X. — Saint Dominique passe à Toulouse
Diego -^^ de Âzèbes, évèque d'Osma, en Espagne, qvi'Alfonse, roi de Castille, son souverain, envoyoit en ambassade vers les frontières du Danemark £1 de la Suède pour négocier le mariage de l'infant Ferdinand , son fils, avec une princesse du pays, arriva à Toulouse à peu près vers le même temps; il étoit suivi de saint Dominique, sous-prieur de sa cathédrale, alors desservie par des chanoines réguliers. Ces deux célèbres personnages, qui eurent beaucoup de part dans la suite à la conversion des hérétiques de la Province, logèrent à Toulouse chez un de ces sectaires que saint Dominique persuada si bien, tant par sa douceur que par la force de ses raisons, qu'il se convertit la nuit même de l'arrivée de ces deux hôtes, qui continuèrent ensuite leur voyage.
' Catel, Hhlo'ire des comtes de Tolose, p. 236. — nique à Toulouse eut lieu, paraît-il, en i2o3j
\'oyez tome VIII, Chartes, n. CV, c, 6i3. cl. le texte de la Vie de saint Dominique de maî-
' Pierre de Vaux-Cernay, c. i. tre Humbert, cité par les Bollandistes, août, t. i,
' Praedara. Francorum facinora. — Trivet, Chro- p. 39.'). [\. M.] — Voyez tome VII, Note XV,
nicon, apud d'Achéry, Spicilegium, t. 8, p. 54:'). — pp. 42, 47.
Ce passage de Diego d'Osma & de saint Domi-
HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XXI. :3i
XI. — Le roi d'Aragon condamne les hérétiques dans une conférence tenue
à Carcassonne en présence des légats.
On ' rapporte un ancien acte qui prouve que frère Raoul & frère Pierre de Castelnau se rendirent de Toulouse à Carcassonne. « 11 y est marqué que " Pierre, roi d'Aragon, étant à Carcassonne, au mois de février de l'an i2o3 « (1204), déclara qu'il avoit fait venir en sa présence les hérétiques d'un .' côté, & l'évêque de Carcassonne, frère Raoul & frère Pierre de Castelnau, « légats du pape, de l'autre, pour être instruit de Vhéresie des vaudois ; qu'on " convainquit ces sectaires d'erreur, tant par divers témoignages de l'Ecriture <' sainte que par les décrets de l'Eglise romaine qui furent produits; que ce ' prince, ayant entendu les raisons de part & d'autre, jugea qu'ils étoient " hérétiques; qu'il donna une seconde audience à d'autres hérétiques, à la c prière du viguicr du vicomte de Carcassonne, qu'il prit pour assesseurs « treize fauteurs d'hérétiques, 8c autant de catholiques; qu'ayant interrogé <■ Bernard de Simorre, évêque hérétique, & ses compagnons pour savoir s'ils » croyoient un seul Dieu tout-puissant, créateur des choses visibles Se invi- I' sibles, auteur de la loi de Moïse Se du Nouveau Testament, ils avoient I répondu après plusieurs subterfuges par un blasphème horrible, qu'ils • reconnoissoient trois dieux & même un plus grand nombre, dont l'un, '• qui étoit le mauvais, avoit créé toutes les choses visibles & étoit auteur " de la loi de Moïse; que Jésus-Christ n'étoit qu'un pur homme, né d'un «' homme Se d'une femme; qu'ils svoient nié les sacremens de baptême " Se de l'autel, S< la résurrection générale. Se protesté publiquement que « la vierge Marie n'étoit pas née selon la chair de jiarens charnels; & « qu'enfin les deux légats leur ayant suffisamment prouvé qu'ils étoient « hérétiques par l'autorité du Nouveau Testament, il les avoit déclarés tels « le jour suivant, en présence de l'évêque de Carcassonne Se de plusieurs «' autres. »
XII. — Le pape dépouille les évêques de leur juridiction ordinaire pour la donner à ses légats. — Brouilleries entre Varcherêque de Narbonne £* ces derniers à cette occasion.
