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de l'an 1200. Quoi qu'il en soit, Innocent prie Guillaume, par. cette lettre, d'aider de tout son pouvoir le cardinal de Sainte-Prisque contre les hérétiques, « afin, dit-il, que ceux que la crainte de Dieu 81 le glaive spirituel Il ne pourront ramener à la vérité, soient du moins assujettis par le glaive, « matériel Se par la confiscation des biens, ce qu'ils paroissent appréhender « davantatre, »
VU. — Troubles de l'église de Toulouse. — Èvêques de cette ville.
Tous les soins de ces divers légats n'avancèrent pas beaucoup la conversion de ceux qui s'étoient laissés séduire, 8< le mal au contraire ne fit qu'empirer. L'église' de Toulouse fut agitée surtout de divers troubles, après la mort de Fulcrand, son évêque, arrivée au mois^ de septembre de l'an 1200. L'ambition & la brigue des prétendans à cet évêché firent que le siège épiscopal demeura vacant pendant longtemps. Si il l'étoit encore au mois de mars^ de l'année suivante, ce qui causa un grand préjudice k la foi catholique. Enfin le chapitre de la cathédrale, ne pouvant se réunir pour le choix d'un évêque, se partagea en deux factions'* : l'une élut Raimond-Arnaud, évêque de Comminges, qui avoit été auparavant ^ chanoine régulier & prévôt de la même cathédrale; Si l'autre Raimond de Rabastens, archidiacre de l'église d'Agen. Les deux contendans soutinrent leur élection Si portèrent leur querelle devant le pape Innocent 111 qui leur donna à chacun un cardinal pour auditeur. L'évêque de Comminges gagna sa cause, 81 le pape ordonna, en 1201, à Arnaud, abbé de Grandselve 81 à l'abbé de Belleperche, de mettre ce prélat en possession de l'évêché de Toulouse; mais cela ne fut pas exécuté, 81 Raimond de Rabastens fit si bien qu'on procéda à une nouvelle élection, 8<. qu'il fut maintenu sur le siège épiscopal de Toulouse^. Il ne se disoit cependant qu évêque élu au mois de juin de l'an 1202, parce que l'archevêque de Narbonnc, son métropolitain, refusa de le sacrer.
Sur ce refus, Raimond de Rabastens s'adressa à Rome 8<. demanda de nouveaux commissaires pour examiner la canonicité de son élection. Le pape'^ nomma pour cela Jean, évêque de Limoges, Si les abbés de la Sauve Si de la ili. origin. Couronne qui, s'étant rendus à Toulouse, firent une enquête 81 confirmèrent l'élection de Raimond. Ils écrivirent ensuite au chapitre de Narbonne une lettre dan.s laquelle ils marquent « que la vacance du siège de Toulouse ayant « été suivie de dissensions 81 de querelles qui avoient duré fort longtemps, « enfin, après de grandes disputes, on avoit élu unanimement Raimond, « archidiacre d'Agen, qu'on avoit calomnié à la cour romaine, ce qui avoit
' GuilUlmus de Podio Laurentii, c. 6, =• Gallia Chrhtiana , noT. éd. t. r , p. 10"6.
" Catel, Mémoires, p. 889. — Voyez tome VIII, " Lafaille, Annales de Toulouse, t. 1, append.
Chartes, n. LXXII, c. 462. p. Û4.
' Voyez tome VIII, Chartes, n. LXXI, c. 4").';. " Baliize, Miscellanea, t. 6, p. 4)7.
* Cf. In causis, ''f , De eleclionihus & electorum potestate.
