II. Ce fameux critique' donne le nom
de diplôme 9 cette pièce & la déclare fausse
sur ce qu'elle est datée, dans la préface
suivant l'année de l'Incarnation ; préten-
Ed.ong. <ç^^^ l'époque de la désunion de la Sep- dantque l'usage de dater ainsi les diplômes
P-^^''- timanie du royaume d'Aquitaine ^^t fort postérieur au règne de Louis le
Cl > ^' j -L' z Débonnaire : c'est là son principal arîm-
6* de son érection en duché; g» sur . ,, , , , , / l"*' ^rgu-
,, 1 /- 7/ o ment, mais d abord c est plutôt un capitu-
lacte de partage que fit, l an ^ 817, laire qu'un diplôme. Le premier est un rè- V empereur Louis le Débonnaire de glement fait & autorisé dans une assemblée ses Etats entre ses enfans. ou diète générale de la nation, ce qui
convient parfaitement à l'acte de partage Baluze nous a donné, sur un ma- de l'an 817 , au lieu qu'un simple diplôme
est une charte donnée ordinairement hors le temps de ces assemblées & de la seule Débonnaire de ses Etats entre les trois princes ses fils à la diète d'Aix-la-Chapelle tenue au mois de juillet de l'an 817. Ce monument qui est très-détaiilé & trèsintéressant pour l'histoire, nous apprend
Note
IVi • nuscrit de la bibliothèque de Colbert, l'acte' de partage que fit Louis le
en particulier : 1° que la Septimanie fut alors séparée du royaume d'Aquitaine dont elle avoit dépendu auparavant; ainsi c'est là l'époque de l'érection de cette province en duché ou gouvernement général indépendant; 2° que le comté de Carcassonne, qui jusques alors avoit fait partie de cette même province, en fut séparé, & qu'il demeura uni au royaume d'Aquitaine.
Cet acte a tous les caractères de vérité & est appuyé du témoignage des historiens ' du temps qui en font mention & qui nous apprennent que Louis le Débonnaire associa alors à l'empire Lothaire, son fils aîné, & qu'il fit reconnoître Pépin & Louis, les puînés, l'un pour roi d'Aquitaine & l'autre pour roi de Bavière. Malgré un témoignage si précis, le P. le Cointe', qui a entrepris la critique de ce monument, prétend faire voir qu'il est faux & supposé. Examinons ses raisons, & voyons si elles sont assez fortes pour prouver cette supposition \
autorité du prince. Or, il n'est pas sans exemple qu'avant l'an 817 & la mort de Louis le Débonnaire, on ait inséré l'année de l'Incarnation dans la préface ou dans le corps des capitulaires. Sans faire de grandes recherches, on n'a qu'à ouvrir le premier volume de la collection de Baluze on trouvera cette année marquée dans le capitulaire de Pépin le Bref de l'an 744% dans ceux de Charlemagne dressés à Aixla-Chapelle en 789^ & 797^, & sans sortir de l'assemblée tenue dans ce palais en 817 ', dans la préface du capitulaire qu'on y dressa pour la réforme de l'ordre monastique, ainsi que dans le statut* fait au sujet des services dus par différens monastères. Le P. le Cointe ne soupçonne de fausseté aucun de ces capitulaires.
Mais quand l'acte de partage de l'an 817 ne seroit qu'un diplôme , il est certain , par ceux mêmes dont le P. le Cointe reconnoît la vérité, qu'avant cette année on employoit quelquefois l'année de l'Incarnation dans ces monumens.Onvoit,dans le même volume des capitulaires, un diplôme de Charlemagne pour l'institution des évêchés de Saxe, daté de l'an 789 de l'Incar-
' Capitulaires, t. i , p. SyS &. seq.
' Eginhar(l,p.264. — Agobard, Epist. dans Diicliesne.t. 2,p.33o. — Chronique Je Moissac, p. 147.
' Le Cointe, ad ann. 817, n. 335 & seq.