Le pape, pour déraciner plus efficacement l'erreur, donna à frère Pierre de Castelnau Se à frère Raoul un plein pouvoir d'agir en son nom, avec ordre k tous les évêques de les recevoir comme lui-même, de leur obéir absolument, Se de leur promettre par serment qu'ils exécuteroient fidèlement tous leurs décrets en matière d'hérésie; en sorte ((u'il ota par là à ces prélats leur
' Benoit, Histoire des alhigeois, t. I, pr. p. 269 Document: inédits sur l'Albigeois, p. 227. Ces let-
& suiv. — Cet .Tcte a été publié, probablement très sont du reste indiquées par Guillaume de
d'après le même mnatiscrit, qui se trourait alors Tudèle, v. ôi j la chroniqu»; en prose n'a pas
entre les mains d'un particulier, par Compayré, employé ce passage. [A. M.J
An 12c
lui. oriB'ii.
:. III, p. ijd.
An 1204
juridiction ordinaire sur les liérétiques'. Un pouvoir si excessif & si inusité brouilla bientôt les deux légats avec Bérenger, archevêque de Narbonne, 8c avec la plupart des autres évêques de la Province qui soutïroient fort impatiemment de se voir dépouillés, par deux simples religieux, d'une autorité qu'ils tenoient immédiatement de Jésus-Christ, Se l'archevêque refusa^ nettement de leur prêter le serment qu'ils exigeoicnt de lui. Les légats, pour l'y contraindre, le déclarèrent suspens; mais il ne rit aucun cas de cette sentence, 8v convoqua à l'ordinaire les évêques de la Province pour consacrer Guillaume, élu évêque de Maguelonne. Les légats, irrités de sa démarche, défendirent aussitôt aux évêques de s'assembler jusqu'à ce qu'enfin il consentit de leur prêter le serment qu'ils demandoient. L'archevêque de Narbonne n'en fit pas moins éclater ses plaintes contre les deux légats, qui, disoit-il, n'ayant été nommés que pour agir contre les hérétiques 8c les chasser du pays, étendent leur commission au delà des bornes 8c prétendent que c'est à eux, privativement aux évêques Se au préjudice de leur juridiction, de punir tous les crimes des ecclésiastiques.
Frère Pierre de Castelnau 8c frère Raoul formèrent à leur tour diverses plaintes contre l'archevêque de Narbonne, qui tut accusé-^' auprès du pape Innocent III : 1° D'une extrême négligence dans les fonctions de son ministère, 8c de n'avoir pas encore visité ni sa province, ni son diocèse depuis treize ans qu'il occupoitson siège; conduite, disoient-ils, qui n'avoit pas peu contribué à l'accroissement de l'hérésie dans tout le pays, parce que les hérétiques, pour séduire les simples 8c leur faire voir les désordres du clergé, citoient pour exemple la vie de ce prélat 8c des autres évêques, 8c attribuoient à toute l'Eglise les vices des particuliers. 2° De soutenir que la simonie ne ressentoit pas l'hérésie. 3° D'accorder sa protection 8c de donner retraite dans un de ses châteaux à Nicol, chef des Aragonois ou brigands qui désoloient le pays, quoique son prédécesseur l'eût excommunié publiquement dans les châteaux de Capestang 8c de Cruscades, conformément au décret que le concile de Latran avoit fait contre les Brabançons, les Aragonois, 8cc., décret que ce prélat ne se mettoit d'ailleurs nullement en peine d'observer. 4° De ne pas exercer l'hospitalité, de ne pas faire l'aumône 8c de s'absenter de sa cathédrale, quoiqu'en pleine santé, jusqu'à huit ou quinze jours de suite; ce qui faisoit que quelques-uns le regardoient comme un hérétiques 5° De retenir en ses mains, contre les canons, les églises vacantes de Capestang 8c de Montels. 6° D'avoir exigé quatre cents sols du teu évêque de Maguelonne avant que de le consacrer. 7° D'avoir réduit à neuf, par négligence 8c par malice, le nombre de dix-huit chanoines qu'il y avoit anciennement dans
' Innocent III ne tarda pas à étendre encore les comprend npiès cela les réciiir.inations des préattributions des légats; une bulle du 6 décembre lats, & notamment celles de l'archevêque Bérenger 1204 donna à Pierre de Castelnau & à frère Raoul dont les vices étaient d'ailleurs notoires. [A. M.] le droit d'enlever les bénéfices ecclésiastiques à ' Voyez tome VIII, Chartes, n. LXXIX, c. ôc^ç. tous ceux qui leur paraîtraient indignes. (Potthast, ' Innocent III, 1. 7, Epist, 7g, apud Manrique, n. 2337.) C'était mettre tout le clergé du Langue- Clstercienses annales, ad ann. 1204. — [rotiliasti doc entre les maitis de ces deux religieux. On n. 2224, 21 mai i2~4-]
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXI. ^So "
An i:o.j
sa cathédrale. 8° De permettre k Bérenger de Monan', clianoine & archidiacre de son église, Si à maître P ., ahhé de Saint-Paul, de posséder plusieurs bénéfices. 9° Enfin de souffrir que plusieurs moines Se chanoines réguliers de son diocèse eussent quitté l'habit religieux pour mener une vie séculière &t scandaleuse".
