MONNAIES GALLO-ROMAIKES DE DIVERS PEUPLES
Il faut ôter à la ville Substancion la monnaie sur laquelle M. de la Saussaye lisait SEX[<ûn«/o] F[c//x]'. Il s'agit d'une monnaie de Tlitus], POMP[ciuj] ou POMPCon/uj] SEX[fi] F[/Z/wj], dont l'atelier n'était peut-être pas situé dans les contrées qui ont formé le Languedoc, car il y avait des Pompeii dans tout le midi de la Gaule & même au delà.
La lecture erronée dont les conséquences ont été le plus graves est celle qui a été propagée par Eckhel* lorsque, confondant la légion W ferrata de Phénicie avec la VP victrix de l'armée d'Occident', il re-
* E. Hucher, Revue num. 1839, p. 83.
* Num. de la Narb. p. 90.
^ Mém. de la Société des antiq. de France, noiiv. série, t. 3, p. 210.
■• Hist. nat. t. 3, 4, 36.
' Op. laud. p. i8d & stiiv.
* Doctrina num. t. i, p. 70.
' Cf. Ch. Robert, Coup-d'ceil gênerai sur les légions romaines, 1870, in-4", p. 44.
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
trouvait Ruscino sur un moyen bronze d'Auguste frappé à Béryte'..M. Duniège% M. de la Saussaye ' & plus récemment M. Mommsen^ ont, sur la foi de cette médaille mal comprise, supposé qu'une légion avait eu ses quartiers d'hiver dans les environs de Perpignan & sans doute à Castel-Roussillon. Zumpt' qui partage la même illusion se demande comment Ruscino ayant reçu une légion sous Auguste n'a été classée par Pline, d'après Pomponius Mêla, que parmi les oppîda décorés, il est vrai, du titre de colonie, mais pourvus seulement du droit latin. Plutôt que d'étudier la monnaie, Zumpt admet que Pline s'était trompé.
Une petite pièce de bronze portant T-ATINOS ou TATINOS a été attribuée aux Rutènes, d'après l'origine d'un seul de ses exemplaires". Cette monnaie est fort commune & ses provenances habituelles, sans être déjà assez accusées pour permettre une attribution incontestable, la font classer provisoirement à un peuple situé plus au nord.
Il existe au Cabinet de France un précieux statère d'or au revers duquel ou lit KABALLOS, & des bronzes moins rares qui présentent la même légende. Quelques numismatistes ont cru pouvoir donner ces pièces aux Gabales. Il est certain qu'elles portent simplement un nom d'homme & n'appartiennent pas au midi de la Gaule.
Les Vellaves ont pu, avant la conquête, frapper monnaie dans le style arverne.
Plus tard les monuments nous les montrent revêtus du titre de liberî, & l'on peut supposer qu'ils ont conservé jusque sous Auguste le droit d'émettre des monnaies. Une monnaie d'argent peu ancienne &
' Mionnet, t. 5, p. 338, n" 26.
* Cet auteur disait en 1840 (dans ses notes sur l'édition in-8" de Dom Vaissete, t. i, p. 628) que les monnaies frappées à Ruscino au nom d'Auguste étaient trop connues pour qu'il eût à s'en occuper.
^ Op. laud. p. 193 & sulv.
* Hist. de la monn. romaine, 1873, t. 3, p, 207, trad. de M. de Wittc qui rectifie l'erreur.
^ Comment, épigr. t. 1, p. 414.
^ Mém. de la Société archéol. de Toulouse, i86p, p. 226, art. de M. Rossignol.
assez fruste, du poids de 2,04, figurait dans la belle collection de M. de Saulcy comme appartenant aux Vellaves; elle semble en effet porter VEL, mais c'est une lecture trop incertaine & sur laquelle il faut se réserver jusqu'à la découverte d'un exemplaire mieux conservé.
Si ces éliminations n'ont pas grand intérêt pour les hommes qui se tiennent jour par jour au courant des progrès de la science, elles auront l'avantage de justifier l'extrême réserve que je me suis moimême imposée dans le cours du travail consacré aux monnaies antiques de la province de Languedoc.
P. Charles Robert,
Membre de l'Institut.