I, c. 18). — iter per Alpes quo magno cum
periculo jn.ignis que cum portoriis mercatores ire consueverunt (1. 3, c. 1).
' Strabon nous apprend, en effet, qu'il était né à Apamée, sur l'Oronte : 'EvteuOsv (Iç 'ATîaasîaç) o' è'a-ci Iloastoowto; 6 oxoj'iV.oç. — 'Aîraiiebç 1% Tr,ç i^uptaç (Strab. 1. 16, c. II, $ 10, & 1. 14, c. 2, 2 i3), quoiqu'il eiit passé sa jeunesse à Athènes & le reste de sa vie à Rhodes, où son savoir & son enseignement lui firent une réputation légitime : Hoasioo'jvioç V JnoXitfS'jaaTO [J-àv èv Pooto ■/.a\ îio-^'.rsxvjrjz^i (Strab. l.l.). Il avait été, à Athènes, l'élève & l'ami du stoïcien Panaetius, à la mort duquel il paraît avoir quitté la Grèce pour n'y plus revenir, Mnésarque, un de ses condisciples, ayant été choisi pour diriger l'école illustrée par leur maître commun.
' Un de ses biographes, Janus Bake, suppose, sur d'assez bonnes raisons, qu'il serait né en 619 de Rome (olymp. 161, 2 j 1 35 avant J.-C. — Bake, Pos'idoniï Rliodii doctrinae Teliquiae. Lugd. Batav. 1810, p. 8). Mais on est moins certain de l'époque de sa mort qui se placerait en l'année 5i avant notre ère, s'il faut prendre au pied de la lettre l'assertion du traité des Maxpiêioi (attribué longtemps à Lucien de Samosate. Voir Ranke, Pollux &■ Luc'ianus. Quedlinburg, i83i, pp. i6~2z) ; TÉt- ^apa zat ôySo/jV.oVTSc [ïxri èodoacv), tandis que Suidas assure qu'il serait venu à Rome cette même année, sous le consulat de Marcus MarcelluS : ^ÀOî Se /M è; 'PwiAVjV l<:\ i\lâf/.ou Map/.sXXou (Suid.vs, Î.Z.). — Voir, à ce sujet, l'opinion de M. Cari Mueller, qui croit Posidonius plus jeune qu'on ae le suppose & qui reculerait volontiers d'une dizaine d'années l'époque de sa naissance,
écrivain ancien, à faire suite à VHistoirê de Polybe '.
De ce grand ouvrage, qui embrassait ainsi la période orageuse des guerres civiles dans le monde romain & les essais d'organisation politique ou administrative qui en ont marqué la fin, il ne reste aujourd'hui que des fragments recueillis par les écrivains du temps d'Auguste ou par des compilateurs de date plus récente \ On peut en dire autant de nombreux traités spéciaux composés par lui sur des sujets très-divers & dont la plupart ne nous sont connus aujourd'hui que par leurs titres ^
' ...?YP^'t'"^ 'IaTop(av xr)V [lEtà IIoluS'.ov h P'.SKoi; v6', dit ailleurs Suidas, en confondant, il est vrai, notre Posidonius d'Apamée avec un Posidonius d'Alexandrie, élève de Zenon & de Kitias (Suidas, l.l, apud Cari Mueller, p. 249). Il paraît certain, en effet, qu'elle commençait au point où finissait l'histoire de Polybe, c'est-à-dire à la prise de Carthage (146), & qu'elle s'étendait au moins jusqu'à l'année 90 ou 91 avant notre ère, puisqu'un fragment du quarante- neuvième livre cité par Athénée (l'ouvrage en avait cinquante-deux, au dire de Suidas) était relatif au luxe insensé d'un certain Apicius, exilé en 93, sur la rogatio du tribun Rutilius Rufus. M. Cari Mueller a essayé d'établir, par des raisons dont quelques-unes nous paraissent au moins discutables, qu'il aurait écrit, à l'intention de Pompée, une seconde histoire destinée à faire suite à la précédente & qu'il aurait étendue jusqu'à la mort de Pompée, peut-être même jusqu'à celle de César (44 avant J.-C), ce qui reculerait de treize ans, cette fois, les limites de sa vie (^Histor. Graec, Fragmenta, t. 3, p. 25i.
"^ Comme Athénée & Suidas, qui le citent textuellement & par longs fragments d'ordinaire. - — Les voir réunis &. classés avec beaucoup de soin dans le troisième voluine des Histor'icorutn graecorum Fragmetita, publié par Firmin Didot dans sabibliothèque gréco-latine.
^ Les titres de ces divers traités, dont un assez grand nombre nous ont été conservés (ITspt 4''"'/%»
— 'llO'.y.b; X6yo;, — IIcp\ doîtwv, — ITEpI TiaCwv, — 1T£&\ Oswv, — nsp\ fjp(/)t»v VM Ôai[j.ôvtov, — Tlept [j.xv- T'./.rjÇ, — IIcp\ ■/.oiij.o'j, — TIcp\ y.svou (sur le vide),
— n3o\ lov.îavo'j, — nep\ [j.î-îwpwv seu [;.sxcwpoXoY'.z.';), suffiraient pour prouver qu'il n'avait négligé aucune branche des connaissances acquises de son temps, depuis la théodicée, la métaphysique, la logique & la morale, jusqu'à l'histoire naturelle, la météorologie, la géographie (mathématique ou p'iysique) & l'ethnographie que l'on ne séparait
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC. 53 1
Note
contrées de l'Occident', comme la Gaule "^
& l'Espagne, dont les Romains achevaient
alors la conquête, commencée depuis près
Mais le nombre de ces emprunts & la manière dont parlent de lui la plupart des écrivains qui le citent ou qui le copient', indiquent suffisamment qu'on le regardait de son temps comme un observateur d'un esprit ingénieux & solide, habitué à juger par lui-même de toute chose & ne sépaiant point les sciences exactes ou naturelles, dont les stoïciens se préoccupaient avec raison, de la philosophie qui les domine & les éclaire à leur tour'. Strabon, qui le cite à tout moment dans les premiers livres de sa Géographie, le donne sans hésitation « comme l'homme de son temps qui savait le plus de choses', » & qui les savait le mieux, grâce à la méthode qu'il s'était faite de ne négliger aucun détail dans les phénomènes qu'il étudiait & de remonter autant que possible aux causes qui les expliquent *.
Pour se rendre nettement compte des graves événements qu'il avait à raconter, il avait voulu, comme Polybe, connaître pur lui-même quelques-uns des pays qui en avaient été le théâtre. C'est dans ce but qu'il avait entrepris, jeune encore, de longs 8c pénibles voyages dans diverses
point alors de l'histoire proprement dite. Dans son Traité de l'Océan, le plus souvent cité de tous ses ouvrages après sa grande histoire, il avait réuni tout ce que l'on savait de son temps 8c tout ce qu'il avait appris dans ses voyages sur l'étendue, la profondeur, la configuration 8c. les grands phénomènes de la Mer Extérieure.
' On sait avec quel éclat il avait enseigné dans la ville de Rhodes, où il s'était fixé au retour de ses voyages (de là le nom de Rhodien sous lequel on le désigne souvent) & où il avait eu pour auditeurs, pour élèves ou pour amis quelques-uns des hommes les plus considérables de son temps, à commencer par Cicéron & le grand Pompée.
' C'est, à peu de chose près, l'opinion que se faisait Strabon de la géographie elle-même, qui relevait suivant lui de la philosophie, comme toutes les branches des scierlces humaines t ...vsw-
YpaçtxJ^v tîjî Toîi cpiXo^^wj r.^x'^ixy.xdxi îTvat
(Strab. 1. I, c. I , ? i).
' 'Av7)f) tôjv Y.7.V îjaà? cpiXoiiçtov roÀu;j.aO:7ta-:o; (Strak. l.l.).
* IloXb Y<^P 2'''' T^ aîtioXoYixbv ftapà aJT<~) 7.oà to àpiaiotéXtl^ov , Bnsp ixxXfvou^w ol îi;xix£pot 5ià tV; ?;;(zpy}iv twv aîuwv (Stuad. 1. 2, c. 3, 2 7 sub fine).
' Sans nous jeter dans des discussions sans fin sur la date 8t sur la succession de ces voyages, étrangers pour la plupart à notre sujet, il nous suffira de remarquer qu'ils sont probablement postérieurs, de plusieurs années au moins, à la mort de Panaetius, que l'on fixait elle-même, sans preuves suffisantes, à l'année 1 10 avant notre ère. En admettant, comme le veut Janus Bake, que le voyage d'Espagne ait été réellement distinct de celui de la Gaule, qu'il aurait précédé dans l'ordre chronologique, il faudrait supposer, comme conséquence, que notre voyageur y serait arrivé par mer, comme il en est certainement revenu (.../.aTà Tov àvdrXouv -rbv h. tîjç 'lSr,pîa; (Sthad. 1. 3, c. 2, î 5), en traversant notre golfe du Lion (la mer de Sardaigne alors), où il avait recueilli de précieuses observations sur la profondeur exceptionnelle de la mer dans ces parages & sur les vents d'est (0? Eupot) qui y régnent avec une sorte de régularité pendant certaines saisons, car il aurait été ballotté par eux pendant trois mois des îles Baléares à la Sardaigne & de la Sardaigne à la côte d'Afrique. — Quant au voyage de Gaule, dont les étapes nous sont comme indiquées par les citations de Strabon, il y a toute raison de croire qu'il aurait commencé par la Ligurie italienne & gauloise, c'est-à-dire, en d'autres termes, que le voyageur serait entré en Gaule par la route de la Corniche, comme nous le dirions aujourd'hui. (Voir, à ce sujet, les curieux détails qu'il avait recueillis à Massalia, chez son hôte Charmoléon, sur les mœurs des Ligures, sur leurs habitudes laborieuses 8t sur leur âpreté au gain. Stuab. 1. 3, 2 5.) Après avoir franchi le Rhône au-dessus de la Crau (le Campus lapideus, -eSfov XiOôJOcç , de Strabon, 1. 4, c. 1,5 7). Il aurait traversé la Province de l'est à l'ouest, en suivant comme tout le monde la Via Domitia, qui faisait suite elle-même à la Via Aurélia. Mais il l'aurait quittée à la hauteur de Narbonne pour se jeter au nord-ouest, dans le pays des Volkes où nous allons le suivre. Ce qui reste certain 8t ce que l'on n'a pas suffisamment remarqué, c'est qu'il n'a point dépassé do beaucoup, du côté du nord, ce que nous appellerions aujourd'hui les crêtes du bassin de la Garonne, car Strabon, qui le prend si volontiers pour guide, ne le cite plus qu'une seule fois au delà de cette limite, à propos de l'île sainte des bouches de la Loire, dont le culte & le temple entretenu par des femmes sevrées de leurs maris rappelaient aux Grecs les cultes orgiastiques du Bacchus de la Thrace (Atovûaoi y.aTS/^ojxfva?. Stiîau. 1. 4, c. 4, l 6).
Note "7
532 NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
d'un siècle. La Gaule méridionale, dont ils aussi les premiers renseignements que
étaient les maîtres depuis plusieurs an- nous possédions sur le fleuve Garounas
nées, n'était guère mieux connue que la (Garoun — o — a), comme Strabon l'appelle
Péninsule ibérique, quoiqu'elle touchât (évidemment d'après lui) ', qui écoule vers
par une de ses frontières à l'Italie propre- l'Océan les eaux de la Péninsule, comme
ment dite'. Polybe, qui l'avait traversée de le fleuve Atax (l'Aude) les écoule en sens
l'ouest à l'est, en longeant comme Annibal inverse vers la Méditerranée, les côtes de la mer c/e Narionne, n'avait pas Le peuple des Volkes Tectosages, qui
pénétré dans l'intérieur du pays' que notre formait toujours la population dominante
voyageur avait tenu à voir par lui-même de l'isthme, était dès cette époque en plein
(à cause de cela peut-être)', s'arrêtant sui- déclin de population comme de puissance,
vant son habitude partout où il trouvait Aussi, le jeuiie voyageur avait-il quelque
quelque fait digne de remarque^, & ne peine à s'expliquer, en présence de ce ter-
craignant point à l'occasion de s'aventurer ritoire inculte ou dépeuplé sur beaucoup
au delà des limites de la Province, chez de points, les grandes armées qui en se-
les populations encore barbares de l'Aqui- raient sorties jadis & les grandes choses
taine & de la Celtique, qui confinaient, à accomplies par ces grandes armées". Mais l'ouest, avec les Volkes Tectosages. Il est
T^î xaxà Ndtpêwva OaXdîxTrjç tov (iy.savbv, f>v <pr)at TToasi- Bwvto? IXdtTTW -co)V -pioy.Xt'wv axaSIiov (Strab. 1. 4, c. I, 5 14).
