XVIII. — Le pape /ait grâce à l'archevêque de Narhonne
i':d.oiij;i;i. Cependant Bérenger, archevêque de Narbonne, n'ayant osé ou pu entreprendre le voyage de Rome pour y poursuivre son appel, en fit ses excuses au pape qui, dans sa"* réponse du 6 de juin de l'an i2o5, lui reproche d'avoir interjeté cet appel dans la vue d'éluder sa condamnation. Le pape ajoute ; « que les légats ayant jugé à propos d'y déférer, lui avoient envoyé leurs « informations; qu'il avoit attendu son arrivée, mais qu'au lieu de compa-
' C.Ttel, Histoire Hes comtes de Tolose, p. 229 & apostoliques durent (aire procéder à une nou-
su!v. — Voyez tome VIII, c. Ô40, où nous pu- velle élection canonique (Potthast, n. 25i6). L'af-
blions cette pièce; il faut corriger dans notre f^i ire paraît du reste ne pas avoir eu de suites; du
texte, la date de 1207 en 120,'). [A. M.] moins le Gallia Christiana & après lui M.MabilIe
' Catel, Histoire des comtes de Tolose. — Voyez (t. IV, p. Soy) , n'admettent qu'un seul Raimond
tome VIII, c. 5 i3 & suiv.; la pièce est du 10 mars évcque d'Agde de 1192 à 12|3, Raimond II de
1235, & plus haut, p. 235. — Peu après le 25 Montpellier. [A. M.]
mai i2o5, le pape fit procéder contre l'évèque ' Archives de la connétablie de Bordeaux.
d'Agde, Raimond; il chargea de cette affaire Mi- '' Innocent III, Epist. 160, apiid Manriquc, ad
chel, archevêque d'Arles, & les abbés de V^almagne ann. i 2o5, c. 4, — [La lettre est du zÇ juin i 25 j ;
& de Saint-Guillem du Désert. Ces commissaires Potthast, n. 2552. J
« roître en personne ou d'envoyer quelqu'un en son nom pour le poursuivre, « il s'étoit contenté de s'excuser par un envoyé sur ce qu'il n'avoit pu partir. » Le pape lui dit ensuite que, suivant la rigueur du droit, il l'auroit dû juger conformément aux informations; mais que, pour lui ôter tout prétexte de murmurer, il vouloit bien encore lui accorder, pour se présenter en personne, un délai jusqu'à la Septuagésime prochaine; « que si, continue le « pape, vous ne pouvez vous-même faire le voyage, soit par maladie, soit par (( vieillesse, soit pour toute autre raison légitime, nous ferons décider cette « affaire sur les lieux par des commissaires intelligens. Du reste nous renou- « vêlons l'ordre que nous avons déjà donné, de vous défaire de l'abbaye de « Montaragon. » Bérenger possédoit cette abbaye, située en Catalogne 8c possédée par des chanoines réguliers, avant son élection à l'évêché de Lérida, d'où il avoit passé à l'archevêché de Narbonne, 8<. il l'avoit toujours gardée .depuis. Il obéit bientôt' sur cet article; 6t le prince Ferdinand, frère de Pierre II, roi d'Aragon, S<. religieux profès de l'abbaye de Poblet, dans l'ordre de Citeaux, en fut pourvu à sa place. Quant à l'archevêché de Narbonne, le pape eut compassion de Bérenger, Se il écrivit^, l'année suivante, à l'abbé* de Cîteaux & à ses deux collègues de le laisser en paix pour les crimes dont il avoit été convaincu, parce qu'il vouloit lui donner le temps de Jàire péni~ tence.
XIX. — Voyage du rot d'Aragon à Montpellier ; il prend le château de l'Escure sur les hérétiques, 6- promet Sancie, sa fille, en mariage à Raimond, fils du comte de Toulouse.
Un auteur^ qui donne mal à propos le nom de Bertrand à l'archevêque de Narbonne conjecture que le pape ne lui ordonna de se détaire de l'abbaye de Montaragon que pour seconder les vues qu'avoit Pierre, roi d'Aragon, de la faire tomber à l'infant Ferdinand, son frère. Il est du moins certain qu'Innocent fut toujours très-porté à faire plaisir à ce prince depuis qu'il l'eût couronné à Rome, au mois de novembre de l'an 1204'*.
