LIVRE VINGT-DEUXIEME
l. — Simon de Montfort déclare la guerre au comte de Toulouse 6> prend
sur lui diverses places.
SIMON de Montfort, après avoir soumis les principales places qui avoient t.''ni,°p.''i'!'i. appartenu au. feu vicomte Raimond-Roger 6t envahi le reste de ses domaines, tourna ses armes contre Raimond VI, comte de Toulouse. '^" '*" Le prétexte' dont il se servit pour déclarer la guerre à ce prince fut que, s'étant retiré du camp des croisés devant Lavaur, il avoit détendu aux Toulousains d'y apporter davantage des provisions de guerre & de bouche j mais il se fondoit principalement sur ce que les légats du pape l'avoient excommunié 8{. avoient abandonné ses domaines au premier occupant. Simon ayant décampé de Lavaur se présenta devant Montjoyre^ pour punir sur les babitans de ce lieu la mort des six mille Allemands que le comte de Foix avoit défaits aux environs. Il trouva qu'ils avoient pris la fuite, mais il pilla leurs maisons 8c les ruina de fond en comble. Le comte ^ Raimond, surpris de ces actes d'hostilité, offrit aux généraux des croisés de remettre sa personne 8<. ses Etats, excepté la ville de Toulouse, au pouvoir & à la miséricorde des légats, avec promesse d'exécuter fidèlement tous les ordres qu'ils lui donneroient, Kd-origm.
I l ' t. Ul, p. 212.
tant au sujet de la foi & de la religion qii'au sujet des dommages qui avoient été causés aux églises, à condition qu'on lui accorderoit la vie sauve 8c qu'on conserveroit ses domaines, soit pour lui, soit pour son fils. Plusieurs barons de l'armée furent d'avis d'accepter cette offre ; mais les autres l'ayant rejetée,
'Pierre de Vaux-Cernay, c. Oj & suiv. — de ce lien, en latin Morts Gdu./i/', était Montgey Guillaume de Puylaiirens, c. 18. Voyez I. XXI, ch. cxvii, p. 3jô. [A. M.]
' Nous avons vu plus haut que I« véritable nom ' Voyez tome VIII, Chartes, n. XV, c. 6i6t
An 1211
36o HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXII.
Simon continua son expétlition Se marcha vers le château de Casser ou des Casses, dont il forma le siège.
Ce château, situé dans le Lauragais, à' une demi-lieue de Saint-Félix de Caraman, dépendoit du domaine immédiat du comte de Toulouse, qui avoit grande envie de le secourir; mais ne se voyant pas assez fort pour l'entreprendre, il s'avança seulement jusques àCastelnaudary, qu'il ahandonna après Y avoir mis le feu, de crainte que les croisés ne s'en emparassent. Cependant la garnison de Casser ne pouvant plus tenir, demanda à capituler & se rendit aux conditions suivantes : i° Que Montfort lui permettroit de se retirer où elle voudroit, la vie sauve. 2° Qu'elle livreroit aux croisés tous les hérétiques qui se trouveroient dans le château. Ensuite les évêques qui étoient dans l'armée entrèrent dans la place, où ils exhortèrent les hérétiques à se convertir; mais leurs exhortations furent vaines, & ces prélats voyant l'obstination des sectaires, qui étoient au nombre de soixante, entre lesquels il y en avoit cinquante de ceux qu'on appeloit parfaits, les abandonnèrent à la merci des croisés, qui les bridèrent tout vijs avec une Joie extrême. Le comte Raimond^ fit alors une nouvelle tentative pour obtenir la paix. Il demanda une conférence aux principaux de l'armée, &t il alloit les trouver par ordre 8c sous le sauf-conduit des légats, lorsque Simon, s'étant mis à la tête de plusieurs chevaliers, courut sur lui à l'improviste, dans le dessein de le prendre ou de le tuer, le poursuivit pendant plus d'une lieue, ik rompit par là toutes les négociations.
