COMTES DE POITOU
Selon VArt de vérifier les dates, dont les auteurs se sont contentés de copier Besly en apportant à leur œuvre quelques-unes des rectifications indiquées par Dom Vaissete, la série des premiers comtes de Poitou doit être fixée de la manière suivante :
Depuis 8x5 jusqu'en 835 environ, Ricuin & Bernard;
Depuis cette dernière date jusqu'en 839, le même Bernard & Emenon son frère;
En 839, Ranulfe I;
En 867, Bernard II, marquis de Gothie & de Septimanie ;
En 880, Ranulfe II , fils de Bernard, marquis de Gothie ;
En 893, Adhémar, fils d'Emenon;
En 902, Eble, fils de Ranulfe M :
En 935, Guillaume I, Téte-d'Étoupes, fils du précédent, &c., &c.
Nous prouverons dans cette note : qu'il n'y a pas eu de comte de Poitou du nom de Ricuin;
Que Bernard, comte de Poitou en 8i5, n'était pas le frère d'Emenon; que tout au plus pouvait-il être son père;
Qu'en 867, il n'y a pas eu de Bernard, comte de Poitou, deuxième du nom;
Que Ranulfe II était fils de Ranulfe I & non de Bernard, duc de Septimanie;
Qu'il succéda directement à son père en 867, & non en 880 seulement;
Qu'Eble succéda à Ranulfe II en 890, qu'il fut chassé en 893 par Adhémar & rétabli en 902.
I. Abbon. — Nous avons vu plus haut que le comte auquel Charlemagne confia, en 778, le gouvernement du Poitou, s'appelait Abbon. C'était, au dire de l'Astronome, auteur de la Vie de Louis le Débonnaire^ un de ses chefs les plus habiles. En sa qualité de comte, Abbon présida, la treizième année du règne de Charlemagne qui correspond à l'an 780 de l'ère chrétienne, deux plaids tenus à Poitiers. Dans le premier, qui eut lieu le dimanche dixhuitième jour de novembre, il termina le
Note
RECTIF.
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
différend qui existait entre les religieux de Noaillé & Abolomiérus, abbé de Saint- Hilaire de Poitiers, au sujet de certains biens sur lesquels les deux abbayes prétendaient avoir également droit'. Dans le second, tenu peu de temps après, le premier jour du mois de décembre, il prononça sur un autre différend qui divisait les mêmes communautés au sujet d'un acte d'échange, autrefois passé à Poitiers, en présence du prince Waïfre & sous son autorité'. Le nom du comte Abbon figure
Novembre 780.
' Notitia quibus praesentibiis veniens Arembertus clericus, die sabbati, Pictavis civitate, qualiter fuit praesens in mensis november, dies x & octo, coram Abbone comité, vel seniore suo Jeprone abbate, repetebat adversus alios homines Abolomieri ; dicebat quod mansio Sancti Helarii in villa Luciago de ratione Novaliacense, ubi Dodina colona Sancti Helarii visa [est manere], malo ordine possederint in rébus, in aquis, 8ic. Eoque praesente quaesita respondit, quod ipsa in corte, nec suos heredes non debere [rem] habere, sed... dixit quod de super Castro légitima initio habebant, per quod ipsa mansa faciebant & in ipso initio, in dies xv, & eveniat dies sabbathus, in ipsa civitate coram ipso comité confirmaverunt etiam & ipsi Arembertus ipso Abolomiere, quod villa Sancti Helarii de ipsa ratione Novaliacinse... Luciago modo redderet, possederet similiter initium legitimum ad ipsa placita, ac firmaverunt per quid ipsa villa possederint. His praesentibus factum fuit. Sig. Thodoenus, advocatus Abbonis comitis. S. Matheo, S. Thodoleno, Hludovicus, S. Gonadelo, S. Wannigo, &c.
Data in anno xiii régnante domno Karolo rege, in mense november. Nathem scripsit. (Recueil d'Estiennot, ms. latin, n. 12767, f 253.) 2 Décembre 780.