' ...hnoi Fapo'jva r:oTa[j.oij (Strab. 1. 4, c. i, $ 1) ...ln\ xbv Fapouvav T:ota[i.6v ...pa SI -/.ai o Tapoûva;...
NoTi;
au moins le premier des historiens & des géographes anciens qui paraisse s'être fait une idée à peu près exacte de la configuration de notre pays, resserré, dit-il, entre les golfes de la Mer Extérieure & de la
Mer Intérieure, qui réduisent ici le conti- (Strab. l.l. 5 i5). Nous avons déjà remarqué que nent à un isthme véritable, « large à peine César estropie sous la forme Garumna^ d'après le
rapport du jeune Crassus sans doute (voyez César, De Bello Galllco, edid. Nipperdeï, pass.), le nom de notre grand fleuve que nous retrouvons ici sous sa forme indigène, c'est-à-dire sous sa véritable forme.
' èoizaai Se xa\ 5uvaax£u7a( r.oiz v.cn sùavo&î^^a'. (Strab. 1. 4, c. 1,5 i3). — Quoiqu'elles ne soient point accompagnées chez Strabon de la formule îo; çr^ai... ov '.p/jai Iloasioiivioç ...T:iOavt/)x£poç o' l3x\v ô rioaïiotovi'ou Xôy'Jç (pass,), il nous paraît difficile d'attribuer à d'autres qu'à Posidonius lui-même ces indications qui émanent, à coup sur, d'un homme connaissant parfaitement le pays & ne cachant rien de ce qu'il y avait vu. Ce que l'on peut affirmer au moins, c'est qu'elles ne peuvent appartenir ni aux Commentaires de César, qui se faisait des idées assez fausses du Sud-Ouest de la Gaule, ni à ceux d'Agrippa, dont les nomenclatures exactes & arides (voyez Plin. 1. 3, passlm) excluraient toute appréciation de ce genre. Quant à Strabon, nous avons remarqué déjà qu'il ne connaissait point personnellement le pays entre les deux mers, quoiqu'il eût traversé la Gaule en suivant comme tout le monde la Fia Domitia, & qu'il n'en parle jamais que par ouï-dire, en se référant tantôt à Timagène, plus souvent à Posidonius, dont l'histoire perdue se retrouve en substance dans celle de Trogue Pompée abrégée par Justin &. dans la grande compilation de Diodore de Sicile.
de trois mille stades à son point le plus étroit'. » C'est à lui que remonteraient
' Elle n'avait pas même été découverte & révélée par la guerre, comme le disaient les Romains {^hcllo cognita), puisque tout semble indiquer que la plupart de ses populations indigènes, imitant l'exemple des Volkes Tectosages & Arécomikes, se seraient soumises d'elles-mêmes au vainqueur après la défaite du roi des Arvernes dont ils étaient depuis quelque temps les feudataires.
" Il regardait même comme inconnu de son temps tout ce qui se trouvait au nord de Narbonne & du Tanaïs, dtYVioixov 7i[j.tv ?wç xou vGv laxtv..., & traitait de mensonge tout ce qu'on avait dit ou écrit à ce sujet, xouç SI Xéyovxdî; xt r.zrA xouxwv aXXw; ïj Ypa-^ovxa; àyvosî'v /.ai [iûOoui; StaxtOÉvai vofiiaxéov (Polyb. Hist. 1. 3, c. 38).
' On a remarqué déjà avec quelle exactitude il relève, en Espagne comme en Gaule, les erreurs de son devancier. (Voyez Carl Mueller, Index ad Strahonem, sub voce Posidonius, pass.)
■* Il nous apprend lui-même qu'il était resté près d'un mois à Gadès, où il avait, il est vrai, beaucoup de choses à apprendre au sujet de cet océan dont on racontait tant de fables avant lui : ToidzovO' T)[jLÉpaç StaxpfJ/aç iv FaSsipoti; (Strab. 1. 3, Cl,? 5). Voir passim son traité 7:Ep\ wxEavoï.
'...y.axà xb axevtoxaxov xou ?aO[Aov> xou oisfpyovxoç ànb
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
il paraît, en revanche, très-frappé de l'im- de repère, qu'il aurait dirigé ses cxplora-
portance qu'avait prise & que prenait tous les jours leur nouvelle ville de TiXw'Jsr, ou de ToAôissx, dont le nom, évidemment indigène, paraît ici pour la première fois, comme celui du fleuve Garoun(o'), sur les bords duquel elle était assise'. Nous ne doutons même point pour notre part qu'il ne l'ait habitée lui-même pendant quelque temps', au moins, s'il faut en juger par les détails si curieux qu'il nous a laissés sur les mœurs encore simples de ses habitants & sur les habitudes superstitieuses de leur esprit, « très-livre, dit-il, à la crainte des génies'. » Ce serait de là, comme d'un point
tions & ses voyages, tantôt du côté, de l'Océan dont il paraît toujours préoccupé', tantôt du côté des montagnes qui forment les berges continentales de là vallée de la Garonne & lui envoient en sens opposé leurs eaux & leurs produits.
Il ressortirait de ces indications, qui n'ont plus rien de commun, comme on le voit, avec les rêveries légendaires deTimagène & des historiens de son école, que la ville de Toulouse existait déjà à l'épocjue de la guerre des Cimbres que paraît avoir suivi de près le voyage de Posidonius luimême'. On serait même en droit d'en con-
' h Tziikti ToXoKi5r]... h t^ ToXo'jîot) . . . h oï t^ ïoXw'J'Jr; . . . (Strau. 1. 4, c. i , 5 i3). "lôpuxai S' îj 'J'oÀwiaa... (l.l. 5 14). Il faut ajouter à ces divers textes celui de Dion Cassius relatif au /'«i civitatum foederatarum accordé par les Romains aux Volkes Tectosages à la suite de la conquête, & qui paraît remonter lui-même à une haute antiquité : ...ToXôiiaav T:p6-£pov [j.£v IvdTvovSov ouaav (Dio Cassius, edid. Beck, Fragm. 90). Ce serait donc sous la forme Toloss, eomme l'écrit Strabon d'après Posidonius, 8c comme on le prononce encore dans l'idiome roman du pays, que se présenterait à l'origine le nom de la ville gauloise. Adouci par les écrivains grecs ou romains de l'époque impériale, qui l'écrivent presque toujours par un seul s (^Tolosa ; inde Tolosani^ Tolosenses, Tolosatcs, chez Cicéron, César, Mêla, Pline, Ptolémée, Martial, Aulu-Gelle, Ammien Marcellin, Ausone, Paul Orose, les Itinéraires, les Notitiae 8c les Inscriptions, à deux ou trois exceptions près), il aurait traversé tout le moyen âge 8c même la Renaissance sans autre altération que l'intercalation accidentelle de la lettre A 8c la substitution du ^ à Vs [Tholosa ou Tkolo^a), dont les monuments du quatorzième 8c du quinzième siècle nous offrent de fréquents exemples. (Voyez les chartes, les sceaux 8c les poids de la ville.) C'est vers le milieu du dix-septième, comme on le sait, que le nom sonore 8c doux de Tolose (^Toloso en roman) a disparu définitivement pour faire place, en français comme en roman, au nom assourdi 8c alourdi de Toulouse (en roman Toulouso).
A peu près comme le césar Julien avait habité, trois ou quatre siècles plus tard, la petite ville de Lutctia, chez les Parisii, sur laquelle nous avons ainsi de précieux renseignements émanant aussi d'un témoin digne de toute confiance.
^ ...T) y^o)pa noXij/p-joo; ouia /.ai Octaiox'.aôvwv -/.où où :;oXui£X(ôv tôt"; ptoiî (Strab l. 4, c. i. J i3). —
Nous reviendrons sur ces appréciations qui auraient besoin elles-mêmes de commentaires, s'il nous est donné de reprendre 8c de terminer un jour ces études auxquelles nous nous sommes attachés par la peine même qu'elles nous ont donnée.
' C'est au moins chez Strabon, dont la géographie reflète si souvent la grande histoire 8c les traités spéciaux de Posidonius (sans les distinguer malheureusement), que l'on trouve pour la première fois des détails exacts 8c précis sur le cours navigable du fleuve Garoun[o], qui ne comptait pas moins de deux mille stades de longueur, comme celui de la Loire, oiaytXtdjv o 6;xûv a-aoîwv Èttiv 6 nXou; ixa-cpwv xwv roxaiAwv (Strab. 1. 4, c. 2, 5 1), sur les trois grands affluents qui le grossissent à partir de Tolossa, ...tp'.at T.o-z7.\xr>X^ aù;rjO£t'; [l-l-), 8c sur, la manière dont il tombait dans l'Océan, ...âtX oà v.xi 6 Fapojvaç eiç t'ov wx-aviv {l.l. c. 1, 5 I i), à quelque distance du pays occupé par les Bituriges Viviskes 8c de leur nouvelle ville de Bourdigala.
' L'époque de son voyage, que déterminent déjà d'une manière générale les textes de sa grande histoire relatifs à l'origine 8c aux migrations des Cimbres (Strab. 1, 2, c. 3, 5 6 ; 8c 1. 7, c. 2, 5 2), nous paraît ressortir avec plus de précision encore des renseignements qu'il nous a conservés relativement aux trésors des Tolosates, confisqués par le proconsul Cépion à la suite de leur révolte. (Voir, à ce sujet, tome I, livre I, p. 71, note 3.) C'est bien à lui cette fois que Strabon «mprunte, comme il le dit lui-même, les précieux détails qu'il nous transmet à son tour sur la nature de ces trésors, composés de lingots ou de disques d'or 8c d'argent, sur les lacs sacrés où ils étaient déposés, & sur le chiffre d'argent monnayé que représentaient ces lingots (^aurum infectum). Lui-même les avait certainement recueillis sur les lieux 8c ils prouvent, à notre sens, que le voyage de Posidonius avait
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
dure, par voie d'induction au moins, qu'elle remontait comme point de départ à une époque antérieure à la conquête romaine, puisque l'on sait, par un témoignage digne aussi de toute confiance, que les Romains devenus les maîtres du pays avaient traité en alliés (...ToXtSaaav TrpÔTspov [X£v £V(77:ov5ov oucav. DiON Cassius, edid. Beck, Fragm. 90) les Tolosates, dont la c'ivitas aurait ainsi passé, sans changement bien marqué, de la domination des Arvernes à celle des Romains. Si rien ne prouve formellement qu'elle ait été dès cette époque une ville royale (^ajîXstov, regia), bâtie & habitée par les rois du pays, comme l'avait été en Thrace la ville de Tulé ou Tylé, fondée aussi par un chef de bande gauloise', on peut affirmer au moins, en s'autorisant de ce nom de Tolosates appliqué ou étendu au pays dépendant de la ville, qu'elle en était de très-bonne heure le lieu maître ou le chef- Heu, comme le disait Polybe en parlant des villes gauloises de la Cisalpine (...y.'jpiwxaTOç i6zoq rr^ç -../.wpaç. Hist. 1. 2, c. 34).
Située, comme la grande ville de TS/iediolanum, au centre de riches plaines alluvionales, défrichées & cultivées ici de temps immémorial, elle était citée dès cette époque pour l'abondance & la variété de ses productions, en céréales particulièrement. C'était de là que le préteur Fontéius, un demi-siècle plus tard, envoyait aux armées de Métellus & de Pompée, serrées de près par les guérillas espagnoles de Sertorius, ces grands convois de blé ou de vivres que Cicéron faisait valoir comme autant de services rendus à la République'. Mais elle
dû suivre d'assez près le proconsulat de Q. Servilius Ciiepio, qui répond lui-même aux années io5 & 106 avant notre ère. On retrouverait même, dans la manière dont sont racontés ces graves événements chez Strabon & chez lui, quelque chose du sentiment d'irritation patriotique & religieuse produit sur les Tolosates par ces profanations, nui n'avaient pas plus profité, disaient-ils, à la République qu'à celui qui les avait commises.
' , , .y.oOLz'py.nic, xwv 6pa/.wv /.a\ xaTaT/.c'jacjâ[Xîvoi 3aTÎXs'.ov -TjV TuXt^v (Polyb. Hist. 1. 4, c. 46).
