VIII. Ce comte, par son testament ^, donna
à Pierre , son troisième fils , les évêchés & Éd. on;;
toutes les abbayes de son domaine. Il ne p. 623.
Bihl.
nova manu-
' Adhémar de Chabannes, t.
script, de Labbe, p. [79.
" Bollandistes, t. 2 julii, p. i3,
3 Voyez, au tome IV de cette édition, la Note ITI.
•* Voyez, au tome V de cette édition, dans les Preuves, sous le n. CCCCLXXXI des Chartes, le Testament de Roger , vicomte de Carcassonne , de Rase^ & d'Albi.
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
spécifie pas véritablement l'abbaye de Frédelas en particulier; mais elle est nommée, vers le milieu du onzième siècle, dans plusieurs ' actes de ce dernier, qui la possédoit alors. Nous savons, d'ailleurs, qu'elle subsistoit vers l'an 960, comme il paroît par le testament du comte Raymond , rapporté par le P. Mabillon " dans sa Diplomatique. Illo alode de Carlîago Rogerio filîo Arnaldo remaneat ; post suum discessum Sanctt Antonînî Fredelesio remaneat. Ce sont là les plus anciens monumens que nous ayons de l'abbaye de S. Antonin de Pamiers. Elle fut fondée vraisemblablement au dixième siècle par les comtes de Carcassonne prédécesseurs de Roger; car ils étendoient leur domaine sur la partie méridionale du diocèse de Toulouse , & c'est de lui qu'il est parlé dans le testament du même comte Raymond, comme nous le prouverons ailleurs.
IX. Cette abbaye eut le sort de toutes celles qui tombèrent en mains séculières dans le onzième siècle , & dans la plupart desquelles la régularité étant entièrement déchue , les moines se transformèrent en chanoines. Roger, comte de Foix , descendant du comte de Carcassonne de ce nom & successeur de Pierre, évêque , qui possédoit l'abbaye de Frédelas comme un bien héréditaire, touché de sa décadence , s'adressa vers la fin du même siècle à S. Hugues , abbé de Cluny, pour la réformer. Locum S. Antoninî^ qui vulgo vocatur Fredolus , quatenus ibi monastîci habitas te statuente regularis inseratur ordo , &c.
X. Il paroît , cependant , que les pieuses intentions de ce comte n'eurent point leur exécution , puisque ses successeurs continuèrent dans leur usurpation , & que la réforme de Cluny ne fut point introduite dans cette abbaye. C'est ce qu'on voit par un acte *, qui nous apprend que les papes Urbain II & Pascal II furent obligés d'ex-
' Voyez, au tome V de cette édition, dans les Preuves , sous le n. CCCCLXXXI , le Testament de Roger, vicomte de Carcassonne, de Rase^ & d'Albi.
' Mabillon, Diplomatique ,:^. SyS.
' Voyez Mabillon, Annales Benedict. t. j\, p. 677.
^ Voyez, au tome V de cette édition, dans les Preuves, sous le n. CCCLV des Chartes, l'Accord entre Roger II, comte de Foïx,& l'abbaye de Frédelas ou. de Pamiers.
communier un autre Roger, comte de Foix, qui refusoit de restituer à l'église de Frédelas les biens qu'il avoit usurpés sur elle j ce qui dura jusqu'au mois de juin de l'an un, que ce comte, touché d'un remords de conscience, restitua par un acte solennel les biens que ses prédécesseurs avoient usurpés sur ce monastère.
Ego Rogerius cornes Fuxensis Guirpio
sine inganno domino Deo & S. Antonino & abbatibus futuris canonice electis & Isarno priori & successoribus suis & canonicis tam praesentibus quam futuris totam villam Fredelaci & castrum ApamIvE & omnem. abbatîam S. Antonini , &c.
XI. Les actes que nous venons de rapporter nous donnent lieu de faire ici quelques observations : 1° Qu'il n'est dit nulle part que l'abbaye de Frédelas possédât les reliques de S. Antonin , martyr, en tout ou en partie.
2° Que c'est seulement depuis l'an un que nous connoissons le lieu de Pamiers dans les Gaules, & que c'étoit pour lors un château bâti auprès de l'abbaye de Frédelas, lequel a donné l'origine à la ville de même nom.
3" Que dans le même temps cette abbaye n'étoit gouvernée que par un simple prieur ', soit qu'elle fût devenue un prieuré soumis à l'ordre de Cluny , ou , ce qui est plus vraisemblable , que la réforme n'y ayant pas été introduite, le titre abbatial fût toujours demeuré aux comtes de Foix qui avoient usurpé les biens de ce monastère , & qui permirent, dans la suite, l'élection des abbés, & abbatibus futuris canonice electis , comme porte la charte de l'an iiii.
