‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 106 sur 342 · LXXXIX. — Le hîenhetireux Bernard · texte numérisé non relu

LXXXIX. — Le hîenhetireux Bernard

Ce prélat' imposa, en 1170, une pénitence publique de sept ans à un de ses diocésains nommé Bernard, homme de condition, qui lui avoit confessé ses péchés. 11 lui ordonna entre autres de marcher toujours nu-pieds, de ne point porter de linge, de jeûner ou de faire abstinence fort souvent. Sec. On croit que Bernard étoit complice de l'assassinat de son seigneur dont on ne dit pas le nom. Après avoir reçu les lettres de pénitence de son évêque, qu'il fit confirmer par l'archevêque de Narbonne, son métropolitain, il entreprit de longs pèlerinages, entre autres celui de Jérusalem; parcourut toutes les parties du monde & voyagea jusqu'aux Indes. Il se fixa enfin à Saint-Omer, en Artois, près de l'abbaye de Saint-Bertin, où il continua de vivre dans une pénitence beaucoup plus rigoureuse que celle que son évêque lui avoit imposée. 11 mourut enfin dans cette abbaye en 1182, après y avoir été revêtu de l'habit monastique. La vie extrêmement mortifiée qu'il avoit menée, le grand nombre de miracles que Dieu opéra par son ministère durant sa vie 8c après sa mort par son intercession lui ont fait donner le titre de bienheureux avec celui de pénitent"*,

■ Archives de l'abbaye de Vnlmagne. moulins du Bazacle (tome MTI, ce. Scç, 3i r). Un

' Un peu auparavant, en avril i i 8 i , le seigneur certain Raimond Gautier empêchait le prieur de

de Montpellier avait autorisé uns partie des habi- la Daurade & Raimond Besant d'attacher leurs

tanis de Lattes à établir dans leur ville un port moulins à la rive du fleuve & leur interdisait

& UP entrepôt de commerce («Viicar^are & ejt/vflre 6- l'approche des bords de celui-ci, sous prétexte

mittcrc pcnes vos averum suum). Voir ÎA. Cerm3in, que les rives de la Garonne lui appartenaient.

Commerce Je Montpellier, t. i, p. 187. [A. M.j Les demandeurs niaient le fait & ils eurent défi-

' Acta Sanctorum, avril, t. 2, p. 675 & seq. nitivement gain de cause, leur partie n'ayant pu

* A cette année Ii8j. (mars) appartient un eu- prouver ses dires [A. M.]

rieux règlement des consuls de Toulouse pour les

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An 1 102

•XC. — Le roi d'Aragon i- la vicomtesse de Narhonne se liguent avec Henri II, roi d'Angleterre, contre le jeune roi, son fils, qui appelle le comte de Toulouse à son secours.

La guerre & les dissensions qui s'étoient élevées' entre Alfonse II, roi d'Aragon, & ses alliés d'un côté, Se le comte de Toulouse de l'autre, continuèrent cependant en 1182. C'est ce que nous avons lieu d'inférer d'un acte par lequel Alfonse, étant à Aix, en Provence, au mois de décembre de cette année, confirma les donations des moulins de Paulhan que Guy Guerrejat de Montpellier & son neveu Burgundion avoient faites à l'abbaye de Valmagne; car c'est une preuve que ce prince se regardoit alors comme suzerain dans les diocèses de Béziers & d'Agde, au préjudice du comte de Toulouse. On voit d'ailleurs entre les hommages^ que Pvoger II, vicomte de Béziers &

~ ~! de Carcassonne, reçut en ii83 de plusieurs de ses vassaux, celui d'Aymeric An ii83 ' ' 1 1) • I 1 1

de Roquefort, qui promet de 1 aider dans toutes ses guerres contre le comte de Toulouse &• ses autres ennemis. Enfin ce comte 81 le roi d'Aragon prirent ÉJ-origin. cette année deux partis opposés, & marchèrent en Aquitaine à la tête de leurs troupes ; le dernier au secours de Henri II, roi d'Angleterre, Se l'autre pour soutenir le jeune Henri, fils de ce prince; ce qu'il faut reprendre de plus haut.

Le jeune Henri, toujours mécontent de ce que le roi, son père, l'ayant associé au trône, ne lui donnoit aucune part au gouvernement, tandis que Richard & Geoffroy, ses frères puînés, administroient l'un le duché d'Aquitaine &. l'autre la Bretagne, fit tous^ ses efforts, en 1182, pour obtenir le duché de Normandie; mais n'ayant pu réussir il vint en Aquitaine où le duc Richard, son frère, étoit en guerre avec les grands du pays qui s'étoient révoltés contre lui, à cause de ses vexations & de son extrême cruauté. Le roi Henri II & Geoffroi, comte de Bretagne, son fils, ayant marché aussi au secours de Richard, ils agirent tous quatre dé concert contre les rebelles. Alfonse '^ II, roi d'Aragon, 8c Ennengarde, vicomtesse de Narbonne, amenèrent des troupes à ce prince 81 le joignirent à Périgueux. Ils assiégèrent ensuite, vers la fin du mois de juin, le Puy ou château de Saint-Front, principale forteresse de la ville de Périgueux, sur Talayrand, comte de Périgord, qui favorisoit les ennemis de Richard. Ce duc fit peu de temps après la paix avec les rebelles; mais elle ne fut pas de longues durée. La guerre recommença ; elle continua avec divers succès de part 8<. d'autre jusqu'à la fin de Tannée que la division se mit parmi les trois princes d'Angleterre, fils de Henri II. Le jeune roi & Geoffroy, comte de Bretagne, se liguèrent contre le duc d'Aquitaine, leur frère, avec les deux comtes d'Angoulême, Adhémar,

■ Voyez tome VIII, Chartes, il. XXXIV, c. 367. Dicato. — Gervasius, monachus Doioberiiensis.

