‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 145 sur 342 · XXVIII. — Conjèrence de Montréal · texte numérisé non relu

XXVIII. — Conjèrence de Montréal

Tandis que Pierre de Castelnau metloit tout en œuvre pour arrêter le progrès de l'erreur du côté du Rhône, l'évêque d'Osma & saint Dominique continuoient d'un autre côté leur mission. Après'' s'être séparés de ce légat à Béziers, ils allèrent à Carcassonnc, où ils disputèrent contre les héréticjues pendant huit jours. Ils parcoururent ensuite divers châteaux 5t s'anêtèrent enfin à Montréal, dans le diocèse de Carcassonne, & non k Pvéalmont ou à Montréjeau, comme quelques modernes^ l'interprètent mal à propos. Ils curent dans ce château une célèbre conférence qui dura quinze jours, avec divers chets des hérétiques, savoir : Arnaud Othonis, Guillabert de Castres, Benoît de Termes 8i Pons Jnrdani. On convint de part Se d'autre de s'en rapporter au jugement de Bernard de Villeneuve, de Bernard d'Arsens, chevaliers, de Bernard de Got 8<. d'Arnaud de la Pvivière, bourgeois. La dispute roula principalement sur la sainteté de l'Eglise, que les hérétiques prétendoient être la Babylone de l'Apocalypse, & sur la messe qu'ils nioient avoir été instituée par Jésus-Christ & ses apôtres. L'évêque d'Osma, pour confondre

' Pierre ic Vaiix-Cernay, c. 3. ' Pierre de Vaiix-Cerniiy, c. 3.

•Innocent III, 1. lo, Epi:t. 69. — [Potthnst, ' Langlois, Histoire des altigeois, 1. 2, p. 82,—

n. 3i 14.J Quéiif & Échiird, SS. or.!. PracJ. t. 1, p. 7.

An 1207

les héréticjues produisit les autorités du Nouveau Testament qui prouvoient la foi catholique. On rédigea par écrit tout ce qui avoit été dit de part & d'autre, & on le remit entre les mains des quatre séculiers qu'on avoit pris pour juges. Un ancien' auteur gémit à cette occasion, avec fondement, de l'état déplorable où étoit alors la religion dans la Province, £<. de ce qu'on étoit obligé de s'en rapporter au jugement des laïques sur les matières de la foi, & surtout des laïques qui, selon un historien^ du temps, étoient favorables à l'erreur. Aussi ces prétendus juges, ayant refusé de prononcer, sous prétexte qu'ils avoient à délibérer là-dessus, se saisirent de tous les mémoires 8c les livrèrent, à ce qu'on prétend, aux liérétiques. On se sépara donc sans avoir rien déterminé : on assure cependant que, sur les raisons qui furent proposées par les catholiques, cent cinquante hérétiques de Montréal se convertirent & abjurèrent l'hérésic} &. on ajoute^ cfue, durant la conférence, saint Dominique ayant mis par écrit les autorités dont il se servoit pour réfuter l'erreur £<. les ayant données à un hérétique pour les examinera y répondre, ce dernier les jeta par trois fois au feu, en présence de ceux de sa secte, sans que le papier fût brûlé, mais aussi sans que le miracle fût capable de le convertir.

XXIX. — Dou-^e abbés de Citeaux se joignent aux missionnaires.

Conférence de Pamlers,

Pierre de Castelnau vint rejoindre à Montréal les autres missionnaires, ses collègues, durant cette conférence qui fut tenue"* vers le mois de juin de l'an 1207. Il se sépara d'eux de nouveau bientôt après 8c retourna en Provence, où les affaires de la légation l'appeloient. Il étoit à Alanan, dans le Vivarais, le deuxième du mois d'août suivant, 8t il y fut présent^ avec Bertrand, évêque du Puy, à l'hommage que Pons de Montlaur fit alors à Burnon, évêque de Viviers, pour le château de Mazrel. Arnaud, abbé de Cîteaux,

Éd.oiiHin. suivi'^de douze abbés Si d'une vingtaine de religieux de son ordre, arriva t. m, p. 147. , t> ....

aussi à Montréal durant la conférence. Ces nouveaux missionnaires, remplis

de zèle &<. de lumière, partirent de l'abbaye de Cîteaux'^, le !"■ de mars ou,

selon d'autres^, au mois de mai de l'an 1207. Ils s'embarquèrent sur la Saône

8c le Pdiône Se arrivèrent enfin dans le haut Languedoc. Entre eux étoit

Gui, abbé de Vaux-Cernay, au diocèse de Paris, qui amena avec lui Pierre,

son neveu, religieux de son monastère, lequel nous a laissé l'histoire de ce

qui se passa alors dans le pays 8c durant les années suivantes. Après leur

jonction avec l'évêque d'Osma Se ses collègues, ils délibérèrent ensemble sur

' Guillelmus de Podio Laiirentii, c. p. * Pierre de Vniix-Cernay, c. 5. — Martriqiie,

' Pierre de Vaux-Cernay, c. 3. ad ann. 1207, c. 1.