Pierre, à son retour sur les côtes de Provence, à la fin de la même année, trouva' qu'AIfonse, comte de Provence, son frère, & le comte de Forcalquier avoient rompu la paix, 8t que le premier étoit demeuré prisonnier de l'autre, qui s'étoit saisi de tous ses Etats. Le roi d'Aragon se mit aussitôt en état de délivrer par la force le comte, son frère, de sa prison, & obligea enfin le
' Manriquc, ad ann. iis/i, c. 4. faire couronner à Saragosse par l'archevêque de
Innocent III, 1. 9, Epist. 68, apud Raynaldi, Tarragone; promesse d'instituer un siège épisco-
ad ann. 1206, n. 27. [Lettre du 9 mai 1206; Pot- pal dans l'île de Majorque, s'il peut la conquérir;
thast, n. 2774,] permission de posséder les terres confisquées sur
' Manrique, Cistercienses annales, ad ann. 120,'), les hérétiques de son royaume; le pape renouvela
c. 4. ce dernier privilège, le 9 juin 1206 (Potthast,
■* Témoins les privilèges qu'il lui concéda par n. 2799). |A. M.|
quatre bulles du 16 juin i2o3 (Potthast, n°> 2543 '' Gesta comitum Bareinonemium, c, 2.f. à 2.';46); permission à lui & à ses successeurs de se
An 1203
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comte de Foicalquier à lui donner la liberté, à lui rendre ses domaines Se à renouveler leur traité de paix. Il alla ensuite à Montpellier où il promit' solennellement, le i"^ de mars de l'an i2o5, aux^douze consuls de cette ville, tant en son nom qu'en celui de la reine Marie, sa femme, de conserver toujours sous une même domination &. seigneurie la ville de Montpellier Si tous les châteaux qui en dépendoient, qu'il avoit reçus en dot, 8c de n'en jamais rien aliéner, avec pouvoir aux mêmes consuls de statuer tout ce qui seroit nécessaire pour le gouvernement de la ville. Si de la faire murer sous son autorité 8< celle de sa cour, 81 avec promesse de tenir toujours éloignés ceux qu'il avoit exilés, lorsqu'il avoit pris possession de Montpellier. Marie, sa femme, confirma cette concession quatorze jours après, au château de Collioure, en Roussillon, dans la chambre de la reine ii> devant le seigneur-roi. lis retournèrent ensuite à Montpellier 81 ils y confirmèrent^, le i3 de juin suivant, les statuts &t les coutumes de la ville dont on fit la publication, le même jour, dans la maison des consuls, située à la place des Herbes {in salaria Herbariae).
' Nous inférons que le roi d'Aragon s'étoit mis en armes quelque temps auparavant, 8<. qu'il avoit été en Albigeois faire la guerre aux hérétiques, d'une lettre^ qu'Innocent III écrivit, le 5 de juillet de cette année, à ses légats. Ce pape leur mande, en effet, » de donner personnellement en fief, à Pierre, « roi d'Aragon, le château de VEscure [Scurrae) que ce prince avoit recouvré « sur les hérétiques, à condition que comme la propriété de ce château appar- (( tenoità saint Pierre; il en feroit un certain cens annuel à l'Eglise romaine.» Éd.origin. Qr ce château n'est pas différent de celui de l'Escure, au diocèse d'Albi, dont les seigneurs se uisoient hommagers du pape.
Le roi d'Aragon, ayant passé les Pyrénées, se rendit à Jacca'*, où il étoitau commencement du mois d'août suivant; il revint joindre la reine à Collioure, au mois de septembre. Cette princesse, en reconnoissance des bienfaits qu'elle en avoit reçus, lui fit alors donation^ entre-vifs, tant du château 81 de la ville de Montpellier que de toutes leurs dépendances, pour en jouir en commun pendant leur vie & passer à leurs enfans après leur mort, avec une entière liberté à ce prince d'en disposer à sa volonté si elle venoit à décéder sans postérité.
Marie, reine d'Aragon, avoit accouché alors ou du moins elle accoucha bientôt après d'une fille, nommée Sancie, que le roi Pierre promit en mariage*^, au mois d'octobre suivant, au jeune Raimond, fils du comte de Toulouse, par un accord qui fut passé entre eux à Florensac, dans le diocèse d'Agde. Par cet acte ; 1° Pierre s'engage de donner en dot à sa fille la ville & le
' Voyez tome VIII, Chartes, n. LXXXI, ce. 523, ad ann. i io5, e. 3. — [La lettre est du |6 juin
•ji6. i2?5; cf. Potthast, n. 2540. J
' Manuscrits Je Colhert, n. 493,'î. — [Cf. Teulet, * Zurita, Anales de la corona ie Aragen, 1. 2,
, Layettes, t. 1, p- 288 & suiv. où cette pièce est c. ^ii.
publiée d'après la plus ancienne copie existante.] ' D'Achéry, Spic'tlegium, t. 8, p. 220 & luiy.
