‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 5)Chapitre 168 sur 342 · C. — Le comte de Toulouse se met en état de défense · texte numérisé non relu

C. — Le comte de Toulouse se met en état de défense

Le comte de Toulouse, vovant que les légats l'avoient excommunié 8c qu'ils avoient livré ses domaines au premier venu, ne douta nullement que les croisés ne vinssent bientôt l'attaquer; ainsi il se mit'' en état de défense. Il s'assura d'abord des habitans de Toulouse, à ([ui il exposa la conduite que les légats avoient tenue à son égard, 8c qui lui promirent toute sorte de secours &c une fidélité inviolable. Ceux de Montauban, de Castelsarrasin 8c des autres principales villes de ses Etats, dont il étoit fort aimé, lui firent les mêmes promesses. Il eut recours à ses amis, à ses alliés Se à ses vassaux, entre lesquels les comtes de Comminges 8c de Foix, Gaston, vicomte de Béarn, Savari de Mauléon, sénéchal d'Aquitaine pour le roi d'Angleterre, 8c plusieurs chevaliers du Carcasses, l'assurèrent de leur assistance. Ce prince fit tous ces préparatifs au commencement du carême ^ inais il ne voulut pas encore se déclarer ouvertement contre Simon de Montfort.

' Innocent. III I. 14, Epist. 32. — [Potthast, ' GalUa Chnsliana, nov. éd. t. 6. — De Vie,

n. 4221.] Chronicon, p. 84 & seq.

■ nid. Epist. 33. — [Potihast, n. 4222.] '' Voyez tome VIII, ce. Sy, .13. — [Guillem de

' [Pottliast, n"' 4223-4224.] Tudele, vers ùiyi-iSyô, 1408-1426.] * Galliit Chriitiana, nov. éd. t. i.

CI. — Un nouveau corps de croisés va joindre Simon qui reçoit la soumission

du château de Cabaret.

L'abbé de Cîteaux' avoit envoyé cependant en France l'évêque de Toulouse pour y solliciter de nouveaux secours contre les hérétiques 81 surtout contre le comte Raimond, qu'il faisoit passer pour le plus grand de tous les scélérats. Ce prélat se donna tant de soins qu'il engagea l'évêque de Paris, Robert de Courtenay, Enguerrand de Couci, Juël de Mayenne [de Meduana), & non de Alante, comme la plupart des modernes l'ont dit, 8<. plusieurs autres seigneurs à se croiser & à le suivre. On assure que Léopold^, duc d'Autriche, Adolphe, comte de Mons, 8< Guillaume, comte de Juliers, se croisèrent aussi 8<. amenèrent à Simon un renfort considérable. Ces nouveaux croisés arrivèrent à Carcassonne vers la mi-carême, qui tomboit le 10 de mars.

Deux jours après Simon confirma, en faveur de Raimond de Cahors, l'acte par lequel il lui avoit donné en ^ fief, durant le siège de Minerve, les châteaux de Pézénas & de Torves avec tous les droits qu'Etienne de Servian & le vicomte de Béziers avoient auparavant sur ces châteaux. Il confirma cette donation en présence de frère Yves, abbé de la Cour-Dieu, vice-gérant de t.^ïu,°p!^-'jt.. l'abbé de Cîteaux, légat du Saint-Siège, de Raimond, vicomte d'Onges, Raimond de Mauvoisin Se plusieurs aiitres chevaliers françois, d'Alice, sa femme, & d'Amauri, son fils, qui l'approuvèrent. Il paroît que ce Raimond de Cahors est le même que Raimond de Salvanhac, riche marchand de Cahors qui, suivant un ancien'* historien, avoit prêté des sommes considérables à Simon pour les frais de la croisade.