II. — Siège 6" prise de Mont ferr and par Simon. — Baudouin, frère du comte de Toulouse, se tourne contre lui.
Après la prise de Casser, Simon ^ entreprit le siège de Montferrand, château situé dans le Lauragais, à deux lieues de Castelnaudary. Le comte Baudouin avoit d'abord demandé au comte Raimond, son frère, le gouvernement de cette dernière place, qu'il se faisoit fort de défendre en cas d'attaque; mais Raimond, ayant jugé à propos de l'abandonner, lui avoit confié celui du château de Montferrand, avec promesse de marcher à son secours s'il étoit
' Pierre de VauK-Ceriiay & Guillaume de Puy- beaucoup plus explicite & attribue au comte de
laurcns, ut supra. Châlons l'initiative de cet accord entre les deux
' Voyez tome VIII, a? jB^i'rt. parties. Fidèle à ses habitudes, le chroniqueur
' Pierre de Vaux-Cernay, c. 54. — Guillaume en prose a ajouté nombre de détails; c'est ainsi
de Puylaurens, ce. 16 & 18. — Voyez tome VIII, que le fait de l'entrevue entre Montfort & Bau-
Chroniques, ce. f)5 à 68. — [Guillem de Tudèle, douin, accompagné d'un seul gentilhomme, ainsi
vers 1641-1696.] — La trahison de Baudouin est que tout le long discours qu'il prête à Simon
racontée avec fort peu de détails par Pierre de (voyez tome VIII, ce. 66, 67), ne se retrouvent
Vaux-Cernay, qui se contente de dire que le comte pas dans Guillem de Tudèle. Il ressort seulement
de Montfort obtint de lui le serment de ne jamais du récit de ce dernier que Baudouin rendit le
porter les armes contre lui & l'Eglise. Il n'aurait château de Montferrand avant d'avoir épuisé tous
complètement abandonné le parti de son frère les moyens de défense & qu'il fit sa paix purticu-
qu'après une altercation avec lui. Guillem de Tu- lière avec le comte de Mon:fori. [A. M.j dèl«, qui était à même d'être bien renseigné, est
An 121 1
assiégé. Quoique ce château ne tût pas des plus forts, Baudouin, qui étoit brave & courageux, le défendit néanmoins pendant plusieurs jours avec quatorze chevaliers qui composoient sa garnison, dont le plus qualifié étoit le vicomte de Montclar, contre les efforts de l'armée de Simon composée de quatorze mille hommes. Enfin ce général ayant fait brèche, tenta de donner l'assaut, & ses troupes franchirent le fossé j mais elles furent si bien reçues par les assiégés, qui mirent en pièces toutes les machines, qu'il fut obligé de taire sonner la retraite après une grande perte. Simon, surpris d'une pareille résistance S< comprenant qu'il avoit à faire k un capitaine expérimenté en la personne de Baudouin, prend la résohition de le gagner à quelque prix que ce fût, lui fait dire qu'il souhaitoit d'avoir une conférence avec lui & lui promet, foi de gentilhomme, une entière sûreté. Baudouin, sur cette parole, va au camp suivi d'un seul chevalier; Simon n'omet rien pour le porter à se rendre. Si, ayant beaucoup exalté sa valeur, il jette dans son esprit des soupçons contre le comte de Toulouse, son trère, qui l'exposoit ainsi dans une place aussi faible, laquelle ne pouvoit manquer d'être bientôt forcée; il lui promet la vie 8<. les bagues sauves, s'il veut lui remettre ce château, à condition cependant qu'il ne porteroit jamais les armes contre les croisés; s'il n'aimoit mieux s'engager à son service Se recevoir de sa main des domaines suffisans pour son entretien. Baudouin se laissa tenter par l'appât d'une meilleure fortune, &, voyant qu'il n'étoit pas en état de tenir plus longtemps 8t qu'il n'avoit aucun secours à attendre du comte, son frère, il accepte ces propositions, promet par serment de ne plus porter les armes contre Simon 8< les croises, £<. oftre même de servir ce général envers tous S<. contre tous. II va ensuite trouver le comte, son frère, pour lui exposer les raisons qui l'avoient obligé à cette démarche 8< tâche de les justifier; mais R.airaond, qui étoit déjà informé de tout 8<. qui étoit extrêmement piqué de ce que Baudouin avoit offert ses services à son ennemi capital, le reçut avec indi- , "ifj '";'*'!''j gnation & lui ordonna de se retirer, avec défense de paroître jamais devant lui.
Baudouin retourna alors vers Simon, le pria de le recevoir au nombre de ses vassaux Si lui promit une fidélité inviolable. Simon, charmé de faire une acquisition de cette importance, accepta volontiers ses offres, St Baudouin, ayant été aussitôt réconcilié à l'Église, fit restituer sur-le-champ à quelques pèlerins de Saint-Jacques, pour marquer la sincérité de son retour, ce que les routiers leur avoient enlevé en haine des croisés'. Il demeura toujours depuis attaché au parti de Simon, qui lui donna en fief plusieurs domaines dans le Querci, où il alla fixer sa demeure, Si fit depuis une guerre implacable au comte de Toulouse, son trère ^.