' Cartiilaire du château de Foix. — Robertus de Monte, ann. i i83.

' Gaufridus, prior Vosiensis, Chronicon, p. 33o * Le P. Labbe, BïHiotlicca nova manuscriptorum,

& seq. — Rogerius de Hoveden. — Radulfus An t. 2, p. ySp,

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An iiS.î

vicomte de Limoges, Raimond, vicomte de Tuienne, Pierre, vicomte de Castiiion, £< plusieurs autres barons. Le roi Henri II, voulant mettre la paix parmi ses fils, s'approcha de Limoges; mais les habitans donnèrent sur ses troupes 8c prêtèrent serment de fidélité au roi, son fils, qui se révolta alors ouvertement contre lui. Ce jeune prince, pour se soutenir, appela à son secours le roi Philippe-Auguste, son beau-frère, Hugues, duc de Bourgogne, Raimond, comte de Toulouse, 8c plusieurs autres princes, qui s'empressèrent de le secourir, parce qu'il étoit autant aimé pour ses excellentes qualités que le duc d'Aquitaine, son frère, étoit détesté pour ses vices. Le duc de Bourgogne 8c le comte de Toulouse l'allèrent joindre en personne ; mais le roi Philippe-Auguste se contenta de lui envoyer un corps d'aventuriers nommés paillais (palearios), lesquels faisoient partie de ces brigands qui, sous différens noms, désoloient alors le royaume. Le jeune Henri les prit à sa solde 8c dépouilla les églises du Limousin 8c leurs trésors pour avoir de quoi les entretenir.

Le roi d'Angleterre, résolu de punir la révolte de son fils, implora de son côté le secours du roi d'Aragon, son allié, 8c de plusieurs autres princes de deçà la mer, qui vinrent le joindre dans le Limousin. Après leur arrivée, il s'empara de Limoges 8c assiégea ensuite, le i" de mars de Tan ii83, le château de cette ville dont le jeune roi prit la défense. Les pluies abondantes qui survinrent obligèrent, au bout de quinze jours, la plupart des troupes qui formulent le siège à se retirer. Henri H le continua cependant comme il put, 8c il célébra la fête de Pâques à Limoges, où le jeune roi, son fils, qui étoit sorti du château 8c s'étoit emparé d'Angoulême, vint pour l'assiéger; mais les habitans le repoussèrent avec tant de force qu'il fut obligé de se retirer. Le jeune roi se dédommagea par la prise du château d'Aix, situé aux environs. Il se rendit ensuite à l'abbaye de Grandmont dont il enleva le trésor de l'église, 8c en fit autant dans celle de la Couronne où le duc de Bourgogne le joignit. De là ils allèrent à Uzerche à la rencontre du comte de Toulouse, qui y arriva le jour de l'Ascension, :6 de mai. Le jeune roi se sentit alors incommodé; mais cela ne l'empêcha pas d'aller le lendemain à Donzenac, 5c le lundi suivant à Martel, château de la vicomte de Turenne, situé sur les frontières du Limousin. Enfin, après avoir été en pèlerinage à Notre-Dame de Rocamadour, il revint à Martel, où sa maladie augmenta si considérablement que, se voyant sans ressource, il demanda les derniers sacremens. Les évêques de Cahors 8c d'Agen, l'abbé de Dalon 8c plusieurs autres ecclésiastiques les lui administrèrent, 8<. il les reçut avec de grands sentimens de componction, en présence du duc de Bourgogne 8c du comte de Toulouse, qui ne le quittèrent jamais. 11 témoigna surtout beaucoup de regret de la ^%°"^'"j, guerre qu'il avoit entreprise contre le roi, son père, £c il écrivit à ce prince pour lui demander pardon 8c le prier de traiter plus humainement la reine Eléonore, sa mère, qu'il tenoit prisonnière depuis plus de sept ans dans le château de Salisbury. 11 mourut peu de temps après à Martel, le jour de Saint-Barnabe, ii de juin de l'an ii83.