Ce général, après avoir ^ reçu ce nouveau renfort de croisés, résolut de tenter quelque entreprise considérable. 11 assembla son conseil & se détermina au siège de Cabaret, château qui a donné son nom au pays de Cabardès, portion du diocèse de Carcassonne, située dans les montagnes qui confinent avec l'ancien diocèse de Toulouse. Pierre-Roger, seigneur de ce château, averti du dessein des croisés, commença alors à perdre courage. 11 voyoit sa garnison fort diminuée par la désertion de plusieurs chevaliers qui avoient fait leur paix avec Montfort; entre autres Pierre Miron & Pierre de Saint- Michel, son frère, qui, autrefois, avoient arrêté prisonnier Bouchard de Marly. l\ considéra de plus que les châteaux les plus forts n'avoient pu résister, & que ceux qui se détendoient s'exposoient aux derniers malheurs. Ces réflexions l'ébranlèrent, ik ayant fait venir devant lui Bouchard de Marly, qu'il tenoit dans les fers depuis plus de dix-huit jnois, il lui dit : « Seigneur,

' pierre de Vaux- Cemay, c. 48. — Voyez 608. [Cet note est du 12 mars lïii (n. st.). —

tome VIII, ce. ,03, .îp. — Robertus Altlssiodo- Il est des plus curieux pour l'étude des insiitu-

rensis, Chronicon, — Adrien de Valois, NotitU tiens. [A. M.]

GallUrum. ■" Voyez tome VIII, c. 65. — [Guillcra de Tudèle. I

' Caesarius Heisterbacensis, 1. ~>, c. 21. vers 1634-1639.] > Voyez tome VIII, Chartes, n. CI, ce. 6l^4 à * Pierre de Vnux- Cemay, c. 48.

« je vous oftre, non-seulement la liberté, mais encore le château dont je suis «■ maître, si vous voulez moyennerma paix avec les légats Si Simon de Mont- « fort. Je promets de les servir fidèlement envers tous Se contre tous; mais je « demande d'être conservé dans la possessioia de mes domaines. » Bouchard accepta la médiation Se, s'étant lié avec le seigneur de Cabaret par une promesse mutuelle, il se rendit au camp des croisés & eut bientôt terminé sa négociation. Le légat 8c Simon partirent pour aller prendre possession du château de Cabaret, où ils mirent une forte garnison, & Simon dédommagea Pierre- Roger par d'autres domaines qu'il lui assigna ailleurs; les croisés acquirent ainsi une très-forte place sans coup férir; plusieurs autres châteaux du voisinage suivirent l'exemple de celui de Cabaret

Cil. — Siège de Lavaur.

On résolut' ensuite de faire le siège de Lavaur. Cette ville, qui n'avoit alors que le titre de château Se qui depuis a été érigée en cité ou évêché, appartenoit à une veuve nommée Guiraude. Aymeri, frère de cette dame, seigneur de Montréal, au diocèse de Carcassonne, 8c de Laurac le Grand, chevalier de mérite, qui, après avoir été dépouillé de ses biens par les croisés, s'étoit retiré auprès d'elle, entreprit la défense de la place; il avoit avec lui quatre-vingts chevaliers tous également braves Se résolus de se défendre jusqu'à la dernière extrémité, sans compter les habitans 8c un grand nombre d'hérétiques qui s'y étoient réfugiés; ce qui faisoit^ que Lavaur passoit dans ce temps-là pour le principal siège de l'hérésie : la ville étoit d'ailleurs forte, bien munie Se environnée d'épaisses murailles Se de fossés très-profonds. On assure ^ que le comte R.aimond envoya secrètement au secours de Lavaur plusieurs de ses chevaliers, entre autres Raimond de R.ecald, son sénéchal, quoique cette ville ne fût soumise que médiatement à sa domination; car Guiraude en possédoit le domaine utile au nom de ses enfans, sous la mouvance des vicomtes de Béziers Se de Carcassonne, qui la tenoient en fief des comtes de Tovilouse.

Montfort, n'ayant pas assez de troupes pour faire la circonvallation, se contenta d'une seule attaque Se partagea son armée en deux corps qui pouvoient se prêter mutuellement du secours; il fit ensuite dresser ses machines Se battre en brèche; mais les assiégés se défendirent avec tant de valeur 8c l'incommodèrent par de si fréquentes sorties qu'il ne lui fut pas possible d'avancer les travaux. Enfin les évêques de Lisieux Se de Bayeux, Pierre de Courtenay, comte d'Auxerre, Se plusieurs autres seigneurs étant arrivés au camp, il investit entièrement la place Se établit la communication entre les divers quartiers par un pont qu'il fit construire sur l'Agout. Le comte Raimond'*, qui vouloit

' Pierre de Vaux-Cernay, c. 49. — Guillelmus ° Acta conciln Vaarensls, p. 764.

de Podio Laiirentii, c. 16. — Roberlus Altissio- ' IbiJ. — Pierre de V.uix-Cernay, c. 5d.

dorcnsis, Chronicon. — Voyçz tome VIII, ce. 61 à * Pierre de Vaiix-Ceriiay, c, 5o. — Tome VIII,

65, — [Giiillcin de Tndèle, vers 1J22-16JI.] Chartes, 11. CV, c. 616.

