‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 4)Chapitre 91 sur 186 · II. — Broii/c · texte numérisé non relu

II. — Broii/c

Cette monnaie, dont il existe plusieurs coins, est inférieure d'exécution, surtout pour le revers, aux trois spécimens du Les trois bronzes suivants paraissent du

monnayage d'argent de Nimes. Elle doit même temps cjue les pièces d'argent, dont

être moins ancienne.

Coll. Charles Robert; bronzej 2,35j pi. III, fig. 3i.

DEUXIÈME SOUS-GROUPE Monnayage a légendes latines de la. colonie de Nimes.

Je commence la description du numéraire de Nimes colonie par les monnaies que leur type & leur style signalent comme remontant au moins au temps de César. Ce sont de petites pièces d'argent & de cuivre

ils se rapprochent beaucoup par le type du droit.

N" I. Tête casquée à droite; amorce du vêtement; dans le champ de la pièce, à la hauteur du cou, un anneau, peut-être un Q.

R. Deux tiges d'arbre inclinées l'une vers l'autre; un empâtement marque !a place des racines; dans le champ un vase renversé qui serait, suivant M. de la Saussaye, une allusion à la fondation de la

qui, moins anciennes que les pièces à l'eth- colonie.

nique grec, le sont évidemment plus que les as qui forment le fond du deuxième sous-groupe.

Cabinet de France; bronze; 1,19; pi. III, fig. 34.

Argent.

N° 2. Tête casquée à droite; derrière la tête un signe en forme de S.

R. Figure féminine debout, la tête coiffée de la thalia ou chapeau des dames N° I. Tête casquée adroite; barbe courte; grecques' & tenant une patère de la main grènetis. On voit le haut de l'épaule sur droite; derrière elle, un cippe; devant laquelle le vêtement est maintenu par une elle, deux tiges qu'on pourrait prendre à fibule. la rigueur pour deux serpents dressés,

R. NEM COL en deux lignes horizon- malgré l'absence des enroulements habitales dans une couronne de laurier'. tuels.

Cabinet de France; trois exemplaires; argent; de 0,36 à 0,48; pi. III, fig. 32.

Cabinet de France; bronze; 2,80; pi. III, fig. 35. M. de la Saussaye* suppose que le graveur du coin a représenté une femme N° 2. Autre d'un style moins fin; les l'et- faisant une offrande aux serpents agatres du revers sont plus grandes; un point thodaemons, c'est-à-dire aux bons génies se voit entre les deux lignes. de la nation ; mais les monuments ne

Cabinet de France; 0,39; pi. III, fig. 33. donnent pas en général la première place

Ces pièces sont fort rares; on sait que aux sacrificateurs, & d'ailleurs l'agathole monnayage de l'argent en Gaule fut dasmon ne se symbolisait que par un seul conservé sous César à l'exclusion de l'or reptile^ & qu'il disparut pendant ie principat d'Auguste. Le bronze a, sur quelques points, N" 3. Variété du numéro précédent; la duré plus longtemps. tête casquée du droit est barbue, & la

Note

' Raoul Rochette trouvait dans la couronne ainsi figurée sur les monnaies, la couronne d'or offerte par le peuple ou le symbole du peuple lui- Tnême. Cette opinion est trop savante. Les couronnes ont servi à l'encadrement d'un grand nombre de types monétaires dans tous les pays & dans tous les temps, soit qu'elles aient gardé leurs feuilles, soit qu'elles aient dégénéré en simples grènetis à pointes ou à perles.

' C'est ainsi qu'on représente Demeter, suivnnt M. Heuzey, dont on connaît les belles recherches sur le costume antique. Si la figure féminine ét;iit Demeter, elle aurait devant elle des tiges de blé 8c non des serpents.

' Op. laud. p. i6r>.

^ Gerhard, Ueher Agathodamon und Bona Dca, in Ahhandl. der Berlin Akademie, 1847 ^Gesammelte Abhandl. 1868, t. 2, p. 21.

Note "4

NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

1° Tète nue d'Auguste.

figure féminine du revers est caractérisée par la pose toute particulière de la tète.

Coll. Charles Robert j bronze j pi. III, fig. 36.

Divers numismatistes' ont considéré les sigles Q & S comme indiquant respectivement la valeur monétaire du n° i & des n"' 2 & 3, qui seraient alors des quadrans & des semis. Les poids ne répondent pas complètement à cette supposition, mais on sait que le cuivre se taillait sans soin.

Je passe à la description des monnaies les plus abondantes & les plus curieuses de la colonie de Nimes. Ce sont des bronzes de dimension & de poids très-variables, dans quelques-uns desquels on pourrait retrouver l'as, qui fut réduit sous le triumvirat d'Octave, Marc-Antoine & Lépide, au tiers de l'once, c'est-à-dire à 9 gr. 04.

Ces bronzes portent d'un côté les bustes adossés d'Auguste & d'Agrippa ' avec la légende IMP DIVI F & quelquefois les sigles P. P.j de l'autre, un crocodile attaché par une chaîne à une tige feuillue de la racine de laquelle s'échappent horizontalement deux branches qui s'étendent à droite & à gauche sous l'amphibie, mais sur lesquelles ses pattes ne reposent pas. Dans le champ : NEM COL. Si la tète d'Agrippa est toujours ceinte de la couronne rostrée, celle d'Auguste est successivement représentée nue, couronnée de chêne ou laurée. En même temps que la coiffure d'Auguste change, de notables différences se produisent dans l'ensemble du type. Je classerai donc les as de Nimes en trois subdivisions; mais, pour ne pas trop m'étendre, je ne décrirai, ni ne ferai graver, pour aucune d'elles, qu'une faible part des variétés de coin & de style qui en sont déjà coiinues.

' La Saussaye, Num. de la. Narhonn. p. \65 • Mommsen, Hist. de la monnaie rowi. traduct. t. 3, p. 255, note.

' C'est par suite d'une erreur matérielle, déjà signalée ailleurs (Froehner, le Crocodile de Nîmes, 1872, broch. in-8°, p. 5), que M. Mommsen (^Hlst. de la monnaie rom. éd. allemande, p. 677, note 14, trad. p. 256, note 1), a indiqué des bronzes de Nimes comme présentant les têtes d'Auguste & de César. Ce type ne se rencontre en Gaule que sur les bronzes de Lyon & de Vienne.

Note

Au droit, la légende est toujours : IMP, DIVI. F, sans addition des lettres P. P. Sur quelques exemplaires le menton d'Agrippa laisse voir une barbe courte. Au revers, sauf sur une pièce très-dégénérée, le crocodile est tourné à droite; les rugosités de sa peau sont indiquées par des points comme sur un aureus d'Auguste j des bandelettes, formant au centre un sinus, flottent à droite & à gauche du palmier. Cette subdivision des bronzes de Nimes est largement représentée dans toutes les collections; elle comprend quelques spécimens de bon style, puis une quantité énorme de pièces formant des dégénérescences successives du prototype, en sorte que les dernières sont tout à fait barbares.