' Ibid. c. 7. — Trivet, Chronicon. ' Robertiis Altissiodorensis, C/tronicon, ad ann.

* Guillelmus de Podio Laurentii, c. 9. — Voyez i 207.

tome VII, Note XV, pp. 44, 45. * Guillaume de Nangis, Chronicon, ad ann. 1207. ' Golumbi, De episcopis Vivariemihus, p. 2îo.

An 1207

les moyens d'avancer leur mission; ils convinrent de se partager par bandes de deux ou de trois & de parcourir ainsi tous les divers quartiers de la Province que l'hérésie avoit infectés. Ils se dispersèrent donc & marchèrent toujours à pied, en mendiant leur pain, à l'exemple de l'évêque d'Osma 8c de ses associés.

Ce prélat', résolu de consacrer le reste de ses jours à cette mission, se disposa bientôt après à retourner en Espagne pour y mettre ordre aux affaires de son diocèse Se établir un fonds pour fournir à la subsistance des missionnaires. Il partit, suivi de Raoul, légat du Saint-Siège, Se, à ce qu'il paroît, de saint Dominique, 8c passa par Pamiers. Foulques, évêque de Toulouse, Navarre, évêque de Conserans, &c plusieurs abbés vinrent le joindre dans cette ville qui étoit pleine d'hérétiques 8c de vaudois. Les missionnaires, après leur arrivée, offrirent d'entrer en conférence avec les sectaires qui acceptèrent le défi. Elle se tint dans le palais que Raimond-Roger, comte de Foix, avoit dans la ville, 8c il y assista avec la comtesse, sa femme, 8c ses deux sœurs, dont l'une avoit embrassé la secte des vaudois de même que sa femme, 8c l'autre celle des hérétiques. Nous avons parlé ailleurs de cette dernière, nommée Esclarmonde; on ne marque pas le nom de la première. L'une des deux sœurs de Raimond-Roger (c'étoit sans doute Esclarmonde) voulut se mêler dans la dispute, 8c parla en faveur des hérétiques; mais frère Etienne de la Miséricorde, l'un des missionnaires, lui imposa silence 8c l'envoya filer sa quenouille. Le comte de Foix, qu'on représente^ comme un ennemi déclaré de Jésus-Christ 8c un des plus cruels persécuteurs de l'Eglise, traita alternativement dans son palais les missionnaires 8c les vaudois, tout le temps que dura la conférence ; elle roula principalement sur les erreurs de ces derniers. Maître Arnaud de Campranhan, alors clerc séculier, 8c l'un des plus qualifiés de Pamiers, fut choisi pour arbitre, 8c, quoiqu'il fût entièrement favorable aux sectaires, il les condamna cependant, renonça à l'erreur entre les mains de l'évêque d'Osma, Se fut depuis un des plus zélés défenseurs de la foi catholique; la plus grande partie des habitans, 8c surtout les pauvres, se convertirent aussi.

XXX. — L'institut de la Société des pauvres catholiques s'établit dans

la Province,

Entre ceux qui demandèrent à faire abjuration fut un nommé Durand de Huesca, qui obtint la permission de se retirer en Catalogne avec ses associés, où ils embrassèrent la vie religieuse 8c fondèrent un institut' particulier sous le titre de Société des pauvres catholiques. Durand, qui en fut le fondateuf,

' Pierre de Vaux-Cernay, c. 6. — GiilUelmus de n"« jjyi à3,Ô73.];l. i 2, £/)/Jt. 17, 66, 68 & suivi

Po.iio Laurcntii, c. 8. [Potthast, n"' 8766 à 3769.]; 1. i3, Epist. 63, 77,

■ Pierre de Vaux-Cern.iy, c. 6. 78 [Potthast, n"' 3998, 3999 & 4003.]; 1. i5,

' Giiillelmus de Podio Laiirentii, c. 8. — Inno- Epist. 82, 91, 92, 96 [Potthast, n"* 460.^, 45o6j

cent III, 1. Il, Epist. 196, 197, 199 [Potthast, 4508,4510.]