' Maximum frumenti numerum ad Hispaniense bcllum tolerandum imperavit (Cic. pro M. Fonteio Orat. c. 6, I4[4]' — César, qui rapproche il est
joignait à cette source de richesse les avantages d'un commerce de transit que notre voyageur expliquait à son tour par l'heureuse position de la nouvelle ville, assise, comme il le remarquait judicieusement, « au point le plus étroit de l'isthme qui formait ici le seuil des deux mers, » sur les bords d'un grand fleuve navigable qui menait directement à l'océan'. Ce n'est point, comme on le voit, aux géographes de notre temps & de notre siècle qu'appartiennent exclusivement ces appréciations élevées qui expliquent par les traits distinctifs du climat & du soP les progrès inégaux de la civilisation & le développement plus ou moins rapide des sociétés humaines. Dans le chapitre souvent cité de sa géographie sur la disposition symétrique des bassins & des cours d'eau de la Gaule, que l'on croirait tracés, comme il le remarquait déjà « par la main d'une Providence bienveillante^ » Strabon nous a laissé un modèle achevé de ces vues d'ensemble, qui devançaient chez lui de près de deux mille ans les progrès & les découvertes des sciences exactes qui leur servent aujourd'hui de base. Mais on n'a point assez remarqué qu'il ne faisait que reprendre dans ce tableau, en les étendant à la Gaule tout entière, quelques-unes des notions émises par son devancier sur la configuration particulière de notre pays & sur les avantages que devaient en retirer tôt ou tard le commerce & l'industrie \
C'est ainsi qu'il nous montre les denrées & les marchandises que le commerce maritime entassait dans le port déjà célèbre de
vrai les Tolosates des Santones {<jai non longe a Tolosatiam fmihus ahsunt), appelle leur territoire un pays découvert & très- riche en blé... Loc'n patentibus maximuque frumentariis (Caes. de Bello GallicOj 1. I , c. I o).
' "'lopuiai 5' 7j ToXwaja xaià tb CTEvwTaxov tou iaO[xou... ov çTjai noasioo'Jvtoç IXtiTiw tojv Tp'.ayfj.X(wv aTaSt'wv (Strab. 1. 4, c. 1,5 14).
* ...TÎ); Twv xdrM^i àpsx^; (Strab, l.l.),
' ...Triv ô[j.oXoYtav tÎ)? 7.wpa? r.^Âi xt tou; noTa|j.o'j; y.ai xrjv OdtXa-rav xrjV -' Îy.-qç, 6[7.ofwî zat ttjv hahi... &ixt î-\ TÔjv xo'.ouTwv y.àv xb x% ::povo(as È'pT^'' i-iaaoxupsfjOa'! x'.ç Sv ô6^euv (Strab. l.l.).
* ...xà; xou p(ou [i.£xà faoxwvr|? araa'. rpb; à'-avxaç ■/.a\ xà; w^sXsi'a; àvstaOat y.o'.vâç (Strab. 1.1.)
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
Narbonne', remontant sur des chalans ou des radeaux le cours torrentueux de l'Atax (l'Aude aujourd'hui) jusqu'au point où s'arrêtait complètement la navigation de la rivière'. Un portage de sept à huit cents stades, qui s'opérait tantôt à dos de mulet, tantôt sur les petits chariots du pays attelés de deux bœufs ou de deux vaches, suivant la nature ou le poids des marchandises % les amenait de là jusqu'à la ville volke de Toloss, sur les bords du fleuve Garouno , où commençait ce que nous aj)|)ellerions aujourd'hui la navigation régiilière & permanente de ce nouveau cours
velle ville de Bourdïf^ala (Bordeaux depuis), que le petit peuple celtique des Bituriges Viviskes venait de fonder sur la rive gauche du fleuve, à soixante milles romains de ses embouchures'. Assise, comme elle l'est toujours, à l'entrée des landes du Médoc, sur les bords d'un étang où la marée pénétrait en remontant le lit de la rivière, par un chenal creusé de main d'homme, elle était destinée à devenir le port maritime de la vallée dont Toloss s'était trouvée naturellement l'entrepôt, grâce aux avantages d'une position tout exceptionnelle & au voisinage de deux
NOTB
d'eau \ Celles que la ville n'arrêtait point chaînes de montagnes qui lui envoyaient, au passage pour la consommation de ses comme le remarque un poëte ancien, leurs habitants ou pour celle des villages & des hameaux du voisinage, déjà nombreux à cette époque, étaient chargées de nouveau sur des barques sans pont, armées d'un long baliveau en guise de gouvernail. On les garantissait, comme aujourd'hui, du soleil ou de la pluie au moyen d'une bâche
populations, leurs productions & leurs eaux
Inniimeris cultam popiilis, confinia propter Ninguida Pyrenes 8c pinea Cebennarum.
(AusoN. Clcr. Urb. Tolos. V. 4-6.)
Rien de tout cela ne prouvait, il est
de toile soutenue en manière de tente par vrai, que la nouvelle ville eût commence
une perche placée transversalement, & au bord de la rivière & en plaine au lieu
elles descendaient ainsi, en s'engravant de de naître sur les croupes de la colline du
loin en loin, le cours du fleuve^ où corn- Pech-David, comme le prétendait l'abbé
mençaient à s'élever d'autres villes barba- Audibert. Mais il ressort au moins des in-
res, destinées à devenir florissantes à leur dications recueillies sur les lieux, par le
tour. Nous songeons en écrivant ceci au voyageur grec, qu'elle était déjà de son
grand village d'Aglnn (latine Aginnum'), chez le peuple celtique des Nitiobriges®, dont les possessions s'étendaient aussi sur les deux rives de la Garonne, & à la nou-
' Voyez au tome I de cette édition, livre II, p. I iS, la note sur les origines de Narbonne.
' 'Iv/. oï N(io6(ovo; àva-Xîîiai [j.Iv l-\ iif/.pôv t(~) "Axa/t... (Strad. l.L).
^ Voir les bas-reliefs du musée de Narbonne 8c notre dissertation sur les chars rustiques de la Narbonnaise 8c de l'Aquitaine (Toulouse, Chauvin, i86o, in-4"), où nous avons publié (p. i5, n. i) le dessin d'un de ces chars. — Extrait des Mémoires de la société anhéologiijue du Midij t. 6, 6" livraison.
* [Tel^E-jî-at oï ttXéov I-kX xbv Tapoûvov zoTajxbv, -/.oà TùiiO' Siov i/.xav.oiftDv ïî Entaxoofwv aTao{wv (Stiub.
* ...fct" 6à -/.ai 6 Tapoivaç £?; xbv oV/.£av(5v (Strab. U.).
* ...îtpbç 8i ToixcMç Nixid6piYsj (Strab. 1. 2, c 11, $2).
temps ce que les Grecs appelaient un i;;-;piov, c'est-à-dire une ville marchande d'une certaine importance. Cette importance, elle la devait en grande partie à ce que l'on appelait encore au moyen âge le port de Toulouse, le plus animé de la rivière à cette époque', & il est impossible de douter, en étudiant sur le terrain le texte de l'écrivain grec, dont les détails s'éclairent & se confirment l'un par l'autre, que ce
' "l^X-^i oè (xb Twv Bixoupfywv à'Ûvoç) £(JL-6piov Hojo- Zlyoikoi. lr.iy.ù[i.v)0') XipoOaAâx-r, xtvt tjv ::oio'jaiv at l/.- GoXa\ xou T:oxa[j.ou (Strab. 1. 2, c. i i, 5 i).
' Voici ce qu'écrivait le conseiller Anne Rullman, un demi-siècle avant la création du canal des deux mers, qui n'a fait, comme on le sait, que faciliter 8c régulariser les habitudes commerciales, dont nous cherchons ici le point de départ ; « Quoiqu'elle soit illustre 8c abondante par le commerce que la rivière de la Garonne lui donne... » (Anne Rullman, Récit des anciens monuments, Biblloth. nat. mss. t. i, n. 8649.)
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
port n'ait été situé dès les premiers temps, à l'extrémité de la cité proprement dite, vers le point où ont successivement débouché les quatre ou cinq générations de ponts qui reliaient, à l'époque romaine, la Narbonnaise à l'Aquitaine, & au moyen âge le haut Languedoc à la Gascogne". Le centre de ce port qui s'est étendu depuis en aval & en amont de son point de départ, aurait ainsi répondu à ce que l'on appelait le port de la Daurade avant l'exécution des grands travaux qui l'ont refoulé par degrés du côté du nord & réduit à l'espace étroitement limité qu'il occupe aujourd'hui.
Si c'était, comme tout l'indique, dans l'ancien port de la Daurade, vers l'endroit où a débouché depuis le plus ancien de nos ponts iPons Vêtus), que s'opéraient les transbordements auxc[uels Posidonius fait si clairement allusion', il faudrait en con-
' On peut affirmer, au moins, en s'autorisant de traditions confirmées récemment par des découvertes archéologiques d'un véritable intérêt, que le premier de ces ponts était de fondation romaine, & qu'il aboutissait à ce que l'on appelle aujourd'hui la rue des Marchands, anciennement rue du Pont-Vieil. De là peut-être l'espèce de préséance que paraît avoir conservée à toutes les époques le quartier de la Daurade dans l'organisation municipale de la cité : « Le capitolat de la Daurade a esté tousiours censé & estimé la première région ou capitolat de Tolose. » (Catel, Mém. p. 145.) Le Pont-Neuf, qui représente depuis trois siècles bientôt ces générations de ponts emportés l'un après l'autre par le temps ou par le fleuve, est resté partagé transversalement jusqu'à la Révolution française entre les deux capitoulats de la Daurade &du Pont-Vieil. (Voir Catel, Mém, p. 199.)
* Les autres ports mentionnés dans les actes du moyen âge, les seuls documents qui entrent à ce sujet dans quelques détails, sont le port de Tounis, qui se confondait avec le port de la Daurade avant la construction des ponts en maçonnerie qui ont relié successivement les deux rives du fleuve, le port de Vidou, qui répondait à l'ancienne place de Saint-Pierre-des-Cuisines, en dehors de la c'iyitas proprement dite (avant l'annexion du bourg), & enfin le port Garaud en amont & en dehors aussi de la cité, dont le prieur de la Daurade « se disoit seigneur, prétendant que le roy & empereur Charlemagne luy avoit donné la seigneurie de la rivière de Garonne depuis la Mote Saint- Hilaire jusques au château de Sainct-Michel , ce
dure que c'était au voisinage de ce port, sur la rive droite du fleuve qui s'abaisse en se dilatant du côté du nord, que se serait établie, à son tour, la population bariolée de charpentiers, de bateliers, de portefaix & de calfats que suppose à toutes les époques le mouvement d'un grand port. Les magasins ou les entrepôts des trafiquants (negotiatores) que l'on désignait alors sous le nom générique de cannabae (ou kannahae, les baraques), parce qu'elles n'étaient le plus souvent que des hangars bâtis de planches ou de terre battue, se seraient agroupés à leur tour & sans beaucoup d'ordre, suivant l'usage du pays, sur les terrains les plus rapprochés de la plage où commençaient à se dessiner quelques rues irrégulières, grâce aux courtiers & aux changeurs, italiens où indigènes, qui venaient prendre leur part au développement de la nouvelle ville". A Tolosa, comme à Narbon, comme à Lugdun, chez les Ségusiaves, comme à Massalia, qui avait depuis longtemps sa Cannebière, type & point de départ de toutes les autres, c'était cet assemblage de constructions alignées ou disséminées autour du port, qui constituait ce que l'on appelait la ville marchande dont le voyageur grec paraît surtout frappé chez nous. En supposant, comme on est tenté de le croire, jcju'el le ait été de son côté précédée & préparée là par un centre de population indigène, ce centre de population n'aurait jamais été qu'un village volke, assis, comme la ville marchande, au bord de la rivière, mais à l'abri de ses inondations, sur la crête de la terrasse qui s'étend en pente douce des hauteurs du Château -Narbonnais jusqu'à l'entrée du port de la Daurade'.
qui, toutes fois, lui estoit contesté par les capitouls de Tolose. » (Voir Catel, Mém, p. 2i3, qui cite à ce sujet un acte de i338.) Remarquons incidemment que ces divers ports étaient tous situés, comme la ville antique, sur la rive droite de la rivière.
' « ... a civibuS Romanis qui negociantur in Gallia... Nemo Gallorum sine cive Romano quidquam negocii gerit, rtummus in Gallia nullus sine civium Romanorum tabulis commovetur. » (Cic. pro M. fonteio, Orat. c. Il [i].)
