II. D'un autre côté, un grand nombre de
diplômes'* qui nous restent de ce prince
sont datés de devant Toulouse, depuis la fin
fils^de Pépin, fils de Louis le Débonnaire, & du mois d'avril jusques à la fin du mois de par conséquent de Pépin II; 2° que le juin Je Za VI"" /nc/zVtion, laquelle convient à père de Pépin dont il est parlé dans cet l'an 843. Charles le Chauve auroit-il donc
endroit étoit neveu de Drogon, évêque de Metz; il ne s'agit donc pas de Louis le Débonnaire dont ce prélat étoit frère naturel ; 3° que Lothaire étoit oncle paternel du jeune Pépin qu'on vouloit tonsurer. Or, Pépin I étoit frère & non pas neveu de Lothaire ; 4° enfin, ce qui lève toute la difficulté, c'est que Drogon, de l'aveu même du P. Ange, ne fut évêque de Metz qu'en 823, & Pépin I, roi d'Aquitaine, étoit déjà marié
■ Histoire généalogique de la maison de France, 1 I, p. 44.
^ Hauteserre, Rerum Aquitanlae 1. -7, c. 17. ' Annal. Meîtens. — Duchesn;, t. 3, p. 304.
fait le siège de cette ville à deux diverses reprises & pendant deux années consécutives, ou faut-il supposer que tous les diplômes de ce prince donnés devant Toulouse, & datés de la vi^ indiction, doivent être corrigés, 8c qu'il faut y lire îndiction vil, pour
' Histoire généalogique de la maison de France, t. I, p. 3i.
' Annal. Berlin, p. 20 1.
^ Capitulaires, t. x, appeild. p. 1444, 1448 £t suiv.
■* Voyez aux Preuves de ce volume, sous les numéros LIX, LX, LXI, &.C., plusieurs chartes dç Charles le Chauve.
Note
Note
Éd. cria
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
les rapporter à l'an 844? On pourroit faire cette supposition si Vindiction VI ne se trouvoit que dans une ou deux de ses chartes, comme l'a cru le P. le Cointe ' qui n'en connoissoit pas davantage. Mais il n'est pas vraisemblable que la même erreur se soit glissée dans sept ou huit diplômes dont nous avons vu plusieurs en original , & que ceux qui portent Vindiction VII soient les seuls hors d'atteinte. C'est ce qui nous détermine à croire que Charles le Chauve assiégea Toulouse pendant deux années consécutives, savoir en 848 & en 844; il n'y a rien, d'ailleurs, dans les monumens du temps qui ne favorise notre sentiment.
III. Nous savons, en effet, que ce prince, après la célébration de ses noces à Kiersi, vint en Aquitaine' au commencement de l'an 843, qu'il parcourut ce royaume, & qu'il n'étoit de retour en France que le 5 du mois de juillet' de la même année. Il peut donc avoir fait le siège de Toulouse pendant cet intervalle. La dernière charte qu'il donna devant cette ville durant^ Z'/n- Jzca'on VI est du 20 de juin. Or, depuis ce jour-là jusques au 5 de juilletsuivant, qu'il étoit à Attigni, il paroît avoir eu suffisamment du temps pour se rendre de Toulouse dans ce palais. On peut même supposer que parmi tous les diplômes qui sont datés de Vindiction VI, il y en a peut-être quelqu'un où on a mis cette indiction au lieu de la VII, & si ce dernier étoit du nombre, il y auroit encore plus de temps pour le voyage de Charles, d'Aquitaine en France.
IV. Il reste cependant une difficulté, c'est que les chartes datées de l'indiction VI sont toutes de la quatrième année du règne de ce prince, au lieu de la troisième année qu'il auroit fallu compter en prenant le commencement de son règne depuis la mort de Louis le Débonnaire, son père. Mais il est certain que Charles le Chauve comptoit de différentes époques les années de son règne; outre le calcul pris depuis l'an 887
' Le Cointe, ad ann. 8^3, n. 10.
' Annil. Berlin, p. 200.
' Le Cointe, ad ann. 8^3, n. 1 1.
■* Voyez aux Preuves de ce volume, sous le numéro LXTI, Charte de Charles le Chauve en faveur de l église de Narbonn:,
qu'il fut reconnu roi deNeustrie" dont nous avons déjà parlé, il se servoit communément de deux autres: l'un depuis la mort de l'empereur son père , ou depuis le 20 de juin de l'an 840, & l'autre qui n'est guère moins ordinaire, depuis la fin de l'an 889 qu'il fut reconnu roi d'Aquitaine à Clermont & à Poitiers. Or, suivant ce dernier calcul, ce prince étoit dans la quatrième année de son règne au mois d'avril & de juin de l'an 843, & les dates des chartes qu'il donna l'année suivante devant la même ville de Toulouse & dans lesquelles la quatrième année de son règne est jointe avec Vindiction VII, doivent être calculées en prenant le commencement de son règne depuis la mort de Louis le Débonnaire : c'est donc proprement l'indiction qui doit déterminer la différence du calcul & fixer la chronologie de ces diverses chartes. Nous avons plusieurs autres' diplômes de ce prince qui ne nous permettent pas de douter qu'il ne comptât souvent le commencement de son règne depuis la fin de l'an 839. Tel est en particulier l'un de ces diplômes daté ^ duBde mars, indiction V, la troisième année de son règne, ce qui revient à l'année 842. C'eût été seulement la deuxième à compter depuis le 20 du mois de juin 840, ou depuis la mort de Louis le Débonnaire. Charles le Chauve s'étant donc servi indifféremment de ces deux manières décompter, on doit rapporter à l'an 843 toutes les chartes de ce prince où l'indiction vi est jointe avec la quatrième année de son règne.
