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son père, avoit accordés k l'église de cette ville, entre autres la permission d'y lever un péage de treize deniers du Ptiy pour chaque charge qui entroit dans la ville, savoir : cinq deniers pour l'évêque, trois deniers pour l'église du Puy 8t cinq deniers pour le vicomte de Polignac, qui les tenoit en fief de la même église. Par l'autre charte' Philippe reçut l'hommage lige d'Odon, seigneur de Tournon, pour le château de ce nom, situé en Vivarais, sur les bords du Rhône^. Philippe-Auguste étendoit donc sa domination jusqu'à ce fleuve, 8i le Vivarais lui étoit soumis. Il paroît, au reste, que ce prince entreprit le voyage du Puy par un mouvement de dévotion envers la sainte Vierge honorée dans l'église de cette ville, & pour implorer son secours avant que d'entreprendre le voyage de Terre-Sainte, à l'exemple du roi Louis VII qui en avoit fait autant dans un cas semblable^.
XIII. — Le duc d'Aquitaine se réconcilie avec le roi, t- demeure en possession des places qu'il avoit enlevées au comte de Toulouse.
Cependant le duc Richard, craignant que le roi d'Angleterre, son père, qui
Éi. origin. avoit divcrs suiets de mécontentement contre lui, ne le déshéritât & ne fit
passer la couronne sur la tête de Jean, son frère puîné, chercha'* à se réconcilier avec le roi Philippe; il fit ce prince l'arbitre de ses différends avec le comte de Toulouse, & offrit de s'en rapporter au jugement de sa cour, Philippe accepta la médiation, se réconcilia secrètement avec Richard 81 promit de le protéger contre le roi, son père. Celui-ci, qui ignoroit tout leur manège, convint, à la sollicitation de Richard, qui avoit ses vues en cela, d'avoir une nouvelle conférence pour la paix avec Philippe. Elle se tint k Bonmoulins'', le jeudi 18 de novembre, jour de l'octave de Saint-Martin, & dura trois jours. Pendant la conférence, les deux rois, le duc Richard &. l'archevêque de Reims occupèrent le milieu du lieu de l'assemblée, & ils étoient environnés des grands &c des troupes des deux nations. On parla le premier jour avec assez de tranquillité; la conférence s'échauffa le second, &. il se dit des paroles si vives de part St d'autre le troisième, qu'on en vint réciproquement aux menaces; en sorte que les troupes, s'étant mises en ordre de bataille, n'attendoient plus de part &<. d'autre que le signal pour donner. Philippe proposa d'abord à Henri de se rendre mutuellement toutes les places qu'ils avoient conquises l'un sur l'autre depuis qu'ils avoient pris la croix. Se de s'en tenir à la trêve qu'ils avoient conclue alors, jusqu'après leur retour de la Terre-Sainte. Henri déclara qu'il aimeroit mieux convenir entièrement de la paix par l'avis du clergé & des barons. Richard s'y opposa pour n'être pas
' Mss, Colhert, n. i66ç. Auguste que se rapporte l'acte pour l'église de
' Voyez l'indication de ces deux actes dans De- Lodève plus haut indiqué. [A. M.]
lisle. Catalogue des actes de Philippe- Auguste, ■* Roger de Hoveden, p, 36o. — Radulphus de
n°* 219, 220, p. 53. [A. M.] Diceto, p. 682. — Gervasius Dorobernensis ,
^ Dom Vaissete emprunte le fait de ce pèleri- an. 1188.
nage à Bochart de Sarron, Histoire de Notre-Dame ' Voyez tome VII, Note IX, pp. 22 à 24.