An 1207

se présenta à [iinocent IH l'année suivante avec quelques-uns de ses compagnons, dont les principaux étoient Guillaume de Saint-Antonin , Jean de Narbonne, Ermengaud Si Bernard de Béziers, 8c, après qu'il eut fait une profession de foi catholique, le pape approuva leur règle le 18 de décembre de la même année. Ce nouvel ordre s'étendit bientôt en diverses provinces, surtout en I^anguedoc, où Durand avoit déjà fondé plusieurs couvens en i 209, dans les diocèses de Narbonne, Béziers, Uzès, Nimes &; Carcassonne. Ils vivoient d'aumônes, s'appliquoient à l'étude Se à convertir les hérétiques, tenoient des écoles, jeûnoient tous les ans deux carêmes, suivant l'usage de l'Eglise, & portoient un habit modeste blanc ou gris, avec des souliers ouverts par dessus, mais distingués de ceux dont se servoient les vaudois ou pauvres de Lyon, qu'on appeloit pour cela insahate-^. Durand composa ([uelques traités contre les hérétiques; mais il se rendit suspect à plusieurs évêques de la Province, qui se plaignirent au pape de sa conduite & de celle de ses disciples 8t les accusèrent de favoriser les vaudois. Le pape écrivit en conséquence aux uns Se aux autres le 5 de juillet de l'an 1209. Il avertit Durand t.'in°p.'*i"i's & ses compagnons de se corriger de tout ce qui avoit donné lieu aux plaintes des évêques de la province de Narbonne, Se exhorta ceux-ci à le tolérer pour un temps, à l'instruireSe à chercher plutôt à l'attirer qu'à l'éloigner. Il paroît, par ce que nous venons de rapporter, qu'Innocent-accorda sa protection à ces nouveaux convertis, en faveur desquels il écrivit encore aux mêmes prélats, qui formèrent contre eux de nouvelles plaintes les années suivantes. Nous ne trouvons plus aucune trace de cet institut dans le pays, Se il y a lieu de croire qu'il n'y subsista pas longtemps. En eftet, un ancien' historien assure qu'il tomba entièrement peu à peu.

XXXL — Mort de l'évèque d'Osma i- de frère Raoul. — Saint Dominique

fonde le monastère de Prouille.

Après la conférence de Pamiers, l'évèque d'Osma prit congé des missionnaires, continua son voyage Se mourut dans son diocèse au commencement' * de l'année suivante; il étoit alors sur le point de retourner dans la Province

pour y employer le reste de ses jours à la conversion des hérétiques. Frère Raoul, légat du Saint-Siège, s'en alla de son côté vers le Rhône, dans le dessein de joindre en Provence Pierre de Castelnau, son collègue; mais il mourut bientôt après dans l'abbaye de Franquevaux, au diocèse de Nimes. Enfin Arnaud, abbé de Cîteaux, se retira aussi pour aller ailleurs, où des affaires importantes l'appeloient; ainsi Gui, abbé de Vaux-Cernay,fut reconnu pour chef Se maître de tous les missionnaires du haut Languedoc. Gui exeri^a

' Cu'illelmus de Podlo Lniifeatil, c. 8. donne comme date de cette mo:t l'è:e li-tô, c'est-

' Pierre de Vaux Cernay, c. 6. — Cf. totr.c VU, à-dire l'an 1207 (n. st.). Quoi qu'en dise dom

Note XV, pp. 45, 46. — La mort de Diego paraît Vaissete (tome \'n, ut supra), il n'y n pas de rai-

étre un peu antérieure; en effet, son épitaphe pu- son pour soupçonner l'autlicntlcLté de ce petit

bliée par les BoUandistes, août, t. 1 , p. jpO b, monument. [A. M.]

principalement son zèle dans le diocèse de Carcassonne, où il confondit plusieurs t'ois Bernard de Simorre, l'un des principaux des hérétiques, avec lequel il entra en dispute. Mais enfin la plupart des abbés & des religieux de son ordre, rebutés par le peu de fruit qu'ils taisoient, abandonnèrent la mission après V avoir employé trois mois, &c s'en retournèrent en France dans leurs monastères, de sorte que saint Dominique resta presque seul.