V. Si la date d'un diplôme que ce prince donna'' à Compiègne le 11 de mai, indiction IV, la quatrième année de son règne, en faveur de l'abbaye de Saint-Riquier, étoit bien sûre, elle devroit être rapportée à l'an 843, ce qui prouveroit que Charles ne pouvoit être alors devant Toulouse. Mais il est bien plus vraisemblable ' qu'il s'est glissé
■ Voyez Note XCVII, n. i3.
' Capitulaires, t. 2, append. p. 1467, 1460, 1^61, 1466. — Mabillon, Annales, p. 748, 749, &c. — Martène, Ampliss. collect. t. i, p. 106, ii3.&c.
' Mabillon, ad ann. 843, n. 7-1.
^ Chronicon Centul. — Spicilegium, t. z. éd. intbl. p. 3i5.
* Le Cointe, ad ann. 843, n. 10.
Note
Noxn
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
une erreur dans le chiffre de .l'indiction le 25 du mois de juin de la quatrième année
de ce diplôme que dans sept ou huit autres, de son règne, indiction VII, ce qui répond à
qui, outre qu'ils doivent l'emporter par l'an 844. Il paroît cependant qu'il faut lire
leur nombre, subsistent encore en origi- dans cet endroit Kal. Junii au lieu de Juliî^
nal; au lieu que nous n'avons qu'une co- puisque le 25 du mois de juin de l'an 844,
pie du premier donnée par un auteur qui Charles devoit être dans la cinquième an-
vivoit près de trois siècles après sa date, & née de son règne, de quelque manière qu'on
qui l'a inséré dans sa Chronique. prenne le commencement, & non dans la
VI. Le capitulaire" qui fut dressé à Tou- quatrième, comme il est marqué dans cette louse en présence de Charles le Chauve charte, à moins qu'il ne faille corriger l'anétant daté de Za quatrième année du règne de née du règne commele croitleP.leCointe ', ce prince , au mois de juin de l'indiction VI , & lire la cinquième au lieu de la quatrième, nous avons cru, pour les raisons que nous Dans ce dernier cas, Charles étant encore venons de donner, qu'il doit être rapporté occupé au siège de Toulouse à la fin du à l'an 843. Nous voyons, d'ailleurs', qu'il mois de juin de l'an 844, il ne sauroit avoir est antérieur au concile de Beauvais qui dressé dans la même ville le capitulaire fut tenu au mois d'avril de l'indiction Vil ^ ou dont nous avons parlé. D'ailleurs, le privide l'an 844, nouvelle preuve que Charles lége' que ce prince accorda aux Espagnols le Chauve étoit devant Toulouse au mois réfugiés dans la Septimanie, & qui fut sans de juin de l'année précédente. Aussi le doute donné dans la même assemblée, est P. Sirmond* & les derniers compilateurs daté du monastère de Saint-Saturnin, près des conciles^ rapportent-ils ce capitulaire de Toulouse, le u du mois de juin delaquaà la même année 848. trième année de son règne. Ainsi Charles le
VII. Quant à l'induction que quelques Chauve n'aura été maître de cette ville que auteurs tirent® delà date de ce capitulaire, l'an 849, après l'avoir assiégée de nouveau j que Charles le Chauve étoit alors déjà maître ce qui fait voir qu'il en entreprit le siège de Toulouse, nous ne voyons aucune né- trois diverses fois.
Ed.orig. cessité de l'admettre, puisque l'assemblée
p. 751. où il fut dressé peut avoir été tenue dans iNote additionnelle ajoutée par les nouveaux le camp & hors de la ville, & selon toutes éditeurs.} les apparences, au monastère de Saint- Saturnin où ce prince avoit son quartier Les auteurs de VHistoire de Languedoc lorsqu'il assiégea Toulouse. Nous n'avons, prétendent que Charles le Chauve assiégea d'ailleurs, aucune preuve que Charles se soit deux fois la ville de Toulouse, unepremière rendu maître de cette ville, ni en 848, ni fois en 848, & une seconde en 844. Nous l'année suivante ; nous avons, au contraire, croyons qu'ils se sont trompés & que leur sujet de croire qu'il en abandonna le siège opinion ne peut être soutenue en présence ces deux années, puisque, selon les histo- de dix-sept diplômes de Charles le Chauve
Note
riens du temps, il eut alors plusieurs échecs en Aquitaine, & que suivant une charte', il étoit encore occupé au siège de Toulouse
' Capîtataires, t. 2, p. 22.
' Il'id, p. 19.
* Sirmond, Not. in Cap'itul. t. 2, p. 730.
* Conciles, éd. Labbe, t. 7, p. 178^; éd. Hardouin, t. 4, p. 1458.
* Baluze , Not, in Capital, t. 2, p. 1262.
Catel, Mémoires de l'Histoire de Languedoc, p. 56o. — Le Cointe, ad ann. 844, n. 55.
' Capitulaires, t. 2, p. 1449.
dont voici les dates rangées par ordre chronologique :
1. Data nonis aprilis, anno... dictionevî... Airancus villa super fiuvium Tarni. — 5 avril 844 ^
2. Data ïll. kalend. M.aii, indict. VI^ anno IV régnante Karolo. Actum Ferrucius villa* — 29 avril 844''.
' Le Cointe, ad ann. 844, n. 52.
' Capitulaires, t. 2, p. 26 & seq.
^ Diplôme de Charles le Chauve pour Saint-Sernin de Toulouse. Preuves, n. LXIII.
^ Diplôme en' faveur des enfants de quelques ré-