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Aymar, vicomte de Limoges, conduisit ' son corps jusqu'à l'abbaye de Grandraont où on célébra ses obsèques &. où on inhuma ses entrailles. Son corps fut porté ensuite au Mans S<. enterré dans l'église de Saint-Julien; mais comme il avoit choisi sa sépulture dans la cathédrale de Rouen, le clergé & les habitans de cette ville demandèrent au pape que la volonté de ce prince fût exécutée. Le duc de Bourgogne, le comte de Toulouse & l'évêque d'Agen, qui avoient assisté à sa mort, se mêlèrent dans cette querelle, & ils écrivirent tous trois au pape^ pour lui rendre témoignage « qu'ils avoient fait tout leur « possible pour persuader au jeune Henri de se faire inhumer à Grandmont, (' à cause de l'éloignement de la cathédrale de Rouen & de la difficulté des Cl chemins, mais qu'il avoit toujours persisté à vouloir être enterré dans cette Cl cathédrale auprès de Guillaume, son oncle, » Ainsi on fut obligé de l'y transférer après l'avoir exhumé. La suscription de la lettre du comte de Toulouse est conçue en ces termes : ci Au très-révérend père en Jésus-Christ ik

V seigneur, Luce, par la grâce de Dieu pontife des R.omains, Raimond, par « la même grâce duc de Narbonne, comte de Toulouse, marquis de Pro- II vence : salut. Sec. «

Ce comte Se le duc de Bourgogne, principaux^ protecteurs du jeune Henri, se retirèrent aussitôt après la mort de ce prince. Le vicomte de Limoges, destitué d'un si grand appui, remit, le 24 de juin suivant, le château de cette ville au roi d'Angleterre qui, suivi du duc Richard, son fils, 8c du roi d'Aragon, alla assiéger six jours après le château de Hautefort, dont il se rendit maître le i" de juillet. Après la prise de cette place, le roi d'Aragon retourna dans ses Etats.

Il est parlé du siège du château de Hautefort dans la Vie'* de Bertrand de Born, poète provençal, dans la([uelle on trouve quelques circonstances de la ruerre du jeune Henri, roi d'Angleterre, contre le roi son père, « Bertrand n de Born, châtelain 8<. seigneur de Hautefort, en Périgord, dit l'auteur de K cette Vie, vivoit du temps que Richard étoit comte de Poitiers : il fut tou- « jours ennemi de ce prince, & se ligua contre lui avec le comte de Périgord Cl Si Aymar, vicomte de Limoges. Il embrassa ensuite les intérêts du jeune Cl Henri, roi d'Angleterre, au parti duquel il attira contre le roi d'Angleterre, « son père. Se Richard, son frère, Aymar, vicomte de Limoges, le vicomte de « Ventadour, le comte de Périgord Se son frère, le comte d'Angoulême Se ses « deux frères, le comte Raimond de Toulouse, le comte de Flandres, le comte (i de Barcelone^, Centulle d'Astarac, Gaston de Béarn, comte de Bigorre, le Il comte de Dijon, Sec, Ces princes firent quelque temps après leur paix avec Cl le roi d'Angleterre qui, suivi de son fils Richard S< du roi d'Aragon, vint

V assiéger le château de Hautefort Se obligea enfin Bertrand de Born à se

' Gniifridiis, prior Vosiensis. — Radiilfiis de ^ Mss. de la Bibliothèque du roi, n. 722.5.

Diceto. — RobertuS de Monte, ad ann. 11 83. ' L'auteur se trompe par rapport au comte de

' IA:irtene, Feteruni SS. ampîissima coUectio, l. 1, Barcelone ou roi d'Aragon, qui piit le parti de

c. 9,51 & seq. Richard, [Note de dom yaisscte.]

' Gaufridus, prior Vosiensis,

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« rendre. Ce seigneur, prétendant que le roi d'Aragon l'avoit trahi, composa « pour se venger un sirvente contre ce prince où il lui reproche : i° l'ori- « gine de sa naissance, qu'il fait venir d'une pauvre famille du château de « Carlad, dans la seigneurie du comte de Rodez; 2° la conduite qu'il avoit » tenue à l'égard de la fille de l'empereur Comnène; 3° le parjure du prince « Sanche, son frère, qui avoit abandonné les intérêts du comte de Toulouse « pour se liguer avec le roi d'Angleterre, lequel lui avoit donné pour cela « quelques domaines. »

Bertrand de Born pouvoit être fondé sur les deux derniers articles; mais il est certain que ce poëte & l'auteur de sa vie se trompent en faisant descendre Alfonse II, roi d'Aragon, en ligne masculine des vicomtes de Carlad, & en quelques autres faits qu'ils ont avancés sur la généalogie de ce prince ; à moins que Bertrand, par une licence poétique, n'ait cru pouvoir, en usant de fiction, satisfaire son animosité Se sa vengeance.

Ce poëte fit encore un autre sirvente contre le roi d'Aragon à l'occasion ^:n\'\f(,'i. suivante : « lorsque ce prince, dit l'auteur de la Vie de Bertrand, vint au « secours de Henri, roi d'Angleterre, le comte de Toulouse alla au devant de <i lui en Gascogne, l'attaqua, le battit Si fit prisonniers cinquante chevaliers de « son armée. Le roi d'Angleterre, voulant racheter ces prisonniers, remit l'ar- « gent de leur rançon au roi d'Aragon qui l'emporta avec lui 81 laissa en prison « ces chevaliers, qui furent obligés de se racheter à leurs propres dépens. »

Bertrand de Born chanta les guerres que Henri II, roi d'Angleterre, eut avec le roi Philippe-Auguste. Il rapporte dans les chansons qu'il fit sur ce sujet les motifs de cette guerre, 5c on y trouve diverses circonstances historiques sur lesquelles on peut se fonder jusqu'à un certain point. L'auteur de sa Vie dit que ce seigneur aima Meuta ou Mathilde de Montagnac, dame *

d'une rare beauté, 8t femme de Talayran de Périgord, seigneur de Montagnac, frère du comte de Périgord. Il ajoute que Bertrand eut pour rivaux Richard, comte de Poitiers, Geoffroy de Bretagne, frère de ce prince, Alfonse II, roi d'Aragon, & Raimond, comte de Toulouse; mais que Mathilde préféra Bertrand à tous ces princes. Le même auteur parle de Constantin', frère de Bertrand de Born, qui mourut dans l'ordre de Cîteaux.