An 1211

An m i

garder encore quelques ménagemens avec Simon, permit aux liabiians de Toulouse de porter des vivres au camp des croisés; il leur défendit seulement t.'iii°p'.'':"7. 'l'y conduire des machines de guerre. Foulques, évêque de cette ville, envoya de son côté, à Simon, un corps de Toulousains qui s'étoient engagés' dans une espèce de ligue ou de confrérie que ce prélat avoit érigée à Toulouse, sous l'autorité du légat.

cm. — Cinq mille Toulousains se croisent 6- vont au secours de Simon

au siège de Lavaur.

Foulques institua cette confrérie dans la vue d'extirper l'hérésie & d'abolir l'usure. Il donna la croix à tous ceux qui voulurent y entrer & les fit participans de l'indulgence de la croisade. Tous les habitans de la ville de Toulouse, à la réserve d'un petit nombre, Se quelques-uns du faubourg, s'empressèrent de s'enrôler dans cette confrérie, suivant le témoignage d'un historien contemporain. L'hérésie n'y dominoit pas par conséquent, comme on veut nous le faire croire. Foulques fit prêter serment à tous les confrères de demeurer fidèles à l'Eglise & leur donna \)Oux prévôts ou officiers deux chevaliers, Aymeri de Castelnau, surnommé Cosa, &c Arnaud, son frère, & deux bourgeois. Ces quatre officiers érigèrent un tribunal si redoutable qu'ils forçoient les usuriers à comparoître devant eux & à faire raison à leurs débiteurs, & qu'ils punissaient à main armée les contumaces par la destruction Se le pillage de leurs maisons. Cette conduite causa une grande division parmi les habitans de la cité & ceux du bourg. Ces derniers, pour s'opposer aux entreprises des autres, formèrent de leur côté une autre confrérie, qui fut nommée la Ivoire pour la distinguer de l'autre, qu'on appeloit la Blanche, en sorte qu'ils se livrèrent divers combats. C'est ainsi, ajoute le même liistorien^, que Dieu établit par le ministère de l'évêque de Toulouse, son serviteur, non une mauvaise paix, mais une bonne guerre.

Ce prélat & l'abbé de Cîteatix ayant sollicité-^ fortement ceux des habitans de Toulouse qui étoient de la ligue ou de la confrérie blanche, de marcher au secours des croisés occupés au siège de Lavaur, il s'armèrent au nombre de cinq mille £< se disposèrent à partir. Le comte de Toulouse, averti de leur dessein, fit tout son possible pour les en détourner & leur défendit de sortir de la ville; mais ils trompèrent sa vigilance &, ayant passé la Garonne à son insu, au gué du Bazacle, ils arrivèrent malgré lui enseignes déployées au siège de Lavaur. Les assiégés, les voyant venir de loin, crurent que le comte les envoyoit à leur secours ; mais ils furent bien surpris lorsqu'ils virent qu'ils campoient avec leurs ennemis.

' Guillelmus de Podio Laurentii, ce. i5& 17. ' Guillelmus de Podio Laiirentii , ce. lô&iy.

' Ikid. —Voyez tome VIII, Chartes, n. CV, c. 616.

An 121 j

CIV. — Roger de Comminges, seigneur de Save-{, fait sa paix avec Simon

de Montfort.