N° I. Une barbe courte couvre le menton d'Agrippa; ses cheveux sont abondants & descendent sur le front, au-dessous de la couronne; ses traits présentent, mais à un moindre degré que sur les monnaies frappées à Rome, le caractère si connu & si accentué qu'on retrouve chez son arrière petit-fils, Néron. Le profil d'Auguste est assez pur de dessin & bien copié sur les portraits de ce prince. Le cou des deux personnages est d'une longueur démesurée.

R. Le crocodile est heureusement rendu; ses mâchoires sont entr'ouvertes & laissent voir des dents acérées; le collier & la chaîne sont burinés avec soin.

Communiqué par MM. Rollin & Feuardent; flan large; 19,40; pi. IV, fig. i.

Cette pièce très-pesante représente évidemment une unité principale du monnayage de Nimes; elle se rapproche, sans tenir compte du frai, du poids d'un double as, dans le système qui fut adopté sous le triumvirat d'Octave, Marc-Antoine & Lépide.

N" 2. Variété de la précédente, mais de moins bon style.

Publiée par M. de la Saussaye, p. iSp, n° 3o.

N" 3. Mauvaise exécution; style grêle & sec; les cheveux sont rendus par une série de courbes concentriques; les tètes gar-

Note

NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

dent encore quelque chose de leur caractère respectif. Au revers, les dents de la mâchoire supérieure du crocodile sont plantées en dehors j cette singulière représentation, très-caractéristique, appartient exclusivement aux variétés de la première subdivision. La chaîne est à peine indiquée; les lettres sont bouletées.

Coll. Charles Robertj module un peu plus petit que celui du n° i j i3,io j pi. IV, fig. 2.

N* 4. Les deux tètes sont jeunes & n'ont plus rien du caractère qui leur était propre; on dirait que le graveur du coin, pour représenter Auguste & Agrippa, s'est inspiré des images monétaires de Caius & de Lucius, fils de ce dernier & de Julie.

Ancienne coll. de Saulcy; flan exceptionnellement large} 9,95 } pi. IV, fig. 3.

N° 5. Variété de têtes; celle d'Agrippa est remarquable par la longueur du nez & par le peu d'espace laissé à la bouche & au menton; l'ensemble est de mauvais effet. Le mot IMP est placé entre deux points. Au revers, la chaîne au lieu d'être tendue retombe le long de l'arbre.

Cabinet de France; module du n" 2; bronze j ii,35j pi. IV, fig. 4.

N° 6. Autre variété. Les deux têtes procèdent d'un même type qui n'a rien ni d'Auguste ni d'Agrippa. Au revers le crocodile est court & mal rendu; sa chaîne n'est pas visible; il a toujours des dents au-dessus de la mâchoire supérieure; ses jambes sont plus longues & plus épaisses. La forme des lettres est moins bonne.

Coll. Charles Robert; module du n° 2; bronze; 12,95; pi. IV, fig. 5.

Cette pièce porte au droit l'empreinte d'un poinçon circulaire composée de deux D séparés par un arbre & non de deux P, comme on l'a écrit. .Cette contre-marque, qu'on ne saurait interpréter que par Décrète Decurïonum, est très-fréquente sur les monnaies de la première subdivision. Elle se trouve même répétée deux fois sur un exemplaire.

N" 7. Autre variété de têtes avec la contre-marque A^G (Augustus) imprimée

sur le revers avec un poinçon quadrangulaire '.

N'' 8. Les profils ressemblent un peu h ceux du i\° 5, fig. 4; mais leur exécution est plus mauvaise. Les mots DIVI. F. ne sont pas visibles; au revers la chaîne tombe parallèlement à l'arbre, en sorte que le crocodile semble suspendu.

Communiqué par MM. Rollin & Feuardentj moyen module; bronze; 6,80; pi. IV, fig. 6.

N" 9. Les têtes figurées au droit sont tout à fait barbares; le crocodile, au revers, est tourné à gauche, & les mots COL NEM se trouvent écrits en boustrophédon. L'inhabile graveur du coin a copié directement son modèle sans se rendre compte qu'il n'en obtiendrait, à la frappe, que l'image symétrique.

Deux variétés déjà publiées par M. de la Saussaye, pi. XIX, fig. 17; pi. XX, fig. 38, de sa Numismatique de la Narbonnaise.

N° 10. Autre plus barbare encore; la couronne rostrée ne se reconnaît plus qu'à un trait recourbé qui apparaît sur le sommet de la tête d'Agrippa, au milieu de mèches aiguës. Le crocodile est tourné à gauche; l'arbre s'incline du même côté; la chaîne n'est plus visible. Quant aux légendes, elles n'ont aucun sens.

Coll. Ch. Robert; assez petit module; bronzej 7,35; pi. IV, fig. 7.

' Les contremarques sont très-fréquentes sur les as de Nimes de la première subdivision, & se rencontrent quelquefois sur ceux de la seconde. La troisième subdivision seule, du moins à ma connaissance, n'en porte aucune trace. Le mot IMP, bien que déjà exprimé dans la légende, se trouve reproduit dans le champ de quelques exemplaires, soit seul, soit à côté du poinçon portant AVG. D'autres sigles & monogrammes, & divers objets tels que la roue à quatre rayons, ont aussi servi à contremarquer les as de Nimes. La nature & le but de ces types accessoires Se postérieurs méritent un travail d'ensemble spécial, qui ne pouvait trouver sa place ici. On peut consulter d'ailleurs les Mémoires de V Académie de Toulouse, i8.')8, & l'article de M. de Saulcy (^Mélanges de num. C fasc. 1875, p. 417), où est indiquée la solution d'uU grand nombre de ces petits problèmes.

Note

NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

N° II. Je dois citer ici, d'après M. de la térisent. Le proiil d'Auguste n'est nulle-

Saussaye, pi. XX, 11" 36, un as fort curieux ment ressemblant. Les attaches des cou-

qui appartient, par son type, à la pre- ronnes des deux personnages sont très-

mière subdivision. Le flan circulaire, sur longues & descendent en serpentant le

lequel il est frappé, porte, adhérant à la long de leurs cous. Un point au centre de

masse, un appendice figurant la cuisse la pièce. Au revers le crocodile est de bon

d'un sanglier'. Par sa forme comme par style; sa gueule est entr'ouverte, mais

son séjour dans le bassin de la fontaine ses dents sont à leur placej son ossature

sacrée de Nimes, où il a été rencontré, ce est rendue avec beaucoup de soin. La

bronze cesse d'être une monnaie &: de- peau, dont les rugosités sont figurées par

vient un véritable ex-voto. Il est à remar- des points, semble n'exister que sur la

quer que le sanglier s'est déjà montré tète. La chaîne est formée d'anneaux cir-

tout entier sur un des premiers spécimens culaires jointifs, ayant chacun un point à

du monnayage de Nimes à l'ethnique. Le leur centre. Un anneau est fixé au-dessous

crocodile figuré au revers de cet ex-voto du collier.

est d'une exécution barbare & rappelle Communiqué par MM. Rollin & Feuardent;

celui du n° 8'. bronze} i3,io; pi. IV, fig. 8.

