‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 4)Chapitre 23 sur 186 · Thomas, 81 5, évêque · texte numérisé non relu

Thomas, 81 5, évêque

d'Albe ou de Viviers.

' Voyez Le Cointe, ad ann. 727, n. 3, 36.

Voici les preuves de cette suite : 1° L'ordre des trois premiers ne souffre aucune difficulté, puisqu'on le trouve de même dans tous les monumens que nous avons de l'église de Viviers, & entre autres dans le mémoire que Thomas , évêque de cette église, en dressa l'an ii5o'.

2° Celui des trois évèques suivans dépend de la fixation de l'époque de S. Aulus 5 car, suivant ses actes % il succéda à S. Firmin, & celui-ci à S. Eucher. Or, cet Aulus est sans doute le même qu'Avolus, évêque d'Albe, qui, suivant les actes ^ de S. Amatius, évêque d'Avignon, fut mis à mort par les Vandales, dans le temps de l'irruption de Crocus, laquelle, comme iious le prouverons ailleurs, arriva au commencement du cinquième siècle. En effet, dans les monumens de l'église de Viviers qui sont postérieurs à cette irruption , & qui font mention de tous les anciens évèques , il n'en est fait aucune d'Avolus ; il y est seulement parlé d'un Aulus, sans marquer le temps où il a vécu; ce qui fait voir que c'est le même qu'Avolus. Il est vrai que les actes de S. Aulus'* ne disent pas qu'il ait été mis à mort par les Vandales. Ils le font même évêque de Viviers, au lieu de le faire évêque d'Albe ; mais ces actes ne sont pas d'une antiquité si reculée, qu'ils ne puissent être fautifs & qu'on ne puisse douter de leur authenticité. Ils paroissent même assez modernes ; car ils font mention de plusieurs des successeurs de cet évêque , d'où on peut conclure qu'ils ont été faits longtemps après la translation du siège épiscopal d'Albe à Viviers , & que l'auteur aura pu croire que S. Aulus avoit siégé dans cette dernière ville.

3° Nous apprenons des mêmes actes qu'Eumachius succéda immédiatement à S. Aulus, ce qui nous engage à donner au premier le septième rang. Auxonius doit occuper par conséquent le huitième , puisque, suivant les mémoires de l'église de

' Columbi, Episcopi Vivarienses, p. 177.

' Columbi, Episc. Vivar. p. 177, & Gallia Christiana, t. 3, p. 174.

^ Gallia Christiana, nov. éd. t. i, p. i36, instr.

"• Columbi, Episcopi Vivarienses, p. 177, & Gallia Christiana, t. 3, p. 174.

Note

Non

NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

Viviers, il siégea durant l'irruption de Crocus , il survécut à cette irruption , & transféra le siège épiscopal d'Albe à Viviers. Mais comme il paroît, d'ailleurs, que S. Avolus ou Aulus étoit évoque d'Albe dans le temps de la même irruption ', & qu'il en fut même la victime, pour concilier ce que nous savons d'Auxonius avec ce qu'en rapportent les mémoires de l'église de Viviers , nous croyons qu'il est beaucoup plus vraisemblable qu'il ne fut évoque d'Albe que quelque temps après cette irruption, qu'il succéda à Eumachius, & qu'il transféra le siège épiscopal de la ville d'Albe ruinée par les Vandales, dans celle de Viviers.

D'ailleurs , les mémoires ecclésiastiques du cinquième siècle parlent d'un Auxonius , évèque dans la Viennoise ou aux environs, & M. de Tillemont" croit, après Messieurs de Sainte Marthe , que c'est notre évêque de Viviers. Il est nommé dans la lettre que le pape S. Célestin écrivit l'an 482 aux évêques des Gaules, touchant Prosper & Hilaire , & dans celle que vingt évêques des Gaules, & entre autres ceux de la Viennoise, écrivirent au pape S. Hilaire au sujet de l'affaire de Die; ce qui prouve qu'Auxonius vivoit alors.

Au reste , il est difficile de marquer précisément l'époque de la translation du siège épiscopal d'Albe à Viviers, car nous voyons que les peuples du Vivarais étoient encore appelés^ AlbenseSj du nom de leur capitale, vers la fin du cinquième siècle, & que les évêques de cette église ne prenoient encore que le titre ^'évêques d'Albe au commencement du siècle suivant; c'est ce qui paroît par la souscription de Vénantius ^ au concile d'Epaone en 5 17. Ce même prélat prend cependant le titre à^évèque de Viviers ' en souscrivant à celui de Clermont en 535, mais Mélanus ne se qualifie c[u évêque dAlbe dans sa souscription" au concile d'Orléans de l'an 549. Thomas ScEthérius,

leurs successeurs, prennent l'un & l'autre titre' au neuvième siècle; d'où on peut conclure que le siège épiscopal étoit certainement transféré à Viviers au commencer ment du sixième siècle, quoique les évêques aient continué jusqu'au neuvième de prendre le titre de leur ancien siège, en le joignant au nouveau.