' Pierre de Vaux-Ceriiay, c. ô3. Chronique en prose & que Guillem de Tudèle seul
* Avant d'abandonner complètement le parti de nous rapporte, nous fait comprendre pourquoi
son frère, le comte Baudouin eut en effet avec lui cette entrevue entre les deux frères amena leur
une entrevue, àToulouse; mais un fait, que Pierre rupture. D'après Guillem de Tudéle, qui, ici, est
de Vaux-Ctrnay n'indique pas, non plus que la extrêmement obscur, après la reddition de Mont-
Aa izt I
III. — Suite des expéditions de Montfort contre le comte de Toulouse, Il entreprend le siège de cette ville.
Montfort, avant soumis le château de Montferrand 8c quelques autres des environs, s'assura de celui de Castelnaudary qu'il fit rétablir; il marcha ensuite avec son armée du côté du Tarn qu'il passa à Rabastens. Ce château & plusieurs autre3 du pays d'Albigeois, soumis à l'autorité immédiate du comte de Toulouse, se rendirent alors aux croisés par l'entremise de l'évêque d'Albi, savoir : ceux de Montaigu, Gaillac, Cahusac, La Garde, Puicelsi, Saint-Marcel & La Guépie, avec celui de Saint-Antonin, situé sur les frontières du Rouergue. Simon étoit sur les bords du Tarn, à la tête de l'armée du Seigneur, le 5 de juin' de l'an 1211, lorsque^ Raimond-Trencavel, oncle du dernier vicomte de Béziers, confirma dans son camp la cession qu'il avoit déjà, faite en sa faveur durant le siège de Minerve de tous les droits qu'il avoit sur les vicomtes de Béziers, Carcassonne, Albi, Razès Se Agde. Il décampa'' bientôt après, sur l'avis qu'il eut que Thibaut, comte de Bar, Henri, son fils, le comte de Châlons 8c plusieurs autres seigneurs de distinction étoient arrivés à Carcassonne avec- un grand renfort de croisés, la plupart allemands. Henri, comte de Grand-Pré, qui étoit du nombre, mourut en chemin. Simon dépêcha aussitôt au comte de Baf^pour le prier de faire marcher ses troupes vers Toulouse, 8c, ayant pris les devants, il alla conférer avec lui aux environs de Montgiscard. Ils conclurent de commencer leur expédition par le siège de Toulouse Se firent ensuite défiler leurs troupes; elles se joignirent vers Montaudran, lieu situé sur la petite rivière de l'Hers.
Les 5 Toulousains, informés du dessein des croisés, envoyèrent à l'armée des députés qui furent admis à l'audience des légats, de Foulques, leur évêque, 8c des généraux. Ils se plaignirent de ce qu'on vouloit assiéger leur ville, tandis que tous les habitans étoient disposés à observer exactement tout ce qu'ils avoient promis : ils ajoutèrent qu'on ne pouvoir leur rien reprocher depuis la prestation de leur nouveau serment, leur réconciliation à l'Eglise 8c la remise des otages. Les légats 8c l'évêque de Toulouse répondirent que ce n'étoit pas parce qu'ils eussent commis quelque faute qu'on alloit entre-
/errani, Baudouin se trouvant à Bruniqiiel avec met de Montfort. (Voyei Pierre de Vaux-Cemay,
son frère, aurait pris contre lui le parti des habi- c. 54.) [A. M.]
tants de ce château, que Raimond VI voulait brû- ' Voyez tome VIII, Chartes, n. CIII, ce. 609 à
1er pour empêcher les croisés de s'en empaier. 611.
