II
Note
RECTIF.
290 NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
qu'après la mort du comte Salomon, chargé ecclésiastique : « Guîdfredus Pîlosî cornes er.
du commandement de la Marche d'Espa- predicta uxore quatuor habuîtfiUos Rudulfum
gne, en 864, en remplacement d'Humfrid. scilicet & Guîfredum, ISdironem & Sunïarium.
Or il est certain que Salomon était encore Primus îtaque Radulfus fuit monachus Rivi-
en vie en 868, époque où il tint un plaid' pulli & epîscopus Urgellensis'. » Raoul était
dans le Conflans, pays dépendant alors du encore enfant, lorsque le comte, son père,
comté de Cerdagne, qui n'était pas encore & la comtesseWidinille, sa mère, l'offrirent
séparé de celui de Barcelone. On aurait pour religieux, en 888, au monastère de Ri-
même une preuve certaine qu'il vivait en- poil, avec son héritage. On lit dans l'acte
core en 878 si l'on admettait, comme nous, de la dédicace de l'église de ce monastère :
que c'est lui qui rendit cette même année, « Et tradîmus ibi filîo nostro Radulfo cum
sous le titre de mîssus, un jugement en fa- omnî hereditate sua''. » Raoul souscrivit en
veur de l'abbaye de Caunes\ Wifred le l'an 911 les dernières dispositions de son
Note
RECTIF.
Velu fut le fondateur du monastère de Ripoll dont il dota richement l'église en 888'. Il mourut en 906 & non en 911, comme le dit l'auteur des Gestes des comtes de Barcelone. Wifred le Velu est le premier comte héréditaire de Barcelone; sa femme s'appelait Widinille ■•, il en eut cinq fils : Wifred II qui lui succéda au comté de Barce-
frère Wifred II. Etant devenu évêque d'Urgel , il présida la deuxième dédicace du monastère de RipoU, faite en gSS'. En 948, il consacra l'église de Saint-Michel de Pons située dans son diocèse*.
Miron, frère de Wifred II & de Raoul, doit être distingué de Miron, comte de Roussillon. Celui-ci mourut en 896 & le
lone, Raoul, moine de Ripoll, puis évêque premier vécut jusqu'en 928. Il avait épousé d'Urgel, Miron, comte de Barcelone, après Ave, & fut comte de Barcelone après son Wifred II, son frère, Suniaire, comte frère Wifred II. Un jugement rendu en fa-
d'Urgel, & Borrel, comte d'Ausone.
Wifred II, comte de Barcelone, est dit fils du feu comte Wifred I, dans l'acte d'exécution de ses dernières volontés'. Il est distingué de son père dans les actes du concile de Barcelone de l'année 906'
veur du monastère de Cuxa en 901, établit qu'il était alors comte de Conflans'. Dans une charte de l'année 907, il se dit fils du feu comte Guifred ou Wifred *, illustre marquis; il laissa en mourant quatre fils : Sunifred, Guifred ou Wifred, Oliba, surnommé
Wifred II avait épousé Garsinde'. Il n'eut Cabreta & Miron'. Nous reviendrons plus
pas d'enfants & mourut empoisonné en tard sur ces quatre personnages.
914, si l'on en croit l'auteur des Gestes des Suniaire, le quatrième fils de Wifred le
comtes de Barcelone. Velu, comte d'Urgel, donna, le 11 juillet
Une vente faite par Bonnemire & son 937, au monastère de la Grasse la terre de
épouse Ermesinde à Raoul, prêtre, fils* Ridauradansle comtédeBesaluavecl'église
du comte Wifred, en date du 29 août 908, de Notre-Dame*. Il eut l'administration du
prouve lavérité de ce qu'avance l'auteurde comté de Besalu ainsi que de tous les autres
ces Gejfcj, que le comte Wifred le Velu laissa domaines de son père pendant la minorité un fils appelé Raoul, qui embrassa l'état
■ Preuves, Chartes & Diplômes, n. LXXXVIII.
* Baluze, Cap'itulaires, t. 2, p. 1490.
' Marca Hispan'ica, append. n. 40, 46 & 5o.
* Voyez, sur la comtesse Widinille, Marca Hispan'ica, append. n. ^5, 46, 5o, 5i, 61, 71, &c.
5 Ibid. n. 64.
^ Voyez au tome V de cette édition, dans les Preuves, n. XXXII.
' Marca Hispan'ica, append. n. 64.
* Archives de la cathédrale de Vie & copie, dans Moreau, t. 3, p. 233.
' Gesta com'itum Barcinonensium. — Marca Hispanica, p. 640.
' Marca Hispan'ica, append. n. 45.
3 Ib'id. p. 386.
^ Ibid. p. 892.
^ Ibid. append. n. 60.
^ Ibid. n, 63. — Voyez encore sur Miron, comte de Barcelone, & sur Ave, sa femme, les n°* 74, y6, 90, 96, &c.
' Marca Hispanica, append. n. 90.
* Archives du monastère de Camprodon, copie dans la Collect. Moreau, t. 6, p. 55.