4° Le martyrologe" de Viviers place la mort de S. Valère , évêque de cette église sous Clovis, l'an 507, & lui donne S.Lucien pour prédécesseur. S. Venant, successeur de S. Valère, vivoit certainement l'an 5i7 & l'an 535, comme nous venons de le voir. Nous connoissons Agrippius & Mélanus qui se succédèrent l'un à l'autre. Le dernier souscrivit l'an 549 au cinquième concile d'Orléans, & l'autre, suivant le P. Columbi % vivoit l'an 541. Il est faux, cependant, que celui-ci ait assisté , comme il le prétend, au quatrième concile d'Orléans tenu la même année 641, car on n'y trouve pas sa souscription.

5° Le même auteur s'est trompé'' en mettant un Sabinus au nombre des évêques de Viviers : 'il avance qu'il assista l'an 585 au second concile de Mâcon; mais il est évident qu'il a pris Sabinus, évêque de Béarn' ou de Lescar, Benearnensis pour Vivariensis. Puis donc qu'il n'est fait mention d'aucun Sabinus dans les anciens mémoires de l'église de Viviers , nous le retranchons du catalogue du P. Columbi.

6° Pour les six évêques qui suivent Mélanus dans notre catalogue , nous les laissons dans le même ordre qu'ils sont rangés dans les mémoires de l'église de Viviers , & nous les plaçons entre le sixième & le commencement du neuvième siècle; & comme il en est fait mention dans les anciens ® cartulaires de la même église, au sujet des donations qu'ils y avoient faites , ils doivent plutôt appartenir au temps qui suit qu'à celui qui précède le sixième siècle. Nous

NoïB

' Gallia Ckristiana, nov. éd. t. 3, p. 174.

* Tillemont, art. 7, sur S. Prosper, p. 17, art. 1, 2, sur S. Mamert, p. 106.

' Sidoine Apollinaire, 1. 6, Epître 11. ^ Conciles, t. 4, p. iSS?,.

* Conciles, p, 1 8o5.

' Concili's, t. 5, p. 3^7 & suiv.

' Columbi, Ep'iscopi Vivarienses , p. 198. — Conciles, t. 9, p. 276.

" Voyez Columbi, Episcopi Vivarienses, p. 193. ' Voyez Columbi, Episcopi Vivarienses, p. 193. ^ Voyez Columbi, Episcopi Vivarienses, p, ipS, 5 Conciles, t. 5, p. 988.

^ Columbi, Episcopi Vivarienses, p. iSl.

Note

Éd

mettons Jean & Ardulfus les premiers , parce qu'il en est parlé dans l'ancienne notice Nong. Je i^ dotation de l'église de Viviers, qu'on p. 620 croit être du commencement du huitième siècle. Les quatre évèques suivans sont placés au hasard, suivant l'ordre que leur donne l'ancien Gallia Christîana ; mais nous avons retranché ceux qui ont été répétés plusieurs fois sous le même nom , lorsque nous n'avons vu aucune preuve qui nous obligeât de les multiplier & de croire , sans quelque autorité, qu'il y ait eu à Viviers plusieurs évèques de même nom dans ces siècles reculés.

On ne sauroit tirer aucun éclaircissement certain pour la suite des évèques de Viviers, comme le prétend le P. Columbi ', de l'ancienne notice qu'il a donnée de la dotation de cette église , parce que les chartes qu'on a extraites ne sont pas datées, & qu'elles sont rapportées confusément & sans aucune liaison entre elles; ce qu'on peut prouver par les deux évèques Mélanus & Vénantius dont nous avons des dates certaines , & dont le premier est placé devant le dernier dans cette notice , quoique nous sachions certainement que Vénantius étoit antérieur à Mélanus.

II. Nous n'ignorons' pas que le P. Le Cointe arrange d'une manière différente de la nôtre la chronologie des premiers évèques de Viviers, sur l'autorité de cette notice ou Pouillé donné par le P. Columbi. Il prétend que tous les articles de cette notice qui précèdent le vingt-sixième sont antérieurs à l'an 727 de J.-C. & qu'ils sont rangés exactement selon l'ordre chronologique ; sans en donner d'autre preuve que la date suivante, qui se trouve au n° XL

qu'il seroit très-aisé de détruire , il nous suffit, pour être convaincus que plusieurs d'entre les donations qxie cet auîialiste fait antérieures à l'an 727 sont postérieures, de lire les paroles suivantes au n° XXIV : In comitatu Vivariense... in Valentinensi, ce qui ressent le style du neuvième siècle , car ce n'est que depuis ce temps-là , & surtout depuis l'hérédité des fiefs, que dans les chartes on a distingué les lieux par comtés. On n'a qu'à consulter toutes les donations & autres chartes de la première race & celles du commencement de la seconde , & on verra qu'on n'employoit dans ce temps-là que le terme de pagus, pays, pour signifier ce qu'on a voulu dire dans la suite par celui de comitatus , comté.

