PRÉLIMINAIRES
AU treizième siècle, dit dom Vaissete, lorsque le nom de Languedoc fut mis en usage, il désignait presque la moitié de la France. La numismatique raisonnée des pays de langue d'Oc, aux diverses époques de leur histoire, serait donc une œuvre de longue haleine qui ne saurait trouver ici sa place; aussi me bornerai-je, à peu près, aux monnaies que peut revendiquer la province de Languedoc telle qu'elle était constituée au dernier siècle.
A l'époque oix commence la période monétaire, le vaste territoire qui forma cette province était presque entièrement occupé par des hommes de race celtique'.
On rencontrait : au nord, les Helviens, les Vellaves, les Gabales & la portion des Rutènes qui fut comprise plus tard dans la Province romaine; au centre, le grand
' La race celtique a couvert l'Occident à une époque très-reculée; mais au quatrième siècle avant Jésus-Christ, alors que s'introduisit chez les hommes de cette race l'usage de la monnaie, les historiens grecs désignaient sous le nom de FaXdtTat les peuples répandus le long du Danube &. ceux qui, comme les Volkes, commençaient à jouer un rôle prépondérant entre le Rhône & les Pyrénées. J'emploierai donc le mot Gaulois de préférence au mot Celte, dans la description des médailles, sans me préoccuper si ces deux ethniques sont synonymes, comme le pense M. d'Arbois de Jubainville (Revue archéologique , îS'/S, t. 3o, p. 4), ou si le second désigne, suivant la théorie de M. Alexandre Bertrand {Revue arc/tcalogi<fue, 1875, t. 29, p. 281), un rameau spécial qui aurait étendu son nom sur une grande partie de la Celtique.
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peuple des Volkes; au sud, vers la mer, premières étapes de l'invasion d'orient en
encore des Volkes, puis des Ibères & d'au- "bccident. D'autres «se formèrent sur le
très peuplades peu importantes, diverses haut Danube, puis s'étendirent sur la rive
d'origine, & auxquelles on ne saurait at- droite du Rhin. Enfin ce fleuve & les Alpes
tribuer avec sûreté aucune monnaie. De furent franchis, & la vaste agglomération
cette donnée ethnographique, il ressort qui devait recevoir plus tard le nom de
tout d'abord que les monnaies gauloises devaient être les plus communes des pièces antiques qui se rencontrent en Languedoc. Les monnaies ibériques & les monnaies romaines sont, en effet, moins nombreuses & surtout moins variées. Mais, pour bien saisir les caractères spéciaux du monnayage
Gaule, se forma entre les deux mers. Les Celtes se trouvèrent ainsi, aux deux extrémités de leur domination, en face du monde grec : dans les contrées danubiennes, ils étaient voisins de la Macédoine; sur le littoral de la mer Intérieure, ils communiquaient très -facilement avec la
qui fut propre aux Gaulois des contrées Grande -Grèce, tandis qu'ils touchaient,
enserrées dans le Languedoc, il faut se reporter d'une manière générale à l'origine, au développement & aux transformations du signe d'échange chez les peuples de race celtique.