Grâce à cette sédition, il aurait arraché à son frère ' Pierre de Vaux-Cernay, c. 55. — Guillaume de
le don de ce château & se serait alors complète- Piiylaurens, c. 18. — Albéric, Chronicoa, an 1214.
ment engagé les croisés. Ce ne serait qu'après cette — Voyez tomeVIII, Chroniques, c. 68.
affaire que Baudouin serait allé à Toulouse annon- ''Pour plusieurs bonnes raisons, il doit s'agir
cer à son frère le parti qu'il avait pris (Guillem ici du comte de Bar-le-Duc en Lorraine, Henri II,
de Tudèle, vers 1713-1737). Tous ces événements & non pas de celui de Bar-sur-Seine, qui avait
eurent lieu en mai iiii. [A. M.] déjà pris part à la croisade, en 1209. (Cf. Meyer,
' L'acte dont il est Ici question est probable- Chanson Je li Croisade, t. 2, p. 96, n. 1.) [A. M.]
ment du jour même du passage du Tarn par l'ar- '' Voyez tome VHI, Charles, n. CV, ci 6\-ji
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prendre le siège de leur ville, mais à cause qu'ils reconnoissoient le comte Raimond pour leur seigneur, & qu'ils permettoient qu'il demeurât parmi eux; que, s'ils vouloient le chasser avec ses partisans, renoncer à son obéissance & au serment de iidélité qu'ils lui avoient prêté, & recevoir pour leur seigneur celui qu'eux 8t l'Église leur donneroient, il ne leur seroit fait aucun mai, sinon, qu'on alloit les attaquer vivement & qu'on les regarderoit comme des hérétiques & des fauteurs des hérétiques. Les Toulousains, se croyant liés par le serment de fidélité qu'ils avoient fait à leur comte & s'étant toujours réservé cette fidélité dans leurs autres sermens, du consentement des légats 8c de leur évêque, refusèrent d'acquiescer à cette demande, de crainte de passer pour des traîtres envers leur comte qui, d'ailleurs, offroit d'ester à droit. Alors Foulques, leur évêque, pour les punir de leur résolution, manda' au prévôt de sa cathédrale Se à tous les ecclésiastiques de Toulouse d'en sortir incessamnient. Tout le clergé sortit en effet aussitôt de la ville, nu-pieds, avec le Saint-Sacrement; démarche qui fut extrêmement sensible aux Toulousains^.
Le comte ^ Raimond ne s'alarma pas des projets des croisés. Il s'étoit assuré du secours des comtes de Foix & de Comminges, qui l'avoient joint à la tête de leurs vassaux, & il avoit enfin réuni en sa faveur, après cependant beaucoup de soins & de peines, tous les habitans de Toulouse, qui lui promirent de se défendre jusqu'à la dernière extrémité, nonobstant la nouvelle Kdoiigin.
excommunication que le légat venoit de lancer contre eux. Dès qu'il eut appris par ses espions l'arrivée de Simon de Montfort & du comte de Bar à Montgiscard, il s'avança vers eux pour leur disputer le passage de l'Hers, suivi des comtes de Foix St de Comminges, de cinq cents chevaliers d'élite & d'un corps considérable d'infanterie. Il fit aussitôt rompre le pont qui étoit à Montaudran, en sorte que les deux armées campèrent en présence, n'étant séparées que par cette petite rivière. Les croisés, n'osant tenter le passage à la vue de leurs ennemis, prirent le parti de se détourner pour chercher quelque gué. En chemin faisant ils rencontrèrent un autre pont que le comte de Toulouse faisoit actuellement abattre; ils attaquèrent les troupes de ce prince, les firent reculer 8i passèrent enfin, partie sur ce pont 8c partie à la nage. Raimond, pour n'être pas accablé par le nombre, prit le parti de la retraite; mais ce ne fut pas sans avoir fait périr auparavant plusieurs croisés Se fait divers prisonniers.
Le lendemain'* l'armée des croisés ayant marché vers Toulouse fit main basse en chemin sur tous ceux qu'elle rencontra Se ravagea la campagne.
' Voyez toraeVni, Chroniques, ce. 68, 69. — de Montferrnnd & immédiatement après celle de
Pierre de Vaiix-Cernay, c. :>^. Lavaur (comm. du ch. liv). [A. M.]
' Ni Pierre de Viux-Cernay, ni Guillem de ' Voyez tome VIII, ce. 69, 70, & Chartes,
Tiidéle ne parlent de cette tentative des Toulon- n. CV, c. 618. — Pierre de Vaux-Cernay, e. Hii,
sains pour arrêter la marche des croisés j elle n'est — Guillaume de Piiylaiirens, c. 18. — Albéric,
mentionnée que par la lettre des Toulousains à Chranicon, an. 1214.