Roger de Comminges ', parent {consanguine us) du comte de Foîx, se rendit au camp des croisés, durant le siège, pour faire ses soumissions à Simon de Montfort. Il étoit sur le point de lui faire hommage pour tous ses domaines, le jour du vendredi-saint, quand Simon vint à éternuer une fois; Roger prit à mauvais augure cet unique éternuement, &c, s'étant retiré à l'écart avec ses gens, il les consulta sur ce qu'il devoit faire, & refusa de rendre l'hommage qu'il avoit promis; mais on le tourna tant en ridicule, qu'enfin il eut honte de sa superstition êc rendit cet hommage par un acte ^ daté du siège de Lavaur, le 3 d'avril de l'an 1211 (qui étoit le jour de Pâques). Roger y déclare « qu'il a reçu tous les domaines qu'il possédoit de droit, ou qu'il « devoit posséder, des mains de Simon, comte de Leycestre, seigneur de « Montfort, S<. par la grâce de Dieu vicomte de Béziers 81 de Carcassonne, « Si. seigneur d'Albigeois S< de Razès, pour les tenir en fief de lui 8t de ses « héritiers, & qu'il lui en faisoit hommage lige, en présence de Pierre-Guil- « laume, abbé de Combelongue, Raimond, vicomte d'Onges, Gui de Lucé, « Gui de Lévis, maréchal, de l'évêque de Paris & de plusieurs autres sei- « gneurs iy barons de l'armée de Dieu. » 11 prie à la fin ses seigneurs ^ pères, Foulques, évêque de Toulouse, Se Navarre, évêque de Conserans, de vouloir confirmer cette charte par l'apposition de leurs sceaux. Roger, qu'un moderne^ fait, sans aucun fondement, père de Bernard, alor'j comte de Comminges, & que d'autres"* confondent avec ce dernier, étoit seigneur du pays de Savez, portion de l'ancien Toulousain située à la gauche de la Garonne^. Il ne paroît pas différent de Roger de Comminges, qu'on qualifie <5 vicomte de Conserans Se qu'on dit cousin germain de Bernard, alors comte de Comminges. Quant au titre de comte de Comminges, que Roger prend lui-même dans l'hommage qu'il rendit à Simon de Montfort, il est évident que c'est une faute de copiste St qu'il faut lire simplement Roger de Comminges, comme dans l'histoire'^ de Pierre de Vaux-Cernay. Au reste, Roger ne demeura t.m,"p'^3o8. fidèle^ à Simon que fort peu de temps, St il abandonna bientôt son parti pour reprendre celui de ses ennemis.

' pierre de Vaux-Cernay, c. 53. ' Le P. Anselme, Histoire gênêalog'iiiue des grandi

* Voyez tome VIII, Chartes, n. Cil, ce. 608, 609. officiers, &c. t. 2, pp. 64 1 & 642.

' Benoît, Histoire des aliigeois, t. 1, p. 164. ' Pierre Je Vaux-Cernay, c. 53.

* Daniel, Histoire de France, t. 1 , p. |388. ' liid. '• Non pas du Savès, mais du Pailhas. Voir plus

haut, p. 126. [A. M,]

Vf.

An 1211

HISTOIRE GÉNÉl^ALE DE LANGUEDOC. LIV. XXI.

ÇV, — Le comte de Toulouse se rend au siège de Lavaur i- se brouille

entièrement avec Simon.

Le comte Raimond se vendit' aussi lui-même au camp, devant Lavaur, vers la fin du carême, à la sollicitation de Pierre de Courtenay, comte d'Auxerre, 8c de Robert de Courtenay, ses cousins germains, qui l'exhortèrent si vivement k faire sa paix avec l'Église, qu'enfin il céda à leurs instances, vint trouver les légats 8c eut avec eux une nouvelle conférence; on n'en marque pas les circonstances; on assure seulement en général que Raimond demeura inflexible 8c qu'il se retira le cœur ulcéré contre Simon de Montfort. A son retour à Toulouse il défendit sévèrement à tous les habitans de porter dorénavant des vivres au camp des croisés; 8c ayant fait occuper tous les passages pour l'empêcher, la famine se mit enfin parmi eux.

CVL — Défaite de six mille croisés allemands par le comte de Foix,

Raimond ne garda plus depuis aucune mesure avec Simon de Montfort 8c les croisés, 8c il leur fit une guerre ouverte par le conseil de^ Bernard, comte de Comminges, qui le pressa fortement de ne pas se laisser dépouiller de ses domaines. Il apprit, vers^ le même temps, qu'un corps de six mille

' Pierre de Vaux-Cernay, c. 49.

' Acta concilii P'aurenùs, p. 766.