du Puy, p. 265. C'est à ce voyage de Philippe-
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obligé de restituer le Querci qu'il avoit envahi sur le comte de Toulouse, 8c dont il tiroit plus de mille marcs d'argent de revenu annuel; au lieu que Chàteauroux, Issoudun & les autres places qui dévoient lui être rendues appartenoient à des seigneurs particuliers, lesquels étoient seulement tenus de lui en faire hommage. Philippe offrit ensuite à Henri de lui restituer toutes les places qu'il avoit conquises pendant la guerre; à condition qu'il ne retarderoit plus le mariage de la princesse Alice, sa sœur, avec Richard, & qu'il feroit reconnoître ce prince par tous ses vassaux comme héritier du trône d'Angleterre. Henri, qui n'avoit pas oublié les chagrins que lui avoit causés Henri, son fils aîné, après qu'il l'eut déclaré son successeur, & qui avoit tout à craindre du mauvais naturel de Richard, rejeta cette proposition. Richard, voyant que Philippe ne pouvoit rien gagner sur cet article, manifesta alors les liaisons secrètes qu'il avoit prises avec ce prince, & dit au roi, son père : « Je vois clairement aujourd'hui ce que j'avois de la peine à croire; » puis, se tournant du côté du roi de France, il quitte son épée, étend ses mains, lui rend hommage pour tout ce que la couronne d'Angleterre possédoit en deçà de la mer, 8<. lui prête serment de fidélité envers tous 8c contre tous, sauf celle qu'il devoit au roi, son père. Philippe déclara alors à Richard qu'il lui rendoit Chàteauroux, Issoudun 8c tout le reste du Berry. Henri, qui ne s'attendoit pas à être spectateur d'une pareille démarche, en fut extrêmement irrité; mais il jugea à propos de dissimuler, 8c se sépara de Philippe après être convenus ensemble d'une trêve jusqu'au jour de Saint- Hilaire, 14 de janvier suivant. Il s'achemina aussitôt en Aquitaine, 8c donna ordre à son chancelier de se rendre en Anjou 8c de s'y mettre en état de défense contre les entreprises de Philippe 8c de Richard qui furent depuis très-unis. Le dernier demeura par là en possession des places qu'il avoit enlevées à Raimond, comte de Toulouse, qui fut obligé malgré lui de céder à la force. Ce comte fit un voyage dans le bas Languedoc, au mois d'août de cette année, 8c confirma alors, à Nimes', les privilèges des maçons de cette ville, privilèges qu'il leur avoit donnés en fief %o\i% certaines corvées.
XIV. — Révolte d'une partie des Toulousains contre leur comte.
Il paroît que Richard avoit des intelligences dans Toulouse 8c qu'il souleva, vers la fin de cette année, une partie des habitans contre le comte Raimond, leur seigneur. Il est certain du moins qu'il s'éleva alors une grande sédition dans cette ville, comme nous l'apprenons de deux* actes datés du
■ Voyez tome VIII, Chartes, n. XXXVII, ce. 38i, pose dom Vaissete, que la révolte des Toulou- 382. — [Cette charte est donnée à Carnas, Gard, s.uns, qui y est mentionnée, fut due à une interarrondissement du Vigan, & non pas i Nîmes. vention étrangère. On peut n'y voir qu'une des Cf. Ménard, Histoire de Nimes, t. 1, p. 148.] fréquentes séditions, inévitables dans ces sortes
' Catel, Histoire des comtes Je Tolose, p. 216 8c de républiques municipales, où le seigneur re-
suiv. — Voir cet acte au tome VIII, c. 392 & suiv. nonçait toujours difficilement i sa suprématie. Rien dans cette charte ne prouve, comme le sup- [A. M.]
An 1 189
An 1 189
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vendredi, jour de l'Epiphanie de l'an 1188 (1189). Par le premier, le comte Raimond déclare, dans une assemblée de tout le peuple de Toulouse qu'il avoit convoquée dans l'église de Saint-Pierre de Cuisines, « que tous les « hommes 8<. toutes les femmes de la ville Si du faubourg pouvoient se fier « entièrement à lui comme à leur bon seigneur. Il fait ensuite détense à <c toute sorte de personnes de tuer aucun des habitans, de les insulter, de t*'m°'^,l*^'";i " s'élever contre eux £<. de leur causer le moindre dommage, avec promesse « de ne leur faire aucun mal, de leur rendre justice suivant le jugement des V. consuls, &c à leur défaut des prud'hommes de Toulouse, 8c d'exécuter fidè- « lement ce que l'évêque, les consuls, Toset de Toulouse & Aymeri de Cas- « telnau décideroient pour la punition de ceux qui avoient excité la séditt tion. » Ce prince ajoute les paroles suivantes : « Moi, Raimond, comte, « je jure sur les saints évangiles, de ma propre volonté. Si pour l'amour des « Toulousains, d'observer toutes ces choses (quoique je ne sois tenu de le « faire que parce que je le veux), sauf Si réservé tous mes droits Si domaines, a comme je les ai Si les dois avoir. » Enfin les consuls de la ville 81 du taubourg avec les principaux habitans lui prêtèrent serment de fidélité, Si à ceux à qui il confieroit le gouvernement de Toulouse, sauf leurs droits, coutumes 81 franchises.