Pierre d'Aragon. La sortie des prêtres de Toulouse ■* Voyez tome VIII, Chartes, ut supra, — Pierre
est placée par le chroniqueur latin avant la prise de \'aux-Cerna)r, e. 55.
An I :
Simon n avant pas assez de troupes pour faire la circonvallation de la ville à cause de sa trop grande étendue, se contenta d'attaquer cette partie qu'on appeloit alors le Bourg ou le faubourg, 81 qui étoit située vers l'abbaye de Saint-Sernin. 11 campa dans une distance assez éloignée des murailles & dressa ses batteries contre deux portes; mais les Toulousains, pour faire voir qu'ils ne le craignoient pas, les laissèrent ouvertes jour Si nuit 8t en percèrent même quatre nouvelles. Enfin Simon, après avoir pris l'avis du légat Se des comtes de Bar Se de Cliâlons, tenta l'assaut; mais il fut reçu avec tant de bravoure par les habitans dont le nombre surpassoit de beaucoup celui des croisés, qu'il fut obligé de se retirer. Le comte de Toulouse fit alors une sortie avec le comte de Foix, Se ils tombèrent si rudement sur les assiégeans qu'ils en tuèrent plus de deux cents 8e en blessèrent autant. I/e comte de Foix eut un cheval tué sous lui dans ce combat qui dura jusqu'à la nuit' Se dans le([uel il perdit Raimond de Castelbon, l'un de ses plus braves chevaliers. Les assiégés firent encore diverses sorties les jours suivans, Se toujours avec avantage; ils perdirent un parent du comte de Comminges Se Guillaume de Rochefort, frère de l'évêque de Carcassonne, dans une de ces sorties qu'ils entreprirent sur le midi, lorsque les croisés, accablés par la chaleur du jour, faisoient la méridienne après leur dîner, suivant l'usage; ils donnèrent sur un convoi escorté par Eustache de Quen^ Se par le châtelain de Melphe, le mirent en désordre Se laissèrent mort sur la place le premier de ces deux chevaliers.
IV. — L'évêque de Cahors fait hommage du comté de cette ville à Simon
de Montfbrt.
Durant le siège de Toulouse, Simon de Mpntfort donna en fief, le 20 de juin^ de l'an 121 1, le comté de Caliors, à Guillaume de Cardaillac, évêque de cette ville, qui lui en fit hommage S< lui prêta serment de fidélité avec promesse de le tenir de lui, comme il l'avoit tenu'* de Raimond, autrejois (quondam) comte de Toulouse. L'évêque d'Uzès Se Arnaud, abbé de Cîteaux, légats du Saint-Siège, Foulques, évêque de Toulouse, l'abbé de Saint-Antonin de Pamiers, maître Thédise, chanoine de Gênes, Bouchard de Marlv, plusieurs autres chevaliers françois. Se enfin frère Dominique , prédicateur, furent présens à cet hommage Se se trouvèrent, par conséquent, au siège de Toulouse. L'évêque de Cahors alla peu de temps après à la Cour, où il fit liommage Se prêta serment de fidélité au roi par un même acte^, au mois d'octobre suivant, pour le comté 6» la ville de Cahors. Il étoit persuadé sans
' Guillem de Tiidèle parle ici cîii comte de Coin- ■• Voyez tome IV, Note XLII, n. 2 S; siiiv. p. i()Ç
minges (vers 1798). C'est le texte en prose qui & suiv.
nomme le comte de Foix. [A. M.] ' Gallia Christian^, nov. éd. t. 1 , c. iSz. —
' Giiillem de Tiidéle dit Eiist;iche de Caus, & Brussel, V<age des Jiefs, t. 1, p. 3i. [Cf. Delisle,
1.1 rédaction en prose Eustache de Canhitz. [A. M.] Catalogue des actes de Philippe-Auguste^ n. iSoy.]
' Voyez tome VIII, Chartes, n. CI V, ce. 61 r ,61 1.
An 12 11.
doute que Simon n'étoit pas personne légitime pour lui donner l'investiture d'un fief sur lequel il n'avoit aucun droit : ainsi il s'adressa au roi pour plus grande sûreté, car on vient de voir qu'il ne reconnoissoit plus Raimond pour comte.de Toulouse Se pour son suzerain. Depuis ce temps-là les évêques de Cahors sont devenus hommes liges de nos rois pour le comté de cette ville, qu'ils ne possédoient auparavant qu'en arrière-fief 8t qu'ils tenoient immédiatement des comtes de Toulouse, qui le leur avoient' donné; si tant est qu'ils n'aient pas profité des troubles qui s'élevèrent alors dans le pays, pour s'ériger en comtes de Cahors, ce qui n'est pas hors de vraisemblance*.