XlII. — Arnaud, abbé de Citeaux, associé aux deux autres légats.
Ces brouilleries engagèrent le pape Innocent III à nommer un nouveau légat dans la Province pour l'associer à frère Pierre de Castelnau & à frère Raoul. Il choisit pour cela Arnaud, surnommé Almaric"', abbé de Cîteaux, religieux distingué par sa capacité, lequel ayant été auparavant, pendant trois ans, abbé de Grandselve, au diocèse de Toulouse, connoissoit parfaitement le pays, où il étoit en grande vénération'*; mais si cet abbé étoit recommandable par sa vertu, on ne sauroit dire qu'il le fût beaucoup par sa naissance, comme le prétendent, sans aucune preuve, deux modernes, dont l'un"' le fait de la maison des ducs de Narbonne, 8t l'autre ^ de la famille des vicomtes de Narbonne. Innocent III fit donc expédier, le 29 de mai de la septième année de son pontificat ou de l'an 1:04, une nouvelle bulle^, dans laquelle il nomme. ces trois religieux pour ses légats 8c se plaint beaucoup de la négligence des évêques & des autres pasteurs. Il enjoint ensuite aux trois légats de travailler de toutes leurs forces à extirper l'hérésie; d'excommunier les réfractaires Si d'ordonner de sa part au roi Philippe, au prince Louis, son fils, , '^|'|-, "V^";-. aux comtes, aux vicomtes Se aux barons du pays d'user de sévérité envers les hérétiques, pour la rémission de leurs péchés; de les exiler, de les proscrire 8t de confisquer leurs biens. 11 accorde à ceux qui s'emploieront à cette œuvre la même indulgence que gagnoient ceux qui alloient servir dans la Terre- Sainte. « Et afin, ajoute-t-il, en adressant la parole aux trois religieux, que <■ vous puissiez remplir plus librement les fonctions de la légation dont nous I' vous chargeons, ou plutôt dont Dieu vous charge lui-même, nous vous I' donnons un pouvoir plein Se entier dans les provinces d'Aix, Arles Se Nar- " bonne, 8t dans les diocèses voisins ([ui peuvent être infectés d'hérésie, d'y « détruire, d'y arracher Se d'y planter tout ce qui sera nécessaire; d'y punir >' les contradicteurs. Sec. ■ Le pape accorde le même pouvoir à deux d'entre les légats, supposé qu'ils ne pussent pas agir tous trois conjointement.
' [Corriger Moiijan.] lités d'administrateur qiii contribuèrent plus tard
' A la suite de ces accus.i'.ions , le pape enleva à son élévation. [A. M.]
i Bérenger Tabbaye de Montaragon, le 29 mai ' Langlois, Histoire des albigeois, 1. J, p. 65.