« engagé le pape à leur commettre l'examen de cette affaire; qu'ayant pro- « cédé à leur commission avec toute la diligence possible, ils n'avoient rien « trouvé qu'on pût opposer à l'élection de Raimond; qu'elle s'étoit faite I' d'un commun accord, 8i que cet ecclésiastique étant capable de remplir « dignement le siège de Toulouse, ils l'avoient confirmé, & qu'ils envoyoient « l'élu à Narbonne pour s'y faire sacrer par son métropolitain; c'est pour- « quoi, ajoutent-ils, nous vous exhortons à taire en sorte que l'archevêque « de Narbonne fasse cette consécration, ou du moins son vicaire, avec le .( nombre ordinaire de ses collègues, afin que l'église de Toulouse ne souffre i( pas un plus long préjudice. » L'archevêque de Narbonne se rendit sans doute à la demande des commissaires. Nous savons du moins que Raimond de Rabastens fut sacré évêque, qu'il se qualifioit évêque de Toulouse ^ qu'il étoit paisible possesseur de cet évêché au mois de décembre de l'an i2o3'. Son élection fut cependant cassée bientôt après comme simoniaque, &. on lui reprocha d'avoir obtenu par subreption les lettres de confirmation dont on vient de parler.
VIII. — Diverses sectes d'hérétiques dans la Province. — Leurs mœurs,
leur croyance, leurs rit s.
Sous un tel évêque l'hérésie fit de nouveaux progrès dans le Toulousain. Il y avoit"*, entre autres, dans ce pays, un des principaux hérétiques, nommé Guillabert de Castres, qui demeuroit dans le château de Fanjaux, situé aujourd'hui dans le diocèse de Mirepoix. Ce prédicant & plusieurs autres de sa secte tenoient en ce lieu des assemblées publiques, où la principale noblesse des environs se rendoit pour assister à leurs instructions. Tous ceux qui s'y trouvoient adoraient les hérétiques en faisant plusieurs génuflexions devant eux, à la dernière desquelles ils prononçoient ces mots : bénisse-^, prie^ Dieu pour ce pécheur, Guillabert, dans une de ces assemblées qu'il tint vers l'an 1204, associa à sa secte cinq dames de considération dont la plus qualifiée étoit Esclarmonde, sœur du comte de Foix 6t veuve de Jourdain, seigneur de risle-Jourdain. Un témoin oculaire, qui s'y trouva & qui rendit sa déposition quarante ans après devant les inquisiteurs de Carcassonne, raconte que la cérémonie se passa de la manière suivante : « Elle fut faite par le fils « majeur de l'église de Toulouse assisté des autres hérétiques qui consolèrent « 8c reçurent ces dames, lesquelles, à la demande des hérétiques, se rendirent (' à Dieu 8i à l'Evangile, & promirent de ne plus jnanger à l'avenir ni chair, « ni œufs, ni fromage; mais d'user seulement d'huile 8c de poisson. Elles <i promirent aussi de ne pas jurer, ni mentir, de n'avoir aucun commerce <i charnel tout le temps de leur vie. Se de ne jamais abandonner la secte par >< aucune crainte de la mort. Après cette promesse, elles récitèrent le Pater
' Cîitel, Comtes Je Tolose, p. 23(5. — LafaUle, 'Tome VllI, Chartes, n. LXXVIII, 4- pièce
Ann.-iïe<, t. 1, append. p. '»*i. citée sous ce luiiTiéro.
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« noster à la manière des hérétiques. Ceux qui leur imposèrent les mains <i firent une lecture sur elles, en tenant le livre sur leur tête, & leur doni< nèrent enfin la paix; premièrement avec le livre Si ensuite avec l'épaule, « après quoi ils adorèrent Dieu en taisant plusieurs génuflexions, » Ce témoin ajoute que Raimond-Roger, comte de Foix, frère d'Esclarmonde, se trouva à cette cérémonie avec plusieurs chevaliers 8c bourgeois & que tous ceux qui y assistèrent, tant hommes que femmes, à la réserve du comte, ador rèrent les hérétiques qui, après la cérémonie, leur donnèrent la paix en les baisant deux fois au travers de la bouche; ce qu'ils firent ensuite entre eux. On appeloit cette cérémonie Consolation. On la trouve décrite' à peu près de la même manière dans divers autres monumens des inquisitions de Toulouse St de Carcassonne.
