‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 4)Chapitre 55 sur 186 · CHRONOLOGIE DES COMTES D'AUVERGNE SOUS LA SECONDE RACE · texte numérisé non relu

CHRONOLOGIE DES COMTES D'AUVERGNE SOUS LA SECONDE RACE

Ce que nous avons dit à propos de la descendance de Guillaume, frère du duc Gérard , facilitera singulièrement notre tâche pour établir la suite des comtes d'Auvergne pendant la période carlovingienne.

I. GÉRARD. — Nous avons vu que le duc Gérard avait été nommé comte d'Auvergne, en 839, par Louis le Débonnaire, lorsqu'il vint en Aquitaine pour faire couronner roi son jeune fils Charles; Gérard fut tué en 841, à la bataille de Fontenay.

II. Guillaume I. — Au duc Gérard succéda en 842 Guillaume, son frère. Ce dernier ne vécut pas longtemps; au mois de mai 846, il était remplacé par le comte Bernard ^

' Chronique de Saint-Maixent dans le Recueil des chroniques des églises d'Anjou, publié par la Société de l'Histoire de France.

^ Besly, Histoire des comtes de Poitou.

3 Cartul. de Saint-Julien de Brioude, n. 172.

Note

RECTir.

NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

3of)

III. Bernard I. — Bernard figure en qualité de comte d'Auvergne & d'abbé de Saint-Julien de Brioude, dans des chartes des mois de mai 846, juin 847, mai 849, février 867, mars 858, mai 860, janvier 864 & mai 866 '. Il vivait encore au mois d'avril 868, mais il était mort au mois de septembre de la même année". Il eut deux femmes: Luitgarde, la première , est citée en 849; Ermengarde, la seconde, en 864 \

Les auteurs du Gallia Chrîstîana & de VArt de vérifier les dates font mourir Bernard I en 857 & lui donnent pour successeur un comte nommé Guillaume, auquel succède en 860 un autre comte nommé Etienne.

Etienne ayant été tué en 864, ils placent en cette année un autre comte qu'ils appellent Bernard II 5 mais ce comte Guillaume est le produit d'une erreur & n'a jamais existé. Ces auteurs s'appuient, pour justifier la présence de ce Guillaume, sur une donation faite aux chanoines de Brioude par Anastase, doyen, des terres qu'il avait in loco qui dicitur de Casellis, charte donnée , disent-ils, tempore Willelmi comitis seu abbatis, mense marcio^ anno XX régnante Pipino rege. Ces détails permettent parfaitement de reconnaître la charte dans le cartulaire imprimé de Saint-Julien de Brioudej elle y occupe le numéro 282. Mais dans ce cartulaire, cette charte, à laquelle doit être assignée la date du mois de mars 858, au lieu de mentionner le comte Guillaume, nomme le comte Bernard : JJbi Bernardus cornes vel abbas S. Juliani praeesse videtur. Il n'y a donc pas eu de comte d'Auvergne du nom de Guillaume entre 858 & 862.

Quant au comte Etienne, il y a bien eu un comte de ce nom, mais rien ne prouve qu'il fut comte d'Auvergne. La première fois qu'il est fait mention de lui, c'est en 860. Il est dit que Raimond, comte de Toulouse, cita au concile de Tusei le comte Etienne, fils du comte Hugues, qui, après avoir fiancé sa fille en mariage ''j refusait de l'épouser. Hincmar rapporte qu'en 862 ,

' Cartulaire de Saint-Julien de Brioude, n. 172, 190, 95, 77, 282, I 10, 176 8c 210.

' Ibid, ri. 304.

î Ibid. n. 95 & 176.

■♦ Recueil des Hist. de Fr. t. 7, p. 624 & 525.

Etienne persuada au jeune Charles, fils de Charle^|,le Chauve, d'épouser contre la volonté paternelle la veuve du comte Herbert '. Enfin, en 864, les Normands s'étant avancés jusqu'à Clermont en Auvergne tuèrent le comte Etienne & se retirèrent sans encombre \ Mais il est à remarquer qu'aucun des auteurs qui nous ont rapporté les faits que nous venons de citer n'appelle Etienne comte d'Auvergne. Cette qualification ne lui est donnée que par Adhémar de Chabanais & par l'auteur de la Chronique de Saint-Maixent , qui vivait au douzième siècle'. Or, comme nous savons qu'en 858, en 860 & en janvier 864, Bernard I était encore en vie, il paraît certain qu'il n'y a pas eu de comte d'Auvergne du nom d'Etienne, pas plus qu'il n'y a eu en 858 de comte du nom de Guillaume. De ce qui précède il résulte aussi que la distinction établie par les auteurs du Gallia Christiana entre Bernard I & Bernard II ne peut subsister, & que ces deux personnages n'en font qu'un. Bernard I ne mourut , en effet, qu'après le mois d'avril 868.

