SUITE CHRONOLOGIQUE DES COMTES DE TOULOUSE
I. Chorson. — Cborson est le seul des neuf cbefs nommés en Aquitaine par Char-
' Marca Hispanica, n. 21 5. — C'est à tort que Baluze attribue à cette charte la date de l'an ç35.
' Marca Hispanica, append. n. 109, & Capital, des rois de France, t. 2, p. 1640.
^ Capitulaires. tit. 144, col. [5^^■
^ Dissertation de Fossa, déjà citée.
Note
RECTIF.
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
lemagiie',en 778 auquel les auteurs contemporains donnent le titre de duc ;« Chorso dux Tolosanus^ » S'étant laissé prendre en 789" par Adalaric, duc des Gascons, & n'ayant recouvré la liberté qu'en s'imposant des conditions honteuses pour le nom franc, il fut déposé en 790, par Charlemagne, qui nomma à sa place le duc Guillaume'.
II. Guillaume, dit de Gellone. — Guillaume fut duc ou marquis de la Marche de Toulouse depuis l'an 790 jusqu'en 806. En79o, cette Marcheétaitcomposéedu pays deToulouse & de la Septimauie ou Gothie. Le premier soin de Guillaume, en prenant possession de ce gouvernement, fut de faire rentrer les Gascons révoltés dans le devoir^ il y parvint en employant tour à tour la force & la ruse''. Il soumit définitivement ceux qui habitaient le pays de Fezensac, c'est-à-dire l'ancien territoire d'Eausej il érigea ce petit pays en comté & y mit un comte nommé Burgund ou Bourguignon.
Grâce à son activité & à l'impulsion qu'il sut donnera la guerre contre les Sarrasins, Guillaume étendit encore les limites de son gouvernement. En 798 il repoussa les Sarrasins qui avaient tenté de faire une descente en Septimauie. En 799, il dirigea l'expédition faite contre Barcelone & assista à la prise de cette ville qui eut lieu en 801. Enfin, il agrandit la Marche de Toulouse en y ajoutant successivement les comtés d'Ausone, de Girone, d'Ampurias, de Barcelone, d'Urgel & de Besalu conquis sur les Sarrasins ^ En 806, Guillaume se retira du monde & se fit religieux dans l'abbaye de Gellone qu'il avait fondée depuis quelques années, & qui était placée sous la direction d'un parent de Charlemagne, l'abbé Juliofred "'. La vie religieuse que Guillaume mena d<ans cette abbaye lui mérita le nom de saint. Il mourut en 812'.
' Fita Hludovici Iivp. — Pertz, t. 2, p. 608.
' lèid. p. 609.
' Ihld.
'■" Ibid. t. 2, p. 6 I o & 6 I I .
* Vita S. Guillelmi, dans les Acta Sanctorum or~ dlnis S. Bent'd'icti, saec. 2, t. 2, & Preuves, Chartes & Diplômes, n. XIII.
' Preuves, Chartes & Diplômes, n. XVII,
Raimond Raphinel. — Dom Vaîssete, qui du reste n'a fait que suivre Mabillon, n'est pas éloigné de croire que le successeur de S. Guillaume au duché de Toulouse fut un personnage nommé Raimond Raphinel, auquel une charte, dont on est fort embarrassé de déterminer exactement la date, donne le titre de duc d'Aquitaine, dux Aquîtanorum. Comme cette charte est le seul document qui nous révèle l'existence de Raimond Raphinel & que Mabillon, qui l'a signalée le premier, n'en a imprimé que quelques lignes", nous la donnons ici en entier d'après une copie qui nous a été conservée par dom Estiennot. Il sera facile de se convaincre par une simple lecture que cette pièce est supposée.