Ce zélé missionnaire ayant associé quelques compagnons qui voulurent bien prendre part à ses travaux, établit sa demeure ' aux environs du château de Fanjaux, dans le diocèse de Toulouse, sur les confins du Lauragais 6c du Pv.azè5. Il y travailla à la conversion des hérétiques sous l'autorité d'Arnaud, abbé de Citeaux, légat du Saint-Siège, 8< ses soins furent si heureux qu'il en ramena plusieurs à la foi catholique, entre autres un nommé Pons- Roger, auquel il imposa une pénitence proportionnée à ses fautes, comme il paroît par les lettres suivantes qu'il fit expédier en sa faveur. « Frère Domi- « nique ^, chanoine d'Osma, le dernier des prédicateurs, à tous les fidèles « qui verront ces lettres, salut en Jésus-Christ. Nous avons réconcilié à K l'Église par l'autorité du seigneur abbé de Citeaux, légat du Saint-Siège i< apostolique, qui nous a commis ce soin, Pierre-Roger, porteur des pré- " sentes, lequel s'est converti : nous le condamnons, en vertu du serment <c qu'il nous a prêté, à être conduit, les épaules nues, pendant trois dimanches Il Se fêtes, par un prêtre ([ui lui donnera la discipline, depuis l'entrée du (I village de Tresville (en Lauragais) jusqu'à l'église. 11 portera l'habit reli- « gieux, 8c pour la forme Se pour la couleur, sur lequel il y aura deux petites « croix cousues des deux côtés de la poitrine. Nous lui ordonnons de plus de « s'abstenir toute sa vie de chair, d'oeufs Se de fromage, excepté les jours de <' Pâques, de la Pentecôte 8c de la Nativité, auxquels nous lui commandons « d'en user pour preuve qu'il a renoncé à ses erreurs. Il fera trois carêmes « pendant l'année, entendra tous les jours la messe, gardera une chasteté i> perpétuelle, Sec, 8c demeurera toute sa vie à Tresville, dont le chapelain c (ou curé) veillera à sa conduite jusqu'à ce que l'abbé de Citeaux en ordonne (' autrement. »

Plusieurs pauvres gentilshommes du pays n'étant pas en état de faire élever leurs filles, en confioient l'éducation à des femmes hérétiques^ qui s'en chargeoient volontiers pour étendre leur secte. Saint Dominique, voulant remédier à un si grand mal, se chargea lui-même de pourvoir à l'instruction de ces filles. Il en rassembla un certain nombre, les joignit à quelques autres qu'il avoit converties à la toi catholique. Se leur fit embrasser la profession religieuse avec la clôture perpétuelle, Sec. Elles n'avoient pas encore de demeure fixe au mois d'août de l'an 1207, lorsqu'un nommé'* Sanche Gascus 8c sa femme donnèrent « à la sainte prédication, au seigneur Dominique

' Trivet. Chron'icon, p. 5^5. Gui, .ipiid Martène, Vvtcrutn SS. ampli:siv:a colhc~

'Mnrténe, Thcsaurus, t. i, c. 802. — Manri- tio, t. .'>, c. 4^3 & siiiv. que, nd ann. 1207,0. i,& 1210,0.4. ' Voyez tome VIII, Chartes, n. LXXXVI, ç, fi.îa j