NOTR

2° Tète d'Auguste couronnée de chêne.

Dans cette subdivision, la plante du revers est toujours inclinée à droite. Une lourde couronne, qui paraît être formée de feuilles de chêne, est attachée au haut & à gauche de l'arbre par des lemnisques qui s'étendent horizontalement de l'autre côté. Le crocodile n'est pas tout à fait rendu de la même manière que dans la première subdivision : ses côtes sont visibles comme s'il s'agissait d'un squelette dont la peau aurait disparu. Les légendes au droit & au revers sont les mêmes que celles de la première subdivision. Les monnaies à la couronne de chêne, sans être rares, sont beaucoup moins communes que celles à la tête nue, & ne comprennent ni de très-beaux spécimens, ni des exemplaires complètement dégénérés.

N" I. Agrippa a le front carré, le nez bombé & le menton saillant qui le carac-

' On avait d'abord prétendu que cet appendice était emprunté à un cerf ou à une biche, & on pouvait le croire d'après les dessins publiés. M. de la Saussaye {Revue num. 1840, p. 249) pense que la forme du pied caractérise exclusivement un porc.

' On sait combien était fréquent l'usage de jeter comme ex-voto des monnaies dans les sources. On en a une preuve par le trésor de Bourbonne qui renfermait un millier de pièces de Nimes au crocodile, avec d'autres monnaies dont la dernière appartenait au temps d'Honorius.

N*^ 2. Les têtes d'Agrippa & d'Auguste se ressemblent exactement & ne rappellent ni l'un ni l'autre de ces personnages. Au revers, le crocodile, de très-grandes dimensions, occupe presque tout le champ de la pièce 3 son ossature n'est pas rendue de la même manière qu'au n° l.

Coll. Charles Robert; bronze; i3,6o; pi. IV, fig. 9.

Je possède des variétés du n° i & du n" 2 dont le poids varie de i3,58 à 18,70.

Les légendes, sur toutes les pièces de la deuxième catégorie que j'ai eues sous les yeux, sont formées de lettres légèrement pattées, tandis que les lettres bouletées sont fréquentes sur les pièces de la première catégorie.

3° Tète d'Auguste laurée.

La légende au droit se complète des sigles P'P*. Au revers le crocodile est rendu comme dans la seconde subdivision. Quant à l'arbre, dont l'extrémité est recourbée à gauche, il est plus épais que celui des deux premiers groupes & parfois formé de trois tiges. La lourde couronne attachée à l'arbre, est remplacée soit par une couronne très-légère, à feuilles de laurier, soit par deux anneaux concentriques dans l'intérieur desquels se montrent des feuilles détachées.

Les monnaies de la troisième subdivi-

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NOTES SUR L'ÎIISTOIRE DE LANGUEDOC

sion, moins rares que celles de la deuxième, le sont plus que les bronzes de la première. Leur valeur artistique, presque constante, & leur nombre prouvent qu'elles n'ont pas été fabriquées aussi longtemps que ces derniers.

N" I. Le visage d'Agrippa & celui d'Auguste sont à peu près rendus dans leur caractère respectif; les bandelettes qui attachent la couronne rostrée & la couronne de laurier sont très-longues sans être aussi contournées que dans la seconde subdivision. Des mèches de cheveux plantées fort bas se replient sur le cou comme dans les monnaies de Néron. Au revers le crocodile a été gravé avec un burin assez fin. Le collier, au lieu d'être massif, est formé de deux ou trois cercles jointifs. Les lettres des légendes sont légèrement pattées.

Communiqué par MM. Rollin & Feiiardent; bronze; 12,20; pi. IV, fig. 10.

N" 2. Les deux têtes ont un caractère commun plus éloigné du type d'Auguste que de celui d'Agrippa & très-rapproché de celui que certaines monnaies donnent aux Flaviens. Au revers, la chaîne a une double courbure. Les lettres de la légende sont régulières & de forme assez ancienne.

Cabinet de France; grand module; bronze; 12,40; pi. IV, fig. 11.

Il existe plusieurs spécimens des monnaies de cette subdivision qui se distinguent les uns des autres par le type des têtes & par une exécution plus ou moins bonne, mais en général ces pièces n'arrivent pas à des dégénérescences aussi avancées que celles de la première subdivision. Ainsi, aucune de celles que j'ai eues sous les yeux ne montre le crocodile avec les dents en dehors.

N° 3. Je termine par la description d'un exemplaire avec appendice en patte de sanglier.

Au droit les deux profils sont fortement accusés & gardent, jusqu'à un certain point, leur caractère distinctif; au revers.

le sommet de l'arbre s'incline fortement à gauche, de sorte que la couronne semble suspendue à sa dernière feuille. Les lettres des légendes sont droites & légèrement pattées. L'ensemble de la composition est d'un assez bon effet.

Cabinet de France; bronze; 14,90; pi. IV, fig. 12.

On rencontre souvent, isolés ou dans des dépôts, des bronzes de grand module de la colonie, qui ont été coupés en deux de manière à laisser une des deux têtes sur chacun des morceaux. Il s'en trouvait un grand nombre dans la trouvaille faite, à la fin de 1873 dans une ancienne source de Bourbonne-les-Bains. Si les entiers étaient des as, ces fragments passaient pour des semis. L'usage de couper en deux les monnaies, que j'ai déjà signalé au sujet des espèces d'argent attribuées aux Tectosages 8c à leurs voisins, a été trèsfréquent à Rome, au temps de la République, & s'est longtemps perpétué dans divers pays'.

Il faut rechercher maintenant comment Nimes conserva ou rouvrit son atelier monétaire sous la domination romaine & put frapper les pièces qui viennent d'être décrites & qui forment le deuxième sousgroupe du sixième groupe.

Les peuplades ou les villes d'un pays conquis n'étaient pas toutes placées dans les mêmes conditions politiques & administratives. Les plus favorisées jouissaient du droit romain, optivio iure ; d'autres obtenaient seulement le droit latin; venaient ensuite les alliés & les stipendiaires. Il ne nous est parvenu que peu de chose sur l'état de la Transalpine; plus tard, lorsque couverte au nord par les conquêtes de César, elle eut pris à peu près, dans l'échelle de l'assimilation, le rang qu'avait la Cisalpine avant les lois Julia (664 de R., 90 av. J.-C.) & Plautia Papiria (665 — 89), sa condition s'améliora d'une manière générale, mais sans s'unifier'.

