XXXIV. — Origine des vicomtes de Millau &• de Gévaudan
Il parolt encore^ que le roi Louis d'Outre-mer n'étoit pas reconnu dans le Rouergue, pays du domaine de la maison de Toulouse, à la fin de l'an 937, par un échange ^ que firent le vicomte Bernard 8c ses fils, Béranger 8c Bernard, avec Rainulfe, abbé de Vabres, de plusieurs terres situées dans ce pays, un samedi du mois de décembre, la deuxième année après la mort de Raoul, Dieu régnant &• dans Vattente d*un roi. On peut ajouter à cette date celle d'une donation^ faite à labbaye de Saint-Guillem du Désert, d'un alleu situé dans le comté deNimes 6» la viguerie d^Hierle {Aricensî)^, Dieu régnant £• le roi Louis*
Ces actes prouvent que Louis d'Outre-mer ne fut pas d'abord bien affermi sur le trône, 8c qu'on eut quelque peine à se soumettre à son autorité dans les provinces méridionales du royaume. Au reste, il paroît que les deux fils du vicomte^® Bernard dont nous venons de parler lui succédèrent, le premier
• Gam^^ ChristUna, noT. cdit. t. i, p. 88. " Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LXVII. ■ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LXIV. • Uid. n. LXXII.
» Mabillon, ad ann. pSd, n. 65. ' Voyez tome VII, la Note sur la géographie du
^ Voyez tome IV, Note XX, n. 3 & 4. Languedoc. VAricensis ou Ari^atensis vicaria est la
» Ihii, Note XXI, n. 6 & suit. — Note XXIII. viguerie de l'Arre ou du Vigan. [E. M.]
• Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LXVII, •» Voyez tome IV, Note XXVI, n. 9 81 juiv,
dans la vîcomté de Millau, qui comprenoit une partie du Rouergue, & Tautre dans celle de Gévaudan, 8c qu'ils les transmirent à leurs descendans.
XXXV. — Louis d'Outre-mer confirme la fondation de t abbaye de Saint-Pons,
^^ 33 Louis d'Outre-mer fut généralement reconnu dans la suite en Languedoc
& dans les provinces voisines*. C'est ce qu'on voit par divers diplômes* de ce prince, entre autres dans deux de l'an 988, l'un en faveur de l'abbaye de Cuxa en Roussillon , & l'autre, qui est daté d'auprès de Brissac sur le Rhin, pour celle de Ripoll dans le diocèse d'Ausone. On prétend^ que le comte Seniofred, qui envoya son frère Guifred en cour pour solliciter la première de ces deux chartes, étoit comte de Roussillon; mais il n^est pas différent de Seniofred alors comte de Barcelone ^. Ce dernier avoit un ^ frère nommé Wifred ou Guifred, Se il fit des biens considérables à la même abbaye de Cuxa. Il lui donna entre autres la^ terre d'Arian dans le Roussillon, d'où l'on fait sa famille originaire. Louis d'Outre-mer, dans l'autre "^ diplôme, marque les divers comtés où l'abbaye de Ripoll possédoit des terres, savoir ceux de Barcelone, d'Ampurias, de Pierrelate, Girone, Besalu, Ausone, Urgel, Cerdagne, Berga, Roussillon 8c Confiant; d'où l'on conclut^ que la Marche d'Espagne étoit alors divisée en tous ces comtés : il paroît que cette province en comprenoit un plus grand nombre ; il n'est rien dit en effet de ceux de Manrèse & de Pailhas.
^^ ^ Le roi accorda l'année suivante un troisième diplôme^ pour confirmer la
fondation de la nouvelle abbaye de Saint-Pons de Thomières, ce qu'il fit à la prière du comte Raimond-Pons qui l'avoit fondée, & qui dans ce dessein, lui envoya des ambassadeurs avec quelques religieux du monastère. Louis accorda non-seulement la demande du comte & prit l'abbaye sous sa protection , mais il lui donna encore en la personne d^EudeSy abbé y qui en avoit le gouvernement, une terre située dans le comté de Béziers ; preuve que les ducs & les comtes n'avoient pas encore entièrement usurpé alors le domaine de nos rois dans les provinces '°. L'abbé Eudes, dont il est parlé dans ce diplôme, n'est pas différent de S. Eudes, abbé de Cluny, qui avoit une inspection générale sur tous les monastères de* sa réforme établie à Saint-Pons, 8c nous voyons en effet qu'Augier, qui en fut fait abbé particulier en gSô, l'étoit encore •' en 940 & 942, contre le sentiment d'un moderne'* qui place sa mort en 940 & lui
' Voyez, <iu sujet des différentes manières de ' Baluze, Marea Hispanica, p. 835.
compter les années du règne de Louis d'Outre-mer, ' Ihid, p. 848.
les Nouveaux Eléments de Paléographie, par M. N. ' Ihid, p. 85i.
de Wailly, t. 1, p. 333. [E. M.) • Hid. p. 387.
' Baluze, Marca Hispanica, p. 848 & seq. ** Voyez tome V, Chartes Si Diplômes , nu-
' Ihid, p. 386. méro LXVIII & suiv.
* Voyez, sur Suniofred, comte de Barcelone, son '" Ibid,
frère Wifred &sur les différents comtés dont secom- ", Ihid, n. LXIX.
posait la Marche d'Espagne, la tfote additionnelle '* Chronologie des abhés de Saint-Pons , p. 14
à la Nçte LXXXVII du tome II. [E. M.] & siut.
donne S. Eudes, abbé de Cluny, pour successeur. Louis d'Outre-mer date ce diplôme de Lyouy le 2 (taoût, la quatrième année de son règne y ce qui prouveroit que ce prince s'avança vers le Rhône en 989 ; mais on prétend * que la charte est datée de Laon & non pas de Lyon, dont le nom latin est le même, 8c qu'il faut lire Laudanum ou Lugdunum Clavatum, au lieu de Lugdunum.