Pierre, moine ^ de l'abbavc de Vaux-Cernav, dans le diocèse de Paris, qui accompagna quelques années après Gui, son abbé & son oncle, missionnaire dans la Province, raconte d'une manière un peu différente les cérémonies (jue les hérétiques observoient pour installer leurs prosélytes dans leur secte. t 'ih''p.'^'"''t ^' assure qu'après leur avoir fait renoncer entièrement à la foi de l'Eglise romaine, le ministre prétendoit leur donner le Saint-Esprit en leur soufflant sept fois dans la bouche; qu'il leur faisoit ensuite renoncer à leur baptême &i leur conféroit celui des hérétiques qui consistoit à leur imposer les mains sur la tête, à les baiser 6t à les revêtir d'un habit noir. Mais il pouvoit v avoir autant de cérémonies dittérentes qu'il y avoit de diversité entre les sentimens de ces sectaires; car nous avons déjà remarqué qu'ils n'étoient pas uniformes dans leur doctrine.
Cet auteur distingue ', en eftet, deux sortes d'hérétiques qui étoient alors dans le pavs, 8c qu'on désigna dans la suite sous le nom général d'albigeois'^. Il appelle les uns simplement hérétiques 8t les accuse d'admettre les deux principes des manichéens avec les autres erreurs de Manès. Ils croyoient aussi, selon cet historien, deux Christs, l'un bon 8v l'autre mauvais. Le dernier étoit, disoient-ils, né à Bethléem, l'autre n'avoit jamais ni bu, ni mangé 8< n'avoit jamais été que spirituellement dans le monde, dans le corps de saint Paul. Ils ajoutoient plusieurs rêveries semblables. Quelques-uns d'entre eux croyoient un seul créateur; mais ils soutenoient qu'il avoit eu deux fils, Jésus-Christ 8c le Diable. Pierre de Vaux-Cernay témoigne que les uns Se les autres regardoient l'Eglise romaine comme la prostituée de l'Apocalypse, qu'ils rejetoient ses sacremens 8c la résurrection des morts; qu'ils admettoient une espèce de métempsycose, 8cc. Ces hérétiques, continue-t-il, étoient divisés en parfaits ou bons hommes, & en simples croyans. Les premiers, qui étoient les ministres de la secte, portoient des habits noirs, affectoient de garder la chasteté, abhorroient l'usage de la viande, des œufs Si du fromage; prétendoient qu'ils ne mentoient jamais. Se soutenoient qu'il ne leur étoit pas
' ^'oyez tome VMI, Charles, n. CCXXIV, ' Pierre de Vaiix-Cernay, c. j.
" Pisne de \',t x -Cern.-.y, c. 2. '■ Voyez tome Vil, ^'otc XIII, p. ^4, 3.j.
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permis Je jurer. Les simples cro)ans menaient la vie commune &;. espévoient se sauver par la toi des parfaits auxquels ils étoient unis. Avec cela, ces croyans prétendoient pouvoir s'abandonner à toute sorte de crimes, Se se flattoient de taire leur salut sans les expier par la pénitence, pourvu ([u'ils pussent réciter le Pater noster en mourant & recevoir l'imposition des mains ou, comme on s'exprimoit dans la secte, la consolation de quelques-uns de leurs ministres ou parfaits. Ceux-ci étoient divisés en fils majeurs 6- mineurs ou en évêques Se en diacres. P'nfin cet historien les accuse d'avoir des principes détestables sur l'impureté, de rejeter le culte des images, Stc.
La seconde secte établie alors dans la Province, suivant le même auteur, étoit celle des Vaudois. Ceux-ci, dit-il, étoient mauvais, mais beaucoup moins (lue les autres; ils s'accordoient avec les catholiques sur plusieurs articles Se ne différoient que sur quelques-uns. Il fait consister principalement leurs erreurs dans ces trois points : i° De porter des sandales à la manière des apôtres. 2" D'assurer qu'il n'y avoit aucune occasion où il tût permis de jurer Si de tuer. 3° Enfin de prétendre que dans un cas de nécessité ils pouvoient consacrer le corps de Jésus-Christ sans avoir reçu les ordres, pourvu qu'ils portassent leurs sandales.
IX. — Frère Pierre de Castelnau 6- J'rère Raoul, religieux de Fontjroide, légats dans la Province, font abjurer l'erreur aux Toulousains.