In nomine sanctae & îndlvîduae Trinïtatîs , Ego Raimiindus Raphinel, gratin Dei dux Aquitanorum, constitutus in confessione cathoUcae veritatis & tuitione ûdelium, considerans diem extremum, cernens me validissimis sceleribus involutum , perpendens reos V astis flammarum inferni trader e cruciatibus, & justos praemia Paradisi possidere sine defectione, vel ad extremum de maie actis poenitudinem gerens ut fugitivus misericordiam per domesticos Dei expostulans, ad fontem pietatis pro ablutione meorum accurrens criminum, cedo vel dono locum qui appellatur Lumbers, situm in territorio Tolosano , super rivulum Savae, in quo est ecclesia consecrata in honore genitricis Dei Nlariae, &■ oratorlum non longe positum, in quo requiescit Christi confessor ISAajanus ; £■ in alio loco, in comitatu vel episcopio Nemausensi, non procul a littore maris, fiscum qui Poscarias dicitur, in quo simili modo est constructa ecclesia, in honore virginis lAariae. Has supradictas ecclesias & loca praenominata , cum omnibus adjacentiis vel appendieiis suis, terris cultis & incultis, & omnibus ad se pertinentibus, ab integro cum terminis suis, ego Raimundus suprascriptus pro aeterna remuneratione, sicut supradixi, cum adjutorio Jesu Christi, redemptoris nostri&salvatoris, cedo vel dono Deo omnipotenti & filio ejus Jesu Christo fi- Spiritui sancto £■ genitrici Dei Mariae, & sancto Tyberio, 6- Attilioni abbati & sancto conventui fratrum, & monasterio quod Caesarion dicitur; quod est constructum
' Mabillon, Annal. Bened. ad ann. 796.
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NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
în territorto Bîterrensi^ in suburbîo Agathensï, in quo sacrata est ecclesia in honore protomartyris Stephani , in qua requiescit corpus supradicti martyris Tiberii, & Attilion ibidem pater monachorum secundum regulam S. Benedicti praesse videtur ; &• hoc donum, in alimoniapauperumvel stipendia monachorum-jibidem Deo servientium, fixum & firmum maneat în perpetuum, ut pro nobis &■ pro salute ipsius domni, senioris nostri Karoïi, serenissimi imperatoris,divinam clementiam eos exorare delectet. Siquis vero post discessum meum,suasione maligna, hoc donum suprascriptum dîsrumpere temptaverit, iraDei maneat super eum & cum Cain fratricida sit portio ejus, & cum Datan €• Abiron & cum Juda traditore, qui sacrum corpus Domini vendidit , donec ad emendationem reniât, £■ non valeat vindicare quod cupit, sed componat, det &■ insuper dicto monasterio auri libras XX. Insuper donum suprascriptum perenni tempore sit stabilitum, sine ulla inquietudine féliciter. Scripta carta donationis hujus, rogante Raimundo principe, in mense martio, XII kalendas aprilis, sub feria V, apud Biterris civîtate, régnante domino \Ludovico'],anno xxi imperii serenissimi imperatoris Karoli. Serenus levita scripsit ' .
Tout dans cet acte concourt à en dénoter la fausseté : la formule gratia Dei dux AquitanoruMy qui n'était pas en usage à cette époque, le protocole même de la charte, qui rappelle celui usité au dixième siècle, la date dont les synchronismes sont contradictoires. Il faut donc effacer le nom de Raimond Raphinel de la liste des ducs ou comtes de Toulouse & nous résigner, comme le remarque dom Vaissete, à ignorer le nom de celui qui succéda immédiatement à Guillaume dans le duché de Toulouse.
III. BÉRANGER. — Béranger, comte de Toulouse en 819% & parent de Louis le Débonnaire, était fils de Hugues, comte de Tours '; il était par conséquent de la famille de Robert le Fort. Il est probable que ce fut en 817 qu'il fut nommé marquis de Toulouse, lorsque cette Marche fut séparée de la Gothie ou Septimanie. L'auteur
Recueil de dom Est'iennct , manuscrit lat. 12760, f. 387.