d'un côté à la Massaliètide, de l'autre aux colonies grecques de l'Ibérie. Les relations volontaires ou imposées qui s'établirent à la longue entre une race, vieille déjà de civilisation & de richesses, & une
La race celtique, au temps de sa force race intelligente & jeune, firent naître
expansive & de ses conquêtes, n'était pas chez celle-ci de nouveaux besoins, parmi
confinée dans les limites de la Gaule de lesquels figurait nécessairement & au pre-
César; elle formait une vaste domination mier rang le signe d'échange. Or, & c'est
qui s'étendait au travers de l'Europe & dont un fait acquis, le peuple le moins puissant
les diverses parties constituaient un tout. s'est toujours borné à imiter le système
Les plus anciens centres celtiques se trouvaient au nord de la Grèce 'j c'étaient les
' On ne saurait admettre le système trop atsolu en vertu duquel les Gaulois, débordant en masse sur l'Europe, auraient poussé tout d'abord jusqu'au sol lointain de la France actuelle & n'auraient que plus tard, opérant un mouvement inverse, lancé sur la Grèce & sur l'Asie-Mineure le trop plein de leur population. Les conquêtes durables se font pas à pas, & la vallée de l'Ister, l'une des grandes routes de l'invasion, fut assurément occupée avant la rive gauche du Rhin & le versant occidental des Alpes. Si les Gaulois de notre Gaule s'implantèrent chez les Ibères & jusque dans l'île de Bretagne, ils ne fournirent pas seuls sans doute les migrations ou les bandes de mercenaires qui ravagèrent le nord de l'Italie. Ce sont, dans tous les cas, les Gaulois du Dajiube qui devinrent pour la Grèce un danger permanent. Est-ce à dire pour cela que les habitants du Danube auraient seuls pris part à l'expédition contre Delphes, ainsi qu'on doit le conjecturer d'après le témoignage de Polybe (1. 4, c. 46) & de Pausanias [Descrïp. de la. Grèce, 1. i , c. 4, 5 4), qui étaient Grecs l'un & l'autre, partant bien informés, & dont le premier vivait à une époque assez peu éloignée des événements? Il est difficile de se prononcer, non-seulement parce qu'il y a beaucoup de témoignages opposés, mais parce que,
monétaire de l'autre, sauf à modifier plus tard le type des espèces; le statère d'or & ses divisions, la drachme d'argent, ses multiples & ses sous-multiples devaient donc devenir & sont devenus, en effet, les monnaies des peuples gaulois. Ce fut, d'après les prototypes grecs, vers la fin du quatrième siècle avant J.-C, que le travail d'assimilation commença. Les premières monnaies sont remarquables par leur exécution & témoignent d'un développement artistique & industriel qui surprend '.
s'il est incontestable que les familles gauloises ont dû se scinder au début tout en gardant leur nom, ce qui a induit en erreur les géographes & les historiens anciens, il ne faut pas oublier non plus que le génie gaulois comportait les expéditions lointaines, & que les Volkes des bords du Rhône & de la Garonne ont pu envoyer des secours aux Volkes du Danube, lorsque ceux-ci ont envahi la Grèce & la haute Phrygie. (Consulter, à ce sujet, A. Bertrand, Celtes, Gaulois & Francs, in-8°, 1878, p. 28.) ' La fabrication des monnaies antiques en général & spécialement des monnaies du Danube ou de notre Gaule dont les reliefs étaient prononcés & le métal de bon titre, du moins dans les premiers temps, exigeait des machines très-puissantes
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La race gauloise prit ses modèles monétaires dans diverses parties du monde grec & même dans l'île de Thasos; mais elle imita surtout les monnaies de Macédoine &, parmi elles, celles de Philippe II (36o- 336)'. Néanmoins les deux principaux métaux, l'or & l'argent, ne furent pas également employés partout. Sur le Danube on ne frappa relativement que peu d'or, & l'argent devint la véritable monnaie usuelle sous forme de drachmes & surtout de tetradrachmes. Au contraire, dans notre Gaule, du moins au centre & au nord, la monnaie qui domina tout d'abord fut le statère d'or au type de Philippe'. Le statère était, comme on sait, un signe d'échange en quelque sorte international, qui fut copié ou adopté de divers côtés, même chez les dynastes d'Asie'. Les premiers statères
& la pratique de difficiles procédés d'affinage. La gravure sur coin, même lorsqu'on se bornait à imiter les types grecs avec addition d'accessoires, suppose, de son côté, une culture artistique fort avancée. Les monnaies sont un critérium de la civilisation dont on ne tient pas d'ordinaire un compte suffisant.
' On trouve aussi en Pannonie des contrefaçons du statère d'or d'Alexandre, & en Dacie des imitations sur flan d'or de la monnaie d'argent de Lysimaque (Mommse.v, Hist. de la monn. rom,; traduite par MM. de Blacas & de Witte, t. 3, p. 291).
' Il existe aussi de rares pièces d'or gauloises copiées sur des statères qui se frappaient en Sicile avant le milieu du troisième siècle, époque où cette île, réduite en province romaine, n'émit plus que du cuivre & quelques petites pièces d'argent.