^ Quoique dom Valssete dise de fort bonnes choses dans cette note, la longue discussion à laquelle il se livre pour réfuter l'opinion du P. le Cointe peut être regardée aujourd'hui comme superflue. Personne ne songe à attaquer l'authenticité de
l'acte de partage de 817, édité d'abord par Baluze, & publié depuis par M. Pertz, dans le premier volume des Leges.
' Le Cointe, ad ann. 817^ n. 335 & seq.
^ Capitulaires, t. 1, p. i55.
3 Ihid. p. 242.
^ Ihid. p. 275.
' Ihid. p. 579.
« Ibid. p. 585.
Note
nation'. Ce prince date de la même année une charte qu'il donna' en favetir du comte Trutman : l'acte qu'il fit du partage de ses meubles & de ses bijoux est daté de l'an 811 ' 3 c'est donc mal à propos que le P. le Cointe rejette comme faux l'acte de partage de l'an 817, parce qu'il est daté de l'année de l'Incarnation.
III. Uneautre raison de ce critique^, pour prouver la fausseté de cette pièce, c'est que Louis le Débonnaire s'y sert indifféremment des termes d'empire & de royaume pour signifier la même chose. Il prétend que ces termes diffèrent entre eux, que le premier n'est qu'un simple nom de dignité & ne marque aucun domaine , & que le second signifie l'uii & l'autre. Il est vrai qu'à prendre ces deux mots à la rigueur, ils peuvent avoir une signification différente, & nous convenons, avec le P. le Cointe , que Charlemagne, en prenant la couronne impériale, n'ajouta pas un pouce de terre à son domaine; mais il est vrai aussi
unîversum IMPERIUM suum cum suis ipse dîvîderet.... sîn aliter vero , partitionem IMPE- RII Imperatori & Carolo faciendam magis censeret. Itaque Lotharius cum suis divisionem REGNI domino imperatori pro suo libitu comittunt , &c. On pourroit encore citer d'autres exemples; mais ceux que nous venons de rapporter sont plus que suffisans pour détruire les foibles raisons du P. le Cointe.
IV. Cet annaliste' ne peut goûter que Louis le Débonnaire, par l'acte de partage de l'an 817, ait voulu assujettir ses deux fils puînés à Lothaire leur aîné. Il prétend que cet empereur n'a pu se proposer en cela, comme il le marque dans cet acte, l'exemple de Pépin & de Charlemagne ses prédécesseurs, qui d'ailleurs, ajoute-t-il, partagèrent également leurs Etats entre leurs enfans. Mais : 1° Louis le Débonnaire ne parle pas de Pépin en particulier , il ne nomme que ses prédécesseurs en général.
2° Il est certain que le partage' que Charlemagne fit, en 806, de ses Etats entre
Note
que du temps de ce prince & de ses succès- ses enfans ne fut pas égal, puisque ce prince
seurs,on employoitindifféremmentlesmots destina alors la plus grande partie- de la
regnum &/mpenumpour signifier la monar- monarchie au roi Charles, son aîné, & que
chie françoise. C'estainsi que Charlemagne, de six royaumes dont elle étoit alors com-
dans le partage qu'il fit de ses États en 806, posée, il lui donna ceux de Neustrie &
partage dans lequel il ne s'agissoit point d'Austrasie en entier avec la meilleure partie
de la dignité impériale, se sert indifférem- de ceux de Bourgogne & de Germanie, & à
ment des termes d'empire & de royaume : chacun des deux cadets un royaume avec
Divisiones^ vero a Deo conservati atque con- quelques provinces de l'un des autres
servandi imperii vel regni nostri taies facere royaumes. Par ce partage la portion de
placuit, Nithard, parlant du partage que Louis le Débonnaire fit entre ses enfans, l'an 817, & dans lequel Lothaire fut seul déclaré empereur, dit cependant que Louis partagea Vempire entre ses enfans : Universum^ imperiuminter filios divisit, ce qui fait voir que le mot imperium est pris ici pour regnum. Enfin, l'auteur de la Fie de Louis le Débonnaire^ parlant du nouveau partage que ce prince fit l'an 838, emploie indifféremment les mêmes termes. Intantum'' ut,,.
» Cap'itulaires, t. i, p. 248.