XCI. — Mort d'Albérïcy fils puîné de Raimond V, comte de Toulouse, Béatrïx, héritière du Dauphiné, sa veuve, épouse le duc de Bourgogne,

Hugues III, duc de Bourgogne, £<. Raimond V, comte de Toulouse, s'unirent encore plus étroitement par le mariage de Béatrix, héritière du Dauphiné & veuve d'Albéric^ Taillefer, fils puîné du comte, laquelle épousa ce duc à Saint-Gilles, en ii83, suivant le témoignage d'un historien'' du temps. Le lieu où les noces furent célébrées &i les liaisons qui régnoient déjà entre

■ Mss. de la Bibliothèque du roi, n. 7698. ' Chron. Divioncnse, npud Labbe, Bibliothect

' Voyez tome IV, Note L, n. xvi, pp. 224, 225. nova manuscrlptorum, t. 1, p. 2J5.

An II 83

io6 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIX.

le comte de Toulouse & le duc de Bourgogne, nous donnent lieu de croire que le premier, après avoir perdu son fils Albéric, qui décéda sans enfans, négocia lui-même le mariage de sa veuve avec l'autre pour ne pas laisser passer le Dauphiné, dont il avoit joui au nom de ce fils depuis l'an' ii63, dans les mains de quelque autre prince qui ne fût pas de ses amis. Hugues, pour pouvoir contracter une alliance qui lui étoit si avantageuse, répudia Alice de Lorraine, sa femme, dont il avoit deux fils. Un autre historien^ rapporte ce mariage sous l'an 1184, & il en parle en ces termes : « La même « année Albéric Taillefer, comte de Saint-Gilles, étant décédé, le duc de « Bourgogne répudia Alice, sa femme, dont il avoit eu deux fils, Eudes & « Alexandre, 81 épousa la veuve d'Albéric, qui étoit fille de l'ancien dauphin « 8<, dont il eut le jeune dauphin. Le désir de posséder les grands domaines « qui avoient appartenu à cet ancien dauphin engagea le duc de Bourgogne « à toutes ces choses. » Enfin un moderne ^ prétend que le fils puîné du comte de Toulouse, qu'il appelle Guillaume Taillefer, décéda en 1181; mais il ne donne aucune preuve ni du nom de ce prince, ni de l'époque de sa mort. 11 ajoute que Taillefer fut cher aux peuples du Dauphiné, ses sujets, 81 que les princes ses voisins estimèrent sa vertu & redoutèrent son courage. Il avoit donné, continue-t-il , en 11 76, divers domaines du Dauphiné au prieuré de Saint-Amédée; 8c quoiqu'il n'eût que l'usufruit du pays durant la vie de sa femme, 8c non pas la propriété, cette donation fut néanmoins autorisée après sa mort. Albéric pouvoit avoir tout au plus vingt-six à vingt-sept ans lorsqu'il décéda en ii83 ou 1184. Le duc de Bourgogne eut de Béatrix un fils, nommé André, qui prit le surnom de Guigues 8c qui fut le chef de la seconde race des dauphins 8c comtes de Viennois, d'Albon 8c de Graisivaudan. Béatrix se remaria"* en troisièmes noces avec Hugues, seigneur de Coligny-le-Neuf , après la mort du duc de Bourgogne, son second niari, arrivée en iigi, 8c elle eut des enfans de ce troisième mariage.

XCII. — Association faite au Piiy pour le rétablissement de la paix.

Le comte de Toulouse fit enfin sa paix avec le roi d'Aragon dans le temps qu'ils paroissoient les plus irréconciliables. L'événement suivant, au rapport de divers auteurs du temps^, donna lieu a leur réconciliation. Un charpentier de la ville du Puy, que les uns nomment Pierre 8c les autres Durand, homme simple 8c pieux, alla trouver l'évêque de cette ville, vers la fête de Saint-André de l'an 1182, &c l'assura que Dieu lui avoit ordonné de rétablir la paix dans le royaume, qu'une infinité de brigands qui couroient de toutes parts Se la guerre que se faisoient divers princes avoient mis dans la dernière

' Voyez tome IV, Note L, n. xvi , p. 2i5 & < Histoire gSnêalog'ijue Jes pairs Je France, t. i,

Euiv. pp. 5^5, 563.

' Albericus, Chronicon, ann. i 184. 5 Gaufridiis, prier Vosiensis, Chronlcon, p. SSç.