' Cf. Revue num. 1867, p. 493, nrt. de M. A. de Longpérier.

" On ne sait pas au juste quand le même droit

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NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

On sait cepeiulaut cjne les belles contrées conquises par M. Fulvius Flaccus, C. Sextius Calvinus, Q. Fabius Maximus & Domitius ^nobarbus' avaient attiré dès le début un mouvement d'émigration apportant avec lui le droit romain. C'est ainsi que, quatre ans après la fondation d'Aix% c'est-à-dire l'an 636 — ii8, une colonie de citoyens romains fut conduite dans l'antique ville de Narbonne qui posséda dès lors le droit romain'.

Plus tard des vétérans sortis des légions qui, sous César, avaient porté les armes romaines du Rbin à l'Océan & jusque chez les Belges septentrionaux, & qui avaient pris part aux guerres civiles, furent envoyés après la paix à Narbonne, où ils confirmèrent le droit romain'', & à Arles où ils l'apportèrent s'il n'y existait déjà\

Il est constant aussi que deux autres deductio de vétérans furent envoyées à

politique régna sur la Narbonnaise. L'unité absolue de la constitution provinciale est une idée moderne, & les monuments prouvent que Caracalla lui-même n'avait pas, comme on le lui prête, mis tout l'Empire exactement sur le même pied.

' Cf. tome I de cette édition, p. 79, n. 4.

" Il y a pénurie de documents historiques, & l'on ne connaît pas tous les points qui furent alors colonisés par des citoyens romains.

' Cf. Cicéron, pro Fonteio, i3.

"* L'arrivée d'une deductio de vétérans élevait nécessairement la ville au rang de colonie romaine, sans qu'il s'ensuivît nécessairement que tous les habitants de cette ville devinssent citoyens romains, car, dans l'antiquité comme au moyen âge & comme aujourd'hui encore en Orient, les populations n'avaient pas les mêmes droits politiques par ce seul fait qu'elles appartenaient à la même agglomération. Cette diversité de condition se rencontrait aussi dans les simples colonies latines, où l'on pouvait conquérir le droit romain par l'exercice de certaines. magistratures. C'est précisément en parlant de Nimes que Strabon rappelle ce fait [Géogr, liv. 4, ch. 12).

^ Narbonne reçut les vétérans de cette dixième légion qui s'était illustrée sous César dans la conquête de la nouvelle Gaule j Arles ceux de la sixième. Ces vétérans, qui venaient de faire la guerre d'Alexandrie, furent conduits par Tib. Claudius Néro, père de l'empereur Tibère (Suétone, Vie de TiherCj ch. a).

Arausio & à Baeterrae, & qu'une troisième vint fonder Forum lulii'. Pendant que ces centres recevaient ainsi le droit romain par l'arrivée des colons militaires, de nombreux oppîda gaulois, parmi lesquels était Nimes, obtenaient le titre de colonie & le droit latin sans avoir reçu de colons, du moins de colons romains.

Mais si la plus grande obscurité enveloppe l'état politique de la Transalpine, on est encore moins renseigné en ce qui concerne la constitution monétaire de cette région.

En partant de ce principe que le régime monétaire devait varier dans les villes avec leur condition politique, on a tenté d'établir la loi de cette dépendance. La République romaine faisait en effet, au point de vue de la monnaie, une différence absolue entre les cités de droit romain comme Narbonne & celles de droit latin comme Nimes. Dans les premières les habitants, devenus citoyens romains & soumis désormais aux lois générales de l'Etat, devaient se servir des monnaies qui circulaient, comme signes officiels de l'échange, sur le territoire de la République, ou bien s'ils conservaient un atelier monétaire, cet atelier n'était plus qu'une succursale de

' Certaines analogies permettent d'établir que ces colons arrivèrent entre les années 44 & 47 avant J.-C, en même temps que les vétérans assignés à Narbonne 8c à Arles. Arausio devint ainsi le centre de vétérance de la légion n*; Baeterrae de la vu^j Forum Julii de la vin^ (Pomponius Mêla, De situ orbis, liv. 2, ch. 5, & Pline, Hist. nat. liv. 3, ch. 4 & 5). Enfin, je crois qu'un texte conservé au musée de Périgueux & malheureusement incomplet mentionne les Primani. Il n'est pas certain toutefois que toutes les colonies militaires de la Transalpine aient été envoyées par César, comme celles de Narbonne 8c d'Arles. Lorsque Auguste, voulant assurer, l'an 740, le sort de cent vingt mille légionnaires, leur assigna des résidences dans diverses provinces & notamment dans la Narbonnaise, beaucoup durent venir en Gaule, car Dion Cassius (liv. 64, ch. 23) nous apprend que les légionnaires étalent alors renvoyés de préférence dans leur propre pays; or on sait que les Gaulois servaient, depuis le temps de César, am recrutement de plusieurs légions. Dans, tous les cas, on peut croire qu'Auguste renforça les colonies créées par son père adoptif.

Note

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NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

celui de Rome'. Cette jurisprudence se modifia sous Auguste, & les associations de citoyens romains, colonies ou municipes, purent frapper monnaie par permission spéciale de l'empereur.

Dans les autres cités au contraire, celles de droit latin, les habitants étant considérés comme de véritables étrangers' exerçant encore certaiiis droits régaliens, l'atelier monétaire restait naturellement ouvert, à moins d'interdiction, & changeait seulement son type & ses légendes.

Cette doctrine est à peu près confirmée par les monuments. En effet, on ne coiinaît de monnaies, ni pour Narbonne, ni pour aucune des villes colonisées par des vétérans &, par conséquent, essentiellement de droit romain. Des trois villes que les monnaies qualifient de colonies, les deux premières, Nimes & Cal>ellîo\ étaient de droit latin; la troisième, Vienne, était primitivement de droit romain, mais il est possible qu'elle soit descendue au droit latin lorsque ses citoyens eurent été chassés par les Allobroges''; d'ailleurs, les monnaies de Vienne, qui portent d'un côté : IMP. CAES DIVI F DIVI IVLI, avec les têtes de César & d'Auguste', & de l'autre le navire des as de la République, avec Colonia luUaYiennensis, sont d'une époque où les colonies romaines pouvaient frapper monnaie avec la permission spéciale de l'empereur, & l'on sait que cette permission ne se mentionnait pas toujours, par exemple de l'autre côté des Pyrénées, dans la Tarraconaise où plusieurs colonies de droit romain, telles que Caesaraugusta,

' Mommsen, De la monnaie romaine, traduction de Blacas & de Witte, t. 3, pp. 218-221 8c SSp.