* Ihid. p. 260.
3 Uii. p. 487.
^ Le Cointe, ad ann. 817, n. 336 & 340.
s Cap'itulaires, t. 1, p. 441.
s Nithard, 1. 1, p. 36o.
' Astronome, p. 3 16.
l'aîné fut donc plus forte de la moitié que celles des deux autres.
3" Louis le Débonnaire pouvoit se proposer l'exemple de l'empereur, son père, en assujettissant ses deux fils cadets à leur frère aîné. Comme la monarchie se trouva trop étendue après les conquêtes de Charlemagne pour être gouvernée par un seul roi, ce prince fit administrer pendant sa vie par ses enfans, mais sous son autorité, les royaumes d'Italie, de Bavière & d'Aquitaine, qu'il érigea en leur faveur comme autant de fiefs mouvans de la couronne de France. Ses vues étoient qu'il y eût un chef dans la famille royale, auquel tous les autres princes françois fussent soumis &
' Le Cointe, ad ann. 817, n. 338.
' Cap'itulaires, t. i, p. 441 & suiv.
Éd. ori".
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
([u'ils regardassent comme leur supérieur. Louis le Débonnaire suivit le même plan, comme le P. Daniel' l'a fait voir. C'est ainsi qu'après la mort de Pépin, roi d'Italie, Charlemagne donna ce royaume à Bernard, fils de ce prince, qui le reconnut' pour son seigneur.
Mais ce qui met ce que nous venons d'établir dans tout son jour, c'est que le même Bernard, roi d'Italie, qui n'étoit que neveu de Louis le Débonnaire & qui naturellement devoit être indépendant dans ses Etats, vint cependant trouver ce prince à Aix-la-Chapelle aussitôt après la mort de Charlemagne, le reconnut pour son souverain & lui prêta serment de fidélité : Contradid'it^ semetipsum ad procerem, & fidelitatem ei cum juramento promîsit. De plus, Louis le Débonnaire lui fit faire le procès comme à sonvassaV^ lorsqu'il eut manqué de fidélité, & confisqua sur lui le royaume d'Italie. Le P. le Cointe, qui fait difficulté d'admettre cette autorité supérieure de Louis le Débonnaire sur le royaume d'Italie, est obligé d'en convenir, puisqu'il reconnoît pour vrai le diplôme ' que ce prince accorda, pendant la vie de Bernard & avant sa révolte, en faveur de l'Église romaine. Louis confirma par ce diplôme non-seulement toutes les donations que ses prédécesseurs avoient faites à cette église de divers biens situés dans les provinces d'en delà des Alpes , mais il en ajouta encore de nouvelles dans le même pays. Si Bernard, roi d'Italie, eût été alors indépendant, c'eût été à lui de faire cette confirmation & non à Louis le Débonnaire, son oncle, qui auroit fait le libéral à ses dépens. Enfin ce qui prouve l'autorité suzeraine de Louis sur les royaumes possédés par ses enfans, c'est que lorsqu'il voulut les ramener à leur devoir pendant leur rébellion, il leur rappela moins le devoir filial que leur qualité de vassaux 8t le serment de fidélité qu'ils lui avoient
prêté : iVIemen^ote ' quod meî vassali esiU.
