XII. Cette preuve, jointe à un grand
' Gallia Chr'istiana, nov. ed, t. 2, p. 5o8.
■ Justel, Maison de Tur. Preuves, p. 12, i3, i5.
' Baluze, Miscellun, t. 2, p. 298 Se sc;j.
nombre de titres de l'abbaye de Beaulieu, qui font mention conjointement ou séparément du comte Raimond & de ses enfans , les comtes Bernard & Eudes , ne nous permet plus de douter que ces seigneurs ne soient les mêmes que les comtes de Toulouse de ce nom qui vivoient dans le même temps ; d'où il est aisé de conclure qu'ils dévoient posséder dès lors le comté de Querci & qu'il étoit déjà dans leur maison du moins dès l'an 852.
XIII. A Raimond I , comte de Toulouse, succéda son fils Bernard. Ce dernier est nommé avec son frère Eudes dans la charte de Frotaire, archevêque de Bourges, de l'an 876, en faveur de l'abbaye de Beaulieu dont nous avons déjà parlé. Il est encore connu par d'autres titres ' du même monastère & n'est point différent du comte Bernard qui, tenant %q.% assises" dans un lieu appelé Semmarium, situé sans doute en Querci, y rendit un jugement en faveur de la même abbaye, sur laquelle on avoit usurpé quelques biens. Ce jugement est daté du mois d'août, la quatrième année du règne du roi Louis, fils du roi Charles, c'està-dire de l'an 870, temps auquel vivoit Bernard, comte de Toulouse. Car c'est de Louis le Bègue, qui étoit roi d'Aquitaine du vivant de Charles le Chauve, son père, qu'il s'agit dans cette charte, & Justel, qui a voulu la rapporter à l'an 838, s'est trompé grossièrement, puisque, outre que l'abbaye de Beaulieu n'étoitpas encore fondée dans ce temps-là, c'étoit Pépin & non pas Louis qui régnoit alors en Aquitaine.
XIV. Eudes succéda à Bernard, son frère, dans le comté de Toulouse. Il est parlé d'un comte Eudes dans plusieurs titres ' du cartulaire de l'abbaye de Beaulieu, entre autres dans l'acte de vente que fit ce comte à Frotaire , archevêque de Bourges , du lieu d'Orbassac en Limousin, que ce prélat
' Mabillon, ad ann. 91 1 , n. 76.
" Justel, Maison de Turenne, Preuves, p. \i. 8t aux Preuves de ce volume, sous le n. XCV, Jugement rendu par Bernard, comte de Toulouse,
^ Voyez aussi aux Preuves , sous le n. Cil , Echange fait entre Eudes, comte de Toulouse, & Fro~ taire, archevêque de Bourges, & autres titres cités à la suite.
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
donna ensuite à cette abbaye. Cet acte est dans le même dessein, la sixième année
sans date j mais comme il doit être antérieur de son empire, il est à présumer que ce
à cette donation, laquelle est au plus tard dernier est la confirmation de l'autre &
de l'an 876 comme nous le ferons voir dans qu'ils furent donnés à peu près dans le
la No<e suivante, cette vente dut se faire même temps; d'où il s'ensuit que Gilbert
vers la fin de l'an 875 ou au commencement n'étoit plus comte de Rouergue en 820. de l'année suivante. Il est à remarquer que XVI. Le premier comte de ce pays que
le comte Eudes fit cette vente ' du consente- Bonal trouve après Gilbert est Raimond ,
ment de son frère Arbert; ce qui confirme qui vivoit en 950. Comme il est certain que
qu'il s'agit ici d'Eudes, comte de Toulouse, ce dernier étoit de la maison des comtes
qui avoit" en effet un frère appelé Arbert, de Toulouse, ainsi que nous le verrons
lequel fut surnommé Benoît. On convient ailleurs, c'est une preuve que le comté de
que Raimond II, fils d'Eudes, & ses suc- Rouergue étoit au moins dès lors dans
cesseurs, furent comtes de Querci. Nous en cette maison. Et comme les fiefs de dignité
Éd.orlg,
apporterons dans la suite diverses preuves. Ce comté demeura donc dans la maison des comtes de Toulouse depuis le milieu du neuvième siècle jusques à l'an 1271 qu'il fut réuni à la couronne après la mort de Jeanne, dernière comtesse de Toulouse & de Querci.