' Chorier, Histoire générale du Dauphiné, t. 2, — Continuatio chron. Roberti de Monte. — Ri-

p. 72 & suiv. gordiis, De gestis Philippl Augusti, p. 12.

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désolation. II lui présenta un papier qu'il prétendoit avoir reçu du ciel & sur lequel étoit peinte l'image de la Vierge, qui tenoit entre ses bras l'enfant Éd-o,igin. Jésus, avec cette inscription autour : Agniis Dei, qui îollis peccata mundï, dona nohis pacem, 8c l'exhorta de concourir de toutes ses forces à l'établissement de cette paix. L'évêque du Puy ne fit d'abord aucun cas de cette prétendue révélation, & tout le peuple de la ville regarda cet homme comme un visionnaire. Il se trouva cependant dans la suite quelques citoyens qui se laissèrent persuader & qui formèrent, après Noël, une espèce d'association ou de confrérie pour travailler de concert au rétablissement de la paix : leur nombre augmenta peu à peu, & enfin ils dressèrent les statuts suivants. On convint : i^ que ceux qui s'engageroient dans cette association porteroient un capuchon de toile blanche fait en forme de scapulaire, comme le portoient les religieux de Cîteaux & à peu près comme le pallium des archevêques, 8c qu'on y attacheroit du côté de la poitrine une plaque d'étain ou de plomb sur laquelle seroit une image de la Vierge, telle qu'on l'a décrite, avec ces mots : Agnus Del, Sec; 2° que ceux qui seroient reçus dans la confrérie confesseroient leurs péchés, donneroient six deniers tous les ans &c iroient à la guerre avec leurs confrères toutes les fois qu'ils seroient commandés, excepté les ecclésiastiques séculiers 8c réguliers qui, au lieu de porter les armes, prieroient Dieu pour la paix.

La dévotion qu'on avoit à la Vierge, honorée dans l'église du Puy, amenoit ordinairement tous les ans dans cette ville un grand nombre de pèlerins le jour de l'Assomption ; mais le bruit que fit cette confrérie y attira, en 1 183, un concours encore plus grand; 8c plusieurs princes, évêques, abbés, chanoines Se autres ecclésiastiques s'y rendirent. L'évêque du Puy, qui avoit changé de sentiment à l'égard du charpentier, le fit venir dans la cathédrale le jour de la fête, 8c, l'ayant fait monter sur un échafaud qu'il avoit fait dresser exprès, il lui fit exposer devant tout le peuple assemblé de quelle manière il avoit reçu l'ordre de Dieu pour établir la paix : cet homme pour preuve de sa mission montra l'image qu'il prétendoit avoir reçue du ciel. L'évêque parla ensuite avec tant de force que tous ses auditeurs, fondant en larmes, promirent par serment de garder la paix 8c dejnandèrent d'être agrégés à la confrérie. Ils se revêtirent tous d'un capuchon fait comme on l'a déjà dit, 8c le gardèrent toujours depuis pour marque de leur confédération. Un des historiens' de qui nous avons pris ce détail observe que ceux qui portoient le capuchon avec l'image de la Vierge, marchoient avec tant de sûreté que si quelqu'un d'entre eux, après avoir commis un homicide, venoit ti rencontrer le frère de celui qu'il avoit tué, ce frère oublioit aussitôt tout ressentiment de vengeance, donnoit le baiser de paix au meurtrier, le conduisoit jusque dans sa maison 8c lui fournissoit toutes les choses nécessaires à la vie. Un autre ^ ajoute que la paix fut ainsi rétablie dans toute la Gothie, 8c qu'elle y fut observée pendant quelque temps.

' Cniifridus, pr'ior Vosiensi». ' Rigordus, De gcstis Philipp! Augusti, p. 12.

io8 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIX.

An 1 1 83

Un troisième ' historien du temps, mais étranger, rapporte l'histoire de cet événement d'une manière un peu différente. Il assure que cette société, qu'il appelle la secte des capuchons, commença d'abord en 1182 par douze citoyens du Puy que l'évêque, qui fit le treizième, confédéra pour le rétablissement de la paix, après que le charpentier lui eut fait part de la révélation qu'il prétendoit avoir eue; que dans peu toute la ville du Puy & les pays circonvoisins suivirent leur exemple j que des évêques, des abbés, des religieux & des gens de toute condition embrassèrent l'institut, & firent serment de ne causer aucun dommage à personne; mais de poursuivre de concert jusqu'à la mort ceux qui leur feroient quelque injure. Il étoit permis, ajoute-t-il, aux laïques de contracter un mariage légitime, à moins qu'ils n'aimassent mieux demeurer dans le célibat. Ils portoient pour marque de leur secte 6" de leur ordre un capuchon de toile sur lequel étoit appliquée, du côté de la poitrine, une image de la Vierge d'étain ou de plomb; mais ils ne la mettoient que quand ils alloient à l'armée. Cet historien dit enfin que ces associés, s'étant extrêmement multipliés, ils exterminèrent presque entièrement, quelques années après, les Brabançons, qui causoient des ravages infinis dans le royaume.