Vita Hludovici pii, Pertz, t. 2, p. 624. ' Ihid. p. 642.
de la Vie de Louis le Débonnaire ne lui donne que le titre de comte ; mais il a celui de duc dans Thegan'. Outre la Marche de Toulouse, Béranger possédait encore le Vêlai. Deux actes datés de l'année 825, & tirés du cartulaire de Saint-Julien de Brioude, nous apprennent qu'après avoir reçu ce comté en bénéfice de Louis le Débonnaire, il reconstruisit le château de Vitri , près Brioude, qui avait été autrefois détruit par les Sarrasins".
Béranger était très-attaché à Louis le Débonnaire. Les auteurs du temps célèbrent sa prudence & sa haute sagesse, & disent que lorsqu'il mourut, il fut fort regretté de l'empereur & de ses trois fils, dont il avait également su se faire bien venir '.Bernard, duc de Septimanie, ayant été déposé en 832, Béranger fut, à ce qu'il paraît, nommé à sa place. Nous avons, en effet, la notice d'un plaid tenu à Elne qui constate qu'il exerça, en cette année^, les fonctions de marquis en Septimanie. Bernard rentra en grâce avant la fin de l'année 833, & reprit possession de son gouvernement ; mais Béranger ne voulut pas s'en dessaisir, & comme chacun des deux compétiteurs avait en Septimanie de nombreux partisans, leur querelle menaçait d'exciter une guerre civile, lorsque Béranger mourut subitement, en 835, en se rendant à la diète de Crémieu^ Il faut noter toutefois au sujet de la date de cette mort, fixée par dom Vaissete d'après les indications des chroniqueurs, notamment de l'auteur de la Vie de Louis le Débonnaire^ qu'un diplôme de Pépin I, roi d'Aquitaine, mentionne Béranger, comte de Vêlai, comme mort en 833*.
Bernard I. — Dom Vaissete a prétendu
' Thegan. — Pertz, t. 2, p. 6o3.
' Cartulaire de Saint-Julien de Brioude, n. SSp.
' Eodem anno,ipso in itlnere obiitBerengarius, dux fidelis & sapiens, quem imperator, cum filiis suis, luxit multo tempore. — Thegan, Vita Hludovici. — Pertz, t. 2, p. 6o3.
'• Cartul. de l'ahbaye d'Arles. — Preuves, Chartes & Diplômes, Charte du 5 avril 832.
5 Vita Hludovici, Pertz, t. 2, p. 642.
* Recueil des Historiens de France, t. 8. — Faudrait-il admettre, d'après ce diplôme, que Béranger, comte de Vêlai, n'est pas le même que Béranger, comte de Toulouse ?
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NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
que Bernard I, fils de Guillaume, marquis de Septimanie, avait succédé à Béranger, en 835, dans la Marche de Toulouse. Il avoue cependant qu'il n'existe aucune preuve de ce fait, mais qu'il y a pour le croire de fortes présomptions. Comme les principaux arguments fournis par le savant historien de la province de Languedoc à l'appui de cette thèse, sont tirés d'une chronique fort suspecte, attribuée à Odo Aribertl, chronique qui ne mérite aucune confiance, nous ne nous arrêterons pas à réfuter une assertion démentie par le témoignage de tous les chroniqueurs contemporains. Aucun d'entre eux ne donne à Bernard le titre de comte ou de duc de Toulouse j au contraire, toutes les fois qu'il est fait mention de lui, c'est par le titre de cornes Barcinonae, de dux Septimanîae, de cornes Marcae Hispaniae ou Barcinonae, qu'il est désigné', c'est à Barcelone qu'il réside, c'est en Septimanie qu'il agit. Bernard, fils de S. Guillaume, n'a donc exercé aucune fonction dans la Marche de Toulouse , & son nom doit être effacé de la liste des gouverneurs de cette province.