Y, — Simon lève le siège de Toulouse. — Il Ja'it des courses dans le pays
de Foix.
Le siège de Toulouse duroit déjà depuis longtemps^ lorsque* Simon, , ''ni °^'^ô"s voyant que tous ses efforts étoient vains, que la disette étoit dans son camp, & que son armée s'affoiblissoit tous les jours, résolut de se retirer; résolution dont la honte, si nous en croyons un ancien historien "', zélé partisan de ce général, rejaillit bien moins sur lui que sur le comte de Bar, qui, à ce qu'il fait entendre, ne fit pas bien son devoir. Quoi qu'il en soit, Simon ne voulant pas décamper impunément, fit divers détachemens le lundi 27 de juin, pour faire le dégât dans tous les environs de Toulouse. Les Toulousains sortent alors en foule, sous le commandement d'Hugues d'Alfar, sénéchal d'Agenois, & de Pierre d'Arsis son frère, donnent sur le camp des croisés, leur tuent beaucoup de monde, entre autres Eustache de Canits^, l'un de leurs meilleurs chevaliers, renversent leurs tentes, les mettent au pillage, 8t délivrent leurs prisonniers qu'on tenoit dans les fers. Le comte de Foix étant survenu à la tête des Béarnois & des Navarrois, attaque les troupes du comte de Bar, les pousse vivement, & les oblige à prendre la fuite, après en avoir tué & blessé un grand nombre. Enfin les cris des croisés ayant rappelé au camp leurs troupes qui s'étoient dispersées aux environs de Toulouse, le comte de Foix & le sénéchal d'Agenois se retirent en bon ordre & rentrent dans la ville avec un riche butin, sans avoir perdu un seul homme'.
' Voytz tome IV, .Vert XLII, n. 2 & $ui». Tarn & le siège fut levé le 29 juin, jour de la fête
' Voyez ce que doin Vaissete dit de cette que»- de saint Pierre (voyez plus haut, p. 362, & plus
tion, au tome IV, passage cité plus haut, où il biis). [A. M.]
réfute l'opinion de Dominicy. Un fait certain, ' Pierre de Vaux-Cernay, c. 55. — Voyez
c'est qu'en 10791 Guillaume, comte de Toulouse, tome VIII, ce. 71, 72, & Chartes, n. CV, c. 618,
s'intitulait encore comte de Cahors (voyez tome V ' Pierre de Vaux-Cernay, c. 55.
de cette édition, c. 648), & les arguments de Do- ' Pierre de Vaux-Cernay ne mentionne que la
minicy sont tellement faibles que l'hypothèse d'une bataille plus haut racontée, dans laquelle périt ce:
aliénation de la souveraineté du comté de Cahors Eustache de Quen,que nous identifions avec Eus-
par les comtes de Toulouse paraît difficile à soute- tache de Caus ou de Canitz, mentionné par la
nir. [A. M.] chronique en prose & par le poëme (vers 1848).
' 0om Vaissete aurait du dire depuis quelque Des deux combats, il semble qu'on n'en doive
temps, car les combats sous Toulouse ne durèrent faire qu'un. (A. M.)
pas plus de trois semaines. En effet, le :i juin ' Cette dernière partie du récit, l'attaque du
1211, l'armée croisée était encore sur les bords du camp des croisés p.ir les Toulousanis, est e:iipriin-
An 12 11
Deux jours après, Simon leva le siège avant le jour, avec tant de précipitation, qu'il laissa clans son camp la plupart de ses blessés &t une partie des équipages : il acheva cependant de désoler en passant toute la campagne. Le comte de Châlons Si une grande partie des croisés de sa suite, ayant ii,ni leur service de quarante jours, prirent alors congé de ce général; mais le comte de Bar demeura encore quelque temps. On assure cependant' que les deux comtes, persuadés de l'injustice du procédé de l'abbé de Cîteaux £< de Simon, envers les comtes de Toulouse, de Foix & de Comminges, les exhortèrent à leur donner la paix; & que le légat & Simon se seroient rendus à leurs remontrances, si Fovilques, évêque de Toulouse, ne l'avoit empêché.