" Un relèvement géodésique exécuté au milieu
Note
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
Quant à Vieille-Toulouse, qui n'a jamais neuses ou pierreuses se transforment, il est eu, que nous sachions, de pont sur la ri- vrai, en plaines fertiles à mesure que l'on vière, en dépit de sa prétendue prospérité s'éloigne du bord de l'eau, & nous rappelcommerciale, il est plus difficile encore lerons, à ce sujet, qu'il existe, presque en de s'expliquer où aurait été situé le port face de Vieille-Toulouse, un gros village, animé que suppose son « grand commerce,» celui de Portet, dont le nom significatif puisque la rivière se trouve ici bordée de (Portetum, a Porta, ou a Portando) semble falaises à pic qui se prolongent sans in- indiquer une de ces antiques escales d'atterruption sur une étendue de quatre à terrissement qui jalonnaient le lit de la cinq kilomètres, en amont comme en aval rivière à l'époque où elle servait encore de V oppidum. Fermée ainsi, & comme inac- de grande route, la dernière probablement cessible par sa rive droite, elle n'est réel- que l'on rencontrât avant d'atteindre le lement abordable que par sa rive gauche port de la Daurade'.
formée de grèves dénudées (on les appelle
des graves dans le bassin de la Garonne)
qui contrastent avec les grandes îles boi- Pour l'abbé Audibert, qui confondait
sées (les ramiers) qui coupent de loin en comme tous nos historiens le témoignage
loin le lit du fleuve'. Ces grèves sablon- de Posidonius avec celui de Strabon, postérieur de plus d'un siècle, les preuves
j ■ ,i^i» 4»-.,:»- /'.,c^^ Q, «.II.» , ^ ,. . V de cet ancien commerce se réduisaient du siècle dernier (lyooj oc malheureusement très-
incomplet donne une différence de vingt-cinq ^ peu de chose près aux monnaies ar-
pieds en moyenne entre le chemin de hallage de cha'iques que recèle en si grand nombre
la rivière, élevé, près du Pont-Neuf (rive droite), le petit plateau de Vieille-Toulouse. Il
de huit pieds quatre pouces au-dessus de l'étiage, était SurtOUt frappé du contraste que pré-
& le sol de l'espèce de plateau qui a servi de sou- sentent à cet égard le sol de la ville
bassement à la ville. Les points culminants de haute OÙ l'on ne rencontre guère que des
monnaies antérieures à la conquête, &
Note
cette terrasse, dont le sous-sol formé par les anciennes alluvions de la rivière a été exhaussé à son tour par le travail continu des constructions & des démolitions toujours fréquentes dans l'enceinte d'une grande ville, seraient, d'après ce relèvement, la place Rouaix, qui atteint quarante-un pieds six pouces, au-dessus de l'étiage moyen, la rue Nazareth au^coin de la rue des Coffres, trentehuit pieds neuf pouces dix lignes, la place Saint- Etienne, trente-six pieds quatre pouces onze lignes, la place Saint-Georges, trente-cinq pieds onze pouces sept lignes, 8c enfin la place royale (du Capitole aujourd'hui), qui ne dépasse point, comme la place Saint-Sernin, trente-trois pieds & quelques pouces. Le niveau relativement élevé de la place d'Assézat (trente-sept pieds cinq pouces onze lignes) s'expliquerait par l'accumulation des déblais produits sur ce point par le débouché des divers ponts dont nous venons de parler & par le mouvement de constructions & de transit qu'ils y entretenaient. (Rapport des commissaires nommés par l'académie de Toulouse, &c. Mém. de l'Académie, t. I, pp. Jij9 & suiv.)
' Il faut ajouter à ces appellations géographiques particulières au bassin de la Garonne, qui a sa langue à lui, comme tous nos grands fleuves, le nom à'arainiers {ab arena), sous lequel on désignait les bancs & les grèves de sable que la rivière crée ou emporte à chaque crue (Voir la Canio de los
celui de la ville basse où l'on ne trouvait, suivant lui, que des médailles romaines toujours postérieures au règne d'Auguste. C'était sur ce contraste, accepté par lui comme un fait indiscutable, que reposait en grande partie la distinction qu'il établissait entre l'ère des deux villes dont
Eretges, chez Fauriel, pass'im.), & celui de viviers, qui s'appliquait, lui, aux stagnations momentanées ou durables que le fleuve formait sur ses deux rives. De *là les noms de canto de viviers & de carreyrot de viviers (cadastre de 1478) appliqués aux terrains submersibles voisins de la gleisa. de la Daurada. On y a trouvé, dit M. de Montégut, des monnaies romaines enfouies presque au niveau de l'eau, à vingt-cinq pieds au-dessous du quai & de l'église actuelle (De Montégut, Recherches sur les anti^, de Toulouse — Mém. de l'ane. acad. t. I , p. 75).
' « ...& de Castaneto usque ad villam de Porteto inclusive » (charte de 1279, chez Lafaille, Hist, de Toulouse, t. 2, Pièces justificatives, p. 6). M. Dumège assure que l'on y a trouvé des traces d'habitations romaines {Hist. des Institutions de Towlouse, t. 4, p. 52).
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NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
l'une ne serait pas seulement antérieure à de remblai atteignît déjà de leur temps
l'aufre de quatre où cinq siècles, mais lui une épaisseur de douze à quinze pieds,
aurait donné littéralement naissance, par qu'il a certainement dépassée depuis cette
un déplacement de population oublié des époque, le sol romain sur lequel il repose
liistoriens, comme beaucoup d'autres faits se trouverait aujourd'hui à quatre ou cinq
du même genre'. Il en était même venu à mètres au-dessous du niveau de la ville
déterminer approximativement la date de actuelle, c'est-à-dire à une profondeur que
cette émigration qui se serait produite dépassent rarement les tranchées & les
entre le règne d'Auguste, où commencent fondations de nos travaux de construc-
les séries monétaires de la ville basse, & tion, quelque solides qu'on les suppose".
celui de Néron, où s'arrêtent à peu près Mais on comprend sans beaucoup de peine
complètement celles de la ville haute% que cette couche de remblai, très-variable
Mais cet argument, regardé par lui de ville en ville, variera encore dans la
comme décisif, perd une grande partie de même ville à mesure que l'on s'éloignera
sa valeur si l'on tient compte de la rapidité des régions centrales, où le mouvement des
avec laquelle s'exhausse le sol des villes constructions suit & reflète celui de la po-
antiques, de celles surtout qui sont restées pulation elle-même. Dans les quartiers
comme la nôtre enfermées dans l'enceinte excentriques ou délaissés, comme on en
qu'elles s'étaient donnée à l'origine'. En trouve dans toutes les villes & à toutes les
admettant, comme l'affirmaient les ingé- époques, elle perdra une bonne partie de
nieurs du seizième siècle'', que ce terrain son épaisseur, comme l'ont prouvé, entre
autres exemples, des fouilles exécutées il
' «Sans aller chercher dans l'histoire, dit l'jibbé Y a trente OU trente-deux ans à l'extré-
Audibert, des exemples qu'il me seroit facile de mité méridionale de la ville, à l'entrée de
produire, l'on en trouvera d'actuellement existans la place intérieure Saint-Michel , située,
dans la Gaule Narbonnoise; » à Carcassonne, par comme SOU nom l'indique, à l'intérieur de
exemple, dont la ville basse n'est, comme on le l'enceinte romaine. Quoique les tranchées
sait, qu'une excroissance de la Cité, & à Perpi- j^g dépassassent guère ici deux mètres ou gnan, qui s'est formée des ruines de l'ancienne
Note "7
Ruscîno, dont elle est à peu près « à la même distance que l'est Toulouse de Vieille -Toulouse. » (AuDiBERT, Dissert, p. 41.)
* C'était à cette époque, en effet, ou peu de temps après cette époque, sous le règne de Galba, que se plaçait, toujours dans le même ordre d'idées, la fondation de la prétendue colonie romaine de Toulouse que nous avons discutée dans le tome I de cette édition, pp. i3i, iSz, 167 à 184, 207, 208. (Voir, à ce sujet, les ouvrages de l'abbé Audibert, de M. de Montégut 8c de M. Dumège, qui admettent tous l'existence de cette colonie.)
' Voir dans une note de M. l'abbé Cochet (Bulletin monumental, de M. de Caumont, année iSyr, p. 367) les chiffres comparés 8c probablement approximatifs de cet exhaussement qui paraît avoir varié sensiblement de l'une à l'autre de nos grandes villes romaines, dans le nord-est au moins (Troyes, Metz, Trêves, 8cc.). On sait qu'à Rome il atteignait, dès le temps de Montaigne, la hauteur d'une lance de lansquenet.
* « Par ce portail on entroit en la ville qui depuis a été haucée (iic) de plus de douze plés, comme encore l'on volt bâtissant les malsons où se treuvent des paués à la fois trois, à la fois quatre. » (Antoine Noguier, Hist. Tolosainej pp. 25 8c 26.)
^passassent gu( deux mètres & demi de profondeur, elles avaient suffi cette fois pour entamer sérieusement le sol celtique & pour remettre au jour quelques-unes de ses épaves qui rappelaient celles du sol de VieiUe-Tou-
Nous reviendrons plus loin sur ces Indications intéressantes empruntées probablement par le vieil historien à notre grand architecte Nicolas Bachelier, son contemporain 8c son ami.
' Ce sous-sol qui a servi lui-même de suhstratum au sol romain, est connu à Toulouse sous le nom générique de balme ou baume (halma), mot d'origine celtique comme la plupart de nos anciennes appellations géographiques. Il paraît formé d'un mélange de terre, de sable 8c de gravier plus ou moins agglutinés, déposé par les anciennes alluvlons de la Garonne, à l'époque oii le lit du fleuve oscillait entre le plateau de l'Ardenne 8c les collines qui dominent à l'est la terrasse sur laquelle allait s'asseoir la ville antique, flanquée de ses nécropoles « pour doutance des Inondations ds la Garonne, » comme le remarque judicieusement un de nos anciens historiens, (Antoine Noguier, Hist Tolosainc. pp. 2 8c 3.)
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NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
louse, car on y retrouvait la plupart des tout quand les unes & les autres remon-
nionnaies archaïques qui avaient frappé talent à une haute antiquité, comme la voie
si vivement l'imagination de l'abbé Audi- bien connue qui reliait depuis la conquête
bert '. la métropole des Volkes de l'ouest au port
En dehors des murailles qui formaient & à la ville de Narbonne.
l'enceinte de la ville à l'époque romaine Ce ne serait pas le lieu de rechercher
comme au moyen âge, ces curieux débris ici par qui, à quelle époque & dans quel
deviennent rares, il est vrai, comme le sol but avait été construite cette route sécu-
de remblai dont ils constituent, pour ainsi laire, dont l'histoire est étroitement liée à
dire, les fossiles. On ne les rencontre plus celle des origines & des premiers temps de
qu'accidentellement, sur les points, clair- la cité. On sait au moins de source cer-
semés eux-mêmes, où existait, à l'époque taine qu'elle y aboutissait, à l'époque ro-
romaine, quelque centre de population maine comme au moyen âge, par une porte
ou quelque villa suburbaine, entourée de monumentale, à laquelle elle avait donné
son jardinet complanté d'arbres verts aux- son nom & dont on a retrouvé, au sei-
quels se mariaient quelques statues de zième siècle, l'élégant arceau, à moitié
pierre ou de marbre'. Mais ils reparaissent enterré sous une couche de remblais qui
en revanche au voisinage des portes qui atteignait même ici dix à douze pieds de
s'ouvraient, de distance en distance, dans hauteur, dit un écrivain contemporain".
ce mur d'enceinte & le long des grandes Elle était bordée, comme toutes les gran-
routes qui aboutissaient à ces portes, sur- des voies romaines à la sortie des grandes
villes, d'une double rangée de tombeaux
' Plusieurs de ces monnaies, acquises par nous (monumenta, sepulchra, sepulchreta, aedicu-
sur les lieux & de la main des ouvriers, faisaient lae, OU acdiclae)^ qui commençait à partir
partie de notre collection de médailles & ont passé de la porte & se prolongeait, en suivant la
avec elle dans le musée de la ville de Nimes où route, jusqu'à plusieurs milles de distance.
elles figurent encore aujourd'hui. On y remarquait surtout des monnaies ibériennes ou phéniciennes de bronze & des monnaies gauloises à légendes grecques (AOrrOSTAAlITQN, BHTAl'l'AT[QNJ,&c.) ou à légendes ibériennes, d'une excellente conservation, mêlées à de nombreux speclmina du monnayage des Volkes, drachmes, oboles ou hémioboles d'argent. Parmi les monnaies ibéro-gauloises
De ces tombeaux, construits souvent avec un certain luxe, sur un terrain acheté lui-même à gros deniers, la plupart paraissent avoir été détruits ou dispersés à des époques probablement anciennes, car on ne trouve que très-rarement à Toulouse de ces débris de bas-reliefs ou d'ins-
dont nous venons de parler, figurait le rare moyen criptions tumulaires SI communs dans tOUbronze dont M. Boudard traduisait par NEMI la tes les grandes viUes de la Narbonnaise\ légende ibérienne, 81 qu'il attribuait sans hésita-
tion à la ville toute volke de Nemausus. (Boudard, Numism. ibérienne, p. 262, J 70, n°' 2 8c 3, & pi. XXIX, n°' 1 1 8t 14.)