' Gaius, Instit. t. 1 , p. 79.

' On frappa à Cabellio des subdivisions en argent & en bronze. — Cf. la Saussaye, Op. laud, fig. I à 6.

■* Herzog, De Gall, Narhon. pp. 90 à 94; Zuinpt, Studio, romana, p. 332 & si:iv., 8c Comment, epigr, p. 370, supposent que Vienne n'avait pas au début le ius ciyitatis complet. Voir aussi de Boissieu,

Ins

de L

•yon, p. 1 40.

* DIVI F se trouvant en face de la tête d'Auguste 8c DIVI IVLI en face de celle de César, 8< le style n'étant pas celui du temps d'Auguste, on peut croire que IMP CAES se rapporte à Tibôre.

ont frappé monnaie au commencement de l'Empire. C'est seulement, pour ne pas sortir de la péninsule, dans la Bétique 8c la Lusitanie que la légende porte régulièrement permîssu Caesarîs.

Lyon qui fut de droit romain, d'abord comme municipe, ensuite comme colonie de citoyens, a frappé, vers le même temps que Vienne, des bronzes de grand module, portant comme ceux de cette ville les têtes de César & d'Auguste &, au revers, le navire, avec COPIAj ces pièces paraissent également constituer un monnayage urbain autorisé par l'empereur'.

La jurisprudence du gouvernement impérial n'avait donc rien d'absolu au sujet des monnaies de villes & de colonies, & l'on peut croire, à en juger par le développement énorme que prit le numéraire de Nimes, par rapport à celui de Cabellio, devienne & de Lyon, & par son abondance dans presque toutes les régions de la France, que le pouvoir central n'avait pas seulement toléré que cette colonie latine continuât à frapper monnaie en changeant dans ses légendes l'ancien ethnique grec par les mots latins COL'NEM, mais qu'il l'avait choisie, pour des raisons qu'on ignore aujourd'hui, comme le point principal où devait se fabriquer le numéraire d'appoint nécessaire à toutes les Gaules.

' Au reste, les monnaies de Lyon n'ont pas toutes le même caractère. Ainsi les pièces d'argent qui portent ANT • IMP 8c que M. Monunsen {^Hist, de la monnaie romaine, trad. lac, cit.) considère comme des monnaies de ville, semblent avoir été frappées comme monnaies de gouverneurs, en vertu du droit dont jouissait tout commandant d'armée, qu'il s'appelât consul, préteur, proconsul, propréteur, ou qu'il eût le tirre d'imperator. Un passage de Strabon (liv. 4, ch. 3) caractérise bien le monnayage de Lyon : y.oiX -0 v6[j.iaaa yoLoi-zv-ii'M IvTaîJOx tô te àpyjpoûv r.at 70 ypyaouv ot Tôjv 'Pto'j.at'djv fjYî;j.6v£;. On peut également considérer comme frappés par les gouverneurs les bronzes portant d'un côté la tête d'Auguste ou la tête de l'un de ses successeurs jusqu'à Néron inclusivement, de l'autre le célèbre autel de Rome 81 d'Auguste. Si l'atelier de Lyon frappait ces pièces, ce n'était pas, dans tous les cas, parce que cette ville avait reçu le titre de colonie, mais parce qu'elle était alors la métropole religieuse des Gaules, où chnqne cité, à son tour, envoyait un prêtre.

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NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

Le type des monnaies de Nimes à légendes latines a été l'objet de nombreuses dissertations; il mérite que nous nous y arrêtions quelques instants.

Les petites monnaies d'argent & de bronze portant NEM-COL (pi. III, fig. 32 à 36) sont plus anciennes que les bronzes aux tètes d'Auguste & d'Agrippa; elles paraissent remonter au moins au temps de César. Ce sont probablement les premières monnaies gallo-romaines de Nimes. Il n'est pas certain, du reste, que cette ville ait reçu le titre de colonie avant la guerre civile; on croit généralement qu'elle ne l'obtint que sous César, alors qu'elle fut affranchie, ainsi que son territoire, de la domination marseillaise sous laquelle Pompée l'avait placée. Je ne répéterai pas ce que j'ai dit, en décrivant ces monnaies, du sujet qu'elles représentent; c'est le type si discuté des bronzes de grand module que je vais examiner, en commençant par le di:oitqui présente les tètes opposées d'Auguste & d'Agrippa.

Au temps de César & d'Auguste on réunissait souvent deux & même trois têtes dans le champ d'une monnaie. Sur les pièces de bronze les bustes étaient fréquemment opposés l'un à l'autre, comme à Nimes, à Vienne & à Lyon; c'était un moyen de rappeler le type traditionnel des as à la tête de Janus. Les césars & les leurs formaient ordinairement le fond de cette iconographie inspirée par la flatterie ou la reconnaissance. Agrippa était désigné pour figurer sur les monnaies, non-seulement parce qu'il était entré dans la famille impériale, mais parce qu'il fut un des hommes les plus considérables & les plus populaires de son temps. Dès 718 la destruction de la flotte de Sextus Pompée lui mettait sur le front la couronne rostrée qu'il porta toujours sur les médailles, & dont jusque-là aucun Romain n'avait été décoré". La victoire d'Actium fit de lui le premier personnage après Octavien & lui valut plus d'une fois des honneurs égaux à ceux de ce prince. Il fut désigné, en ySi, pour succéder à Auguste, & lorsqu'il mourut, en 742, il exerçait depuis six ans la puissance tribu nitienne.

' VelUius Paterculiis, liv. 2, c. 81.

On rencontre, en effet, la tête d'Agrippa, non-seulement sur des monnaies frappées à Rome", mais sur des monnaies de Gadès & de Carthago nova, en Hispanie, de Parïum, en Mysie', & de Sinope, en Paphlagonie'. On reconnaît son nom au revers d'une médaille dont le droit montre les têtes affrontées du divin Jules Se d'Octavien. Ephèse l'avait associé à Julie dans un de ses coins monétaires; mais c'est à côté d'Auguste, comme à Nimes, qu'il est le plus fréquemment représenté'' &, par exemple, dans la Cyrénaïque, sur une monnaie frappée par un proconsul' en vertu des droits de Vîmper'ium. Je ne parle pas des monnaies de Vienne, où la tète d'Agrippa n'est point représentée, quoi qu'on en ait dit''.

Cette fréquence de l'image d'Agrippa sur les monnaies de Rome & des provinces dispenserait de chercher dans ce qu'on sait de l'histoire de Nimes le motif du type monétaire que la colonie adopta ou reçut. Cependant on ne saurait douter que la venue d'Agrippa dans le sud des Gaules pendant son troisième consulat & que les immenses travaux qu'il fit exécuter dans ce pays & à Nimes même, n'aient contribué à augmenter sa popularité chez les Arécomiques & dans leur métropole.