Comme il n'y a donc aucun fonds à faire sur l'ordre chronologique de ce Pouillé, c'est ainsi que le P. Columbi l'appelle , on ne sauroit s'en servir pour multiplier les évèques de même nom , comme a fait le P. Le Cointe, puisque un même évêque peut avoir fait différentes donations, rapportées sous différens articles. Thomas II , évêque de Viviers, voulant, à l'exemple de plusieurs autres églises & monastères de son temps, conserver la mémoire des anciennes donations faites à son église, & dont les originaux dépéi'issoient, en dressa une notice ou un extrait sommaire dans le douzième siècle. Cet évêque est donc le premier auteur de ce Pouillé; car il est faux qu'il y ait eu une collection antérieure, comme le prétend le P. Columbi, Thomas fit confusément l'extrait de toutes les chartes de son église qui furent assez lisibles , & parmi lesquelles il pouvoit s'en trouver plusieurs des dixième & onzième siècles, dont la plu-

Omnia ista dotaverunt ad S. Vincentium part étoient sans date, suivant l'usage du

anno septimo régnante domino nostro Galdeberto & etiam domino Cheuberto (ou comme porte le cartulaire de l'église de Viviers , Theuberto) rege , indictione undecima. Cet historien tâche d'adapter ces notes chronologiques à la septième année du roi Thierry IV ou à l'an 727. Mais sans entrer dans la discussion de toutes ses raisons ,

' Columbi, Episcopi Vivariense s, p. 181. ' Le Cointe, ad ann. 727, n. 3, 36.

* Columbi, p. i85.

pays & du temps. Mais comme il en restoit encore beaucoup de plus anciennes, que le temps avoit presque effacées, ce prélat omit celles-ci qui faisoient les deux tiers des originaux. Ego Thomas' episcopus exemplavi istud politicum de aliis vetustissimis chartulis quas inveni in chartulario S. Vincentii, & nec tertiam partem potui exemplare propter nimiam vetustatem qua consumptae , S-c.

Le terme de chartularium a trompé sans

' Columbi , p. 21 T.

Note

NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

doute le P. Columbi, & il aura cru que Thomas ne fit que copier un plus ancien cartulaire ; mais dans cet endroit chartularium veut dire le chartier ou les archives , & il est évident que ce prélat fit ses extraits sur les originaux mêmes , dont quelques-uns étoient entiers , & les autres ou effacés ou usés par le temps. Si c'eût été un cartulaire écrit au commencement du huitième siècle, comme on le prétend, on ne comprend pas comment il n'y en auroit eu que le tiers de lisible.

Le P. Columbi ' prétend encore qu'il est fait mention de cette plus ancienne notice ou Fouillé copié par l'évêque Thomas , dans une charte de l'empereur Charles le Chauve, & que ce prince l'autorisa avec toutes les donations dont il y est parlé : mais il n'en est pas dit un mot dans la charte de ce prince rapportée par le P. Columbi ' même, & elle n'est pas différente des autres chartes de cet empereur & de celles des autres princes en faveur des églises, pour les confirmer dans leurs possessions.

Il est vrai que le terme de Puletum, omis dans l'édition que le P. Columbi a donnée de cette charte, s'y trouve en effets Concedîmus Vlvarhnsi matri eccîesiae, res quae quondam Juerunt in jure ejusdem eccîesiae id est Vu L'ETVm. & quidquid S. Vincentii in eodem comitatu Valentinensi , cum dimidia ecclesia S, Romani esse dignoscitur, S-c. Mais on laisse à juger s'il s'agit là d'un Pouillé ou d'un cartulaire , & si ce mot placé comme il est ne signifie pas plutôt un lieu ou un village de ce nom : res quae quondam fuerunt in jure ejusdem eccîesiae. Ce prétendu Pouillé avoit-il passé en des mains étrangères, & n'appartenoit-il plus à l'église de Viviers du temps de Charles le Chauve ?

On doit retrancher du catalogue des évêques de cette église Séverin, que Columbi fait siéger l'an 804 , parce qu'il n'en donne d'autre preuve que l'acte prétendu de consécration du grand autel de l'église d'Aniane, acte que l'on convient'' être supposé.

' Columbi, p. i85.

* Columbi, p. 2o3 & suiv.

' Voyez aux Preuves, sous len. CVIII des Chartes, la Charte de l'empereur Charles le Chauve , en faveur de l'église de Viviers.

* Voyez Le Cointe, ad ann. 804,

Enfin nous remarquerons ' que le P. Columbi, qui a été suivi' par Messieurs de Sainte-Marthe, d'un seul évêque de Viviers qui vivoit à la fin du règne de Charles le Chauve, en a fait deux. C'est Ethérius, dont il est fait mention dans une charte de ce prince, du mois' d'août de l'an 877. Il est vrai que cet auteur a lu Euchérius au lieu d'Ethérius, qui est son vrai nom marqué dans le cartulaire de l'église de Viviers : mais cette dernière leçon est d'autant plus certaine, que le P. Columbi'' convient qu'Ethérius souscrivit au concile de Pontion , l'an 876, & à celui de Mantaille en 879. Ce n'est donc qu'un seul évêque de même nom qui siégea depuis l'an 878 jusqu'à l'an 882.

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