Les Toulousains^, après la levée du siège de leur ville, en envoyèrent la relation à Pierre, roi d'Aragon; ils lui font un détail, dans leur lettre, de la conduite que l'abbé de Cîteaux avoit tenue jusqu'alors à leur égard & à l'égard de leur comte; lui exposent les nouvelles menaces que les croisés leur faisoient, & le prient instamment de s'intéresser en leur laveur, de ne pas ajouter foi à ce que leurs ennemis pourroient publier de contraire à ce qu'ils lui écrivoient, & de ne pas leur faire de la peine, attendu qu'ils étoient prêts à satisfaire entièrement à l'Eglise sur tout ce qui seroit juste & raisonnable; ils lui font entendre enfin, que les autres princes èf. les autres puissances avoient également à craindre des entreprises des croisés, 8t se plaignent de l'extrême sévérité des pasteurs, « qui nous excommunient, disent-ils, parce « que nous nous servons des routiers, tandis qu'ils les emploient eux-mêmes, « &. admettent à leur table & dans leur familiarité ceux d'entre ces brigands « qui ont tué l'abbé d'Eaunes, & mutilé les religieux de Boulbonne. »
Montfort, suivi du légat^, prit sa route vers le pays de Foix, dans le dessein de le ravager, afin de punir le comte Raimond-Roger des maux qu'il lui avoit causés. 11 se rendit d'abord à Auterive, sur l'Ariége, & après y avoir laissé quelque infanterie en garnison, il s'avança jusqu'à Pamiers. 11 fut à peine parti, qu'un corps de routiers ayant paru devant Auterive, les habi-
tée par dom Vaissete à la lettre des consuls au roi d'Aragon. Il nous semble que notre auteur a eu tort de combiner ce récit & celui de Pierre de Vaux-Cernayj les deux sources semblent parler de deux faits différents. Nous aurions donc un premier combat, dans lequel fut pris un convoi, conduit par le châtelain de Melfe & Eustache de Caus ou de Quen; ce combat est rapporté par Pierre de Vaux-Cernay & par les deux chroniques en langue vulgaire; il dut avoir lieu vers le i8 ou le 2o juin. Puis, le 27 juin, pendant que les troupes de Montfort ravagent le plat pays autour de Toulouse, le camp est assailli par les Toulousains, qui le mettent au pillage. Ce fait n'est mentionné que par la lettre des consuls, qui attribuent à ce dernier échec la levée du siège, qui eut lieu deux jours après, le 29 juin. [A. M.]
' Voyez tome VIII, ce. 72, 78. — Le nom du
comte de Chalon est remplacé dans le poëme (vers 1878) par un autre, îo coms d'Alos, personnage inconnu & que M, Meyer n'a pu identifier (voyez son édition, t. 2, p. 91). Le texte en prose, suivant sa coutume, est beaucoup plus explicite que le poëme, qui se contente de dire que ce seigneur aurait voulu ménager un accord, mais que les Français (par opposition aux Allemands), l'évèque de Toulouse & les missionnaires s'y opposèrent. [A. M.]
" Voyez tome VIII, Chartes, n. CV, ce. 618 &
' Pierre de Vaux-Cernay, c. 55, & tome VIII, c. 74. — Voyez le poëme, qui donne beaucoup moins de détails que Pierre de Vaux-Cernay [vers 1872-1875; 1889-1892]. Il fait séjourner l'armée des croisés dans le comté de Foix pendsnt tout le fort dç l'été (juillet-août). [A, M.]
tans leur ouvrirent les portes. La garnison, obligée de se réfugier clans le château, se mit en état de défense; mais ne pouvant résister, elle capitula, 8c obtint la permission de sortir la vie sauve. Simon se vengea en repassant par Auterive qu'il livra aux flammes. Il alla de Pamiers à Vareilles, château situé auprès de Foix, Si trouva en arrivant que les habitans l'avoient abandonné après y avoir mis le feu : il ordonna de l'éteindre, & mit garnison dans la place. Il fit ensuite un dégât général dans le pays de Foix, &. s'empara du bourg de ce nom, qu'il brûla; mais il n'osa attaquer le château. Enfin, ayant désolé le pays pendant huit jours, il revint à Pamiers, dans le desseiri de passer en Querci, dont l'évêque St une partie de la noblesse qui souhaitoient, dit-on, extrêmement de l'avoir pour seigneur, à la place du comte de Toulouse, le pressoient d'aller prendre possession.