Notitia ubi veniens Abolomiérus, sexta feria, ipsa die kalendis decembris, Pictavis civitate, inter duas ecclesias, ante Abbonem comitem seu & Jepronem abbatem,ad placitum illum,quem contra Hermembertum ex cellula Nobiliaco habebat Gratianus; unde ipsa die scripturae initium legitimum praesentare deberet, per quod locellum nuncupatum Jaciacus, de ratione Novaliacensi possederit. Ad praesens Abolomiérus advenit & concambium de nominato Gratiano ibidem praesentavit, quomodo decessor ipsius Abbomiere abba prout Gratiano ipsum locellum concamiaverat, & Hermenbertus ad praesens notitias ostendit ad relegendum, quomodo clerici Sancti Hilarii, postquam ipse concamius fuit factus Gratiano, ante Waifarium principem miserunt in rationes pro cellula Novaliaci, quod
encore au bas d'une sentence prononcée à Poitiers le 27 avril 790, par le tribunal des mïssi dominici'^ & dans un diplôme donné en 792 par Louis le Débonnaire en faveur du monastère de Noaillé'. Il est probable que ce comte vivait encore en 811, & que c'est lui qui est cité parmi les douze principaux chefs francs qui garantirent l'exécution du traité que Louis le Débonnaire conclut cette année-là avec
malo ordine ipse Gratianus ipsam cum appenditiis possidebat, & testamentum de nominato Hermenberto ante cessionem ipsius Waifario principi, nomine Unegarius, praesentaverat, quomodo ipse Jaciacus ad partes Sancti Hilarii pervenerat, inspectoque ipso testament©, ipse Gratianus ipsum Jaciacum tentare non potuerat, & per suos vadios ipsam cellam, cum reliquis appenditiis suis partibus Sancti Hilarii reddiderat, & Unegario pro ipsa cella fidejussores donaverat. Relicta ipsa notitia, taliter ipsi viri dixerunt, ad quando probi homines judicantes ante ipsum comitem adveniebant ad alias causas judicandura, tune ita causa melius judicata esse poterat, vel ab ipso comité, vel venerabili viro Jeprone abbate. Etiam & ad invicem litigatores convenit, ut quando ipse comes in ipsam civitatem adventaret, & missus ab ipso comité apud missum ipsius Hermenberti ipse Abolomiérus denuntiabit, in legitimo placito ante ipsum comitem ipse Abolomiérus advenisse deberet, ad hanc causam ratiocinandum apud ipsum Hermen- Lertum vel missum de partibus Sancti Hilarii, taliter ipse Abolomiérus visus fuit spondere : His praesentibus actum fuit. Sig. Abbone comité. Sign. Mathaeo. Sig. Sideberto. Sig. Dolinus. Sig. Ermedrinus. Sign. Ermentreus. Sign. Theodrode. Sign. Dodone. Sign. Gacilone. Sign. Emerigo. Sign. &c. Data in mense decembri in anno decimo tertio régnante Karolo rege. (Archiv. de Noaillé, — Recueil de dom Estiennot , izjSj, f. 289. — Mabillon, Annal. Bened. t. 2, p. 716.)
27 avril 790.
' Notitia qualiter veniens Odaseira, die lunis, v kalendis maii, Pictavis civitate, in aede domni Helari, coram Alebaldo & Hermingaude misse domno Hloduvicho, rege Aquitanorum , vel aliis venerabilibus viris qui cum eis jderant... repetebat adversus alicos istos nomine Faresmundo... alode suo in pago Adrasinse in villa qui dicitur Pino...
Actum fuit a Frialdo in advocatione Adelbaldi Hermengaudi missos. S. Dodone. S. Abbonis comitis. S. Rotberto. S. Ermemberto. S. Regemberto. Data in mense aprili, anno xxii régnante Karolo rege. (Recueil de dom Estiennot, ms. latin 12757, f. 255.)
' Mabillon, Annal. Bened. t. 2, p. 71 5.
Note
RECilF.
Note
RECTIF.
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
les Normands '; Il aurait eu alors pour successeur immédiat le comte Bernard, cité dans un acte de 8i5 comme comte de Poitou.