Plusieurs auteurs postérieurs^ rapportent encore différemment l'origine & t'^m*'"^65 '*^ progrès de cette association. Quelques-uns prétendent que ce tut une supercherie de la part d'un chanoine du Puy, qui, voyant que le pèlerinage de Notre-Dame étoit interrompu par les courses continuelles des routiers, S<. par la guerre qui régnoit alors entre divers princes, aposta un jeune homme qu'il déguisa en Vierge &< qui, s'étant montré au charpentier, homme simple £c crédule, lui persuada tout ce qu'il voulut. Quoi qu'il en soit, il est certain du moins que cette apparition, vraie ou fausse, fit une si forte impression qu'elle donna occasion au rétablissement de la paix, à la destruction des routiers qui désoloicnt les provinces Sv. à la cessation des hostilités entre divers princes qui se taisoient la guerre; Se cet événement tut si célèbre dans le temps qu'on le marqua dans la date des chartes. Telle est une donation ^ que Bernard d'Anduze fit, en ii83, à la confrérie de Sommières, Philippe, roi des François, régnant, Guillaume d'Ujès étant évêque de Nimes, la même année que la paix de la bienheureuse Marie commença iy qu'elle Jut divulguée. Au reste, aucun de ces historiens ne marque le nom de l'évêque du Puy qui procura cette paix. Ce fut Pierre'*, quatrième du nom, cjui posséda cet évêché depuis l'an iiSg jusques en ii8g. Le pape Luce III lui défendit^ d'empêcher à l'avenir le légitime mariage des veuves, & d'exiger de l'argent contre les canons de celles qui se marioient ou qui se taisoient enterrer "5.

' Gervasius, inonachus Dorolîcrnensis, Chron'tca, ' Innocent III, 1. lo, Ejrist. 85.

ad <inn. 1182. * Cette association des Encapuchonncs fut toute

* Gissey, 1. 3, ch. 6, — Théodore, Histoire de populaire & naquit pour amsi dire spontanément.

Vôtre-Dame du Puy, 1. 2, c. 3. La diversité des témoignages des auteurs contem-

3 Voyez tome VIII, Chartes, n. XXXIII, c. 355. porains qui cherchent à expliquer cet événement

^ Gallia Chriitiana, nov. éd. t. 2, p. 2o5 & seq. étrange suffit à prouver cette assertion. Les rava-

Ces mêmes historiens ne marquent pas non plus le nom des princes 8< des grands seigneurs qui se trouvèrent au Puy à la fête de l'Assomption de l'an ii83 Se qui jurèrent d'observer la paix. L'un' d'entre eux fait entendre que le comte de Toulouse 8< le roi d'Aragon furent de ce nombre; car il intitule le chapitre où il rapporte cet événement ; de la réformation miraculeuse de la paix entre Raimond, comte de Saint-Gilles, iS- le roi d'Aragon. Mais ces deux princes ne la conclurent que longtemps après.

XCIII. — Le comte de Toulouse continue la guerre contre le roi d'Angleterre 6" fait sa paix avec le seigneur de Montpellier.

Cependant les routiers Se les autres brigands que le jeune roi d'Angleterre avoit appelés à son secours, achevèrent de désoler le Limousin 8<. étendirent

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ges des routiers, employés par les princes anglais & les seigneurs méridionaux dans leurs guerres continuelles, avaient réduit les populations du centre de la France à l'état le plus précaire. On peut voir dans un travail reinarcjuable de feu Géraud, de l'École des Chartes, des détails intéressants à ce sujet [Biillothi^uc de l'Ecole des Chartes, t. III, p. iiî'i mais ces détails ne se rapportent pas assez au Midi pour trouver place dans cette noie; d'autres faits, mentionnés notamment dans le recueil des miracles de Rocamadour (Voir dans la même collection, t. 18, un article de M. Servois, pp. 2'!6 & 237), nous prouvent que le Midi eut sa large part des malheurs de cette triste époque. Extorsions & abus de pouvoir des petits seigneurs, ravages & pillages des bandes armées qui parcouraient le pays, tout s'unissait pour rendre la condition des paysans déplorable. Tant de calamités surexcitèrent l'imagination populaire, & le recueil des mir.icles de Rocamadour prouve qu'elles donnèrent naissance à une recrudescence de dévotion à la Vierge. Les pèlerinages, les vœux se multiplièrent, & de ce grand mouvement des esprits sortit une tentative des opprimés pour mettre fin au joug qui pesait sur eux. Ce mouvement n'était ni sans exemple, ni sans précédents. Dès le onzième siècle, vers io3i, au rapport d'un contemporain, André de Fleury (de Certain, Miracles de saint Benoît, pp. \i)2 & 193), les paysans du Berry, conduits par leurs prêtres & soulevés par l'archevêque Aimon, avaient pris les armes pour faire respecter la paix aux petits tyrans des environs. Inutile d'ajouter que bien souvent la direction de ces bandes échappa au clergé, & que ces révoltes dégénérèrent en vraies jacqueries que les seigneurs eurent d'autant moins de peine à réprimer que les rebelles commettaient plus d'excès. — Comme en io38, ce fut le clergé du Vêlai qui souleva le pays en ii83 contre les oppresseurs. Le pèlerinage de