■• On a cru longtemps que l'usage de frapper des statères d'or, au type de Philippe II de Macédoine, ne s'était introduit dans notre Gaule qu'avec le butin rapporté de Delphes à Toulouse. M. Charles Lenormant, lui-même, a longuement soutenu cette thèse [Revue num. i856, p. 3o3 & suiv.); mais les résultats de l'expédition de Delphes sont fort contestés (Strabon, 1. 4, c. 1, $ i3) SiTon n'est même pas certain qu'elle ait été faite par les Tectosages de notre Gaule; enfin, en admettant que l'or du temple de Delphes ait été rapporté à Toulouse, il faudrait expliquer comment cet or consistait en statères de Philippe, mort depuis longtemps. M. Lenormant veut que les Phocéens, qui avaient eux-mêmes pillé le trésor de Delphes, aient été contraints à le reconstituer en monnaies au type de Philippe; mais c'est là une hypothèse toute gratuite. Le type de Philippe, il ne faut pas
frappés en Gaule sont de fort bonnes imitations, reconnaissables cependant à un faire tout particulier trahissant la main d'un artiste indigène; les accessoires désignant, dans les prototypes grecs, les ateliers monétaires, sont d'abord copiés habilement'. Puis l'initiative des graveurs de coin & le goût particulier à la Gaule prennent peu à peu leur essor j le flan se charge de détails nombreux & bizarres, exécutés souvent avec une grande rudesse; la tête d'Apollon s'altère & se couvre de coiffures exubérantes ou de mèches désordonnées & entremêlées de divers ornements; le bige grec se déforme & n'est plus représenté que par un seul cheval & une roue placée quelquefois devant celuici. Le conducteur, dans quelques ateliers, est remplacé par un oiseau ou par un objet informe. Enfin le cheval prend une tête humaine chez les Armoricains, tandis qu'il se montre chez les Belges sous l'aspect bizarre d'un animal dont tous les membres sont disjoints'. L'art né au contact des Grecs avait dégénéré chez la plupart des Gaulois, lorsqu'ils succombèrent sous les armes romaines', & l'on peut croire que la culture générale des hommes de cette race avait elle-même déchu ■•.
l'oublier, ne s'est pas introduit que chez les Gau» lois, & l'on ne saurait douter qu'ils l'aient adopté à l'époque même où il était en pleine circulation.
' Le même fait s'est produit dans les monnaies du Danube, sur lesquelles M. Millier (Numism. d'Alexandre le Grand, Copenhague, i855, p. 384) a retrouvé des emblèmes qui, significatifs chez les Grecs qui les avaient choisis, n'avaient plus sur les pièces d'imitation que la valeur d'un ornement, mais en facilitaient la circulation.
' Ces singulières représentations du cheval s'obtenaient par l'application successive, dans le coin monétaire, de poinçons peu exacts correspondant chacun à une partie de l'animal.
' Parmi les productions faisant encore honneur à l'art, dans les derniers temps de l'autonomie gauloise, on peut citer les statères sur lesquels on lit : Vercingetorix, & qui paraissent, sans qu'on en soit absolument certain, avoir été frappés par le dernier défenseur de la liberté gauloise & non par un chef plus ancien ayant eu la même dénonination.
^ Strabon [Géographie, 1. 4, c. 4, 2 6)» •iP''" avoir rapporté ce qu'un auteur ancien disait des
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Les monnaies d'argent ont été rares dans le Centre & dans le Nord de notre Gaule jusqu'à l'époque où le système romain s'y substitua à ce qui restait du système grec; mais elles sont devenues de bonne heure abondantes dans le Midi. Cette différence tient à des conditions topographiques particulières. Les Volkes & les autres peuples, dont le territoire correspond au Roussillon & au Languedoc, se trouvaient, en effet, enclavés vers la mer, entre la Massaliètide & les comptoirs grecs de Rhoda & d'Emporium; or, dans ces centres commerciaux, l'argent seul était transformé en espèces monnayées & de petit échantillon", tandis que l'or s'employait au poids. Il en fut de même dans la puissante colonie phénicienne de Gadès, en Sicile, dès le milieu du troisième siècle, lorsque cette île fut devenue province romaine, en Italie & à Rome mème^. Il était donc naturel que les Volkes & les autres habitants du Languedoc admissent le système monétaire des peuples plus civilisés avec lesquels ils étaient en rapport & que, se séparant du reste de la Gaule, ils renonçassent aux statères empruntés, au début, à la Macédoine ou à la Sicile', & ne fissent plus que des
habitudes tout helléniques des Gaulois, ajoute qu'une telle appréciation a lieu de surprendre lorsqu'on voit ce qu'ils étaient devenus.