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
des enfants du comte Miron son frère & il mourut l'an 954'. Richilde, sa veuve, donna en cette même année 954, à l'abbaye de la Grasse, une autre partie de l'alleu de Ridaura, avec les églises de Notre-Dame, de Saint-Pierre & de Sainte-Marguerite".
Un diplôme interpolé & attribué à Charles le Chauve, avec la date du 28 juillet 855% a induit dom Vaissete en erreur. Ce savant historien a confondu Suniaire, fils de Wifred le Velu, avec Suniaire I, comte d'Ampurias & de Roussillonj mais les documents que nous venons de citer démontrent qu'avant 987 l'abbaye de la Grasse n'avait aucune possession dans le territoire de Ridaura; ce sont là les titres primitifs de cette abbaye sur ces domaines; mais les religieux n'ont pu être confirmés dans leur possession par le prétendu diplôme de Charles le Chauve du 28 juin 855, comme l'ont cru dom Mabillon"*, dom Vaissete & les éditeurs du Gaîlia Christîana^ .
D'après cette fausse supposition, les auteurs de VHistoire de Languedoc ont également confondu Richilde, veuve de Suniaire, comte d'Urgel & administrateur des domaines des enfants de Miron, comte de Besalu, son frère, qui fit en 954 ladite donation de Ridaura, avec Richilde, veuve d'Oliba I, comte de Carcassonne, qui renouvela, l'an 837, un bail en précaire fait à son mari, dans son comté, par l'abbé de la Grasse®. De nombreux documents établissent que la femme de Suniaire, comte d'Urgel, s'appelait Richilde', mais un intervalle d'un siècle sépare l'existence des deux comtesses, qui n'eurent de commun que le nom.
Les auteurs de VArt de vérifier les dates ont aussi confondu Suniaire, comte d'Urgel & mari de Richilde, avec Suniaire II, comte d'Ampurias & de Roussillon. La femme de celui-ci s'appelait Ermengarde',
' Archives du monastère de Camprodon, copie dans la collect. Moreau, t. 6, p. 85.
' Ih'td. t. 6, p. 87, & Marco. H'ispanica, col. S^o. ' Preuves, Chartes & Diplômes, n. LXXIX. ^ Annal. Bened. t. 3, append. p. 770.
* Gallla Chr'ntiana, t. 6, p. pSS.
^ Preuves, Chartes & Diplômes, n. IV.
' Voyez Marca Hispanica, n. 80, 8 i, 178 & ipS.
* Ibïd. n. 70.
& Suniaire II est la souche des comtes héréditaires de Roussillon.
Suniaire, comte d'Urgel, laissa trois enfants, Borrel, Ermengaud qui mourut bien avant son père, & Miron. Nous reviendrons bientôt à ces derniers.
Borrel, le cinquième fils de Wifred le Velu, était comte d'Ausone; il avait épousé Arsinde qui était morte en 936'. Luimême était décédé avant l'année 944% & ne laissa qu'une fille nommée Richilde, qui épousa Eudes, vicomte de Narbonne'.
Revenons aux enfants de Miron, comte de Barcelone. De ses quatre fils, Suniofred, l'aîné, fut son successeur. « Cui successif in comitatu Barchinonae Seniofredus filius ejus primus, » dit l'auteur des Gestes des comtes de Barcelone^. Une donation faite en 941 au monastère de Saint-Michel de Cuxa, par la comtesse Ave, veuve du comte Miron & ses fils Suniofred, Guifred , Oliba & Miron, lévite, atteste la véracité du chroniqueur, lorsqu'il nous donne les noms de trois des fils de Miron'. En 937, Suniofred envoya son frère Wifred vers le roi Louis d'Outremer, pour lui demander l'autorisation d'aliéner certains domaines situés en Roussillon & en Conflans, en faveur du monastère de Saint-Michel de Cuxa®, ce qui lui fut accordé. Il assista, en 953, à la dédicace de la nouvelle église de ce monastère qu'il avait aidé à construire & dont il était un des principaux bienfaiteurs'. En 957, il fit une donation au monastère de Ripoll'. Par son testament, daté du premier jour d'octobre 966% il partagea ses biens entre les différentes églises de la Marche d'Espagne & de la Septimanie. Ce testament nous
' Marca Hispanica, n. 72.
» Ibid. n. 80.
^ Ibid. n. 72.
^ Ibid. p. 540.
' Ibid. append. n. 76. — Cet auteur se trompe cependant quand il ne donne que trois fils à Miron ; il oublie le quatrième, Miron, qui fut prêtre.
^ Quod Seniofredus comes direxit ad nostram praesentiamquemdamGuifredum fratrem suum, &c. Diplôme de Louis d'Outremer, Marca Hispanica, append. n. 7$.
' Marca Hispanica , append. n. 90.
' Ibid. n. 92.
® Ibid. n. I 04.
NoTB RCCTIF.