Warin. — Un autre personnage qui ne doit pas figurer non plus au nombre des comtes de Toulouse est le duc Warin. Nous croyons, avec dom Vaissete, que le duc Warin ne peut être identifié avec Warin, comte d'Auvergne, qui en 819 aida Béranger, duc de Toulouse, à repousser les Gascons^j il était comte de Mâcon. C'est en cette qualité qu'en 825 il échangea avec Hilbaud, évêque de Mâcon, la terre de Cluny qui lui appartenait. L'acte d'échange est daté de Mâcon, le 14 juillet 825. Louis le Débonnaire confirma cette disposition par un diplôme donné à Aix-la-Chapelle, à la prière, dit-il, de son fidèle, le comte Warin'.
Warin fut un des défenseurs les plus zélés de Louis le Débonnaire contre son fils Lothaire. En 884, aidé de Bernard, marquis de Septimanie, il souleva les populations de la Bourgogne en faveur de l'empereur,
' Voyez Pertz, Monum. t. 1 , p. 216,218,860,364, 423, 8tc.
* Pertz, t. 2, p. 624.
^ Cartul, lit: Saint-Vincent de Mâcon.
& au printemps les deux chefs s'avancèrent jusqu'à la Marne pour réclamer sa liberté. Mais la fortune ayant favorisé Lothaire, Warin dut revenir en Bourgogne ; il se renferma dans Châlons avec les principaux partisans de Louis le Débonnaire. Lothaire ayant fait le siège de cette ville, & l'ayant forcée à se rendre, Warin, plus heureux que ses compagnons de captivité mis à mort par le vainqueur, eut la vie sauve. Lorsque Charles le Chauve parvint à la couronne, Warin suivit son parti"; c'est à lui & aux Bourguignons mêlés aux Provençaux qui marchaient sous ses ordres, que ce prince dut le succès de la bataille de Fontenay livrée le 25 juin 841 \
Ce qui a donné lieu aux savants auteurs de YHîstoïre de Languedoc, d'affirmer que Warin avait été duc de Toulouse, c'est que la Chronique d'Adhémar de Chabanais & d'autres chroniques plus récentes, disent qu'à cette bataille Warin marchait à la tête des Toulousains & des Provençaux.
Sed subito Garlnus dux, cum Toîosanis & Provîncîanîs supervenîens , bellum restauravit & fugatus est Lotharîus\ C'est là le seul passage sur lequel puisse s'appuyer le duché toulousain de Warin. Cet exemple prouve une fois de plus, avec quelle prudence il faut faire usage des chroniqueurs du onzième & du douzième siècles pour écrire l'histoire du neuvième. Ce qui ressort de tous les textes contemporains, chroniques ou chartes, c'est que Warin était comte de Mâcon, de Châlons &d'Autun; qu'il prenait le titre de duc, parce qu'il exerçait également son autorité sur le Lyonnais, le Vivarais & le comté de Vienne. Il n'a jamais été duc de Septimanie ni de Toulouse, & on ïie le voit pas agir une seule fois dans l'Aquitaine proprement dite. Il mourut en
' Vita Hludovici Imp. Peitz, t. 2. p. 687, 638.
" ïhid. t. 2, p. 624.
' Chronicon Adhemari. — Labbe , Bibliotheca nova mss. t. 2. — Chronicon Malleacense, dans le Recueil des Chroniques des églises d'Anjou, publié pour la Société de l'Histoire de France par MM. P. Marchegay & E. Mabille, p. 302. — Le rédacteur du Chronicon Aquitanicum, mieux renseigné, l'appelle tout simplement dux Provinciae. Pertz, t. 2, p. 253.
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NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
853 ou 854 & laissa un fils nommé Isembert, qui paraît avoir été comte d'Autun en 854', après avoir exercé en 849 & 85o un commandement dans la Marche d'Espagne.
Il faut donc retrancher le nom de Warin de la série des comtes de Toulouse.
