‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 4)Chapitre 102 sur 186 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

Diplômes pour l'abbaye d'Anianc.

Tous les actes relatifs à Aniane, dont nous avons à parler ici, se rapportent aux tentatives faites par cette abbaye pour se soumettre le monastère de Saint-Guillemdu-Désert, autrement dit de Gellone. La question de cette soumission peut paraître, jusqu'à un certain point, élucidée; toutefois, il reste quelques points obscurs à éclaircir, & c'est ce que nous allons essayer de faire. On sait qu'en l'an 804, saint Guillaume, comte de Toulouse, fonda dans le diocèse de Lodève un monastère destiné plus tard à devenir célèbre & dans lequel il fut enterré. Cette fondation fut certainement faite avec les avis & sous la direction bénévole de saint Benoît, qui résidait à cette époque au monastère d'Aniane. Jusqu'au milieu du onzième siècle, nous voyons les deux abbayes vivre dans une entière indépendance l'une de l'autre, lorsque tout à coup, sous l'administration de l'abbé d'Aniane, Emenon (1062-1093), nous voyons cette abbaye s'opposer à l'élection d'un abbé par les moines de Gellone, attirer sur eux les foudres de l'Église & réclamer des papes Nicolas II & Alexandre II le rétablissement d'une sujétion imaginaire. Emenon avait, d'ailleurs, eu soin de se munir de preuves; il présentait à la cour pontificale une copie du testament de saint Guillaume, contenant la clause expresse que la celle de Gellone devait rester à tout jamais soumise à Aniane comme elle l'était à ce moment. Ces prétentions d'Aniane fuient repoussées, & deux bulles

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NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

successives d'Alexandre II & d'Urbain II, confirmées par une troisième de Calixtc II, dont nous avons le texte, vinrent proclamer le droit pour les moines de Gellone de librement élire leur abbé, déclarèrent le monastère indépendant de toute autre sujétion que celle du Saint-Siège & firent à tout jamais justice de prétentions aussi mal fondées.

Toutes les réclamations d'Emenon reposaient sur une copie du testament de saint Guillaume, tirée du cartulaire de son abbaye. La fausseté de cet acte a été prouvée complètement dans une dissertation publiée il y a déjà longtemps dans la Bibliothèque de V Ecole des Chartes'; nous rappellerons seulement que les formules diplomatiques, le style de l'acte, le langage employé, tout prouve que nous avons affaire à \{\\ remaniement du texte primitif fait au onzième siècle; enfin, le fait seul, pour cet acte, de provenir du cartulaire d'Aniane, étant donné le peu de scrupule des gens du moyen âge en pareille matière, tendrait à le faire regarder comme interpolé pour les besoins de la cause.

Mais la question de la sujétion de Gellojie à Aniane n'en reste pas moins encore indécise, d'autant plus que certains diplômes du neuvième siècle semblent la coniirmer; avons-nous donc affaire ici à des prétentions bien fondées, mais apjjuyées seulement surdos titres interpolés? (^'est ce que l'examen détaillé de ces actes va nous permettre de décider.

Le premier de ces actes est un diplôme de Louis le Pieux de l'an 814% provenant du cartulaire d'Aniane. Parmi les possessions de cette abbaye qui y sont énumérées, on y indique l'abbaye de Gellone, avec toutes les celles & tous les domaines dont saint Guillaume l'avait dotée. Toutefois, remarquons rjue cette partie de l'acte peut fort bieli avoir été interpolée, & que dans ces longues énumérations de terres, il suffit d'ajouter quelques noms, sans toucher aucunement au reste des formules.

Une lettre du même prince au monastère ','Aniane mentionne dans la suscri])tion les

' ToîTic II, p. 177; article da M. Thoniassy. ' Preuves, col. 8i^

frères de Gellone'; cet acte provient aussi du cartulaire d'Aniane. Dans cette lettre, l'empereur donne aux moines d'Aniane des conseils sur leur conduite, approuve l'élection par eux faite de l'abbé Tructesinde, &, à part ces deux mots de la suscription : sive Gellone, on ne trouverait pas dans tout l'acte un seul mot qui rappelle ce monastère. Bien plus, l'empereur emploie dans tout le cours de son épître le singulier 8c non le pluriel : locus iste, monasterii, idem monasterium. L'interpolation semble ici absolument certaine.

Trois autres diplômes de confirmation, deux de Louis le Pieux, l'un de 822', l'autre de 837', & un de Charles le Chauve de 853*, donnent lieu aux mêmes remarques que celui de 814. Tous ces actes proviennent du cartulaire d'Aniane.

Nous avons dit que tous présentent des interpolations, sans pourtant qu'on puisse les accuser de n'être pas authentiques dans le reste de leur texte. Voyons si des actca contemporains, complètement authentiques cette fois, viendront confirmer notre supposition. Remarquons d'abord que jusqu'au milieu du onzième siècle, la liste des abbés de Gellone est à peu près complète, & que nous ne savons pas qu'un seul ait eu besoin de l'autorisation de celui d'Aniane pour exercer son autorité. En outre, la pancarte de Juliofred, abbé de Gellone, dressée vers l'an 806, ne parle pas de cette suprématie d'Aniane & le diplôme de Louis, roi d'Aquitaine, donné en 807, n'en dit pas non plus un seul mot. Deux diplômes pour Aniane, de 814, accordés à saint Benoît, ne la mentionnent nullement & ne donnent pas à cet abbé le titre d'abbé de Gellone '^5 de même pour un autre diplôme de 8i5®. Tous ces actes paraissent cependant pour le moins aussi authentiques que ceux que nous avons analysés plus haut. Nous en conclurons donc que les moines d'Aniane, dans le but de soutenir leurs prétentions,

' Preuves, col. I 36.

' Preuves, col. 141 .

' Preuves, col. 20 r.

^ Preuves, col. 290, ' Preuves, col. 87 & 89.

*■ Preuves, col. 101,

NiiT r.

566 NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

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se contentèrent d'Interpoler un nombre de bable que pour rendre leur sentence en ''^

diplômes suffisant à leur gré & laissèrent faveur de Gellone, les juges apostoliques

aux autres leur rédaction primitive. Nous invoquèrent la tradition orale, le témoi-

ne prétendons pas, bien entendu, que les g"age des anciens du pays, papes du onzième siècle aient fait toutes Tout ce qui précède n'est guère qu'une

ces remarques. En dehors des bulles dont hypothèse, mais elle a, suivant nous, tou-

leur chancellerie pouvait dans certains cas tes les apparences pour elle, &. si on ne

reconnaître l'authenticité, ils étaient abso- l'adopte pas, il faudra regarder le problème

lument incapables de discerner un faux comme insoluble, les vraisemblances histo-

commis sur un diplôme ancien, on com- riques empêchant d'admettre \^ iustice des

prend facilement pourquoi. Il est pro- prétentions de l'abbé d'Anianc. [A. M.]

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