étoient alors héréditaires depuis longtemps, elle devoit le posséder plusieurs années auparavant. Il paroît, en effet, qu'elle l'occupoit déjà depuis le règne de Louis le Débonnaire, car nous trouvons un comte ' appelé Fulcoald qui étoit commissaire sur les frontières de ce pays avant
XV. Pour ce qui est du comté de Rouer- l'an 887 & qui en étoit vraisemblablement
gue, nous trouvons que les comtes de Tou- comte. Or, Frédelon & Raimond I, son
louse en ont été maîtres &qu'ilspossédoient frère, qui se succédèrent dans le comté de
de grands biens dans ce pays, soit en alleu, Toulouse depuis l'an 849, étoient fils d'un
soit en bénéfice, dès le commencement du seigneur appelé ' Fulguald : ainsi Fulcoald
neuvième siècle. Bonal, juge des montagnes ou Fulguald, comte de Rouergue, est sans
de Rouergue, qui a fait de grandes recher- doute le même que le père do ces deux
ches sur les anciens comtes de ce pays dont comtes de Toulouse à qui il dut trans-
il a laissé une histoire manuscrite, n'a pu, mettre ce comté. Aussi voyons-nous que
malgré tous ses soins, en trouver qu'un Frédelon, fils de Fulguald, possédoit' déjà
seul depuis le règne de Charlemagne jus- quelque comté dans l'Aquitaine vers l'an
ques au milieu du dixième siècle. C'est 845, avant qu'il fût pourvu de celui deTou-
Gilbert, dont il est fait mention dans un diplôme de Pépin I, roi d'Aquitaine, en faveur de l'abbaye de Conques, dont cet auteur rapporte un fragment. Notum sît, dit ce prince, qualiter olim venerabilis Dado, quemdam îocum qui dicïtur Conquas desertum atque a Saracenis depopulatum in pago RutenicOj per licentiam Gilberti quondam comitîs de ratione fisci régis accepit, & monasterium a fundamentis construxit , &c. Bonal ne rapporte point la date de ce diplôme; mais comme il est assez conforme à celui' que l'empereur Louis le Débonnaire donna
' Voyez aux Preuves, le n. Cil.
' Voyez aux Preuves, n. CXI, Donation Je Bertei\, comtesse de Toulouse, au monastère Je Vahres.
' Capitulaires, Append. p. i^i6, & Gall. Christ. noY. éd. t. i,p. 236.
louse, & comme nous savons d'ailleurs* qu'il domina sur le Rouergue, de même que Raimond & Bernard ses successeurs, il devoit posséder dès lors ce comté. Nous savons enfin que le même Raimond avoit des biens considérables dans ce pays où il fonda l'abbaye de Vabres.
On peut ajouter à toutes ces raisons que
' Voyez aux Preuves, sous le n. LIT, Charte Je Louis le Débonnaire en faveur Je l'ahhayc J'Aniane,
' Voyez aussi aux Preuves, n. LXXXVII, Charte Je fonJation de l'ahhaye Je Vahres, par Raimond, comte Je Toulouse.
' Frodoa rd, /fiir. Rem. I. 3, c. 20.
* Voyez aux Preuves, sous le n. C, Donation, faite au monastère Je Vahres, pour le soulagement Jes âmes Jes Jucs & marquis FréJelon, RaimonJ & BernarJ.
Syo
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
Note
nous ne connoissons, depuis Gilbert, aucun comte de Rouergue qui soit différent des comtes de Toulouse, lesquels possédoient certainement ce comté au commencement du dixième siècle. Ainsi il demeura toujours dans la maison de ces comtes depuis eiiviron l'an 83o jusques à l'an 1271 qu'il fut réuni à la couronne avec les autres domaines de cette maison.