IV. EcFRiD ou AcFRED. — Mais si Bernard I, marquis de Septimanie, & si Warin n'ont pas été comtes de Toulouse, quel a donc été le successeur immédiat de Béranger ? Nous avons tout lieu de croire que ce fut Acfred, qui est dit comte de cette ville en 842, & qui, selon Nithard, sut déjouer les manœuvres des émissaires de Pépin envoyés pour le perdre". Les Bénédictins ont parfaitement établi, contre l'opinion des auteurs du Journal de Trévoux, qu'Acfred, comte de Toulouse, n'était pas le même que Wifred ou Acfred, prétendu comte de Bourges de 828 à 840. Il n'était pas nécessaire d'engager à ce sujet une discussion en règle; car Wifred, comte de Bourges, est un personnage apocryphe inventé par le récit de la translation des reliques de S. Genou pour doter d'une illustre origine le monastère d'Estrée. Ce récit purement légendaire a été écrit au commencement du onzième siècle , & certainement après l'année 990 ; il ne mérite aucune confiance pour les faits qui se sont accomplis près d'un siècle & demi avant l'époque de sa rédaction. Il n'y a donc pas eu de Wifred ou d'Acfred, comte de Bourges. Quant à celui de Toulouse , on ne connaît pas son origine; tout ce qu'on sait de positif à son égard se borne à la citation de Nithard sous l'année 842. Nous croyons cependant qu'il fut nommé à Toulouse, après la mort de Béranger, & qu'il fut révoqué en 845, lors du traité de Fleuri-sur-Loire.
Pépin, qui, par suite de ce traité, était devenu tout-puissant en Aquitaine, ne pouvait laisser à Toulouse un des plus chauds partisans de Charles le Chauve, un de ceux qui lui avaient toujours fait le plus d'opposition; & en effet, lorsqu'en 849 Charles le Chauve, voulant reprendre l'Aquitaine sur Pépin, vint mettre le siège devant Tou-
Gallia Christiana, eccîesia ^duensis , Instrum, t. i3, col. 5o, n. I 1.
' Nithard, Pertz, t. i, p. 3io.
louse, Frédclon, le comte qui défendait cette ville, était un fidèle de Pépin.
Depuis sa sortie de Toulouse, jusqu'en 855 ou 856, on ne saurait dire ce que devint Acfred. Il paraît cependant que Charles le Chauve , pour le dédommager de la perte de son comté, lui avait donné quelques bénéfices; mais Acfred, peu sensible à ces bienfaits, avait cherché, de concert avec le comte Etienne, à entraîner le jeune Charles, roi d'Aquitaine, à se soustraire à l'autorité paternelle". Il était parvenu même à exciter une sédition, & en 864, Robert le Fort dut marcher contre les mécontents. Il prit les principaux parmi lesquels était Acfred & les présenta au roi. Celui-ci, à la prière de Robert & de quelques autres comtes, pardonna à Acfred sa conduite passée, & le renvoya après lui avoir fait jurer qu'à l'avenir il lui serait fidèle. Il y a lieu de croire qu'Acfred tint son serment; car, en 867, Charles leChauve joignit aux bénéfices dont il l'avait déjà gratifié, l'abbaye de Saint-Hilaire de Poitiers & le comté de Bourges qui n'était point vacant, & cela, sans que le comte Gérard, qui en était le possesseur, eût donné au roi aucun sujet de plainte contre lui. Gérard, justement irrité, défendit son comté contre Acfred qui tenta de s'en emparer par la force. Or, un jour que les soldats de Gérard l'avaient contraint à se retirer dans un château dont il ne voulait pas sortir, ils y mirent le feu, prirent le comte Acfred, lui coupèrent la tête & jetèrent son corps dans le brasier qu'ils avaient allumé \ Ainsi périt Acfred ou Ecfrid , comte de Toulouse.