1104 (Potthast, n. ÎI26) ; dès le 3o mai i2o3, il '' Histoire de l'Académie des inscriptions & helles-
avait ordonné à ce prélat de se démettre de ce bé- lettres, t. 9, p. 2 18.
néfice (n. 1928). [A. M.j ' Innotent 111, 1, 7, Epist. 72, apud Manrique,
' Guillelmus de Podio Latirentii, c. 10. ut supra, c, 2. — [Potthast, n. 2229.] Cette lettre
' Arnaud Amauri, d'abord abbé du Poblet, en est du 3i mars 1204; le î3 (n. 2220) le Souverain
Cat.ilogne, fut abbé de Grandselve de septembre Pontife avait écrit à ce sujet à Philippe-Auguste.
1198 à novembre 1201 (Voyez tome IV, pp. 60-, [A. M.J 6:ri). Dès cette épotjue il déploya les grandes qua-
An 1104 "
Innocent écrivit en même' temps au roi Philippe-Auguste, &, après avoir expliqué 8c distingué clans sa lettre les fonctions des deux puissances dans le gouvernement de l'Église, il l'exhorte à s'employer, soit par lui-même, soit par le prince Louis, son fils, soit enfin par quelque personnage de considération, à arrêter le progrès de l'erreur, u Contraignez, lui dit-il, en vertu du « pouvoir que vous avez reçu d'en haut, les comtes & les harons à confisquer « les biens des hérétiques, Si usez d'une semblable peine envers ceux de ces » seigneurs qui refuseront de les chasser de leurs terres. » Enfin il prie ce prince d'assister de toutes ses forces l'abbé de Cîteaux Se les deux religieux de Fontfroide, ses légats, afin que le glaive matériel se joigne dans cette grande affaire au glaive spirituel. Il écrivit^ aussi alors à l'évêque d'Auxerre & à divers autres prélats pour les engager à agir auprès du roi Se des autres princes pour l'extirpation de l'hérésie.
XIV. — L'archevêque de Narbonne appelle au pape des procédures des légats.
Le pape chargea les trois légats, par une lettre du 27 de mai de la même année, d'informer sur les divers chefs d'accusation qu'on intentoit contre Bérenger, archevêque de Narbonne; il leur ordonne de se rendre dans cette ville, & supposé la vérité des fjiits, de le déposer & de faire élire un autre archevêque en sa place. « Que si, ajoute Innocent, ceux à qui l'élection 1 appartient, refusent d'obéir, vous nommerez vous-mêmes, un mois après, t( un archevêque digne de gouverner. » Frère Pierre & frère Raoul n'attendirent pas l'arrivée de l'abbé de Cîteaux pour procéder contre Bérenger qui, de son côté, leur fit signifier un appel"' au pape, daté du 27 décembre 1204. « Dans la seconde légation que le pape vous a commise 8<. à l'abbé de Cîteaux, « dit l'archevêque de Narbonne dans cet acte, vous frère Pierre de Castelnau, n auriez dû, lorsque vous étiez sur le point d'entrer dans la Province, m'ap- « prendre votre arrivée par quelque lettre d'honnêteté; mais vous êtes venu « à l'improviste 8c dans le temps que vous saviez que j'allois me mettre en « chemin pour aller à Rome détromper le pape des fausses accusations que K des flateurs avoient formées contre moi. Vous 8c frère Raoul, sans consulter « l'abbé de Cîteaux, votre collègue, m'avez défendu, sous peine d'anathème « &c de privation d'office Se de bénéfice, comme au dernier des clercs, de « sortir de mon diocèse sous quelque prétexte que ce fût. » Il reproche ensuite à frère Pierre de Castelnau d'avoir outrepassé sa commission sur cinq différens articles, dans l'affaire de l'église de Capestang, 8c il ajoute : « Pour « ces griefs 8c pour plusieurs autres, moi, Bérenger, archevêque de Nar- « bonne, je vous récuse absolument, vous, frère Pierre de Castelnau, 8c vous» « frère Raoul, moines de Fontfroide, comme suspects 8c comme mes oppres- « seurs, 8c j'appelle de vos procédures au pape Innocent : je mets sous sa
■ Innocent III, 1. 7, Epist. -ji). — Dom Vaissete ' R.iinaldi, ann. 1 Î04, n"" 59 & 69.