' Contrairement aux peuples de la Grèce, qui admettaient les tétradrachmes, les Phocéens de la Massaliètide &d'Emporlum, & les Rhodiens d'Ibérie ne se servirent guère que de la drachme.
' Ce ne fut que très-tard, sous Sylla, lorsque la Gaule du midi était déjà conquise, que la République eut de l'or monnayé, & encore ne s'agissait-il que de pièces frappées dans les armées ou dans les provinces par les généraux, proconsuls ou préteurs, agissant en vertu des droits de V'imperium. L'or ne devint, à proprement parler, monnaie d'Etat dans le monde romain , qu'à partir d'Auguste } jusque-là les grands payements se faisaient au poids & depuis longtemps la plus forte partie de l'encaisse de Vaerarlum était constituée en lingots d'or.
' Les monnaies d'or siciliennes dont on rencontre des copies en Gaule, sont anciennes & nécessairement antérieures à l'année 241 où l'île fut réduite en province romaine, ou tout au moins à l'année 210 qui vit la chute du royatime de Syracuse.
monnaies d'argent. Ces monnaies d'argent étaient destinées à l'appoint & aux transactions de détail; c'est l'or au poids qui fournissait le moyen d'opérer les grands payements. Le fait ici est parfaitement d'accord avec la théorie, puisque des monnaies gauloises d'argent se trouvent encore en fort grande abondance dans le Midi & qu'il est constaté, par le récit de Strabon', que les Tolosates conservaient dans les étangs sacrés, comme dans le lieu le plus sûr ([j.âÀiaTa S'aÙTsïç aï X([i-vai r^v àau}a'av T:ap£T/ov)% de l'or & de l'argent, sous forme de lingots, (3âp-/] , & de meules travaillées au marteau, [xuXcuç cçpup'rjXaTcuç. Quant aux rares statères d'or qui se rencontrent dans le Languedoc, ils peuvent provenir, suivant leur type, d'une fabrication faite, soit très-anciennement' par les Volkes, soit plus tard par des peuples situés au nord de cette province, qui durent conserver trèslongtemps l'étalon d'or, comme on le fit généralement dans la partie centrale de la Gaule. En effet, les Vellaves & les Gabales étaient clients des Arvernes & ont dû nécessairement adopter le système de cette puissante nation, où l'or monnayé dominait; il en est de même des Helviens qui demeurèrent dans la clientèle des Arvernes jusqu'au moment où Pompée les rattacha aux Massaliètes. Les Rutènes, que César classa plus tard dans la Celtique, ont dû aussi se servir d'or comme les peuples du centre''.
Les monnaies d'argent qui se rencontrent dans le Languedoc, ne se rapportent qu'exceptionnellement aux types de la
' Géographie, 1. 4, c. i, i3.
" Ihid. 1. 4, c. I, p. i3.
' J'ai vu, il y a quelques années, dans la collection de M. Mathon, à Béziers, un statère d'or des premiers temps de l'imitation, dont l'origine gauloise ne se trahissait que par la forme bouletée des lèvres & par quelques détails d'exécution. Peutêtre était-il de fabrication méridionale.
■* Si l'on s'en rapportait au témoignage isolé d'une Ou deux trouvailles, dont je parlerai plus loin, les habitants de la partie méridionale du pays des Rutènes. ceux-là mêmes qui appartinrent à la Province romaine, auraient eu, au contraire, cîu moins pour l'argent, le système des Volkes, ! ^'ît ils étaient voisina.
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Massaliètide; c'est de la monnaie de Rhoda qu'elles procèdent, d'abord par des imitations serviles, puis plus tard par des imitations plus lointaines qui sont d'une abondance extrême &: qui sont connues des numismatistes, sous le nom impropre de monnaies à la croix. Ces monnaies n'ont été attribuées jusqu'ici qu'aux seuls Tectosages; mais, en raison même de leur abondance & du rayon étendu de leur gisement, il est difficile de ne pas admettre qu'elles appartiennent non-seulement à toute la race volke, & par conséquent aux Arécomiques, mais aux Bituriges Vivisques" & même aux habitants du sud-ouest de la Gaule, entre la Garonne & l'Océan, que Strabon désigna plus tard sous le nom d'Aquitains & qui étaient encore très-nombreux de son temps\ Il paraît, en effet, malgré l'opinion contraire qui a prévalu jusqu'à ce jour, difficile de supposer que ces hommes, complètement entourés de peuples ayant des monnaies', soient restés isolés & n'aient pas adopté l'usage du signe d'échange. Quoi qu'il en soit, la question demeure douteuse, & c'est aux Volkes que reviendra toujours la plus grande part dans le puissant monnayage, dont les produits se rencontrent, non-seulement entre l'Océan & le Rhône, mais sur la rive gauche de ce fleuve & jusques en Souabe. Il convient donc de réunir quelques courts détails sur cette nation considérable.
Les Volkes, dans le grand mouvement d'orient en occident, semblent, à divers indices, avoir formé d'abord des établissements sur le bas & le moyen Danube"*, puis vers la source de ce fleuve & sur la rive
' On ignore en quel siècle les Bituriges Vivisques ont franchi l'estuaire de la Garonne & créé Bordeaux j mais il est probable que ce fut à une époque où le monnayage qui nous occupe durait encore.
' Strabon porte à plus de vingt le nombre de ces petits peuples {Géogr. 1. 4, c. 2).
' Les Aquitains étaient voisins des Volkes à l'est, des Santons au nord, &, au sud, des peuples d'Hispanie.
* Justin (1, 32, c. 3) signale la présence des Volkes en Pannonie.
droite du haut Rhin '. De là, débordant sur le sol de la France actuelle, ils envahirent la vallée du Rhône & le pays qui s'étend au sud & à l'ouest des Cévennes, pendant que d'autres nations gauloises occupaient le bassin de la Loire ou celui de la Seine. L'histoire n'a pas enregistré les luttes que ces conquérants eurent à soutenir contre les indigènes ou les hommes de^ leur race venus avant eux. On n'est pas fixé sur l'époque des derniers établissements gaulois; mais dans le sud de notre pays ils avaient eu lieu avant le commencement de la période monétaire'. En 211, les Volkes étaient maîtres des deux rives du Rhône, car ce sont eux qui disputent ce fleuve à l'armée d'AnnibaP; ils étaient donc encore à cette époque en communication facile avec les rameaux de leur race demeurés sur le haut Danube & sur le haut Rhin. Ce fait était à constater; il aura son importance pour la partie de mon travail consacrée à la description raisonnée des monnaies. Plus tard les Volkes de notre Gaule paraissent s'être retirés sur la rive droite du Rhône, faisant de ce fleuve la
' César (1. 4, c. 24), qui ne parle que des peuples qui lui étaient opposés, cite les Tectosages comme habitant la lisière de la forêt Hercynia, dont la partie occidentale était enclavée entre le Rhin & le Danube ; de son côté, Isidore de Séville [Etymol. 9, c. 2) constate qu'il y avait, de son temps, des Tolosates, c'est-à-dire des Tectosages, sur la rive droite du Rhin, au milieu des Bructères & des Chamaves qui étaient Germains.
' M. d'Arbois de Jubainville [Revue des questions hist. 1873, p. 37 & suiv.), dans un article sur l'étymologie du nom des Volkes, remarque que le périple de Scylax ne met encore que des Ligures & des Ibères sur le rivage de la Méditerranée aujourd'hui français, tandis que le Traité du monde, attribué à Aristote (c. 3), nomme cette partie de la côte raXaTr/.6; x6X-oç. Le savant celtiste en conclut que les Gaulois ne dominèrent sur la Méditerranée qu'après la rédaction du périple de Scylax, c'est-à-dire pas avant le milieu du quatrième siècle avant J.-C. Ce serait à peu près l'époque où commence pour les Gaulois la période monétaire j mais la date qu'il assigne à ce périple n'est pas admise par tout le monde. Cf. Letronne, Journal des Savants, 1826, p. 267, & Muller, Geographici minores, éd. Didot, i 855-6 1, prolégomènes, p. 44.
