‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 4)Chapitre 89 sur 186 · I. — Argent · texte numérisé non relu

I. — Argent

Les trois monnaies suivantes portent des légendes grecques & se classent par leurs divers caractères à une époque plus reculée que la plupart des monnaies des Arécomiques in génère.

N° I. Tête nue imberbe, tournée à gauche. Les cheveux, courts & bouclés, sont entourés d'un bandeau élégamment relevé à ses extrémités; derrière la tête un A.

R. Cavalier au galop, tenant les rênes de la main gauche & de la droite deux traits horizontaux; à la forme conique de sa coiffure, le pileus, & à la présence d'une

NOTB

Note

NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

étoile dans le champ de la pièce, il se reconnaît facilement; c'est un des Dioscures & assurément Castor qui, fils d'un dieu, recevait plus d'hommages que son frère.

A l'exergue, sous la ligne qui marque le sol : NEMAY.

Coll. Charles Robert; argent; 2,22; pi. III, fig. 26.

Cette rare pièce, fine d'exécution & grecque de style, avait attiré, dès le dix-septième siècle, l'attention des numismatistes; Bouteroue la déclarait « d'assez bon maître. » Elle est assurément ancienne, & c'est à tort, à mon avis, que M. de la Saussaye la considère comme ne pouvant remonter qu'au temps de la domination romaine.

Les numismatistes avaient été conduits à rajeunir cette monnaie parce qu'ils avaient toujours cru que les lettres de l'exergue étaient latines; ils lisaient, en effet, NEMAV ', mais l'exemplaire le plus complet du cabinet de France porte comme le mien un Y incontestable. De NEMAV, on faisait NEMAVSVS, nom du protecteur de la ville. NEMAY est l'abréviation du nom grec de la ville ou de l'ethnique NEMAYSATHN. Cette dernière leçon vient tout naturellement à l'esprit lorsqu'on se rappelle que l'on rencontre le plus sou- V-iit sur les monnaies le nom du peuple, & que ce nom est presque toujours au génitif pluriel. Sans aller chercher des exemples dans les parties lointaines du monde grec où ils abondent, je les prendrai chez les peuples voisins ou peu éloignés de Nimes & je citerai les monnaies portant : PQAHTnN, EMnOPlinN, MA2- 2AAIH[TnN], SAMNAPHTON, KAINIKH- THN, rAANIKHN, & des bronzes propres au sol même du Languedoc sur lesquels on

lit AOrrOCTAAHTnN.

Quoi qu'il en soit, un spécimen-du monnayage autonome des Nemausates est chose importante, & il est intéressant d'y retrouver le type des Dioscures si ancien & si fréquent dans le monde grec, & que les

' Numism. de la Narhonn. p. 162. Les autres numismatistes, 8c parmi eux M. E. Hucher, dans sa remarquable Etude sur l'Art gaulois (2"'* partie, 1873, p. 129), ont également, faute de posséder un bon exemplaire, lu NEMAV au lieu de NEMAV.

Romains avaient adopté eux-mêmes, lorsqu'ils commencèrent, en 486, un an avant la première guerre punique, à se servir d'un signe d'échange en argent monnayé'.

N" 2. Variété de la pièce précédente, mais dont l'exécution générale est moins bonne. Les cheveux sont lourds, le bandeau est raide & les lèvres épaisses; c'est un spécimen un peu moins ancien que le n° i.

Ancienne coll. Tôchon d'Annecy; argent; 2,22; pi. III, fig. 29.

N" 3. Tête à gauche très-caractérisée, semblant un portrait; front bas & fuyant; nez aquilin; lèvres petites; front en saillie; style plus romain que grec ; spécimen moins ancien que les autres.

R. Guerrier à cheval, vêtu & armé comme au n° I, mais plus raide; le cheval, dont la tête est très-lourde, est plus ramassé; à l'exergue : NEMA...

Cabinet de France; exemplaire fruste; argent; 2,62 ; pi. III, fig. 3o.

M. Mommsen', qui y lit aussi NEMAV, considère ces pièces comme présentant une imitation des types romains, mais appartenant par leur poids au système grec.

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