I.XTOUSne savons de ce concile que le
peu que S. Hilaire en a rapporté par occasion dans ses ouvrages j car Sulpice Sévère, qui pouvoit nous en instruire, yCqix a dit qu'un mot en passant, à l'occasion de celui d'Arles.
On ne sauroit donc rien dire de précis touchant ses circonstances. Nous croyons , cependant, que le plus grand nombre des évêques de ce concile étoit des Cinq provinces, c'est-à-dire de la Narbonnoise, de la Viennoise, de l'Aquitaine, de la Novempopulanie & des Alpes maritimes , & peutêtre aussi de la Séquanoise & des Alpes grecques, à cause de leur voisinage de Béziers. D'ailleurs, Saturnin d'Arles qui présida à ce concile, voulut, sans doute pour fortifier son parti, y attirer les évêques des mêmes provinces qui avoient assisté trois ans auparavant à celui d'Arles, & qui avoient e«u la foiblesse de se déclarer, du moins extérieurement, pour l'arianisme.
II. De tous les évêques du concile de Béziers, nous ne connoissons que S. Hilaire de Poitiers &Rhodanius de Toulouse, qui ne cédèrent pas aux sollicitations & aux violences de Saturnin. Les intrigues de ce dernier durent d'autant mieux réussir, qu'outre toute l'autorité de l'empereur dont il étoit appuyé, il présida à ce concile ou comme seul métropolitain, ou comme le plus ancien de ceux qui s'y trouvèrent. Il est faux, cependant, qu'il eût juridiction sur la ville de Béziers , comme l'a cru Binius", & que cette ville fût de son diocèse.
III. Nous croyons trouver encore une preuve de la prévarication, ou plutôt de la dissimulation des évêques de nos provinces assemblés à Béziers, dans le titre du Traité des Synodes que S. Hilaire adressa l'an 358 aux évêques des deux Germaniquis , des deux Belgiques , des deux Lyonnoises de l'Aquitaine & de la Novempopulanie ; au peuple & au clergé de Toulouse dans la Narbonnoise, & aux évêques des provinces de la Grande-Bretagne ; car il nous paroît que le saint évêque de Poitiers ne faisant aucune mention dans ce titre des évêques de la Narbonnoise, de la Viennoise, de la Séquanoise & des deux provinces des Alpes, c'est une preuve, comme le remarque un habile critique % que ceux-ci ne lui avoient pas donné encore des marques de leur communion* qu'ils persistoient du moins extérieurement, dans celle de Saturnin d'Arles & du parti arien, & qu'ils avoient prévariqué au concile de Béziers. Les évêques delà Grande-Bretagne & des deux Germaniques que S. Hilaire nomme à la tête de sou ouvrage, dévoient lui être, sans doute, plus indifférens que ceux de ces quatre ou cinq provinces des Gaules.
IV. On peut appuyer cette remarque sur ce que ce saint docteur distingue l'église de Toulouse & la nomme seule, au même endroit entre toutes celles de la Narbonnoise. C'est sans doute parce qu'elle fut la seule constante dans la foi. Elle résista, en effet, à toutes les violences de Constance 8c des
NOTB
' Scaliger, in Auson, p. 177.
* Sidoine Apollinaire, 1. 9, Epist, 16.
' Catelf Mémoires de l'kist. de Languedoc, p. 820.
' Binius, Conciles, t. 2, p. 783.
' Tillemont, art. 8 sur S. Hilaire, Histoire eccU' siastique, t. 7, & sur les Ariens, art. ôi.
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
Ariens, qui voulurent mettre un évêque de que l'issue du concile de Béziers fut entiè-
leur secte à la place de Rhodanius, après rement favorable aux hérétiques : Mansit
l'exil de celui-ci, comme S. Hilaire nous namque (fides) atque etiam nunc permanet post
l'apprend lui-même. Il y a donc lieu de synodi Bitterrensîs professionem, in qua pa-
croire que les évêques des provinces omises tronos hujus haereseos ingerendae qu'ibusdam
Note
dans le titre de l'ouvrage de ce saint évêque eurent le malheur, dans les conciles d'Arles & de Béziers, de favoriser les pernicieux desseins de Saturnin, de condamner S. Athanase , & de persister encore quelque temps dans leur prévarication.
V. S. Hilaire " l'insinue, d'ailleurs, dans son Traité contre Constance, où il dit qu'ayant voulu faire connoître aux évêques du con-
Ed.orig. cile de Béziers les pièges qu'on leur tenp. 633. doit, ils ne refusèrent de l'écouter que dans la vue de mettre par un mensonge leur innocence à couvert, quoiqu'ils sussent bien ce qu'ils avoientà faire. Qui postea per factionem eorum pseudo-apostolorum ad Biterrensem synodum compulsas cognitionem demonstrandae hujus haereseos obtuli; sed hi timentes publicae conscientiae audire ingesta a me noluerunt : putantes se innocentiam suam Christo posse mentiri si volentes nescirent quod gesturi postmodum essent scientes.
