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de l'an ii85. Un moderne' prouve fort bien que ce roi, en retirant la Provence des mains de Sanche, lui donna en échange les comtés de Roussillor £<. de Cerdaene : ainsi l'ancien- auteur des Gestes des comtes de Barcelone se trompe lorsqu'il assure « que Sanche n'eut aucune part dans les domaines « du roi Alfonse, son frère, & que ce dernier ne voulut jamais lui en rien <( donner. » Au reste, le roi d'Aragon fit cet échange avec Sanche, son frère, dans la vue de disposer, comme il le fit en effet, du comté de Provence & des vicomtes de Millau & de Gévaudan en faveur d'Alfonse, son fils puîné. On voit encore par la donation que le roi d'Aragon fit, en ii85, en faveur de l'église d'Aix, que ce prince, après avoir repris le comté de Provence, en confia le gouvernement à Roger-Bernard, comte de Foix, son cousin, qui s'étoit sans doute ligué avec lui contre le comte de Toulouse.
La paix entre ces deux princes ne fut pas de longue durée. En effet, le roi d'Aragon étant allé, au mois d'avril suivant, à Najac, en Rouergue, où Richard, duc d'Aquitaine, ennemi du comte de Toulouse, lui avoit donné rendez- vous, ils formèrent ensemble une nouvelle ligue 3. Par le traité Richard céda à Alfonse « les domaines que Roger, vicomte de Béziers, & « Trencavel, son frère, avoient tenus de lui en fief, & s'engagea : i° De faire « restituer à ce prince le château d'Hariza que le roi de Castille lui détenoit « avec quelques autres châteaux qui étoient au pouvoir du roi de Navarre. « 2° En cas qu'il n'exécutât pas fidèlement cette promesse, de se remettre en « otage dans une place d'Alfonse, quarante jours après que ce dernier l'auroit « sommé de l'exécution. « Nous comprenons par Ik que le vicomte Pvoger H s'étoit soumis à la suzeraineté du duc d'Aquitaine pour la vicomte de Carcassonne, & qu'il l'avoit reconnu pour seigneur dominant dans le comté de
II. — Le vicomte Roger adopte Alfonse, infant d'Aragon. — Droits de Vévêque iy du vicomte sur la ville de Bé-^iers.
Le roi d'Aragon, après ce traité, en conclut un autre avec le même Roger, qui s'exprime ainsi dans l'acte : « Moi, seigneur-^ Roger, vicomte de Béziers; « de Carcassonne, de Razès 8c d'Albi, confesse & reconnois de bonne foi que
' Bouche, Histoire de Provence, t. 2, p. 170, une critique générnlement si perspicace que l'on ' Marca Hispanica, c. 55i. peut ajouter foi à son témoignage. Le Trencavel, ^ Zurita, Anales de la corona de Aragon, 1. 2, frère de Roger II, qui figure dans cet acte, est le c. 40. Raimond-Trencavel qui paraît dans plusieurs actes ^ Cette alliance entre le duc d'Aquitaine &■ le conjointement avec lui (Voir notamment tome V, vicomte de Béziers, car ce n'est pas autre chose, c. 1430, n. 84) &. qui, jusqu'en ii85, date de la malgré cette forme de recommandation & d'iiom- naissance de Raimond-Roger, fut l'héritier prémage que demandaient les mœurs du temps, dut somptif de Roger II. Il vivait encore en 1211; à se couclure vers 1177, moment où Roger II avait cette date il céda à Simon de Montfort ses droits guerre avec le comte de Toulouse (t. VIII, c. 325). sur les domaines de son feu neveu. (Voir t. VIII, Remarquons que seul Zurita mentionne ce fait; il c. 609 & suiv.) [A. M.]
est vrai que cet auteur a eu entre les mains une ' Voyez tome VIÎI, Chartes, n. XXXIX, ce. 383,
telle masse de documents £t les a employés avec 384.
HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XX. n5
An H 85
« VOUS mon seigneur Alfonse, par la grâce de Dieu roi des Aragonois, comte « de Barcelone, marquis de Provence, m'avez défendu Si protégé contre tous « mes ennemis. Je reconnois véritablement que j'aurois été dépouillé de tous « mes domaines, si vous ne m'aviez secouru avec vos vassaux. Vous m'avez « comblé de biens, aussi bien que mes sujets, dans tous nos besoins; vous (c avez toujours fait la guerre pour moi, 8c vous avez regardé mes querelles « comme les vôtres. Enfin, je vous suis entièrement redevable de la conser- « tion de mon patrimoine : c'est pourquoi je donne à votre fils Alfonse ou à K son défaut à tout autre de vos fils, que j'adopte pour mon fils, toutes mes « terres, cités, villes, bourgs, châteaux, villages, hommes, femmes, évêchés, « abbayes, prieurés 8c, en un mot, tous mes biens quels qu'ils soient, avec « tout ce qui doit me revenir de la succession de mes proches; à condition « que ce fils héritera de tout ce que vous avez en Provence 8c à Millau, de « tout le comté de ce nom Se de tout ce que vous possédez dans les pays de « Gévaudan 8c de Rouergue. » Le roi d'Aragon, de son côté, donna par le même acte à son fils Altonse toute la terre de Provence Se Millau, avec ce qu'il possédoit dans le comté de ce nom 8c dans le Gévaudan 8c le Rouergue, ou à un autre de ses fils au défaut d'Alfonse. Bérenger, 'archevêque deTarragone, Se plusieurs seigneurs séculiers furent présens à ce traité, qui fut passé à Béziers,
Geofroy, élu* évêque, 8c les abbés de cette ville, Guillaume de Montpellier, plusieurs autres barons du pays Se tout le peuple se rendirent ensuite dans la cathédrale de Saint-Nazaire pour fixer les droits qui appartenoient à l'évêque Se au vicomte, tant sur la ville de Béziers que sur les faubourgs. Se savoir au juste en quoi consistoit le domaine de Roger sur cette ville, 8e ce que le roi d'Aragon pourroit prétendre en vertu de cette donation. L'enquête éj. orign. fut dressée, du consentement de l'évêque, de son chapitre, de Roger 6- de sa cour, sur le témoignage de trois principaux bourgeois. On convint que le vicomte n'avoit aucun droit de tolte, de queste 6" d'albergue sur les habitans vassaux de l'église 8c sur les siens; qu'il n'avoit aucune justice sur ceux-là, excepté les cas d'homicide Se d'adultère; Se que l'évêque Se le vicomte avoient chacun droit de chevauchée sur leurs vassaux, mais pour les faire servir seulement dans l'étendue du diocèse. On vérifia quelques autres articles touchant l'administration de la justice. Se on reconnut que les églises Se les hôpitaux de Béziers étoient des lieux d'asile. Il est marqué enfin que le vicomte Roger avoit accordé que tous ceux qui viendroient s'établir à Béziers, dans quelque quartier de la ville que ce fût, seraient libres Se indépendans, tant de lui-même que de tout autre seigneur Se exempts de toute servitude, comme l'étoient les autres habitans de la ville, que ce vicomte exempta de payer la leude à Saint-Thibéry^.
' Catel , Mémoires ie l'histoire du Languedoc, fée, nous croyons devoir la compléter sur certains
p. 644. — [Gallia Christiana, nov. etl. t. 6, Instrum. points. — Même en cas d'adultère ou d'homicide,
ce. 142, I4-J.J commis p.ir un homme de l'église c.ithéJralc ou
' L'analyse de dom Vaissetc éwnt un peu ècour- des églises abbatiales de Saint- Aphrodise & de
t. 111, p. or
An 1 1 8 j
Ji6 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XX.
On ne sauroit se persuader que le vicomte Roger ait voulu par cet acte faire une donation absolue de tous ses domain^^s à Alfonse, fils puîné du roi d'Aragon, car la vicomtesse Adélaïde de Toulouse, sa femme, accoucha', vers Pâques de la même année, de Raimond-R.oger, leur fils; il avoit par conséquent alors une espérance certaine de laisser un héritier. Ainsi il aura voulu seulement se rendre vassal du jeune prince d'Aragon, comme successeur du roi, son père, dans le comté de Provence Se les vicomtes de Millau Se de Gévaudan. On voit, d'ailleurs, que Raimond- Roger hérita de tous les domaines de Roger, son père, sans aucune difficulté de la part de la maison d'Aragon. Au reste, comme cette donation fut faite au préjudice des droits de suzeraineté que le comte de Toulouse avoit sur tous les domaines de Roger, c'est une preuve que ce vicomte Se le roi d'Aragon qui la reçut étoient alors ennemis de ce prince. Si qu'ils s'étoient ligués de nouveau contre Jui^.