Kotre-Dame du Puy, très-fréquenfé à cette époque, réunissait chaque année dans cette ville, au mois d'août, un grand nombre de fidèles, & entretenait dans toute la contrée une grande ferveur religieuse, & d'augre part le Vêlai avait eu à souffrir plus que tous les diocèses voisins des luttes continuelles qui divisaient les seigneurs; rappelons notamment l'hostilité permanente des vicomtes de Polignac & des évêques du Puy. Aussi l'association qui se forma fut-elle exclusivement religieuse, & se plaça-t-elle sous la protection immédiate de la Vierge; la règle que les confrères s'imposèrent fut presque monastique (défense de jurer, de fréquenter les tavernes, de porter des habits luxueux'). Cette institution eut d'abord des résultats excellents; elle s'étendit dans tout lemidi de la France, dans la Provence, l'Auxerrois & l'Orléanais, 8c plusieurs défaites infligées aux routiers vinrent prouver qu'elle avait bien son utilité. Mais elle ne tarda pas à devenir un danger terrible pour la société, telle qu'elle existait alors; de religieuse & de pacifique, la confrérie devint une association toute politique, & voulut obtenir des libertés & des franchises. Dès lors abandonnée par le clergé, elle cessa bientôt de compter; chassés du diocèse d'Auxerre & du nord de la France' les confrères essuyèrent plusieurs défaites & finirent par disparaître entièrement. Les maux qu'ils avaient essayé d'adoucir ne cessèrent pas de se faire sentir, mais une nouvelle institution, \e commun de la paix, les atténua dans une certaine mesure & une fois l'autorité royale fermement établie dans le Midi, & organisée par le sage & clairvoyant Louis IX, les guerres privées devinrent de plus en plus rares. (Voyez à ce sujet Bouiaric, Institutions militaires, pp. 171-17.}.] [A. M.) ' Rigord.

■ Voir la firavure de la médaille qu'ils portaient dans F. .Maiidel, Histoire dit Vflai, t, 2, p. 19?,

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leurs courses' jusque dans le bas Languedoc; ils passèrent^ dans l'Auvergne, au. commencement de l'an 1184, & mirent l'abbaye d'Aurillac à contribution. Raimond, fils du comte de Toulouse, étoit alors à leur tête, suivant le témoifniage d'un auteur-* du temps, qui marque « que ce prince repassa avec « eux dans le Limousin, qu'ils assiégèrent le château de Payrac, le 7 de « février. Se qu'ils ravagèrent tous les pays voisins soumis au roi d'Anglen terre. » Nous comprenons par là que Raimond, comte de Toulouse, continua la guerre contre le roi d'Angleterre &c Richard, duc d'Aquitaine, son fils; mais il paraît qu'il fit bientôt après sa paix avec le seigneur de Montpellier.

On rapporte"*, en effet, que « Guillaume, seigneur de Montpellier, rendit « hommage à Raimond, comte de Toulouse, le 9 de mai de l'an 1184, en « présence de Jean de Montlaur, évêque de Maguelonne; qu'il lui soumit, « étant à genoux 8c les mains jointes, la ville de Montpellier, le château de u Lattes &. le lieu de Castelnau ; qu'il renonça volontairement à toutes ses « prétentions sur le territoire de Substantion, où il ne se réserva que les « anciens usages, & qu'en un mot il assujettit tous ses domaines à l'autorité « de ce prince^. »

XCIV. — Le comte de Toulouse convient d'un traité avec le roi d'Arason.

Enfin Raimond, comte de Toulouse, Se Alfonse, roi d'Aragon, terminèrent entièrement leurs différends par un traité solennel dont ils convinrent<5 au mois de février de l'an ii85. Leur entrevue se fit aux environs du Rhône 8c, vraisemblablement dans l'île de Gernica, entre Beaucaire 8c Tarascon, sur les confins de leurs Etats ; 1° Ils confirmèrent 8c renouvelèrent l'accord qu'ils avoient conclu neuf ans auparavant dans cette île; en sorte qu'ils promirent réciproquement de se faire droit les uns aux autres, par l'arbitrage de leurs vassaux, touchant les prétentions que le roi avoit sur le comté de Melgueil 8c le château d'Albaron possédés par le comte, 8c celles que le comte avoit sur les domaines du Rouergue 8c du Gévaudan possédés par le roi. 2° Ils promirent de vivre dans la suite en bonne intelligence 8c de s'aider mutuellement contre leurs ennemis communs, depuis le port ou le col de Cluse jusques au mont Cenis, dans tous les comtés de Toulouse 8c de Querci, 8c dans la Provence. 3° Ils convinrent d'obliger leurs sujets qui auroient quelque t^liri^'cû <-lifférend avec l'un des deux à lui faire satisfaction. 4° Ils s'engagèrent à s'entr'aider dans les prétentions qui leur étoient communes sur la ville

' Gariel, Scries praesulum Magaïonemium, p. 233. peut voir tome VIII, ce. SyS, 374. Ils ont pour but

' GaufridiiS, prier Vosiensis, Chronicon, p. 3^o de fixer le mode de possession des étaux dw i-.iar-