IV. Bernard II, — Warin. — Au mois de septembre 868, Bernard I était remplacé comme abbé de Saint-Julien de Brioude par le comte Warin ^, que nous croyons être son fils. Warin était abbé de Saint-Julien, en qualité de comte de Vêlai. Le comté de Clermont, ou l'Auvergne proprement dite, était alors occupé par un autre Bernard, fils de Bernard I, que nous nommerons Bernard II.

Ce Bernard est le même que Bernard Plantevelue, celui qui fut marquis de Gothie en 878, & qu'Hincmar appelle cornes Rodonensis. En 869 ou 870, à la mort de Warin, il hérita de la partie de l'Auvergne occupée par ce dernier, mais il n'hérita pas de l'abbaye de Brioude dont s'empara Fro-

' Hincmari Remensis Annales, Pertz, t. i. p. 467 & ^66.

' Ibid. p. 462.

' Chronicon Adhemari dans Labbe , Bibltotheca nova, t. 2, & Chronique de S, Maixent dans le Recueil des chroniques des églises d'Anjou, publié par la Société de l'Histoire de France.

•♦ Cartulaire de Saint-Julien de Brioude, n, 267. — Voyez aussi les n. 56 & i52.

Note

RECTlf.

Note

BECTIF.

3lO

NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

taire, archevêque de Bordeaux". Dès 868 il est fait mention de lui comme dUin des principaux dignitaires de l'Aquitaine. Il alla trouver le roi à la diète de Pistre avec Bernard, marquis de Gothie, & Bernard, marquis de Toulouse '. L'année suivante, en 869 , il devait aller trouver le roi à Cosne-sur-Loire, pour conférer avec lui sur les affaires de l'Aquitaine'.

Il fut un de ceux auxquels Charles le Chauve confia, en 872, la direction de son fils Louis le Bègue en l'envoyant en Aquitaine"*. Bernard fut toujours un des plus zélés défenseurs de ce prince, qui le choisit pour être le tuteur de ses fils en 877, lorsqu'il se sentit près de sa fin\ En 878, Bernard fut nommé marquis de Gothie^.

Il ne cessa, depuis cette époque jusqu'à sa mort, de s'opposer aux entreprises de Boson, roi de Provence, & de l'empêcher d'envahir les États des fils de Louis le Bègue. Bernard Plantevelue perdit la vie dans un combat; il était mort au mois d'août 886'. De sa femme Ermengarde il avait eu trois fils. Un seul, Guillaume, lui survécut & fut son successeur.

V. Guillaume le Pieux. — Guillaume succéda en 885, ou au plus tard avant le mois d'août 886, à Bernard son père, dans les comtés d'Auvergne & de Vêlai , & dans le marquisat de Gothie, ainsi que nous l'apprenons

' Frotaire fut abbé de Saint-Julien de Brioude de 879 à 888 ; Adalgisus, évêque d'Autun, fut son successeur de 889 à 892. Guillaume le Pieux devint abbé du monastère en 893. On lui donne ce titre dans un grand nombre de chartes depuis cette époque jusqu'en 91 1. En 918 & 919, c'est Guillaume le Jeune, successeur de Guillaume le Grand ou le Pieux, Guillelmus Major, qui est abbé de Saint-Julien de Brioude. Acfroi occupa ces fonctions du vivant de son frère en 922 & en 923. Voyez le Cartulaire Je Brioude, publié par l'Académie des Sciences de Clermont-Ferrand en 1861, & la Chronologie du Cartulaire de Brioude, publiée par M. Bruel. — Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, 1866, p. 446.

' Hincmari Annales, Pertz, t. i, p. 480.

3 Ibid. p. 481.

^ Ibid. p. 493.

^ Ibid. p. 5o3.

« Ibid. p. 5o8.

^ Baluze, Histoire génial, de la maison d'Auvergncy t. 2, preuves, p. 3.

d'un diplôme de Louis le Gros en faveur de l'église de Nevers, dans lequel ce prince fait l'éloge de la fidélité de Bernard, & reconnaît les services qu'il n'a cessé de rendre à ses souverains légitimes '. Abbon, dans son poëme sur le siège de Paris par les Normands, donne à Guillaume le titre de comte de Clermont\ Le même auteur nous apprend qu'il prit parti contre le roi Eudes. Ce prince lui ayant enlevé, pour le punir, le Berry & l'Auvergne, & ayant donné ces provinces au comte Hugues, il en résulta une guerre entre ce comte & Guillaume, guerre dans laquelle Hugues perdit la vie'. Débarrassé de son compétiteur, Guillaume devint plus puissant qu'il ne l'avait encore été. Il est probable qu'il fit alors la paix avec Eudes & qu'il finit par le reconnaître pour roi, car on trouve le nom de ce prince associé avec ceux de ses propres parents dans plusieurs de ses fondations pieuses.

