CHRONOLOGIE DES COMTES DE CARCAS- SONNE ET DE RAZÈS
Il y a un peu de confusion dans ce que dom Vaissete a rapporté au sujet des comtes de Carcassonne & de Razès ; il n'a pas réussi à distinguer assez nettement les uns d'avec les autres. Pour mettre un peu d'ordre dans cette matière , nous rappellerons d'abord que le comté de Carcassonne & celui de Razès ont toujours été séparés. Celui de Carcassonne avait la même étendue que le diocèse de cette ville. Quant au Razès, il faisait partie du diocèse de Narbonne. On fit au neuvième siècle une tentative pour l'en séparer & l'ériger en diocèse particulier; mais cette tentative échoua devant les réclamations des archevêques de Narbonne qui, dans le but d'affirmer leurs droits sur ce petit territoire, ajoutèrent à leur titre celui d'évéques de Razès, episcopus Narhonensis & Redensis '. Plus heureux sous le rapport civil , le Razès eut longtemps ses comtes particuliers, différents de ceux de Narbonne & de ceux de Carcassonne. On sait d'ailleurs qu'à par-
Cartulaire de Saint- Julien de Brioude, n. 167 &, 3i5.
' Un Léon, évêque de Razès, est nommé en 878. (Voyez Mainardj t. 1, pièces justificatives, ann. 878.) Il y eut donc au neuvième siècle un évèché de Razès qui eut une durée éphémère.
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RECTIF.
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
tir de l'année 817, le comté de Carcassonne fut distrait de la Septimanie & réuni à la Marche de Toulouse. Nous nous occuperons d'abord des comtes de Carcassonne; nous donnerons ensuite la liste des comtes de Razès.
Comtes de Carcassonne.
I. Dellon. — Le plus ancien comte de Carcassonne qui nous soit connu, s'appelait Dellon. Il est mentionné dans un titre de l'an 838 comme ayant autrefois fixé, à la demande des religieux de la Grasse, les limites du territoire de Saint-Couat, dans le comté de Carcassonne '. Le même document nous apprend que Dellon était le père de Gislefroi ou Gisclafred , comte de Carcassonne en 812; il a donc dû précéder ce dernier dans ces fonctions.
II. Gislefroi. — Gislefroi ou Gisclafred, fils de Dellon , est un des huit comtes auxquels Charles le Chauve envoya, en 812, son diplôme en faveur des Espagnols réfugiés en Septimanie \ Il est rappelé, en 828, dans un diplôme de Pépin I , comme ayant fait autrefois, avec Louis le Débonnaire, un échange de terrains situés dans le comté de Carcassonne', & en 838, comme étant fils du comte Dellon. Il dut mourir avant l'année 817.
III. Oliba I. — Il est fort présumable que le comté de Carcassonne, qui à cette époque fut séparé de la Septimanie, fut alors donné au comte Oliba que nous y trouvons installé en 820. Oliba & sa femme Elmetrude, par une charte en date du 12 septembre de cette même année'', donnent à l'abbaye de la Grasse un alleu appelé Favarios , situé dans le comté de Carcassonne. Pépin I , par un diplôme du 27 septembre 827 , confirma, à la demande du comte Oliba, les religieux de la Grasse dans la possession de plusieurs domaines que ce comte leur avait donnés dans son
' Preuves, Charles & Diplômes, n. LU.
» Ibld. n. XVI.
' Baluze, Capituîaires, t. 2. p. 1429.
* Preuves, Chai ces &. Diplômes, n. XXXVI.
comté '. Oliba I vivait encore le i^"" novembre 835, comme le prouve un autre diplôme de Pépin I, donné en faveur de l'abbaye de Montolieu'. Il mourut avant le mois de mai 837 j car, à cette date , Richilde , sa seconde femme, faisant une donation à l'abbaye de la Grasse , se dit sa veuve '.
IV. Oliba II. — Quoiqu'on ne trouve la mention d'Oliba II pour la première fois qu'en 870 '', il y a lieu de croire qu'il fut le successeur immédiat d'Oliba I. Oliba II n'était que comte de Carcassonne & non de Razès , comme l'a cru dom Vaissete. C'est ce qui est établi par un diplôme de Charles le Chauve du 20 juillet 870, par lequel ce prince lui donne en bénéfice certains biens situés dans le pays de Carcassonne, & par le diplôme du même prince, du 11 juin 877, qui accorde au comte Oliba, qualifié de comte de Carcassonne , les domaines situés dans son comté, qui avaient appartenu à Miron, fils de Béra, & qui avaient été confisqués sur lui pour cause de trahison '. C'est le dernier acte où il soit fait mention d'Oliba II. Ce comte dut mourir peu de temps après; il n'était certainement plus en vie en 880.
V. Bencion. — Il eut pour successeur un comte du nom de Bencion, que dom Vaissete, avec assez de raison, croit être son fils. Bencion était mort en 908 '', peut-être même l'était-il quelques années plus tôt, mais nous manquons de documents pour déterminer plus exactement l'époque de sa mort.
VI. AcFRED. — Bencion eut pour successeur son frère Acfred, que dom Vaissete appelle Acfred deuxième du nom , pour le distinguer de son oncle Acfred, comte de Razès. Acfred , comte de Carcassonne, par un acte du 24 mai 934, donna à l'abbaye de Montolieu plusieurs alleux, situés dans le comté de Carcassonne", qui lui venaient de
' Preuves, Chartes & Diplômes, n. XLV.
' Uid. n. XLIX.
' Ihid. n. L.
" IhU. n. XCIV. ' Ihld. n. CVII.
^ Tome V, Preuves, Chartes 81 Diplômes, numéro XXXIV.
' Ibid. n. LÎX.
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NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
son père le comte Oliba II, auquel le roi Charles le Chauve les avait donnés. Il paraît qu'Acfred hérita de ses cousins Guillaume & Acfred, comtes d'Auvergne, du comté de Razès, & qu'il joignit ce comté à celui de Carcassonne. Il mourut sans descendants mâles. On croit qu'Arsinde, femme d'Arnaud qui était comte de Carcassonne & de Razès en 944, était sa fille, & que par son mariage elle porta ces deux comtés dans la famille des comtes de Comminges & de Couserans.
? II Comtes de Ka'{hs.
I. BÉRA. — Béra était comte de Razès en 8i3 lorsqu'il fonda dans son comté, avec sa femme Romille, l'abbaye d'Alet ' ^ il a été souvent confondu avec Béra, comte de Barcelone, qui vivait dans le même temps. On a même prétendu que le comte de Razès & celui de Barcelone ne faisaient qu'un même personnage. Mais Béra, comte de Barcelone, était Goth d'origine & le comte de Razès se dit fils du comte Guillaume; le premier eut un fils, nommé Willemond, qui périt misérablement après s'être allié avec les Sarrasins dans le but d'expulser Bernard, fils de Guillaume, de la Marche d'Espagne, &Béra, comte de Razès, eut un fils appelé Argila & une fille nommée Rotrude. Il y a donc lieu de distinguer ces deux comtes. Il faut avouer toutefois qu'on ignore l'époque précise de la mort du comte de Razès & qu'il est difficile de décider si c'est à lui ou au comte de Barcelone que fut adressé, en 812, le diplôme de Charlemagne, en faveur des Espagnols réfugiés en Septimanie.
II. Argila. — Dans une charte du 3o juillet 844, Argila se dit fils du comte Béra; il vend à son fils Béra certains domaines situés dans le pays de Razès \ Quoiquedans cet acte il ne prenne pas le titre de comte, il y a lieu de croire, néanmoins, qu'il était ou qu'il avait été comte de Razès, car il ne donne pas non plus ce titre à son fils
■ Voyez ci-après, Preuves, Chartes & Diplômes, n. XVII.
' Marca Hispanica; append. n. i8.
Béra qui, dix -huit mois plus tard, prend la qualification de comte, dans un acte de donation '. Argila dut mourir à la fin de l'année 844 ou en 846.
III. BÉRA II. — Béra, fils d'Argila, devint comte de Razès en 845. Le 24 février de l'année suivante, il donna plusieurs alleux au monastère de Saint-André d'Exala, première origine de l'abbaye de Cuxa'. Nous n'avons pas d'autre renseignement sur ce personnage , que les Bénédictins ont eu le tort de mettre au nombre des comtes de Roussillon. Il paraît qu'il eut un fils nommé Miron. Nous ne saurions affirmer que ce fils ait succédé à son père ni qu'il ait hérité du comté de Razès. Une charte de l'année 870' nous apprend qu'il avait pris parti avec plusieurs autres habitants de la Gothie contre Charles le Chauve, & que ce prince, l'ayaivt traité comme rebelle, le priva de tous ses biens & bénéfices dont il gratifia Oliba II, comte de Carcassonne.
IV. ACFROI I. — Acfroi était frère du comte Oliba. En 878, il assista, avec ce dernier, en qualité de comte de Razès, à la dédicace de l'église de Notre-Dame de Formiguera, dans le Capcir ^ Il est à présumer qu'il y avait déjà plusieurs années qu'il était en possession de ce comté. En 883, il tint un plaid à Carcassonne où fut jugée une cause intéressant l'abbé Recamond & l'abbaye de Saint-Hilaire, située dans le diocèse de Carcassonne '. On voit par un diplôme du roi Carloman, donné en 884, qu'il avait présidé une enquête faite au sujet de certains biens que l'église de Narbonne possédait dans le Razès % & il est rappelé en 908, dans un diplôme de Charles le Simple, comme ayant autrefois donné à l'abbaye de la Grasse quelques possessions dans le même pays'. Acfred avait épousé Adelinde, fille de Bernard Plantevelue, comte
■ Marca Hispanica, append. n. 19.
' Ihid.
3 Voyez ci-après, Preuva, Chartes 8c Diplômes, n. XCIV.
■♦ Preuves, Chartes & Diplômes, n. XCIX.
5 Voyez au tome V, Preuves, Chartes & Diplômes, n. V.
6 Ibid. n. VIT.
' Ibid. n. XXXIV.
Nm B
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NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
d'Auvergne"; il était beau-frère de Guillaume le Pieux, marquis de Gothie. Il mourut vers la fia de l'année 905 ou au commencement de l'année suivante, comme il paraît par la délivrance que firent le 19 février de l'an 906 , Adelinde, sa veuve, & ses autres exécuteurs testamentaires à Ranulfe, abbé de Montolieu, du lieu & de l'église de Saint- Martin , situés près de la montagne de Bassera, dans le comté de Razès & de quelques autres domaines qu'Acfred avait légués à ce monastère par ses dernières dispositions". L'acte est souscrit par Acfred, un de ses fils -, il en avait eu trois, Guillaume, Bernard ^ & Acfred.
V. Acfred II. — Il y a lieu de croire qu'Acfred, qui signa l'acte d'exécution du testament de son père, lui succéda dans le comté de Razès, & qu'à la mort de Guillaume le Jeune, son frère, arrivée en 926, il transmit ce comté à son cousin Acfred , fils d'Oliba, comte de Carcassonne, qui réunit ainsi les deux comtés sur sa tête. Néanmoins, la chose est incertaine "*. Il se peut qu'Acfred , fils d'Acfred, n'ait pas été comte de Razès & que ce comté soit passé entre les mains du comte de Carcassonne aussitôt après la mort d'Acfred I. C'est, du reste, l'opinion de dom Vaissete.
Par suite de la réunion des deux comtés de Carcassonne & de Razès sur la tête d'Acfred, comte de Carcassonne, le Razès
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