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
apprend qu'il n'avait plus alors que deux frères vivants, Oliba & Miron, ce que nous savions d'ailleursj qu'il avait fait le voyage de Jérusalem, & qu'il n'avait pas d'enfants. Il est douteux qu'il ait jamais été marié. Suniofred mourut l'année même où il fît son testament, comme le prouve une donatioii faite par ses exécuteurs testamentaires, le 3o octobre 966, au monastère de Saint- Pierre de Camprodon, en Catalogne". Cette donation démontre aussi l'erreur de l'auteur des Gestes des comtes de Barcelone, qui fait mourir le comte Suniofred en 964, & celle de la Chronique de RipoU qui place la mort de ce prince en l'année 967. Après la mort de Suniofred, le comté de Barcelone passa à son cousin germain Borrel, fis de Suniaire, comte d'Urgel.
Wifred, second fils de Miron, était comte de Cerdagiie ; il a été passé sous silence par l'auteur des Gestes des comtes de Barcelone. C'est le fondateur du monastère de Camprodon,dans le comté de Besalu\ Il mourut avant son frère Suniofred, puisque celui-ci, au dire d'une ancienne charte, fut son successeur en Cerdagne : « Contïglt ut Idem cornes Wifredus mîp;raretur a saeculo, acclpiente vero dominatum illius fratre suo domno Suniofredo^. » Il ne dut pas néanmoins s'écouler un long laps de temps entre la mort des deux frères, puisque, par un acte du 3o octobre 965, Wifred donna au monastère d'Arles différents biens qu'il possédait en Cerdagne, aux territoires dels Forçats & de Volquera. Il est dit, dans la charte, qu'il tenait ces propriétés en vertu de la donation à lui faite par la comtesse Ave, sa mère. On peut conclure de la teneur de cette pièce qu'Ave avait fait un égal jjartage des biens énoncés entre ses fils Wifred & Suniofred , de telle sorte qu'ils paraissent avoir été l'un & l'autre co-propriétaires du comté de Cerdagne''. Wifred fut assassiné par Adalbert, un de ses vassaux \
Oliba, surnommé Cabre ta, est cité comme
' Cartul. du monastère de Saint- Pierre de Camprodon, (° 53, & copie dans Morenu, t. 10, p. 65. ' Marca Hispanica, p. SpS, & append. n. 85. ' Ihid. append. n. loo. Voyez aussi n. 112. ^ Collection Moreau, t. 10, p. 26, ' Marca Hispanica, p. 896 & 400.
Note
fils de Miroji & d'Ave dans la donation faite ^p'^itpar cette dernière en l'an 941 '. Il était comte de Besalu & il le devint de Cerdagne à la mort de Suniofred, son frère aîné, en 966. Le pape Jean XIII nous apprend, dans une lettre de 968, que le comte Oliba Cabreta ayant fait le voyage de Rome, lui demanda de prendre sous sa protection spéciale' l'abbaye d'Arles, fondée parle frère de son aïeul. Oliba mourut en 988' ; il laissa de sa femme Ermengarde quatre fils & non trois comme le dit l'auteur des Gestes des comtes de Barcelone^ : 1° Bernard, surnommé Taillefer, qui fut son successeur au ct)mté de Besalu & auteur de la branche des comtes de Besalu qui finit en l'année un avec Bernard III, comte de Besalu ; 2° Guifred ou Wifred, qui hérita de son père du comté de Cerdagne, auteur de la branche des comtes de Cerdagne' qui finit avec Bernard-Guillaume, com te de Cerdagne, mort en 1 1 17 ; 3° Oliba, religieux, puis abbé de Ripoll, qui devint évèque d'Ausone ou de Vie, & mourut en 1047^5 4° Béranger, premier du nom, évèque d'Elne, dit fils du comte Oliba & de la comtesse Ermengarde dans une donation faite par cette dernière à l'abbaye d'Arles en 993'. Miron, le quatrième fils de Miron, comte de Barcelone, est cité dans la donation de sa mère de l'année 941'; il porte le titre de prêtre dans le testament de son frère Suniofred, de l'année 966'; il devint ensuite évèque de Girone.
' Marca Hispanica, append. n. 76.
' Ibid. append. n. i ro.
^ Cartulaire de l'abbaye d'Arles.
■* Marca Hispanica, p. 542.
' Guifred, comte de Cerdagne, mourut en i o5o ou io5i, à la fin du mois de j uillet, dans l'abbaye du Canigou, où il s'était fait moine depuis quelques années. C'est ce qu'a établi M. Léopold Delisle, en publiant le Rouleau mortuaire de Guifred. C'est donc à tort que les auteurs de VArt de vérifier les dates ont placé la mort de ce comte en 1026 (t. 2, p. 333). — Voyez Rouleaux des morts du neuvième au quinzième siècle, recueillis & publiés pour la Société de l'Histoire de France, par Léopold Delisle, Paris, Renouard. i865, 1 vol. in-o°.
^ Ibid. p. 445.
' Collection Moreau, t. 1 5, p. 56.
* Marca Hispanica, n. 76.
' Ibid. n. 104.
Note
RECTiF.
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC