QUATRIÈME GROUPE
MONNAIES DIVERSES d'aRGENT, TANT ANÉPIGRAPHES QU'a LÉGENDES LATINES OU IBÉRIQUES, ET SE RATTACHANT AU SECOND GROUPE OU AU TROISIÈME PAR UN OU PLUSIEURS TERMES INTERMÉDIAIRES
PREMIER SOUS-GROUPE Monnaies anépigraphes.
Les pièces muettes qui me restent à décrire commenceront par une monnaie portant, au droit, une tête, au revers, une croix & se rattachant intimement au second groupe; si j'ai réservé cette monnaie pour la troisième planche, c'est qu'elle introduit, par son revers devenu droit, une nouvelle pièce (figure 4), portant de l'autre côté un sanglier, & c|ue cette pièce donnera elle-même naissance à une nouvelle série dont je produirai quelques spécimens de la figure 5 à la figure 9.
N"* I. Tête à gauche ayant sur le cou une sorte de V perlé, comme à la figure 2g de la planche II; c'est le collier & l'amorce
' Revue num. 1841, art. de M. d'Hervey de Saint Denis sur la trouvaille de l'Ile-de-Noé.
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du vêtement. Les cheveux sont formés de boucles longues & régulières, comme sur quelques numéros du second groupe & sur les monnaies bien connues appartenant au Centre & à l'Ouest de la Gaule de César.
R. Croix portant, au second canton, une rouelle à quatre rayons, &, au quatrième, la tète d'un animal, peut-être un chevreau, tournée adroite; le coin n'ayant pas porté sur le milieu du flan, on ne peut savoir quels objets occupaient les autres cantons; ils étaient sans doute, comme au numéro suivant, une hache & une torque, mais disposés dans un autre ordre.
Cabinet de France; argent; 1,78 ; pi. III, fig. 3.
Vieille-Toulouse, suivant M. Chalande.
N" 2. Le revers du numéro précédent devenu droit porte une croix ayant, au premier canton, une hache, au second, une sorte de torque perlée, au troisième, une tête de chevreau tournée à gauche, & au quatrième, une rouelle à quatre rayons.
R. Sanglier à gauche dans un grènetis; un anneau perlé, avec un point au centre, se voit entre les jambes de l'animal.
Ancienne coll. du comte de Renesse; aujourd'hui Cabinet de France; flan circulaire; argent; 1,80; pi. III, fig. 4.
Le sanglier n'était pas, comme on l'a pensé longtemps", l'emblème de toute la Gaule. La constitution des peuples qui couvraient ce vaste pays ne comportait pas, en effet, l'adoption d'un signe unique, à la manière des armoiries ou du drapeau des grands Etats modernes. Mais, de tous les animaux, le sanglier a été, avec le cheval, celui que les habitants des diverses contrées de la Gaule ont le plus souvent représenté sur leurs monnaies.
N° 3. Tète barbare à gauche; cheveux disposés en manière de crête.
R. Sanglier à gauche; au-dessus & audessous un croissant semblable à ceux que présentent, dans leurs cantons, plusieurs des monnaies à la croix.
Coll. Charles Robert; flan quadrangulaire coupé aux ciseaux; argent; 2,21 ; pi. III, fig. 5.
De la Saussaye, Revue num. 1840, pp. 243 à
Cette pièce se rattache aux monnaies à la croix par la figure 4 qui a un revers analogue; elle s'est trouvée au nombre de plusieurs centaines à Castres (Tarn); on l'a rencontrée aussi en quantité près de Mèze (Hérault), en même temps que les monnaies, également de bas poids (1,20 à i,3o), au type des grandes feuilles ou du jlabcllum' dans les cantons de la croix.
N" 4. Tête à gauche, de grandes dimensions ; deux arcs dentelés remplacent la chevelure.
R. Semblable, suivant toute apparence, à celui du numéro précédent. Le coin n'a pas entièrement porté.
Provenance inconnue; ancienne coll. Tôchon d'Annecy; flan pentagonal coupé aux ciseaux; argent; 2,25; pi. III, fig. 6.
N" 5. Tête à gauche, d'un style tout particulier & qui n'est pas sans élégance; collier; amorce de vêtement; cheveux formés de deux étages de petites boucles arrondies.