3 Tite-Live, Histor. 1. 21, c. 26.
barrière qui devait les séparer des Vocontiens & des Salyes. Le territoire situé au sud des Cévennes leur appartenait &, vers l'ouest, ils avaient dépassé la haute Garonne, dans une partie de son parcours '. Au sud, suivant dom Vaissete', ils auraient
cuser devant le sénat le préteur Manius Fontéius '.
Les grandes nations gauloises se subdivisaient en plusieurs peuples ou avaient des clients. On ne sait à ce sujet rien de certain sur les Volkes de notre Gaule, sinon
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occupé les territoires qui formèrent, dans qu'ils se divisaient en Tectosages à l'ouest,
les temps modernes, le Roussillon & le comté de Foix. J'ai déjà dit qu'il y avait aussi, dans ces deux dernières contrées, d'autres populations & notamment des hommes de race ibère.
Les Volkes, à une époque qui n'est pas déterminée, subirent, comme presque toute la Gaule, la domination des Arvernes j mais, d'après ce qu'on sait de la constitution politique des Gaulois, une domination de cette nature n'était qu'une sorte de suzeraineté, ne comportant pas l'absorption des pouvoirs administratifs^ aussi n'est-il pas probable que les types volkes aient jamais été abandonnés pour les types arvernes. Les Volkes, au temps de Cicéron, étaient un des deux principaux peuples de la Narbonnaisej ce sont eux qui s'étaient chargés, avec les AUobroges, d'ac-
' C'est du moins l'avis de quelques auteurs, tandis que d'autres prétendent que les Volkes ne dépassèrent pas l'Ariége. Les premiers ont pour eux Pline (1. 3, c. 5, p. 6) qui constate que les Tolosates étaient des Volkes; les seconds s'appuient sur César (de Bello Galîico, 1. 3, c. 27) qui range au nombre des Aquitains les Garumni, chez qui la Garonne prenait naissance, & sur Strabon {Géographie, 1. 4, c. i, p. i) qui fait des monts Cemnènes ou plutôt des Corbières, qui en sont la partie méridionale, la ligne de démarcation entre la Celtique & l'Aquitaine j mais ces divers témoignages ne s'excluent pas. En effet, les peuples dépossédés par les nouveaux venus se retiraient d'ordinaire vers la montagne, laissant à l'envahisseur le plat pays. On comprend donc que les anciens habitants, à l'arrivée des Volkes, se soient retirés vers les Pyrénées & vers l'ouest, en sorte que les sources de la Garonne auraient continué à leur appartenir, tandis que les Volkes auraient possédé le fleuve & l'auraient même dépassé à une certaine distance de sa source. Strabon, d'ailleurs, dit plus loin (1. 4, c. 2, p. i) que le territoire des Aquitains ne commençait qu'à la Garonne. Cf. Mém. de la. Société d'archéologie du Midi de la France, 1849, p. 244, art. de M. Jouglar.
' Voir au tome I de cette édition, p. iio.
& en Arécomiques à l'est j que les Tectosages comprenaient les Tolosates, chez qui était située Tolosa, dont le territoire renferme une énorme quantité de monnaies de type volke. Les Arécomiques ne paraissent que tard dans l'histoire*. Les monnaies gauloises qui leur appartiennent incontestablement, sont relativement modernes.
Leur métropole était Nimes; mais leur ville la plus importante était Narbonne, dont l'existence est constatée par Hécatée de Milet' dès le commencement du cinquième siècle avant J.-C. Narbonne était le seul grand port sur la mer Intérieure dont pussent librement user les Gaulois, car le golfe galatique était enserré d'un côté par la Massaliètide, de l'autre par les colonies grecques de Rhoda & d'Emporium. Aussi ce port recevait-il les marchandises de toute la Gaule"* & même, par la Garonne & l'Aude, l'étain & les produits de l'île de Bretagne, destinés aux besoins de l'Italie ou de la Grèce. L'importance du transit & du commerce qui se faisaient ainsi sur le territoire des Volkes, explique l'extrême abondance du numéraire qu'ils nous ont laissé. Nimes a eu un monnayage spécial important, composé d'abord de monnaies à légendes grecques, puis de monnaies à légendes latines. Quant à Narbonne, elle ne peut revendiquer sûrement aucune monnaie J nous verrons plus loin, toutefois, qu'on a proposé de lui attribuer des bronzes à légendes ibères. Cette ville ayant obtenu le droit romain, son atelier monétaire, s'il avait existé, aurait été fermé, du moins sous la République. Nimes, au contraire, qui n'eut que le droit latin,
' Cicéron, pro Fontelo, p. 1 1.