se trompcj la bulle qu'il analyse est du 7 février ' Voyez tome VIII, Chartes, n. LXXIX, ce. ôop,
|2o5. Conférez Potthast, n. 24041 [A. M.J ûiu
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXI. iSo
An 1204
« protection ma personne, toute l'église Si la province de Narbonne, Sec, Sic. « Je renouvelle l'appel que j'ai déjà fait à Béziers, le jour de Saint-Barthé- < lemy, au mois d'août dernier, avant votre arrivée dans la Province, en pré- «■ sence de nos vénérables frères les évêques de Béziers, de Maguelonne Si de lyodève, S<. de plusieurs autres personnes de considération; y ajoutant •' néanmoins l'autre appel que j'ai fait ensuite à Narbonne, en plein chapitre, " le jour de Saint-Capraisc, au mois d'octobre dernier. Enfin je renouvelle " cet appel, parce que j'ai appris que vous, Arnaud, abbé de Cîteaux, leur , 'in °'^'^i"s I' collègue, aviez procédé au préjudice de nos églises 81 de nos suffragans, en I' exigeant, malgré les canons, le serment des clercs les uns contre les autres; I' Si.encore parce que vous agissez d'une manière opposée à la douceur avec " laquelle les autres légats qui ont été dans le pays en ont usé. Je vous
0 récuse aussi; j'appelle de vos procédures au pape. Si je vous indique 81 à ( vos collègues le dimanche de Quasimodo prochain pour poursuivre mon i appel. Au reste, pour marquer mon respect envers le Saint-Siège Si le
1 désir que j'ai de conserver la foi, je déclare que je vous aiderai fidèlement à chasser les hérétiques jusqu'à ce que je me mette en chemin pour la
<• poursuite de mon appel. « La signification de cet acte engagea les légats à suspendre leurs procédures contre l'archevêque de Narbonne, Si ils envoyèrent à Rome les informations qu'ils avoient faites contre ce prélat.
XV. — Suite de l'ajfaire de l'archevêque de Narbonne. — Les légats suspendent l'évêque de Béliers.
Cependant frère Pierre de Castelnau, rebuté par les contradictions qu'il rencontroit dans sa légation, écrivit au pape pour le prier instamment de l'en décharger St lui permettre de retourner dans son monastère. Innocent lui refusa sa demande, Si, pour l'encourager à continuer les fonctions de son ministère, il lui fit espérer d'en recueillir de plus grands fruits par une lettre' du 26 de janvier suivant. Le pape écrivit^, trois jours après, à l'archevêque de Narbonne pour lui reprocher sa négligence à extirper l'hérésie de sa province, 81 le refus qu'il faisoit de seconder en cela le zèle de frère Raoul Si de frère Pierre de Castelnau, ses légats. Il reprend ensuite vivement ce prélat de n'avoir pas voulu aller avec eux trouver le comte Raimond^ pour tâcher de persuader conjointement à ce prince, de chasser les hérétiques de la Province. Innocent reproche aussi à l'archevêque de Narbonne de n'avoir pas voulu fournir un équipage convenable aux deux légats Si de ne leur avoir donné qu'une seule monture. Il lui enjoint enfin de leur fournir tous les équipages Si toutes les autres choses dont ils auroient besoin. Si de les aider de tout son pouvoir dans l'exercice de leur légation. Il écrivit d'un autre
' Innocent III, 1. 7, Epist, 101, apud Manri- ' Il y a M. comllem dans Manrlqiiezj mais il
ijue, ad ann. 1 zoS, ci, — [Potthast, n. zSpi.] est évident que c'est une faute, 81 qu'il faut lire
' Innocent III, 1. 7, Epht. 14Î) iild, ç. ii — R, ctmitcm. \^Sote des Bénédictins.^ [Von indiquée dans Potthast. J
An iao5
An
côté au roi ', le 7 Je février de la même année, pour l'exhorter de nouveau à marcher en personne, ou d'envoyer du moins le prince Louis, son iils, au secours de l'abbé de Cîteaux 8<. de ses collègues. Il le prie instamment de les protéger 8< d'obliger les comtes & les barons du royaume à proscrire les hérétiques Se à confisquer leurs biens, & de confisquer lui-même les domaines des seigneurs qui refuseroient d'obéir à cet ordre ou qui favoriseroient les sectaires.
