudy comte de Rouergue 6» marquis de Gothie.
RaimondI, son fils y lui succède.
Ermengaud, comte de Rouergue & marquis de Gothie, demeura jusques à sa mort fidèle à Raoul. Cela paroît par divers monumens, entre autres par réchange* qu'il fit au mois de janvier de la cinquième année du règne de ce prince, ou l'an 984, conjointement avec Raimond son fils y^ Raimond, vicomte &» vicaire dans le Rouergue, de plusieurs biens situés dans ce pays, contre Frédelon, abbé de Vabres. Ermengaud prend dans cet acte la qualité de comte, de prince & de prince magnifique ^ ses fils Raimond & Hugues y souscrivirent après lui. L'année suivante, ce comte & la comtesse Adélaïde, sa femme, don- liTTsi" nèrent ^ à la même abbaye l'alleu & l'église de Segonzac en Rouergue, dont ils se réservèrent l'usufruit. Ermengaud parle de ses fils, dont il ne dit pas le nom, dans cette donation, souscrite par le vicomte Bernard, duquel les vicomtes^ héréditaires de Millau & de Gévaudan tirent leur origine. Il est enfin ^ parlé du même comte dans une autre donation que fit à l'abbaye de Vabres une religieuse appelée Ide, tant pour le salut de son âme, 6» pour le comte Ermengaud, Adélaïde sa femme, 6» leurs enfans, que pour le comte Pons ; d'où un de nos historiens ^ infère avec raison que les comtes Ermengaud & Pons, dont il est parlé ici, étoient proches parens & de la même maison, & qu'ainsi le pre^ mier était prince de la maison de Toulouse. Cet acte'^ est daté de la septième année du règne de Raoul, qu'on doit compter depuis le 19 d'octobre de l'an 929, ou depuis la mort de Charles le Simple; or, comme d'un autre côté il est antérieur à celle de Raoul, arrivée le 18 de janvier de l'an 986, il doit appartenir par conséquent à la fin de l'année précédente, ce que nous avons cru devoir remarquer pour fixer l'époque de la vie du comte Ermengaud.
Nous ne trouvons plus depuis aucun monument où il soit fait mention de ce comte^ ce qui nous fait croire qu'il ne vécut pas longtemps après l'an 986. Il est du moins certain que Raimond, son fils ainé^, lui avoit déjà succédé dès
* Voyez tome IV, tfote XXII, n. 2 Sisuiv. * Catel, Histoire des comtes de Toulouse, p. 85.
* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LVIII. « Ihid,
' Ihid. — Voyez tome IV, Note VIII, n. 20. ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LVIII.
* Voyez tome IV, Note XXI. • Voyez tome IV, Note VIII, n. 22 & suiv.
An 935
Tan 943. Celui-ci eut en partage le comté de Rouergue avec une partie du duché ou principauté d'Aquitaine, du marquisat de Gothie & des comtés particuliers de Nimes, Lodève, Albigeois, Querci, & des autres domaines de la maison de Toulouse, qu'il posséda par indivis, comme son père, avec Raimond- Pons, comte de Toulouse. Hugues, fils puîné d'Ermengaud, prit la qualité de comte, mais nous ignorons le nom du comté qui lui échut en partage. Il paroît* seulement qu'il posséda une partie du domaine du Querci, 8c que sa femme s'appeloit Gudinilde. Il en eut deux fils, Raimond & Hugues. Le premier se qualifia comte & lui succéda dans une portion du Querci. Nous ne connoissons pas sa postérité. Quant à Hugues, il donna vraisemblablement l'origine aux vicomtes de Comborn, dans le bas Limousin & le Querci. Il paroît enfin qu'Ermengaud, comte de Rouergue, laissa un troisième fils, nommé Éd. origîn. Etienne^, qui fut comte de Gévaudan & qui eut des enfans dont nous parle-
t. II, p. 70. Ml a
rons ailleurs^,
XXVL — Nouvel interrègne en Languedoc, après la mort du roi Raoul. — Louis d^Outremer généralement reconnu dans cette province. — Vicomtes de Narhonne,
Après la mort du roi Raoul, qui arriva, ainsi que nous venons de le dire, le 14 de janvier de l'an 986, il y eut une espèce d'interrègne en France qui dura jusqu'à ce que les principaux seigneurs du royaume eurent rappelé d'Angleterre Louis, fils de Charles le Simple, à qui son séjour dans ce pays, où il s'étoit réfugié avec la reine sa mère en 928, fit donner le surnom d'Outremer. Ce prince étant arrivé en France fut couronné à Laon le 19 de juin de la même année 936.