Roger se rendit, au mois de juillet^ suivant, à La Caune, en Albigeois, 8c là, étant dans le cimetière de Sainte-Marie, il confirma avec la vicomtesse, sa femme, par une charte qu'ils firent sceller de leur sceau, en faveur de Guillaume de Rocozel, prévôt de Notre-Dame de Beaumont, en Rouergue, toutes les donations que ses ancêtres, fondateurs de cette église, y avoient faites. Roger permit'^, au mois de février de l'année suivante, de bâtir le château d'Escoussens. Il confirma', deux mois après, en présence de Guillaume Pétri, évêque d'Albi, d'Isarn, abbé de Valseguier ou de Montolieu, de Bernard, abbé de Caunes, Sec, une donation qu'un bourgeois de Carcassonne avoit faite à l'abbaye de Fontfroide, & donna en fief, au mois d'août, ce qu'il avoit au château de Ra-^ès^,
S.'iliit-Jîicqiies, le vicomte ne peut juger le criminel Béziers meurt intestat, ses biens restent un an St
qu en présence de l'évéque ou des nbbés. Le vicomte un jour dans une église ou entre des mains- fidè-
applique la punition corporelle, en cas de con- lesj si, au bout de ce temps, il ne s'est présenté
fiscation , l'église cathédrale eu abbatiale reçoit aucun héritier, ils appartiennent au seigneur dans
les biens. Si c'est une femme qui a été convaincue le bourg duquel il est mort. [A. M.]
d'adultère, elle subit la punition corporelle, mais ' Voyez tome V, Chroniques, c. 33, & tome VII,
le mari n'a point à supporter l'amende. Outre ces Note XXXIX, n. vi, p. 114.
deux cas, le vicomte connaît encore de la blessure ' Le raisonnement de dom Vaissete est parfaite-
avec effusion de sang quand la mort s'en est sui- ment juste, & les prétentions des écrivains espa-
vie. — Les deux coseigneurs ne peuvent l'un sans gnols, qu'il réfute dans la note plus haut citée,
l'autre exiger le sacramentum des habitants de Bé- ne sont nullement fondées. [A. M.]
ziers. — En cas de plainte par-devant le vicomte, ^ Voyez tome VIII, Chartes, n. XL, c. 385.
les habitants de Béziers n'ont à payer aucun droit * Cartulaire du château de Foix.
de Arudaria à la vicomtesse. — Le témoignage des ' Archives de l'abbaye de Fontfroide.
bailes du vicomte ou de l'évèque ne suffit pas en ' A cette année 1 i85 appartient un traité de
justice; il faut celui des probi homines qui ont commerce conclu entre le seigneur de Montpellier,
assisté à la capture du coupable. Le plaignant n'a l'évèque & le vicomte d'Agde. (Voir M. Germain,
point à fournir caution à la cour; celle-ci, toute- Commune de Montpellier, t. 2, pp. 420 à 422.) Par
fois, peut le retenir en otage dans l'intérieur de ce traité conclu pour dix ans, l'évèque & le vicomte
la ville; &, s'il en sort sans l'aveu du tribunal, s'engagèrent à protéger & à ne point molester
ce dernier peut le faire saisir partout où on le Guillaume de Montpellier & ses hommes, non
trouvera. — La partie gagnante dans un procès plus que les marchands venant au port d'Agde,
n'a à payer que les dépens; la partie perdante que ces marchands fussent chrétiens, sarrasins ou
pnye l'amendi; £< les dépens, — Si un habitant de juifs; leurs biens, leurs vaisseaux n'auront rien à
An 1 1 85
An 1 i8â
III. — Le roi d'Aragon &- le duc d'Aquitaine font la guerre au comte de Toulouse, qui lève le siège de Carcassonne.
Il est marqué, dit-on', clans les anciens martyrologes de la cathédrale de Carcassonne « que cette ville tut assiégée en 1180, & que l'armée qui avoit « formé le siège tut défaite le 4 des nones de février. » Un moderne^ assure, sur cette autorité, que Raimond, comte de Toulouse, ayant assiégé alors Carcassonne sur le vicomte Roger, le roi d'Aragon vint au secours de ce dernier, défît l'armée du comte & l'obligea à lever le siège.
Cet événement, qui appartient à l'an 11 86, suivant notre manière de commencer l'année, détermina peut-être Richard, duc d'Aquitaine, allié du roi d'Aragon, à attaquer de son côté le comte de Toulouse. Nous savons en effet que Richard^, ayant assemblé en 1186 une armée considérable, entra dans les terres de ce prince, ravagea plusieurs villages 8c lui enleva divers châteaux, soit par la ruse, soit par la torce. On peut rapporter au temps de cette expédition des lettres de Richard données"* à Agen , en présence de Guillaume, seigneur de Montpellier, par lesquelles il prend l'abbaye de Candeil, en Albigeois, sous sa sauvegarde; elles nous donnent lieu de croire : 1° que ce duc étendit alors ses courses jusque dans l'Albigeois; 2° que le même Guillaume étoit ligué avec lui.