V. Frédelon. — Dom Vaissete croit qu'en 849 Frédelon n'était pas véritablement comte de Toulouse , parce que la Chronique de S. Wandrille, qui raconte le siège de Toulouse par Charles le Chauve, ne lui donne que le titre de custos urbîs; mais le mot custos, dans les monuments de cette époque, est souvent synonyme de ceux de cornes & de marchio. En effet, Ber-
■ Annal. Bertin. ad ann. 864. — Rec. des Hist. de France, t. 7, p. 88.
' Annal. Eertin. ad ann. 867. — Rcc. des Hist. de France, t. 7, p. 97.
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RECTIF.
3oo
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
Il ressort de ce que nous venons de dire que la série des premiers comtes de Toulouse doit être établie de la manière suivante :
Chorson, 778-790;
Guillaume, 790-8063
DÉRANGER, 817-835 î ECFRID, 835-845; FrÉDELON, 845-852 ;
Raimond , 852-864,- Bernard, 864-875; Eudes, 875-918.
nard I, marquis de Septimanie, est appelé par Nithard, custos limitum Hispanîae.
Frédelon , qui avait été nommé comte par le roi Pépin, rendit, en 849, la ville de Toulouse à Charles le Chauve, & ayant prêté serment de fidélité à ce prince, il fut confirmé dans ses fonctions & demeura en possession de son comté '.
VI. Raimond. — Au comte Frédelon, dont la famille était alliée à celle d'Hincmar, archevêque de Reims % succéda, en 852, son frère Raimond : c'est de ce dernier que descendent les comtes héréditaires de Toulouse, dont la filiation s'est continuée jusqu'au milieu du treizième siècle.
Guillaume, fils de Dodane. — Les auteurs de VHistoire de Languedoc ont prétendu que Guillaume, fils de Dodane, avait été comte de Toulouse, & qu'il avait succédé au comte Warin. Nous avons fait voir que c'était en Bourgogne, dans le pays d'Autun, qu'étaient situés les bénéfices de Guillaume, que les domaines qu'il y possé- de S. Guillaume de Gellone, figure comme dait avaient appartenu à sa famille & qu'ils comte d'Autun & commissaire du roi, mîslui avaient été légués par Théodoric, son sus ^ dans la Notice d'un plaid tenu à Botegrand oncle. Il est douteux qu'il ait ja- dono en 796, au sujet d'un serf nommé mais obtenu un commandement dans la Dodon que son avoué réclamait comme Marche d'Espagne, & ce n'était pas au mo- dépendant du domaine du roi'. Il réclament où Charles le Chauve venait de faire mait d'autres serfs en 818 & 819 au trimourir le père pour crime de haute trahi- bunal des missï, par la voix de Frédal, son son, qu'il eût donné tout ou partie de sa avoué, serfs qui appartenaient au domaine succession au fils. Ce qu'on ne saurait nier, impérial de Perreci & qui se prétendaient cependant, c'est que Guillaume se crut libres'. Il y eut contre lui, en 826, une eslésé dans ses intérêts, qu'il prétendait avoir pèce de soulèvement des habitants de son
suite chronologique des PRKMIKRS COMTES D'AUTUN.
Hildebrand, que nous croyons être cousin
des droits sur le comté de Barcelone, & qu'en 849, il vint disputer ce comté au comte Aledran, successeur de Bernard. Après s'être emparé de la ville de Barcelone & du comté d'Ampurias, il fut fait prisonnier au com-
comté ; ils refusaient de lui fournir les chevaux de service auxquels ils étaient tenus. L'empereur prescrivit aux mîssi , dans le département desquels se trouvait le comté d'Autun, de faire une enquête sur les faits
mencement de l'an 85o, jugé & condamné & de rendre sur ce différend une sentence
définitive'. Il esta présumer que les habitants n'avaient pas précisément tort, 8c que
à être décapité pour crime de félonie '.
' Chronicon Fontcincll. — Pertz , Monum. t. 2 , p. 3o3.
' Scripsit (Hincmarus) Bernardo comiti Tolosano, propinquo suo, pro rébus ecclesiae Remensis in Aquitania conjacentibus. Frodoard, Historia ecclesiae Remensis, 1. 3, c. 26.