II. Bernard. — Ce dernier, en tous les cas, ne succéda point, comme le veulent Besly, Dom Vaissete & les auteurs de VArt de vérifier les dates, au comte Ricuin, prétendu successeur d'Abbon. Ricuin, qu'on a fait à tort comte de Poitou, était comte de Padoue. C'est Besly qui, trompé par la leçon fautive des manuscrits de la Vie de Louis le Débonnaire, a le premier commis cette erreur. L'Astronome, auteur de cette vie, rapporte qu'en 814 le comte Ricuin fut chargé avec Norbert, évèque de Reggio, en Italie, d'accompagner à Constantinople les ambassadeurs grecs qui étaient venus trouver Louis le Débonnaire à Aix-la- Chapelle & renouveler le traité d'alliance des deux Empires. Les éditeurs de cet auteur donnent à ce comte le titre de Cornes Pîctavinus". Mais, indépendamment du peu de probabilité qu'il peut y avoir à ce qu'on ait choisi un comte de Poitou & un évêque d'Italie pour composer cette ambasssade, nous avons le texte d'Eginhard qui , rapportant le même fait , donne à Ricuin la qualification de Cornes Patavinus '. Cette autorité est d'autant plus grande pour le point qui nous occupe, que les manuscrits d'Eginhard sont en général plus anciens que ceux de la Vie de Louis le Débonnaire & beaucoup plus nombreux. Il faut donc restituer à Padoue le comte Ricuin & le retrancher de la liste des comtes de Poitou''.
' Eg'tnhardl Annales, Pertz, t. i, p. 198.
• Vita Hludovici imper, ad ann. 814. — Recueil des Historiens de France, t. "6, p. 174.
^ Quibus susceptis atque dimissis, domnus Hludovicus legatos suos, Nordbertum Regiensem episcopum & Richowinum Patavinum comttem ad Leonem imperatorein direxit. Eginhard, Annales , Pertz, t. 1, p. 201.
^ La Vie de S. Cowion fait mention d'un comte Ricuin comme vivant en 832. Les auteurs de VArt de vérifier les dates attribuent cette mention au comte Ricuin, cité en 814, & en concluent que celui-ci fut comte de Poitiers depuis 814 jusqu'en 832 au moins, concurremment avec Bernard, qui seul figure dans les actes authentiques. Mais faire du Ricuin cité en 832 par la Vie de S. Cowion un
Bernard , successeur d'Abbon , qualifié d'homme illustre, vir illuster, est nommé, dans la Notice d'un plaid tenu à Poitiers, le mercredi 20 juin 8i5, par Godilus, son missus, ou lieutenant, au sujet de deux serfs qui furent convaincus d'avoir fait fabriquer de fausses lettres d'affranchissement. Nous rapportons ici cet acte intéressant à plus d'un titre.
Cum advenisset Godilus, missus illustri viro Bernardo comiti, die mercoris Pictavis civitate, XII kalendas julias,ad justiciasfaciendas, ibique adveniens alicus homo nomine Ramnulfus , advocatus Sancti Juniani seu Dadeno abbate, repetebat aliquo homini Allafredo & germano Allifredo. Dicebat quod genitor eorum, nomine Leofredus, servusfuerat Sancti Juniani ex villa Teciaco, & ipse in postmodum illo servitio, quod de eorum debuerat, malo ordine reddere contemnebat. Qui jamdicti ho~ mines ad présente adstabant & charta ibidem ostenderunt , cum alicus homo nomine Alifredus ipsus (sic) ante eos dies ingenuus relaxasset , reddita ipsa charta; taliter fuit inventum quod falsa in omnibus aderat. Interrogatus fuit ipsus Allefredus & germano suo AUfredo, ut si ipsa charta ver a aderat, aut si ipsa adprobare potebant aut non; taliter dixerunt quod ipsa charta adverare non potebant, sed falsa in omnibus aderat £• ipsa comscribere rogaverant, nec per nullo modo ad ingenuitatem se tensare non potebant. Sic ad présente ipsa falsitione per ipsa charta rewadiaverunt & in servitium Sancti Juniani de parte genitore eorum Allifredo se cognoverunt, & ad pedes ipsius Ramnulphi se prostradederunt, & wadios de omnibus ei dederunt, per quid ipsa falsitione presentaverunt vel per quid illo servitio contenderunt.
Godilus missus, S. Warachione, S. Asone, S. Monario, S. Gestario, S. Gravimarus, S. Theodaldo, S. Didone, S. Dotone, S.
DavoUngo, S. Bartholomeus, S. Gertuno, S. Adulfo, S. Luveldori.
Data in anno secundo, régnante domno Lhodovico rege '.
Ce comte est proljablement le même per-
comte de Poitiers est une hypothèse qui ne peut se justifier.
' Collect. Fontencau, t. 21, p. çS. — Besly, Histoire des comtes de Poitou, p. 1 76.
Note