' On retrouve, même à l'intérieur de la ville, quelques-uns de ces petits jardins que nos anciens cadastres désignent sous le nom roman de hort ou ort {hortus, hortulus), & qui paraissent se multiplier dans les régions excentriques de la cité proprement dite ou dans les quartiers neufs qu'elle s'est annexés à diverses époques, comme le bourg proprement dit Sa le faubourg Saint- Cyprien : ... tiran vers Garone ont es l'ort de Moss. Jacmes de Belveser, marchant, (Cadastre de 1478, Duméce, Hist. des Institutions de Toulouse, t. 4, p. çS.) ... très hostalets am un ort a la carrlera de la Ylhe (depuis carriera de Mtrapeis) ...un hort a Pargaminieras. (Cadastre de 1458, Dumège, Institutions^ t. 4, p. 67, notes.)
' « Sa porte étoit mi-enterrée, ayant d'ouverture dix pams 8t plus, 8c de largeur semblable mesure. » (Antoine Noguier, Hist. Tolosaine, p. 25.)
' De là les plaintes formulées bien des fois à ce sujet par nos historiens 8c nos érudits dont In plupart s'étonnent avec raison « qu'une ville aussi célèbre ait conservé aussi peu de monumens de son ancienne splendeur. » (De Montégut, Rechcr~ ches sur les antiq. de Toulouse, mém. de l'ancienne académie, t. 1, p. 66.) Un contemporain de Catel, le conseiller Anne Rullmann, avait remarqué longtemps avant M. de Montégut que « Tholose est fort deffiiillante en fondemens de temples, de palais, de ponts, d'arcs, de portiques, de colonnes 8c mesme de statues, figures, médailles, graveures, pièces funèbres, épitaphes 8c inscriptions. » (Anne Rullman, Récit des anc. monumens, &c, 1626;
Note
NOTB
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
Mais, à côté de cette grande route disparue avec les tombeaux qui eu devenaient le complément, il existait, comme dans toutes les grandes villes, un lieu de sépulture commune, qui paraît remonter ici à un âge très-reculé & qui a eu, cette fois, la bonne fortune d'échapper en partie, grâce à son obscurité même, aux dévastations intéressées dont nous venons de parler. Tout semble indiquer, en effet, qu'il était destiné aux familles pauvres de la ville, qui brûlaient gratuitement leurs morts dans quelque ustrinum public, bâti lui-même à peu de distance de la route, & les enterraient ensuite dans quelque cimetière commun dont les tombes agroupées ou alignées ne se distinguaient les unes des autres que par les bornes (cîppi) qui en marquaient les limites ipedatura)'. Il était situé à l'endroit occupé depuis par le cimetière chrétien de Saint-Roch ou des Récollets, qui a servi de sépulture pendant huit ou dix siècles à une partie de la population bourgeoise & auquel il a trèsprobablement donné naissance % car on y rencontre des inscriptions chrétiennes &
Biblioth. nationale, mss, fonds français, n. 8649, t.,, p. III.)
' Ce n'était que par exception au moins que l'on y rencontrait quelque sepulchretum de forme & de taille modeste que beaucoup de familles remplaçaient par une simple dalle de pierre ou de marbre, couchée à plat sur la tombe {mensa) à laquelle aile servait ainsi de toiture.
' Il est remarquable au moins que l'on ne trouve ici ni trace, ni souvenir de quelqu'un de ces saints ou martyrs locaux autour desquels se pressaient les sépultures des fidèles (^sepeliri ad sanctos , ad martyres, pass.), & qui ont donné naissance à beaucoup de cimetières chrétiens, sans en excepter notre cimetière des nobles de Saint-Sernin, situé, lui, à l'extrémité opposée de la ville, au bord aussi de quelque grande voie romaine. Les seuls monuments anciens dont l'existence nous soit attestée ici par des témoignages dignes de foi, sont la chapelle, relativement moderne, de Saint-Roch (le patron des pestiférés), qui a donné son nom au cimetière lui-même, & une église de Sainte-Marie du Férétra, qui paraît n'être autre chose que la chapelle actuelle du couvent des Récollets. Elle est désignée sous le nom de : Ecclesia Beatae Mariae de Feretrario dans un acte de iSSy, relevé & cité par Catel. (^Mémoires, pp. 128 & 210.)
de grands tombeaux de pierre en forme d'auge, mêlés aux sépultures païennes dont nous sommes surtout préoccupé ici". Ce qui reste certain en tout état de cause, c'est qu'il était beaucoup plus étendu à l'époque romaine qu'au moyen âge, puisqu'on en trouve les tombes réunies ou disséminées sur un espace qui ne mesure pas moins de douze à quinze hectares de superficie^ particularité qui s'explique elle-même par les habitudes respectueuses des anciens à l'égard des morts & par les règlements sévères qui interdisaient aux sépultures d'empiéter les unes sur les autres'. Sa forme, qui doit avoir changé
' On voit encore dans un des vergers de la borde Milhès un de ces lourds cercueils de pierre qui paraît, il est vrai, appartenir par sa forme aux premiers temps du moyen âge. M. de Montégut, qui en signale plusieurs autres dans le secc'.-id de ses Mémoires sur le cimetière des Récollet» (Mém. de l'acad. de Toulouse, i'" série, t. 3, p. 298), mentionne & décrit ailleurs trois boucles de ceinturon « en bronze argenté, » provenant du même cimetière, & qui appartiendraient d'une manière plus précise encore à l'époque wisigothique ou mérovingienne, (l.l. p. 285, pi. XIV, n. ,.)
' « Dans cet espace est une contenance d'environ vingt arpents qui a servi anciennement de cimetière. » (De Mo.ntkgut, l.l. t. 1 , p. 76.) — M. Milhès, dont les indications m'ont été bien utiles, en contrôlant ou en complétant sur beaucoup de points celles de M. de Montégut, en évalue, lui, la superficie à quinze ou dix-huit hectares.
' Le plus connu de ces cimetières publics est celui des soldats de la flotte à Misène qu'une longue inscription, retrouvée, au seizième siècle, près de Naples, désigne sous le nom de Puhlicum sepeliendorum militum classis praetoriae Miscnensis.
(GrUTEK, 208, OrELLI , 4406, MOMMSEN, I. N.
2646). Avant d'être réformé, comme il paraît l'avoir été par un des officiers supérieurs de la flotte, nommé Alfenius Senecio [suhpraefectus classis praetoriae Misenensis, Ll.), le terrain de ce cimetière avait servi déjà de lieu de sépulture, puisqu'on y trouvait, comme au cimetière des Récollets, des tombes en grand nombre disséminées
sur un vaste espace ( quum haheat plurima &
dispersis locis sepulchra, l.l.), quelquefois même superposées les unes aux autres (superposita), au lieu d'être réunies ou alignées Çcunjuncta, l.l.) comme elles devaient 1 être. Ces profanations & ces dé-
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NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
comme ses limites d'époque en époque, serait à peu près celle d'un triangle irrégulier dont la base s'appuierait au pied des collines que les tombes n'atteignent nulle part'. Les côtés du triangle seraient tracés à l'est par la rue, relativement moderne, du faubourg Saint- Michel , à l'ouest, par le talus des falaises qui séparent la terrasse formée par les anciennes alluvions de la Garonne (terrain miocène ou molasse')., des alluvions de date récente dont le fleuve reprend possession à chacune de ses grandes crues %
A en juger par les découvertes que l'on a faites & que l'on fait encore de loin en
sordres qui blessaient la. rel'ig'ton des tombeaux (... oA contemptum religionis... propter contemptam religionem sepulchrorum, l.l.) avaient été énergiqiiement réprimés par le vice-amiral qui avait commencé par exproprier un certain nombre de propriétaires dont quelques-uns se prévalaient contre lui d'un titre de vente régulier (... se possessorem esse ex causa empt'ion'is, I.Î.), & qui avait réussi en fin de compte à rétablir le bon ordre Se la décence dans le partage comme dans l'alignement des terrains assignés (asslgnata... loca assignata... pass.), ne voulant plus, dit-il, que les soldats pauvres de la flotte continuassent à être soignés ou inhumés par aumône (... ne aère conlato curentur sepelianturque, l.l.).
' J'apprends pourtant, au moment où se termine l'impression de ce travail, que l'on rencontre des amphores identiques à celles du cimetière jusqu'à la hauteur du domaine de Rangueil, situé comme on le sait à l'extrémité de l'avenue Snint- Agne, à trois kilomètres au moins du Capitole. Elles provenaient toutes, à ce que m'assure M. Paul de Sahuqué, de la partie du domaine comprise entre la route 8t le pied des collines. Elles y étaient si communes sur quelques points que les enfants de la maison se faisaient un jeu de les briser ou de les achever à coups de pierres. Plus près de la chapelle Saint-Roch, mais du même cfité de la route, M. Murel père, en défonçant, il y a déjà longtemps, un terrain acheté par lui, pour la plantation d'une pépinière, avait rencontré sur plusieurs points des substructions antiques disséminées à quelque distance les unes des autres, comme devaient l'être les assises des sepulchreta qui bordaient la route.
"M. de Montégut assure même (comme M. Milhès) que l'on en trouve quelquefois « dans le pré qui est au-dessous de la chapelle de Saint- Roch. » (De Montégut, l.l. p. 81.)
loin dans ce vaste périmètre, les sépultures du cimetière des Récollets, celles au moins que l'on peut regarder comme antiques, auraient été conçues & exécutées sur un plan uniforme. Elles consistent, à quelques rares exceptions près, dans une sorte de réduit ou de caveau rectangulaire creusé dans le sol meuble (terre végétale ou balme) & dont les dimensions étaient à peu près les mêmes en largeur comme en profondeur. Le revêtement des parois, dont quelques fragments étaient restés en place, paraissait formé tantôt d'une couche de terre glaise que l'on appliquait mouillée sur la balme, plus souvent, d'une sorte de stuc rougeâtre dans lequel la brique pilée joue le principal rôle & qui a pris, sous l'action du temps, une consistance & une solidité remarquables.
Toutes, sans exception, contenaient un nombre plus ou moins considérable à'urnes cinéraires (c'est le nom sous lequel les désignent nos anciens érudits), dérangées & brisées le plus souvent par l'effondrement des toitures destinées à les abriter.
Il devenait difficile de douter, en présence d'indications aussi concluantes, que chacun de ces caveaux n'ait été destiné à servir de sépulture à une famille dont les membres seraient venus successivement y occuper leur place". Les cendres, mêlées d'ossements calcinés, que l'on retrouvait à l'intérieur des urnes, de celles au moins qui étaient restées intactes, avaient ellesmêmes leur valeur & leur sens, historiquement parlant. Elles prouvaient, en eï^Qi., que la plupart de ces sépultures étaient postérieures en date à la conquête romaine, qui avait introduit en Gaule comme ailleurs l'usage de brûler les morts & de les inhumer en dehors des villes, le long des grandes routes qui y conduisaient. A l'exemple des familles riches, dont les tombeaux de forme & de taille diverses s'alignaient au bord de la route, chacune de ces familles y avait évidemment son locus, c'est-à-dire son terrain à elle, mesuré au cordeau comme celui des riches,
• « On en rencontre des amas de six, de huit, de douze, rangées l'une à côté de l'autre. » (De Montégut, l.l. p, 81.)