R Sanglier à gauche, lourdement exécuté; sous l'animal, un anneau avec un point au centre; grènetis.
Coll. Charles Robert; flan cisaillé; argent; 2,23 ; pi. III, fig. 7.
Cette pièce & la suivante se sont rencontrées en nombre dans le dépôt do Rodez, ou plus exactement de Goutrcns, localité située à quelques kilomètres audessus de cette ville.
N" 6. Tête à gauche comme au numéro précédent, mais de moindres dimensions; cheveux dressés.
R. Sanglier à gauche; au-dessus de lui 8c au-dessous, un annelet avec un point au centre.
Coll. Charles Robert; argent; 2,26; pi. Ill, fig. 8.
La pièce n° 6 a été coupée en forme de rectangle allongé; de sorte que la tète, d'ailleurs fort petite, n'occupe que le haut du flan, au bas ^luquel on reconnaît l'amorce d'un grènetis circulaire, qui encadrait une seconde tète. Ce dispositif prouve
• Voir pi. II, fig. 34 & 35.
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
qu'on employait, dans certains cas, des coins au moyen desquels on imprimait à la fois plus d'une image sur de grands morceaux d'argent, qui étaient ensuite découpés. D'autres fois, les coins se trouvaient plus grands que ne devait l'être la pièce mise au poids; alors le coup de ciseau coupait en deux la tête du droit & le sanglier du revers; enfin, & c'était un cas assez fréquent, un grand coin au droit était opposé à un coin de revers de dimensions ordinaires ou même trop petites, & réciproquement. Ces bizarreries de fabrication, qui ne sont pas exclusivement le propre de l'atelier duquel sont sorties les deux pièces précédentes, avaient sans doute pour but non- seulement de faciliter la ifabrication, mais de gêner l'industrie des faux-monnayeurs en ne leur livrant qu'une partie de l'image.
N° 7. Variété dans laquelle le droit est uni.
R. Sanglier à gauche, avec un annelet au-dessus de lui & au-dessous.
Provenance inconnue} Cabinet de France} flan cisaillé} argent} 2,28} pi. III, fig. 9.
La présence d'un grand nombre de monnaies au sanglier dans les dépôts de Castres & de Rodez permettrait de supposer que ce type appartenait aux Rutenî, dont la monnaie se serait ainsi rapprochée de celle des Volkes, par un terme intermédiaire, la figure 4. Mais d'autres pièces au sanglier s'étant rencontrées à Mèze (Hérault), on ne peut constater autre chose, sinon que ce type caractérise l'un des monnayages usités dans l'Est de la contrée qui forma le Languedoc. Les trouvailles à venir en apprendront davantage.
DEUXIÈME SOUS-GROUPE Monnaies a légendes latines.
J'arrive maintenant aux monnaies à la croix avec traces de légendes latines; elles forment un sous-groupe important, mais l'extrême rareté de leurs spécimens n'a pas encore permis de les bien étudier.
Leur poids est peu élevé.
N" I. Tête à gauche; le visage n'a pas porté sur le flan; le champ de la pièce est presque entièrement occupé par une chevelure que le graveur de coin a produite en burinant des courbes concentriques, le long desquelles de petites masses allongées ont été ensuite poinçonnées.
R. Croix ressortant très en relief sur le champ. Dans le premier canton & dans le second, une courbe concave appartenant, suivant toute apparence, à un objet qui sort du flan; au troisième canton & au quatrième, un fruit, en forme de poire ou de pomme plutôt que d'olive, est attaché par sa queue au point où se rencontrent les bras de la croix. Une légende incomplète & mal venue se voit dans le bas de la pièce.
Indiqué comme trouvé à Vieille-Toulouse, avec des pièces anépigraphes à la hache} coll. Garielj argent} 2,90} pi. III, fig. 10.
N° 2. Croix avec une hache mal venue au troisième canton & une olive dans les autres; on lit, vers le bord de la pièce :
SE TV Le T est très-douteux. C'est
le type même du revers du n° i devenu droit.
R. Systèmes de courbes terminées par des points, au milieu desquelles on distingue une trinacrie & une sorte de S.
Provenance inconnue} coll. du comte de Kergariou} cuivre enveloppé d'une feuille d'argent} 1,72} pi. III, fig. II.