' Ce qui a donné lieu à l'erreur de dom Vaissete est un passage d'Adhémar de Chabanais, où on lit eue Vulgr in épousa la sœur de Guillaume, comte de Toulouse ; mais c'est probablement de Guillaume, comte de Bordeaux, qu'il a voulu parler.
pour leur donner satisfaction, on déplaça le comte Hildebrand; toujours est-il que l'année suivante, en 827, nous voyons un Hildebrand, que nous croyons être le même que le comte d'Autun, envoyé comme commissaire impérial, avec le comte Donat,
' Cartul. de Perreci, n. 4, & Recueil de Pérard.
' nid. n. 3, 7 & 8.
' PertZj LegeSj t. 1, p. 255.
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NOTES SUR L'PIISTOIRE DE LANGUEDOC
3oi
dans la Marche d'Espagne, pour mettre ordre aux affaires de ce pays, compromises par l'incapacité ou la mauvaise intelligence des comtes qui y étaient préposés '.
Eckard, son fils, fut-il son successeur au comté d'Autun? C'est ce qu'on ne saurait affirmer. Il est fait mention de lui pour la première fois dans un diplôme de Pépin I, daté de Vouneuil, le 29 juin 838, par lequel ce prince lui donne en bénéfice le domaine de Perreci, situé dans le pays d'Autun, avec l'église de Saint-Pierre & ses dépendances'. L'année suivante, Louis le Débonnaire qui faisait couronner à Poitiers son fils Charles, roi d'Aquitaine, confirma cette donation faite au comte Eckard, par un diplôme daté du vingt-huitième jour de décembre \ Il fut envoyé en 859, comme commissaire, dans la Senonnaise avecThéodoric,son frère % & testa vers l'année 876'. Voilà tout ce qu'on sait de positif à son égard.
De 827 à 864, l'histoire des comtes d'Autun est fort obscure, & il est à craindre malheureusement qu'elle ne soit jamais éclaircie d'une manière satisfaisante. Il est certain que le comte Eckard possédait de grands biens dans le pays d'Autun; mais était-il aussi en possession du comté? Là commence le doute.
Il paraît, d'après une Notice du cartulaire de Perreci, que ce fut un comte Eudes qui aurait succédé à Hildebrand^. Il fautprobablement reconnaître dans ce comte Eudes celui qui fut comte d'Orléans & de Nevers, depuis 828 environ jusqu'en 884, & dont le fils, nommé Guillaume, tenait encore des bénéfices en Bourgogne, lorsqu'il fut décapité par ordre du roi.
Le duc Warin, comte de Mâcon & de Châlons , paraît aussi avoir été comte d'Autun. En 85o, il était abbé de Flavigni, en Auxois'; une charte publiée par M. Géraud lui attribue en 852 un rôle qui ne
' Fita. Hludovici, Pertz, t. 2, p. 63o.
* Cartul, de Perreci, n. lo.
' Ihid. n. II.
•♦ Pertz, Leges, t. i, p. 463.
^ Cartul. de Perreci, n. 12.
« Ibid. n. 5.
' Cartul. de Flavigni, Charte i.
peut appartenir qu'au comte d'Autun ' : En 854 Warin était mort, & son fils Isembert lui avait probablement succédé j car on le voit, cette même année, posséder dans la ville d'Autun des biens qui paraissent faire partie du domaine des comtes de cette ville'. Isembert avait obtenu avant cette époque une mission dans la Marche d'Espagne. Peut-être gouverna-t-il le comté d'Ampurias pendant quelques années? En 849, il défendit ce comté contre Guillaume, fils de Dodane, qui réussit à s'en emparer momentanément. Fait prisonnier avec Aledran , comte de Barcelone, il recouvra peu de temps après la liberté. Il est probable qu'il fut rappelé à la suite de cette campagne malheureuse, & qu'il revint en Bourgogne. Il n'est plus fait mention de lui par la suite.