Pierre de Castelnau 8< Raoul, sur le refus que l'archevêque de Narbonne leur avoit fait d'aller avec eux sommer le comte de Toulouse de chasser les hérétiques, s'adressèrent à l'évêque de Béziers, à qui ils firent la même demande. Ce prélat refusa non-seulement de la leur accorder, mais il ne voulut pas même avertir les consuls de la ville épiscopale d'abjurer l'erreur 5c de prendre la défense de l'Église contre les hérétiques, & il les empêcha de faire cette monition. Les deux légats assemblèrent alors le clergé de Béziers, enjoignirent publiquement à l'évêque d'excommunier les consuls de cette ville, s'ils ne renonçoient à l'erreur dans un certain temps. Ce prélat promit de le faire, mais il ne tint pas sa parole; les deux légats le déclarèrent alors suspens jusqu'à ce qu'il se fût présenté devant le pape, & défendirent au clergé du diocèse, en vertu d'obéissance & sous peine d'excommunication, de lui obéir durant cet intervalle.
Nous apprenons toutes ces circonstances d'une lettre que le pape Innocent III écrivit^, le 18 de février de l'an i2o5, à Tévêque d'Agde 8t à l'abbé de Saint-Pons de Thomières. Il s'y plaint beaucoup de la négligence de l'évêque de Béziers à extirper l'hérésie de son diocèse & de sa désobéissance aux légats, 8<. confirme la sentence de suspense dont on vient de parler; il leur ordonne en même temps de faire dénoncer ce prélat, comme suspens, dans toutes les églises du diocèse de Béziers, jusqu'à ce qu'il se fût présenté à Rome avec les lettres des légats; de défendre au clergé & au peuple de lui obéir 8c de commettre en attendant (juelques personnes capables pour gouverner le diocèse. L'évêque de Béziers, qui fut suspendu par les légats, s'ap- Éd.oiisiij. neloit Guillaume^ de Pvoquezel ; il avoit succédé, en 1 199, à Gaufrid de Marseille. Nous ignorons les suites de son affaire. Il fut tué l'an i2o5 par lu trahison des siens îk fut inhumé dans le cloître du monastère de Cassan, dont il avoit été prieur régulier avant que de parvenir à l'épiscopat. E.rmengaud lui succéda"*.
' Innocent m, I. -, Ep'ist. 112, itlJ. c. 1. — du Pont, sur le bord de l'eau, là où passaient les
Voir plus hnut, p. i3J. Cette lettre a déjà été citée pèlerins venant de Gascogne. On y ordonne aux
par dom Vaissete sous une autre date. [A. M.] aubergistes de ne yendre aux voyageurs que des
' Innocent III, 1. 7, Epht. 242, apud Manri- marchandises de bonne qualité; ils doivent avoir
que, ad ann. i2o5, c. 2. — [Potthast, n. 2i25.] une mesure bonne &. légale; vendre au prix fixé;
' Gallia C/iristiana, t. 4, p. 415. fermer leurs maisons au premier coup de la clo-
^ Outre le règlement contre l'hérésie, indiqué che; ne point injurier les voyageurs; ils n'ont
par dom 'Vaissete, cette pièce contient plusieurs pis le droit de s'entremettre de la vente ou de
indications curieuses sur les auberges de Toulouse. l'achat de chevaux par les pèlerins. Sic. — Le
Nous y voyons les auberges établies dans la rue même acte expulse les jongleurs St jongleuses de
t. in,p. i3ii
An 1 icî)
XVI. — Le comte de Toulouse promet aux légats de chasser les hérétiques. Déposition de Raimond de Rabastens^ évèqiie de cette ville.