Une monnaie analogue, exhumée en iSSy, avec des anépigraphes à la croix, dans le bois de Sérignan, & portant lisiblement, suivant M. Boudard, le mot SETV, a été attribuée, par son possesseur, M. Ricard, à Setion Volcarum', l'ancien Arx Setiena d'Aviénus. Cette attribution ingénieuse est contestable.
N" 3. Même type au droit; la hache est parfaitement marquée au troisième canton; en légende : COVED.
R. Le revers est analogue à celui du numéro précédent, sans que les courbes soient disposées de la même manière.
Cabinet de France} provenant du marquis de Lagoy} flan cisaillé de forme quadrangulairc} argent} pi. III, fig. 12.
' Numismatique ihérienne, p. 25o.
Note
Note "4
N" 4. Même type; trois points sous la hache, entre le fer & le manche; en légende peut-être : Q. IVL. COVED. Tous les caractères ne sont pas certains, vu l'état de conservation de la pièce.
R. Figure formée, autour d'un point, de quatre feuilles contournées en manière de flammes; dans le champ, des S.
Vieille-Toulouse; Cabinet de France; ancienne collection de Saulcy; argent; 2,85; pi. III, fig. i3.
N" 5. Même type au droit; on ne voit que deux points sous le fer de la hache; en légende : COVED"
R. Figure semblable à celle du numéro précédent; dans le champ, des S. Empreinte n'ayant pas porté au centre du flan.
Trouvée à Vieille-Toulouse; Cabinet de France; ancienne coll. de Saulcy; flan coulé dans un moule; argent; 2,00; pi. III, fig. 14.
N" 6. Même type au droit; on reconnaît trois ou quatre lettres analogues à celles gravées au premier canton du n" 4.
R. Revers semblable à celui du numéro précédent; un seul S est visible.
Cabinet de France; ancienne coll. de Saulcy; flan cisaillé; argent; 2,40; pi. III, fig. i5.
N" 7. Tête à gauche, très-fruste, mais de bon style & rappelant le type d'Apollon des monnaies de Marseille.
R. Croix partageant en quatre le champ de la pièce; petit globe au centre; dans les cantons, COVE.
Vieille-Toulouse; coll. Charles Robert; flan arrondi; argent; 0,24; pi. III, fig. 16.
Cette petite pièce, que je dois à M. Chalande, tient à la fois des monnaies à la croix qui se rencontrent dans le Languedoc & des monnaies à la roue, portant le nom de Syracuse' ou le nom de Marseille, MA22. Elle semblerait, par la ressemblance des tètes, contemporaine de ces dernières oboles; mais sa légende ne permet pas de la faire remonter aussi haut.
' Cf. Salinas {Revue num. 1 867 & pi. X, fig. 5o), quj décrit une obole syracusaine très-ancienne, au type de la croix ou de la roue.
N° 8. Pièce analogue au n" 7, mais où la tête, pendant que le revers n'a pas changé, a pris un style tout à fait gaulois; devant le visage, divers traits dans lesquels on peut reconnaître les traces des poissons d'Emporium, ou, à la rigueur, les lettres V S.
Cette hémiobole m'a été vendue à Paris, comme ayant été trouvée avec la pièce, figure 14, planche II; elle est en argent d'assez bon titre; son flan est rond; elle a perdu un fragment & ne pèse plus que 0,19; pi. III, fig. 17.
Les légendes des monnaies précédentes sont difficiles à interpréter. Quelques numismatistes, ne s'attachant qu'aux quatre premières lettres COVE, y retrouvent le commencement, avec anousvera, du nom des Convenae. Cette leçon, difficile à soutenir, n'a été acceptée que sous toute réserve par la Société archéologique du Midi de la France". D'autres ont lu Co(lonia) Ve(dantiorum). Au reste, il n'est pas probable qu'on ait affaire à un nom de peuple ou de lieu. C'est ainsi qu'une petite pièce, du même type que les deux précédentes, sur laquelle on lit, du côté de la tête, DVRN, &, entre les bras de la croix, A V S C, après avoir été longtemps attribuée à un peuple voisin des Tectosages, les AVSCI ou AVSCII', est aujourd'hui restituée à un chef du nom d'Auscrocos', & paraît appartenir à un peuple habitant au nord de Marseille \
N° 9. Voici une monnaie muette que son type rattache à la fois aux pièces à la hache & aux monnaies (planche III, figures II, 12 & i3) qui portent au revers des objets en forme de S :
Croix partageant en quatre le champ de la pièce. Au second canton, l'amorce d'un objet de forme elliptique; au troisième, des traits qui paraissent appartenir à une
' Bull, in-^", 1872, p. 49.