VI. On pourroit entendre ce passage des évêques ariens, qui, craignant la discussion du dogme, refusèrent d'écouter S. Hilaire
vobis testibus denuntiaveram, innocens, inviolata, religiosa, &c. Ce passage, qui a du rapport avec le précédent, fait voir que c'est aux évêques catholiques du concile de Béziers que S. Hilaire vouloit montrer les artifices des Ariens, & que ces prélats ne voulurent point l'écouter. Cognitionem ' demonstrandae hujus haereseos obtuli, &c., in qua patronos hujus haereseos " ingerendae quibusdam vobis testibus denuntiaveram, &c., sed hi timentes publicae conscientiae , &c.
VII. Nous savons enfin que Rhodanius de Toulouse fut exilé pour n'avoir pas cédé aux Ariens dans le même concile, & que lui & S. Hilaire furent les seuls dont on punit la résistance, suivant le témoignage de Sulpice Sévère % lequel parle du premier en ces termes : Rhodanium quoque Tolosanum antistitem, qui natura lenior non tam suis viribus quam Hilarii socîetate non cesserai Arianis , eadem conditio implicuit. On lit dans quelques éditions Rhodanium quoque & Dosanum antistitem-, ce qui pourroit faire croire qu'il y eut un troisième évêque qui s'opmais il paroît plus naturel de l'appliquer posa aux desseins des Ariens dans le concile aux évêques catholiques du concile de de Béziersj mais la première leçon est la vé- Béziers, qui, appréhendant les menaces de ritable. Hornius'' avoue qu'il l'auroit suivie Saturnin & l'autorité de l'empereur, ne fi- s'il eût su que Rhodanius eût été évêque de rent aucun cas des avis qu'il leur donna Toulouse 5 il pouvoit s'en instruire aisésur les desseins pernicieux des Ariens , ce- ment par les ouvrages de S. Hilaire. Or, dèrent au temps, n'osèrent reconnoître pour revenir, si Rhodanius, d'un naturel
l'innocence de S. Athanase & se persuadèrent pouvoir le condamner sans blesser l'intégrité de la foi.
Ce dernier sens est confirmé par un endroit du même Père, dans son traité " des Synodes^ où il marque qu'il doutoit si après le concile de Béziers , dans lequel il fut condamné à l'exil, les évêques des Gaules
doux & d'un esprit accommodant, fut exilé pour avoir suivi S. Hilaire, d'où vient, si les autres évêques du concile de Béziers en firent de même, qu'ils ne subirent pas la même peine? D'où vient que l'empereur Constance exerça ' tant de violences dans la seule église de Toulouse? Il est donc très-vraisemblable que les évêques catholi-
avoient persisté dans la foi 5 mais qu'il avoit ques de ce concile, à la réserve d'Hilaire & appris par les lettres de plusieurs d'entre de Rhodanius, intimidés par la faction des eux qu'ils persévéroient dans sa communion, & qu'ils refusoient de communiquer avec Saturnin. S. Hilaire insinue ensuite
' S. Hilaire, 1. i, cont. Constant, n. 2, p. ' S. Hilaire, de Synod. n. i, 2 8i 3.
' S. Hilaire, contr. Constant, n. 2, p. I23p,
" S. Hilaire, de Synod. n. 1, 2 & 3.
^ Sulpice Sévère, Hist. sacra, 1. 2, n. 64.
^ Sulpice Sévère, édit. Horn. p, 434.
'" S. Hilaire, contra Constant, n. i i .
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
Note
Ariens, succombèrent aux pièges de ces hérétiques, & crurent, sans abandonner la foi, pouvoir condamner S. Athanase, comme on l'exigeoit d'eux; que quelques-uns d'entre eux reconnurent leur faute dès qu'ils furent de retour dans leurs églises & à l'abri des menaces de Saturnin, & se séparèrent de nouveau ' de la communion de ce faux évêque, qui les avoit engagés dans ce piège; mais que les évêques de la Narbonnoise & des autres provinces que S. Hilaire omet dans le titre de son livre des Synodes, eurent le malheur de persister dans leurs premières démarches jusqu'après le concile de Rimini, qu'ils reconnurent peu à peu leur surprise ^, & revinrent par les soins de S. Hilaire'. Ainsi tous les évêques des Gaules se trouvèrent heureusement réunis dans la même foi après le concile'' de Paris, tenu l'an 36oou 362, dans lequel Saturnin d'Arles fut déposé.