Quant au revers des as de Nimes, il faut constater tout d'abord qu'il a un caractère spécial, non par la présence du crocodile, emblème qui se voit sur d'autres monnaies du temps, mais par ce fait que l'amphibio est enchaîné ou suspendu à un arbre.

' Cohen, Méd. imp. t. 2, p. >o8.

' Mionnet, Suppl. t. 5, p. 711.

' Mionnet, t. 2, n, i 04.

^ Cohen, Méd. imp. t. 2, p. i(5, & Méd. consulaires, fam. V'ipsania, p. XLii, fig. i.

^ Millier, Num. de l'anc. Afrique, t. I , p. 167.

* La tête que Mionnet [Supplément, t. 1 , p. 146, n. 145), M. de la Saussaye, op. laud. p. 128 Si. 129) & Duchalais [Catal. des monn. de la Gaule, ■p. 19, n. 36) ont considérée comme représentant Agrippa, n'est pas ornée de rostres. C'est la tète de César rendue par un artiste inhabile. Dans tous les cas, les bronzes où cette ttte se voit appartiendraient par leur style & leur type à Lyon & non à Vienne.

Note

Note

NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

bol

Suivant M. Frœhner", ce type moné- un type faisant allusion à rasservissenient

taire aurait été inspiré aux habitants de de l'Egypte, c'est-à-dire à un événement

Nimes par la possession d'un trophée rap- capital qui avait déterminé l'élévation d'Au-

porté par les vétérans venus coloniser guste. Le crocodile de Nimes n'est, en

Nimes après la conquête de l'Egypte en effet, que le crocodile des aurei & des de-

724. J'ai dit plus haut, d'après le témoi- niers d'Auguste, dont la légende explica-

gnage des auteurs, que Nimes était une tive AEGVPTO CAPTA a été remplacée

simple colonie latine &, certes, si une de- par une chaîne emblématique'. ducdo de légionnaires y était arrivée sous

César, après la bataille d'Alexandrie, ou Le végétal qui se voit derrière le croco-

sous Auguste, après la conquête de l'E- dile a toujours été indiqué par les numis-

gypte, cette deductîo aurait apporté avec matistes comme étant un palmier; mais il

elle le droit romain; toutefois, si la pré- ne ressemble nullement à cet arbre, tel

sence d'un crocodile à Nimes n'est pas due qu'il est & tel qu'on le représentait sur les

à une deductîo de vétérans, puisque cette médailles antiques. Au lieu de l'arbre aux

ville n'en reçut aucune, on pourrait ad- rameaux étages, c'est une simple tige feuil-

mettre que l'amphibie avait été apporté lue (voir les pièces de la première & de h.

par un vétéran isolé', un négociant ou un deuxième subdivisions) ayant l'apparence

voyageur. Les phénomènes, les objets exo- d'un dattier à tige bifurquée, du pied de

tiques jouaient, en effet, dans le monde laquelle s'échappent deux rejetons; ce se-

grec & romain un rôle considérable, & rai t même, si l'on veut (voir figure 12), une

prenaient souvent place dans les temples touffe de roseaux dont la tête s'incline, en qualité d'ex-voto'. L'amphibie, sur les

bronzes de la deuxième subdivision & de la troisième, montre une sorte d'ossature, ce qui donnerait raison à M. Frœhner; mais, en numismatique surtout, il faut faire une grande part au caprice des ar-

II y a lieu d'examiner maintenant quelle put être la durée du monnayage des bronzes au crocodile. Cette question assez obscure a été traitée par des savants dont la compétence est incontestable en histoire

tistes. Il n'est pas nécessaire d'ailleurs de & en épigraphie, mais qui ont le tort de supposer qu'on conservait à Nimes un cro- considérer les monnaies comme des nronu-

codile, pour admettre qu'on y avait choisi

' Le crocodile de Nimes, brochure in-8", 1872, pp. i3 & 14.

* En dehors des colonies militaires, conduites lians diverses provinces sous César 8c sous Auguste, des vétérans furent renvoyés individuellement dans leurs foyers par ces princes 8t leurs successeurs. Ils venaient y jouir de leur droit de citoyen romain & y remplir des fonctions qu'on s'empressait de leur confier. Au début, la conquête récente du sol ou les confiscations qui suivirent la guerre civile permirent de leur attribuer des terres; plus tard, on leur donna de l'argent pour en acheter. ' Ainsi une carcasse de baleine ornait le portique du temple d'Esculape à Sicyone, la peau & les maxillaires d'un serpent tué par Régulus en Afrique étaient conservés au Capitole, des peaux de singes avaient été rapportées à Carthnge par Hannon; enfin la dépouille d'un crocodile pris dans un des lacs de la Maurétanie inférieure avait été déposée par Juba II dans le temple d'Isis à Césarée.

ments ordinaires & de leur demander les enseignements directs & précis que donnent les édifices portant le nom de leur fondateur, ou les pierres sépulcrales sur lesquelles se développe le cursus honorum. du défunt. Les monnaies n'appartiennent

' M. Frœhner a été entraîné à attribuer le type de Nimes à une deductio de vétérans de la guerre d'Alexandrie parce qu'il avait vu dans la couronne d'un as de la collection Gansauge à Berlin & d'un exemplaire du cabinet de France la date alexandrinc MA, année 14. Rappelant que le principal d'Auguste date du 7 janvier 711, jour où il reçut V'imper'tum & le titre de propréteur, l'auteur fait remarquer que l'an 14 correspond à l'année 724, qui est celle de la conquête de l'Egypte. Ce rapprochement est certainement ingénieux, mais les signes assez confus qui ressemblent à des caractères ne sont, à mon avis, du moins sur l'exemplaire du Cabinet de France, que les feuilles de l'intérieur de la couronne. Je ne connais pas le spécimen conservé à Berlin.

Note "4

Note

Do:

NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

"^ pas nécessairement au temps que semblent marquer les événements auxquels leur type fait allusion & les personnages dont l'image, le nom ou les titres sont rappelés dans leurs légendes. Cela tient à ce que les monnaies romaines ou gallo-romaines n'étaient pas, en général, destinées comme nos médailles modernes à jalonner l'histoire, mais plutôt à rappeler un fait passé, devenu populaire, ou simplement à reproduire, comme l'avaient fait les Gaiilois autonomes, des types connus du public & propres à faciliter les transactions commerciales. Ce qui suit confirmera cette assertion.