Pendant cet intervalle, on data les actes en Languedoc depuis la mort de Raoul. On en a la preuve dans une donation ^ faite à Gisande ou Wisande, évêque de Carcassonne, le ^ de mars, la première année de la mort du roiRaoul, Jésus-Christ régnant, 6» dans V attente d^unroi. Il paroît même que Louis ne fut pas reconnu pour roi dans la province aussitôt après son couronnement, par un acte de vente ^ que fit Richilde, vicomtesse de Narbonne, Z^ 19 d'octobre, la première année de la mort du roi Raoul, Jésus-Christ régnant, 6» dans V attente d'un roi. Cet acte est souscrit immédiatement après Richilde par Matfred & Francon , fils de ^ cette vicomtesse & d'Odon ou Eudes, vicomte de Narbonne, son mari, qui devoit être alors décédé. Le premier succéda à la même vicomte, mais comme il étoit alors fort jeune, Richilde, sa mère, en conserva longtemps après la principale administration. Cette dame 7 se dit, dans le même acte, fille du
■ Voyez tome IV, Note VIÎI, n. iS & suir. ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LXI.
■ Voyez tome IV, Note XXVI, n. 3 & suiv. * Marca Hispamca^ p. 847. — Voyez tome IV, 'Etienne, comte de Gévaudan, n'appartenait Note W^riy 6.
point à la famille des comtes de Toulouse, comme • Voyez tome IV, Note XI, n. 6.
nous l'avons établi dans la Note additionneUe à la ' Marca Hispanica, p. 847.
Note XXVI du tome IV. [E. M.]
' An 935
comte Borreliy de la comtesse Garsinde, &les biens qu elle vendit étoient situés dans le Roussillon, ce qui nous fait' conjecturer: i® que le comte Borrel, père de Richilde, n est pas différent de Borrel, fils de Wifred le Velu, comte de Barcelone} lOque Garsinde, femme de Raimond-Pons, comte de Toulouse, étoit fille de la même Richilde & petite-fille de Garsinde, femme du comte Borrel, qui lui aura donné son nom.
XXVII. — Raimond-PonSy comte de Toulouse, jouit paisiblement du duché
d'Aquitaine 6» du comté d'Auvergne.
Raimond-Pons jouit paisiblement, après la mort du roi Raoul, du duché d'Aquitaine & du comté particulier d'Auvergne, dont ce prince avoit disposé en sa faveur en 98 2 : c'est ce qui paroît par l'acte de * fondation du monastère de Chanteuge, daté du 28 d^août, la première année du règne de Louis d'Outremer.
Ce monastère fut fondé en Auvergne, sur l'Allier, vers les frontières du Vêlai , ce qui a peut-être fait croire ^ à un auteur célèbre que le lieu de Chanteuge dépendoit alors de ce dernier pays, & qu'il étoit soumis à l'autorité spirituelle des évêques du Puy 5 mais il s'est trompé en cela. Un seigneur nommé Claude'* avoit légué ce lieu à Chunibert, son petit-fils, prévôt de l'abbaye de Brioude, & après son décès, à cette abbaye. Chunibert & les chanoines de Brioude ses confrères, voulant faire un saint usage de cette donation, établirent des moines à Chanteuge, du consentement de Raimond, prince des Aquitains, du vicomte Dalmace leur abbé & d'Arnaud leur évêque, qui l'étoit par conséquent de Clermont en Auvergne, & non pas du Puy, & des principaux seigneurs du pays. Ils déclarent qu'ils font cette fondation pour leur communauté, pour le roi j pour leurs seigneurs ou princes déjà nommés, & enfin pour l'âme du duc Guillaume & de ses deux neveux Guillaume & Acfred. L'acte fut passé dans l'église de Saint-Julien de Brioude, devant Tautel de Saint-Etienne, 6c souscrit après les fondateurs ipzf Raimond, prince des Aquitains, qui, par la grâce de Dieu, porte aussi le nom de Pons, 8c ensuite par Gotescalc, évêque du Puy, le vicomte Dalmace & plusieurs autres seigneurs du pays.
Raimond-Pons, comte de Toulouse, étendoit donc alors sa domination sur l'Auvergne^ & devoit avoir succédé par conséquent à Guillaume le Pieux 8c à ses deux neveux, tant dans le comté particulier de ce pays que dans le duché d'Aquitaine} aussi le roi Louis d'Outremer lui donne-t-il la qualité de prince des Aquitains dans la charte ^ par laquelle il confirma cinq ans après la fondation du monastère de Chanteuge, qui n'est aujourd'hui "^ qu'un prieuré conventuel du diocèse de Saint-Flour, dépendant de l'abbaye de la Chaise-
* Voyez tome IV, ^or« XI, n. 6. Histoire génial, de la maison d'Auvergne, t. 2,
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LXII. p. 26.
' Voyez tome IV, Note XVI, n. 1 i . ' Voyez tome IV, Note XVI.
*♦ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, 11. LXII. • Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LXX.
— fAahiXiony Annal, t. 3, p. 707 & seq. — Baluze, ' Gallia Christiana, nov. edit. t. 2, p. 487 & seq.
An 9p6
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Dieu ; enfin on ne sauroit douter que Raimond-Pons, comte de Toulouse, ne le fût aussi d'Auvergne, puisque Arnaud, évêque de Clermont, déclare ' vers Tan 987 qu'il avoit rétabli labbaye de Saint-Allire dans sa ville épiscopale, Éd.jOrigin. ^ f^ prière 6» avec le secours du comte Raimond, qui n'est pas différent de Raimond-Pons, comte de Toulouse. $