' Strabon & Pline sont les premiers qui aient parlé des Arécomiques.
^ Fragmenta historiaram graec. publiés par Ch. &Th. Muller, Paris, Didot, i853, t. i, p. 2, l 19.
■* Strabon, 1. 4, c. i, p. 2.
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frappa monnaie longtemps après avoir été annexée, avec toute la Narbonnaise, au territoire de la République.
J'ai déjà parlé des peuples qui bordaient les côtes de la mer Intérieure & dit combien il est difficile d'établir quelque chose de précis à leur égard. Les Arécomiques possédaient la mer par Narbonne, & l'on doit supposer, d'après divers indices, que les Tectosages avaient eu pied sur le golfe galatique, sans en être les seuls habitants, car les Sordones, qui étaient Ibères, occupaient incontestablement, pendant la période monétaire, la partie des côtes voisine du promontoire pyrénéen.
D'autres peuples avaient aussi leur place sur les bords de la merj mais rien n'est plus obscur que l'histoire de la Gaule méridionale dont la possession fut longtemps disputée & par les envahisseurs venus du nord-est & par ceux que la mer amenait. C'est ainsi, pour citer un seul exemple, que les Bébryces, mentionnés par plusieurs auteurs anciens ' & auxquels on a cru pouvoir attribuer des monnaies, nous sont présentés successivement par les érudits modernes, comme Ligures % Ibères', & Gaulois"*, ou même comme n'ayant pas existé sur notre sol '. Aux peuples
' Cf. Scymnus de Chio [Orhls dese, dans les Geog. minores, éd. Miiller, t. i, p. 204, v. 200); Silius Italiens (v. 418 & suiv.); Dion Cassius [Hist, Rom. I. 34) } Etienne de Byzance (au mot), &c.
" Walckenaer, Géographie des Gaules, t. i, p. 87 & suiv.
^ Boudard, Numismati<iue ihérienne, p. 240 8c
SUÏY.
4 M. de Saulcy [Rev. arch. 1867, t. i5, p. 84), corrigeant le texte de Festus Avienus {Ora marit, y. 585), fait des Bébryces un peuple qui aurait formé, avec Narbonne pour capitale, un véritable royaume, aux chefs duquel se rapporteraient des monnaies gauloises à légendes grecques, qui seront décrites plus loin.
^ Adrien de Valois (Notitia, au mot), dom Vaissete (tome I de eette édition, p. ii5 & suiv.), & d'Anville {Notice de la Gaule, au mot Atacini, p. 107), contestent qu'il y ait eu aux environs de Narbonne un peuple nommé Bébryces. Le Dictionnaire archéologique de la Gaule (au mot), combat cette opinion &, sans se prononcer sur la race des Bébryces, il accepte leur existence & constate qu'ils avaient laissé leur nom à la mer de Narbonne.
dont parle l'histoire ou que mentionnent vaguement les périples, il faut encore joindre d'autres peuples, ainsi que le prouvent les légendes monétaires. Que d'embarras !
Outre les monnaies de Nimes, le numéraire qui paraît appartenir aux parties du Languedoc & du Roussillon les plus voisines de la mer, se compose de pièces de bronze présentant entre elles de grandes analogies de fabrique j mais les unes sont grecques par les légendes & gauloises par les noms, tandis que les autres sont revêtues de légendes ibériques. Je me contenterai donc, quand le moment sera venu, d'étudier ces pièces en elles-mêmes, de déterminer leurs caractères particuliers &, autant que possible, leur âge relatif, mais je m'abstiendrai d'hypothèses sur les peuples par lesquels ou pour lesquels elles ont été fabriquées.