& seq. elle & le prix des viandes débitées sur lesdits étaux. ' Gaufridus, prior Vosiensis, Chronicon, p. 342. [A. M.1

^ Gariel, Séries praesulum Magalonensium, -p. 1^3. " Mjrca Hispanica , c. iSyS & seq. — Voyez

^ De cette année 1184 datent des statuts pour tome VII, Note IV, pp. 10 & ti.

la corporation des bouchers de Toulouse que l'on

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d'Avignon. 5" lis exceptèrent de la promesse réciproque qu'ils se firent de se secourir contre tous ceux qui les attaqueroient, le roi de France, le roi de Compostelle (ou de Léon) S< le comte de Forcalquier. 6° Ils choisirent pour arbitres, en cas qu'il s'élevât dans la suite quelque différend entre eux, Bérenger, archevêque de Tarragone, Gaucerand de Pins, Guillaume de Saliran 5c Raimond d'Agout, juge du palais; ou à leur défaut un pareil nombre de leurs vassaux. Le traité fut passé en présence de l'archevêque de Tarragone, de ces trois seigneurs, de Bernard, archevêque de Narbonne, Bernard, évêque de Barcelone, Guillaume Pétri, prévôt de l'église d'Albi, lequel parvint, la même année', à l'évêché de cette ville, & d'Ermengarde, vicomtesse de Narbonne. Il parok par là que cette vicomtesse, alliée du roi d'Aragon, s'étoit aussi réconciliée alors avec le comte de Toulouse.

XCV. — Le comte de Toulouse accorde divers privilèges aux hahîtans

de Ni me s.

Ce comte alla ensuite à ^ Nîmes, où il accorda, le i" de mars suivant, divers privilèges aux habitans qui demeuroient dans l'enceinte des fisses dont on venoit de renfermer cette ville. Il les exempta, entre autres, de tolte 6- de queste, conformément à l'exemption que le vicomte Bernard-Aton, ses frères, leur père Se leur mère leur avoient accordée. L'acte fut passé en présence de Raimond Rascas, seigneur d'Uzès, & de plusieurs gentilshommes des environs. Il ne paroît pas que le vicomte Bernard-Aton fût alors à Nimes; mais il y a lieu de croire qu'il fit sa paix avec le coipte Raimond en même temps que le roi d'Aragon dont il étoit allié. Raimond se qualifie comte de Toulouse &» de Nimes dans cette cliarte.

XCVI. — Roger, vicomte de Carcassonne, reçoit quelques hommages. Pont de cette ville sur l'Aude.

Roger II, vicomte de Carcassonne, de Béziers, d'Albi & de Razès, autre allié du roi d'Aragon, fit aussi sans doute sa paix avec le comte de Toulouse vers le même temps; mais il paroît qu'ils n'étoient pas encore réconciliés au mois de juin de l'an 1184, lorsque Raimond Vassadel de Puiserguier fit hommage^ à ce vicomte & promît de le servir contre le seigneur de Toulouse 6" le seigneur de Narbonne pour un certain droit que Roger lui permit de lever, à cause du guidage du chemin depuis Béziers jusqu'à Narbonne, & qu'il lui avoit donné en fief. Aymerî de Clermont donna alors à Roger la moitié du droit qu'il avoit sur les mines dans le territoire du château de Cabrières. Ce vicomte accorda'* divers privilèges, au mois d'avril de la même année, aux habitans de Carcassonne, entre autres la liberté de construire un

' GM\(i Christlana, nov. éd. t. i , p. |6. ' Cartiilaire du château de Foix.

' Voyez tome VIII, Ch.irtes, n. XXXVII, ce. 33o ■• Voyez tome VIII, Chartes, n. XXXVI.

& 33i. [Voir nu livre XX, an i 187. J

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pont sur l'Aude'. Udalger de Poncian, par son testament^, suivant lequel il se donna pour chanoine à la cathédrale de Carcassonne, le mercredi i" de mars de l'an ii83 (1184), rit ce vicomte son exécuteur testamentaire St lui légua tous les châteaux & domaines qu'il possédoit dans le comté de Razès Et le diocèse de Toulouse, afin que son fils Udalger les tînt de lui en fief.

■ On peut voir cette charte complète, tome VIII, ce. 374 à 376. C'est la première charte de coutume de la ville de Carcassonne. Outre le droit de construire un pont sur l'Aude, elle accorde aux habitants rafiVanchissement du droit de mainmorte & les autorise à disposer de leurs biens par testament. Permission à tous de venir résider en toute sûreté à Carcassonne; exemption du guidage & du sur-guidage; fixation des droits sur l.i vente du blé & du poisson; fixation du prix du sel au sa-

lin vicomtal. — A propos de ce pont, remarquons que ce n'est pas du pont actuel de Carcassonne, dit le Vieux-Pont, qu'il est question, mais d'un autre qui a du précéder celui qui existe actuelle-» ment. Ce dernier date de la fin du treizième siècle. (Voir t. IV, p. 847, c. I, note.] [A. M.]

' Archives de la cathédrale de Carcassonne. — De Vie, Histoire de Carcassonne, p. yS. — GalUa Christiana, t. 6, Instium. c. 44t. — [Voye^ tome V, c. •4(>'), n, 32.]

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