En 865, nous trouvons Robert le Fort titulaire du comté d'Autun; il le possédait déjà depuis un an au moins, car Charles le Chauve, en 865, avait ajouté le comté de Nevers & celui d'Auxerre aux bénéfices que Robert possédait déjà en Bourgogne.
Ces bénéfices, il les tenait en vertu de la donation qui lui avait été faite l'année précédente (864) des biens confisqués sur Bernard, fils de Dodane, & il y a lieu de croire que parmi ces biens se trouvait le comté d'Autun , que Robert possédait en 866 '.
Bernard, fils de Dodane, peut donc avoir été nommé comte d'Autun en 864, ou un peu auparavant. Il fut privé la même année de tous ses bénéfices, & le comté d'Autun fut donné à Robert le Fort. L'année suivante, Robert joignit à ce comté ceux d'Auxerre & de Nevers; mais Bernard ayant réussi à se maintenir par la force dans la possession des biens dont il avait été privé, le roi, sur le conseil de Robert le Fort, donna le comté d'Autun à son fils Louis ^. Cette mesure n'arrêta point les prétentions de Bernard, qui persévéra dans sa révolte & se défendit les armes à la main; surpris en 872 par une des bandes envoyées contre lui par Bernard, fils de Blichilde, marquis
' Bihlioth. de VÈcole des Chartes, t. r, p. 2o5. ' Gallia Christiana, t. 1 3, instrumerita, col. 5o. ' l^mcmar. Annales Remens. — Pertz, t. i,p.47l. * Pertz, t. I , p. 470.
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NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
de Gothie, il fut tué dans la mêlée. Le roi voulant reconnaître le service que venait de lui rendre le marquis de Gothie, lui donna les biens laissés vacants par la mort du fils de Dodane, c'est-à-dire le comté d'Autun & ses dépendances". C'est, en effet, par le titre de Dux Augustidunensium que le rédacteur des Annales de S. Waast désigne le fils de Blichilde, lorsqu'il raconte comment il fut condamné, en 878, pour crime de haute trahison^
Après la condamnation de Bernard , fils de Blichilde, les biens qu'il possédait furent partagés entre les fidèles du roi. Bernard, fils de Luitgarde, comte d'Auvergne, eut la Gothie pour sa part. Théodoric, frère du comte Eckard, camérier de Louis le Bègue, fut pourvu du comté d'Autun'. A la mort de ce dernier, arrivée en 879, ce comté passa entre les mains de Boson, qui, s'étant fait couronner roi de Provence le i5 octobre 879, donna le comté d'Autun à son frère Richard ^. Celui-ci, connu sous le nom de Richard le Justicier, est, en effet, qualifié duc d'Autun dès l'année 880. Il mourut en 921 & fut père du roi Raoul. Sauf réserves, nous croyons donc qu'on peut établir de la manière suivante la liste des comtes carlovingiens d'Autun :
HiLDEBRAND, 796-827 -,
Eudes, de 83o' environ à 884 j Warin, jusqu'en 854 j
ISEMBERT, 854J
Bernard, fils de Dodane, 804-872 j Robert le Fort, 864-866^ Louis, fils de Charles le Chauve, 866 ; Bernard, fils de Blichilde, 872-878 ; Théodoric, frère d'Eckard, 878 & 879^ BosoN, marquis de Provence, 879 j Richard le Justicier, 880.
' Pertz, t. I, p. 494.
* Annales Veiast. — Pertz, Monam. t. 2, p. ipy. ' Hincmar, Annales, ad ann. 878.
* Pertz, t. I , p. 5 12.
' Eudes est cité comme comte d'Orléans & de Nevers dès 828. Il est possible qu'il ait été comte d'Autun à partir de la même époque. Nous croyons que c'est le même comte Eudes, qui est dit cousin de Bernard I, marquis de Gothie.
r.F.cTir.