Il suffit de parcourir une collection de médailles pour s'assurer que la présence, sur une pièce, de la tête d'un Auguste, & que l'indication de l'une de ses magistratures ne veulent pas dire toujours que cette monnaie ait été émise de son vivant ou lorsqu'il était en charge. Quant aux pièces où la tête de M. Vipsanius Agrippa se voit à côté de celle de l'empereur, il est facile de démontrer que ce sont, pour la plupart, de simples monnaies commémoratives ou posthumes. Ainsi un denier frappé par le triumvir monétaire Cossus Lentulus re- ' présente d'un côté la tête d'Agrippa avec M. AGRIPPA COS TER; de l'autre, Auguste lauré avec AVGVSTVS COS XI"; or le onzième consulat d'Auguste est de l'an 736, tandis que le troisième d'Agrippa est de 727. Ua bronze du Musée Britannique représente également Agrippa & désigne son troisième consulat, tandis que les magistratures indiquées au revers ne peuvent appartenir qu'à Tibère. Enfin il existe une monnaie où Borghesi' reconnaît d'un côté l'image de Jules César avec une légende qui se rapporte à Auguste &, au revers, écrit horizontalement dans le champ :

M • AGRIPPA • COS • DESIG, en sorte qu'aucune des inscriptions du coin n'a trait au personnage représenté.

Aux exemples fournis par les monnaies frappées à Rome, & constituant le numéraire officiel de la République, on peut en joindre d'autres pris chez des peuples plus

' Cf. Cohen, Méd. consul, pi. XV, fig. iç. * QSuyres complètes, t. i, p. io5.

ou moins soumis, mais jouissant encore comme Nimes d'une certaine autonomie monétaire. A Saragosse {Caesarauç^ustà) on a frappé des bronzes portant d'un côté : M • AGRIPPA • L • F • COS • III autour de la tête rostrée d'Agrippa; de l'autre : le type emblématique de la fondation d'une colonie avec les sigles C • C • A, &, en légende circulaire des noms de duumvirs qui sont, tantôt SCIPIO & MONTANYS, tantôt TITVLVS & MONTANYS. Or, d'autres monnaies de Saragosse nous apprennent que Scipio & Montanus, puis Titulus & Montanus ne furent en charge que sous le principat de Caligula. Il est donc incontestable, ainsi que l'a déjà remarc[ué M. A. Heiss', que les magistrats de Sal'agosse qui émettaient des monnaies au nom de Caligula faisaient aussi forger des bronzes posthumes montrant l'image d'Agrippa & rappelant son traditionnel troisième consulatt J'ajouterai que la tète n'a plus rien sur ces bronzes du profil bien connu d'Agrippa, & que leur style les rapproche tellement de ceux de Caligula, qu'on n'eût pas hésité à les déclarer contemporains, lors même qu'on n'en aurait pas eu d'autre preuve. Il est presque inutile de constater qu'il existe encore d'autres monnaies où Agrippa figure quoique mort depuis longtemps; tels sont deux moyens bronzes fabriqués sous Tibère en 785 & en 789 (32 & 36 ans ap. J.-C), ainsi que l'indiquent les énoncés des magistratures, qui montrent, grâce à d'habiles artistes. Agrippa sous ses traits habituels, avec la légende M • AGRIPPA • L • F • COS- IIP.

Il arrive aussi que le caractère de restitution soit nettement indiqué : ainsi Titus & Domitien se plurent à reproduire sur des moyens bronzes la tête popu-

' Monnaies antiques de l'Espagne, p. 209. Cf. aussi les n"' 28 &. 29 de la pi. XXV & les n"" 53 à 56 de la pi. XXVI. — Les inagistrats de Caesaraugiista firent aussi forger des monnaies en mémoire d'Auguste (A. Heiss, pi. XXIV, n"* 22-2.3), au nom de Gerraanicus & d'Agrippine (pi. XXVI, n°^ ^j à 00).

' Cf. Eckhel, t. 6, p. i65, 8c Cohen, Monn. Imp. t. I, p. 109, n° I Si n" ^.

NOTB

NoTi;

NOTES SUR I/HISTOIRE DE LANGUEDOC

lairc d'Agrippa & la légende M • AGRIPPA* COS • III. Enfiti Trajan signa des pièces d'argent sur lesc[uellcs on voyait d'un côté la tête d'Agrippa, de l'autre celle d'Auguste', & où le caractère de restitution était indiqué par le mot RESTITVIT.

Il est donc amplement démontré, par ce qui précède, que la tète d'Agrippa devint, comme celles de César & d'Auguste, un type monétaire traditionnel qui s'employa longtemps à Rome & dans les provinces. Mais j'ai déjà fait remarquer, en décrivant les bronzes de Nimes, combien les têtes d'Auguste & d'Agrippa sont variées dans leur exécution ou leur caractère, & combien la dégénérescence générale de certains exemplaires est allée loin. De tels contrastes ne peuvent s'expliquer que par une très-longue fabrication de types devenus posthumes. Si quelques-uns des plus jjeaux spécimens des bronzes de Nimes, retrouvés jusqu'à ce jour, remontent, par leur type & leur art, au principat d'Auguste, la plupart sont beaucoup moins anciens\ Dans cet ordre d'idées les spécimens des subdivisions que j'ai établies dans les as de Nimes, suivant que la tête d'Auguste était nue ou couronnée', n'ont plus nécessairement les uns sur les autres l'anté-

' Cohen, op. laud. pp. 1 09, 1 1 o & 1 1 i .

' Dans une étude intéressante au point de vue historique, mais dont les conclusions numismatiques ne sont pas admissibles, M. Auguste Pelet, justement frappé de ce fait que beaucoup des bronzes de Nimes sont postérieurs au temps d'Auguste, n'a fait commencer leur fabrication que sous les Antonins (Me?;;:, de l'Acad. du Gard, 1 860, pp. 63 à i33).

' On n'est pas parfaitement d'accord sur l'époque où Octavien eut le droit de porter la couronne c!e chêne & la couronne de laurier. La couronne civique lui aurait appartenu en 727, lorsque, suivant l'expression de Pline (1. xvi, ch. 3}, le genre humain la lui eût décernée. Une monnaie où la tète d'Auguste est couronnée de chêne est classée à l'an 735 (Cohen, t. 1, p. ô3, n. 98). Quelques auteurs pensent que le laurier fut conféré au second César en même temps que la couronne civique. D'autres pensent que ce prince avait obtenu dès 714 de se parer du laurier chaque fois que ses rivaux le feraient. lin 718, il fut autorisé à la porter constamment (Dion Cass. 1. 48, 16, &

riorité qu'avait par exemple la concession de la couronne de chêne sur celle de la couronne de laurier^ il est même probable que les uns & les autres sont postérieurs à la dernière de ces concessions. Dans tous les cas les numismatistes exercés sont d'accord sur ce point que si le n" i de la planche IV, où la tête d'Auguste est nue, parait un des plus anciens spécimens de la série, c'est aussi à ce type que so rattachent les exemplaires le plus complètement dégénérés, tandis que les bronzes portant la couronne de chêne ou la couronne de laurier ne présentent aucun spécimen, ni aussi beau que le n" i, ni aussi dégénéré que les figures 5, 6 & 7, caractérisées par des dents extérieures à la mâchoire du crocodile; il est donc évident que si le type de la tête nue a commencé plus tôt que les autres, il a duré plus longtemps, & qu'une particularité, telle que l'absence de couronne, ne permet pas de faire la moindre conjecture sur l'âge de l:i pièce.

