‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 169 sur 342 · CVII. — Le comte de Toulouse chasse Vévêque de cette ville · texte numérisé non relu

CVII. — Le comte de Toulouse chasse Vévêque de cette ville

Le comte Raimond chassa'^ bientôt après de Toulouse Foulques, son évêque, qui lui étoit très-suspect, 8c avec lequel il avoit eu depuis peu un nouveau différend. Ce prélat, voulant faire l'ordination du samedi avant le dimanche de la Passion, étoit très-embarrassé, parce que le comte, qui se trouvoit alors dans la ville, étoit excommunié, 8c que les légats avoient jeté l'interdit sur tous les lieux où il seroit présent. Pour obvier à cet inconvénient, il envoya prier ce prince de s'absenter pendant qu'il feroit l'ordination. Se de sortir de la ville sous prétexte d'une promenade. Raimond, choqué du compliment, envoya un de ses chevaliers à l'évêque pour lui ordonner de sortir au plus tôt de ses États. Ce prélat répondit : « Ce n'est pas le comte « qui m'a fait évêque. Se ce n'est ni par lui, ni pour lui que j'ai été placé sur « le siège épiscopal de Toulouse; je suis élu suivant les lois ecclésiastiques,

cusation de traliiion <]ue Pierrre de Vaux-Cernay forme convient mieux, aussi bien que la situation

dirige contre le comte de Foix, & surtout cette géographique. En effet, le comte de Foix, le soir

assertion ridicule que les pèlerins n'auraient pas de sa victoire, revint coucher à Montgiscard.

iti armés. Que venaient-ils donc faire dans le Montjoire {alias Montjoie), proposé par dom

Languedoc, sinon se battre? Les négociations entre Vaissete & donné parla chronique en prose, est

le comte de Toulouse & Montfort n'étaient point beaucoup plus près de Toulouse que de Montgis-

sérieuses; Sien attaquant Lavaur, les croisés avaient card, & ce dernier lieu est entre la limite du Tarn

envahi les Etats de Raimond VI, qui était donc & Toulouse. [A. M.]

en état de légitime défense. [A. M.] 'Catel, Mémoires de l'histoire du LanguedoCj,

' Ce lieu, en latin Monsjovis, dans le poëme p. 3.03.

Mon/o/s, est probablement Monf^ey (Tarn), arron- ' Albéric, Chronicon, ad ann. 1211.

dissement de Laraur, canton d« Cuq-TouUa. La * Pierre de Vaux-Cernay, c. 5i,

An 1211

An 1211

« Se non intrus par violence Se par l'autorité du prince. Je ne sortirai pas k « cause de lui; qu'il vienne s'il ose, je suis prêt à mourir pour arriver à la « gloire par le calice de la passion. Que ce tyran vienne donc, accompagné « de tous ses satellites, il me trouvera seul 8<. sans armes; j'attends la récomu pense, &t je ne crains rien de ce que les hommes peuvent me faire. » L'intrépidité de l'évêque arrêta les ordres du comte, qui n'osa rien attenter contre lui. Foulques résolut enfin de lui-même de sortir de Toulouse, & étant parti le dimanche de Qunsimodo, !«'' d'avril, il se rendit devant Lavaur, au camp des croisés.

• ' -^ï» f:',' • ■ CVIIT. — Prise de Lavaur,

Le siège de cette ville traînoit cependant en longueur par la vigoureuse défense des assiégés, qui, pour taire preuve de leur force, se montroient à cheval sur les remparts, armés de toutes pièces. Entre les diverses' machines que les assiégeans employèrent pour ahattre les murailles, ils en élevèrent une qu'on appeloit cat {catus) ou guate, & qui servoit à lancer des pierres. ^Ed. origm. ]]g ]g poussèrent jusqu'au hord du fossé, qu'ils tâchèrent ensuite de comhler par une grande quantité de fascines, dans le dessein de faire approcher ensuite cette machine de plus près; mais les assiégés enlevoient les fascines pendant la nuit par un conduit souterrain qui ahoutissoit à cet endroit du fossé, en sorte que c'étoit tous les jours à recommencer. Les assiégés enlevoient encore par ce conduit ceux qui travailloient à combler le tossé. Enfin ils entreprirent une nuit de mettre le feu à la machine; deux comtes allemands, qui en avoient la garde avec quelques troupes de leur nation, résistèrent d'abord; mais ne pouvant plus soutenir les eftorts des assiégés, ils furent contraints de se jeter dans le fossé en attendant du secours; il arriva bientôt, Si les croisés obligèrent à la fin les assiégés à rentrer dans leur conduit, après leur avoir tué ou blessé plusieurs des leurs.