En 910, Guillaume fonda le prieuré de Sauxillanges, en Auvergne, pour le repos de l'âme, est-il dit dans la charte, de son père Bernard, de sa mère Ermengarde & de ses frères , d'Adelinde sa sœur & des enfants de cette dernière , c'est-à-dire de Guillaume III & d'Acfred, ses neveux & futurs successeurs^. Ce fut aussi en 910 qu'il fonda l'abbaye de Cluny sur un fonds de terre qui lui fut donné par sa sœur, l'abbesse Ave. Par l'acte de fondation, daté du II septembre 910, il soumit le nouveau monastère directement au Saint-Siège ^

En 912, il fit une nouvelle fondation; ce fut celle du prieuré de Maissac, en Auvergne. Cette fondation fut encore faite, estil dit dans l'acte, pour le repos de son âme, de celles d'Eudes son seigneur, de ses père & mère, de Louis l'Aveugle, son beau-frère, & de sa femme Ingelberge®. Il fit confirmer cet établissement par le pape Jean X.

' Baluze. Histoire génial, de la maison d'Auvergne, t. 2, preuves, p. 3.

" Abbon, de Bello Paris. Pertz, t. 2, p. 810.

3 Ibid.

■* Baluze, Histoire ginial. de la maison d'Auvergne, preuves, t. 2, p. 12.

' Bibliotheca. Cluniacensis, p. 2.

" Acta Sanctorum ordinis sancti Benedicti , t. 6, p. 248 &. 254.

Note

RECriF.

NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

3ii

Guillaume le Pieux qui, dans un de ses testaments fait en faveur de l'abbaye de Sauxillanges, s'intitule prince de la Marche, princeps Marchiae', & qui avait pris en 898, lorsque Adhémar avait chassé le jeune Eble de Poitiers, le titre de duc d'Aquitaine, mourut le 6 juillet 918 \ Il n'avait eu qu'un fils de sa femme Ingelberge, & ce fils nommé Boson mourut avant lui. Guillaume fut enterré dans l'abbaye de Saint-Julien de Brioude dont il est regardé comme un des principaux bienfaiteurs.

VI. Guillaume III. — Guillaume, dit le Jeune, fils d'Acfred, comte de Razès, & d'Adelinde, sœur de Guillaume le Pieux, succéda à son oncle dans les comtés d'Auvergne & de Vêlai seulement'; Raimond, comte de Toulouse, ayant hérité à titre de proche parent du marquisat de Gothie. Le nom de Guillaume figure au bas de l'acte de fondation de l'abbaye de Cluny, & dans une donation faite en 916, par son oncle, au prieuré de Sauxillanges qu'il venait de fonder. Guillaume III eut de longs démêlés avec le roi Raoul, qui fit deux expéditions contre lui, dans le but de l'expulser du comté de Bourges. Guillaume, battu en 926, fut forcé de se retirer en Auvergne; il mourut la même année, le seizième jour de décembre, suivant l'obituaire de Brioude, & ne laissa pas d'enfants; on ne sait pas même s'il avait été marié.

Vil. AcFRED. — Acfred , fils d'Acfred, comte de Razès & frère de Guillaume III, fut le successeur de ce dernier dans les comtés d'Auvergne & de Vêlai; il portait déjà le titre de comte du vivant de son frère, & était abbé de Saint-Julien de Brioude. Ce fut lui qui, en 926, défendit Nevers contre le roi Raoul. Devenu comte d'Auvergne, il ne voulut jamais reconnaître ce prince, & nous avons plusieurs chartes de lui ainsi datées : Anno IV (vel anno V) quo infidèles Franci deshonestaverunt regem suum* Carolum &

' Cartulaire de Sauxillanges, n. 1^6.

'Guillaume, son neveu, s'intitule Guillclmus cornes, successor Guillelmi Majoris dans une Charte du 3o septembre 918. Cartulaire de Saint-Julien de Brioude, n. 3 18.

' Ibid.

''Voyez Cartulaire de Sauxillanges, n. i3, &

Kodulphum în prïncipem elegerunt. Acired fit '*^"*^' son testament au mois d'octobre 927 ; il mourut la même année ou au commencement de 928 sans laisser d'enfants. Après sa mort, Eble, comte de Poitiers, hérita comme son plus proche parent du comté d'Auvergne & du Limousin & prit le titre de duc d'Aquitaine. A cette époque, de toutes les familles dont nous avons retracé l'histoire, quatre seulement subsistaient & se trouvaient en présence : celle des Ranulfe & celle des Raimond de Toulouse, les descendants deBorrel, comte d'Ausone, & ceux de Suniaire II, comte de Roussillon.

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