Il est marqué dans le second acte' : « que lorsque le comte Raimond fit « serment, le vendredi jour de l'Epiphanie de l'an 1188, à tout le peuple de « la ville Si du faubourg de Toulouse, assemblé dans l'église de Saint-Pierre « de Cuisines, ce prince se désista de tout ce qu'il pouvoit exiger à l'occasion « des querelles 8c des séditions qui s'étoient élevées dans cette ville contre u ceux qui y avoient pris part; que l'évêque Fulcrand Si les consuls de la ville « Si du faubourg déclarèrent après, en jugeant, que les sermens Se les asso- « dations, qui avoient été faits auparavant entre les habitants, étoient nuls, « de même que ceux que le comte pourroit avoir faits; avec ordre d'apporter « dans trois jours tous les originaux de ces actes, sous peine d'excommunica- K tion de la part de l'évêque, contre tous ceux qui les retiendroient. »
XV. — Richard succède à Henri II, roi d'Angleterre, son père, &• conserve les places qu'il avoit conquises sur le comte de Toulouse.
Après la Saint-Hilaire^, terme fixé pour la fin de la trêve entre les rois de France 81 d'Angleterre, la guerre recommença entre ces deux princes. Le cardinal d'Agnani, alors légat en France, s'entremit bientôt pour les accommoder 81 il les fit convenir enfin de prolonger la trêve jusqu'à la Purification 81 ensuite jusqu'à Pâques. Durant cet intervalle, Henri fit tout son possible pour détacher son fils de l'étroite union qu'il avoit contractée avec le roi Philippe; mais tous ses soins furent inutiles. Cependant le légat fit
• Catel, Histoire des comtes Je Tolose, p. ii6 ° Roger de Hoveden. — Radulphus de Diceto.—
g; 5iiiv, Gervasiiis Dorobernensis, itn. 1189.
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consentir les deux rois à une entrevue à la Ferté-Bernard, dans le Maine, oi.1 ils se rendirent au commencement de juin. Philippe & Richard persistèrent dans la demande qu'ils avoient déjà faite dans l'assemblée de Bonmoulins, S< Henri continua de son côté à la leur retuser ; ainsi on reprit les armes. Philippe 8<. Richard se rendirent dans peu maîtres de diverses places, entre autres du Mans 5c de Tours, & poursuivirent de château en château le roi Henri, qui, n'étant pas en état de se défendre, fut enfin obligé d'accepter tout ce que Philippe Se Richard voulurent dans une nouvelle entrevue qu'ils eurent ensemble la veille de Saint-Pierre', à la Colombière, entre Tours 8< Amboise.
Henri ne survécut pas longtemps à ce traité : il mourut à Chinon, le jeudi 6 de juillet suivant. Richard, son fils & son successeur, après l'avoir fait inhumer dans l'abbaye de Fontevrault, prit possession de la Normandie, &. s'aboucha, le 22 du même mois, entre Trie & Chaumont, avec le roi Philippe qui le pressa de lui rendre le Vexin. Richard, qui n'avoit aucune envie de faire cette restitution, oftrit en échange à Philippe de lui payer quatre mille marcs d'argent, outre les vingt mille que le roi, son père, s'étoit engagé de lui donner par le dernier traité pour le dédommager des frais de son armement. Quelques historiens assurent que Philippe rendit ensuite à Richard toutes les places qu'il avoit conquises durant la guerre; d'autres* disent au contraire que les deux princes ayant confirmé dans cette conférence le traité qu'ils avoient conclu du vivant du roi Henri, ils convinrent que Philippe garderoit toutes ces places 8< qu'ils se mettroient en marche pour la Terre-Sainte au carême suivant. Quoi qu'il en soit, il est certain ^ que Richard conserva les conquêtes qu'il avoit faites en Querci surRaimond, comte de Toulouse, au commencement de cette guerre, & que, content d'avoir fait le roi l'arbitre de ses différends avec ce prince, ils demeurèrent toujours ennemis, parce que le voyage d'outre-mer 81 divers autres obstacles qui survinrent empêchèrent Philippe de juger cette affaire.
XVI. — Voyage du comte de Toulouse vers le Rhône. — // donne en fief le comté de Diois à Aymar de Poitiers^ comte de Valentinoîs.