Les croisés désespéroient toutefois de pouvoir combler le fossé S< de se rendre maîtres de la place, lorsque l'un d'eux proposa un expédient qui réussit. On boucha l'ouverture par laquelle les assiégés entroient librement dans le fossé avec une grande quantité de branches d'arbres toutes vertes ; on y mit ensuite du bois sec 8c menu, des étoupes & diverses autres matières combustibles enduites de graisse toutes allumées; enfin on remit par dessus du bois vert, des bottes de foin mouillées & de l'herbe; cet amas remplit la caverne d'une fumée si épaisse qu'il ne fut pas possible aux assiégés de se servir de ce passage pour s'opposer aux desseins des croisés, lesquels comblèrent le fossé sans obstacle, firent approcher la machine des murailles 8c travaillèrent à la sape. Les assiégés, de leur côté, firent des efforts incroyables pour s'opposer à ceux des croisés 8c jetèrent sur la machine, pour la brûler, une prodigieuse quantité de tisons allumés, de la graisse bouillante Se des

■ Pierre de taux-Cernay, c. .Iz. — • Tome VITI, c. 63. — [GniUem de TiiJèle, vers i 563-1 rnl.]

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pieux aiguisés par le bout. Les évêques, l'abbé de la Conr-Dieu, qui exerçoit les fonctions de vice-légat, 6<. tout le clergé de l'armée cliantoient cependant le Feni Creator 5t demandoient à Dieu la victoire par de ferventes prières. Enfin les travailleurs ayant percé la muraille, les croisés entrèrent dans Lavaur S< firent main basse sur tous les liabitans qu'ils rencontrèrent, sans distinction ni d'âge, ni de sexe. Un chevalier croisé, plus compatissant que les autres, ayant appris qu'un grand nombre de femmes s'étoient rassemblées avec leurs enians dans une maison, alla demander grâce pour elles à Simon de jMonttort qui la lui accorda 5 Se ce chevalier, dont on ne dit pas le nom, les exempta par là du massacre général. C'est ainsi que cette ville fut prise le jour de l'invention de Sainte-Croix, troisième de mai de l'an 1211. On fit prisonnier Aymeri, seigneur de Montréal, & on le conduisit à Simon de Montfort ayec quatre-vingts chevaliers ou gentilshommes de la garnison ; d'autres' n'en mettent que soixante-quatorze. Simon ordonna aussitôt qu'on les fît tous pendre à des gibets qu'il avoit tait préparer exprès. Aymeri tut exécuté le premier à une potence plus élevée que les autres; mais comme elle n'étoit pas bien assurée, elle vint à tomber. Simon, voyant qu'on employeroit trop de temps à raffermir les autres, ordonna qu'on fît passer tous ceux qui restoient par le fil de l'épée, Se cet ordre fut exécuté sur-le-champ. Quant à Guiraudc, dame de Lavaur, il la fit jeter toute vivante dans le tond d'un puits, qu'il fit ensuite combler de grosses pierres, à cause que c'éloit une hérétique obstinée. Un auteur étranger assure* qu'elle déclara qu'elle étoit enceinte de son frère 8t de son fils; mais le silence des autres historiens du temps qui ont écrit l'histoire de la guerre des albigeois, rend cette circonstance fort douteuse.

On trouva dans Lavaur un très-grand nombre d'hérétiques que les croisés firent brûler tout vifs avec une joie extrême^. Leur nombre montoit, suivant un ancien auteur"*, à quatre cens hérétiques parfaits; un autre -^ ajoute qu'on leur offrit la vie, s'ils vouloient embrasser la foi catholique, mais qu'ils préférèrent la mort, s'y exhortèrent mutuellement Se se précipitèrent eux-mêmes dans les flammes; on pardonna au reste des liabitans de Lavaur sous certaines conditions. Quant au butin, qui fut très-considérable, on assure'^ que Simon de Montfort se l'appropria St qu'il s'en servit pour satisfaire un riche marchand de Cahors qui lui avoit prêté de grosses sommes. Après cette expédition^, l'évêque de Paris, Eno:uerrand de Coucy, Robert de Courtenay & Kd. origin.

Juël de Mayenne prirent congé de ce général S<. s'en retournèrent avec leurs troupes. Les Toulousains 8 s'en retournèrent aussi, du consentement de Foulques, leur évêque & de l'abbé de la Cour-Dieu, qui faisoient la fonction de vice-légats dans le camp.

' Robertus Altissiodorensis, Chioniccn. ' Voyez tome VIII, c. 65. — [Gui 11cm de Tu-

' liiJ, dèle, vers lôSo-iôSp.]

' Pierre de Vaux-Cemay, c. 'yî. ' Pierre de Vaux-Cernay, c. 53.

* Pracclara Frjncorum fccinant, p. i ^i * Voyez tome VIII, Chartes, n. CV, c. 616.

^ Robcriiis Altissiodorensis, Chronict»

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