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NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
& que chacune d'elles recouvrait ou décorait à sa guise'. Mais les élégantes ollae de verre ou d'albâtre, dans lesquelles les riches recueillaient & enfermaient les cendres de leurs morts au sortir du bûcher, étaient ici remplacées, presque sans exception, par de lourdes amphores de terre cuite, identiques, comme forme, comme taille & comme teinte, aux amphores de Vieille -Toulouse, d'où elles provenaient suivant toute apparence'. Dans les rares
' Les distinctions que nous établissons ici, en nous autorisant de faits du même genre constatés par nous ou par d'autres dans une foule de villes romaines (dans celles des Convenue, par exemple, & des Auscii; voir nos études d'épigraphie, pass.)^ nous paraissent ressortir des différences que présentent, à défaut des tombeaux eux-mêmes, les inscriptions antiques du cimetière des Récollets, dont les unes appartiennent à des personnages d'un rang élevé, revêtus des hautes magistratures de la ville (voir notre Appendlx eplgraphica) , tandis que les autres étaient destinées à des gens de condition inférieure, affranchis eux-mêmes ou descendants d'affranchis. Nous songeons surtout en écrivant ceci à la petite dalle inscrite de CU- PITUS TOLOSANI FILIUS, découverts, assure M. de Montégut, « au-dessous de la chapelle de Saint-Roch, dans un pré dépendant de la première tuilerie « (De Montégut, Recherches, l.l. p. 90). — Le cimetière des Sablières de Terre-Nègre à Bordeaux, qui paraît avoir plus d'un trait de ressemblance avec notre cimetière commun (^publicum) des Récollets, aurait été situé à la même distance à peu près des portes de la ville antique 8t présenterait à peu près aussi la même proportion de sépultures par incinération & de sépultures par inhumation. M. Jouanet, qui évalue cette proportion à 20 = i, assure que l'on en a retiré plus de vingt mille urnes cinéraires, qui n'ont rien de commun, il est vrai, comme forme & comme taille, avec les grandes amphores des polyandres de Toulouse.
" Catel (jyiém. 1. 2, p. 128) & M. de Montégut (^Recherches, l.l. p. 80) avaient déjà remarqué que les urnes cinéraires des Volkes de Tolosa n'étaient, le plus souvent, que des amphores de terre cuite, présentant à peu de chose près la même forme 8c la même taille dans les divers cimetières de la ville antique. Mais il n'en serait pas de même des loca. destinés à les abriter, s'il faut prendre au piei de la lettre ce que Càtel raconte « de creux ou de caves rondes » découvertes de son temps au quartier de Terre-Cabade (terra cahada, cabata, cavata)^ près du cimetière de Saint-Snuveur, voisin lui-
hypogées qui n'avaient été ni effondrés ni ouverts, on les retrouvait debout & en ligne, adossées aux parois du locus ou appuyées les unes contre les autres. Elles ressemblaient ainsi aux diota de terre blanche qui servaient de tonneaux dans les celliers des bourgeois de Pompéi, avec cette différence pourtant qu'elles étaient ici dressées, le culot en haut & le couvercle en bas '.
Les inscriptions qui auraient pu jeter quelque lumière sur cette mystérieuse nécropole, devenaient ici à peu près inutiles, puisqu'elles avaient été mutilées ou déplacées dans les révolutions que le cimetière paraît avoir subies depuis la chute du polythéisme S Comment distinguer, d'ailleurs, parmi ces inscriptions, celles qui provenaient du cimetière que nous venons de décrire & celles qui appartenaient aux riches tombeaux des bords de la route, dévastés ou détruits à des époques plus anciennes encore ' ? Les amphores
même de l'église Saint-Etienne & que l'on trouva « toutes ceinctes 8c environnées d'anciennes urnes de terre qui estoient pleines de cendres Se de charbon. » (Catel, l.l. p. 128.)
' « Celles qui paroissent n'avoir pas été remuées sont placées perpendiculairement, la pointe en haut, à deux ou trois pieds de profondeur. » De Montégut, p. 81.)
' Nous avons déjà remarqué, du reste, combien ces incriptions sont rares même au cimetière des Récollets, d'où proviennent la plupart de nos textes antiques (voir, à ce sujet, notre Appendix epigraphica). Il faut ajouter qu'on les y trouve mêlées à des inscriptions chrétiennes, ce qui s'explique à merveille si l'on admet, comine tout l'atteste, que le cimetière chrétien se soit ici superposé au cimetière antique.
' On voit encore en face de la borde Milhès, mais de l'autre côté de la route, deux bornes (c'est au moins la destination qu'on leur a donnée) que nous croyons faites l'une 8c l'autre de main d'homme 8c qui rejnonteraient, si nous ne nous trompons, à l'époque gallo-romaine de notre histoire. Elles paraissent formées d'une espèce de béton composé de gravier Se de cailloux roulés, noyés dans un bain de mortier, que l'on aurait ensuite tassé dans un moule de planches dont il aurait pris 8c gardé la forme. La plus grande des deux, qui est en même temps la mieux conservée, présente extérieurement la forme d'un cippe carré^ mesurant o'" 35 sur chacune de ses faces 8c élevé
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NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
dont les débris obstruaient le sol ' ne contenaient, elles, en fait d'inscriptions, que des sigles de potier assez rares d'ailleurs sur les poteries de Vieille -Toulouse'. Mais à côté de ces anipliores, muettes comme les tombes qui les abritaient, on retrouvait en revanche UJi assez grand nombre de ces objets de matière & de nature diverses que les pauvres enterraient avec leurs morts comme les riches, & qui prenaient ici un intérêt particulier, puisqu'il y avait toute raison de croire qu'ils étaient pour la plupart contemporains des morts qu'ils avaient suivis dans l'autre vie '.
d'un mètre environ au-dessus du sol. La plus petite, qui paraît ronde, rappellerait approximativememt la forme des colonnettes (columella) que l'on dressait quelquefois au-dessus des tombeaux. L'une & l'autre ne seraient, à notre sens, que les âmes de deux sepulchrcta de taille &. de forme diverses, dont le revêtement extérieur (stuc ou dalles de marbre [crustae]) aurait été arraché 8c détruit, probablement depuis des siècles. Mais il resterait toujours à savoir si ces sepulchrcta proviennent du bord de la route ou s'ils appartenaient au cimetière commun dans l'enceinte duquel on les a retrouvés.''
' « Il y a un terroir joignant la ville du costé du Chasteau Narbonois où, en labourant la terre, on rencontre des urnes toutes entières, en si grand nombre qu'elles empêchent quasi que la terre ne soit fertile. Ce terroir est appelé le fèrétra. » (Catel, Mém. p. 128.)
' M. de Montégut parle pourtant d'une de ces amphores qui portait, dit-il, une inscription romaine (gravée à la pointe probablement; & qui aurait été achetée par M. l'évéque d'Agde. (De MONTKGUT, l.l. p. 81 .)
' Celles de ces épaves que l'on trouvait disséminées à la surface du sol 8t en dehors des tombes y auraient été probablement perdues ou dédiées en manière d'offrande, lors des solemnités publiques ou privées que l'on célébrait à certains jours (^statis d'tehus) sur les tombeaux des morts & dont l'usage a survécu chez nous à la chute du polythéisme. Nous faisons ici allusion aux foires bien connues que l'on célèbre encore de dimanche en dimanche dans chacun des faubourgs de la ville sous le nom caractéristique de férctra, & dont la plus ancienne en date est incontestablement celle du faubourg Saint-Michel. M. de Montégut assure même qu'elle en a été pendant longtemps la seule & que ce serait à dci époques relativement récentes
Le premier de nos érudits qui paraisse avoir compris l'importance de ces épaves funèbres, dispersées le plus souvent au sortir de la terre qui les recelait, était \\i\ contemporain de l'abbé Audibert avec lequel il ne paraît avoir eu du reste aucune relation personnelle, quoiqu'ils s'occupassent l'un & l'autre d'études du même genre & portant précisément sur les mêmes sujets'. Il s'appelait de son nom M. de Montégut, & avait été pourvu à vingttrois ans d'une charge de conseiller au Parlement de Toulouse. Membre de l'académie des Jeux Floraux, comme la plupart de ses collègues aux enquêtes ou aux requêtes, il était devenu, quelques années après, membre de l'académie des sciences, inscriptions & belles-lettres de la même ville, où il avait pris de bonne heure uwq place considérable & dont on le regardait, à la fin du siècle, comme l'archéologue en titre'. Quelque discutables que nous paraissent aujourd'hui la plupart des travaux sur lesquels reposait cette réputation fort établie de son temps, il faut dire pourtant à son éloge qu'il prenait au sérieux, comme plusieurs de ses contemporains, les problèmes que soulevait & que soulève encore la question des origines de notre ville, & qu'il ne négligeait aucune des indications qui pouvaient de près ou de loin servir à les éclairer. Il nous apprend luimême que son attention avait été ramenée
& pour satisfaire les populations des divers faubourgs de la ville, que l'on aurait établi depuis les fèrétra. de Saint-Etienne, de la Porte-Neuve, de Saint-Pierre-des-Cuisines & des Minimes (/./.).
' On se rappelle que c'était à l'abbé Barthélémy, l'auteur du Jeune Anacharsis, que s'était adressé directement l'abbé Audibert quand il préparait les matériaux de sa dissertation, oubliant ainsi l'académie des sciences, inscriptions & belles-lettres de Toulouse & ses membres les plus érainents.
" Comme M. de Saint-Amans (1702-1763) en avait été le numismatiste émérite. M. Dumèj^Ci dont la réputation, discutée elle-même, devait éclipser celle de ses deux devanciers, était iié, comme on le sait, en l'année 1779 ou 1780, car il y a du doute même sur l'année de sa naiss.iuce, & n'est arrivé à la notoriété que dans les premières années du siècle suivant.
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NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
NOTB
''7 vers rantlque cimetière des Récol-lets à la il n'avait ni l'esprit judicieux, ni le sens suite de découvertes inattendues, opérées, historique, dépourvu malheureusement de à partir de l'année 1776, par les ouvriers savoir & de critique, il s'était attaché à en de l'une des tuileries qui exploraient de- déterminer l'âge & la provenance qui prepuis longtemps déjà le sol argileux du ci- naient ici un intérêt tout particulier. Il metière". en avait dressé de longues listes, en accom-
Sans négliger les objets antiques sortis pagnant ses descriptions de planches plus en assez grand nombre de ce sol funèbre & concluantes souvent que ses commentaidont la plupart étaient heureusement tom- res, & ce n'avait point été sans surprise, bés entre ses mains % M. de Montégut ce travail de classement terminé, qu'il y s'était attaché de préférence aux monnaies avait reconnu à son tour la plupart des proprement dites dont les légendes & même monnaies archaïques que l'abbé Audibert les types parlaient, cette fois, un langage croyait particulières au sol de Vieilleintelligible, pour les érudits au moins. Il Toulouse, sans en excepter les monnaies n'avait point oublié & l'on n'oubliait point phéniciennes, ibériennes ou ibéro-gauautour de lui que c'était sur les données loises que nous retrouvions tout à l'heure ou sur les inductions fournies par elles dans l'intérieur de la ville, en deçà de la que reposait en grande partie « le système porte Narbonnaise '. La seule différence de l'abbé Audibert, « qui n'allait à rien qui distinguât les produits des deux stamoins qu'à retrancher à la ville de Tou- tions, comme on le dirait aujourd'hui, louse « quatre ou cinq siècles d'existence, c'est que ces monnaies barbares, au sens au moment le plus brillant de soji his- classique du mot, se trouvaient ici mêlées à toire. » A l'exemple de son devancier, dont des monnaies romaines' dont la série mesurait toute l'époque impériale, depuis le
' Il la désigne familièreTnent sous le nom de la première tuilerie, parce qu'elle était la plus rapprochée de la chapelle Saint-Rocli (Z.Z.). Deux autres tuileries, situées à peu de distance de cellelà & assises aussi au bord du chemin, ont disparu comme elle, en faisant place, il est vrai, à deux vastes tuileries de date toute récente, fondées cette fois en dehors du cimetière antique, entre le pied de la colline & le ruisseau de Bounlayrou qui tombe dans la Garonne à la hauteur du Port- Garaud.
^ Il les a décrits dans une série de Mémoires dont deux seulement ont été imprimés dans le Recueil des mémoires de l'académie des sciences.
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règne d'Auguste jusqu'à ceux de Constantin & de Théodose.