IV. — Le seigneur de Montpellier répudie Eudoxe Comnène 6- épouse Agnès,
Ce seigneur répudia, en 1187, Eudoxe Comnène, sa femme, pour épouser Agnès dont nous ne connoissons pas la maison, mais qui étoit proche parente du roi d'Aragon. On ' prétend « qu'un des principaux motifs de ce divorce « fut le mépris qu'Eudoxe, tîère de la grandeur de sa naissance, conçut de ^'{■,°'','6'i'- (! Guillaume, qu'elle avoit épousé comme par force. On ajoute que ce sei- (' gneur, indigné du procédé de sa femme, eut recours au roi d'Aragon, son <■ protecteur, qui lui conseilla de la répudier & lui donna en mariage Agnès, « sa parente, qu'il avoit tait élever dans son palais; que Guillaume, qui « n'avoit qu'une iille d'Eudoxe dont il n'espéroit plus d'enfans &c qui souhai-
crnin<Jre de leur part, & ils ne pourront détenir cet événement au i février 1186 (v. st.). [A. M.]
soit leurs biens, soit leurs personnes, à moins de ' Besse, H'tnoire Jes ducs, marquis & comtes Je
faute bien certaine inculpa certa). Les obligations S^rhonne, p. 332.
du seigneur de Montpellier sont analogues, & ' GervasiusDorobernensls, CAronicon.ann. 1 1 86.
chacune des parties contractantes fit jurer en même ^ Voyez tome VIII, Chartes, n. XLI , c. 388.
temps qu'elle trois de ses amis. [A. M.] — Dora Vaissete tire de ce petit acte une conclu-
' Besse, Histoire des ducs de Narhonne, p. 332. sion trop précise. Il prouve seulement que l'ab-
On ne trouve rien de semblable dans les nécro- baye de Candeil ayant des relations commerciales
loges publiés par M. Cros-MayrcvicUe, en appen- ou autres dans les Etats du duc d'Aquitaine avait
dice i son Histoire de Carcassonne, p. 83 & sniv. besoin de sa protection. La pièce est d'ailleurs
Mais Besse avait sans doute connu les quelques donnée à Agen. [A. M.]
mots que dom Vaissete lui-même a édités ;^'oyez ^GaneX, Séries pracsulum Magalonensium, ^.iji, tome V, c, 3.0); remarquons qu'il faut rapporter
« toit extrêmement d'avoir un mâle pour successeur, employa le crédit de « l'archevêque d'Arles pour obtenir du pape la permission de la répudier S< « de convoler en secondes noces; & que, sur le refus du pontite, il passa « outre & épousa solennellement Agnès, dont il eut plusieurs enfans. » Mais la plupart de ces faits ne sont appuyés que sur l'autorité particulière d'un historien moderne, qui ne se pique pas d'une exactitude trop scrupuleuse. Ce qu'il y a de certain c'est que Guillaume, au mois d'avril de l'an 1187, répudia Eudoxe dont il n'avoit qu'une fille, nommée Marie, pour contracter un nouveau mariage avec Agnès, à laquelle il donna' pour douaire la moitié de ses biens meubles Sv. immeubles"; & que cette dame étoit parente du roi d'Aragon, comme il paroît par une donation^ que ce prince lui fit & au seigneur de Montpellier, son mari, du château & du domaine de Prats pour en jouir pendant leur vie. Cette donation du roi Alfonse est datée du mois d'avril de l'an 1187, en présence de l'archevêque de Tarragone & de l'évêque de Lérida, 8c il paroît par là que Guillaume épousa Agnès en Aragon, 8t qu'Alfonse assista à cette cérémonie.
Eudoxe^, au désespoir de se voir répudiée, moins par amour pour le seigneur de Montpellier, son mari, qu'elle ne pouvoit souffrir, que par les intérêts de Marie, leur fille, eut recours à l'autorité de Jean de Montlaur, évêque de Maguelonne, qui, conjointement avec l'archevêque de Narbonne, frappa Guillaume d'anathème & jeta l'interdit sur tous ses domaines; mais, ajoutet-on, le roi d'Aragon, qui s'intrigua beaucoup dans cette affaire, engagea bientôt après le pape à lever l'un Se l'autre. Eudoxe fut ainsi obligée de quitter Montpellier : elle se retira dans l'abbaye d'Aniane, auprès de Rairaond-Guillaume, oncle paternel du seigneur de Montpellier qui en étoit abbé, où elle mourut saintement.