' Innocent UI, 1. 8, Epiit. 97, apiid Maniique, * Ihid. t. 8, p. 222 & suiv.
An i2oâ
château de Montpellier, le château d'Omelas £<. toutes leurs dépendances. 2° 11 confirme les traités St les sermens conclus entre lui, le comte de Toulouse & le comte de Provence, son frère. 3° Il promet une amitié constante au jeune R.aimond, qu'il reçoit en sa foi, & donne pour gage de sa promesse le lieu de Castelnau avec les châteaux de Castries 8c de Montferrier, sauf le droit que le comte de Toulouse y avoit d'ailleurs (en qualité de comte de Melgueil). 4° Le comte promet de donner en mariage son fils Raimond, qu'il avoit de la reine Jeanne, à Sancie, fille de Pierre, roi d'Aragon, 6* de Marie, sa jemme, & dispose, à cause de ce mariage, du duché de Narbonne & du comté de Toulouse, de leurs dépendances 'S< généralement de tout ce qu'il possédoit, depuis l'Hérault jusqu'à la Gascogne, en faveur de son fils. 5° Il assigne, pour le douaire de sa future belle-fille, les villes de Castelnaudary, Castelsarrasin, Moissac Se Montauban avec leurs dépendances. 6° Il renouvelle 5<. confirme les accords dont il étoit convenu avec le roi d'Aragon St le comte de Provence. 7° Il s'engage, supposé que son fils vînt à mourir avant son mariage avec Sancie ou après l'avoir épousée, de rendre aussitôt au roi, son père, cette princesse qu'il prit par conséquent dès lors à sa cour pour la faire élever. 8° Il promet de faire ratifier ces conventions par son fils dès que ce jeune prince aura atteint l'âge de puberté. 9° Il assigne pour la sûreté de sa promesse les châteaux de Montredon, de Cauvisson Se d'Aubays, dont Elzéar d'Aubays avoit la garde. 10° Enfin le roi S< le comte s'engagent réciproquement, par serment prêté sur les saints évangiles, d'observer tous ces articles, qui furent passés en présence d'un grand nombre de seigneurs des deux cours, entre autres de Gaufred de Roquebertin, Raimond de Montcade, Guillaume de Canet, de frère Examen de la Vate, prieur de l'hôpital de Saint-Gilles Se châtelain d'Emposte, de Foulques, commandeur du Mas- Dieu, de Bernard d'.Anduze, Bernard, son fils, Raimond de Sauve, Raimond d'Arsac, Sec. Cet accord n'eut pas son exécution, parce que Sancie mourut' en enfance*. L/C roi d'Aragon fit un voyage à Montpellier, au commencement de l'année suivante. Se il y co.nfinna' alors la fondation du monastère de Langogne, en Gévaudan.
■ Tome vu, Soie XXXV, n. i, pp. io3. 104.
' Ce contrat de m.Triage fut conclu pnr Pierre d'Aragon, au mépris des droits de sa femme & des promesses que lui-mcme lui avait faites par l'acte de septembre 127"), que dom Vaisseie an..ly$e plus haut, acte antérieur à la naissance de Sancie, 8c rédigé alors qu'on ignorait quel serait le sexe de l'enfant que la reine allait mettre au monde. Aussi chercha-t-il à faire ratifier à Marie de Montpellier cet acte qui la fraudait de ses droits en disposant de son vivant d'une partie de la seigneurie de Montpellier. La reine était alors à Collioure, en Roussillon; son mari alla l'y trouver 8c essaya de lui arracher son approbation ; la luiîs fut long.ie; Mari; de Montpellier paraît
avoir résisté avec énergie. Elle ne céda qu'après avoir pris conseil des prud'hommes de Montpellier, 8( sur la menace que lui fît le roi de l'abandonner, elle 8c sa seigneurie, sans jamais lui prêter aucun secours. Elle céda alors; mais de l'avis des légistes qui l'entouraient elle fit une protestation secrète, qui nous est parvenue 8c qui nous fournit tous ces détails. Cet acte, qui doit être d'octobre ou de novembre 1206, a été publié par M. Germain dans les Mémoires de la Société archéologique de Montpellier, année 1860, d'après l'original conservé aujourd'hui à la Bibliothèque nationale. On le trouvera au tome VIII de la présente édition, ce. 5i53, 53^. [A. M.]
5 Voyez tome V, Chartes, n. CXXXIH, c. 33c-.
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