IV. — Origine de l'inquisition
Frère Ravnier & frère Gui étoient deux religieux de l'ordre de Cîteaux. l 'Vii ""^'"i"', Ils turent les premiers qui exercèrent dans la Province les fonctions de ceux qu'on nomma depuis inquisiteurs. Ainsi c'est proprement à cette commission qu'on doit rapporter l'origine de l'inquisition qui fut établie dans le pays contre les albigeois & qui passa dans la suite dans les provinces voisines S< les pays étrangers. Un célèbre historien' de nos jours fait remonter un peu plus haut cette origine; il la rapporte au décret que le pape Luce III fit en II 84, dans le concile de Vérone, pour ordonner aux évêques de rechercher, soit par eux-mêmes, soit par des commissaires, toutes les personnes suspectes d'hérésie ; de décerner des peines différentes aux pénitens Se aux relaps, 8c enfin, après avoir employé les peines spirituelles contre les coupables, de les abandonner au bras séculier. D'autres prétendent^ que le tribunal de l'inquisition ne commença que lorsque le pape Innocent III dépouilla, en 1204, les évêques de leur pouvoir 6< de leur juridiction ordinaire sur les albigeois pour les transférer à frère Pierre de Castelnau 8c aux autres légats, ses collègues, qu'il envoya alors dans la Province.
V. — Légation de frère Raynler i- de jrère Gui. — Evêques de Carcassonne.
Quoi qu'il en soit, le pape, peu de temps après avoir nommé frère Raynier 8<. frère Gui ses commissaires contre les hérétiques, envoya le premier en K.spagne pour quelques affaires importantes dont il le chargea, en sorte que frère Gui resta seul. Il écrivit", le i3 de mai de l'an 1198, aux mêmes prélats, auxquels il avoit déjà recommandé ces deux religieux pour leur ordonner d'obéir entièrement au dernier. Frère Raynier, étant de retour dans la Province à la fin de l'année, le pape lui écrivit, le'* 23 de décembre, de même qu'à frère Gui, son collègue, 8c à l'archevêque de Narbonne. Il leur marque que l'évêque de Carcassonne, lui ayant demandé permission de se démettre de son évêché, à cause de son grand âge qui le mettoit hors d'état d'avoir soin du spirituel 8c du temporel de son église, surtout dans les circonstances présentes oîi les hérétiques avoient séduit la plupart de ses diocésains, lesr uels refusoient d'écouter les ministres de la .parole de Dieu, ils eussent à 1 'cevoir sa démission s'il éloit en effet hors d'état d'agir, avec ordre, dans ce cas-là, de permettre aux chanoines de la cathédrale d'élire en sa place un digne évêque capable de rappeler les errans. Il leur enjoint enfin d'employer
' Fleury, Histoire eccUiiastiijue, I, y3, n. 04. inander aux évêques d'user contre les hérétiques
' Henriquez, Annales Cistercienses, ad an. 1204, des droits de juridiction spirituelle qu'ils avaient
c. 3. — Cette seconde opinion semble la plus toujours possédés. [A. M.]
ex.Tcte; en effet, l'inquisition est à proprement 'Innocent III, 1. 1, Epist. i63.' — [Potthast,
pnrler un tribunal extraordinaire, & les canons n. 169.]
du concile de Vérone n'avaient fait que recom- ^ îbii. 1. i, Epist. 494. — [Potthast, n. î>o.\
In 1204
toute sorte de moyens pour chasser les hérétiques de la province de Narbonne.
L'évêque de Carcassonne, qui demandoit à se démettre s'appeloit Othon 8< possédoit cet évêché au moins depuis l'an 1170. On prétend qu'il l'occupoit encore après l'an ' 1200, ce qui prouveroit qu'on ne reçut pas sa démission. Ce qu'il y a de certain, c'est que Bérenger, son neveu, archidiacre de la cathédrale, desservie alors par les chanoines réguliers, lui avoit succédé* dès l'an 1202. On ajoute^ qu'Othon donna à Guillelmette, religieuse de l'ordre de Cîteaux, le lieu de Rieunette, dans son diocèse, où elle fonda un monastère de son ordre, dont elle fut la première abbesse. Bérenger, évêque de Carcassonne, exerça son zèle contre les hérétiques de cette ville qu'il tâcha de ramener : il leur"* prêcha un jour entre autres, avec beaucoup de force, leur reproclia leurs erreurs Si leur prédit tous les malheurs qui leur arrivèrent; mais il avoit à faire à des sourds volontaires qui, loin de déférer à ses exhortations, entrèrent en fureur contre lui, le chassèrent de la ville Se firent publier à son de trompe une défense très-rigoureuse d'avoir aucun commerce avec lui.