On voit, par ce que nous venons de dire, que Frédelon succéda d'abord à son père Fulguald dans le comté de Rouergue & que le roi Charles le Chauve lui ayant donné, en 849, le comté de Toulouse, il posséda conjointement ces deux comtés qui passèrent à son frère Raimond & à ses successeurs ; que ce dernier qui fut pourvu du comté de Querci que ce prince lui avoit donné vraisemblablement, le joignit aux deux autres, & qu'ainsi, dès le milieu du neuvième siècle, Raimond posséda le Toulousain, le Rouergue & le Querci & les transmit à ses descendans qui les conservèrent toujours depuis dans leur famille, outre plusieurs autres fiefs de dignité qu'ils ajoutèrent dans la suite à leur domaine.
NOTE C
Epoque de la mort de Bernard II, comte de Toulouse , frère 6 prédé-
cesseur d'Eudes,
l'an 876. C'est ce qui paroît ' par la charte de Frotaire dontnous avons déjà parlé dans la Note précédente & par laquelle ce prélat donne à l'abbaye de Beaulieu le lieu d'Orbassac dans le Limousin qu'il avoit acquis du comte Eudes, lequel n'est pas différent de notre comte de Toulouse, comme nous l'avons déjà prouvé.
III. Cet acte est daté de la manière suivante dans le cartulaire de cette abbaye : Datum huîc cessionîs cartulae în mense Au~ gusto, anno IV, împerante Karolo III in Gal- Uis ; mais cette date ne peut se soutenir, puisque la quatrième année de l'empire de Charles le Gros, supposé que ce soit de lui qu'on a voulu parler dans cette date, comme le prétend le P. Mabillon", ne sauroit s'accorder avec la troisième année du règne de ce prince en France ou dans les Gaules. Aussi ce savant annaliste, pour concilier ces deux époques, a-t-il cru qu'il falloit lire anno VII împerante au lieu à' anno IV, & rapporter cette date à l'an 887. Mais outre que c'est contre l'autorité du cartulaire de Beaulieu, il est certain d'ailleurs que cette donation doit avoir été faite du vivant de Charles le Chauve.
IV. En effet ce prince la confirma par un diplôme ' du mois de juillet de l'an 876, parce que, suivant un acte de l'an 1 164 % le lieu à'Orbassac dépendoitdu fisc ou du domaine royal. Karolus rex Francorum praedîctae ecclesîae concessît quia de jure illîus dinoscebatur ; ce qui fait voir que la charte de Frotaire doit être du règne de Charles le Chauve, que le comte Eudes ou ses prédécesseurs avoient possédé le lieu d'Orbas-
NOTE
BERNARD II, comte de Toulouse, dut mourir vers la fin de l'an 875; en voici sac en bénéfice, & qu'enfin la vente = qu'en uve. Suivant une lettre' qu'Hincmar fit ce seigneur à Frotaire. archpv^miR Ha
la preuve, ouivani une iettre" qu lui écrivit peu de temps avant le départ de Charles le Chauve pour l'Italie, ou avant le mois d'août de l'an 875, il étoit alors encore en vie, & il est fait mention de lui comme étant déjà décédé dans une charte' du mois de décembre de la même année.
fit ce seigneur à Frotaire, archevêque de
' Voyez aux Preuves, sous le n. Cil, Echange fait entre Eudes^ comte de Toulouse, & Frotaire, archevèque de Bourges.
' Mabillon, ad ann. 827, n. 21.
^ Voyez aux Preuves de ce volume, sous le nu-
II. On peut confirmer cette époque eu "^"^ ^^^' ^^'"'^^ ^^ l'empereur Charles le Chauve
faisant voir qu'Eudes, son frère & son suc cesseur, étoit déjà qualifié comte dès l'an 875 ou, au plus tard, au commencement de
'Frodoard, ^iir. Rem. 1, 3, c. 26.
* Voyez aux Preuves, le n. C, déjà cité.
en faveur de l'ahhaye de Beaulieu, en Limousin, ^ Voyez aux Preuves, sous le numéro CXIII,
Echange de l'église de Tudel avec le lieu d'Orbassac,
en Limousin,
* Preuves, n. Cil, Echange fait entre Eudes ,
comte de Toulouse j & frotaire , archevêque de
Bourges.
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
Note