4" Outre le témoignage des historiens modernes qui attestent" que, selon le premier projet de Louis le Débonnaire, Lothaire devoit avoir les mêmes droits à l'égard de ses frères que Louis avoit eus & avoit exercés à l'égard de Bernard, roi d'Italie, nous avons celui des auteurs contemporains. Ils assurent que, par l'acte de partage de l'an 817, Lothaire devoit avoir la supériorité sur ses frères, & que ce fut le motif de leur mécontentement' : Supradictus vero imperator denominavit filium suum Lotharium, ut post obitum suum OMNIA REGNA, quae ei tradidit Deus per manus patris sui susciperet, atque haberet nomen & imperium patris, & ob hoc caeteri filii indignati sunt. C'est ainsi que s'exprime Thegan, ce qui est confirmé par Paschase Radbert qui, dans la Vie de l'abbé Walla*, se sert de ces termes : Consortem imperii,... & successorem totius monarchiae fecerat. Agobard% archevêque de Lyon, parlant de ce partage solennel dans une lettre qu'il adresse à Louis le Débonnaire, se plaint fortement de ce que cet empereur l'avoit révoqué, & il fait assez entendre que l'intention de ce prince, en le faisant, avoit été de soumettre les cadets à Lothaire, leur aîné : Caeteris filiis vestris designastis partes regni vestri ; SED UT UNUM regnum ESSET, NON TRIA, praetuUstis eum (Lotharium) illis quem participem nominis vestri fecistis. Enfin Adon, dans sa Chronique^, témoigne que Lothaire , par ce partage , de^'oit exercer une autorité supérieure sur tous ses frères. Huic (Lothario) pater imperium post mortem decreverat PRO INTE-
GRITATE vix partem regni obtinere meruit. Peut-on rien voir de plus précis }
Que si Lothaire ne jouit pas dans la suite de cette autorité supérieure sur toute la monarchie, c'est que le partage de l'an 817 n'eut pas lieu à son grand regret, à cause de sa révolte & des divers troubles
Note
' Danielj Histoire de France, t. i, p. 647 & seq. ' Adrien de Valois, 1. 2, c. 17, p. 5i2. — Acta
* Annales Lo'isel. p. 249. — Eginhard, Annales, Sanctorum oriinis sancti Beneiict'i, saec. 4, part. 1. p. 258. ^Daniel, Histoire de France, t. i, p. 647 & s^q.
' Thegan, c. 21. 3 xhegan, c. 21 .
* Eginhard, Annales, p. 261 & seq. — Astro- ■• Vita Vallae, 1. i, n. 10, p. 5o2. nome, p. 299. — Thegan, c. 22. '' Agobard, Epist. t. 2, p. 4.5.
' Le Cointe, ad ann. 817, n. 6 84 seq. * Adon, Chronifon, Bibl. Patrum, t. 16, p. 809.
Note
Éd.orii:;
qu'il excita dans l'État avant la mort de l'empereur son père, ce qui obligea ce dernier à le priver de l'empire & à l'en déclarer déchu. Ainsi, contre les premières vues de cet empereur, & conformément à ses dernières dispositions, ses fils & leurs
& prétend-il s'inscrire en faux contre tous les diplômes où il ne prend que le titre
d'em
pereur
VII. Pépin, continue cet annaliste', ayant été déclaré roi d'Aquitaine dès l'an 814 par son père Louis le Débonnaire, régna
successeurs régnèrent après sa mort, sans dès lors sur la Septimanie. Cette province
aucune dépendance les uns des autres, sur étoit par conséquent de son partage: mais
les provinces qui leur échurent, & ils y on voit tout le contraire dans l'acte de
gouvernèrent leurs États de la même ma- l'an 817. Nous convenons, avec ce savant
nière que les princes françois l'avoient Oratorien, que la Septimanie fut d'abord
fait sous la première race de nos rois, c'est- du partage de Pépin, parce qu'en 814 elle
à-dire avec une autorité souveraine & indépendante.
V. Le P. le Cointe' critique la disposition que Louis fait de ses Etats dans l'acte de partage de l'an 817. Il prétend que ce prince auroit dû le faire égal & d'une manière plus convenable 3 mais est-ce une rai-
étoit encore dépendante du royaume d'Aquitaine qui fut donné alors à ce prince : mais cela empèche-t-il qu'elle n'ait pu être démembrée de ce royaume par un partage postérieur? Il s'ensuivroit du raisonnement du P. le Cointe que cette province fut toujours unie au royaume d'Aquitaine
son qui doive le faire passer pour faux & pendant la vie de Pépin, parce qu'elle en supposé ? D'ailleurs, l'inégalité de ce par- faisoit partie en 814. Nous voyons^ ce-
tage est attestée par les auteurs" contemporains. Ils assurent tous que Louis ne donna que l'Aquitaine à l'un, la Bavière à l'autre, & qu'il réserva tout le reste de la monarchie pour l'aîné.