Le pape honora, au mois de juillet de l'an 1199, frère Raynier qui, jusqu'alors, n'avoit exercé que la fonction de simple commissaire, de celle de son légat dans les provinces d'Embrun, Aix, Arles fit Narbonne, 8<.^ ordonna aux métropolitains de ces quatre provinces de le recevoir comme légat à latere 8i comme sa propre personne; d'observer religieusement toutes ses ordonnances Si de l'aider principalement à extirper l'hérésie. Il recommanda'^ en même temps ce légat à Guillaume VIII, seigneur de Montpellier, qui, à ce qu'il paroît, l'avoit sollicité de l'envoyer dans le pays'. Frère Raynier étant
' De Vie, Cltroaologia cpiscoporum Carxassonensium, p. 79.
' Ihid. p. 80.
' Ihid. p. 75. — Le dernier acte du prédécesseur immédiat d'Othon est du 17 juillet 1 166 (Cf. Mah.\x\,Cartulciire ,\ , p. 407) ; Othon était évêque des le 17 juin 1170 [ihid. p. 408). Il avait été remplacé par Bérenger en lioc, date de démêlés que ce dernier contribua à apaiser, 8c qui étaient relatifs i l'abbaye d'Alet [ihid. p. 409). L'acte d'Othon pour Rieunette, abbaye cistercienne du diocèse de Carcassonne, *e trouve ihid. p. i3j il est duïiS avril Ii83; l'original existe aux archives de Carcassonne. L'abbaye de Rieunette est d'ailleurs un peu plus ancienne, & Guillelmette, si elle fut la Br«mière abbesse de Rieunette, ne fut pas la fondatrice de In communauté, qui existait dés 1162 (V^ir ihid. pp. 21 & suiv.; & tome IV de cette histoire, p. 647). La mort de l'évêque Oihon est fixée par le nécrologe de Carcassonne au 8 des ides (6 décembre), & par le nécrologe de Cassan aux nones de décembre (5 décembre). Il dut mourir en 1 19.9 ou 1200. [A. M.J
^ Pierre de Vaux-Cernay, c. 7.
' Innocent III, 1. 2, Epist. 122 & suiv. — [Potthast, n. 764, lettre du 7 juillet, & n. 78'», lettre du 12 juillet I 199.]
* Innocent III, 1. ï, Epist. iSp. — [Potthasf, n. 773, lettre du 10 juillet.]
' Guillaume VIII de Montpellier paraît s'être fort occupé de ces affaires d'hérésie, & le pape l'employa plus d'une fois pour la répression des sectaires. C'est ainsi que le !"■ juillet 1201, le pape lui recommande le nouveau légat, Jean, cardinal de Saint-Prisque, & l'engage à lui prêter son assistance dans l'accomplissement de sa difficile mission (Potthast, n. 1420). Quelques jours après il ordonne à l'évêque d'Agde, Raimond, de livrer à ce seigneur, pour être punis selon leurs démérites, huit "hérétiques qu'il retenait prisonniers {ihid. n. 1453.) En même temps. Innocent III renouvelait les privilèges spirituels accordés par ses prédécesseurs aux seigneurs de Montpellier & à la chapelle de leur palais {ihid. n"' 1450-1452). Ce qui n'empêchait pas le Souverain Pontife de refuser son approbation au second mariage adultérin de Guillaume VIII, malgré les instances de celui-ci. [A. M.]
An 1104
tombé malade, le pape lui associa dans sa légation ' maître Pierre de Cas~ telnau, archidiacre de Magnelonne, qui embrassa bientôt après l'institut de Cîteaux, dans l'abbave de Fontfroide, au diocèse de Narbonne, & dont nous t.'iM,''p'''i"'ï aurons occasion de parler dans la suite.