• La Saussaye, Rev, num, i85i, p. 10 & pi. I. ' Cf. Dictionnaire topographique de la. Gaule, au
mot Avsci.
* Cf. au Cabinet de France l'original sur lequel, en raison de sa petitesse, on n'a pu inscrire que les abréviations DVRN & AVS, & le denier publié par M. de Saulcy [Revue num. 1864, p. 172), & portant en toutes lettres : DVRNACOS & AVS- CROCOS.
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
hache; au quatrième, un annelet. L'objet qui était représenté au premier canton du coin n'a pas porté sur le flan.
R. Rouelle à quatre rayons, placée entre deux points; dans le haut de la pièce, une sorte de 8, un S & trois points.
Cabinet de France; argent; 0,27; pi. III, fig. i 8.
TROISIÈME SOUS-GROUPE Monnaies a légendes ihér'tijues.
Je termine la série des monnaies d'argent à la croix par la description de deux monnaies dont la légende est ibérique.
N" I. Tête à droite, d'assez bon style; collier de perles; chevelure composée de mèches tombantes, que surmonte une sorte de couronne formée de perles ou de petites boucles.
R. Croix cantonnée de quatre olives, semblables à celles qui se remarquent sur quelques-uns des numéros précédents; en légende : 'M^H'SA
Ancienne coll. de Lagoy; Cabinet de France; fonds de Luynes; argent; 8,47; pi. III, fig. 19.
J'ai reproduit les lettres qui cantonnent la croix suivant l'ordre que leur donne M. Aloïss Heiss", & cependant les graveurs ont généralement évité de placer dans un même canton le premier & le dernier caractère d'une même inscription. M. Heiss traduit cette légende par le mot ONTHGA, contraction de ON(a)TH(e)GA, le bon lieu, & attribue dubitativement la pièce à Agde, 'ÀYâOï] tu/y;. M. de la Saussaye' avait proposé de rejeter cette monnaie de l'autre côté des Pyrénées, où cependant le type pur de la croix à branches lisses n'est pas connu; il trouvait, dans la légende, le mot ^'^^\4^^', abréviation du nom des Vascons, peuple voisin de Rhoda; mais ilchangeait gratuitement, pour arriver à cette lecture, un î^ en /^ & un Z en I^; il était d'ailleurs également disposé à croire cette pièce de Bazas, où elle aurait précédé une monnaie à légende latine que M. de
' Descr'tp. des monn. de l'Espagne, 1870, p. 483. ' Revue num, 1 866, p. SpS.
Lagoy avait, sans fondement, attribuée à cette ville. Un ibériste avait proposé 4'ni>1^r', soit ESBAN ou ESPAN ', mot qui se retrouverait, sous la forme Hîspanorum, dans des légendes monétaires antérieures à l'Empire. Enfin M. Boudard' voyait deux mots dans la légende & voulait que la pièce eût été frappée par deux villes alliées. En appliquant l'alphabet proposé tout récemment par M. Antonio Delgado, de Séville, on arriverait à d'autres résultats. Dans l'état actuel de la philologie ibérique, le mieux est de s'abstenir de toute lecture & de constater simplement que le n" 7 se rapporte, par son type, à la Gaule & qu'il a été frappé soit sur le versant nord des Pyrénées, soit sur un des points du littoral, où avait persisté l'usage de la langue ibérique.
N° 2. Une autre monnaie appartenant à M. le vicomte Francisque de Saint-Remy m'a été récemment communiquée.
Tête tournée à gauche, chevelure formée de trois courbes bouletées d'un aspect analogue à celles de la figure 10 de la planche III.
Le revers ne diffère de celui du numéro précédent que par la légende I><Ot*X/sllli/s|.