Nous n'avons aucuns mémoires sur les autres circonstances de la légation du cardinal de Sainte-Prisque dans la Province. Le pape Innocent III l'avoit déjà remplacé, dès la fin de l'an i2o3, par frère Pierre de Castelnau 8c frère Raoul, l'un Se l'autre religieux profès de l'abbaye de Fontfroide, au diocèse de Narbonne, de l'ordre de Citeaux'. On a parlé du premier que le pape avoit employé dans la même fonction, en 1199, dans le temps qu'il étoit archidiacre de Maguelonne. On le dit^ natif de Montpellier, 6c on fait un grand éloge ' de ses talens Se de ses vertus, de même que de son collègue qui est qualifié maître ; ce qui prouve qu'il étoit docteur**. Ces deux religieux commencèrent lerr légation par Toulouse, à cause, dit un auteur du'' temps, (|uc c'étoit principalement de cette ville que le venin de l'erreur se répandoii dans le reste du pays. Après leur arrivée, ils assemblèrent, le samedi i3 de
' La nomination île Pierre de Castelnau comme dernière engage l'iibbc de Cîteaux à leur ad-
légat paraît, en effet, être peu antérieure à jan- joindre un certain nombre de religieux (Potihast,
vier IÎ04. Du moins par plusieurs lettres du 29 n. iio.'SJ. [A. M.]
janvier de cette .inné», Innocent III cherchait à ' Gar\e\^Scries praesulum Magalonensium ,^. y.î\ ,
lui faciliter l'accomplissement de sa mission; par ' Pierre de Vaux-Cernay, c. 1.
In première, adressée à l'archevêque Bérenger, il ' Sa nomination, comme archidiacre de Mngue-
cngage ce prélat .i agir par la suite plus vigou- lonr.e, avait donné lieu à des démêlés entre l'évé
reusement contre les hérétiques; une autre lettre que& le chapitre de cette église, démêlés terminée
du même jour fait les mêmes exhortations aux par le pape. — Cf. M. Germain, Maguelotw sous
prélats de la province de Narbonne. Une troisième ses cic^ui-s, p. 47. [A. M.]
délègue, comme prédicateurs, l'abbé de Valmagne ' Pierre de Vaux-Cernay, c. 1. (Pierre) & Raoul, chanoine de Narbonne; une
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23o HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XXI.
décembre de l'an iio3, les consuls £<. les principaux habitans', qui firent serment entre leurs mains, au nom de toute la ville, de garder la foi catholique romaine. Les deux légats, avant que de recevoir ce serment, confirmèrent, Mji"p°j"'^ ^" vertu du pouvoir qu'ils avoient reçu dvi pape, les libertés, les usages & les coutumes de Toulouse, Si déclarèrent c[ue le serment que les consuls 8t les habitans alloient leur prêter ne pourroit apporter aucun préjudice à ces libertés; que tous ceux qui le prêteroient seroient tenus pour fidèles chrétiens, &c qu'il ne pourroit leur causer aucun dommage ni dans leurs personnes, ni dans leurs biens, quand même ils auroient été accusés auparavant d'hérésie; mais que ceux qui retuseroient de le faire seroient déclarés excommuniés. L'acte fut passé en présence de Raimond, évoque de Toulouse, de Guillaume de Gantez, abbé de Saint-Sernin, des hailes &- vïguïers du comte de Toulouse St de plusieurs des plus notables de la ville, entre lesquels étoient vingt consuls^ qui reçurent cette confirmation tant en leur nom qu'en celui de leurs collègues, qui étaient alors du chapitre (^de capitula), &c de tout le peuple de Toulouse.
Si nous en croyons le même historien^ que nous avons déjà cité, ce ne fut pas sans rencontrer bien des difficultés que Pierre de Castelnau &(. maître Raoul engagèrent enfin les Toulousains à abjurer l'erreur & à chasser les hérétiques de leur ville, & ils furent obligés pour réussir d'en venir aux menaces; mais, dit cet auteur, ces peuples, peu fidèles à leurs promesses, se parjurèrent bientôt Se tinrent des assemblées nocturnes, où ils alloient entendre leurs prédicans. Il ajoute que toutes les villes des environs étoient infectées de l'hérésie Si que presque tous les barons de la Province favorisoient ou recéloient les hérétiques.