4° Que le château de Pamiers, castrum Apamiae, dont il est parlé pour la première fois dans cette dernière charte, avoit été bâti vraisemblablement sur le fonds de l'abbaye à la fin du onzième siècle, par le même Roger, comte de Foix. Nous savons , en effet, que ce comte alla à la guerre sainte , & qu'il fut de la première croisade. La tradition ^ de l'église de Pamiers ajoute qu'il apporta des reliques à son retour de ce voyage , entre autres celles des SS. Caius
' Voyez Mabillon, t. 5, p. 56o.
* Gallia Christiana^ t. 2, p. 161.
Note 3z
NOTJ
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
& Alexandre , martyrs , d'Apamée en Syrie , qu'il les déposa dans l'église de Frédelas, & qu'elles y furent conservées jusqu'au seizième siècle. Il est donc très-vraisemblable que ce comte , après son retour d'Orient , fit bâtir le château de Pamiers , Apamiae , auprès de l'abbaye de Frédelas, & qu'il lui donna ce nom parce qu'il avoit apporté ces reliques de la ville d'Apamée en Syrie.
XII. De là , il a été aisé de confondre S. Antonin , martyr des Gaules , patron de l'abbaye de Frédelas, située auprès du nouveau château d'Apamée, au diocèse de Toulouse, & patron de l'abbaye de S. Antonin, en Rouergue, avec S. Antonin, martyr d'Apamée en Syrie. C'est ce qui a donné lieu à toutes les fausses légendes qui ont été fabriquées dans la suite , dans lesquelles on ne s'est pas contenté d'ajouter une infinité de circonstances fabuleuses à ce qu'on pouvoit savoir du martyre de S. Antonin d'Apamée en Syrie , mais qu'on a transféré dans les Gaules & confondu avec un autre saint de même nom, qui avoit souffert en Aquitaine , & dont on possédoit une partie des reliques dans l'abbaye de son nom en Rouergue ; car nous ne doutons pas que ces deux saints ne soient différens.
XIII. Il n'y a , en effet , aucune vraisemblance que le corps de S. Antonin , martyr d'Apamée, ait été apporté dans les Gaules, dans les cinquième ou sixième siècles , comme l'insinuent ' les Bollandistes , ni même dans le huitième, car si nous avons en France des reliques venues d'Orient, ce n'est guère que depuis les Croisades , lorsque les seigneurs qui eurent part à ces guerres en apportèrent à leur retour, après les avoir enlevées des villes qu'ils avoient prises sur les infidèles, ou autrement.
Il est vrai que ce qui détermine davantage les Bollandistes" à croire que les reliques de S. Antonin, conservées à Pamiers, étoient celles du martyr d'Apamée , c'est qu'on conservoit aussi dans l'église de Pamiers, comme nous l'avons dit, celles des SS. Ca'ius & Alexandre & de S'" Nathalie, martyrs, lesquelles furent apportées d'Apamée en Syrie, dans les Gaules, par Roger,
' Bollandistes, t. 2 julii, p. i3, ' Bollandistes, t. 2 julii, p. i3.
Note
comte de Foix , à son retour de la première croisade : mais comme ces reliques ne furent mises dans l'abbaye de Frédelas qu'à la fin du onzième ou au commencement du douzième siècle , & que nous avons déjà prouvé qu'on honoroit longtemps auparavant celles d'un S. Antonin , martyr, dans le monastère de ce nom en Rouergue, cela nous donne lieu de croire qu'il doit y avoir eu , dans les Gaules , un S. Antonin, martyr, différent de celui d'Apamée.
XIV. Nous pouvons appuyer nos conjec- Ed.orig tures sur les témoignages de Vincent de p. 624. Beauvais & de S. Antonin de Florence, & sur l'autorité des divers actes que nous avons de S. Antonin, qui conviennent presque tous qu'il mourut dans les Gaules. Il est vrai que ces actes n'ont rien d'authentique, & qu'ils sont du moins extrêmement interpolés : mais quelque suspects qu'ils soient, ils paroissent d'autant mieux fondés à reconnoître un S. Antonin , martyr dans les Gaules , qu'ils sont tous d'accord sur ce seul article , qui est d'ailleurs conforme à l'ancienne tradition du pays.