On voit par ces différentes lettres du pape Innocent III que Pierre de Castelnau & Raoul avoient dessein, avant latin de l'an 1204, d'aller trouver Raimond, comte de Toulouse, pour le sommer de chasser les hérétiques de ses États. Nous apprenons d'ailleurs' que ce prince se rendit enfin à leurs remontrances & qu'il leur |)romit par serment de chasser les routiers & ks hérétiques de ses domaines, & d'v rétahlir la paix. Raimond fit vraisemblablement ce serment au mois de mai de l'an i2o5, car nous savons que l'abbo de Cîteaux Si ses deux collègues, s'étant rendvis vers ce temps-là à Toulouse, ils y déposèrent Raimond de Rabastens, évêque de cette ville.
On a déjà dit que l'élection de ce prélat, quoique peu canonique dans son origine, avoit été cependant confirmée par les commissaires du pape. Sa négligence à remplir les fonctions épiscopales excita le zèle des légats, qui, avant fait une nouvelle information, trouvèrent que lorsque le siège épiscopal de Toulouse étoit vacant, Raimond de Rabastens avoit fait solliciter plusieurs chanoines de lui donner leur suffrage; qu'ensuite, lorsqu'il fut élu pour la seconde fois, il s'étoit lié par serment avec les chanoines qui lui avoient été d'abord opposés. Se qu'après que sa première élection eut été cassée, il étoit demeuré en possession de la maison épiscopale 8c avoit perçu les revenus de l'évôché; sur cela ils le déposèrent solennellement. Ce prélat est qualifié, en effet, autrefois évêque de Toulouse dans une lettre que le pape leur écrivit, le 6 de* juillet de l'an iio:*), S< dans laquelle il rappelle toutes ces circonstances; d'où l'on doit inférer qu'il avoit été déposé au moins deux mois auparavant; mais il paroît que, malgré sa déposition, il se maintint encore quelque temps dans son siège; car il est qualifié-* simplement évêque de Toulouse dans un acte du mois de septembre suivant; Se nous verrons plus bas que son successeur ne fut élu qu'à la fin de l'an i2o5. Peut-être appela-t-il au pape de cette sentence, Se fit-il durer La procédure jusqu'à la fin de l'année, (^uoi qu'il en soit, Innocent ordonna par la même lettre^ à l'ahbé de Cîteaux, à Raoul i/ à Pierre, moines 'de Fontfroide, inquisiteurs du siège apostolique, de destituer de son office Mascaron, prévôt de la cathédrale de Toulouse, promu à cette dignité à la place de celui qui avoit été élu évêque de Com-
la ville; défend les fiinéraillci luxueuses; interdit les démonsirations de deuil trop bruyantes (Voyez tome VIII, ce. SiS, "116). — Peu après les consuls de Toulouse Arent une enquête sur les lieux du Toulousain & des pays environnants où devait se payer la leude; nous connaissons par cet acte le tarif en usage à Castelsarrasin, à Castelmaira, à Pamiers, à Ax, à Mérens, à Castelnaudary, à Lavaur, à Rabastens, à Avignonet, à Saint-Jory. Ce furent les fermiers des leudes qui vinrent déposer devant les consuls; cet acte passe en revue toutes
les routes qui venaient aboutir à Toulouse; une seule paraît oubliée, c'est celle de Gascogne. (Voyez tome VIII, c. 527 & siiiv.) [A. M.]
' Guillelmut de Podio Laurentii, c. 7.
' Innocent III, 1. 8, Eplst. 1 16. — [La lettre est du !> juillet 120J; voyez Potthast, n. 2.");)7.j
^ Lafaitlc, Annales de Toulouse j t. 1, appcnd. p. .■i7.
' Innocent III, ut supra. — [Les deux lettres sont distinctes; la seconde est du ''' juillet inc'ij Potthast, n. iSrt 1 .1
An i2oa
minges, à cause que, suivant sa propre confession, il avoit été du complot
pour faire élire Raiinond de Rabastens, &. qu'il s'étoit par là rendu indigne
de posséder aucun bénéfice ecclésiastique.