C'est donc en vain que les savants ont tenté de déterminer l'âge des as de Nimes. MM. Mommsen' & Herzog' déclarent par exemple que ces bronzes sont antérieurs à l'année 727 où Octavien reçut le titre d'auguste, qu'on ne négligea jamais de lui donner depuis dans les inscriptions. Or, le titre d'empereur ne remontant qu'à 724-5, la fabrication n'aurait duré que trois ans. Il est inutile d'insister sur ce fait qu'un numéraire, dont il reste encore aujourd'hui des quantités très-considérables sur presque tous les points de la Gaule & des spécimens d'un art & d'un style tout à fait différents, n'a pu être frappé en si peu de temps. D'ailleurs, si le titre d'auguste a toujours été reproduit depuis 727 dans les textes épigraphiques, il est souvent négligé dans les médailles dont le champ étroit ne comporte que des légendes écourtées ; ainsi Auguste, dans des deniers frappés en 7. 34 par le triumvir monétaire P • PETRON [IVSj TVRPILIANVS, s'appelle tvinlot CAESAR AVGVSTYS, tantôt CAESAR

' Hist. de la. monn. rom. trad. t. 3, p. 667. ' De Gall, Narhon. prov. rom, p. 106.

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NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

DIVI F'; ainsi encore dans les médailles de restitution les successeurs d'Octavien ne lui donnent pas toujours le titre d'auguste'. Parmi les auteurs qui cherchent à dater les divers bronzes de Nimes, il en est qui pensent que les spécimens (voir pi. IV, 11°" I & 2), sur lesquels Agrippa porte une barbe, auraient été frappés à l'époque où ce grand homme put se croire en défaveur & se retira à Mytilène pendant quelques mois'. Mais lors même, ce qu'on ignore, qu'Agrippa dans son chagrin aurait pris un signe de deuil, il faudrait supposer que les monétaires de Nimes, bien au courant de ce qui se passait au Palatin & à Mytilène, se seraient hâtés de refaire leurs - coins & d'y pointiller le menton du personnage qu'ils y représentaient à côté d'Auguste. Or, lorsque l'empereur, en 744, après la défaite de Varus, prit officiellement le deuil & laissa pousser sa barbe"*, les monnaies, au moins celles frappées à Rome, n'auraient pas manqué de nous révéler ce détail d'étiquette, si tel avait été l'usage. Ajoutons qu'un des bronzes sur lesquels Agrippa se montre avec une courte barbe est évidemment par son style postérieur à l'époque d'Auguste.

Les sigles PP, tracées dans le champ des bronzes de la troisième subdivision, ont aussi beaucoup embarrassé les auteurs qui veulent que les coins de ces curieuses monnaies aient été exclusivement composés du vivant d'Auguste & d'Agrippa.

En effet, Agrippa mourut en 742 & ce ne fut que dix ans plus tard, en 752, qu'Auguste reçut du sénat le titre de père de la patrie. Les uns, comme MM. de Lagoy & de la Saussaye, supposent que toute la légende IMP • DIVI • F • P • P • n'appartient pas à Auguste & que les sigles P • P • sont relatives à Agrippa & signifient PA- TRONVS PARENS': mais ce fractionne-

' Cohen, Méd. imp. t. i, p. 83.

* Cohen, Méd. imp. t. 1 , p. 84.

' Pline, Hist. nat. 1. 7, ch. 49.

* Suétone, Vie d'Auguste, 23.

^ M. de la Saussaye, op. laud. p. 170, étale son opinion de ce fait que les habitants de Gadès auraient donné à la fois & en toutes lettres à Agrippa

ment de légende serait fort bizarre, & d'ailleurs, ainsi qu'on l'a déjà fait remarquer', le bronze ne portant pas le nom d'Agrippa ne saurait porter son qualificatif. D'autres supposent que ces sigles signifient qu'Auguste était : P(arens) P(atronus) COL(oniae) NEM(ausensis). Les empereurs ont accepté, en effet, quelquefois le titre de patron d'une colonie dans laquelle ils se faisaient remplacer par un cooptatus. Ils prenaient aussi le titre de PARENS COLONIAE^; mais je ne crois pas qu'on ait d'exemple de la réunion des deux titres. Enfin, divers savants, reconnaissant avec M. Mommsen que les sigles P*P' ont toujours & exclusivement signifié Pater Patrice dans les légendes monétaires impériales, aussi bien sous Auguste que sous ses successeurs, en sont amenés à admettre que les colons de Nimes devançant de dix ans le décret du sénat auraient pris sur eux, ce qui ne serait pas sans exemple, de déclarer, de leur chef, Auguste père de la patrie. Ce n'est là, dans tous les cas, qu'une hypothèse.

En résumé, les monnaies portant P'P* sont, ainsi qu'on l'a vu plus haut, non-seulement pour la plupart de meilleur style que celles des d^ux premières subdivisions, mais leurs dégénérescences descendent moins bas de l'aveu des meilleurs numismatistes. Il s'ensuit encore \n\Q fois que le synchronisme historique, qui les fait classer après les autres, n'est pas d'accord avec le fait monétaire.

Mais, après avoir repoussé le système de MM. Mommsen & Herzog, qui ne donnent aux monétaires de Nimes que trois ans pour fabriquer des monnaies dont l'abondance fut si grande', faut-il, comme

le titre de Patronus Parens. C'est une erreur; les monnaies de Gadès frappées en Thonneur d'Agrippa l'appellent municipii parens ou municipii patronus, mais ne réunissent jamais les deux titres. — Cf. A. Heiss, Monn. ant. de l'Esp. 1870, p. 35o & pi. LU.

' Frœhner, Le crocodile de Nimes, p. 6.

' Auguste prend ce titre dans les inscriptions de Vérone & de Bologne.

' On a trouvé, en 1875, à Bourbonne-les-Bains^ un millier d'as de Nimes entiers ou coupés en deux, qui constituent la partie la plus importante

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NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

quelques numismatistes, déclarer que l'antique colonie a frappé monnaie pendant toute la durée de l'Empire, & que le type primitivement adopté ne s'est jamais perdu. Ce serait aller beaucoup trop loin, & il faut se borner à constater que les pièces

SEPTIEME r, POfPE

BRONZES PORTANT, EN CAnACTKRES GRECS, OU DES NOMS d'hommes

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