' Pierre de Vaux-Cernay, c. 5o. — Tome VIII, ce. 62 à 64. — [Giiillem de Tiidèle, vers 1574- 1614.] — Les récits de la bataille de Montjoire ou mieux de Montgey (voir ci-après), dans Pierre de Vaux-Cernay & dans Guillem de Tudèle, diffèrent assez pour que nous donnions la traduction des deux versions. Le lecteur pourra comparer.— Voici d'abord ce que dit Pierre de Vaux-Cernay : <( Tandis qu'avait lieu auprès de Lavaur le colloque, dont nous avons parlé plus haut, pour la réformation de la paix entre la Sainte Eglise & le comte de Toulouse, une multitude de pèlerins venait de Carcassonne à l'armée. Mais ces ministres de ruse, ces artisans de trahison, je veux dire le comte de Foix, son fils Roger-Bernard, Géraud de Pépieux, & nombre d'hommes du comte de Toulouse, se placèrent en embuscade avec un grand nombre de routiers, dans un château qu'on appelle Montgey, près de Puylaurens. Quand les pèlerins furent arrivés à cet endroit, ils se jetèrent sur eux; & comme ils étaient sans armes & ignorants de leur trahison, ils en tuèrent un grand nombre, emportèrent à Toulouse l'argent des morts & se le partagèrent. » Suivent les imprécations, dont Pierre de Vaux-Cernay ne manque jamais d'accompagner le moindre de ses récits. — Voici maintenant l'analyse du récit de Guillem de Tudèle :

Après la prise de Lavaur, le comte de Foix se met en marche avec les hommes du comte Raimond, pour attaquer (ici il manque quelques vers) les Allemands, qui arrivent au nombre de cinq mille. Parvenus à Montgey, les barons s'arment & se rangent. Le comte de Foix attaquej les Allemands & les Frisons se défendent longtemps; mais ils finissent par périr tous. Les blessés sont achevés & dépouillés par les vilains, accourus au bruit de la bataille. Avertis, les Français accourent de Lavaur; mais le comte de Foix, sans les attendre, a déjà quitté Montgey & marche vers Montgiscard. — Quant à la rédaction en prose, elle s'écarte ici considérablement du poème; non-seulement elle place avec Pierre de Vaux-Cernay le combat pendant le siège de Lavaur, mrais encore elle donne plusieurs petites circonstances qui ne paraissent pas de l'invention de l'auteur, & qui ne se retrouvent pas dans le poëme, au moins dans son état actuel. C'est un espion qui avertit le comte de Foix de l'arrivée des Allemands à Montgey; le comte de Foix va attendre les Allemands dans un bois, & les attaque le lendemain matin au soleil levant, au moment où les Allemands levaient le camp & marchaient vers Lavaur. — Malgré ces différences sensibles, les troi rédactions ont un fond commun qui permet de les contrêler l'une par l'.Tutre. Que l'action ait eu lieu pendant le siège de Lavaur ou après, il faut négliger l'aç^

croisés allemands s'avançoit pour aller au secours de Simon, au siège de Lavaur, & qu'ils étoient arrivés vers Montjoyre' {Mons Jovis), à deux lieues &c demie de Toulouse, entre le Tarn 8c la Garonne, que divers modernes^ confondent avec le lieu de Montgausi, situé auprès de Foix; il fit aussitôt un détachement de ses troupes sous les ordres de Raimond-Roger, comte de Foix, de Roger-Bernard, fils de ce comte, &c de Guiraud de Pépieux, lesquels setant joints à plusieurs braves du pays, se mirent en embuscade dans un bois par où les Allemands dévoient passer. Le lendemain, au soleil levant, les croisés voulant continuer leur marche, le comte de Foix sortit de son embuscade 8c les attaqua avec tant de fureui qu'il les tailla en pièces 8c se retira à Montgiscard, après leur avoir enlevé leur bagage. Montfort, averti du combat, partit en diligence à la tête de quatorze mille hommes pour aller au devant des Allemands ; mais il arriva trop tard 8c ne trouva qu'une multitude de morts Se de blessés sur le champ de bataille. Il fit emporter ces derniers pour les faire panser 8c, après avoir fait inhumer les autres, il retourna à Lavaur 8c reprit les travaux du siège. Un ancien^ auteur ne compte que mille cinq cents croisés dans le corps d'armée qui fut défait à Montjoyre par le comte de Foix. Il ajoute qu'ils étoient sous la conduite de Nicolas de Bazoches, 8c qu'il y en eut mille de tués.

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