Si le cimetière des Récollets n'était, comme tout l'indique, qu'une des nécropoles de la ville voisine', d'où prove-
' Nous en trouvons la preuve dans le texte suivant : « Les mêmes fouilles m'ont procuré un grand nombre de médailles celtibériennes avec des têtes nues ou voilées, jeunes ou barbues, des figures de cavalier, de taureau & des caractères runiques [sic) qu'on ne sauroit expliquer » (Recherches sur les antiquités Je Toulouse, p. 98), & dans la inscriptions & belles-lettres de Toulouse. (Recher- planche complémentaire de ce Mémoire dont le ches sur les antiquités de Toulouse^ pp. 65 à 1 1 o. numéro 27 représente une des monnaies attribuées — Antiquités découvertes a Toulouse pendant le par M. Boudard à la ville de Narbonne (?/ec/Ae«a). cours des années 1783, 1784 & 1786, l.l. t. 3, ' « J'ai cru inutile de faire une mention par-
p. 265 à 296.) Un troisième mémoire, qui faisait ticulière du grand nombre de médailles de bronze suite au précédent & qui devait offrir aussi des & d'argent, tant consulaires qu'impériales, depuis détails intéressants noyés au milieu de beaucoup Auguste jusqu'à Constantin, que découvrent chad'hérésies historiques ou archéologiques, a disparu que jour les ouvriers qui font des excavations près depuis longtemps des archives de l'académie, où il était resté à l'état de manuscrit. On le trouve indiqué sous son véritable titre : Antiquités découvertes h Toulouse pendant les années 1786, 1787, 1788, 1789, 1790, avec plusieurs autres travaux du même auteur, également disparus, dans la notice que M. Dumège a consacrée à la mémoire de M. de Montégut & qui figure elle-même dans le tome 2 de la Biographie toulousaine.
la tuilerie voisine de la chapelle Saint-Roch, Vers la fin du mois de février dernier, ils trouvèrent un vase de terre contenant vingt-neuf médailles d'argent dont quatorze consulaires & quinze impériales. Parmi ces dernières il y avoit treize Tibères du même coin. » (De Montégut, l.l. p. 97.) ^ La plus ancienne, il est vrai, & la plus importante de ses quatre nécropoles, comme le remarquait avec raison M. de Montégut « puisque
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NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
liaient à leur tour la plupart des monnaies la ville basse, comme le remarquait avec
que l'on y découvre', ne ressortait-il point raison M. de Montégut' que s'appliquerait
de leur témoignage irrécusable (pour l'abbé exclusivement tout ce que nous racontent
Audibert surtout), que cette ville existait les historiens anciens au sujet de l'an-
au moins dès les premiers temps de la do- cionne métropole des Tectosages, de ses
mination romaine dans les Gaules? Il y lacs sacrés, assez difficiles à expliquer dans
avait même toute raison de croire, ce prin- le système de l'abbé Audibert, & de ses
cipe posé & admis, qu'elle occupait déjà, à trésors en or ou en argent dont le souve-
peu de chose près, la place où nous la re- nir est resté asssocié au souvenir, de ces
trouverons au moyen âge, & que c'était à lacs. Mais il se trompait, comme l'abbé
elle que s'appliquait, dès cette époque, le Audibert s'était trompé avant lui, quand il
nom séculaire de Toloss ou Tolose, étendu reportait indistinctement à l'époque de
depuis la fondation de Voppîdum à la mon- l'indépendance toutes les monnaies gau-
taïgnctte du Puy-Davîd,(\\i\nenétvàic{\x\inc loises ou autres que recèle le cimetière
dépendance au sens politique comme au des Récollets, puisque l'on sait de source
sens stratégique du mot'. Ce serait ainsi à certaine aujourd'hui que les Romains, devenus les maîtres de la Gaule, avaient laissé
les monuments qu'on y découvre remontent au temps des Gaulois & au premier siècle de Rome [i/c], 1) (De Mo.NTÉGt'T, î.l. p. 80.)
' C'est aussi de laque proviennent, comme nous espérons le démontrer (Voir notre Appendix epigraphica), la plupart de nos inscriptions tumulaires, soit païennes, soit chrétiennes, dont la provenance prend à son tour une certaine importance.
aux populations indigènes le droit de fabriquer elles-mêmes leurs monnaies & de les mettre en circulation concurremment avec les monnaies de coin romain auxquelles nous les retrouvons mêlées'.
Ce serait donc à l'époque romaine qu'appartiendraient en réalité la plupart de ces monnaies archaïques d'apparence que nos
puisqu'elles ont survécu aux monuments dont elles anciens érudits reportaient au troisième
faisaient partie. En établissant, contrairement à l'opinion généralement admise (Voir M. Edmond Leclant, Inscr. chrét. de la Gaule, t. 2, n°* 598, 600, 602, 6o3, 604, 6o5), qu'elles proviennent toutes, à une seule exception près, du cimetière des Récollets & non point de Vieille-Toulouse ; nous ajouterons un argument de plus aux arguments invoqués par l'abbé Audibert contre l'opinion, insoutenable il est vrai, qui regardait la colline de Vieille-Toulouse comme le cimetière des Tolosates à l'époque romaine, & qui expliquait ainsi l'immense quantité d'amphores brisées que l'on en retire depuis des siècles
ou au quatrième siècle avant notre ère, sur la foi d'un texte de Justin (Trogue-
gnac à Vieille-Toulouse), 8c de Castaneto usque ad villam de Porteto inclusive. » (Charte du roi Philippe le Bel, apud Lnfaille, Histoire de Toulouse, t. 2 ; Appendix ad calcem, p. vi.) Il ne faut pas perdre de vue, si l'on veut apprécier à sa juste valeur l'importance de ce texte intéressant à plus d'un titre, que les droits reconnus aux évéques de Toulouse par la charte de 1279 remontent, comme point de départ, à une époque
On peut affirmer, au moins, que, dès le trei- évidemment antérieure an treizième siècle, & que
zlème siècle, la colline & le village de Vlellle-Tou- les évèques, antérieurs eux-mêmes aux comtes mé-
louse faisaient partie du domaine temporel des rovingiens ou carlovlngiens, auraient été dans
évèques de la ville qui s'étendait du côté du sud beaucoup de villes les héritiers des municipalités
jusqu'à la petite ville de Portet, dans la vallée de gallo-romaines, ce qui pourrait reporter fort loin,
la Garonne & jusqu'au village de Castanet, dans comme point de départ, les Indications que nous
la vallée de l'Hers. Nous en avons la preuve dans venons de relever.
le texte plus cité que connu de la Philippine où re trouve mentionné, pour la première fols, le nom
de Vieille-Toulouse : « exceptls terrltorlis
vlllae Tolosae (la ville de Toulouse) superlus expressis vidcllcet a pratls praedictis Ircll Inclusive & de pratis usque ad villam Tolosanam & de Tolosa usque ad ripariam aut Togil rivum (la rivière ou le ruisseau du Touch), & a villa de Blagnaco .S< de Mata usque nd Ve-erem Tolosnm (de Bla-
' n D'après les monumens que je viens de rapporter, il paroît de la plus grande évidence que Toulouse a existé de tous les temps au lieu où elle est aujourd'hui. » (De Montégut, Recherches, /.Z. p. 97.)
' Voir à cî sujet les savants & récents travaux de MM. Th. Mommsen, Aloïs Heiss & Charles Robert, cités ou résumés par nous dans plusieurs des notes précédentes.
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NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
Pompée) que nous avons réJuit lui-mènie à sa juste valeur'. Il n'y aurait pas même d'exception- à faire à ce principe en faveur des curieuses monnaies connues sous le nom d'ibéro-gauloises, s'il est vrai qu'elles aient été frappées, comme on le croit aujourd'hui, au temps de Sertorius, par les villes naissantes de l'Aquitaine & de la Narbonnaise, ralliées à sa cause & soulevées par ses partisans contre les Romains'. Mais à côté de ces monnaies de date récente, relativement parlant, on en remarc(uait d'autres qui ])araissaient remonter cette fois à un âge réellement antérieur à la conquête romaine. Il nous suffira de citer parmi ces monnaies, dont la description nous mènerait trop loin, les espèces d'argent si nombreuses & si variées de
' Voir au tome I de cette édition, p. yr, notre étude sur les prétendues émigrations des Volkes Tectosages de Toîosa en Orient & en Grèce.
' « Le monnayage des Volkes Arécomiques n'a pu se produire qu'à l'époque indiquée ci -dessus (de l'an 90 à l'an 77 avant J.-C), puisque c'est seulement pendant cette période de troubles que ces peuples recouvrèrent leur indépendance. » (M. Aloïs Heiss, Monnaies antiques de l'Espagne, Paris, 1870, p. 434.) Remarquons pourtant que parmi les villes attribuées aux Volkes Arécomiques par le savant numismatiste figure, avec celles d'Agde & de Béziers, la colonie romaine de Narho Martius, dont on ne s'expliquerait guère la participation à un soulèvement dirigé contre les Romains 8c qui ne paraît point avoir été prise par les Gaulois révoltés, quoiqu'elle ait été certainement assiégée par eux. Propugnat pariter pro salute M. Fontci'i Narhonensis colonia, quae per hune tpsa nuper ohsidione hostiuni liberata nunc cïusdem miseriis ac periculis commovetur (Cic. pro M. Fontcio orat, c. 20, 46 [36], edid. R. Klotz), 8c ailleurs : quid coloni Narbonenses? qu'td volunt? quid existimant? hune per vos volunt; se per hune ineolumes existimant esse (Cic. l.l. c. 6, 14 [4]). Aux trois villes que nous venons de nommer, M. Aloïs Heiss ajoute celle de Perpignan dont il croit retrouver le nom PAR? (inconnu avant le onzième siècle) sur une monnaie gallo-grecque des AOITO^TAAH- TOI ? 8c qui aurait dépendu, comme Narbonne elle-même, des Volkes Arécomiques devenus ainsi les maîtres de tout le littoral, depuis le Rhône jusqu'aux Pyrénées. — Voir aussi notre Etude sur les Volkes où nous nous sommes permis de contester quelques-unes de ces assertions tout au moins aventureuses,
types que frapjîaient les rs^uli des Tolosates (?) à l'imitation des drachmes de Khoda & (.VEmporîae, comme le veulent aujourd'hui tous les numismatistes '.
Comparées aux monnaies barbares dont nous venons de parler, ces monnaies indigènes l'emportaierit sur elles par le nombre comme par la diversité des types ou des calibres, & M. de Montégut était dans le vrai, cette fois, quand il concluait du grand nombre de ces médailles découvertes dans ui^e seule des nécropoles de la ville, que la Tolosa des Tectosages était dès cette époque une ville riche & populeuse, comme l'attestait d'ailleurs le témoignage si grave du voyageur Posidonius. Cette prospérité précoce qui tenait en partie à la fertilité du territoire dont elle passait déjà pour le chef-lieu, & au voisinage des Pyrénées, renommées alors pour leurs placers & leurs lavages d'or, s'explique plus naturellement encore par les avantages de sa ])Osition géographique qui avait fait d'elle le centre & l'entrepôt du commerce entre les deux mers". Les monnaies d'argent & de bronze que recelait en assez grand nombre le cimetière des Récollets, provenaient évidemment de la même source que les lingots d'or & d'argent déposés par les riches dans les marais sacrés, voisins aussi de la ville, 8c nous ne doutOJis point, pour no-
' Sans nous expliquer, il est vrai, par quelle bizarrerie on ne rencontre, ni à Toulouse, ni à Vieille-Toulouse, aucun spécimen de ces belles drachmes qui auraient servi de type aux monnaies indigènes, tandis que l'on y trouve, 8c en très-grand nombre, des spécimens très-variés de la monnaie d'argent des Massallotes dont les types & les subdivisions (drachmes, oboles, hémioboles, quarts d'obole) rappellent de si près les subdivisions 8c le type des monnaies d'argent fabriquées par les Volkes, à partir surtout de l'époque (ancienne elle-même) où apparaît sur les monnaies de Massalia la tête d'Apollon avec le /•.û/Ao: [j.avTc/.ij; au revers. (Voir passim les travaux de MM. de Lagoy 8c de la Saussaye.)
" Pomponius Mêla, qui écrivait sous Auguste, un siècle tout au plus après le voyage de Posidonius, signalait déjà Tolosa comme une des villes les plus opulentes de la Narbonnaise : Urhium quas hahct [Gallia Narhoncnsis) opulentissimae
sunt Areeomicorum Nemausus, Tolosa Tectosa-
gum (Po^ii*. Mêla, 1. 2, c. 5).