Divers martyrologes, entre autres ceux de S. Riquier & de S. Victor, confirment' cette tradition. Le Père du Solier prétend que le premier est au moins du commencement du quatorzième siècle. Or, ce martyrologe met au 2 de septembre un S. Antonin, prêtre & martyr dans les Gaules, au territoire de Cahors, différent de celui de Syrie , qu'il qualifie enfant & dont il parle aussi au même jour. In Gallia terrîtorîo Caturcensi S. Antoninî presbyterî & martyrîs. Eadem die S. alterîus Antoninî pueri martyrîs, &c. Ce dernier Antonin est qualifié tantôt enfant", & tantôt jeune homme de vingt ans, dans les différens manuscrits du martyrologe de S. Jérôme. Celui de S. Victor met aussi au même jour, 2 de septembre, un S. Antonin, différent de celui d'Apamée. In cîvîtate Brugdunensî passîo S. Antoninî levîtae cum Johanne presbytero & Almachîo puero, &c., &c. Or, cet Antonin doit être celui d'Aquitaine, puisqu'on honoroit dans
' Bollandistes, Acta Sanctorum, t. yjunii, p. 5o8 & seq.
' Bollandistes, Acta Sanctorum, t. 2 julii, p. 8.
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
l'église de Pamiers' , les reliques de ses deux compagnons, Jean & Almachius, que personne ne donne pour compagnons à S. Antonin d'Apamée; ce qui fait voir que le nouveau martyrologe romain dans lequel le cardinal Baronius a ajouté au 2 septembre à Pamiers , dans les Gaules, S. Antonin, martyr, fi-c, n'est pas le premier martyrologe qui fasse mention d'un S. Aiitonin des Gaules. Ce cardinal s'est trompé, cependant, pour le lieu de son martyre.
XV. Nous pourrions ajouter à cette tradition du pays, appuyée sur des actes & des martyrologes , l'ancien culte " rendu dans les Gaules & en Espagne, & surtout dans l'Aquitaine & en Auvergne, à un S. Antonin, martyr : culte qui n'auroit pas été, sans doute, si étendu, si ce saint n'avoit été martyrisé dans les Gaules.
XVI. On pourroit objecter que, selon tous les nouveaux martyrologes, la fête de S. Antonin des Gaules est marquée au 2 de septembre, jour auquel il est constant que le martyrologe de S. Jérôme & les autres plus anciens mettent le martyre de celui d'Apaméej qu'ainsi ce doit être un même saint. On peut répondre à cette objection : 1° Qu'il n'est pas impossible que ces deux saints soient morts, ou bien qu'on célébrât anciennement leur fête le même jour, ce qui doit les avoir fait confondre. 2° Catel ' observe que les anciens actes de S. Antonin de Pamiers, qui sont dans le recueil de Bernard Guidonis , marquent la mort de ce saint au 29 d'août; il peut donc être arrivé fort aisément qu'on ait pris Apamée, en Syrie, pour Pamiers dans les Gaules; & que sachant que le S. Antonin d'Apamée , dont il est fait mention dans le martyrologe de S. Jérôme, étoit mort le iv. des noues de , septembre, on ait cru devoir lire dans les Ëpoque de la division de l'ancienne plus anciens actes de celui des Gaules , sur Narbonnoise en deux provinces &» l'autorité de ce martyrologe, le zV. des nones, ^^ i^ subdivision des autres parties au lieu du îv. des calendes de septembre. 7 yo 7
/-'»•• • .1 T> 11 j. . 4 des Gaules.
C est ainsi que, suivant les Bollandistes% on
a confondu S. Antonin , martyr de Plaisance, en Italie, mort le 3o de septembre, avec S. Antonin d'Apamée, mort le 2 du même mois. De là , les nouveaux légendaires auront confondu les actes de l'un avec ceux de l'autre, & n'en auront fait qu'un seul, comme on peut voir dans les actes qui ont été donnés par Montbritius , Nicolas Bertrandi, les PP. Chifflet & Labbe, où, malgré la contradiction, on qualifie S. Antonin tantôt enfant, tantôt jeune homme de vingt ans, conformément au martyrologe de S. Jérôme, & tantôt prêtre ; car, suivant la tradition, celui des Gaules étoit revêtu de ce caractère.
Telle a donc été, comme nous le croyons, la cause de la confusion que nous voyons dans les divers actes de ce saint ; actes beaucoup plus interpolés les uns que les autres. On aura conservé le peu qu'on savoit, par S. Jérôme, de celui de Syrie, ou, par la tradition, de celui des Gaules. Ce dernier aura , sans doute , souffert le martyre sur les frontières du Querci & du Rouergue, & vraisemblablement durant les persécutions des empereurs païens , ou peut-être seulement au commencement du cinquième siècle dans le temps de l'irruption des Vandales qui firent une infinité de ravages & plusieurs martyrs dans les Gaules. Il y a apparence que les SS. Jean & Almachius, dont on prétendoit conserver les reliques dans l'église de Pamiers, souffrirent aussi avec lui le même genre de mort.