' Trivei, Ckronicon, ai ann. i^^V — Çernard & tome ^'11, T^ote XV, pp. 44, ^.'t,

An 1207

An 1207 T

« d'Osma & aux frères & sœurs qui sont Se seront à l'avenir une maison au t.'ui°p?i'49. " château de Vilar dans le Razès. » Le saint missionnaire les établit bientôt après, partie à Fanjaux, partie auprès de l'église de Prouille, située à un quart de lieue de ce château, comme il paroît par un acte', suivant lequel Bérenger, archevêque de Narbonne, « donna, le 17 d'avril de l'an 1207 « (1208), à la prieure &. aux religieuses qui s'étoient nouvellement converties « par les exhortations &. les exemples de frère Dominique d'Osma & de ses « associés, Se qui habitoient au château de Fanjaux 5c dans l'église de Notre- « Dame de Prouille, l'église de Saint-Martin de Limoux, située dans son « diocèse 8c dans le Razès. » Frère Guillaume Clareti, compagnon de saint Dominique, prit possession réelle de cette église^, le 17 de mars de l'année suivante, au nom de la prieure 8c des religieuses, en présence de Bernard- Raimundi, élu évêque de Carcassonne. Enfin les religieuses converties par saint Dominique se fixèrent entièrement en 12 11, à Prouille, après que Foulques, évêque de Toulouse, leur eut donné cette année l'église de ce lieuj ce prélat leur donna aussi alors l'église de Bram, dans le Lauragais. Elles reçurent cette ^ année 8c la suivante diverses autres donations qui furent faites K à Sainte-Marie de Prouille, au seigneur Dominique, chanoine d'Osma, c( Se à tous les frères Se sœurs présens Se à venir qui servent Dieu dans le « monastère de Prouille, )> lequel est qualifié abbaye dans quelques-uns de ces actes. Saint Dominique donna d'abord aux religieuses qui habitèrent ce nouveau monastère, la règle qu'on pratiquoit dans ceux des chanoinesses de Saint-Augustin. Entre ses bienfaiteurs furent Udalger"* de Fenouillet, Raynon, son frère. Se plusieurs chevaliers françois qui, après la croisade de l'ail 1209, s'établirent dans le pa}s. Au reste, on voit par ces donations que le monastère de Prouille fut double dès sa fondation, comme il l'est encore aujourd'hui. Saint Dominique, qui en fut le premier prieur pour les hommes, y pratiqua pendant plusieurs années la règle de Saint-Augustin avec ses associés, jusqu'à la fondation de son ordre, dont les religieuses de Prouille embrassèrent l'institut. Telle est l'origine de ce célèbre monastère qui conserve encore beaucoup de restes de son ancienne splendeur. Il est situé dans le diocèse de Saint-Papoul, portion de l'ancien Toulousain, sur les limites de:; diocèses de Narbonne Se de Mirepoix^.

XXXII. — L'archevêque de Narbonne se réconcilie avec le pape.

Béienger, archevêque de Narbonne lorsqu'il fit donation de l'église de Saint-Martin de Limoux en faveur de saint Dominique, s'étoit réconcilié

' Martène, Fetcrum SS. amplissima collcctio,l. 5, ' On pourra compléter ce que dom Vaissete dit

c. 439. ici du prieuré de ProuiUe, au moyen de la notice

^ Bernard Gui, ut supra. que nous avons consacrée à cet établissement re-

' Tome VIII, Chartes, n. LXXXVI,c. 553 &suiv. ligieux au tome IV de cette édition, pp. Sà^ 7.

•^ Quétif & Échard, SS. ord. Pracd. t. I, p. 10. R60. fA. M.] — Voyez tome VIII, ut supra.

An izoy

avec le pape depuis un voyage qu'il avoit fait à Rome, vers le commencement de l'an 1207. Nous apprenons les circonstances de cette réconciliation d'une lettre' qu'Innocent IH écrivit, le 29 de mai de cette année, à l'évêque de Conserans &■ à l'abbé de Cïteaux, légats du siège apostolique. Il leur marque « que, suivant l'enquête qu'il avoit fait faire par les légats qu'il avoit envoyés « dans la province de Narbonne sur les chefs d'accusation formés contre l'ar- « chevêque de cette ville, il avoit trouvé que ce prélat étoit coupable d'avarice « Si de négligence; qu'il avoit d'abord voulu se justifier, mais qu'il avoit eniîn « demandé miséricorde & promis de se corriger; qu'ainsi, ayant égard aux « fatigues du voyage qu'il avoit essuyées, à son grand âge, à ses infirmités, n mais surtout à la démission qu'il avoit faite de l'abbaye de Montaragon, (1 qui lui tenoit plus au cœur que l'archevêché de Narbonne, il lui avoit « accordé un plus long délai pour taire pénitence du passé, avec menace « cependant de le déposer s'il ne s'amendoit, avec défense de ne faire plus « à l'avenir aucun commerce sordide d'argent & avec ordre de visiter sa pro- « vince, d'y tenir des conciles, de combattre les hérétiques, &c. » 11 ajoute « qu'ayant appris que Bérenger, loin de se corriger, avoit commis des crimes « encore plus grands que les précédens, ils eussent à s'en informer. Si sup- « posé la vérité des faits, à lui interdire l'administration de son église. Si à « faire élire un autre archevêque en sa place; « mais ce prélat trouva bientôt raoven d'apaiser le pape, ([ui le laissa en paix du moins pour quelque temps.

Page 1