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Note I 17
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
tre part, qu'elles n'aient été portées de là tracé de cette route, qui devient discu- (nous avons dit comment) à Vieille-Tou- table dans la zone la plus rapprochée de la louse, où on les retrouve presque à fleur ville où le temps a fait table rase, à quelde terre, tandis qu'elles sont enfouies au ques exce])tions près, de la double rangée port de la Daurade sous une couche de tombeaux qui la représenteraient pour énorme de remblais & de constructions nous, n'est pas beaucoup ])lus certain, il d'âges divers. est vrai, au delà du suburbïum. & dans la Quant à la route séculaire elle-même, vallée de l'Hers, où s'arrêtent, à partir de qui avait servi de base au cimetière anti- Badera (Baziége), les colonnes milliaires que que nous venons de décrire, il y a qui la jalonnaient encore au quatrième toute raison de croire que c'était vers la siècle de notre ère'. Dans l'enceinte de la ville basse qu'elle se dirigeait, dès les ville antique, qui aurait, comme la directemps les plus anciens, & qu'elle y arri- tion de ses grandes artères, de précieuses vait, comme aujourd'hui, en laissant de indications à nous fournir, on ne sait pas côté la prétendue ville grecque du Pech- même d'une manière précise où était si- David, dont le prestige se dissipe à mesure tuée la belle porte romaine que Nicolas qu'on l'étudié avec plus d'attention". Le Bachelier avait retrouvée au seizième siècle, à moitié enterrée sous les construc-
' II nous serait facile de prouver par des citations que le système de l'abbé Audibert, comme l'appelait avec raison M. de Montégut, a fait longtemps & fait encore autorité chez nos historiens & nos érudits. C'est ainsi que le plus connu, sinon le plus sérieux d'entre eux, écrivait en 1814: « La positon de l'antique Tolosa (c'est-à-dire do Vieille-Toulouse, opposée sous ce nom à la ville
de la plaine) devait paraître avantageuse à un Tectosages, là \\\\ tertre monumental , 8cc. u
peuple guerrier. Située au sommet d'une colline [l.l. t. 4, p. 90.)
tions féodales de l'ancien château Narbonnais & qui fut détruite avec elles, comme nous l'apprend un historien contemporain, « par ordre de Messieurs du Parlement'. )>
de Toulouse on trouve sur la chaîne de collinei élevées entre l'Ariége (lisez l'Hers) & la Garonne le sol où existait autrefois la métropole des Volkes
escarpée & près du confluent de l'Ariége, cette ville était en quelque sorte fortifiée par la nature. Du haut de ses tours... » (Dumkge, Monuments religieux des Volkes Tectosages, Toulouse, 1814, p. 47.) Dans le dernier de ses ouvrages oii ses opinions
' Nous publierons en les discutant dans notre Appendix epigraphica les inscriptions de ces quatre colonnes qui ne nous sont connues jusqu'ici que par les lectures inexactes ou mensongères qu'en a données M. Dumège dans ses Monuments religieux.
s'étaient sensiblement modifiées sous l'influence de (Toulouse, 1814, pp. y/i 81 76.)
la critique contemporaine, quelque malveillant ' « Faisant la démolition de ces deux tours (du
qu'il se montrât à son égard, & où ses convictions Château Narbonnais) on i trouva un portail de
d'autrefois faisaient place par moments à un scep- singulier artifice & naïve excellence, enrichi do
ticisme poussé trop loin à son tour (Voir notam- beaucoup d'ornemens d'architecture (approchant
ment le premier volume de son Histoire des insti- toutefois plus de l'œuvre gothique qu'antique) &
tutions de Toulouse, Prol. t. i , p. 28), il revient entaillé de pierre blanche. Sa porte estoit mi-en-
encore de loin en loin à ces rêveries historique» terrée... Sur icelle porte se montroient quatre arcs
qui se mariaient chez lui à des rêves & à des sou- en forme d'arcade ou d'architrave naucelle [sic)
venirs d'un autre genre. « On sait que Tolosa sur laquelle aussi i avoit une gradile (^sic, un gra-
(Vjeille-Toulouse) était l'antique patrie des guer- din) afin de soutenir un trophée tiré en bosse &
riers qui suivirent Brennus sous les murs de Del- de bonne grâce, n (Ant. Noglieh, Hist. Tolosaine,
phes. Elle subsistait donc longtemps avant la con- 1 Ï57, 1. 4, p. 24.) Le caractère & l'ornementation
quête des Gaules par les Romains, w (Dumkge, du monument que Nicolas Bachelier, un cxtelicnt
Institutions, t. i, p. Sp.) « L'ancienne métropole jugf en pareille matière, trouv.iit approchant do
des Tectosages (Vieille-Toulouse), plus éloignée de l'œuvre gothique , laisserait supposer, sans certitudo
la Garonne que ne l'est la nouvelle ville, était de- il est vrai, que la porte à laquelle cette route abou-
puis longtemps abandonnée (théorie de l'abbé Audibert poursuivie, comme on le voit, jusque dans ses conséquences) lorsque ce poëte [Ausone] composa ses éloges des cités les plus célèbres. » (l.l. t. I, p. 39). Et au tome IV, « en se rapprochant
tissait aurait été reconstruite ou réparée, comme la route elle-même, par les princes de la seconda maison Flavienne ou par ceux de la famille de Théodose dont on lit les noms sur les bornes milliaires qui en marquaient le» étapes.
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Note "7
NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
Si l'on réfléchit pourtant que c'est du faubourg des Récollets que proviennent, sans exception, les inscriptions, les amphores & les sépultures antiques découvertes dans cette région de la ville, tandis que l'on ne retrouve rien de pareil dans le quartier de Montaudran, dont la grande route traversait aussi un cimetière antique", on en reviendra à penser avec nous que le tracé de la voie à l'époque romaine répondait, à peu de chose près, à celui du moyen âge, c'est-à-dire, en d'autres termes, qu'elle se dirigeait vers la ville en suivant, sans déviation, jusqu'au village de Sainte-Agne, le pied des collines qui for-
' Le cimetière auquel nous faisons ici allusion est l'ancien cimetière Saint-Michel affecté, à ce qu'il paraît, aux paroissiens de la Daurade (Voir Catel, Mémoires, 1. 2, pp. 235-236.) qui en gardaient ou en faisaient garder la clé. Il était situé au delà des fossés (valat^) qui couvraient de ce côté l'enceinte des fortifications, & devait occuper aussi un espace considérable, dans les derniers temps au moins, puisqu'on en retrouve les épaves à l'extrémité de l'allée Saint-Michel, dans le vaste local occupé aujourd'hui par la gendarmerie, &dans toute l'étendue de la place Extérieure-Saint-Michel que traversait dès lors une longue rue du même nom. Il était contigu, du côté de la ville, à l'ancien cimetière des juifs qui habitaient en grand nombre le quartier de la Dalbade, aux environs de la rue Jouixaigues, comme nous l'apprennent des actes relevés & cités par Catel. (Mem. 1. 2, p. 208.) A en juger par les documents écrits (Voir notamment les actes relatifs à l'érection de l'église Saint- Michel fondée en i33i.) & par le caractère des épaves (croix de pierre sculptées ou Inscrites; petits objets de parure ou de dévotion que l'on en retire à chaque fouille), il était en plein épanouissement du treizième au seizième siècle, 8c aurait ainsi contribué à l'abandon de l'antique cimetière des Récollets, situé plus loin de la ville 81 de l'autre côté de la route romaine. La route de Montaudran, qui longeait l'extrémité de ce cimetière pour entrer obliquement dans la ville par la barbacane de la porte Narbonnaise, n'aurait été, d'après tous ces Indices, qu'un chemin de grande communication, probablement celtlgue d'origine, comme beaucoup de chemins du même genre; mais très-distincts des grandes routes romaines devenues, après la chute de l'Empire, la propriété des rois de race Franke & Capétienne, comme le prouvent les noms caractéristiques de iter Gallicum, iter Franeicum , lou cami, lou gran cami Francès sous lesquels on les désignait dans le midi.
ment la berge occidentale de la vallée de l'Hers. Il paraît certain au moins que rien ne distingue ce prolongement de la route romaine proprement dite, dont le tracé est indiqué jusqu'à Baziége par les bornes milliaires dont nous venons de parler & qu'il ne projette à son tour aucun embranchement du côté des collines, où il n'existe & n'a jamais existé que des chemins d'exploitation praticables tout au plus pour les bétes de somme".
C'est à la hauteur du domaine de Rangueil, à deux kilomètres de la porte Narbonnaise, que la route paraît abandonner le pied des collines qu'elle longe depuis Montgiscard pour se jeter brusquement vers le nord & vers la ville, où elle entre aujourd'hui par une avenue monumentale qui rappelle les grandes routes pavées des environs de Paris ou de Versailles. Elle prend à partir de ce point le nom d'avenue Sainte-Agne & se soude, en deçà de la barrière, à la grande rue du faubourg Saint-Michel qui s'élargit à son tour pour la recevoir & la continuer. Mais il suffit d'un regard jeté sur le terrain, comme disent les gens du métier, pour être frappé du contraste que présentent cette large avenue née visiblement d'une rectification de date récente' & la route proprement
' Nous devons une partie de ces renseignements à l'obligeance de M. Delfau, ancien conducteur principal des ponts & chaussées, l'un des hommes de notre temps qui connaissent le mieux la vallée de l'Hers &. la vole romaine a Narbone Tolosam (devenue la route nationale n" 1 1 3) qui suivait le thalweg de la vallée en se dirigeant vers Toulouse, tantôt par des affleurements tracés autant que possible sur le talus des prairies que la rivière Inonde presque chaque année (Voir les prata Ircli de la Philippine^, tantôt par de longs viaducs percés de pertuls voûtés (de là le nom local de Pompertw^at) quand elle était forcée de couper le fond de la vallée, comme elle le fait précisément de Baziége à Montgiscard.
" Elle serait au moins postérieure à la création du canal du Midi qui appartient, comme on le sait, à la seconde moite du dix-septième siècle. J'ai entendu dire à des vieillards du quartier que les beaux ormeaux qui ombragent l'avenue, de Ranguell à la barrière, avaient été plantés, il y a plus de cent ans, par M. Murel, grand-père des pépiniéristes de ce nom.
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NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC
dite qui existe toujours sous le nom de chemin des Chauroux (aujourd'hui de Saint-Roch -Vieux), & qui n'abandonne définitivement le pied de la colline qu'à la hauteur de la chapelle Saint-Roch, située, comme nous l'avons dit, en plein cimetière antique". C'est, en effet, audessous de cette chapelle que commence la longue rue des Récollets, qui ne serait elle aussi que l'ancienne voie romaine, bordée depuis des siècles de deux rangs de maisona habitées, ce qui achèverait d'expliquer, pour le dire en passant, comment les tombeaux de cette voie funèbre ont disparu de si bonne heure & d'une manière si complète'.
' Nous rappellerons, au sujet de cette chapelle reconstruite il y a moins d'un siècle, qu'elle repose elle-même sur un lit de substructions antiques (de dix mètres de longueur sur un mètre de hauteur au-dessus du sol actuel) dans lesquelles M. de Montégut reconnaissait les assises d'un temple dédié à Jupiter Férétrien [Recherches, t. i, p. 77). Le béton dont elles sont formées rappelle exactement celui des deux sepulchreta que nous décrivons plus haut, dans la note 3 de la page 042 Uustr'tnum où l'on brûlait les corps avant de les inhumer aurait été situé, disent les estachans de M. Milhès, à l'extrémité de l'un des vergers du domaine où le sol est formé en grande partie de cendres qui donnent aux arbres fruitiers une vigueur tout exceptionnelle comme la saveur de leurs produits. Les limites du cimetière, qui dépassait à l'ouest la route actuelle de Vieille-Toulouse, déplacée probablement pour doutance des inondations, auraient elles-mêmes répondu, à peu de chose près, à celles du verger dont nous venons de parler, puisqu'on ne trouve plus au delà ni amphores bnsé«s, ni épaves funèbres.
' M. Dumège, qui se tire volontiers d'embarras par des procédés conciliants, admet comme antiques, c'est-à-dire comme voies romaines, & romaines au même titre, les trois tracés que nous essayons de distinguer, sans en excepter la rectification toute moderne de l'avenue Sainte-Agne qui se détache à Rangueil de la voie antique. Celui de la rue des Récollets, le seul auquel nous accordions, pour notre part, le titre officiel de voie romaine, figure il est vrai parmi ces trois tracés, mais au lieu de s'infléchir à partir de la chapelle Saint-Roch pour rejoindre par une courbe élargie la borde de Rangueil 8c le pied des collines, cette route se prolonge chez lui, du côté de Vieille-Toulouse, oii elle va se relier à une
Isolé, comme il l'est toujours, au centre du massif de collines qui l'entoure de ses replis, loin du fleuve & de la route qui l'oubliaient chacun de leur côté par des raisons du même genre, Voppîdum de Vieille -Toulouse ne communiquait, lui, avec la ville que par un chemin de montagne resserré entre le lit du fleuve & les hautes falaises qui le bordent jusqu'au pont d'Empalot. De là le nom de chemin des Etroits sous lequel on le désigne encore dans la ville comme dans le faubourg. C'était au sortir de ces défilés qu'il rejoignait, au-dessous de la chapelle de Saint-Roch, la grande route romaine avec laquelle il pénétrait dans la ville par la porte monumentale dont nous venons de parler ou par une porte antérieure à cellelà, mais qui devait porter comme elle, le nom de Porte Narbonnaise. [E. B.]