Durant ces diverses négociations, Raimond fit un vovage du côté du Rhône ÉJon^in. ,, ' t> t. m, p. 79
Se confirma à Saint-Gilles'*, au mois de juin de l'an 1189, en faveur de Guillaume, abbé de Saint-André d'Avignon, en présence de Raimond d'Uzès, de Guillaume & Gauzhert de Servian, de Pierre Fulcodii, &c., la donation d'une partie du château de Pujault que Bertrand-Jourdain avoit faite à ce monastère en y prenant l'habit monasticiue. Il accorda sa protection ^ la même année à Bernard-Gaucelin, archevêque de Narbonne, à qui Gaucerand , seigneur de Capestang, 8< les habiians de ce château faisoient la
' Guillelmus Armoricus, p. ■]'), * D'Achéry, SplciUgium, t. 8, p. 204.
' Gervasius Dorobernensis, p. \'n''>. '• Gallia Christiana, t. I, p. 377 & scq. — Catil,
' Voyez tome VII, ffote IX, 11. v, pp. 2'i, 24. Mhiioires Je l'/iistoirc du Languedoc, p. 790.
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guerre. Enfin Raimond étant, au mois' de juin de l'an ii8g, à Saint- Saturnin, aujourd'hui le Pont-Saint-Esprit, sur le Rliône, il y donna tout le droit 0 le domaine qu'il possédait, soit par lui-même, soit par ses vassaux, dans le comté de Diois, à Aymar de Poitiers, qui lui en fit hommage. Aymar avoit succédé alors depuis peu à Guillaume, son père, dans les comtés de Valentinois & de Diois. Il confirma, trois ^ ans après, les donations que le même comte de Toulouse avoit faites à l'abbaye de Léoncel, de certains domaines situés dans le Valentinois.
XVII. — Départ du roi Philippe-Auguste pour la Terre-Sainte, — Le comte de Foix prend part à cette expédition.
Les rois de France Se d'Angleterre, ayant fait leurs préparatifs pour le voyage de la Terre-Sainte, convinrent que si leurs Etats étoient attaqués pendant leur absence, ils prendroient mutuellement la défense l'un de l'autre. Les comtes 8c les barons des deux royaumes firent serment en même temps de n'exciter aucune guerre durant ce temps-là; Se les deux rois partirent ensuite, au mois de juin de l'an 1190. Après ce traité il ne fut pas possible au comte de Toulouse de tirer raison du roi d'Angleterre & de reprendre les places que ce prince lui détenoit. Le roi de France étant parti de Vézelai, le 4 de juillet, se rendit à Gênes dans le dessein de s'embarquer au port de cette ville. Il avoit écrit"', le 4 de mai précédent, à Raimond-Roger, comte de Foix, pour l'inviter à prendre part à son expédition, le prier de lui amener autant de troupes qu'il en pourroit rassembler, 8t lui donner rendez-vous dans ce port. Le comte de Foix se rendit à l'invitation du roi S<. alla rejoindre ce prince suivi de ses principaux vassaux, entre lesquels étoit Arnaud-Raimond d'Aspel, qui engagea"* une partie de ses biens pour fournir aux frais du voyage. On prétend ^ que Pons, vicomte de Polignac, accompagna aussi le roi Philippe-Auguste à la Terre-Sainte.
Les deux rois débarquèrent en Sicile où ils passèrent l'hiver. Ils y convinrent, au mois de mars suivant, d'un nouveau <5 traité, suivant lequel ! 1° Richard céda, entre autres, à Philippe toutes ses prétentions sur l'Auvergne; & Philippe céda à son tour, à Richard, la ville de Cahors &. tout le Querci avec ses dépendances; excepté les deux abbayes de Figeac 8< de Souillac qu'il se réserva, 6- qui, étant royales, lui appartenaient. 2° Richard s'obligea envers Philippe de ne faire plus à l'avenir aucune conquête sur le comte de Saint-Gilles ou de Toulouse, tant que ce comte voudrait ou pour^ roit s'en rapporter à la justice de la cour du roi. 3° Philippe déclara « que si « le comte de Saint-Gilles étoit condamné par sa cour, il n'exerceroit aucune « hostilité contre le roi d'Angleterre pour la défense de ce comte, à moins
■ Tome VIII, Chartes, n. XLV, ce. SpS, Spfi. ' De Marca, Histoire du Bt-arn, 1. 8, ch. 1 3.
* Duchesne, Généalogie de la maison de Valenti- ■* Château de Foix, caisse r i.
nois. Preuves, p. 4. — Le P. Anselme, Histoire ^ Chabron, Histoire mss. de Polignac, I. r, c. id.
généalogique des grands officiers, t. 2, p. 1S7. " Rymer, f'ocdcra, t. 1 , p. 69.
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« qu'il ne jugeât à propos de le secourir de sa propre volonté. » Par celte clause Richard s'assura de la possession provisionnelle du Querci.